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Miroirs, dites-moi qui je suis

Illustration : Jacob de Gheyn II ( 1565 – 1629 ) – Prudentia

Le mot « miroir» fut utilisé pour un genre littéraire né au Moyen Âge, il désignait des ouvrages destinés à conseiller le lecteur sur des questions morales. Les premiers exemples du genre remontent au IXe siècle et dans la tradition chrétienne, le Miroir sans tache (speculum sine macula) est le symbole de Marie, mère de Jésus où l’Éternel se reflète.

Le langage des oiseaux (Mantiq al-Tayr) de Farid ûd-Dîn Attâr est une épopée mystique qui retrace la quête d’oiseaux partant à la recherche de leur roi, le Sîmorgh. Partis par milliers, à la fin de l’épopée, seuls trente oiseaux parviennent au terme de leur quête et peuvent contempler l’oiseau sublime. À ce moment précis et par un subtil jeu de mots, le Sîmorgh devient le miroir de ces sî-morgh (trente oiseaux en persan) qui découvrent en l’oiseau qu’ils cherchaient le secret profond de leur être. Comme l’a analysé Henry Corbin, «Lorsqu’ils tournent le regard vers Sîmorgh, c’est bien Sîmorgh qu’ils voient. Lorsqu’ils se contemplent eux-mêmes, c’est encore Sî-morgh, trente oiseaux, qu’ils contemplent. Et lorsqu’ils regardent simultanément des deux côtés, Sîmorgh et Sî-morgh sont une seule et même réalité. Il y a bien là deux fois Sîmorgh, et pourtant Sîmorgh est unique, identité dans la différence, différence dans l’identité.» On retrouve ici le concept d’âme du monde identique à tous les êtres, tout en se manifestant à chacun d’eux de façon différente[1].

On y voit autrui plutôt que soi-même. Les séphirot se présentent comme des miroirs qui réfléchissent la lumière divine et la projettent vers les hommes, hormis la dernière, la Malkhut qui, entre autres, représente la Lune, une sorte de miroir non réfléchissant. Maître Eckhart, dans le même sens, affirmait que «le regard par lequel je Le connais, est le regard par lequel Il me connaît».  Le motif central du miroir est de nouveau présent ; la contemplation du reflet de la divinité dans sa propre âme, livrant le secret et donnant l’ultime clé d’accès à la cité intérieure de l’être.

Moins mystiquement, Carl Gustav Jung en dit : «celui qui regarde dans le miroir de l’eau voit d’abord sa propre image. Celui qui se regarde, risque de se rencontrer. Le miroir ne flatte pas, il montre fidèlement ce qui s’y reflète, à savoir ce visage que l’on ne montre jamais au monde car on le cache par le personnage, le masque de l’acteur.»

Les miroirs en étain poli, que les femmes des hébreux apportèrent (ainsi que leurs bijoux) pour être fondus afin de fabriquer les ustensile servant aux ablutions des prêtres du Tabernacle, furent refusés dans un premier temps, sous prétexte d’être des objets de frivolité. Cependant,  D.ieu ordonna de les prendre parce qu’ils servaient aux femmes pour se faire belles afin d’adoucir la souffrance de l’esclavage de leurs époux (Échanges avec Haïm Korsia  à la GNLF, à partir de 12’40)

Dans la Tradition, la Prudence est représentée par un miroir entouré d’un serpent. Cela fait dire à Philibert De l’Orme : «un compas entortillé d’un serpent signifie que l’architecte doit mesurer et compasser toutes ses affaires et toutes ses œuvres et ouvrages avec prudence  et mûre délibération» et de rajouter «soyez prudents ainsi que les serpents et simples comme les colombes[2]».

En alchimie, le miroir de la Prudence, «qui est celui de la Vérité, fut toujours considéré par les auteurs classiques comme le hiéroglyphe de la matière universelle, et particulièrement reconnu entre eux pour le signe de la substance propre du Grand Œuvre. Sujet des sages, Miroir de l’Art sont des synonymes hermétiques qui dérobent au vulgaire le nom véritable du minéral secret. C’est dans ce miroir, disent les maîtres, que l’homme voit la nature à découvert. C’est grâce à lui qu’il peut connaître l’antique vérité en son réalisme traditionnel. Car la nature ne se montre jamais d’elle-même au chercheur, mais seulement par l’intermédiaire de ce miroir qui en garde l’image réfléchie[3]

La catoptromancie est un art antique basé sur un phénomène d’autohypnose où la conscience flottante s’abandonne à ses visions intérieures, via le miroir[4].

 Le regard de l’autre va devenir le miroir où nous allons retrouver ce double que nous avons perdu (Gaston Bachelard, une enfance parmi les eaux)

Le franc-maçon se rencontre lui-même comme miroir du Tout qu’il construit dans son intériorité singulière ; ne parle-t-on pas de maçonnerie spéculative !

L’épreuve du miroir apparaît en 1778 dans la Maçonnerie lyonnaise où naquit le RER. Alors, la cérémonie de réception de l’apprenti ne mettait pas en œuvre le miroir. C’était «au 2ème grade, que le candidat les yeux bandés était conduit devant un miroir caché par un rideau. Après que le vénérable l’ait incité à rentrer en lui-même pour y passer en revue ses erreurs et ses préjugés, le bandeau lui est enlevé et il contemple son, visage dans le miroir éclairé par un réverbère.» Ce n’est qu’en 1782, au Convent de Willemsbad, qu’elle fut adoptée par le RER au 1er degré et perdure dans les autres Rites qui pratiquent cette épreuve.

 Dans le rituel d’initiation au REAA  et au Rite Français Groussier, le miroir présenté à l’impétrant a pour signification  que son reflet est son plus grand ennemi avec lequel il faut se réconcilier. Le Gnothi seauton, connais-toi toi-même, de Socrate est explicite : il s’agit de connaître ses limites. C’est un rapport aux autres, une indication de juste mesure, celle qui fait se courber pour passer une porte basse. Cette injonction est initiatique et indique une démarche progressive dans un état de conscience, non d’inconscience.  La phronésis, la sagesse pratique, est une incitation à la réserve par le savoir. Le miroir n’est pas seulement un appel à une introspection, c’est surtout une invitation à une mise en relation de l’être avec ses limites. Le dédoublement et l’inclusion de l’initié dans son propre champ de vision sont en effet les conditions minimales de la transformation initiatique. Le face-à-face concentré du néophyte avec son propre reflet manifeste que l’initiation est un retour sur soi. Se regarder pour se connaître, c’est ne pas rester médusé par son propre reflet mais ouvrir son visage sur l’altérité avec l’humilité qui fait place à l’autre en l’acceptant dans la lumière nécessaire pour le voir.

Au RER, une épreuve du miroir, voilé de bleu ou de brun, se passe au cours du quatrième voyage de la réception du compagnon. Lorsqu’il lui est présenté, le récipiendaire peut y lire sur un phylactère : «Si tu as un vrai désir, du courage et de l’intelligence, écarte ce voile et tu apprendras à te connaître.»

Le miroir donne à réfléchir sur soi et sur le monde ; qui scrute qui dans le miroir ?  

Dans son Cours pratique de la Franc-Maçonnerie au grade de compagnon, Jean Baptiste Chemin-Dupontès, en 1840, évoque une pratique du Rite Français peu connue : «Le Vénérable présente à l’aspirant une autre face du miroir qui lui défigure entièrement les traits, en les allongeant outre mesure sous un aspect, les adoucissant sous un autre, et les montrant sous un troisième très oblique. C’est, lui dit-il, l’emblème du vice, du mensonge et de l’erreur qui altéraient la beauté de votre âme et obscurcirait votre entendement si vous n’étiez sur vos gardes… Combattez sans cesse l’autre, qui est votre ennemi le plus dangereux, et qui rôde sans cesse autour de vous.[5]» Il faut également retenir le sens de visée (venant du mot mire). Le miroir doit être l’instrument qui permet la visée (morale), l’alignement. C’est pourquoi le miroir n’est pas, en fait, qu’un objet d’auto-contemplation, mais aussi l’instrument de la ligne de mire qui doit révéler l’angle secret de ce qui n’apparaît pas encore, mais qui est en gestation, le futur maître. Ce n’est pas la complaisance que le miroir propose, c’est un «autre» mis au-devant de nous. Nous sommes, sans le savoir incomplets, inachevés. Il y a une habitude à se voir ; une telle habitude que c’est à son image inversée que l’on croit ressembler. Nous sommes souvent surpris de nous voir tel que les autres nous perçoivent. Il faut un jeu de doubles miroirs pour annuler l’effet d’optique et remettre le reflet à l’endroit ; il faut le regard de l’autre pour compléter la vérité de notre être. C’est la réponse à la question «êtes-vous franc-maçon» qui le dit explicitement, «mes frères me reconnaissent comme tel».

Ton prochain est ton reflet. Si ton visage est propre, telle sera l’image que tu recevras en retour. Mais si tu vois une tâche sur ton prochain, c’est en fait ta propre imperfection que tu aperçois[6]. Alors quand deux ramoneurs sortent d’une cheminée ; l’un en sort tout noir et l’autre tout blanc ; lequel des deux va se laver ?


