Accueil Blog Page 928

Attachez vos ceintures… la secousse va être brutale

(Le Syndrome du Pachyderme)

Pendant que chacun concentre son attention sur l’épidémie en s’interrogeant sur ses chances de survie, nous allons aborder le futur. Je ne parle pas de 2050, mais bien du choc sismique à venir pour notre économie mondialisée.

Actuellement, un terrien sur deux se met aux abris tant que ce fléau viral ne sera pas éradiqué. Pendant ce temps, l’activité économique de la moitié la plus productive de la planète est au point mort ou presque. Si tout redémarre avant fin mai, chacun mettra les bouchées doubles pour rattraper le retard afin d’éviter le chaos. Mais il ne faut pas rêver, compte tenu des courbes de croissance des contaminés à travers le monde et plus particulièrement aux Etats-Unis, nous ne sommes pas encore au bout du tunnel. Nous pouvons probablement prévoir que la machine économique sera grippée (elle aussi) au moins jusqu’à septembre.

En 2008, lors de la crise des subprimes, seules les banques furent initialement impactées, avant d’entraîner le monde entier dans la crise. Les lignes de crédits accordées par les états étaient venues prêter renfort à un système bancaire fortement vacillant. Mais cette fois, c’est l’intégralité des secteurs économiques (banques comprises) de tous les pays industrialisés qui se trouve dans la spirale infernale de la récession. Le crédit ne peut fonctionner durablement que sur la confiance d’un prêteur à un emprunteur. Or là, les deux parties sont impactées par le mal qui ronge l’économie planétaire. La dette mondiale est supérieure à 250 000 milliards de dollars, soit 320 % du PIB[1]. C’est-à-dire en tension extrême, ce qui signifie que la marge de manœuvre est limitée. Il faut s’attendre à une secousse sismique d’une amplitude encore jamais vue sur l’échelle économique. Si vous doutez de cette prévision, je vous invite à lire le propos de Kristalina Georgieva, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) qui déclarait le 23 mars 2020 : « Une récession paraît inévitable en 2020, mais son ampleur tient à la durée de la crise. Le repli de l’activité cette année pourrait être le pire depuis les années 1930.[2] »

Avant d’aborder l’aspect analytique et d’envisager le futur proche, plongeons-nous dans l’histoire. Tel que je le rappelle dans mon dernier ouvrage[3] à paraître dès que le monde de l’édition se remettra en route, je souligne que très peu de livres d’histoire suggèrent l’idée d’une influence de la révolution française due à l’éruption du volcan « Laki », en 1783 au sud de l’Islande[4]. Pour étayer cette thèse l’historien britannique Richard H. Grove[5] affirme, preuves à l’appui, que la France connut une suite de situations météorologiques extrêmes avec une moisson exceptionnelle en 1785 provoquant une chute des prix des produits agricoles et une pauvreté dans les campagnes, suivies d’épisodes de sécheresse, de mauvais hivers ou étés, dont de très violents orages de grêle en 1788 qui détruisirent les récoltes. Ce dérèglement climatique résultant du volcan, contribua de manière significative à la pauvreté et à la famine, un des facteurs importants qui entraînèrent la Révolution française en 1789.  Ulf Büntgen est paléoclimatologue à l’Institut fédéral de recherches de Zurich. Il déclare qu’en examinant les 2 500 dernières années, on trouve des exemples où le changement climatique a affecté l’histoire de l’humanité. Il est aussi auteur d’une étude qui démontre que le changement climatique aurait contribué à la chute de l’Empire romain[6].

Il ressort de ce constat deux points cruciaux de réflexion :

  • Chaque année la grippe tue dans le monde entre 300 000 et 650 000 personnes[7]. Au 1 avril 2020, nous sommes au maximum à 10% des victimes grippales, soit 30 000 personnes. Si on analyse ces chiffres avec un œil purement statistique, ce virus n’a rien de révolutionnaire pour le moment. En revanche, il est fortement novateur du côté économique et médiatique, car il monopolise 100% de l’attention depuis des semaines et neutralise la quasi-totalité des forces productives de la planète pour quelques semaines encore. Personne n’avait encore réussi cet exploit. Un mouvement de contestation militait activement pour la préservation de l’environnement et c’est un modeste agent infectieux qui est venu mettre tout le monde au pas.
  • Nous prenons souvent comme exemple, le monde d’avant le 11 septembre 2001. Il y a fort à parier que nous allons prochainement parler du monde d’après 2020. Pour étayer cette affirmation, je vous propose de nous appuyer sur le cycle théorique d’Elisabeth Kübler-Ross[8]. Nous allons nous attarder sur ce second point afin d’envisager ce qui nous attend et comprendre comment le monde pourrait changer de paradigme et atteindre le point de bascule.

La psychiatre Kübler-Ross est très souvent citée dans le cadre de la résilience après un deuil. Elle a énoncé un modèle en 5 étapes : 1° déni /2° colère /3° négociation /4° dépression /5° acceptation.

Pour bien comprendre ce mécanisme, imaginons qu’un médecin vous annonce un cancer du fumeur. La première étape sera le déni. Vous allez aussitôt consulter deux autres médecins afin de contredire le premier.

Si les 3 diagnostiques médicaux concordent, vous vous résignez au verdict, mais vous refusez la situation avec colère. Ainsi, vous accusez les fabricants de tabac d’être responsables. Cette étape passée, vous allez tenter un marchandage, ou parfois un chantage, afin de créer un contrepoids ou gagner un peu de temps sur la vie. Il s’agit là de la phase de négociation. Lorsque toutes les voies auront été explorées, vous allez vous résigner et aborder ensuite la phase de dépression. Elle se caractérise par un lâcher prise et une acceptation de la réalité. C’est alors que la phase de libération peut maintenant intervenir.

Chacun comprend aisément qu’on ne peut jamais se libérer si on reste dans l’espoir d’un retour des choses passées. Il en est de même si on entre en combat contre les boucs émissaires, responsables de nos anciens malheurs.

Quel rapport avec notre expérience actuelle me direz-vous ?

Ces 5 étapes peuvent parfaitement se transposer sur la situation économique. Si nos usines et nos entreprises redémarrent en juin, tout cela n’aura été qu’un mauvais souvenir qui entrera dans les livres d’histoire. En revanche, si la machine économique restait grippée jusqu’en septembre, à l’instar d’un individu qui déclenche un AVC, le cerveau doit être oxygéné  dans les 5 minutes au risque de provoquer des dégâts structurels irréversibles. Dans ce cas, les prévisions de la présidente du FMI Kristalina Georgieva, deviendraient une réalité désastreuse.

