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Samedi 12 septembre 2026, de 10 heures à 12 h 30, le Chapitre National de Recherche du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France ouvrira sa nouvelle année de travaux par une visioconférence consacrée à un sujet qui touche au cœur même de l’engagement maçonnique : « De la Loge à la Cité, les fondations de la citoyenneté ». Sous le titre volontairement mobilisateur « Prenez place mes Frères et mes Sœurs », Jacques Le Disez invitera les participants à interroger ce passage essentiel entre l’espace initiatique du Temple et la responsabilité du citoyen dans la société. Une rentrée qui dit clairement son ambition : penser la Franc-maçonnerie non comme un refuge hors du monde, mais comme un lieu où se prépare une présence plus consciente au monde.

Après la transmission, la citoyenneté
Il est des rentrées maçonniques qui ressemblent à une simple reprise des travaux. D’autres portent déjà en elles une direction, presque une interrogation adressée à toute l’année qui s’ouvre. Celle du Chapitre National de Recherche (CNR) du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France appartient manifestement à cette seconde catégorie.
Après une année 2025-2026 placée sous le signe de la transmission, dont les travaux viennent d’être rassemblés et publiés en deux volumes, le CNR annonce pour son nouveau cycle un thème dont l’actualité paraît presque s’imposer d’elle-même : « Les fondations de la citoyenneté ».
Le choix des mots mérite que l’on s’y arrête. Il n’est pas question simplement de citoyenneté, mais de ses fondations.
Or un Franc-maçon sait ce que signifie fonder.

Avant que ne s’élève l’édifice, il faut examiner le terrain, creuser, dégager, poser les premières pierres et s’assurer de leur solidité. La métaphore architecturale, si familière à la tradition maçonnique, rejoint ici directement la réflexion politique et civique. Car une République, elle aussi, ne tient que par la qualité des principes sur lesquels elle repose et par la volonté des femmes et des hommes qui acceptent de les faire vivre.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité, dignité de la personne, responsabilité individuelle, primauté de la raison et respect de la conscience ne sont jamais des acquis définitivement scellés dans la pierre. Ils doivent être transmis, éprouvés, parfois défendus et toujours réinterrogés.
À ce titre, le passage d’une année consacrée à la transmission à une année consacrée à la citoyenneté possède une véritable cohérence : que transmettons-nous, si ce n’est aussi une certaine manière d’habiter la Cité ?
Le Temple n’est pas une citadelle

La première rencontre de ce nouveau cycle aura lieu samedi 12 septembre 2026, de 10 heures à 12 h 30, en visioconférence, en présence de Philippe Guglielmi, Très Sage et Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France. Elle sera animée par Jacques Le Disez, membre du CNR et du Souverain Chapitre Jérôme Lalande.
Le titre retenu constitue déjà tout un programme :
« De la Loge à la Cité, les fondations de la citoyenneté : Prenez place mes Frères et mes Sœurs. »
Cette invitation à « prendre place » pourrait sembler, au premier regard, une simple formule d’accueil. Elle est en réalité beaucoup plus riche.
Prendre place, c’est d’abord accepter d’être présent.

Présent en Loge, naturellement, mais également présent dans la société. Présent dans le débat sans nécessairement prétendre le confisquer. Présent dans les associations, l’éducation, la culture, les institutions, les solidarités et tous ces lieux où se tisse quotidiennement ce que l’on nomme parfois, d’un terme devenu presque abstrait, le lien civique.
La question est ancienne en Franc-maçonnerie. Depuis le XVIIIe siècle, le Franc-maçon travaille dans un espace ritualisé et séparé du tumulte profane, mais cette séparation n’a jamais nécessairement signifié indifférence au monde.
Le Temple protège le travail ; il ne saurait devenir une citadelle.
Le silence de la Loge n’a de sens que s’il permet une parole plus juste lorsque revient le temps de la Cité. L’initiation ne conduit pas hors de la société : elle peut, au contraire, rendre plus exigeante la manière d’y prendre sa part.

C’est toute la dialectique féconde du dedans et du dehors. Que reste-t-il du citoyen lorsque vacillent les certitudes ? La question prend une résonance particulière dans les sociétés contemporaines.
Défiance envers les institutions, brutalisation des échanges publics, fragmentation des opinions, montée des appartenances concurrentes, triomphe de l’immédiateté numérique, affaiblissement des médiations traditionnelles : le citoyen est partout invoqué mais parfois difficile à retrouver.
À force de parler de droits, risque-t-on d’oublier les devoirs ?
À force de revendiquer l’expression de chaque identité, savons-nous encore ce qui permet de construire un espace commun ? Et comment passer d’une juxtaposition d’individus à une véritable communauté politique sans tomber dans l’uniformité ? Ce sont quelques-unes des interrogations que suggère déjà le thème choisi par le CNR.
Pour le Franc-maçon, elles prennent une coloration particulière. La méthode initiatique apprend que personne ne bâtit seul. Chaque pierre possède sa singularité, mais elle ne prend véritablement sens qu’insérée dans l’édifice.

