Accueil Blog Page 930

Don Juan le saint – II

FRANC-MAÇON ET SAINT ? – II –

Franc-maçon et saint ?

Pourquoi parler de sainteté en franc-maçonnerie ? N’y a-t-il pas là un abus de langage ?

Pas vraiment ; ou plutôt nous sommes en droit de nous interroger sur ce point, compte tenu non seulement de l’existence de rites maçonniques à connotation religieuse (judaïque, catholique ou protestante), mais plus encore par l’évocation de la question que le terme de Chevalier Kadosch évoque au 30ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté. Car en hébreu, le « saint », c’est le « qadoš », qui a deux sens : celui de « séparé » et celui de « pur ».

Van Gennep définit la « séparation » comme la première étape du processus initiatique, les deux suivantes étant la transition (le rituel en lui-même) puis l’incorporation (dans le groupe).

Cette séparation est une mise à l’écart de l’impétrant qui va être initié (par rapport à sa situation antérieure de profane). Caractérisée par un déplacement vers un autre emplacement que consacre le lieu de la cérémonie (montagne, bois, clairière, grotte, hutte, maison, temple, église, mosquée, loge), elle sacre la conjonction avec le monde spirituel. Elle permet de passer d’un monde à l’autre, de l’extérieur vers l’intérieur.

Parce qu’elle s’effectue en ascension vers le monde céleste, elle prend l’apparence d’un cheminement cosmique ; mais parce qu’elle se fait en esprit, donc intérieurement, elle est d’abord un cheminement ésotérique.

Dans le cadre de la religion, elle mène le croyant au paradis (ou à l’enfer).

Voyage initiatique, il conduit de la « cité du Diable » (« civitas Diaboli ») à la « cité de Dieu » (« civitas Dei ») pour les membres de la « Fede Santa » – à laquelle appartenait Dante Alighieri, aux dires de René Guénon : « L’association de la Fede Santa, dont Dante semble avoir été l’un des chefs, était un Tiers-Ordre de filiation templière, ce qui justifie l’appellation de Frater Templarius ; et ses dignitaires portaient le titre de Kadosch, mot hébreu qui signifie « Saint » ou « Consacré », et qui s’est conservé jusqu’à nos jours dans les hauts grades de la Maçonnerie[1]. »

Dans un cadre initiatique, ce voyage traduit l’éloignement du monde profane vers le monde sacré. La porte basse matérialise ce passage.

Symboliquement, l’impétrant franchit la « porte des hommes » pour frapper à la « porte des dieux » (ou à la « porte de Dieu ») : il peut ainsi rejoindre ceux qui ont accédé aux cieux d’en haut, les « kadosh », les « saints ». Cette ascension est la voie d’accès au principe divin.

Dans la mythologie, elle est marquée par un seuil et protégée par des gardiens (dragons, monstres, serpents) ou par un mot de passe (la clé qui ouvre le chemin du trésor caché en soi). Les marches d’un escalier ou les degrés d’une échelle symbolisent la progression en élévation de l’être (à l’intérieur de lui-même). Au-dedans, la sanctification du lieu est assurée par l’autel, centre spirituel sacralisé par l’acte de foi (en l’homme, ce centre est le cœur).

La sainteté dans le judaïsme

Pour le judaïsme, la sainteté appartient à Dieu seul : « Car il est saint, l’Éternel, notre Dieu[2] ! », dit un psaume.

Et c’est parce que Dieu est saint que le peuple qu’il a élu l’est – par son alliance avec lui : « Car tu es un peuple saint pour l’Éternel, ton Dieu ; l’Éternel, ton Dieu, t’a choisi, pour que tu fusses un peuple qui lui appartînt, entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre[3]. »

Mais pour cela, il faut qu’Israël obéisse à ses lois : « Tu observeras tous ses commandements, afin qu’il te donne sur toutes les nations qu’il a créées, la supériorité en gloire, en renom et en magnificence, et afin que tu sois un peuple saint pour l’Éternel, ton Dieu, comme il te l’a dit[4]. »

Les Lévites, qui obéissent à la « loi de sainteté[5] », sont des hommes privilégiés, parce qu’ils sont purs : « Soyez saints, car je suis saint, moi, l’Éternel, votre Dieu[6] », prescrit le Lévitique.

Mais qu’est-ce qu’être pur ? C’est un état spirituel, le « taharah », qui consiste à valoriser spirituellement sa vie.

Quel sens a-t-il ? Il s’agit de refuser l’impureté (la « toumah »), qui est signe de mort : les cadavres, les maladies comme la lèpre, les menstrues de la femme (l’ovocyte est expulsé), l’éjaculation de la semence de l’homme (elle est perte d’un potentiel de vie), l’accouchement de l’enfant (qui sort vivant du corps de la mère), etc.

La sainteté est donc liée à la pureté de la vie – parce qu’elle est vertueuse -, l’impureté à sa privation et à la mort – parce qu’elle est mauvaise (du latin « malifatius », avec pour radicaux : « malum », « mauvais » et « fatum », « sort », le « mauvais sort ») -.

L’homme pieux se soumet aux lois du destin ; et celui qui est enclin à l’impureté doit se purifier par le rite : c’est le « mikvé », l’immersion dans le bain sanctificateur.

En franc-maçonnerie, par un autre biais nous retrouvons le même besoin de pureté. Dans son Discours de 1738, le chevalier de Ramsay édicte : « Nous cherchons à bâtir, et tous nos édifices sont ou des cachots pour les vices, ou des temples pour les vertus. »

Ainsi le Kadosch purifie-t-il le temple de son esprit : combattre pour la spiritualité contre la matérialité, pour la vérité contre l’erreur, pour l’amour contre la haine, pour l’ordre contre le chaos. Afin de devenir sain (de corps) et saint (d’esprit)…

Le terme de « kadosch » trouve là sa pleine justification. Et c’est avec acuité que René Guénon l’authentifie : « Cette désignation des initiés comme les « Saints », dont Kadosch est l’équivalent hébraïque, se comprend parfaitement par la signification des « Cieux » telle que nous venons de l’indiquer, puisque les Cieux sont en effet décrits comme la demeure des Saints[7]. »

Dans le judaïsme, la troisième bénédiction de la Amida, le mot de « Tz’vaoth » (« Sabaoth ») est associé au mot « Kadosh » (« Saint ») : « Kadosh Kadosh Kadosh Adonaï Tz’vaoth M’lo Khol Ha’aretz K’vodo » : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées [célestes], la Terre entière est remplie de sa gloire ».

La sainteté dans le christianisme

Le christianisme fait écho au judaïsme. Le Sanctus, acclamation du « Te Deum » prononcée par les Églises dites « des origines » (catholiques et orthodoxes) est un lemme antique de la liturgie céleste : « Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth ! » (« Saint, Saint, Saint [est] le Seigneur des armées[8] ! »

Mais les critères qui définissent la sainteté sont plus larges.

La première étape est la béatification qui doit prouver  les vertus canonisables du prétendant.

En quoi consistent-elles ?

1°/ La vertu doit être héroïque : « Que le sujet qu’elle concerne soit ardu, et qu’en raison des circonstances sa pratique suppose une énergie très supérieure au commun des mortels. »

Don Miguel de Mañara, surnommé « le Héros de Dieu », répond à cette requête.

2°/ La vertu doit être persévérante : « Que les actions soient réalisées avec promptitude et constance. »

Appelé « le Père des pauvres », Don Miguel de Mañara a consacré sa vie aux plus miséreux et n’a jamais cessé d’œuvrer pour eux.

