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Une seconde année placée sous le signe de l’écoute, du rassemblement et de l’action

Réuni à Paris les 28 et 29 août 2026, le Convent de la Fédération française de l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain a renouvelé sa confiance à Maurice Leduc. Les Conseillers nationaux l’ont réélu Grand Maître National, confirmant la continuité d’une orientation engagée depuis son accession à la tête de la Fédération en août 2025.
Cette réélection intervient à un moment important pour une obédience qui entend conjuguer fidélité à sa méthode initiatique, transformation de ses structures et présence dans la cité. Le Convent 2026 n’a pas seulement constitué une échéance statutaire : il a permis de fixer plusieurs orientations pour l’avenir de la Fédération française et de préparer les travaux de l’Ordre international, dont le prochain Convent se tiendra en mai 2027 et déterminera les grandes lignes des cinq années à venir.

Une réélection dans une organisation démocratique

Au Droit Humain, le Grand Maître National n’est pas désigné par une autorité extérieure aux loges. La Fédération française fonctionne selon une organisation démocratique articulée autour des ateliers, des congrès régionaux et du Convent national. Les loges constituent la base de l’organisation. Elles élisent leurs représentants, qui participent ensuite aux assemblées régionales et nationales. Le Convent élit les représentants régionaux au Conseil national, lequel constitue l’organe d’administration de la Fédération. Composé de 39 Conseillers nationaux, ce Conseil élit à son tour les membres du bureau, dont le président porte le titre de Grand Maître National.
La réélection de Maurice Leduc s’inscrit donc dans une chaîne de mandats et de délégations qui relie la vie des loges à la direction fédérale. Cette architecture donne à l’événement une portée particulière : le Grand Maître National ne reçoit pas seulement la confiance d’un cercle dirigeant, mais celle d’une organisation qui revendique la participation de ses ateliers à la définition de ses orientations.
Un parcours placé sous le signe de l’humain
Maurice Leduc est né en 1955 à Tourcoing. Psychologue clinicien et diplômé de l’École nationale de la santé, il a dirigé plusieurs établissements médico-sociaux spécialisés dans l’aide sociale à l’enfance et le handicap. Son parcours professionnel l’a conduit à travailler sur l’autodétermination, l’inclusion et l’émancipation de publics vulnérables. Il a été initié au Droit Humain en 2005 dans une loge de Roubaix. Conseiller national depuis 2022, il a ensuite exercé la fonction de Grand Trésorier de la Fédération française à partir de 2023. Cette expérience lui a donné une connaissance approfondie des mécanismes administratifs et financiers de l’obédience, mais aussi des disparités qui peuvent exister entre les loges.

Lors de sa première élection à la Grande Maîtrise nationale, en août 2025, la Fédération présentait Maurice Leduc comme un responsable attaché à la transparence, à la pédagogie et à la prise en compte de la parole des ateliers. Il avait alors annoncé sa volonté de poursuivre la réforme structurelle engagée par son prédécesseur, Sylvain Zeghni, en renforçant l’autonomie locale et l’animation régionale. Cette trajectoire éclaire les priorités affichées pour son second mandat : poursuivre la transformation sans rompre avec les fondements de l’obédience.
Une Fédération en mouvement
Dans le communiqué publié à l’issue du Convent, Maurice Leduc insiste sur la dimension collective du travail accompli et des projets à venir. Il décrit l’avenir de la Fédération comme un « vaste chantier » qui concerne l’ensemble des loges, des Frères et des Sœurs.
« Ce vaste chantier est celui de l’ensemble des Loges et des Frères et Sœurs de la Fédération Française du DROIT HUMAIN. Il s’appuie sur l’intelligence collective et se veut le témoignage de notre attachement à la démarche initiatique, symbolique, rituélique et traditionnelle, ainsi que de la volonté d’avoir une Fédération en mouvement, forte et engagée vers l’avenir. »
Cette formulation est révélatrice de l’équilibre recherché. La Fédération veut avancer, mais elle ne souhaite pas que la modernisation se fasse au détriment de la démarche initiatique. La réforme ne doit pas produire une organisation purement administrative ; elle doit rester au service du travail des loges. Maurice Leduc rappelle également que les rapports issus des questions étudiées dans les ateliers constituent une source essentielle de réflexion. Les loges sont comparées aux cellules d’un organisme vivant : chacune possède sa dynamique propre, mais toutes participent à la santé de l’ensemble. La métaphore invite à penser la Fédération non comme une structure pyramidale, mais comme un corps vivant dont la vitalité dépend de la circulation entre ses différentes composantes.
La réforme fédérale comme fondation
Le Grand Maître National fait de la finalisation de la réforme de la Fédération française l’un des principaux acquis de l’année écoulée. Cette réforme a été accompagnée par un dialogue interne renforcé et par plusieurs chantiers destinés à clarifier le fonctionnement de l’organisation. Le communiqué ne détaille pas l’ensemble des mesures adoptées, mais il précise que ces travaux constituent désormais des « fondations solides ». Cette expression est particulièrement significative dans une obédience qui revendique l’héritage symbolique de la construction. La réforme ne saurait cependant être considérée comme achevée. Maurice Leduc affirme qu’il reste encore « beaucoup à bâtir » et place son second mandat sous trois mots d’ordre :
- l’écoute ;
- le rassemblement ;
- l’action.
Ces trois termes dessinent une méthode de gouvernement. L’écoute renvoie à la prise en compte des loges et des sensibilités internes. Le rassemblement vise à préserver l’unité dans une Fédération diverse. L’action doit permettre de traduire les réflexions en initiatives concrètes.
« La Fabrique », un espace pour préparer l’avenir