L’image n’appelle évidemment pas à effacer les différences. Elle dit exactement l’inverse : l’harmonie ne naît pas de pierres identiques, mais de pierres ajustées les unes aux autres. Il pourrait bien y avoir là une définition très maçonnique de la citoyenneté.
Du gouvernement de soi à la construction du commun
La Franc-maçonnerie possède cependant une singularité : avant de prétendre transformer la société, elle demande symboliquement à l’initié de commencer par lui-même.
Le chantier est intérieur avant d’être extérieur.
Tailler sa pierre, apprendre à écouter, discipliner sa parole, confronter son jugement à celui d’autrui, accepter le doute et reconnaître ses propres aspérités constituent autant d’exercices initiatiques qui ont aussi une portée civique. Car le citoyen démocratique n’est pas seulement celui qui vote.

Il est celui qui accepte que l’autre puisse avoir raison contre lui. Celui qui distingue l’adversaire de l’ennemi. Celui qui comprend que la liberté de conscience qu’il réclame pour lui-même doit être accordée à autrui avec la même force. En ce sens, la Loge peut être comprise comme un laboratoire symbolique de citoyenneté.
Des hommes et des femmes différents s’y rencontrent, selon les structures et les sensibilités maçonniques, non pour abolir leurs désaccords mais pour apprendre à les travailler autrement. Le rituel impose un ordre à la parole ; le symbole introduit une distance avec les certitudes immédiates ; la fraternité oblige à reconnaître dans celui qui pense autrement un être avec lequel il reste possible de construire.
La démocratie pourrait parfois méditer cette leçon.
La recherche maçonnique comme vigilance

L’intérêt d’un Chapitre National de Recherche est précisément de ne pas s’en tenir aux formules convenues.
Chercher, au sens initiatique du terme, ce n’est pas confirmer ce que l’on savait déjà. C’est accepter de remettre l’ouvrage sur le métier.

Quels sont aujourd’hui les fondements réels de la citoyenneté ? Que signifie encore faire société ? Comment transmettre une culture républicaine à l’heure où les récits communs se fragmentent ? Quelle place donner à la fraternité lorsqu’elle cesse d’être une devise gravée au fronton des bâtiments publics pour devenir une exigence concrète ? Et quelle contribution spécifique une démarche initiatique peut-elle apporter sans transformer la Franc-maçonnerie en parti, en Église ou en simple société de pensée ?
Autant de questions qui pourraient traverser cette nouvelle année de réflexion.
Cette rentrée s’inscrit d’ailleurs dans une activité soutenue du CNR. La newsletter annonce également les derniers travaux présentés, parmi lesquels « De la Loge à la Cité : La Loge mise en scène » d’Aline Kotlyar et une réflexion de Jean-Claude Laroche sur le Grand Débat organisé après le mouvement des « gilets jaunes » et la prise en compte de la parole citoyenne.
Un fil apparaît donc clairement : celui de la relation entre le travail maçonnique, la parole, la société et la construction du commun.

Une rentrée placée sous le signe de la recherche
Le calendrier est dense. Les membres du Grand Chapitre Général vont se retrouver également lors du Congrès des 4 et 5 septembre, tandis que cette première visioconférence du 12 septembre marquera véritablement l’ouverture intellectuelle du nouveau cycle du CNR.


La rentrée est également accompagnée par la publication, chez Conform Éditions, de deux nouveaux volumes issus des travaux de l’année précédente et placés sous le titre général La Transmission à l’épreuve. Les deux ouvrages doivent notamment être remis aux Délégués des Chapitres à l’occasion du Congrès de rentrée.
Nous y reviendrons très prochainement dans 450.fm, tant ces deux publications méritent un examen à part entière. Mais avant les livres vient peut-être la question qu’ils prolongent : que faisons-nous de ce que nous avons reçu ? Car transmettre ne consiste pas seulement à conserver. Transmettre, c’est permettre à quelque chose de continuer à vivre, donc nécessairement à se transformer.
Et la citoyenneté pourrait bien commencer là.
La pierre du citoyen

Au fond, le thème retenu par le Chapitre National de Recherche renvoie le Franc-maçon à l’une de ses plus anciennes interrogations : à quoi sert le travail accompli en Loge lorsque les portes du Temple se referment ? La réponse n’est sans doute ni dans une doctrine politique ni dans un programme d’action. Elle réside davantage dans une attitude. Le Franc-maçon n’est pas nécessairement appelé à porter ses décors dans la Cité. Il lui appartient plutôt d’y porter ce qu’ils lui ont enseigné : le goût de la mesure, l’amour du débat, la recherche de la justice, la conscience de l’inachèvement et cette conviction profondément initiatique qu’aucune construction durable ne se réalise sans l’autre.
Ainsi comprise, la citoyenneté devient presque un travail de bâtisseur.
La République possède ses monuments ; la citoyenneté, elle, n’existe que par ceux qui continuent chaque jour à en poser les pierres.
Le 12 septembre, le Chapitre National de Recherche du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France proposera précisément d’en revenir aux fondations. Et puisque son invitation nous demande de « prendre place », peut-être faut-il entendre derrière ces deux mots une exigence plus profonde : prendre sa place dans la Loge pour mieux apprendre à tenir sa place dans la Cité.