3°/ La vertu doit être joyeuse : « Qu’il la porte avec optimisme et courage[9]. »

Don Miguel de Mañara s’est opiniâtré dans ses entreprises de charité, espérant le secours de Dieu avec optimisme, foi et raison quand il n’avait plus d’argent pour subvenir aux besoins des plus démunis ; et faisant preuve d’un courage exemplaire à supporter les affres de la maladie jusqu’au seuil de la mort.

Son procès en béatification relève trois vertus qui le caractérisent : l’humilité, la foi et la charité[10].

La même sollicitation est requise du Franc-maçon.

Le thème de la « Vertu » est présent du 1er au 33ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, soit sous la forme d’un concept (l’« Aretè »  grec ; les quatre vertus cardinales et les trois vertus théologales des chapitres), soit encore sous le forme d’incarnations par des hommes vertueux (les grands initiés, Hiram, le Christ, etc.), soit enfin sous la forme des valeurs qui en découlent (valeurs ontologiques, éthiques, humaines et sociales).

Ainsi le Grand Élu, Parfait et Sublimes Maçon est-il animé par l’amour de la Vertu.

Le martyre par le don de sa propre vie, sur l’exemple du Christ et des saints, est un deuxième critère.

Le sacrifice d’Hiram, même s’il n’est que symbolique parce qu’il reste rituel, en est le modèle maçonnique. D’ailleurs Rousse-Lacordaire rappelle « que l’on ait pu voir en Hiram une figure du Christ, tué à cause de la Parole de Dieu » (puisque les anciens catéchismes faisaient du Nom de Dieu le Mot du Maître qui a été perdu par l’assassinat de l’architecte).

Mais tous les bienheureux ne sont pas morts en martyrs. 

Le troisième focus est l’un des plus importants : c’est rayonnement spirituel. Il est à raccorder aux vertus qu’assument ceux qui les propagent par leur exemple. Et c’est bien évidemment la voie de l’exemplarité que préconise la démarche maçonnique à l’égard de ses membres.

Pour autant, une dernière étape doit être encore franchie pour passer de la béatification à la sainteté : le (ou les) miracle(s) attribué(s) au postulant conditionne(nt) sa canonisation.

Les rosiers que Don Miguel de Mañara a lui-même plantés continuent de refleurir plus de trois cents ans après son décès ; c’est le « miracle des roses », authentifié une première fois en 1740, puis confirmé en 1802 par les juges du procès en béatification : « Plants de rosiers avec leurs pots de fleurs apportés à cette sainte maison par son illustre fondateur, le Vénérable Don Miguel de Mañara Vicentelo de Leca, chevalier de l’ordre de Calatrava, en 1671, conservés en toute vigueur et donnant du fruit, tous les ans en leur propre force[11]. »

Si des analogies existent entre la vie vertueuse du saint et les vertus de la vie du kadosch, elles s’arrêtent là : le Franc-maçon ne fait pas de miracles… ou on ne le sait pas ! Toujours est-il qu’ils ne lui sont pas demandés puisque, si la vie du premier est extra-ordinaire, celle du second demeure tout à fait ordinaire.

Qu’est-ce qui distingue leurs existences ?

Le saint cherche l’illumination par la foi en une grâce qui éclaire son esprit. Le kadosch cherche la lumière par sa croyance en une spiritualité qui éclaircit ses pensées. La différence est notable, et elle mérité d’y consacrer notre prochain article…

Pierre PELLE LE CROISA, le 12 juin 2021


[1] GUÉNON R., ch. II : La « Fede Santa » in L’ésotérisme de Dante, p. 11 (éd. NRF-Gallimard, coll. Tradition, Paris, 1974).

[2] Psaume XCIX.

[3] Deutéronome, VII, 6.

[4] Ibid., XVI, 18-19.

[5] Lévitique, X-XIX.

[6] Ibid., XIX, 2.

[7] GUÉNON R., Aperçus sur l’Ésotérisme chrétien, p. 53 (Éd. Traditionnelles, Paris, 1973).

[8] Ésaïe, VI, 3.

[9] Apud. TASSARA SANGRAN L., ch. XIX : El Héroe de Dios, trad. Pierre Pelle Le Croisa (PPLC), p. 197 (éd. María Auxiliadora, Séville, Espagne, 1959).

[10] Apud. BUENO Y MOREAL J.-M., El venerable siervo de Dios Miguel Mañara. Tercer centenario de su muerte in D. Miguel de Mañara, apostól seglar y padre de marginados (éd. Centro de estudios de teología espiritual – Hermandad de la Santa Caridad, Séville, Espagne, 1979).

[11] Procès informatif en béatification, folios 1092 et 1097, trad. PPLC.

La honte de son appartenance maçonnique

Ce billet va en énerver plus d’un. Tant pis, je me lance : Vous avez déjà rencontré des gens du Lion’s Club ou du Rotary Club ? Vous avez vu comme ils sont fiers d’arborer le pin’s de leur organisation ?

Prenons un autre exemple, vous avez certainement des amis chrétiens, juifs, musulmans ou Bouddhistes ? Vous les avez vu se cacher pour pratiquer ? Moi jamais !
Certains ont même des autocollants sur leur voiture.

En revanche, pour les francs-mac, lorsqu’il s’agit  de se dévoiler, là y’a plus grand monde. Plutôt montrer son kiki sur la plage naturiste des Frères Oltra au Cap d’Agde que de sortir son baudrier devant des profanes.

Tout le monde sait qu’être un Frère « la Gratouille » (le nom donné aux maçons par Mitterrand) est un honneur et certains très courageux déclarent effrontément : « Même pas peur ! » Il n’empêche que je ne connais pas beaucoup de maçons qui osent s’afficher dans la presse locale avec fierté.

Pendant la rédaction de ce billet, j’ai quand même trouvé trois maçons téméraires qui ont accepté de m’apporter leur témoignage. Ils affirment que toute cette discrétion vient de la guerre 39/45, car les méchants internaient les maçons pour les punir. Ce n’est pas faux, mais en même temps ils enfermaient aussi les tziganes, les juifs et les homosexuels. Pourtant ces trois groupes ne se cachent plus depuis longtemps. Je ne propose évidement pas d’organiser une gay-parade maçonnique avec des chars pilotés par nos Grands Maîtres et des loges en action sur les plateaux derrière le tracteur, mais au moins, d’avoir le courage de se dévoiler en toute modestie… et surtout d’être fier de son appartenance.

J’émets une hypothèse. Et si, tout simplement, tous les Frères et Sœurs étaient solidaires dans la discrétion et que chacun attendrait tout simplement que l’autre commence le premier à se dévoiler. Un jeu du genre : « Toi le prem’s, non toi d’abord ». Car dans le fond, les maçons ne risquent plus rien en 2020. Il est nettement plus risqué pour une grand-mère de se rendre au distributeur avec sa carte bleue que pour un maçon de sortir du Temple avec cinq de ses Frères.

Pourtant, tout le monde se planque. On installe des portiques de sécurité, on emploie des gardiens et on ne va pas tarder à faire des répétitions d’évacuation de Loge. Après cela, il ne faut pas s’étonner qu’on jase dans notre dos, que des ragots circulent et qu’on fasse ricaner le public.

Ceci étant dit, si une bande de courageux résistants, des Jean Moulin de la Fraternité, montraient l’exemple, cela aurait peut-être un effet bénéfique secondaire important sur le monde extérieur et sur l’image des maçons. Par exemple :

  • Les profanes arrêteraient de fantasmer sur nos réunions secrètes,
  • les journaux ne pourraient plus diffuser les marronniers annuels pour dévoiler des pseudos secrets fumeux,
  • Un large public aurait certainement envie de nous rejoindre, car nous deviendrions des gens normaux, on donnerait peut-être aussi le désir à des jeunes de s’impliquer…

Enfin, je veux dire par là que la maçonnerie deviendrait une pratique normale quoi. Plus elle se partagerait, plus elle s’orienterait vers le futur pour éviter de vivre perpétuellement dans son musée paléontologique issu de son très glorieux passé.