[1] Miroirs : solange-sudarskis.over-blog.com/2018/06/miroirs.html

[2] Œuvres de Phillibert de l’Orme, Livre III, De l’Architecture 1626, p. 50v gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1043197v/f110.item

[3] Fulcanelli, Les demeures philosophales, planche XXXVIII, 1930 :    le-miroir-alchimique.blogspot.com/search/label/FULCANELLI Les Demeures Philosophales (Tome 2)

[4] Julien Bonhomme Réflexions multiples. Le miroir et ses usages rituels en Afrique centrale : journals.openedition.org/imagesrevues/147

[5] p. 145 sur : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97351964/f1

[6] Aphorismes du Baal Chem Tov

Laurel et Hardy francs-maçons

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Laurel et Hardy étaient inséparables à l’écran, mais seul l’un d’eux était franc-maçon. A l’écran, ils n’hésitèrent pas à revêtir tabliers et sautoirs maçonniques pour tourner quelques comédies, aujourd’hui un rien désuètes, sur le sujet.

C’est Oliver Hardy (le plus enveloppé des deux), qui avait été initié à Jaksonville-Floride dans une loge sobrement intitulée Salomon n°20 et qui existe apparemment toujours.

Olivier, qui rêvait de devenir acteur, avait choisi la bonne ville. La Floride attira un temps les gens de cinéma et de nombreux studios de tournage de films muets se construisirent. Mais, une autre cité à l’ouest mettra fin à ses espoirs : Los Angeles.

Devenu célèbre à Hollywood, Hardy fréquentera également la Mount Olives Lodge 506 qui, elle aussi, existe toujours. Trois des quatre frères Warner, producteurs de cinéma sous le nom de Warner Bros, en faisaient également partie.

Toujours est-il que nos compères réalisèrent au moins deux films dans lesquels la franc-maçonnerie joue un rôle déterminant ; l’un des deux s’intitule C’est donc ton frère titre original : Our relations (1936).

Le pitch est assez simple : Laurel et Hardy sont deux bons bourgeois de San Francisco, mais ils ont deux frères jumeaux marins qui arrivent en escale à San Francisco avec comme intention de faire la tournée des bars. Quiproquos garantis d’autant que, si je me souviens, les deux épouses trouvent les marins beaucoup plus sympas et drôles que leurs maris… La scène de fin nous réserve un retournement de situation tout à fait étonnant. Alors que nos deux bourgeois sont en prison, le juge qui s’apprête à les condamner reconnaît les deux amis et déclare à tout le prétoire qu’il se porte garant pour eux, puisqu’il est le vénérable de leur loge maçonnique… Difficile transposable dans le cinéma français…

L’autre film maçonnico-comique du duo s’appelle « Les compagnons de la nouba », titre inventif qui traduit bien approximativement le titre original Sons of the desert, les Fils du Désert.

Je vous mets en lien une version française (et honteusement colorisée mais bon…) de la scène de début du film (durée 5 min) : dans une ambiance de conspiration, le vénérable déclare que la loge traitera ce soir d’une affaire de la haute plus importance, à savoir… qui va nous représenter au convent cette année.

Ce qui est intéressant dans cette affaire c’est que cette loge des « Fils du Désert » est une loge de Shriners. Les Shriners sont connus pour singer la maçonnerie, bien qu’ils soient eux-mêmes obligatoirement maçons, en imitant un ordre secret, mystérieux et orientaliste, symbolisé par le fez qu’ils portent sur la tête. On les voit régulièrement faire des attractions dans les nombreux défilés américains. Par exemple, en roulant dans des voitures minuscules ou autres clowneries.

Mais ces démonstrations visent à recueillir des fonds, avec lesquels les Shriners gèrent des hôpitaux pour enfants. Ils eurent parmi eux quelques membres célèbres voire très célèbres, comme le président Harry Truman qui posa également avec le fez rituel. Là encore, difficile à transposer dans le paysage français…

Laurel et Hardy appartiennent désormais à un cinéma du passé. La légende veut qu’ils soient morts ruinés ou en tout cas dans la gêne. En regardant leurs films, on voit pourtant à l’oeuvre le passage d’un comique de slapsticks (des gags brefs et rapides : on ferme la portière de la voiture, le toit s’ouvre, on ferme le toit, le coffre s’ouvre, etc.) à un comique plus sophistiqué qu’on appelle souvent slow burn dans les manuels de scénaristes : une combustion lente. Ce terme caractérise les situations qui peu à peu dégénèrent pour finir en mêlée générale ; un bel exemple sera cette bande courte de 20 min intitulée Les deux flemmards, traduction là encore douteuse de Me and my pal soit Moi et mon pote (1933). Hardy se marie avec une riche héritière et son témoin et meilleur ami Laurel lui offre… un puzzle. Un par un tous les invités de la noce vont succomber au charme du puzzle diabolique et délaisser la mariée qui attend à la mairie…

Mais revenons aux Shriners : qu’en est-il aujourd’hui ?

Si vous cliquez sur le lien ci-dessous, vous arriverez sur la page de l’institution « Shriner » dont le logo évoque le fameux fez.

https://fr.shrinershospitalsforchildren.org/-9z1i/hse

Cherchez la carte des établissements… Eh oui, vous avez bien compté, les Shriners gèrent actuellement plus d’une vingtaine d’hôpitaux pour enfants à travers les US et au Canada. Chapeau les clowns !

Mais est-ce transposable dans le paysage français ?…

MEXIQUE : La magie du 9, du 3 et du 6.

De notre confrère mexicain Roberto González de diariodequeretaro.com.mx

Neuf est un nombre mystique, symbolique et rituel. C’est le nombre de la création et de la gestation humaine. Pour la franc-maçonnerie, il représente le nombre de l’immortalité, c’est-à-dire l’évolution vers le bas, le matériel, contrairement au six qui représente l’évolution vers le haut vers le spirituel. Les deux forment ensemble la spirale de l’infini.

Dans les textes homériques, le neuf a une valeur rituelle. La déesse Déméter parcourt le monde pendant neuf jours à la recherche de sa fille Perséphone, qui a été enlevée par le dieu des enfers.

Les neuf muses sont nées de neuf nuits d’amour de Zeus. Dans la liturgie chrétienne, la neuvaine représente l’achèvement, c’est un moment où les rituels et les prières sont effectués pendant neuf jours. Les anges sont classés en neuf choeurs selon les visions de Denis l’Aéropagite.

Dans la tradition chinoise, les chaudrons des Yu sont au nombre de neuf et le cinabre alchimique n’est buvable qu’à la neuvième transmutation. Le livre s’inspirant de la vie de Lao-Tseu le « Dao de Jing » est composé de 81 chapitres, un multiple de neuf.

Dans la tradition préhispanique, en Amérique centrale, le roi Nezahualcóyotl a construit un temple avec neuf fenêtres, représentant les neuf cieux, que l’âme humaine doit parcourir pour atteindre le repos éternel.

Dans la tradition indienne, le neuf représente la rédemption, d’où les neuf réincarnations successives de Vishnu, qui à chaque fois se sacrifie pour le salut des hommes.

Comme neuf est le dernier de la série de chiffres, il annonce à la fois une fin et un nouveau départ.

Trois est le nombre créateur de nouveautés qui, en se multipliant, donne naissance à neuf, qui est donc le nombre universel. Trois est le nombre fondamental, il exprime un ordre intellectuel et spirituel en Dieu, dans le cosmos ou en l’homme. Il synthétise la trinité de l’être vivant qui résulte de la conjonction du un et du deux, et est le produit de l’union du ciel et de la terre. 3 est le premier nombre impair, c’est le nombre du ciel et 2 le nombre de la terre, puisque 1 est antérieur à sa polarisation. Les chinois disent que 3 est le nombre parfait, on ne peut rien y ajouter c’est le fini, la totalité : l’homme, fils du ciel et de la terre, complète la grande triade. Pour les chrétiens, c’est l’achèvement de l’unité divine : Dieu est un en trois personnes.

Dans la tradition iranienne, les trois apparaissent dotés d’un caractère magico-religieux. Il est apprécié dans l’ancienne religion d’Iran avec un triple sens : « Bonne pensée, bonne parole et bonne action ».

Dans l’art, l’architecture et la poétique, il y a le nombre d’or ou proportion divine, qui représente l’harmonie de toutes les parties.

Le philosophe romain du VIème siècle Boece, a affirmé que la connaissance suprême passait par les nombres, c’est le meilleur moyen de se rapprocher des vérités divines.

La culture nous transforme et l’art nous sauve.

Lire l’article original de confrère mexicain diariodequeretaro.com.mx

ITALIE : Entretien sur la mafia et la fin de ses liens avec la franc-maçonnerie?

Présentation de Peter Gomez de notre confrère ilfattoquotidiano.it

Cecchi Paone : « Je suis maître de troisième degré et ma famille a rompu avec Gelli »

Il y a ceux qui luttent pour sortir du bois une fois. Alessandro Cecchi Paone – 60 ans, le 16 septembre, journaliste et personnalité de la télévision très connue, professeur d’université et bien plus -l’a fait deux fois en deux ans. Son outing le plus célèbre remonte à 2004, lorsqu’il a fièrement rendu public son homosexualité. En 2005, il dévoile, tout aussi fièrement, son appartenance au Grand Orient d’Italie (Goi), la principale obédience de la franc-maçonnerie italienne.

C’est le thème principald u long entretien que Cecchi Paone a accordé à FQ MillenniuM, le mensuel dirigé par Peter Gomez , dont le nouveau numéro en kiosque depuis le samedi 10 juillet à travers des enquêtes apporte des éclairages nouveaux sur la franc-maçonnerie. Seize ans après, il y en a encore qui crient au scandale lorsqu’ils « découvrent » que Cecchi Paone est un maçon, à tel point qu’ils le considèrent comme un complice de complots et complotiste lui-même. Lors de la loi Zan contre l’homotransphobie : le catholique intégriste Mario Adinolfi l’a « accusé » d’être franc-maçon ; immédiatement après sur Facebook, il écrivait : « l’opération visant à adopter la loi ZAN est une opération anti-catholique inspirée par la franc-maçonnerie » . Voici un extrait de l’interview publiée dans le mensuel.