Parmi les projets appelés à se poursuivre en 2027 figure « La Fabrique », initiative lancée en 2026 autour des enjeux d’avenir de la Fédération française. Le nom du projet n’est pas anodin. Une fabrique est un lieu où l’on transforme une matière première, où l’on expérimente, où l’on assemble et où l’on produit quelque chose de nouveau. Dans une perspective maçonnique, l’image rejoint celle de l’atelier : un espace de travail collectif où les idées doivent être dégrossies, discutées puis mises en forme.
« La Fabrique » devrait ainsi permettre de créer davantage d’espaces de dialogue et d’initiative. Elle traduit la volonté de ne pas limiter la réforme aux instances dirigeantes, mais d’associer les loges et les membres aux décisions qui concernent l’avenir de la Fédération. L’enjeu sera de faire de cette initiative autre chose qu’un dispositif institutionnel supplémentaire. Pour être utile, elle devra produire des échanges réels, ouvrir des possibilités d’expérimentation et permettre aux propositions issues du terrain de remonter jusqu’aux instances fédérales.
Une obédience issue d’un combat pour la mixité

La réélection de Maurice Leduc s’inscrit dans l’histoire singulière du Droit Humain, première obédience maçonnique mixte créée dans le monde. Son origine remonte à Maria Deraismes, journaliste, écrivaine et militante féministe, initiée en 1882 au sein de la loge Les Libres Penseurs du Pecq. En 1893, elle fonde avec le docteur Georges Martin une première loge mixte. L’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain est officiellement proclamé en 1901.
La Fédération française est créée en 1921. Elle s’inscrit dans un ordre international dont les fédérations nationales sont autonomes dans leurs affaires intérieures tout en respectant une Constitution commune. Le Droit Humain est aujourd’hui présent dans plusieurs dizaines de pays, avec une organisation qui associe loges, fédérations et instance internationale. La mixité n’est donc pas un simple aménagement organisationnel pour le Droit Humain. Elle constitue son acte fondateur et son identité historique. La question de l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut être dissociée de la mémoire de Maria Deraismes et de Georges Martin.
La Fédération et les échéances électorales de 2027

Le Convent a également abordé le contexte politique national, alors que la France se prépare à des échéances présidentielles et législatives déterminantes en 2027. Maurice Leduc rappelle que la Fédération française du Droit Humain ne constitue pas un corps intermédiaire. Cette précision vise à distinguer l’obédience d’une organisation politique ou syndicale appelée à représenter directement une catégorie de citoyens.
Pour autant, cette neutralité institutionnelle ne signifie pas l’indifférence aux principes. Le Grand Maître National affirme que la Fédération ne s’interdit pas de valoriser ses propres valeurs et de rappeler les incompatibilités qu’elles impliquent. La position défendue repose sur une distinction entre l’organisation et ses membres. La Fédération ne donne pas de consigne électorale, mais chaque Frère et chaque Sœur demeure libre, en tant que citoyen, de décider de son engagement.
« Il revient à chacun des membres de la Fédération française, en tant que citoyen, de prendre la décision qui lui semble la meilleure au moment du choix important pour notre vivre ensemble national et de reporter dans le monde profane l’œuvre commencée dans le Temple, de s’engager et d’agir là où il se sent le plus utile. »
Cette conception repose sur une idée essentielle : la loge ne se substitue pas à la conscience individuelle. Elle fournit des outils de réflexion, mais elle ne délivre pas de consigne politique.