Bon il est exact que d’un autre côté, être Franc-maçon deviendrait soudainement assez banal. Je ne suis pas certain que tout le monde en ait très envie dans nos rangs. C’est vrai quoi, le Frère qui rentre chez lui le soir, tel James Bond qui rentre d’une mission pour sa majesté la Reine, cela a du panache auprès de sa femme et des enfants. Alors que là, le même gars qui rentre d’une soirée belote arrosée de rouge avec des copains, ça tue un peu le mythe du héros, c’est certain !

Je sens que ce n’est pas encore gagné mon affaire. Ce n’est pas encore demain qu’on verra une Porsche participer aux 24 heures du Mans, sous les couleurs du Grand Orient de France. Ou encore, une Twingo de la Loge « Fraternité Universelle » de la Grande Loge de France circulant dans les rues de Montluçon avec un calicot sur les portières qui dit « Faites-vous initier. Devenez Franc-maçon et vivez l’expérience de la Lumière. Tous les lundis, venez nous retrouver au n° 7 rue de l’Acacia ».

Il est certain que la maçonnerie perdrait de son charme ou de son attrait mystique, car beaucoup plus de femmes, de nombreux membres des classes sociales défavorisées, beaucoup plus de jeunes… enfin tout le monde en somme, pourrait devenir maçon et çà deviendrait aussitôt banal. Pour certains, il y a un risque pire que de vulgariser la maçonnerie, ce serait qu’elle perdre son patriarcat et surtout son essence anglaise qui nous replonge dans nos racines outre Manche. Pour certains, cette simple idée est insupportable. C’est un peu comme proposer à un croyant/pratiquant de L’Église catholique, apostolique et romaine de déplacer le Vatican à Marne la Vallée. Ce serait sacrilège.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai l’impression qu’on est à un carrefour entre évoluer vers demain ou nous fossiliser sur les gloires d’hier.

Bon je dois vous laisser, mes gardes du corps me proposent de me raccompagner dans mon château fort.

Bonne soirée à bientôt

Franck Fouqueray

Le croyancisme : une addiction acquise tôt dans la vie.

Nous sommes accrochés à nos croyances comme des moules à un rocher. Pourquoi ? Entre autres parce qu’on nous y plonge bien tôt.  

C’est pareil pour nous tous mais surtout durant l’enfance: à partir de quelques cas observés, notre cerveau généralise et croit avoir découvert des mécanismes valables dans tous cas, bref une ou des lois universelles .

En fait on s’est fait une croyance, c’est tout, mais si elle correspond à nos envies intimes, on se met à tisser autour un argumentaire protecteur. Plus tard, on aura tellement investi d’énergie à la défendre qu’on recourra au besoin à la mauvaise foi et peut-être à la violence pour éviter de la perdre. La mauvaise foi, c’est quand on fait taire la petite voix intérieure qui nous susurre qu’on fait probablement fausse route, et qu’on risque de perdre plein d’amis.

Nos pays subissent les actes terroristes perpétrés au cri d’Allah Akbar, et on juge et condamne les terroristes appréhendés. Interrogés, tous indiquent agir en suivant à la lettre les instructions de leurs textes religieux  .

Beaucoup dans nos pays trouvent idiot de lire ces textes religieux anciens au premier degré. Pourtant, les groupes prônant cette lecture puriste ne semblent pas être en train de disparaître : outre les islamistes, on voit aussi les créationnistes, les Amish, les évangélistes …

Le remplacement rapide de religions, à l’influence déclinante, au début du 20e siècle, par des idéologies totalitaires, montre que les peuples concernés avaient un besoin de croire, et qu’un sevrage trop rapide engendre une recherche de croyance de substitution. Lors de ce changement, le sentiment d’urgence dû au sevrage pousse à se jeter sur la première croyance qui passe. En ce début de 21e siècle nous voyons une infinie variété de complotismes, de collapsologues, etc. :  internet a fait exploser l’offre de croyances, on en trouve toujours au moins une qui correspond à ses envies, et assortie d’un joli mille-feuilles argumentatif qui plaît à notre cerveau raisonnant.

Pourquoi cette addiction à des croyances ?

L’explication courante est que la croyance sert à rassurer.

Exemple : je suis mortel, et l’incertitude concernant ce qui se passe après la mort est insupportable, aussi je crois ce qu’un prêtre ( ou gourou ) à l’air savant et recommandé par mes parents me raconte.

Oui mais ne peut-on chercher à se rassurer sans gober n’importe quoi ?

La racine du problème, c’est que nous commençons tous notre vie en croyant ce que disent nos parents ; nous constatons que leurs efforts concourent à notre bien, que leurs recommandations nous évitent bien des expériences douloureuses, que leurs explications s’avèrent utiles.

Enfants, la confiance nous aide à vivre, et nous l’accordons volontiers à celui qui nous lit l’évangile de Jean : «  Heureux ceux qui croient sans avoir vu » . Nous apprenons ainsi à ne pas mettre en doute les écrits religieux et à respecter scrupuleusement la parole des religieux, ou gourous, ou leaders politiques, ou manipulateurs de tout poil.

La peur de perdre notre béquille rassurante, voilà pourquoi nous sommes si crédules.

Comment progresser ? En apprenant à nos enfants que l’erreur existe, que la vérification est nécessaire, que toute généralisation peut être erronée, que les adultes peuvent se tromper et/ou tromper ( sans tomber dans la suspicion généralisée ), …à vous d’écrire la suite.

Apprendre les Rituels

0

L’OUVRAGE

Pourquoi apprendre des rituels par cœur? Si le rituel est une sublimation théâtrale, quel en est son sens lors d’une initiation ou d’un passage de grade ? L’auteur, expert en coaching mémoriel, explique les ressorts de la plasticité cérébrale. Il clarifie le concept de visualisation. Il revisite les textes des officiers, quelles que soient les cérémonies pour en faire des outils de volonté, de devoir et de transmission. Cet ouvrage consacre la mémoire comme art et nous en livre les secrets.

L’AUTEUR

François Bénétin, Diplômé HEC, est fondateur et président de l’Institut Mens sana, organisme pour l’entretien et le développement de la mémoire. Auteur du roman « Le pion des dieux », collection « Le Moulin à Paroles », Ivoire Clair, Groslay, 2003 et 2011, nominé au Prix du salon du livre maçonnique en 2003- Auteur de « Dans le secret des mots » Dictionnaire pratique des 150 mots et plus de la Franc-Maçonnerie, Ivoire Clair, collection « les Architectes de la Connaissance » Groslay, 2006,  Ancien membre du comité de rédaction de Points de vue initiatiques

Jacques Carletto

Du Bouddhisme au Mindfulness : évolution ou dérive ?

Philippe Cornu est né à Paris en 1957. Chargé de cours à L’inalco (Langues et civilisations Orientales Paris) et à l’UCL (Louvain-la-Neuve), il enseigne le bouddhisme depuis de nombreuses années. Auteur de plusieurs ouvrages dont le Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme (Seuil 2006) et Le bouddhisme, une philosophie du bonheur (Seuil 2013) il est également traducteur de textes tibétains dont Vasubandhu, Cinq traités sur l’esprit (Fayard 2008) et Padmasambhava, le Livre des morts tibétains (Buchet-Chastel 2009). Président honoraire de l’IEB (institut d’études bouddhiques, Paris) et vice-président du Khyentsé Wangpo Institute (Paris), il participe activement au dialogue interreligieux.