La défaillance de groupes industriels, entraînerait immanquablement la chute des institutions financières et de tout le tissu économique. Ce scénario catastrophe nous conduirait de facto dans les 5 étapes du deuil. Etape 1°) Après avoir refusé la mutation du système économique proposé depuis de longues années par certains. Etape 2°) Après avoir enduré  la colère des gilets jaunes et autre revendications concernant les retraites des derniers mois. Etape 3°) Après avoir tenté de négocier pour éviter le naufrage, nous nous trouverions face à une grande dépression… c’est-à-dire l’étape n°4. Nous passerions alors dans la configuration d’une proposition de changement de paradigme : Etape n°5 et la boucle serait bouclée.

Cette hypothèse, aussi effrayante qu’elle puisse paraître pourrait être l’opportunité de changer de système financier. Il n’est pas question ici de remplacement des enseignes ou des propriétaires de nos banques, mais bien du système de crédit actuel dans son fondement et son organisation structurelle. Les mécanismes actuels s’appuient sur une émission de crédit émanant des banques centrales qui alimentent les organismes de crédit qui fournissent ainsi leurs clients. Dans un système rénové, le crédit serait issu des fournisseurs eux-mêmes. Cela signifie que la circulation du circuit de création monétaire ne serait plus de haut en bas, mais de bas vers le haut.  Cette gestion directe du crédit fournisseur pourrait ainsi alimenter de manière illimitée tous les besoins financiers du marché en rendant le crédit totalement gratuit. Ce sont les réels producteurs de richesse qui deviendraient alors les créateurs de monnaie (bien concrète cette fois).

Ce scénario chaotique du système bancaire a un air de déjà-vu. En effet,  en Argentine lors de la crise de 1995. Durant quelques années, le système fut soutenu par les sociétés privées de compensation interentreprises. On peut juste déplorer que cette opportunité de transmutation du système financier ne se pérennisa pas. L’histoire se répétera peut-être à l’échelle de la planète.

Seras-ce une chance pour l’humanité… tout est à écrire. Le meilleur est certainement devant nous. Il suffit d’y croire et d’appeler de nos vœux cette mutation. Que cette crise nous serve au moins à évoluer et quitter un système archaïque afin de faire notre deuil d’un vieux système sans avenir.

La suite de cette palpitante aventure dans le « Syndrome du Pachyderme »
aux Editions ECE-D  – Avril 2020 – ISBN 978-2-37939018-0 – 25 € –  www.lesyndromedupachyderme.com

[1] Source : Les Echos du 17 nov. 2019 – https://tinyurl.com/dettemondiale

[2] Source : Le Revenu du 28/03/2020 – Crise économique : https://tinyurl.com/lerevenumars2020 – le spectre de 2009, voire de 1929.

[3] « Le syndrome du pachyderme » (Editions ECE-D – mai 2020) www.lesyndromedupachyderme.com

[4] Le Point « Les mystères de l’histoire – Le volcan de la Révolution » 9/07/2013 http://tinyurl.com/PLG-volcanlaki

[5] Richard Hugh Grove est un historien britannique né en 1955 à Cambridge, en Angleterre. Spécialiste de l’histoire de l’environnement.

[6] Source : Le point du 19 janvier 2011 https://tinyurl.com/chuteempireromain

[7] Source : Organisation mondiale de la santé (OMS).

[8] Psychiatre helvético-américaine née le 8/07/26 à Zurich et morte le 24/08/04.

De la guerre

Nous serions en guerre, dixit le chef de l’État. Vraiment ? En bon franc-maçon joueur de wargames, jeux de rôle et autres battle RPG (ces activités ne sont pas incompatibles, le fondateur de Donjons & Dragons, Gary Gygax était un des nôtres), je me suis penché sur la question. J’ai demandé leurs avis à des témoins. Ainsi, ma grand-mère, qui a vécu plusieurs guerres, dont la 2e Guerre mondiale à Paris. Son avis ? Non. Une guerre, ce n’est pas ça. Nous n’en sommes pas encore à craindre un bombardement ou les exactions des soldats de l’un ou l’autre camp. J’ai aussi demandé son avis à un ami, ancien soldat, qui a vécu des opérations extérieures. Même avis, pour des raisons différentes : ce n’est pas ça, une guerre. Et si je me fie à ses arguments, employer le terme de guerre pour une épidémie est un insulte pour ceux qui ont réellement vécu la guerre.

Comme je suis curieux, je suis allé un peu plus loin. Je me suis donc intéressé aux théoriciens de la guerre et de la stratégie : Thucydide, Sun Tzu, et bien sûr, Clausewitz, le grand théoricien prussien de la guerre. Selon lui, « la guerre est un acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté ». Elle est aussi « le moyen d’une fin politique ». La guerre serait donc une affaire d’humains. Selon Freud, la guerre est une désillusion, dans le sens où elle fait perdre tout espoir, et tout sentiment de contrôle sur la vie. Elle est aussi la manifestation de la pulsion de mort couplée à d’autres pulsions, entrant en jeu avec un mécanisme d’identificationi. La guerre mène l’homme dans un état de dégradation notoire, lui faisant perdre toute sa dignité et mettant à mal tout le travail de civilisation. La guerre est donc un désastre.

En fait, si je me réfère à Frédéric Lordonii, on ne tolère le désastre que si celui-ci a lieu dans les règles. Or, la guerre étant un processus meurtrier, celle-ci implique un certain nombre de victimes civiles et militaires, les « pertes ». Employer le terme de guerre et le champ lexical associé permet donc de rendre acceptables pour chacun les morts de la maladie du virus, ainsi que les mesures de destruction du contrat social français (ben oui, c’est « l’effort de guerre »). Pratique, non ? Sauf que… Employer le terme de guerre est une erreur grave de vocabulaire : on ne « contraint » pas un virus, fût-il couronné. Par construction, donc, nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Peut-être que certains emploient ce vocabulaire à dessein pour tenter de restaurer une union nationale sévèrement abîmée par des années de politiques ineptes, n’ayant eu pour effet que le creusement d’inégalités pourtant évitable, et la violence allant avec… Ou peut-être que ce vocabulaire est employé pour éviter à d’autres d’avoir à répondre de certaines choses, comme la destruction programmée des hôpitaux, ou le traitement désinvolte de l’épidémie, ou encore l’absence de préparation réelle, comme le dépistage systématique…

Rappelons-nous donc que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Albert Camus, l’auteur de la Peste. L’emploi du vocabulaire guerrier dans le but de faire accepter (et rejeter la responsabilité) des morts qu’on aurait dû éviter si nos systèmes de santé n’avaient pas été sabordés par 30 années de politiques d’austérité, de New Public Management ou de politique d’asphyxie (le fameux starve the beast de Greenspan) du service public au nom de vulgaires objectifs comptables ou budgétaires relève ici de l’escroquerie intellectuelle. L’application de politiques d’austérité, les révisions de politiques publiques, le choix de la comptabilité ont eu pour effet direct la fermeture de lits et d’hôpitaux. Le service public de la santé, ça coûte et ça ne rapporte rien ! D’où cette politique larvée de sabotageiiidepuis des décennies des élites face à ce qui devait rectifier les inégalités.