« Pour lui être , « Franc-maçon » n’est pas une insulte…
En fait, j’en suis fier. J’ai également assumé des responsabilités croissantes. Soyons clairs : quand je parle de la franc-maçonnerie, je me réfère à la reconnue ; la pseudo-maçonnerie, les déviants et tout le reste n’en sont pas.

Des responsabilités croissantes ?
Je suis maître au troisième et dernier degré de la Franc-Maçonnerie de loge bleue, la fondamentale, j’ai atteint le plus haut niveau de celle-ci . J’ajoute que je suis aussi maître architecte d’un rite de perfectionnement, le symbolique italien.

Dans l’émission « La Confessione », sur la chaine Nove, vous avez dit : « Je suis né maçon »… Vous étiez si précoce ?
Eh bien, dès la naissance, non ! Aussi parce que pour adhérer il faut avoir au moins 21 ans. Mais mes ancêtres du XIXe siècle étaient Garibaldiens et Mazziniens. Je ne pouvais pas échapper à la Franc-maçonnerie. D’autre part, la Franc-maçonnerie a longtemps été un lieu de rencontre pour la classe bourgeoise démocratique. Peu de gens savent que le Goi a été fondé en 1861 par Giuseppe Garibaldi, le premier grand maître.

Les racines familiales sont-elles suffisantes pour justifier l’adhésion ?
Non, mais mon militantisme politique s’inscrivait dans ces racines. Autrefois la franc-maçonnerie institutionnelle se traduisait par l’adhésion à l’un des quatre partis : républicain, (le mien), libéral, radical ou socialiste, dans sa composante non marxiste. Elle se retrouve aujourd’hui dans les partis qui ont collecté ces héritages. Car ma famille a toujours été libérale et républicaine.

Mais l’italien moyen connaît la franc-maçonnerie à travers l’école et l’associe au Risorgimento. De nos jours, il n’en entend parler que lorsqu’un scandale éclate, il la perçoit donc comme un lieu de complot…
Ce n’est pourtant pas la réalité sauf dans le cas de la sinistre loge P2. Après le scandale de 1981, la Grande Loge Unie d’Angleterre, fondée en 1717, nous a retiré notre reconnaissance. Une chute terrible, une catastrophe….

Dernièrement, l’avocat Piero Amara a parlé d’une loge hongroise, dédiée aux nominations dans la magistrature. Peut-être est-il très tendance d’inventer une loge pour « vendre » une aura de complot, mêlant faits avérés, plausibles et canulars ?
Oui, c’est très pratique. Si elle existe, il ne fait pas partie du Goi. Car, un groupe de conspirateurs ne fait pas une loge. Les personnes reconnues ont nom, numéro, organes de contrôle, siège officiel, symbole, etc.

La loge P2 de Gelli, cependant, était une loge reconnue.
Oui, c’est terrible de constater cela, car Gelli était ouvertement fasciste et lié aux services secrets sud-américains et américains. Il a utilisé la franc-maçonnerie et on ne sait pas vraiment qui l’a utilisé.

Pensez-vous qu’il aurait été possible de l’arrêter plus tôt ?
Difficile à dire. Mais à l’époque, mes proches, comme beaucoup d’autres francs-maçons, ont quitté le Goi en reconnaissant l’irrecevabilité absolue de la loge P2. Je suis revenu en 2005, après qu’un républicain, Gustavo Raffi, soit devenu Grand Maître en 1999 : sur les conseils des francs-maçons réguliers du monde, il avait rétabli l’ordre, expulsant les partisans d’une maçonnerie style loge P2. Quand j’ai été réaffilié, certains défendaient encore Gelli. Mais Raffi, en poste jusqu’en 2014, a fait le ménage. Bien sûr, la loge P2 a causé de sérieux dommages à notre image. J’en suis encore désolé pour les jeunes.

Vous confirmez qu’il y a dans la franc-maçonnerie une élaboration de type politique, qui essaie ensuite de s’imposer dans les institutions.
Il y a une élaboration d’un idéal, pas de nature politique. Ce sont des valeurs au nom des droits civils et humains, auxquelles je me consacre particulièrement. Les francs-maçons ne soutiennent ni un seul parti ou un seul gouvernement.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur le FQ MillenniuM de juillet, en kiosque ou sur tablette.

Les rituels et la pureté

En Franc-maçonnerie, on est délicat.

Au cours de la cérémonie d’initiation, lors des purifications par les éléments, les épreuves sont réglées par une didascalie propre au rituel (des indications d’action, de mise en scène, de lieux et décors, …). Suffisent alors un léger contact avec la terre dans une caisse à chat, le bout du doigt pour l’épreuve de l’eau, un geste d’éventail pour celle de l’air, un rapide contact inoffensif avec une bougie pour celle du feu. Cela suffit-il vraiment, cela voudrait-il dire qu’il ne s’agit pas d’épreuves ? Est-ce à un ramollissement de nos mœurs que le franc-maçon doit d’être indemne ?

Pour des spéculatifs, cela suffit évidemment. Prenons l’exemple de l’ablution du bout des doigts. Cela peut signifier aussi toute la corporéité en pensant que les mains, palpant ce qui est extérieur au corps, captent par leur prédisposition la souillure, mais aussi la purification. Elles sont comme des antennes. Les tremper dans l’eau, c’est faire reconnaître à l’impétrant son désir de pureté, sa volonté de pureté en venant vers la Franc-Maçonnerie, mais aussi la nécessité de cette pureté. On l’aura compris, la pureté et l’impureté ne sont pas des catégories hygiéniques et ne renvoient pas à une propreté ou une saleté objectives. Ces mots renvoient à un état relatif au contact avec une source de pureté ou d’impureté et à l’accomplissement des actes de purification rendu nécessaire par l’impureté. Je pose mes mains sur les tiennes. Suis-je souillée ou purifiée par ce contact et toi ? Encore faudrait-il définir ce mot.[1]

Selon la version de Platon, le royaume perdu d’Atlantide se situait au-delà des colonnes d’Hercule ; symboliquement, dépasser les colonnes d’Hercule peut signifier quitter l’impureté du monde matériel pour accéder au royaume supérieur de l’illumination. Passer les colonnes du temple serait-il un seuil de purification automatique, mémoires des épreuves réussies une fois pour toutes, qui ne n’ont plus à être éprouvées pour celui qui entre en loge ?

La notion de pureté maçonnique trouve son expression la plus visible avec les gants blancs. La couleur blanche des gants est celle des initiés parce que l’homme qui diminue ses ombres pour suivre la lumière passe de l’état profane à celui d’initié, de pur ; il est, spirituellement, rénové. D’un point de vue initiatique, le blanc – synthèse des couleurs de l’arc-en-ciel – évoque la lumière spirituelle.

La couleur blanche des gants prend une autre signification au grade de Maître. Dans le Rituel de François Bonaventure Joseph du Mont, marquis de Gages (1763), on instruit le Maître : «Je vous donne ces gants qui par leur blancheur dénotent la candeur des maîtres et que vous n’êtes du nombre de ceux qui ont trempé les mains dans le sang de l’innocent.» L’examen des gants et du tablier viendra renforcer cette idée de suspicion, de trahison des engagements et même de meurtre. C’est en souvenir de cela, entre autres, que les maçons portent des gants blancs malgré leur chagrin, afin de proclamer qu’ils sont innocents de la mort du Maître Hiram.

S’interroger sur la l’idée de pureté, soulevée par l’interprétation consensuelle des éléments des rituels, ne saurait nous épargner la question polémique de la pureté des rituels eux-mêmes.

Si la Tradition est toute entière conservée depuis plus ou moins longtemps dans les écrits, les rites et les dévoilements, il semble prouvé que la transmission même si elle duplique sans faute certaines informations, insensiblement en altère ou en dégrade d’autres. Enfin, certaines données subissent des modifications sensibles, des glissements surtout du fait des traductions. Mais surtout, la Franc-maçonnerie n’échappe pas elle-même aux lois de l’évolution de la société ; l’abandon de la référence au Gadlu par le GODF en 1877 en est un exemple.

Reste le délicat débat entre Obédiences sur leur «pureté» identitaire originelle comme il y a des débats identitaires dans la société. L’universalisme de la Franc-maçonnerie ne serait-il pas à rechercher non dans ses structures, mais dans ses valeurs universelles ?

Conférence du rabbin Delphine Horvilleur à la Grande Loge de France

[1]Nous n’envisageons pas dans cet article de poursuivre la réflexion sur la pureté du sang (la limpieza de sangre) en tant que question identitaire.

Etre ou Avoir… en Franc-maçonnerie, la confusion totale ?

Ce sujet est fondamental en Franc-maçonnerie, tant il prête à confusion. Tout le monde comprend instinctivement le sens différencié de ces deux termes. Pourtant, si je dis : « Je suis Franc-maçon » vous classez naturellement mon affirmation dans la rubrique de l’être ! Or, c’est une erreur. Ma pratique maçonnique ne fait pas partie de mon identité, mais bien de mon appartenance. Il en est de même pour tous les métiers ou les nombreux statuts sociaux, tels que le mariage, la nationalité ou la famille.

