Le mot sacré substitué Mohabon et son interprétation

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Pourquoi se nomme-t-il de substitution ?

Parce que le mot sacré est perdu avec la mort de H’iram. (qui évidemment est le Tétragramme)
Transcrit généralement sous la forme de M. B. ou Moha Bon ou Maha bon. Dans les Trois coups distincts daté de 1760 c’est MAHHABONNE, en fait la meilleure transcription, perdue depuis cette époque. Il s’agit en réalité de trois syllabes : Mah ha bonne soit de l’hébreu transcrit oralement, car en hébreu on prononce toutes les lettres. Les deux premières syllabes sont faciles à comprendre :

Mah signifie « Quoi ? » et s’écrit Mem Hé.

Ha est l’article défini « le », « la », « les » et s’écrit .

C’est ensuite que cela se complique :

Bonne c’est à première vue Boneh « bâtisseur » (Il apparaît ainsi les Trois coups distincts) ou « architecte » et s’écrit Beth Noun Hé..

Mais ce n’est pas tout :

Beth Noun est la racine commune de plusieurs mots ben « fils », eben « pierre » binah « Intelligence » bynian « édifice » boneh « architecte », banaï « maçon » ce qui permet de faire des jeux de mots d’autant plus qu’en hébreu les voyelles ne sont pas indiquées.

Ainsi Flavius Josèphe (prêtre de Jérusalem né en 37 ou 38, qui transmet la tradition de son peuple), dans sa Guerre des Juifs écrit en grec, raconte comment les Juifs juchés sur les remparts et voyant les Romains en dessous derrière leurs catapultes prêts à lancer des pierres criaient « attention voici « le fiston » ha ben »

Le Talmud quant à lui a rapproché les mots « tes enfants » banaïkh et « tes constructeurs » bonaïkh écrivant : « Ne dis pas tes enfants mais tes bâtisseurs » (Berakhot 64 a) laissant entendre que nous devons apprendre à nos enfants à devenir les constructeurs d’eux-mêmes.

Cette phrase fait bien référence à ce que fait un Franc maçon.

Plus tard, Aboulafia (1240 – 1291) rapproche les trois mots suivants de même racine[1] :

Ben, « Fils » Binah « Intelligence » et Binyan « Édifice ».

Moshé Idel qui le commente écrit :

« Le sens implicite de ces rapprochements étymologiques est clair : le fils (Ben) engendré est la Binah (Intelligence ou Intellect) qui est la seule construction (Binyan) véritable de l’homme qui lui fasse acquérir la vie éternelle »

Et encore : « L’émergence de l’intellect au cœur de l’âme humaine est comparée à la naissance de l’homme nouveau qui émerge de lui-même »

Les chrétiens reprirent cette idée. Ainsi Maître Eckart (1260- 1328) faisant naître dans l’âme humaine le fils de Dieu.

On peut donc traduire le mot substitué par la forme interrogative :

Quoi (Mah) est (ou qu’est-ce que) le fils (Ha Ben) que vous avez fait naître en vous ?

Pour le nouveau Maître, la réponse alors peut être :

Bonèh, l’architecte, tout comme Hiram dont il a reçu le souffle, il est devenu capable de construire.

Bynian, l’édifice, soit son temple intérieur qu’il a réussi à bâtir.

Comme nous l’a enseigné Jean à propos de Jésus (Jean 2, 19) qui répondit aux Juifs qui l’entouraient :

« Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverais. Les Juifs dirent Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple et toi en trois jours tu le relèverais. Mais il parlait du temple de son corps. »

Ou bien :

Quoi est le constructeur (Ha Boneh) que vous avez fait naître en vous ?

Une pierre solide de la loge.

Un fils spirituel de la Maçonnerie.

Une nouvelle compréhension.

Mah et le nombre 45

Par ailleurs Mah le « Quoi ? » représente le nombre 45 (Mem 40+ 5 soit 45.)

On retrouve ce nombre au douzième degré, Grand Maître Architecte :

– Quel âge avez-vous ?

– L’âge de la plénitude : quarante-cinq ans.

C’est pourquoi « Le Tétragramme dans sa forme déployée se nomme « le Nom de 45 ».

-Pour le Zohar (fin du XIII° siècle) faisant référence au Psaume (8 :4 et 2) Mah, le Quoi, est Yahvé :

« Les cieux et leurs armées furent créés par le Quoi selon les mots : Lorsque je contemple les cieux œuvre de tes doigts YHVH notre Souverain, Quoi, ton nom est magnifique sur toute la terre, ta majesté s’élève au-dessus des cieux » (Zohar 2 a)

Mah est la Nature

Pour le Zohar Mah est aussi le Monde de l’En Bas, la Nature, la Nature étant symbolisée, pour nous les hommes, par la Terre suspendue au-dessus de Néant. Mi étant celui de l’En Haut.

Mah est Adam

Enfin Mah est aussi Adam qui s’écrit Alef 1 DalethMem 40 soit 45.

Ainsi comme le faisait remarquer Ramban[2] commentant le Sepher Yetsirah[3]

« Cette valeur numérique commune des mots « Dieu », « Nature » et « Homme » révèle leur double relation : relation entre Dieu et le monde et la relation privilégiée entre Dieu et l’homme dans le monde. »

Ce qui se traduit par si l’Éternel ne construit pas, rien ne se construit : « Si YHVH ne bâtit pas une maison, c’est en vain que peinent ceux qui la construisent (Psaume 127).

En Inde c’est la Nature qui à travers nous agit : « l’âme égarée par le faux ego croit être l’auteur de ses actes, alors qu’en réalité ils sont accomplis par la nature. (Bhagavad Gîtâ III 27)


[1] In Moshe Idel, L’expérience mystique d’Abraham Aboulafia. Cerf

[2] Ramban : Rabbi Moshe ben Nah’mane Gerondi (Gérone) connu sous le nom de Nahmanide (1195 -1270) in A. Safran Sagesse de la Kabbale

[3] Le Sefer Yetsirah  Le Livre de la formation ou de la création

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Marie Delclos
Marie Delclos
Marie Delclos est une éminente spécialiste de l'ésotérisme et des traditions initiatiques. Elle est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages de référence aux éditions Trajectoire, parmi lesquels : "Le Grand Livre de l'oracle Belline", "L'Astrologie en 16 leçons", "La Voyance en 16 leçons", "Le Grand Livre des pouvoirs de la Lune", etc.

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