Des lignes rouges face aux extrémismes
La liberté de choix individuel ne signifie pas que toutes les orientations sont compatibles avec les valeurs revendiquées par la Fédération. S’appuyant sur un écrit commun du Conseil national et du Grand Conseil de février 2026, Maurice Leduc rappelle que le Droit Humain ne peut accepter que des Frères et des Sœurs empruntent les voies de la discrimination, du racisme, de l’antisémitisme, du sectarisme, de l’exclusion ou de la xénophobie.
« La Fédération française ne pourra pas accepter que des Frères et Sœurs empruntent les voies de la discrimination, du racisme, de l’antisémitisme, du sectarisme, de l’exclusion ou de la xénophobie contraires à nos valeurs. »
La formulation trace une frontière nette entre la liberté de conscience et la tolérance à l’égard des idéologies discriminatoires. Elle pose également une question sensible : jusqu’où une obédience peut-elle laisser ses membres agir dans le monde profane au nom de leur liberté personnelle lorsque leurs positions contredisent les principes fondamentaux de la Fédération ? Le Droit Humain semble répondre que la liberté de conscience ne peut être confondue avec le droit de promouvoir la haine ou l’exclusion.
Face à un climat d’antimaçonnisme

Le Droit Humain fait aussi état d’une expression antimaçonnique décrite comme « exacerbée ». Cette inquiétude intervient dans un contexte où la franc-maçonnerie est régulièrement utilisée comme cible par des discours complotistes et identitaires. Le Grand Maître National annonce la rédaction et la publication d’un manifeste destiné à exprimer l’attachement de la Fédération aux valeurs républicaines, à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, à la laïcité, à la liberté de conscience, à la démocratie et à l’État de droit. Ce futur manifeste aura une double fonction. Il devra d’abord rappeler les principes auxquels la Fédération se reconnaît. Il pourra ensuite servir de réponse publique aux discours qui présentent la franc-maçonnerie comme une puissance clandestine, une secte politique ou une organisation étrangère à la République.
Cette démarche suppose toutefois de trouver un équilibre entre visibilité et discrétion. Le Droit Humain souhaite faire entendre sa voix, mais sans renoncer à la nature initiatique de ses travaux. La question de la communication maçonnique demeure donc centrale : comment parler de l’initiation sans dévoiler ce qui relève de l’intime et du rituel ? Comment répondre aux fantasmes sans alimenter la personnalisation du pouvoir ? Comment occuper l’espace public sans transformer la Fédération en groupe de pression ?

L’union des francs-maçons
Maurice Leduc met en avant le travail interobédientiel et la nécessité d’une expression publique commune lorsque les valeurs fondamentales sont menacées. Il appelle à une solidarité de tous les francs-maçons à travers le monde et utilise l’image de ponts à construire entre des traditions et des obédiences différentes :
« Construisons des ponts solides entre nous dans le respect, l’écoute et la confiance, des ponts riches de nos différences et cimentés par une Fraternité réelle et sincère. »
Cette orientation peut être lue comme un prolongement naturel de la vocation internationale du Droit Humain. L’Ordre regroupe des fédérations souveraines et autonomes qui partagent une Constitution internationale et se réunissent périodiquement lors de Convents internationaux. Le prochain, prévu en mai 2027, devra poser les bases de cinq années de travail pour l’ensemble de l’Ordre. L’ambition de Maurice Leduc dépasse donc le seul cadre fédéral français. Elle concerne aussi la capacité des obédiences à travailler ensemble sur des questions qui ignorent les frontières : démocratie, droits humains, autoritarisme, climat, biodiversité, migrations et paix.
Les grands défis internationaux