Nous disons : « je suis marié » et pourtant, il ne s’agit que d’une appartenance au groupe des gens mariés. Partant de ce postulat, sommes-nous des maçons ? La réponse naturelle sera donc non. Nous avons une pratique qui nous place dans le groupe des personnes qui agissent au sein de la Franc-maçonnerie avec plus ou moins d’efficacité. Cette manière de poser le problème entraîne quelques autres questions complémentaires.

La première est celle de l’Initiation. Sommes-nous donc des Initiés ou alors avons-nous obtenu (avoir) une cérémonie que nous baptisons comme tel ? De toute évidence, la réception en Loge ne transforme en aucune manière notre identité, nous ne sommes donc pas différents dans notre essence après l’initiation.

Ce constat devrait donc nous amener à changer notre langage pour affirmer que : « Nous pratiquons la maçonnerie pour nous initier ». Car « être un initié », est le résultat d’une longue métamorphose qu’on ne rencontre pas très souvent en Loge. Pour prendre un parallèle, on pourrait dire que de nombreuses personnes étudient la philosophie, mais combien peuvent affirmer être philosophe ? Au même titre, de très nombreux maçons possèdent le grade de Maître… mais combien sont dotés de la maitrise ?

Ainsi, « avoir » correspond bien à la jouissance d’une chose ou d’un art alors qu’« être » c’est le résultat d’une transformation ou peut-être transmutation, bien souvent lente, car la nature possède le mystère et le contrôle de ses rythmes.

Pour mieux saisir cette nuance, un exercice pourrait répondre à notre questionnement. Si « être » est le résultat de la modification de notre identité et « avoir » l’ensemble de nos possessions ou appartenance, imaginons-nous quelques secondes avant le départ pour l’Orient Eternel. Nous nous affairons à préparer notre valise. Nous savons qu’elle ne pourra contenir que les fonctions qui résultent de l’être. Aucun objet ou fonction du ressort de l’avoir ne pourra rentrer dans le bagage. Voyons ce que nous pouvons emporter :

  • les titres ou la fortune ? Ah non certainement pas.
  • Les milliers de livres que nous avons lus et qui ont forgé notre intelligence ? Ah non, pas plus.

En revanche, l’être d’amour que nous aurons su forger et qui aura su aimer ses enfants, ses parents, ses amis… oui, cela nous pourrons l’emporter avec nous ! D’ailleurs, un détail ne trompe pas. Toute richesse que nous laissons ici-bas engendre des conflits chez les héritiers. Tous les notaires savent à quel point le partage des biens matériels en héritage sera compliqué à distribuer et engendre des divisions. En revanche, les bienfaits du cœur, les bonnes actions, l’élévation spirituelle… avez-vous déjà vu des héritiers se chamailler pour en revendiquer la propriété ou le partage ? Les vertus d’un défunt ne font jamais partie du patrimoine familial.

Reparlons maçonnerie, « être » et « avoir » pourraient très certainement être assimilés au premier et au second degré de notre Art. Le fil à plomb du premier degré, sur le sautoir du Second Surveillant symbolise l’intériorité qui conduit à l’ « être ». Ce dernier, une fois bien amarré entre le ciel et la terre peut ensuite aller explorer l’ « avoir » de la matière et des savoirs du second degré matérialisés par le niveau du Premier Surveillant. Continuons notre voyage par la troisième étape, celle de la Maîtrise. Elle doit naturellement nous conduire vers la réconciliation entre ces deux notions d’être et d’avoir qui ne sont séparés que par le résultat faussé de nos passions débordantes ou de nos préjugés.

Il convient donc par le travail de nourrir l’être et de faire prospérer l’avoir, mais surtout de cultiver les deux dans la logique grecque du « Mêdèn ágan » (En latin : Ne quid nimis), qu’on retrouve sur le fronton de Delphes et qui se traduit en langue de Molière par « Rien de Trop ». Tout le monde récite dans les Loges le fameux « Connais-toi toi-même », en oubliant trop souvent la seconde partie du texte avec cette injonction de la sagesse suprême. C’est alors que le fil à plomb peut prendre toute sa dimension initiatique et nous sert alors de boussole pour nous ancrer dans la voie du juste milieu. C’est ainsi qu’en tout temps, nous avons la garantie d’un travail juste et durable dans le monde profane, comme celui du sacré. Comme pour toute chose, la division n’est pas la voie juste du maçon. Chacun le sait, il faut rassembler ce qui est épars. L’idée est généralement acceptée par toutes et tous, c’est dans la pratique que les avis divergent.

Origines et évolution de nos décors maçonniques

Nous partons aujourd’hui en voyage ! En voyage à travers le temps ! Remontons jusqu’aux origines supposées de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle. Nous sommes à Londres. Les guerres de religions font rage, déchirant les corps et les peuples. Une poignée d’individus se réunissent, cherchant à se joindre dans un climat pacifique.

Ces hommes sont catholiques, protestants et anglicanistes. Ils décident de créer la franc-maçonnerie. Mais pour cela, il faut quelque chose de fondateur, qui rassemble. Ils cherchent alors des récits communs. Hummm … La Bible ! Oui ! Prenons le temple de Salomon ! Ce roi bâtisseur, amateur d’Art, constructeur de temples et attaché à la justice. C’est un bon début mais cela ne suffit pas. Les francs-maçons empruntent alors tout un univers d’objets, de symboles et de rituels aux compagnons, à moins que cela ne soit l’inverse. Les points de vus divergent selon les historiens.

Les francs-maçons se réunissent dans des tavernes, les temples n’existant pas encore à l’époque. Il faut pouvoir dissocier les moments où vous êtes au PMU de l’époque avec vos amis à boire un coup, et puis les fois où vous allez aussi dans un bar, mais pour travailler à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. Que faire ? Eh bien, il suffit d’instaurer des rituels et de refaire la déco. A l’origine, le tapis de loge était dessiné à la craie directement sur le sol, puis effacé à la fin de la tenue. Certains ne devaient pas être très doués en dessin, ou un peu flemmards, ou les deux, et décident de créer des tapis de loge déjà tout prêts ! Merveilleux !

Ce n’est pas tout, mais il nous faut aussi un costume ! Comme nous nous inspirons des compagnons, nous portons le fameux tablier. Je vous rappelle que l’idée est que nous portons ce tablier pour nous protéger pendant que nous taillons des pierres, servant à la construction du temple de Salomon (entre autres).  Il est le symbole du travail opératif. Au début, vous êtes un peu maladroit, on vous laisse la bavette pour protéger votre pull préféré. Et puis l’expérience arrivant, vous pouvez tailler la bavette, expression à présent entrée dans le langage courant.

Initialement, les tabliers étaient réalisés sur peau animale, souvent de chèvre, cette matière étant réputée pour sa souplesse et sa facilité de manipulation. Certains étaient déjà en tissu. Ceux qui nous sont parvenus sont souvent peints. Au XVIIIe et XIXe siècle, les tabliers sont très chargés, dotés d’une composition riche et foisonnante.

Au XIXe siècle les symboles maçonniques se fixent. Autrement dit, vous pouviez trouver l’étoile flamboyante la tête en bas, ainsi que la lune et le soleil inversés. Chaque symbole trouve progressivement sa place. Les maçons quittent les tavernes et les hôtels particuliers au profit de temples plus durables, construits pour. les tenues. Au XVIIIe siècle la lettre I et la lettre J sont considérés comme la même lettre. Par définition, vous pouvez encore voir des assiettes ou des tabliers portant une colonne I et B.

Nous pouvons constater que les tabliers ne sont pas insensibles aux variations de modes, d’époques et de régimes politiques. Les loges d’adoptions dans les années 1740 en France choisissent leurs propres symboles, issus de la Bible : arche de Noé, arbre et serpent, échelle de Jacob …

Sous le Premier Empire, nous pouvons constater en regardant les tabliers exposés au musée rue Cadet que les motifs se simplifient selon les grades. Les Imperia (régalia de l’Empire) se multiplient sur les tabliers, ainsi que les hommages à Napoléon se répandant dans les loges. Les ateliers pouvaient être rebaptisés ou de nouvelles loges se créer, faisant référence dans leur titre à l’Empereur. 

Au XIXe siècle, la peinture sur tablier semble être en déclin, au profit de la broderie. Nous ne pouvons que constater que dans certains cas, peut-être les plus beaux, ceux qui sont parvenus jusqu’à nous, sont une fois de plus très chargés. Parfois, nous pourrions nous demander, si ces tabliers n’étaient pas des signes extérieurs de richesse : à celui qui aurait le plus beau, le plus brodé, le plus chargé en  broderie d’or ou le plus brillant. Cet attrait pour l’ornementation est aussi assez emblématique du XIXe siècle. 

A mon humble avis, il y a une question que ne se posent pas assez les francs-maçons : où sont fabriqués mes décors ? Qui les fabrique ? Dans quelles conditions ?

Revenons une fois de plus aux origines. Selon Pierre Mollier, à l’origine les épouses des frères s’occupaient de confectionner les tabliers. Une deuxième solution était également possible. Je vous rappelle qu’à l’époque le prêt-à-porter n’existe pas, les personnes aisées avaient donc leur tailleur. Ces personnes pouvaient parfois être chargées de la réalisation de tabliers.