A travers l’engouement actuel pour la pleine conscience et la « méditation  laïque », notre vision du bouddhisme semble réduite à un ensemble de recettes de vie, de réemplois thérapeutiques ou sociétaux, au gré de simplifications qui vident cette vie spirituelle de son essence : proposer un cheminement authentique vers l’éveil libérateur défini par le Bouddha.

On constate depuis quelques années un engouement pour ce que l’on appelle la « pleine conscience » (anglais Mindfulness), tant dans les milieux psychothérapeutiques et médicaux que dans le monde de l’entreprise. Si l’on découvre, avec raison, les bienfaits de prendre soin de l’esprit et d’être attentif à l’instant présent sans jugement, et si le monde scientifique est désormais convaincu, grâce aux expérimentations avec des méditants, des effets durables de la méditation  sur le cerveau humain, il ne faut pas oublier que cette technique méditative est issue du bouddhisme, une religion asiatique née au VI° siècle avant J-C et mise au point aux États-Unis par Jon Kabat-Zinn, un médecin pratiquant du bouddhisme, afin d’appliquer expérimentalement la méditation au traitement de la douleur physique et du stress.

On peut se demander pourquoi cette évolution importante dans le monde médical et thérapeutique entraîne bien souvent le reniement de ses liens avec la spiritualité bouddhique. Les promoteurs de la pleine conscience s’en détachent délibérément et résolument, et l’on peut s’interroger sur les conséquences que cela peut entraîner. En effet, exploiter une technique en l’isolant de sa source et de sa raison d’être première n’est pas un geste anodin, même au nom du pragmatisme et de l’utilité incontestable de la méthode dans le domaine des soins.

Comprend-on bien en Occident ce qu’est le bouddhisme ?

Cela fait maintenant plus de deux siècles que l’Occident découvre le bouddhisme, d’abord au gré des premières traductions des orientalistes, puis, depuis une cinquantaine d’années, avec l’enseignement des maîtres asiatiques et l’implantation de certains centres d’études et de méditation partout dans le monde. C’est déjà assez de temps pour que le bouddhisme soit devenu l’objet de fantasmes, de récupérations diverses et de mécompréhensions et trop peu de temps pour prédire son avenir dans nos cultures occidentales ou occidentalisées, car le bouddhisme, c’est un fait, suit le vaste mouvement de mondialisation qui nous affecte tous.

Dire cela peut paraître pessimiste, car l’on pourrait aussi se réjouir de la fécondation que le bouddhisme peut apporter à la pensée et à la culture occidentales, ainsi qu’aux comportements individuels et sociaux affectés par la crise profonde de la modernité. Et de fait, on aurait raison d’espérer des transformations salutaires liées à cette rencontre entre le Buddhadhârma (1) et nous. L’essoufflement du modèle occidental est partout patent et le bouddhisme pourrait bien participer au changement de paradigme que beaucoup appellent de leurs vœux. Mais, il n’est pas sûr que toutes les conditions soient réunies pour cela.

La plus importante de ces conditions serait que le message du Bouddha et de ses disciples soit correctement compris, tant dans sa profondeur que dans ses aspects pratiques , ce qui implique l’indispensable dissipation des fantasmes, la claire distinction entre le message bouddhique et les cultures asiatiques qui l’ont véhiculé, la précision des traductions et du vocabulaire employé, une pédagogie adaptée mais non simplifiée, l’étude approfondie des textes originaux, la compréhension claire du sens profond des enseignements et de la manière dont ils s’incarnent dans notre existence, et aussi leur mise en pratique régulière sur une longue durée, sans chercher à les instrumentaliser. Car, nous sommes là en présence d’une voie spirituelle complète qui interroge tous les aspects de l’existence.

Avant d’assimiler le bouddhisme, il nous faut d’abord le comprendre pour ce qu’il est et non pour ce que l’on voudrait qu’il soit, puis, l’éprouver au plus profond de nous-mêmes, car ce n’est qu’à ce prix qu’il peut transformer nos vies en un cheminement authentique vers l’Éveil libérateur tel que le Bouddha l’a défini. A défaut, son enseignement risque d’être dépecé, réduit à un ensemble de recettes de vie, de réemplois thérapeutiques ou sociétaux, au gré de simplifications et d’instrumentalisations qui le vident de son essence pour n’en retenir que quelques préceptes faciles à appliquer, utiles dans la vie de tous les jours, bref des techniques de bien-être et de développement personnel. La question est : voulons-nous réellement et radicalement transformer notre vision de l’existence, quitte à traverser l’inconfort et l’effondrement de nos certitudes, ou bien cherchons-nous simplement à améliorer nos conditions de vie, en quête d’un mieux-être personnel immédiat et fatalement transitoire ?

Car, le malentendu est précisément celui-ci : le bouddhisme n’est pas une boîte à outils destinée à améliorer notre vie moderne dans ses choix actuels, mais bien un enseignement spirituel cohérent qui remet en cause toutes les bases de notre existence conditionnée afin de nous en libérer définitivement.

Le propos du Bouddha est de mettre un terme définitif à la souffrance, ce qui implique un bouleversement de nos habitudes et non leur prolongation par des correctifs mineurs et rassurants.

L’enseignement du Bouddha n’est pas une révélation ; il n’est pas lui-même un sauveur, mais un Éveillé (ce que signifie buddha) qui a mis le doigt sur la nature de l’existence et sur les mécanismes qui engendrent la souffrance. Discerner clairement la nature de la souffrance sous toutes ses formes et découvrir son origine est, selon le Bouddha, l’indispensable condition qui permet d’y mettre un terme définitif par les méthodes appropriées : tel est l’enseignement des Quatre Nobles Vérités, son premier sermon.

Qu’a-t-il donc découvert de fondamental et d’universel ? Le caractère conditionné de l’existence, le fait que ce conditionnement est le fruit de nos pensées et de nos actes passés et qu’il constitue le « lien » qui nous plonge dans une existence coincée entre l’attachement à des habitudes mentales antérieures et l’appétit pour un futur hypothétiquement meilleur. De ce conditionnement découle une vision biaisée et inquiète de l’existence qui motive nos comportements présents et impacte notre avenir. Le cheminement proposé est avant tout un déconditionnement, une déconstruction de nos croyances dans la solidité et la permanence du monde et de nous-mêmes, non pas pour atteindre un nirvana d’anéantissement, mais pour accéder à la réalité ultime des phénomènes, l’inconditionné.  Car c’est la sagesse, c’est-à-dire la connaissance adéquate de la réalité, qui libère des entraves et des illusions productrices de souffrance. Le nirvana est l’au-delà de la souffrance et non une évasion du monde, qui n’est pas mauvaise en soi. La quête bouddhique n’est pas une introspection nombriliste, car elle se fonde sur l’altruisme et la compassion. Comment, en effet, se refuser à agir dans le monde quand tant d’êtres y souffrent de leur illusionnement et de leurs conditionnements ? La lucidité acquise sur la voie est au service de la compassion et de l’engagement à souffrir autrui par des moyens appropriés à chacun. Il ne faudrait donc pas confondre le chemin spirituel avec un type de développement personnel qui ne serait en définitive qu’un renforcement narcissique bénéfique pour cette seule vie. Progresser sur le chemin signifie mûrir, ce qui exige du temps, le temps que nous alloue cette vie et parfois bien plus … On est loin du résultat immédiat exigé par nos comportements pressés.

Méditation, culture mentale ou pleine conscience ?