Le dispositif de pandémie mis au point suite à l’épidémie de grippe H1N1 a été démantelé quasiment d’un trait de plume. Certes, il y a des questions graves sur le poids des lobbies dans la campagne vaccinale ou la commande des médicaments, mais aussi sur la quantité de masques achetés (et arrivés à leur date de péremption, pas de bol)… et non renouvelés pour raison d’économies. Mais cela ne relève en rien de la guerre. Juste d’une gestion de stocks, elle-même issue de choix politiques : économiser et rogner tout ce qu’on peut.
Sauf qu’à force de rogner sur le fonctionnement et l’entretien, au bout d’un certain temps et en conséquence de la politique de sabotageinfligée au service public, plus rien ne fonctionne et tout tombe en ruine.

Il est aussi dommage d’avoir autorisé des fermetures d’usines capables de produire le matériel nécessaire sur le territoire. Tiens, puisque « nous sommes en guerre », pourquoi ne réquisitionnerait-on pas ces usines (ou d’autres, encore en France) en mesure de fabriquer ces masques ou ce matériel qui nous manquent tant ? A ce propos, les ateliers de confection s’y sont (volontairement) mis, en créant des masques en tissus.

Dans ma quête de vérité, en tant que Franc-maçon, je me dois de lutter contre l’ignorance sous toutes ses formes, l’ignorance étant un terreau très fertile pour le mal. Or dans cette histoire, j’ai l’impression que ceux qui nous gouvernent cherchent à anesthésier nos consciences par l’emploi du champ lexical de la guerre et celui de l’urgence, qui empêche de se poser et de réfléchir. Une stratégie de ruse pour éviter qu’on ne se rende compte que les morts auraient pu être évités si on avait ouvertement mené une politique de santé publique digne de ce nom, au lieu de détruire sans ménagement les hôpitaux et les personnels soignants. Une stratégie pour éviter qu’on n’emploie un terme, celui de négligence. Bien sûr, il appartiendra à la juridiction compétente de qualifier l’ensemble de ces faits graves. Ceux qui auront survécu devront donc rendre des comptes. Pour les autres, ce sera le « Tribunal de l’Histoire ».

D’ici là, restons vigilants et ne nous laissons plus faireiv.

J’ai dit.

PS : Petit rappel mythologique. Esculape, dieu romain de la médecine fut foudroyé par Jupiter pour avoir soigné qui il ne fallait pas…

iSigmund Freud, Albert Einstein, Pourquoi la guerre ? In Propos d’actualité sur la guerre et la mort, Garnier-Flammaration, Garnier-Flammaration, 2017

iiFrédéric Lordon, Les affects de la politique, Seuil, 2016.

iiiJ’étais tenté de parler de guerre contre le service public, mais c’eût été faire preuve de mauvaise foi, ce qui n’est pas mon genre, on le sait bien.

ivPour la petite histoire, j’emprunte ce delenda Carthago au blog Maliki, que je suis depuis 14 ans. Voici le strip : https://maliki.com/strips/2020-strip/.

La Loge Internet Robert Burns ouvre ses portes numériques

La Loge Internet Robert Burns ouvre ses portes aux Frères de toutes Obédiences

La « Loge Robert Burns » de La Grande Loge Écossaise de France est une Loge dite de recherche. Elle est surtout, la première Loge internet au REAA dans le monde.

Elle ouvre aujourd’hui ses portes aux Frères issus de toutes obédiences dans le respect de la confidentialité et de la double appartenance.

Elle est novatrice sur bien des aspects.

A qui s’adresse-t-elle ?

Aux Frères Maitres qui sont dans des Loges REAA
A tous les autres, intéressés par ce rite.
Aux Frères qui sont éloignés pour diverses raisons (maladie, vieillesse, isolement géographique, déception, manque de ressources, expatriation…). Enfin, à tous ceux veulent reprendre le chemin maçonnique du REAA

Quel est son contenu ?

C’est une Loge de travail et d’échange : 

Planches avec des sujets et des thèmes de travaux.
La parole circule : des forums interactifs sur des sujets relatifs Au REAA
Une bibliothèque interactive pour mettre à disposition des ouvrages, des articles, des Planches et des recherches sur le REAA
Trois Tenues Physiques par an, des Tenues Dématérialisées (sous forme de réunions vidéo avec un logiciel interne au site et sécurisé) le reste du temps

Chaque frères apporte sa pierre et fait vivre le contenu.

Un site, des sites ?

Cette Loge est effectivement une Loge internet avec un site de travail. Elle est également une Loge itinérante. L’objectif est que les Frères de Robert Burns qui le souhaitent puissent se réunir pour des tenues physiques. Elles se tiendront plusieurs fois par an dans différents sites, sur le territoire national, mais aussi à l’étranger.

Cette Loge mondiale n’est donc pas limitée par le nombre de Frères.

Notre Chaîne d’Union ne cesse de s’enrichir par son concept novateur et fait de Robert Burns une Loge unique sans frontière.

Robert Burns, est plus quune Loge, c’est un voyage initiatique !

« Où que je sois, mon cœur est toujours dans les Highlands. »

Robert Burns (1759-1796)

La Respectable Loge assure la confidentialité à tous ses membres dans le pur respect de la double appartenance. Son accès est exclusivement réservé aux membres.

La capitation est volontairement réduite (33€ / an) afin que chacun puisse participer.

 

Informations 

HTTPS://robert-burns.glef.fr

Mail : robert-burns@glef.fr

VM : Jean-Jacques BOR

GLEF

45 avenue Gambetta – 75020 Paris

Déontologie ou conséquentialisme ?

Pendant le confinement, je passe du temps sur les réseaux sociaux (qui se révèlent être des cafés du commerce en moins sympathique). J’ai pu constater qu’il y avait chaque jour une polémique sur pas grand-chose. Much ado about nothing. Celle du moment est plutôt sérieuse puisqu’elle concerne le bien-fondé d’un travail de recherche sur un traitement à base d’un antipaludéen pour soigner les symptômes du SARS-Covid-19. Un éminent virologue de Marseille affirme avoir un traitement efficace contre le virus. Soit. L’Académie et la Faculté lui reprochent de ne pas avoir été assez rigoureux et de ne pas avoir suivi la procédure en vigueur pour faire valider ledit traitement. La polémique est toujours en cours. Je crains qu’on ne sache qu’au nombre de morts qui avait raison ou tort… Mais il faut respecter la procédure.

Dans un tout autre registre, en fonction publique territoriale, des travaux sont nécessaires pour faire une réparation d’urgence dans une école, mais le montant nécessite l’ouverture d’un marché public, ce qui prend du temps. Impossible de faire travailler une entreprise proche, sous peine d’accusation de « favoritisme ». L’école n’est pas sécurisée pour la rentrée, mais la procédure a été respectée.
Autre exemple, toujours en territoriale, toujours en école. Pour faire un trou pour déplacer un tableau, il faut effectuer des diagnostics plomb et amiante (plusieurs mois d’attente) avant de faire les deux trous. Et tant pis si le tableau est trop haut pour le professeur. Les procédures sont là pour être respectées.