Toujours selon Pierre Mollier, la création des décors maçonniques se professionnalise en 1802/1803, avec la création d’une boutique dédiée au Palais-Royal. Brun et Guérin sont des décorateurs spécialisés sous l’Empire. La profession se forme progressivement. Les tabliers étaient d’abord imprimés. Ils comportaient également des estampes. La technique du pochoir peint était aussi utilisée. Le métier se répartissait généralement selon les sexes : les hommes sont tailleurs, les femmes brodeuses. Il est intéressant de noter qu’à la même époque en Bretagne les hommes brodent et les femmes cousent. Dans les grands noms des confectionneurs de décors, quelques-uns ont marqué Pierre Mollier : Tessier par exemple.  En face du GODF, rue Cadet, au niveau de l’actuel fleuriste, Loton produisait des décors. A sa fermeture Gloton a racheté son fonds. Pour les petits curieux, nouveaux passionnés, sachez qu’au GODF, à la bibliothèque, nous conservons un fonds de catalogue de ventes, de dessins allant de 1840 / 1860, recueillant des patrons dessinés à la plume et aquarellés datant de 1860.

Le directeur du musée de la franc-maçonnerie estime que la création de décors brodés main en France s’est arrêtée (ou extrêmement raréfié) dans les années 1980. Depuis, le marché propose des décors brodés à la machine au mieux en France, au pire en Chine, en Inde et ailleurs, dans des conditions certainement bien étranges, compte tenu du prix de vente de ces décors.

© Julie Le Toquin, tablier maçonnique réalisé en 2020, collection particulière

Mythes et légendes, rites et rituels en Franc-Maçonnerie

L’histoire d’Hiram, révélée dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard La Maçonnerie Disséquée[1], publiée avec des indications de pratiques rituelles à Londres en 1730, a fait l’objet d’innombrables essais d’interprétations. Il est même convenu de considérer ce drame comme un mythe fondateur de la Franc-Maçonnerie.

La suite anecdotique de l’assassinat du Maître se poursuit et se dévoile au cours de plusieurs degrés au-delà du 3ème. Chaque phase de la narration[2] se retrouve dans de nombreux Rites, elle est exprimée au cours des rituels de ces degrés. C’est cette imbrication des notions de mythe ou de légende, de rite et de rituel qui a alimenté la réflexion de la conférence donnée en septembre 2020 à l’Académie maçonnique Provence.

Avec l’amabilité de l’Académie maçonnique de Provence, vous pouvez en lire le compte rendu sur : http://collegemaconnique.fr/wp-content/uploads/2020/10/conference-Solange-Sudarskis-septembre-2020.pdf

Pour compléter cette approche, un ouvrage, Il était une fois un mythe, Hiram, développe des thèmes congruents dont le sommaire ci-dessous vous en donnera une idée. Vous pouvez d’ores et déjà le commander en cliquant ICI

Si la cérémonie m’était contée. Les jeux de rôle ; Le Maître ; La cérémonie de réception au grade de Maître ; La chambre lugubre ; La Chambre du Milieu ; La séparation orient et occident ; Le bijou d’Hiram ; La découverte du corps ; La branche d’acacia ; L’acacia m’est connu ; Le rameau d’or ; Le placement du corps ; Le masque mortuaire ; Les coups portés ; L’utilisation des rouleaux de papier ; La marche du Maître ; Le passage de l’équerre au compas ;La griffe de Maître ; Le mausolée ; Le tapis de loge de Maître ; Les larmes d’argent ; Les outils du Maître ; Les variantes de la légende d’Hiram.

Autour du mythe de la mort. Le cadavre ; La mort ; La mort mythique ; La mort symbolique ; La lame XIII du Tarot.

Le relèvement ad magistrum. La chair quitte les os ; Les cinq points parfaits ; L’interprétation du relèvement ; La fraternité comme code moral ; Le rappel ecclésiologique et spirituel du calvinisme ; La connaissance du métier des compagnons ; L’interprétation égyptienne ; L’interprétation alchimique ; En psychanalyse ; L’interprétation christique ; L’Assomption ; La Résurrection ; Le Corps glorieux ; Le phénix / Phoenix ; Le mythe de l’éternel retour.

De la Parole perdue. La Parole perdue ; Que peut-être la Parole perdue ? (Un savoir personnel ? ; La connaissance des pouvoirs d’un animal fabuleux, le shamir ? ; Le partage de la Connaissance ? ; Une prononciation “agissante” ? ; Que peut être la Parole perdue pour un franc-maçon d’aujourd’hui ?) ; La Parole retrouvée ; La parole substituée ; Les mots sacrés du Maître ; Le rébus kabbalistique du mot sacré.

Les héros de la légende. Hiram ; Le maître d’œuvre ; Au nom d’Hiram ; La légende d’Hiram ; Hiram et Jéhovah ; Que peut être le concept d’Hiram ? (Un personnage de légende ; Un personnage inspiré de Tubalcaïn ; Un personnage de mystification ; Un mythème ; Une fiction morale ; Une parabole christique ; Un mythe solaire ; Une époptie ; Une voie alchimique). Hiram roi de Tyr. Le roi Salomon ; Le sceau de Salomon. Les mauvais Compagnons ; Le meurtre ; L’incarnation des mauvais compagnons ; Les passions tristes ; Repousser les mauvais compagnons, les valeurs salvifiques ; Les vertus ; Les vertus théologales et cardinales.

L’édification des Temples. Le temple du nomadisme ; Les temples de Jérusalem ; Le temple de Salomon ; La construction du temple de Salomon ; L’escalier tournant ; Joppé ; Les cèdres du Liban ; Les ouvriers du temple de Jérusalem ; Gibelin ; Le temple maçonnique ; Juste et parfaite loge.

Les proches mythiques d’Hiram. Bazalliel (ou Betsaleel) ; Noé ; Tubalcaïn ; Les autres proches.


[1] Masonry Dissected

[2] On appelle ces phases des mythèmes.

Les Fêtes Celtes

Les fêtes druidiques permettent de se poser un instant et de se retrouver en phase avec les Energies cosmiques, le cycle naturel du cosmos. Elles nous permettent de prendre conscience du temps qui passe et de sa valeur singulière. Chaque étape est vitale pour le monde naturel mais aussi pour nous. Ces célébrations permettent de retrouver en soi le sens des valeurs originales, et de nos propres besoins. C’est comme un réapprentissage constant. Elles sont aussi une manière de célébrer la vie en épousant ses lois.

Voici les principales fêtes rituéliques du druidisme

Samonios (1er novembre) : Nous fêtons la fin de ce qui n’est plus et l’espoir de ce qui va être. La grande Déesse emporte dans son chaudron, nos scories douloureuses et porte sur nous son regard aussi vieux que le monde. Il n’y a plus de frontière entre les mondes. Nous devons honorer et respecter nos ancêtres. Les remercier de cette vie qu’à notre tour, nous offrons à nos enfants. La nuit est omniprésente et promet le repos. Elle porte en son sein la promesse de la libération du jour: Solstice d’Hiver (21 décembre) : Nous fêtons la naissance, renaissance du jeune soleil. Enfant Mabon. Le revoilà le fils roi, celui couvert d’or à qui la Déesse a donné le jour. La lumière émerge des ténèbres.

Imbolc (1er février) : Alors que les sources redonnent de l’eau purifiante, alors que les premières fleurs s’ouvriront au soleil nous fêterons la Déesse rayonnante et à nouveau disponible à la Terre. La voila de retour avec son proche printemps vivifiant. Il est son fils, elle nous présente cet enfant. Fleurs et bougies. Eau et Feu pour fêter ces jours qui rallongent. Douce et tendre, elle montre son visage de tendresse qui vient à point après le dur hiver. Soyons beaux et purifiés pour l’accueillir Equinoxe de Printemps (21 mars). Alban Eiler : Équilibre du jour et de la nuit nous fêterons la lumière aussi forte que la nuit, le retour du temps lumineux.

Nous fêterons la mouvance des cycles Beltaine (1er mai ) : Le voila le joli printemps plein de vie, de sève et de désir de vie. La Reine de Mai et le Seigneur vont à nouveau se séduire et sur la terre reverdie, nous chanterons et bénirons leurs épousailles. Chant, joie et danses, tresses de fleurs et couronnes de verdure. Les feux seront deux et nous passerons au milieu pour mieux nous purifier. Solstice Eté (21 juin) : Le jour le plus long, le jour où le soleil illumine le ciel et couvre la terre de son voile d’or. L’amour du Dieu et de la Déesse a porté ses fruits. Fêtons la moisson, la nourriture, la générosité du monde.

Lughnasad (1er août) : Le grand Roi Lugh honore sa mère. Les fruits de l’année doivent être récoltés. Tout doit être bien en ordre. Dépêchons nous de ramasser les derniers fruits, les dernières fleurs, engrangeons les avant le dur hiver qui se prépare. Louons le grand Dieu, grand Esprit, qui nous rétribue sagement les fruits de la terre. Tous doivent être à Lughnasad, tous doivent honorer de leur présence la nourriture engrangée, le blé ramassé, les danses qui s’arrêtent, le silence qui s’annonce. Equinoxe d’Automne (21 septembre) : Le cycle de l’année se termine, soyez sage et sobre les temps sont justes à l’équilibre avant de tomber dans l’obscurité de l’année, celle si féconde et si reposante. N’ayez point peur la Dame de nuit offrira les rêves à vos nuits.

LES FETES CELTIQUES

Nous savons que les Druides antiques célébraient les quatre grandes fêtes druidiques Imbolc, Beltaine, Lughnasad et Samhain. Nous n’avons pas de trace de rituels religieux aux équinoxes et aux solstices. Ces fêtes étaient probablement plus sociales que religieuses. Aujourd’hui, les Druides procèdent à ce que l’on appelle un rituel pour ces huit fêtes. Certains, ne fêtent que les quatre grandes fêtes. Quelque soit le groupe et la fête, un rituel druidique à une structure fixe. Les fêtes sont un moment de passage et de transformation, d’un temps à un autre ou d’un état à un autre. Le terme ou le commencement d’un cycle, saisonnier ou annuel, à la fois mort et régénération du temps, le cycle étant un éternel retour. Les deux fêtes  » solsticiales  » sont Samain et Beltaine.