Pour parvenir à l’émancipation spirituelle, le bouddhisme propose ainsi un grand nombre de méthodes ou de moyens appropriés, qui tous se regroupent au sein des trois entraînements (sk.trisksa) : la discipline éthique (sila), qui modifie le comportement du pratiquant à l’égard de lui-même et d’autrui ; le recueillement méditatif (samadhi), qui concerne la maîtrise de l’esprit et de ses fonctions ; et la connaissance éminente de la nature de la réalité qui en résulte. Les méthodes, très diversifiées, se présentent comme des « moyens habiles » (upaya) propres à nous « déplacer » vers une vision qui transcende nos habitudes de pensées et de comportement. Il peut s’agir de techniques méditatives, mais aussi de visualisations, de rituels d’offrandes, de récitations de textes et de formules ou mantra, de yogas internes, bref de tout un arsenal de pratiques spirituelles véhiculées par une transmission vivante de maître à disciple au sein de traditions bien établies. Ces pratiques du Dhârma revêtent des aspects tant individuels que collectifs au sein de la communauté, ou Sangha, et nous avons là assez d’éléments pour considérer le bouddhisme comme une religion (2) même si ce terme lui est souvent dénié en Occident, sous prétexte de rationalisation. La méditation n’est donc pas le seul moyen de pratiquer, mais elle est au cœur du processus de libération. La discipline éthique, qui implique une certaine régulation des actes, ne saurait être négligée au profit de la seule méditation, mais sans cette dernière, elle pourrait être vécue comme une contrainte morale purement sociale ou imposée comme dans beaucoup d’autres religions. Quant à la connaissance de la nature ultime, elle découle de l’étude, de la réflexion et de la méditation.

Mais qu’entend-on ici par « méditation » ? Certainement pas le sens que ce mot revêt habituellement dans le christianisme et la philosophie occidentale, où méditer consiste à approfondir une réflexion sur une sujet donné. Ici, méditation est plutôt à rapprocher de l’étymologie de medeo (grec), qui signifie « prendre soin de », « cultiver ». Le terme sanscrit bhävanä implique cette même notion. Conçue ainsi, la méditation est un « exercice spirituel » qui consiste à observer son propre esprit à la première personne, opération peu usitée en Occident. C’est une démarche de familiarisation avec cet esprit qui est nôtre et qui nous est si mal connu.

(2) Une religion différente de nos modèles habituels car non-théiste sans être athée et qui se définit comme une quête de l’inconditionné, la transcendance étant à découvrir dans l’immanence, c’est-à-dire au cœur de chaque être doué d’esprit

Elle permet d’observer les mouvements de l’esprit, les pensées et les émotions qui le traversent, sans plus s’y identifier ni se laisser entraîner par ce mouvement. Peu à peu s’installe le calme mental (samatha) où le mouvement cesse d’être vu comme une perturbation de la quiétude mais s’y intègre peu à peu. Mais cette familiarisation n’est qu’un processus initial qui débouche sur des états plus profonds appelés samädhi, recueillement méditatif ou contemplation.

Ces états sont au cœur du cheminement spirituel car il s’y révèle une lucidité et une connaissance claire de la réalité (prajnä), sources de la libération. On parle alors de vision éminente (vipasyanä), où le méditant entre dans une dimension où il éprouve la vacuité (3) des phénomènes dans un état de présence non duelle, ouverte et lumineuse. Selon la perspective adoptée et les méthodes utilisées, le processus méditatif est plus ou moins long et profond. Mais il est loin de se limiter à être conscient de l’instant présent par le biais de l’attention à un objet ou à la respiration, comme le proposent les techniques de pleine conscience, même s’il passe nécessairement par ces étapes de simplification et de concentration. Il s’agit, dans le contexte bouddhique, de désamorcer au sein même de l’esprit où ils naissent tous les mécanismes de conditionnement liés à la saisie ou préhension de soi, de l’existence et des phénomènes que l’on perçoit à travers nos sens. Car sans cette dessaisie de soi-même et du monde phénoménal, il n’y a pas de processus libérateur possible et, comme nous l’avons dit, cette déprise n’est pas pour autant une indifférence aux êtres et au monde, tant elle est indissociable de la motivation de la compassion.

S’attaquer au duhkha, au mal-être…

Telle qu’elle a été conçue par Jon Kabat-Zinn, la méditation de pleine conscience ou Mindfullness se propose d’exploiter les bienfaits d’une pratique méditative dans le domaine des soins. Comme il l’explique lui-même, elle s’inscrit dans sa propre expérience méditative bouddhique dans le zen coréen et la mouvance Vipanassa issue du bouddhisme Theraväda.  C’est un éclair d’intuition qui a conduit dès 1979 ce jeune médecin à l’idée que la méditation pourrait être utilisée en médecine clinique pour traiter le stress et la douleur. Or, pour faire accepter cette méthode dans les hôpitaux, il fallait, sans perdre de vue les principes éthiques et la vision bouddhique sous-jacente, en bannir tout vocabulaire faisant directement référence au bouddhisme, inévitablement assimilé par le corps médical à une mouvance religieuse de type New Age. Ainsi naquit le programme NBSR (Mindfulness based stress reduction) au sein de la Clinique de réduction du stress au Massachussetts, et d’autres chercheurs ont aussi apporté leur contribution à ce concept, comme Daniel Shapiro, Daniel Goleman et Tony Schwartz.

Ainsi, l’accent mis sur le stress était pour Kabat-Zinn une façon habile de s’attaquer à ce que le bouddhisme appelle Duhkha, « le mal-être », la souffrance existentielle si prégnante dans nos sociétés, et il appelait lui-même les hôpitaux des « aimants à duhkha ». Tout le monde étant concerné, la réduction du stress ne soulevait pas d’objection, mais le travail méditatif du MBSR finissait par influer sur la vie psychique du patient dans son entier. L’idée était géniale et généreuse, car si le bouddhisme n’était pas abordable par tous, l’effet de sa méthode méditative était palpable par tout un chacun et facteur de transformation bénéfique.

(3) la vacuité (sünyatä) signifie que les phénomènes sont dépourvus d’existence en soi et pour soi, n’étant que des processus conditionnés, mais elle n’est pas le néant des choses.  Ces dernières existent, mais sous un mode dynamique, dépourvues de substance perturable.

D’autres programmes naquirent, comme le MBCT (Mindfulness based congnitive therapy) qui vise à prévenir les rechutes de dépressions, ou la DBT (Dialectical behavior therapy) qui traite la dépendance et les troubles de la personnalité.

D’autres applications ont vu le jour, y compris en milieu carcéral (programme vipassanä de Goenka dans les prisons indiennes).

L’un des apports les plus révolutionnaires de la méthode est l’acceptation progressive, dans les milieux scientifiques et médicaux de la validité d’une observation de l’esprit à la première personne, jusqu’alors guère envisagée, et de la réalité des modifications neuronales bénéfiques entraînées par la pratique régulière de la méditation.

Une « méditation » laïque ?

Après les milieux du soin, la Mindfulness n’a pas tardé à éveillé l’intérêt dans d’autres domaines comme le développement personnel, le coaching et l’entreprise, où le stress et les tensions relationnelles affectent le personnel. Et l’on est venu à parler de « méditation laïque », terme pour le moins étrange. Qu’y-t-il en effet de « laïc » ou de « non laïc » dans le fait de méditer ?  La laïcité est un concept moderne occidental impliquant en principe l’existence d’un espace public neutre à l’égard des religions instituées, sans hostilité ni phobie. Est-ce pour se démarquer de la tradition bouddhique que l’on a ajouté ce terme, comme pour s’assurer qu’il ne s’agit plus là d’une pratique spirituelle ou religieuse ? Et dans quel but, si ce n’est celui d’aseptiser la méditation et d’en faciliter l’instrumentalisation en vue d’objectifs non spirituels ?    En effet, la méditation bouddhique n’a pas été conçue pour renforcer les performances de l’esprit dans un contexte socioprofessionel ! Et que penser de la qualification d’instructeurs de méditation ou de coachs formés en quelques semaines de stage, ignorant les enseignements bouddhiques fondateurs de la méthode et qui se présentent en experts proposant leurs services lucratifs aux professionnels ? Le vif intérêt des coachs, voire de l’armée, pour la Mindfulness n’est sans doute pas d’ordre altruiste. Vise-t-il le bien-être des individus ou bien leur performance dans l’entreprise ou leur opérativité sur le front ?