Encore l’école. Imaginons qu’un enseignant se rende compte d’une difficulté dans sa classe et qu’il décide de la corriger en utilisant des outils hors de la pédagogie autorisée par le rectorat ou l’Académie. La difficulté sera peut-être rectifiée, mais l’enseignant aura de gros ennuis avec son inspecteur, parce qu’il n’aura pas respecté la procédure.

Plus sinistre, la polémique autour des attentats du 13 novembre 2015. Il y avait une troupe de militaires de l’opération Sentinelle à proximité du Bataclan, qui aurait reçu l’ordre de ne pas intervenir, au motif qu’on n’était pas en guerre. La préfecture a préféré faire venir de plus loin les troupes du RAID et du GIGN. On connaît malheureusement la suite. Mais soyons rassurés, la procédure a bien été respectée, semble-t-il. Voilà qui devrait porter du baume au cœur des proches des victimes…

Cynisme, me direz-vous ? Que non point. En fait, ces situations réelles comme imaginaires illustrent une réalité de nos fonctions publiques. Nous autres fonctionnaires sommes astreints à une déontologie, et donc à une éthique déontologique. L’éthique déontologique dérive de l’éthique kantienne et pose l’existence de principes à valeur de sacré, et avec lesquels il est impossible de transiger. Ce peut être un principe tel que « toute vie est sacrée » ou bien d’autres choses. Dans le cas de l’administration française, les valeurs avec lesquelles on ne transige pas sont la probité et l’intégrité du fonctionnaire, l’obéissance, le respect de la procédure. Et dans le cas de la commande publique, la liberté d’accès, l’égalité de traitement et la transparence de la procédure. Si la boussole de la fonction publique est l’intérêt général, ou le bien public je me demande si on ne les confond pas avec le respect de la procédure, au point que le respect de la procédure peut nuire à l’intérêt général. Si je fais un parallèle avec la chose militaire, c’est un peu l’inverse. Il faut savoir que la Prusse au XIXe siècle avait créé un mode de fonctionnement par résultat : les militaires étaient libres du choix du moyen pour atteindre l’objectif, ou la fin. Ils étaient ainsi « libres d’obéir »i. L’administration française fait l’exact contraire.

Face à cette éthique de déontologie s’oppose l’éthique conséquentialiste. Le conséquentialisme consiste à n’avoir pour fin que la bonne atteinte des objectifs, sans souci de principes initiaux. Une forme de machiavélisme contemporain : « la fin justifie les moyens ». Les deux éthiques (déontologique et conséquentialistes) sont incompatibles et inconciliables, et il n’existe aucune solution simple à un dilemme entre ces deux approches.

En fait, on peut imaginer pour les quatre situations ci-dessus une autre fin : donner l’ordre d’agir pour l’intérêt général envers les principes de l’administration et contre la procédure, faire les travaux nécessaires dans l’école dans l’intérêt des élèves et de l’enseignant ou encore utiliser massivement le traitement contre le virus. Malheureusement, tout cela constitue une désobéissance (donc une faute pouvant être sanctionnée par l’administration ou la juridiction compétente). Mais parfois, la transgression est nécessaire pour le bien de tous, surtout en période de crise. Par contre, elle suppose un sacré sens des responsabilités, car en cas de non-respect de la procédure (et même en cas de respect de la procédure), l’administration n’hésitera pas à désavouer, voire à lâcher ses agents, qui devront donc assumer la responsabilité de leur action. Ceux qui désobéiront seront souvent seuls en cas d’ennui.

Le fonctionnaire est un agent, mais pas un sujet politique. Il n’a pas à désobéir à un ordre, sauf si celui-ci est manifestement illégal ou s’il présente un danger grave. La peur de la sanction amène en effet à se réfugier derrière la procédure. Mais qu’en est-il de la souffrance éthique de l’agent ? Savoir qu’on peut régler un problème et être empêché de le faire à cause d’une procédure est en effet très perturbant. Le respect de la procédure ou le management par process peuvent atteindre très vite leur point d’absurdité et l’agent son point d’objection, voire son « point d’abjection ». Pire, si on en revient à Hannah Arendt, obéir aux ordres sans se poser de questions, c’est s’exposer à la « banalité du mal ».

En tant que Franc-maçon et fonctionnaire, je connais malheureusement bien ce dilemme et je sais qu’il n’a pas de solution simple. La seule chose que je puisse faire est de me mettre à l’ordre, et symboliquement, de donner les coups de maillet sur la pierre brute, afin de faire jouer mon discernement pour faire mon devoir. L’idéal de la Franc-maçonnerie est l’accomplissement du Devoir, quels que puissent en être les sacrifices qui en résultent. Le devoir doit être fait en toutes circonstances. Nous ne devons être satisfaits qu’à l’approbation de notre seule conscience. Le choix entre déontologie et conséquentialisme est donc un choix personnel, qui demande notre entière responsabilité, et qui nécessite donc que nous soyons des sujets, et non simplement les agents d’un système ou d’une machine.

Ne nous laissons pas faire, restons humains.

J’ai dit.

iOn pourra lire à ce propos l’excellent essai de Johan Chapoutout, Libres d’Obéir-Le management, du nazisme à aujourd’hui paru chez NRF en janvier 2020.

Réflexions pour le monde d’après

Comme tout le monde, je suis confiné chez moi. J’ai pu trouver de quoi m’occuper, qui me prend du temps : recoudre ma tenue d’arts martiaux, aménager un coin bureau digne de ce nom pour m’occuper de projets de longue haleine, classer ma bédéthèque (8 mètres linéaires), tenter de télétravailler, réduire mon année de retard en lecture de livres divers, me refaire une santé et bien sûr, garder les liens avec les outils modernes. D’ailleurs, mes Frères et moi parvenons à communiquer ensemble via des outils de téléconférence.

Et comme je suis souvent connecté, je peux lire les journaux divers et réfléchir non seulement au présent mais aussi à l’avenir. Ainsi, j’ai appris avec joie que des milliards allaient être débloqués pour soutenir les entreprises, et peut-être même l’hôpital public. Il me semblait qu’en pleine crise, il avait été rétorqué aux personnels soignant qu’il n’y avait « pas d’argent magique ». Si ces milliards sont disponibles d’un coup de baguette magique, pourquoi ne pas les avoir mobilisés avant, pour, au hasard, créer des logements sociaux (voire des logements tout court) là où il y en avait besoin, dans les « zones en tension » pour reprendre les termes à la mode ? Ou permettre le maintien d’activités industrielles et donc les équilibres socio-économiques locaux ?