Le contexte international occupe une place importante dans le projet présenté au Convent. Le communiqué évoque la multiplication des conflits et des violences, ainsi que l’augmentation du nombre de gouvernements autoritaires qui mettent en danger les idées démocratiques et l’État de droit. En réponse, Maurice Leduc défend l’universalisation des valeurs humanistes.
Cette orientation correspond à l’histoire internationale du Droit Humain. Depuis sa fondation, l’Ordre a cherché à dépasser les frontières nationales et à permettre aux femmes et aux hommes de travailler ensemble dans une même démarche initiatique. Mais l’universalisme ne peut rester une formule abstraite. Il doit se traduire par des partenariats, des solidarités concrètes et une capacité à soutenir les membres menacés dans les pays où la démocratie recule. Le Droit Humain insiste également sur la question de l’habitabilité de la planète et sur l’avenir incertain de la biodiversité. Ce thème élargit le champ traditionnel des combats maçonniques. L’environnement n’est plus seulement une question technique ou politique : il devient une interrogation sur les conditions de la vie humaine, la responsabilité collective et la transmission aux générations futures.
Une deuxième année pour consolider
Maurice Leduc commence cette nouvelle année de Grande Maîtrise avec un avantage important : il connaît désormais les dossiers, les équilibres internes et les attentes de la Fédération. Sa première année avait été présentée sous le signe de la continuité, du dialogue et de la réforme. Son second mandat doit désormais transformer les fondations annoncées en résultats visibles.
Trois exigences se dégagent :
- faire vivre la réforme au-delà des textes ;
- donner un contenu concret à « La Fabrique » ;
- renforcer l’autonomie et la participation des loges.
La réussite du mandat dépendra de la capacité à maintenir une relation de confiance entre les instances nationales et les ateliers. Une réforme décidée au sommet, même bien intentionnée, ne peut produire des effets durables que si elle est comprise et appropriée par la base. La Fédération devra également veiller à ce que l’intelligence collective ne devienne pas un simple slogan. Elle implique du temps, des moyens, des contradictions acceptées et des espaces où les propositions minoritaires peuvent être entendues.
Une clôture placée sous le signe de la fraternité internationale

La cérémonie de clôture du Convent 2026 a réuni des représentants des autres fédérations de l’Ordre maçonnique mixte international ainsi que des dignitaires d’obédiences françaises et étrangères. Ces prises de parole ont mis en évidence la volonté de développer des chantiers communs et de renforcer les collaborations. Le communiqué présente cette dynamique comme un engagement en faveur du Progrès de l’Humanité. Cette formule appartient au vocabulaire historique de la maçonnerie, mais elle prend un relief particulier dans le contexte actuel. Le progrès ne peut plus être réduit à l’augmentation des performances techniques ou économiques. Il doit être mesuré à l’aune de la dignité humaine, de la liberté, de la justice sociale, de la paix et de la préservation du vivant.
Pour le futur : un mandat entre fidélité et transformation
La réélection de Maurice Leduc à la tête de la Fédération française du Droit Humain marque le choix d’une continuité active. L’obédience ne renonce ni à son histoire ni à sa méthode, mais elle entend poursuivre sa transformation pour répondre aux mutations de la société et aux crises du monde contemporain. Le second mandat s’ouvre sur plusieurs chantiers : réforme fédérale, renforcement du dialogue interne, développement de « La Fabrique », préparation du Convent international de mai 2027, défense des valeurs républicaines, lutte contre les discriminations et rapprochement interobédientiel.

Maurice Leduc résume l’esprit de cette nouvelle étape par trois mots : écouter, rassembler, agir.
L’écoute devra donner toute sa place aux loges. Le rassemblement devra préserver la richesse de la diversité. L’action devra permettre à la Fédération de traduire son travail initiatique dans le monde profane. Le défi sera de conserver l’équilibre entre une obédience qui ne veut pas devenir un parti politique et une institution qui refuse de rester silencieuse face au racisme, à l’autoritarisme, à la xénophobie, à l’antisémitisme et aux atteintes à la démocratie.
À l’issue du Convent 2026, le Droit Humain choisit donc de poursuivre son chemin sous la conduite de Maurice Leduc. Une voie qui se veut à la fois fidèle à la tradition initiatique, attentive aux transformations de la société et ouverte à la construction d’une fraternité dépassant les frontières. La prochaine étape sera décisive : faire de cette ambition collective une réalité durable dans les loges, dans la Fédération et dans l’espace public.