La première marque le passage climatique de la chaleur au froid, des jours clairs aux jours sombres, la deuxième le contraire. Elles sont marquées par des cérémonies religieuses, l’une est la fermeture de la saison militaire, l’autre l’ouverture. Samain est la fête de toute la société, Beltaine est en principe la fête des druides, de la lumière et du feu. Les deux fêtes  » équinoxiales  » sont Imbolc et Lugnasad. La première est symboliquement une lustration, la deuxième est la fête des récoltes, du bon équilibre et de la prospérité présidée par le Roi. En l’occurrence Lug, considéré comme le Roi des Dieux, équilibrateur et régulateur de toute la société humaine et divine. Chaque fête donne accès à une période, elle est une porte qui s’ouvre et se referme.

STRUCTURE D’UN RITUEL

Les Druides ne construisaient pas d’édifices, les cérémonies se déroulaient en forêt, dans des clairières sacrées, des Németon. Ce terme de clairière est d’ailleurs resté pour qualifier des groupes druidiques. Notre rituel va donc se dérouler en forêt. Un feu est en général allumé au centre, et les Druides se placeront en cercle autour de ce feu. La notion de cercle est très importante, il représente le cycle du temps, l’éternité, il est la terre aussi, le cercle est sacré. L’entrée dans le cercle se fait en général par l’ouest. Le Druide remercie l’esprit du lieu, puis est procédé à l’appel à la paix : Le cercle ne peut être ouvert, que si la paix règne dans les quatre directions. Le cercle est alors ouvert, et est procédé à l’appel des quatre directions et quatre éléments :

– L’EST symbolise L’AIR

– LE SUD symbolise LE FEU,

– L’OUEST symbolise L’EAU

– LE NORD symbolise LA TERRE

La partie suivante est consacrée à la fête, plus particulièrement. Durant le rituel, sera dite la prière des Druides, ainsi que les vœux sacrés et l’Awen, ils peuvent être quelque peu différents selon les groupes, Enfin, l’esprit du lieu sera remercié, les directions, puis le cercle seront refermés.

FÊTE D’IMBOLC : Imbolc est fêté le 1er Février, elle est la fête de la Grande Déesse, le jour où elle présente au monde son enfant nouveau né, le jeune soleil. Les prémices du printemps étaient symbolisées par les premières naissances des agneaux . La terre est prête à être labourée, et les fermiers s’assuraient que leurs charrues et autres outils étaient en bon état. C’était un moment de préparation pour les activités d’été. Imbolc est aussi une fête de purification, les Druides et personnes présentes vont de manière symbolique se laver les mains, les pieds et la tête dans l’eau. Pour cette fête, fleurs et bougies seront présentes. La célébration irlandaise de cette fête a été consacrée à la déesse Brigitt. Des banquets étaient tenus, peut-être comprenant l’agneau frais, qui serait la première viande fraîche depuis l’hiver. Aujourd’hui, les éléments du folklore sont les suivants :- Collecte ou mise en réserve d’aliments (lait, beurre) – Confection d’un mannequin (gerbes de blé entourées d’un vêtement)- Cérémonial d’entrée : demande du maître de maison portant Brigit et réponse favorable des occupants de la maison- Confection de croix protectrices (ce rituel est manifestement christianisé). Dans la mythologie il n’y a qu’un épisode qui concerne Imbolc dans les aventures de Cuchulain :  » Cuchulain s’endormit alors d’un lourd sommeil près de la tombe de lerga, jusqu’à la fin de trois jours et de trois nuits. Cela était normal :aussi longtemps que son sommeil ait duré, c’était par grandeur de la fatigue car, du lundi de Samain au mercredi après Imbolc, Cuchulain n’avait pu dormir  » Cuchulain avait combattu sans répit du 1er novembre au 1er février, soit les trois mois les plus froids de l’année celtique, et c’est quand la nature sort de sa torpeur qu’il pour-a prendre du repos, ils sera en fait soigné par Lug.

FÊTE DE BELTAINE : Beltaine est fêté le 1er Mai, pour cette fête du printemps deux feux seront allumés, les participants passeront entre eux. A l’origine, les paysans faisaient passer les troupeaux entre ces deux feux afin de les prévenir contre les maladies. Cette fête est aussi appelée Le Feu de Bel en honneur à Bélénos. Cette fête est une fête de joie, chant, couronnes de fleurs pour fêter la Reine de Mai, épouse du Seigneur de la Lande, épousailles éternelles qui donneront les fruits et les blés. Les richesses de Beltaine sont le choux, le lait doux et le lait caillé, la bière. Dans le Glossaire de Cornac, Beltaine est décrit ainsi :  » Beltaine, feu de bel, feu bénéfique, à savoir un feu que les Druides faisaient par leur magie ou leurs grandes incantations, et on amenait les troupeaux pour les protéger contre les épidémies chaque année à ces feux. Ils faisaient passer les troupeaux entre eux. « St Patrick alluma lui aussi un feu à Beltaine, mais pour fêter les Pâques chrétiennes et les Druides dirent au Roi Loegaire qui régnait alors sur Tara :  » Ce feu que nous voyons, qui que ce soit qui l’ait allumé cette nuit, il s’éteindra jamais dans l’éternité. Il prévaudra en outre sur tous les feux de notre coutume, et celui qui l’a allumé – le règne survenant de celui qui l’a allumé cette nuit – nous vaincra tous. Il te soumettra et tous les hommes de ton royaume. Tous les royaumes tomberont devant lui ». 

FÊTE DE LUGHNASAD : Lughnasad est fêté le 1er Août, c’est la fête du Roi, Lugh, le grand Roi solaire honore sa mère. La traduction de Lughnasad veut dire littéralement Assemblée de Lugh. Tous doivent être présents à Lughnasad, c’est aussi la fête des moissons, l’automne approche et il faut engranger. La fête se célébrait dans un lieu sacré parsemé de tombes princières. La fête comportait des jeux, des musiciens, le roi qui présidai à cette fête.Assemblée de Tailtiu :  » Tailtiu, fille de Magwor, femme d’Eochu le rude, fils de Dui l’aveugle, prince des Tuatha dé Dannan, fut le nourrice de Lug et elle fit construire la forteresse des otages à Tara. Elle demanda à son mari de défricher la forêt de Cuan pour qu’on tînt une assemblée autour de son tombeau. Puis elle mourût aux calendes d’août. Sa plainte et ses jeux furent célébrés par Lugaid. Il y eut 500 assemblées à Tailtiu.  » C’est Lug qui fonda l’assemblée de Tailtiu en commémoration annuelle de celle-ci. Tailtiu ne peut être regardée comme une divinité saisonnière, elle est l’Irlande concentrée en un point qui pourrait être omphalos royal. Elle meurt en divinité qui assure la pérennité et le bien être de son peuple, elle institue un rite (jeux funèbres), et sa commémoration le 1er août permet à Tailtiu de tenir sa promesse de richesse. Lug agit en Roi honorant en Tailtiu la Terre-Mère. La fête est riche : or, argent, jeux, musique :  » Une assemblée avec de l’or, avec de l’argent, avec des jeux, avec la musique, des chants ….  » Interdits et prescription morales sont soulignées :  » Une assemblée sans reproches, sans ruse, sans injures, sans honte ..  » Assemblée de Carman :  » Ils allèrent en Irlande (Carman et ses fils) pour nuire aux Tuatha Dé Dannan, y perdre le blé de l’Ile à leur détriment. Cela sembla mauvais aux Tuatha Dé Dannan. Ai, fils d’Olloman, de leurs poètes, Cridenbel, de leurs satiristes, Lugh Leabach, de leurs Druides et Bé Guille, de leurs sorcières, allèrent les incanter. Ils ne les quittèrent pas qu’ils n’aient repoussé les trois hommes sur mer. Ils laissèrent là leur mère Carman comme garantie qu’ils ne reviendraient jamais en Irlande.  » La fête se célèbre en un lieu sacré parsemé de tombes princières dont la principale est celle d’une femme (Carman). Autres assemblées On notera aussi les  » jeux  » d’Emain Macha, ainsi que ceux de Tara. Assemblée des Gaules : La fête de Lugnasad célébrée en Irlande le 1er août le fut aussi en Gaule dans une ville qui porte le nom de Lugus. On y [?] retrouve de la même manière des cérémonies religieuses et des assemblée politiques.