L’avantage des crises, pour les dirigeants, c’est que ces derniers peuvent créer des lois vers la société d’ordre et par conséquent s’amuser à réduire chaque jour un peu plus les libertés individuelles. Il n’y a qu’à étudier certaines dispositions de lois d’exception passées dans le droit commun durant l’état d’urgence proclamé au lendemain des attentats du 13 novembre 2017. Dispositions qui tendent à renforcer le pouvoir de l’exécutif au détriment du judiciaire, par exemple…

Là, le danger est différent, même si le principe est le même. D’après l’hebdomadaire Mariannei, il semblerait que le gouvernement ait décidé d’utiliser la crise comme prétexte pour revenir sur certains acquis sociaux comme les 35 heures ou les congés payés… Certes, il s’agit de lois d’exception. Néanmoins, le mot «provisoire » a été omis de ces textes de lois. Négligence ou malveillance ?

Nous avons une tradition dans notre beau pays de voter des lois d’exception pour chaque situation exceptionnelle, qui perdurent dans le droit commun. Parfois même au détriment des rédacteurs et législateurs de la loi d’exception, d’ailleursii. Néanmoins, le danger est grand, très grand de voir ce que nos ancêtres avaient acquis réduit à néant par une clique néolibérale et inhumaine, dont l’ardoire ne cesse de s’alourdir : réforme des retraites inepte, injuste et impopulaire passée par article 49-3, refus d’extension des congés de deuil d’enfants, au motif de coût trop élevés pour l’entreprise, accélération de la casse des hôpitaux (dont nous subissons les conséquences aujourd’hui), réforme de la fonction publique (adoptée en douce en août), réforme des impôts et de la fiscalité qui ont eu pour effet de priver le secteur associatif de ressources indispensables, privatisations diverses de biens stratégiques au profit d’intérêts privés, sans compter les nombreux conflits d’intérêt des uns et des autres. Nous avons aussi sur cette même ardoise le blocage d’une directive européenne sur l’allongement du congé parental pour les jeunes pèresiii. L’égalité homme-femme n’entre donc pas dans le « proooooooooojeeeeeet » de la « start-up nation ». Trop cher pour l’entreprise, paraît-il. Dommage, car si les femmes étaient payées de manière égale aux hommes, il y aurait étrangement moins de problème de coûts pour les assurances sociales. A méditer…

Mes problèmes de hernie font que je ne m’abaisserai à évoquer les frasques des uns des autres, assez idiots pour être pris en photo ou vidéo dans des situations compromettantes. Le tableau est chaque jour un peu plus moche, certes, mais au final, stationnaire. On se souviendra de l’éloge funèbre de Clémenceau à l’endroit du président Félix Faure, retrouvé mort en compagnie de sa maîtresse : « il voulut finir César, il ne finit que Pompé ». Ah, que des gens comme Clémenceau nous manquent.

J’en viens à me demander ce que nous attendons des gens qui nous dirigent. De l’efficacité pour les missions de l’État, certes. Mais dans ce cas, des hauts fonctionnaires formés au commandement ou à la gestion de crise devraient suffire, non ? De l’amour, peut-être ? Ou au moins, de la considération ? Hum, quand un chef d’État parle de « gens qui ne sont rien » en évoquant le peuple qui l’a porté au pouvoir, je crois qu’on a encore du boulot. Se départira-t-on un jour du mépris de classe ?
Le problème est qu’il est difficile d’attendre quoi que ce soit d’une aristocratie privilégiée, coupée de la réalité du monde ( aristocratie souvent héréditaire et endogame, rendant ainsi caduque l’espérance de la méritocratie républicaine). En fait, je me demande si nous n’attendons pas de nos dirigeants une éthique des vertus, à savoir se comporter comme des gens de bien, vertueux. D’où le fait que leurs frasques filmées nous sont de plus en plus intolérables.

Pour ma part, outre un minimum d’exemplarité, j’attends de nos dirigeants un peu de pensée à long terme dans leur action, avec peut-être un peu de régulation dans l’économie, ne fût-ce que pour éviter de laisser fermer, par exemple une usine d’équipements sanitaires tels que des masques médicauxiv , en Bretagne, pour le profit de quelques uns. Les plans de relance montrent bien que l’économie est un fait politique et non un phénomène en tant que tel. Donc il est faisable de créer une économie respectueuse du droit, de l’environnement et surtout, utile en cas de problème. Oui, c’est keynesien. Mais John Maynard Keynes ne s’est jamais trompé, contrairement à Alan Greenspan.

En fait, il faut comprendre, que dans l’esprit français, il y a toujours de la méfiance entre ce qui vient du pouvoir central et la base, en raison de l’absence de connexion entre ces deux lieux. L’histoire de l’administration française est celle de la centralisation du pouvoir et de la gestion d’un territoire vaste, liant plusieurs territoires que tout sépare. La Convention et les régimes qui ont suivi ont tenté d’instaurer une langue, le français parlé en Touraine et un grand récit (le fameux « Nos ancêtres les Gaulois ») pour tenter d’assembler ce qui était épars. Malheureusement, l’imposition de cette norme s’est faite par la force. A ce propos, les corps intermédiaires, ceux que le pouvoir en place a méprisés et lessivés, avaient pour fonction d’adoucir les esprits. Je crains qu’il ne soit trop tard maintenant.

Dernière petite réflexion pour la semaine, à propos de contrat social : l’Acte Unique, le Traité de Maastricht et tous ces documents qui constituent le « droit primaire » imposent à l’État de ne garder que ses fonctions régaliennes (police, armée, justice, fiscalité). Et si, dans ces fonctions régaliennes, on y incluait aussi la santé ? On aurait ainsi un peu plus de contrôle sur le nombre de lits disponibles, on paierait un peu mieux le personnel soignant, et on limiterait les dégâts des Diafoirus des grands laboratoires ! Dans la mesure où les fonctions régaliennes consistent à maintenir l’existence de l’État et donc celle de ces citoyens ou sujets, la santé y a largement sa place. Le débat doit être lancé, pour notre futur à tous.

Certains me reprocheront de trop politiser mon propos, voire d’être un pilier de café du commerce. Ils en ont le droit. Néanmoins, je crois utile, en tant que Franc-maçon, d’appeler à la vigilance, voire d’alerter sur la casse du contrat social français, contrat social dans lequel nos prédécesseurs ont été très impliqués, quand ils ne l’ont pas tout simplement établiv.

Plus que jamais, soyons vigilants.

Ne nous laissons plus faire.

J’ai dit.

ihttps://www.marianne.net/societe/c-est-confirme-la-loi-urgence-coronavirus-va-revenir-sur-les-droits-aux-conges-les-35-heures

iihttps://youtu.be/O2Vq0SVSdXg

iiihttps://www.marianne.net/societe/conge-parental-la-france-la-manoeuvre-pour-bloquer-une-directive-europeenne-favorable-l

ivhttps://www.ouest-france.fr/bretagne/plaintel-22940/cotes-d-armor-38-emplois-menaces-honeywell-le-fabricant-de-masques-plaintel-5764734?fbclid=IwAR0gpIOnMBk8KkARVexKjEylQgaLy-lDWjL961IgACi0ncxm4sLGgfuwzd0

vVoir à ce propos mon billet sur le solidarisme, sur cette même plate-forme.