Le monde de l’entreprise ne cache certes pas ses buts, la rentabilité et la compétitivité, et l’introduction de méthodes spirituelles « neutralisées » ne retient de la méditation qu’un aspect technique, la pleine conscience, en vue de meilleures fonctions cérébrales. Et cette technique « efficace » est désormais un produit de coaching vendu aux sociétés. On se retrouve ainsi très vite aux antipodes des motivations bouddhiques à l’origine de la méditation.

Face à ces dérives, il existe des tentatives de corriger le tir, comme la décision de Matthieu Ricard de systématiquement coupler la pleine conscience avec l’exercice de la bienveillance à l’égard d’autrui (Care Mindfulness). C’est sans aucun doute, une bonne chose pour les employés, si le monde de l’entreprise reçoit ce message et l’intègre pour réorganiser un management plus optimal. Il n’en reste pas moins que la méditation, dans ce contexte, est nécessairement amputée dans son fondement, sa raison d’être et sa profondeur. Si, traditionnellement, la méditation ne peut s’apprendre qu’auprès d’un maître spirituel attesté par ses propres maîtres, c’est qu’elle véhicule une transmission spirituelle vivante évidemment absente de la Mindfulness en entreprise. Seul l’outil demeure, une technique de bien-être, mais il ne subsiste rien du bouddhisme qui en était la source. Là encore, il n’est pas question de discuter des bienfaits que des patients ou des employés surmenés peuvent tirer de la pleine conscience tant au niveau personnel que relationnel. Ils sont évidents dans leur vie quotidienne et dans le cadre socio-professionnel, et c’est tant mieux. Mais il s’agit ici de souligner qu’en matière de spiritualité, la fin ne justifie pas les moyens ni les moyens la fin.

Si la méditation bouddhique permet d’intégrer progressivement toutes nos activités au sein d’une vie authentiquement spirituelle, elle n’est pas au service de buts mondains. Epistémologiquement parlant, la méditation tient-elle dans l’aspect technique ou bien dans l’esprit qui y préside ?  Ce n’est pas un outil de plus à maîtriser mais une méthode d’approche vers un état d’être – la contemplation non duelle -, ce dont l’entreprise ou l’armée n’ont que faire. Il n’est pas dans leur intention que les êtres se transforment radicalement et atteignent la libération et l’Éveil, car pour qu’un individu obéisse et serve des objectifs mondains, il doit rester conditionné individuellement et socialement. Cette liberté naturelle et cet amour universel auxquels nous invite la voie bouddhique ne sont donc pas à l’ordre du jour et ne le seront jamais. C’est pourquoi ce terme de méditation laïque est utilisé à dessein : il est le feu vert à l’instrumentalisation et au détournement du spirituel à des fins de profit.

Le danger est grand, de nos jours où le « tout, tout de suite » et le « prêt-à-porter » spirituel sont à la mode, que très peu de personnes comprennent ce qu’implique la vie spirituelle : un long cheminement, parfois semé d’écueils et de difficultés à surmonter, qui tend vers un accomplissement transcendant notre vision ordinaire de l’existence. Vouloir mettre la méditation à la portée de tous participe d’une excellente motivation, mais cette bonne volonté doit aller de pair avec une réflexion de fond : re-spiritualiser l’existence humaine, ce n’est pas saupoudrer la vie mondaine ou séculière de quelques outils spirituels en vue d’un développement personnel ou de l’optimisation des performances. L’enjeu véritable est celui d’un changement radical dans notre vision de l’esprit, du monde et des autres.

Philippe Cornu – pratiquant et enseignant bouddhiste à l’Institut d’Etudes Bouddhiques (IEB)

Ce texte reflète exactement mes interrogations actuelles, il a été publié dans plusieurs revues spécialisées. Ida Radogowski

S’inscrire à la newsletter LDDV – mail : lesdeuxvoies@orange.fr

SENEGAL : L’homosexualité et la franc-maçonnerie ne cessent de défrayer la chronique au Sénégal

De notre confrère sénégalais senenews.com

Note de la rédaction : Comme vous le constaterez ci-dessous l’antimaçonnisme est aussi virulent au Sénégal avec Les oulémas, qu’en Europe et en Amérique du Sud par les membres de la congrégation de la foi et de l’Opus Deï :

La question liée à l’homosexualité et la franc-maçonnerie ne cesse de défrayer la chronique au Sénégal. « Quiconque imite ces gens en fait partie », a publié Ahmadou Makhtar Kanté pour avertir la jeunesse, principale cible des homosexuels et des associations maçonniques.

« Tout musulman devrait garder à l’esprit ce hadith surtout de nos jours où l’imitation servile est encouragée de mille manières. Et dans cette optique de corruption spirituelle et morale, les jeunes sont des cibles de choix.
Les oulémas qui ont commenté ce hadith précisent que ce qui est surtout visé ici, ce sont des croyances, des façons d’être, des symboles, des modes vestimentaires, etc, en opposition avec les fondamentaux de l’islam en termes de foi et de morale.

On entend souvent dire que si on veut rapidement bénéficier d’opportunités financières et autres, il n’y a qu’à rejoindre la « communauté » des boroom niaari tour et des associations ésotériques genre franc-maçonnerie !
Une telle attitude relève du chirk akbar (grande idolâtrie).

Lire l’article original de notre confrère sénégalais senenews.com

De l’autre côté du miroir, le monde du silence

J’aimerais partager avec vous le monde du silence. A ces mots, vous vous revoyez en flash back, apprenti sur la colonne du Nord.

Et bien, pas tout à fait. J’aimerais vous faire découvrir le monde des sourds ! Si un jour, vous franchissez le pas de l’apprentissage de la langue des signes, tel Alice vous passerez de l’autre côté du miroir.

La doxa perçoit les sourds comme des handicapés, voire des oreilles à réparer. Une partie de la communauté sourde se considère comme une minorité culturelle et linguistique. Certains revendiquent la fierté d’être sourd. Nous pouvons parler d’identité sourde, sans pour autant perdre de vue que chacun est différent, à la fois culturellement, familialement, professionnellement, dans son parcours, dans ce qu’il est, dans sa surdité et le rapport qu’il entretient avec elle. Difficile donc de parler des sourds comme d’une masse compacte et homogène. Elle se divise elle-même en courant de pensées, de vie et de positionnements. En voici quelques exemples : sourd parlant, sourd pratiquant la LSF (langue des signes française, qui ceci dit en passant a été interdite dans l’éducation des enfants sourds, dans les écoles en France de 1880, jusqu’aux années 1970 ! Et oui !), le LPC (langage complété parlé) ou encore ceux cumulant différents types de communication.

Les sourds s’adaptent constamment à nous, entendants, nous qui formons la majorité et qui sans nous rendre compte, avons créé un monde sans eux, ou du moins pas adapté à eux.

Et bien, maintenant changeons les rôles. Nous entendants, allons rendre visite aux sourds. N’est-ce pas une mise en pratique de nos valeurs ? Allons en dehors du temple, répandre la fraternité universelle et l’ouverture à l’autre. Vous pouvez le faire par le biais  des cafés signes, des événements organisées par des associations de sourds dans votre région, la Journée Mondiale des Sourds, les pôles Pi Sourds des bibliothèques de la ville de Paris, l’IVT (théâtre) …

Vous retrouverez quelques aspects familiers pouvant être mis en parallèle avec la franc-maçonnerie. Au début, vous ne comprenez pas la langue, ni les codes. Vous avez tout à apprendre. Vous êtes silencieux. Vous observez. Vous essayez de comprendre.