FÊTE DE SAMAIN : Samain est fêté le 1er Novembre, cette fête est à l’origine d’Halloween. En effet, durant le nuit de Samain, le temps s’arrête, il n’y a plus de frontière entre les mondes, entre le monde des vivants et le monde des mort. C’est le moment d’honorer et de respecter nos ancêtres. Son nom veut dire l’extrémité de l’été. C’est la fête de la vieille femme, de Cerridwen qui emportera dans son chaudron nos douleurs et nos misères, c’est la fin de l’été mais aussi l’espoir du prochain et le début de l’année druidique. C’est donc aussi une fête de fermeture de l’année écoulée et d’ouverture de l’année à venir. Samain est autant engagé dans l’hivers tout proche que dans le souvenir de l’été, déjà lointain dont il ne s’agit plus que de consommer les fruits et les récoltes. La fête de Sa-main était une grande fête attestée dans les récits. Elle durait 3 jours avant et 3 jours après, soit 7 jours en tout. Dans la naissance de Conchobar : « Il était nécessaire de nourrir la grande multitude parce que tout homme des Ulates qui ne venait pas lors de la nuit de Samain à Emain perdait la raison et l’on dressait son tumulus, sa tombe et la pierre dès le lendemain matin. Il y avait de grandes provisions chez Conchobar. Etaient marqués chez lui les trois jours avant Samain et les trois jours après Samain par un festin dans la maison de Conchobar « . Un festin donc dont on ne peut se dispenser sans encourir la folie et la mort, c’est un festin rituel ! Ni querelle, ni violence ne sont tolérés parce que les Druides sont là, préparent , or-donnent et dirigent le festin comme ils le jugent bon. L’animal consommé, l’animal de science et de guerre, symbole sacerdotale, était le porc (ou le sanglier), dévolu au Dagda ou à Lug. On allumait aussi de grand feux sur les collines. C’est à Samain que le Druide cueillait le Gui sacré. Un linge blanc était étendu ou tenu sous l’arbre sacré, et le Druide coupait une touffe de gui en clamant : « A Ghel an Heu » qui signifie Le Blé lève et non pas comme on le dit aujourd’hui Au gui l’an neuf !

ALBAN ARTHAN : Le solstice d’hiver, le 21 décembre, est aussi la nuit la plus longue de l’année. Nous fêtons la naissance du jeune soleil, le Mabon.

ALBAN EILER : Equinoxe de Printemps, le 21 mars, est à l’équilibre du jour et de la nuit. Nous fêtons le retour de la lumière, mais aussi la mouvance des cycles, les graines qui vont germer symbole de la connaissance, le vin symbole de l’éveil.

ALBAN EFIN : Solstice Eté, le 21 Juin, c’est le jour le plus long. Nous fêterons la moisson, la nourriture, la générosité du monde.

ALBAN ELFED : Equinoxe d’Automne, le 21 septembre, nous revenons à l’équilibre.

Le cycle de l’année [celtique] se termine, nous allons tomber dans l’obscurité de la fin de l’année, féconde et reposante.

Prière druidique :

Accordez nous ô Déités votre protection.

Et avec votre protection, la force.

Et avec la force, la sagesse.

Et avec la sagesse, le savoir.

Et avec le savoir, le sens de la justice.

Et avec le sens de la justice, l’amour.

Et avec l’amour, l’amour de toutes formes de vie.

Et dans l’amour de toutes formes de vies, l’amour des Dieux et des Déesses, de l’Innommable.

EST / AIR : En relation avec ce symbole : le vent, le ciel, le vol et l’oiseau. L’air constitue le milieu propre à la diffusion de la lumière, des couleurs, des odeurs et des vibrations. Il est l’intermédiaire entre le monde d’en haut et la Terre, il a un rôle de médiateur et ne peut être confondu avec le ciel. Ascension, vol magique, transcendance se reconnaissent grâce à l’oiseau qui est l’emblème du vol. L’air permet l’expansion de la conscience, au delà se situent le souffle, l’âme et l’esprit. Il est le fil lieur, le mouvement liant, le conducteur, le guide, le vent, le verbe.

SUD / FEU : Pouvoir de la lumière, chaleur magique, feu intérieur et feu de Bélénos, lien avec le divin. Le feu est le symbole de l’énergie du monde, il manifeste le soleil et son activité terrestre, mais aussi la foudre lancée par les dieux. Comme l’eau, le feu purifie et donne la vie et la mort, c’est pourquoi il est le complément polaire du principe lunaire auquel il s’oppose symboliquement. Ensemble, l’eau et le feu sont la vie universelle. La polarité du feu, comme celle de l’air est masculin, dans la flamme, emblème de la verticalité, mais le foyer serait plus féminin. Il détient une extraordinaire puissance d’élévation, mais comme tout ce qui se trouve sur terre et dans le ciel, le feu possède une valorisation double, positive et négative. Il est associé au sud, à l’été et à la régénération. La relation avec le cœur s’opère sur plusieurs niveaux. En premier lieu les passions, qui comprennent l’amour et son contraire, la haine. Puis vient le concept de cœur-esprit, l’esprit vivifié par le feu possède un dynamisme et une puissance quasi matérielle de création. Enfin, le feu et le cœur restent liés à la connaissance intuitive. Dans le domaine minéral, ou celui des constructions humaines, l’image du feu apparaît dans le rocher ou la montagne, dans la pierre dressée, le menhir, la statue ou la stèle.

OUEST / EAU : Les prophéties assurent que l’eau et le feu seront les seuls éléments qui subsisteront après la fin du monde. Symbole de la vie éternelle, lieu de toutes origines et de nouvelles créations, de purification, l’eau est toujours présente. Déesse, reine ou fée, les personnages féminins participent au principe de l’eau, laquelle détient la Connaissance spirituelle et initiatique. Elle est aussi la mer, la voie entre le monde terrestre et le Tir Na Nog. L’eau est source d’inspiration et lumière de l’intelligence et principe féminin. Dans le cycle : Naissance, Mort, Renaissance à Femme, Lune et EAU. L’eau est source de vie, de guérison et de régénérescence. Dans la mythologie, les irlandais avaient une source dans laquelle les guerriers blessés au combat se plongeaient et dont ils ressortaient guéris, et sur le chaudron de Gündestrüp un personnage plonge dans une cuve les guerriers morts au combat afin de les ressusciter. Eternité des cycles, l’eau s’ouvre un passage vers l’infini, elle n’a ni début ni fin, elle se recycle perpétuellement.

NORD / TERRE : Terre-mère, principe féminin, douce, chaleureuse, protectrice, mais aussi terrible et possessive. La Terre produit aussi la vie des arbres, des bêtes, des hommes. Sans le concours de la Terre, de l’eau et de l’air, aucune vie n’aurait été possible. Elle est aussi la représentation du monde d’en bas. La descente à l’intérieur de la Terre, initiation ou intériorisation, devient un moment clé de l’histoire de l’homme, dès qu’il en perçoit les dangers, les épreuves, le caractère formateur ou symbolique, et les relations avec le cycle mort-renaissance. Successivement la grotte, le dolmen, le labyrinthe en constituent l’archétype. Le volcan traduit les colères de la Terre et se manifeste comme un affrontement des  éléments, dans une union avec le Feu. Mais, quand la colère retombe, des îles ont surgi ou se sont effondrées. La Terre met au monde son contraire, le Feu, et ce dernier s’unit à elle pour perpétuer la vie. Tout n’est que mutations perpétuelles, changement d’un état à un autre, dans une roue tournant à l’infini, mais un jour pourtant, il faut descendre à l’intérieur de la Terre.

LE CERCLE : Le cercle a toujours été utilisé pour expliquer l’origine des choses, pour s’orienter dans le monde et pour symboliser les merveilles de la nature. Il a toujours joué un rôle dans les rituels religieux, destiné à contenir l’expérience du sacré. Tourner autour ou à l’intérieur de l’espace ou de l’objet sacrés est un rite universel que l’on retrouve dans de multiples traditions :A l’intérieur du cercle, l’espace n’est plus ordinaire mais sacré. Un rituel est un instant particulier où l’on prend le temps d’être hors temps et hors es-pace. Les formes de bases de la création sont le cercle (éternité) et le carré (incarnation)Le cercle, sans fin, ni commencement, symbolise le temps et l’éternité. Il est la limite magique infranchissable. Le ciel, le soleil, le souffle divin sont symbolisés par le cercle. Il vient se juxtaposer au carré de la Terre afin de parfaire à la création incarnée. Les Clairières bordées d’arbres, les Bosquets n’échappent pas à la frontière sphérique qui associe la magie du Cercle et la symbolique divine de l’arbre. Il est l’espace sacré délimité par le Druide. Le cercle est semblable au temple, à la mosquée, à la synagogue, au dojo ou à la clairière d’un bois. Le cercle établit le lien au cosmos et sanctifie tout ce qui s’y trouve. Il protège aussi contre l’extérieur. Le centre de cet espace sacré servira symboliquement de pivot, d’axe de rotation. Le premier sens est « le sens des aiguilles d’une montre » ou encore, le « sens solaire », d’est en ouest. Ce sens est constructeur. L’autre sens est le sens inverse des aiguilles d’une montre que l’on dit aussi « sens polaire », parce que les étoiles tournent dans ce sens autour de l’étoile polaire. Il correspond à l’énergie dissolvante de l’univers.