Negredo

En raison des mesures prophylactiques prises par notre gouvernement dues à la crise sanitaire, je n’étais pas en Loge hier soir. Les Francs-maçons sont connus pour être des gens raisonnables et disciplinés, surtout dans ma Loge qui est un modèle historique d’exemplaritéi. Me voilà donc en confinement comme pas mal de monde. Je fais partie des privilégiés, ceux que Marx désignait comme les « analystes symboliques », je peux donc me permettre d’exercer mon emploi à domicile, sous certaines réserves et conditions. Mais mon boulot s’apparentant plus à un « bullshit job », je pense que notre pays ne souffrira pas d’éventuels retards dans le traitement de mes dossiers…

Plus sérieusement, l’avantage que je vois à cette crise sanitaire, c’est que nous allons réellement prendre la mesure de ce qui est important et de ce qui ne l’est pas. Ainsi, en ces temps de crise, nous réalisons combien sont importants les métiers du soin, de l’hygiène, les missions régaliennes, bref, ce qui, par un très étrange hasard relève des missions de service public parce que non lucratif. Il est quand même dommage que les services publics (si, vous savez, les hôpitaux, les écoles, les crèches, le nettoiement, la voirie etc.) aient été si souvent vus comme des charges, des poids, des dettes, ou accusés de lester la dette de l’État. Mais pourtant, c’est souvent vers l’État qu’on se tourne en cas de crise (cf. les banques en 2008).

En fait, j’ai l’impression que notre société est terrassée par ce micro-organisme comme Mme Mim, transformée en dragon le fut par Merlin transformé en microbe dans le Merlin l’enchanteur de Walt Disney.

Il a donc suffi d’un virus pour se rappeler de ces choses fondamentales : nous sommes mortels, et les politiques d’austérité tuentii. Le nombre de lits a été dramatiquement baissé depuis une vingtaine d’années, des hôpitaux ont fermé, nous manquons de médecins dans les régions rurales, la situation des aides-soigants et infirmiers est honteuse, etc.

A l’heure à laquelle j’écris ces lignes, je ne sais rien de ce qui va se passer, à part qu’on en a pour au moins quinze jours et qu’il faudra un laisser-passer pour des courses élémentaires. La seule chose que je sais, c’est qu’il faut rester chez soi jusqu’à nouvel ordre. Non pour éviter de tomber malade, mais plutôt pour éviter de saturer des hôpitaux déjà à bout de souffle avec les complications que ce virus peut engendrer. N’infligeons pas à un praticien de devoir choisir entre la vie ou de mort sur un patient, parce que nous manquons de matériel. Ils n’ont vraiment pas besoin d’ajouter cette souffrance éthique à une situation déjà inhumaine.

A ce propos, je tiens à rappeler à mes Frères et Soeurs sur la Terre une partie de nos obligations : respecter les lois et l’autorité légitime du pays où nous vivons et nous réunissons librement (même si en ce moment, c’est un peu compromis). C’est notre devoir, à accomplir même si ça nous coûte.

Aller en Loge me manque, certes. Mais je vais utiliser ce laps de temps de repos forcé pour travailler à après la crise : rédiger mes prochaines planches et prochains billets, travailler à des projets professionnels comme des formations continues. Et bien entendu, lire, écrire, visionner les années de séries que j’ai en retard, rattraper mon retard dans mes jeux vidéo… Bref, je vais utiliser ce temps d’ermitage pour me ressourcer, j’en ai bien besoiniii.

J’espère que nous tirerons les leçons de cette crise sanitaire, qui va, je le crains en entraîner d’autres dans d’autres domaines : difficultés pour les commerçants, dont les affaires ont déjà bien été entamées par les grèves et mouvements sociaux, paniques boursières,

Dans un précédent billet, j’avais écrit en pompant honteusement Camus que la société des morts avait pris le pas sur celle des vivants. C’est plus encore aujourd’hui le cas. Mais nous autres Maçons savons aussi qu’il faut savoir mourir (symboliquement) pour renaître.

Certes, nous sommes confinés, cloîtrés. Mais nous pouvons utiliser ce temps pour penser, et réfléchir au monde que nous voulons créer. Je vous offre quelques pistes, avec mon biais d’affreux socialo-marxiste à tendance keynesiennes. Par exemple, voulons-nous continuer à dépendre de la Chine ou d’autres pays, où nous avons installé nos usines pour des raisons de coûts, nous rendant de facto dépendants d’eux pour des industries importantes, voire stratégiques (au hasard, la production de médicaments) ?
Allons-nous continuer à mettre à sac l’environnement pour produire des biens et des services finalement très futiles ?

Allons-nous continuer de surexploiter les ressources naturelles et de gaspiller impunément ?

Devons-nous conserver l’Acte Unique, ce traité européen qui impose pour tous les Etats membres la concurrence libre et non faussée pour leurs services publics non régaliens ?
Allons-nous persévérer dans cette voie du profit pour quelques uns et de la précarité pour les autres ?
Allons-nous continuer de laisser réduire nos libertés individuelles en raison des crises différentes que nous avons traversées?

Bref, allons-nous continuer dans cette voie de la mort lorsque nous reviendrons à la vie ?

J’ai dit.

iLes initiés auront décelé une antiphrase dans mes propos.

iiJ’emprunte ce parallèle à Thomas Porcher, des Economistes Atterrés

iiiRassurez-vous, j’ai quelques billets d’avance, vous pourrez toujours me lire le jeudi !

Du stress du SRAS

J’aurais dû être en loge hier soir, mais à l’opéra. Sauf que, en raison de cette épidémie due à un virus, la représentation a été annulée. Des mois d’attente pour ça, quelle déception. Déjà que des salons divers et variés ont été aussi annulés, par mesure de sé-cu-ri-té et de pré-cau-ti-on ! Donc, on ne fait plus rien.

Cette mésaventure m’a fait lire La Peste de Camus, ce magnifique roman sur la bêtise humaine. Et j’ai réalisé quelque chose : la société des morts a pris le pas sur la société des vivantsi. Nous vivons tellement dans le contrôle, nous avons tellement besoin de certitudes dans ce monde que nous avons rendu hypercomplexe que nous avons oublié que la vie est inattendue, et que rien, jamais rien ne se passe comme prévu. Nos structures mentales nous incitent à croire que demain sera comme aujourd’hui, ce qui est le cas 99 % du temps. Et puis, il y a des petits aléas. Ce peut être une rencontre, bonne ou mauvaise, une situation qui nous amène à des choix qui bouleverseront la suite des événements ou pas. Bref, il y a trop d’aléas, trop de variables à prendre en compte pour nos petites existences. Comme le chantait le poète, Vivre, c’est risquer de mourir (…)Celui qui ne risque rien ne fait rien, n’a rien et n’est rien !