Progressivement vous appréhendez les relations et les comportements des locuteurs. Vous regardez comment ils utilisent leurs mains, leurs regards, leurs visages et leurs corps.

Plus le temps passe, plus vous vous familiarisez avec la langue. Vos repères habituels sont bouleversés. Vous vous raccrochez à vos cours d’anglais, d’allemand ou d’espagnol de vos lointaines années d’études, mais qui ne vous servent à rien. Il faut repartir à zéro. Votre corps devient un outil de langage. Il faut apprendre à l’utiliser autrement, dans un environnement où les codes sont différents. Vous ressentez à la fois la sensation de vide et de liberté.

Vous intégrez la pensée en images, typique de la langue des signes. Vous redécouvrez un nouveau sens à chacun des mots que vous avez l’habitude d’utiliser. Automne : la feuille qui tombe de l’arbre, été : on transpire du front, septembre : période des vendanges, amour : deux bouches qui s’embrassent en tournant ensemble. Tout cela sonne un peu comme des noms indiens.

On vous observe attentivement. Un jour, on vous baptise. Vous recevez un prénom signaire, un prénom en langue des signes, qui vous caractérise. Si vous repensez au film Rrrr où ils s’appellent tous Pierre, aucun souci en langue des signes, chacun aura un prénom signé différent. Impossible de confondre deux personnes ayant un même prénom. Le prénom signaire peut être un élément physique, par exemple les cheveux longs et bouclés, une habitude : celle qui rigole, celui qui remet tout le temps son écharpe, un jeu de mots avec votre nom : Barette, Ducasse. Vous pouvez aussi vous appelez le chauve, le gros, le mono sourcil, ou encore celui qui boite, ce n’est pas méchant en langue des signes, ni dans la culture sourde. Il ne faut pas le prendre mal, même si pour nous entendants, cela nous semble parfois de mauvais goût, voire violent.

Le monde des sourds est un univers presque initiatique lui aussi, qui mérite toute notre attention. Il nous oblige à changer d’angle de vue sur le monde, c’est le pas de côté. Nous revenons sur notre axe, enrichi afin de tailler notre pierre.

En attendant de pouvoir rencontrer des sourds et échanger avec eux, compte tenu de la situation sanitaire, je vous invite à regarder l’émission l’œil et la main. (1) Elle vous donnera déjà un aperçu de cette communauté bien trop méconnue et d’une grande richesse.

Ils font des pas vers nous au quotidien. A nous de faire un pas vers eux, dans l’espoir qu’un jour nous puissions regarder notre devise Liberté, Egalité, Fraternité en face, non plus de manière utopique, mais bien en arrêtant d’exclure des catégories de population, d’humain.

(1)L’œil et la main – Replay et vidéos en streaming – France tv

ITALIE : L’avenir de « l’homme nouveau » : athéisme, Illuminati, gouvernement du « Dieu unique »…

De notre confrère italien corrispondenzaromana.it

(P. Paolo M. Siano) Le professeur Giuliano Di Bernardo, professeur de philosophie à l’Université de Trente, a été Grand Maître du Grand Orient d’Italie (GOI) de 1990 à 1993. Initié en 1961 dans la Loge bolognaise « Risorgimento – 8 août »(GOI), en 1988 (à seulement 49 ans), il a été admis au Conseil suprême du 33e et dernier degré du Rite écossais ancien et accepté (REAA). Après quelques années, il démissionne du Conseil suprême. Puis en 1993, il quitte le GOI et fonde la Grande Loge Régulière d’Italie (GLRI) obtenant la prestigieuse reconnaissance de la Franc-Maçonnerie de Londres ( Grande Loge Unie d’Angleterre – UGLE) et autres Grandes Loges du circuit pro-anglais.

En 2002, Di Bernardo quitte la GLRI et la franc-maçonnerie, mais sans cesser d’être franc-maçon. Cette même année, il fonde une nouvelle association initiatique à Trente, l’« Accademia degli Illuminati », ou « Ordre des Illuminati », ou « Ordre de la Dignité » basée à Vienne. L’ Ordre de la Dignité des Grands Prieurés en Italie, Ukraine, Slovaquie, Serbie. Depuis 2002, Di Bernardo est Grand Maître de cet Ordre des Illuminati (« ordre ésotérique international »: qui, contrairement à la franc-maçonnerie anglaise traditionnelle, admet également les femmes à la fois à l’initiation et aux plus hautes charges).

En 1996, en tant que Grand Maître de la GLRI, Di Bernardo avait publié le livre La reconstruction du Temple. Il y développe le projet maçonnique pour une nouvelle utopie (Marsilio Editori, Venise), dans lequel :

  • il défend une éthique universelle et maçonnique détachée de la « vérité absolue » (cf. pp. 50-51) ;
  • il loue le « mysticisme » de la « Kabbale juive » (cf. pp. 12, 85-89) ;
  • il souhaite de la reconstitution de « l’unité avec Dieu » « détruite par la religion », puis d’une « race unique », la fin des religions, une religiosité, une culture et une philosophie uniques (cf. pp. 90-92) ;
  • il précise que le « mysticisme » est dans les rituels maçonniques (cf. p. 94).
    Dans l’interview de Giacomo Amadori ( journal Libero ), en février 2016, à la question «Êtes- vous religieux ?», Giuliano Di Bernardo répond :« J’ai toujours été athée et darwinien ». Mais alors comment est-il devenu le Fondateur et Grand Maître du GLRI (1993-2002) avec la forte reconnaissance de l’ UGLE qui n’accepte pas les athées ? (cf. UGLE, Constitutions , Londres 2020, pp. x, 147 ).

Dans son livre, Philosophie de la franc-maçonnerie et la tradition initiatique (Marsilio Editori, Venise 2016 ), le Pr Di Bernardo déclare qu’il voit en Italie des Grands Maîtres « qui tentent, heureusement en vain, d’être élus à vie. Comme dans le monde profane, ils ne veulent pas quitter le trône du roi Salomon […] » (p. 38).


Pourtant, l’art. 8 des Constitutions de l’« Ordre de la Dignité », relatif au Grand Maître, affirme : « Il demeure en fonction jusqu’à ce qu’il décide de se retirer ». Dans le Règlement Général, il est réaffirmé que le Grand Maître : « restera en fonction jusqu’à ce qu’il décide lui-même de se retirer ».

Dans ce livre de 2016, Di Bernardo fait l’éloge de la franc-maçonnerie et aussi de l’Ordre des Illuminati de Bavière (cf. pp. 51-52).

Puis, en 2020 , toujours avec chez Marsilio Editori à Venise, le Fondateur Grand Maître de l’Ordre des Illuminati publie le livre L’avenir de l’Homo sapiens . C’est un livre inquiétant par sa clarté, car il dessine un avenir défini par les facteurs suivants : athéisme éclairé, modèle chinois, gouvernement mondial et dictatorial d' »Dieu unique » assisté de son Conseil des Sages de préférence tous Illuminati…


Selon Di Bernardo, toutes les religions, y compris la religion chrétienne, sont des inventions humaines et disparaîtront lorsque les finalités économiques qui les ont créées cesseront. A l’avenir, l’économie sera déterminée et réalisée par le gouvernement du « Dieu unique » (cf. pp. 15-16).

Une forme initiatrice du futur gouvernement du « Dieu unique » est celle de la Chine où le président est élu à vie, le contrôle social est total grâce à la technologie 5G, le peuple obéit en vertu de l’idéologie confucéenne, toute dissidence est punie ( cf. p. 15-16).