3/ Le cycle des 8 Fêtes Druidiques

Le Németon 

Voici les 8 fêtes druidiques. Elle permettent de se poser un instant et de se retrouver en phase avec les Energies cosmiques, le cycle naturel du cosmos. Elles nous permettent de prendre conscience du temps qui passe et de sa valeur singulière. Chaque étape est vitale pour le monde naturel, mais aussi pour nous. Ces célébrations permettent de retrouver en soi le sens des valeurs originales, et de nos propres besoins. C’est comme un réapprentissage constant. Elles sont aussi une manière de célébrer la vie en épousant ses lois. Célébrer les cycles est pour le Druide, un travail joyeux et enrichissant. On apprécie particulièrement de pouvoir célébrer en groupe. Samonios, était si présent dans les esprits que l’Eglise n’a pu le détourner, à tel point que la fête des Saints, reste toujours la fête des morts dans l’esprit des vivants. L’Energie de cette fête, réalité du monde, est si forte qu’en notre époque désacralisée, elle reprend vie sous la forme d’Halloween. C’est l’époque de la magie ultime ou dans le ventre secret de la Terre se produit l’alchimie de fécondation du futur soleil du Solstice d’hiver. Samonios est donc la promesse la plus forte, le potentiel. C’est le moment des 7 grandes nuits ou toute l’Energie se concentre à la création utérine. Tout semble endormi sur Terre, mais en son cœur fécond se rêve le monde. Ainsi, espace temps capable de sortir d’un cycle pour entrer dans un autre, Samain est hors du temps, hors de l’Espace et entre les ancêtres et les vivants il n’existe plus  de limites, juste le renouveau éternel qui va une fois de plus faire preuve de son terrible pouvoir : le pouvoir de retrouver la vie alors que tout semble mort. Samain est le premier de l’an Celte car chez les Celtes, comme chez de nombreux peuples « primitifs » le cycle ne commence pas à la naissance visible des choses, mais à la naissance réelle, comme le cœur d’un enfant bat dès sa conception. Le jour commence à minuit, chaque part de lumière contient son potentiel de nuit et Samonios dans sa nuit la promesse du futur soleil et donc de la nouvelle année. Alban Arthan la lumière de l’Ours Etoile polaire et jour le plus court. C’est pourtant au sein de cette nuit la plus longue que va prendre naissance l’élan des jours croissants. Après le Solstice vont les jours croissants. C’est un jour de grande fête et de grande tendresse, car après sa gestation dans le ventre de la mère, le soleil vient au jour. Renaissance, renouveau, l’espoir est là d’un prochain printemps, été. La vie va refleurir en voici le premier signe. Fête pour l’enfant, les enfants le Solstice a tant marqué les esprits que l’on fit naître le Christ à cette époque de l’année. C’est au creux des cavernes les plus sombres que les rayons aimant vont taper, entonnant le chant du renouveau. Cette lumière de l’Ours est celle D’Arthur le Roi, porteur d’espoir. Imbolc, cette fête est celle de la Déesse revenue, à nouveau disponible pour la Terre. La neige fond et les sources vont couler, les jours rallongent nettement. Les agneaux sont nés. L’enfant soleil a grandit et il nous offre sa lumière. Lait nourricier et miel chaleureux, lustration et offrandes à la Mère sont autant de gestes que nous referons à chaque Imbolc. Croix de Brigitte, crêpes odorantes, les premiers jours de février sont les jours festifs. Premières fleurs, jonquilles et perce-neige vont faire pour nous des bouquets lumineux. Alban Eilir Lumière de la Régénération Printemps. Equilibre du jour et de la nuit, c’est au moment de cet équilibre parfait, qu’est engendré la bascule, vers le jour le plus long. Trèfle et vert honorent nos autels. Les graines dans leurs pots nous rappellent qu’il est l’heure où la terre attend nos gestes, nos actions. Beltaine arrive avec toute sa joie et sa ferveur, ses fleurs et ses fruits. Beltaine est le moment de séduction. Le Jeune fils est arrivé à l’âge de trouver celle qui lui donnera la royauté. Chant, danse, et saut sur le feu offre toutes les promesses d’une épousaille chaleureuse et chaude. Les sourires sont prometteurs et les regards remplis de sous entendus. Beltaine est l’heure du choix, de celui, de celle qui épousera la chair. Alban Enfin la lumière de l’été. En pleine vigueur, voilà le Soleil vainqueur au plus haut de sa course et portant en son sein sa chute vertigineuse. Elle lui a donné le royaume et la force. Le voilà dans toute sa splendeur, haut perché dans le ciel, rempli d’amour et de force. Lughnasad Le Roi Soleil fête sa mère Tailtut, il a fait fructifier la Terre et voici le temps venu de récolter les fruits de ses amours, grande fête, ultime cri de vie, Lughnasad est festif et royal. Chaleureux et sage. Il est interdit de ne pas venir à Lughnasad. Il est ce pourquoi nous avons vaincu la nuit, et séduit le jour. Alban Elfed la lumière de l’automne. Encore un balancement, pause entre deux et nous voilà basculé dans la nuit, la Vieille Dame noire va venir arracher nos vieilles peaux, nos tristesses et nos chagrins, remplissant son chaudron elle nous abreuvera de son silence et nous emportera au creux de sa nuit reposante. »»

instruction printemps 2010

Cousin Maître Thierry B.

Trifouillages dans nos Rituels

Il existe plus de 170 déclinaisons du Rituel REAA. En cherchant bien, on peut certainement trouver quelques dizaines de variation du Rite Français. Il en est de même pour tous les Rites. Ainsi, la Franc-maçonnerie à connu au cours de ses 400 années d’existence, une palette infinie d’évolution ou d’involution de ses Rituels.

Pourquoi autant de variétés me direz-vous ? La réponse est complexe et nous allons passer en revue les 3 causes majeures :

1° – Commençons par la plus folklorique. Au gré du temps, de nombreux Rituels ont été modifiés par des typographes, photocomposeurs et autres imprimeurs totalement ignorants de la chose. Ils ont supprimé des parties ou inclut des erreurs et autres coquilles, changeant ainsi bien involontairement la forme et le sens de nos Rituels.

2° – Le deuxième cas, moins répandu, est celui du vieux maçon chevronné qui crée son propre Rituel. Chacun comprendra que tous les Rituels majeurs ne sont pas nés le même jour. Il a donc fallu qu’un premier Rituel apparaisse, puis un second et ainsi de suite afin que notre collection s’étoffe pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Le dernier en date fut créé, il y a une quarantaine d’années par Jacques la Personne. Il s’agit du Rite Opératif de Salomon, issu de Frères du GOdF (la Loge « les Hommes ») et ce Rite sert de base à l’Ordre Initiatique Traditionnel de l’Art Royal (L’OITAR). Les maçons qui conçoivent de nouveaux rituels ne sont pas tous au fait de chaque sens symbolique, c’est pourquoi, certains rituels seraient peut-être à repenser, car si la forme est esthétique, le sens initiatique laisse franchement à désirer.

3° – Le troisième cas est certainement le plus courant, c’est l’incompétence guidée par l’orgueil. En effet, combien d’obédiences voient chaque année les élus du moment, tel des Députés à l’assemblée Nationale tentant d’imposer une Loi portant leur nom, qui décrètent sans aucune nécessité que le Rituel doit changer. Nous pourrions penser que cela n’arrive que dans les micros Obédiences, que nenni. Les plus grandes n’y échappent pas. Chaque année, des milliers de Loges voient apparaître à l’Orient des membres de la commission du Rite qui viennent tel le PolitBuro imposer les nouveaux standards en affirmant que nous étions dans l’erreur. Bah, pas de soucis, il suffit d’être assez patient, pour revoir les futurs nouveaux élus 3 ans plus tard nous dire le contraire. Cela me rappelle d’ailleurs une blague de Sacha Guitry qui affirmait qu’il ne contredisait jamais sa femme… il attendait simplement qu’elle change d’avis toute seule.

Le problème avec ces trifouillages répétés dans nos Rituels, c’est que plus personne n’est en mesure d’expliquer le sens de chaque phrase du Rituel. Pour l’exemple, dans un cas on intervertit l’Expert et le MdC, dans l’autre on retire les Conclusions de l’Orateur, dans le 3eme on tourne du dextrogyre au sinistrogyre… C’est ainsi qu’une Obédience majeure de l’hexagone, à la fin de la IIIème République, avait purement et simplement supprimé le Rituel. Les Tenues étaient devenues des assemblées générales de maçons. Aussitôt, la IVème République arrivée et les nazis repartis, le rituel fut de retour dans les Temples. Avouons que toutes ces gesticulations n’ont plus rien à voir avec une voie initiatique.

Dans les arts martiaux japonais, les enchainements de mouvements qui correspondent à notre Rituel se nomment Kata (ce qui se traduit par forme). Ces Katas sont décomposés dans ce que les japonais nomment Bunkaï qui veut dire analyser ou décomposer. Chaque bunkaï permet ainsi d’extraire les diverses lectures des gestes. On peut y lire dans chaque mouvement un sens physique, un sens énergétique et un sens ésotérique. C’est ainsi que le pratiquant peut évoluer selon son niveau d’éveil.

Chez les Francs-maçons, la forme est devenue une sorte de bloc sans aucun bunkaï. Nous avons la porte et la serrure, mais nous avons perdu la clé. Le Rituel est bien souvent un prétexte cérémonial très vite expédié pour laisser place à un travail rhétorique qu’on nomme planche, dont l’unique but est pour certains de se distraire ou se rappeler des bons moments passés en fac.

Dans un tel contexte, il est évident que la pratique maçonnique devient un loisir qui trouve sa place entre le Lion’s club, le syndicalisme et le café philo.

Comment expliquer à un non voyant les nuances de couleurs ? Il en est de même avec bon nombre de maçons. On ne peut pas leur en vouloir, ils ont compris de l’Art Royal ce que leur second et premier surveillants en avaient compris eux-mêmes avec une pratique creuse et superficielle.

C’est ainsi qu’une voie initiatique se vide peu à peu de son essence pour ne garder qu’une apparence de forme. A bien y réfléchir, je me demande si ce n’est pas un peu ce qui est arrivé à l’église catholique au cours des siècles. A l’heure où l’humain d’occident traverse une profonde crise de foi, il serait peut-être temps de redonner à notre Art, les bunkaï qui lui permettront de traverser les épreuves sociales de la crise qui nous attend dans les prochains mois. Car je doute fort qu’avec les outils initiatiques actuels, nous puissions affronter sérieusement la tempête.

Bon courage à toutes et tous

Franck Fouqueray