A propos de risque, j’ai relu récemment un autre ouvrage, moins poétique mais très enrichissant : Métaphysique du tsunami de Jean-Pierre Dupuy, ingénieur et philosophe, créateur du catastrophisme éclairé. Si je devais résumer en quelques lignes, je dirais que le catastrophisme consiste à partir du principe que la catastrophe aura lieu et à la prendre en compte dans la conception de n’importe quel projet, pour qu’elle n’ait pas d’effet si tant est qu’elle ait lieu. Le contraire d’une prophétie auto-réalisatrice, en fait. En très gros, par catastrophe, on entend, du point de vue de l’autorité décisionnaire tout événement occasionnant un trop grand nombre de morts par unité de temps sur une petite superficie. Ainsi, on parle de catastrophe aérienne lors d’un crash d’avion qui occasionne la mort de centaines de personnes en quelques secondes. La catastrophe entraîne nécessairement une réponse immédiate et urgente, ce qui est normal.
Dans ce cadre, la violence routière, qui occasionne un mort par heure chaque année en France n’est pas une catastrophe pour l’autorité décisionnaire. Je ne suis pas sûr que les proches de victimes de chauffards ne l’entendent de cette oreille…

Nos dirigeants ont choisi la voie qu’ils estiment être celle de la prudence. Une très belle vertu que la prudence, qui s’associe avec la tempérance, le courage et la justice. Quatre vertus cardinales vers lesquelles nous autres, Francs-maçons voulons tendre. Une boussole à chaque instant de nos vies.
Sauf que fermer des salons, des manifestations etc. n’est pas de la prudence, mais bien de la peur. Peur d’un risque de contamination (réel, certes), peur de la maladie comme au temps de la Grande Peste, peur d’un procès au tribunal administratif et d’un jugement qui mette en cause les décisions publiques… Bonne idée, empêchons tout le monde de vivre, fermons tout au nom de cette peur. Ne bougeons plus. Sauf qu’en psychanalyse, cela porte un nom : la pulsion de mort. Si j’étais mauvaise langue, je dirais que nos décisionnaires sont morts de peur !

J’en entends certains me rétorquer que non, ce n’est pas la pulsion de mort, mais que c’est le sacro-saint « principe de précaution » écrit dans la non moins sacro-sainte Constitution. Certes, mais qu’est-ce que le principe de précaution, en réalité ? Ce principe se résumerait (très grossièrement) à dire qu’on ne fait rien tant qu’on ne sait pas.
Plus sérieusement, à la base, ce principe consiste à prendre les décisions allant dans le sens de la prudence et de l’intérêt général, sous réserve qu’elles soient scientifiquement étayées. La bonne application du principe de précaution suppose par conséquent un effort de recherche continu et soutenu. Il est très malheureux que ce ne soit pas le cas en France, où les chercheurs en sont à jouer au loto pour espérer financer leurs travaux que l’Agence Nationale de la Recherche ou l’État ne peuvent (ou ne veulent) pas soutenir, quand ils ne rentrent pas en compétition ou en coopétition
A propos de recherche, un effort ponctuel au début des années 2000 avait été engagé pour la recherche contre les coronavirus, à l’occasion de l’épidémie de SRAS. Dommage que les politiques et les crises aient interrompu ces travauxii, non ? Au fond, et si la vraie application du principe de précaution consistait à investir dans la recherche, toute la recherche plutôt que faire fermer des manifestations ? Evidemment, ça a un coût, incompatible avec les paradigmes de profit immédiat et le principe d’austérité au nom des déficits publics. Il est dommage que personne n’ait encore eu le courage politique d’opposer le principe de précaution aux différentes politiques dont nous subissons les effets depuis 18 ans…

Le moindre petit imprévu nous force donc à tout arrêter, par précaution, mais sans un réel appui scientifique. Pauvre Camus. Il doit bien se retourner dans sa tombe : la société des morts a bien pris le pas sur la société des vivants…

J’ai dit.

iC’est dans le roman !

iiLire la déclaration de Bruno Canard relayée par les Economistes Atterrés.

De l’art ou du cochon?

J’étais en Loge il y a quelques soirs et comme la date fatidique de mise en ligne de mes textes approchait, je me suis connecté et j’ai cherché une idée d’illustration pour mon billet sur les ressources humaines. C’est donc tout naturellement que j’ai cherché une représentation de marchands d’esclaves et que j’ai choisi une représentation du Marché aux Esclaves d’un peintre du XIXe siècle que j’aime beaucoup, Jean-Léon Gérôme. Illustre inconnu ? Allez visionner la scène d’ouverture de Gladiator de Ridley Scott. C’est ce M. Gérôme qui en a réalisé le story-board.

Plus sérieusement, dans le tableau que j’ai choisi, on y voit un marchand d’esclaves romain vendre sur le marché une femme nue. Représentation picturale dans un courant artistique du XIXe siècle qui ne devrait choquer personne, en principe. Sauf que…

Il faut savoir que pour la promotion du site, nous passons par les réseaux sociaux, notamment Facebook. Pour l’annonce de la publication, une miniature de la page apparaît sur le fil d’actualité. Sauf que l’algorithme Facebook n’a pas fait apparaître l’image du tableau de Gérôme. Nous avons donc décidé de changer l’illustration pour la bonne marche de la promotion du blog et du site. Mais tout cela me pose un certain nombre de problèmes.

Le premier problème, c’est qu’un algorithme décide de ce qui est décent ou pas. Bon, Facebook est une entreprise américaine, et reste maître de ce qui peut être affiché ou pas. Tout comme dans South Park (le film), on peut, je cite, « montrer des images violentes mais pas de grossièreté ni de vulgarité ». Par ailleurs, les américains sont connus pour leur pudibonderie et leur puritanisme. La tartufferie fait partie de la culture : « Cachez ce sein que je ne saurais voir ». Des polémiques éclatent régulièrement à ce propos : des enseignants voient leurs posts censurés pour cause d’image « inappropriée ». Donc, une copie du Marché aux Esclaves de Jean-Léon Gérôme ou de celui de Gustave Doré seraient des images inappropriées, qui pourraient heurter la sensibilité de certains. On en revient à cette dictature de la sensibilité. Pour ne pas heurter la sensibilité d’une minorité d’incultes, on se prive d’esthétique ou d’oeuvres d’art. Vive l’hygiénisme à l’américaine, vive ce charmant pays où on peut acheter des armes en vente libre mais surtout pas montrer un tableau de Gérôme ou de Doré représentant un corps féminin nu. Bon, comme tous les puritains, ces braves gens n’aiment pas les femmes, et en bons tartuffes, préfèrent accuser le corps féminin d’être plutôt que maîtriser leur pulsions. Mais quel tas d’hypocrites !