Partant de la théorie darwinienne de l’évolution, Di Bernardo définit l’homme comme un « singe pensant » qui a aussi inventé la religion. Tous les organismes vivants, y compris l’homme, dérivent d’une seule « cellule primordiale » (cf. p. 20).

Lire la suite de cet article de notre confrère italien corrispondenzaromana.it

Vient de paraître : Le N°128 de la revue de la GLFF – Le Tracé : toujours superbe !

C’est toujours une joie de lire les 20 pages de cette revue qui exposent les réflexions des sœurs de la Grande Loge Féminine de France. Bien que distribuée uniquement aux sœurs de la GLFF, nous vous proposons de la télécharger.

Parmi tous les articles, signalons en un qui mérite une attention : « Et si d’avoir placé l’humain au centre du monde était une erreur de perspective ? ». C’est un sujet de fond qui concerne toutes les obédiences. Une remise en question s’impose effectivement !

Télécharger le numéro 128 du Tracé

Masculin/Féminin

Genus masculinum complectitur femininum

Dans la plupart des langues, l’homme et la femme sont désignés par des racines différentes ; ce qui renforce la représentation des sexes comme distincts de nature.

L’identité sexuée a toujours été un objet problématique, aussi bien dans notre environnement maçonnique bipolaire, que dans la réalité sociale ou que dans les discours mythiques, ou encore et surtout religieux, imposant très vite la prévalence des hommes sur les femmes.

Dans l’Antiquité, c’est sur la base d’une identité sexuelle que se fondaient le statut et la reconnaissance des êtres dans la communauté, dont ils étaient membres. L’identité sexuelle déterminait également une série de comportements, d’inclinations, d’attitudes physiques ou mentales et d’aptitudes rigoureusement répertoriées et distribuées avec différence entre les sexes. C’est, d’ailleurs, aux seuls hommes qu’étaient adressées les 10 paroles des tables de Loi de Moïse <https://www.college-de-france.fr/site/thomas-romer/course-2015-04-09-14h00.htm>.

La langue hébraïque permet de relier substantiellement masculin et féminin en utilisant les termes ish (שיא) et ishshah  (השיא). En chacun de ces termes se trouve soit la marque de la virilité (le yod fécondateur) soit celle de la féminité (le hé). En guématrie, ish, Aleph, 1 + Iod, 10 + Shin, 300 donne 311 et par réduction cinq (5), qui est le nombre de l’alliance du masculin et du féminin ! D’après l’exégèse biblique, le signe Hé, ה est l’instrument de la création et de la vie : une lettre Hé de petites dimensions apparaît dans le mot «bébaram», (Genèse 2, 4), mot qui veut dire que Dieu créa les vivants avec le Hé. De même, après avoir scellé l’alliance qui le lie au divin par la chair, le patriarche Abram reçoit un signe Hé (valeur 5) dans son nom devenant Abraham en provenance du partage en deux du iod (valeur 10) pris dans le nom de Saraï son épouse qui devient Sarah. Il existe, pour la kabbale, un mot, Zoun (נוז) pour le masculin et féminin, abréviation de «Zakhar (רכז) et Neqeva (הבקנ)», qui désigne généralement les deux Partsoufim, Zeir Anpin et Nouqeva[1].

Surtout à partir de 20′, l’intervention de Delphine Horvilleur

Le «velive[2]» romain est un artefact de décoration associant l’arc/voûte du Ciel et une vulve ; le Masculin et le Féminin, les Géniteurs avec leur dualité et complémentarité. Une sorte de Ying-Yang, à la romaine.

Pour la pensée initiatique, les genres ne sont pas réductibles au sexe ou, plutôt, le sexe n’est qu’une manifestation, une expression, parmi d’autres genres. Ainsi, homme et femme ne se réduisent pas à leur sexe : la femme n’est pas un mâle de sexe différent et vice versa. Si les genres ne sont pas réductibles au sexe, le féminin, donc, peut être une qualité partagée par le mâle. Il n’y a pas d’assignation «biologique» ou essentialiste des genres aux sexes. L’éclairage ésotérique met en évidence le concept de bisexualité. La bisexualité simultanée caractérise des êtres qui sont des archétypes, des êtres primordiaux. L’humanité  apparaît au terme d’une série de séparations, de divisions, de classements, comme  dans une décantation des créatures: séparation entre le Créateur et la créature, le  ciel et la terre, le règne végétal et animal, l’homme et la femme ; la différenciation des sexes, c’est cette séparation de l’unité primordiale.

En fait, l’opinion commune associe, en les confondant, le fait d’être homme ou femme et les notions de masculin et de féminin. Si l’on en croit Pierre Bourdieu, « les séries d’oppositions que ces notions entraînent dans leur sillage sont universelles et les correspondances admises reprennent et corroborent la domination masculine. Ainsi, on retrouvera du côté masculin, actif et du côté féminin, passif, et les opposés dominant/dominé, dur/tendre, puissant/faible, devant/derrière, supérieur/inférieur, haut/bas. » Cependant, la pensée ésotérique va nuancer ces couples d’oppositions et l’on trouvera des appréciations qui fonctionnent plutôt comme des articulations fondamentales de la pensée avec, au masculin, miséricorde et en opposé au féminin, jugement, quiétude/ activité, épanchement/ réceptivité, intériorité/ extériorité, cause/ effet, déploiement/ limitation, forme/ matière, richesse/ pauvreté, lumière/ obscurité, droite/ gauche. D’autres paires d’opposés dans la pensée grecque, comme celles qu’Aristote attribue à un philosophe pythagoricien, mettent en parallèle certaines ressemblances avec cette liste. On trouve ainsi limité/ illimité, impair/ pair, un/ multiple, droite/ gauche, mâle/ femelle, repos/ mouvement, rectiligne/ courbe, lumière/ obscurité, bon/ mauvais, carré/ oblong.

C’est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.  C’est une consubstantialité de l’unité regardée dans ses aspects différenciés mais c’est de l’unité dont il est toujours question. Pour le RAPMM[3] : L’être Suprême est Un, et de Lui émane le pouvoir créateur, ou Perusha, le Principe divin mâle, et quand le Un devient Deux, mâle et femelle, de cette union du principe d’intelligence avec la première matière se développe un troisième, qui est Viradj, le monde phénoménal.

Les Philosophes attribuent deux corps à l’art alchimique, à savoir le Soleil et la Lune, qui correspondent à la Terre et à l’Eau. On les appelle aussi Homme et Femme. Signifiant l’union des contraires, l’hermaphrodite est un des principaux symboles de l’alchimie et il n’existe guère de manuscrit illustré où il ne figure pas. Au travers des trois couleurs, le noir, le blanc et le rouge, le Rebis (du latin res bina, matière double) signifie aussi l’ensemble de l’œuvre alchimique qui, dans l’union des polarités, aspire au dépassement des états particuliers de la matière.

Le problème de l’écriture inclusive ne serait-il qu’un problème de grammaire ? Ma réponse : La revendication de l’égalité ne commence-t-elle pas par le respect du masculin sans chercher à en faire du féminin ?


[1] Parmi les douze configurations principales qui constituent le Monde d’émanation, cinq jouent un rôle essentiel : Arikh Anpin, le grand visage ; Abba, le père ; Ima, la mère ; Zeir Anpin, le petit visage ; Nouqeva, la féminité)

[2] Ce mot combine les trois premières lettres du mot velificatio, un terme en histoire de l’art qui signifie «voile» – que l’on peut voir tendu au-dessus de la tête de Jupiter par exemple et qui figure son apanage le Ciel –  avec les deux dernières lettres du mot «vulve» – pictogramme dédié à figurer son épouse la Terre.

[3] Rite Ancien et Primitif Memphis Misraïm