Mais il y a un autre problème qu’on occulte, parce que méconnu : les travailleurs du clic. J’ai découvert via la série de reportages Les Invisiblesi que les fameux algorithmes avec lesquels on nous rebat les oreilles sont une vaste fumisterie, pour ne pas dire une escroquerie. Le fameux auto-apprentissagen’existe pas. L’ensemble de la base de données qui alimente les algorithmes de choix est en fait configuré par des travailleurs humains (qui soit dit en passant sont payés une misère) qui doivent répondre à des questions en cliquant. Leur réponse alimente la base de données qui sert à l’algorithme de décision. La même escroquerie que l’automate joueur d’échecs du XVIIIe siècle, ce fameux « Turc mécanique » en fait animé par un nain, complice du concepteur… Décidément, le monde ne change pas. Nous sommes des gogos lâches et paresseux, qui préférons confier nos responsabilités à des machines mal programmées.

Le troisième problème est l’extraterritorialité du droit américain. Qu’on ne puisse pas publier chez les ricains un texte illustré par un tableau de Gérôme, soit. Mais nous sommes en France, non ? On ne peut donc plus mettre à l’honneur le patrimoine français au nom d’une pudibonderie très mal placée ?

En fin de compte, ces histoires de réseaux sociaux ne sont qu’une immense tartufferie. Le seul intérêt de leurs dirigeants, c’est le profit. Le reste, rien à battre. Et nous nous laissons faire.

En tant que Franc-maçon et homme libre, je suis en quête de la Vérité et je ne reconnais aucune entrave à ma quête, et certainement pas un algorithme à la noix. J’ai fait miennes un certain nombre de nos recommandations, comme « chercher l’esprit derrière la lettre » ou « ne point se forger d’idoles humaines » ou encore « n’accepter pour vraie qu’une idée que j’aurai éprouvée comme telle ». La Franc-maçonnerie m’a apporté un esprit critique que mon entourage qualifie d’au-delà de la mauvaise foi. Je m’estime donc assez mûr pour savoir ce qui est bon pour moi ou pas. C’est cet esprit critique qui me permet de résister à la tentation de cliquer sur tout et n’importe quoi et de ne pas avaler n’importe quel boa constrictor. Il m’est donc insupportable qu’une machine me dise quoi faire. Je ne suis pas un objet, je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre (et de bonnes mœurs, malgré mon amour pour l’oeuvre de Gérôme).

Ne nous laissons plus faire.

J’ai dit.

iFrance.tv/slash.

Gloire au Travail? Mon œil ! 1607

0

J’étais en Loge hier soir et j’ai planché, sur un thème qui me tient particulièrement à cœur, le travail. Rassurez-vous, je ne vais pas vous en divulguer le contenu, une partie de celui-ci est déjà lisible dans mes bafouilles hebdomadaires. Toutefois, il y a un aspect que je n’ai pas eu le temps d’aborder, c’est le temps du travail comme monnaie d’échange. Bon, on sait depuis Taylor et l’organisation scientifique du travail que « time is money » (et que M. Taylor est richei), qu’il ne faut pas forcément prendre cette expression au pied de la lettre. L’idée de Taylor est de limiter les pertes de temps pour dégager plus de profits.

En fait, avant d’aller plus loin, il me paraît essentiel de donner une définition du travail. En physique, un travail est l’énergie nécessaire pour transformer un système d’un état dit initial à un état dit final. Comme toute variation d’énergie, le travail est mesuré en joules. Le problème est qu’il est physiquement très difficile de mesurer une variation de joules. On peut toutefois déduire une estimation par des mesures de phénomènes tels que des variations de températures, de courant électrique, etc. Si l’on veut appliquer la notion de joule au travail humain, il est physiquement impossible de mesurer ou d’estimer la quantité d’énergie investie, dans la mesure où il n’existe pas de phénomène équivalent à une variation du nombre de joules. Autrement dit, si tracer un plan, traduire un document, transporter une charge, conduire un véhicule, surveiller des enfants, préparer un repas etc. représentent bien une dépense d’énergie, il est impossible d’évaluer cette dépense. D’où l’importance de la définition d’objectifs atteignables qui permettent de définir un équivalent à la dépense physique d’énergie ou plutôt à la peine.

La société industrielle a vu l’avènement du travail ouvrier à la mine, l’usine, la manufacture, etc. Pour obtenir le résultat voulu, il est nécessaire d’engager de l’énergie et donc du travail humain. Par un mécanisme très complexe, incluant impératifs techniques, idéologie religieuse, contexte économique etc., l’ouvrier en est venu à vendre sa force de travail à son employeur. Je ne reviendrai pas sur l’histoire des luttes sociales en Europe, d’autres l’auront fait mieux que moi. Toutefois, je vous propose de garder l’idée du temps du travail. Une journée de travail vaut 7 heures de travail et la loi prévoit qu’un salarié à temps plein doit travailler 1607 heures par an en France. C’est là que ça devient intéressant. Nous disposons donc d’un étalon-temps : 7h de temps de travail quotidien, 35 heures de travail hebdomadaires et 1607 heures de travail annuelles. Ceci s’appelle un indicateur de ressources humaines.

En théorie, selon les accords professionnels, la profession, la pénibilité du travail, des équivalences ont été adoptées. Ainsi, un enseignant certifié devra assurer 18h de cours devant ses élèves. On considère qu’une heure de cours représente une heure de travail « ordinaire », sans compter les réunions interminables, les corrections de copies ou les préparations de cours. Et je suis bien placé pour affirmer que l’ensemble de tout cela représente pour la grande majorité plus de 1607 heures annuelles. De même, dans d’autres professions ou corps de métier, l‘énergie dépensée par heure de travail effectué doit valoir plusieurs heures de travail de bureau ordinaire. Je pense ainsi aux personnels d’entretien, personnels infirmiers etc.

Pour simplifier, disons qu’on peut appliquer à l’heure de travail un coefficient de pénibilité. Car contrairement à ce que certains cols blancs affirment, le travail est pénible. Curer un égout est pénible et difficile. Nettoyer une ville est pénible, difficile et parfois dangereux. Enseigner dans les conditions actuelles est pénible aussi. Je ne parle même pas de la nouvelle classe du prolétariat numérique : les livreurs divers, les modérateurs de réseaux sociaux ou les « travailleurs du clic »… Classe qui ne bénéficie de rien du tout. Toujours est-il que ramené à l’année et à la personne, on doit arriver à 1607 heures de travail par an et par employé. A ce propos, la Cour des Comptes a épinglé des collectivités territoriales et des établissements publics au motif qu’ils n’étaient pas forcément à ce résultat global et leur enjoint de se mettre en conformité. C’est peut-être un problème, cette vision globale d’un système, ramené à une moyenne mathématique, pour maintenir un indicateur à la bonne valeur. Mais c’est une autre histoire. Celle de la souffrance au travail que masque la froide réalité des chiffres.

Il existe un dispositif humainement très généreux, mais scientifiquement très dangereux : le don de jour de congés. Certaines entreprises et collectivités ont mis en place un système de don de jour non pris de manière à constituer une réserve pour des employés ou agents qui auraient à s’absenter pour veiller un parent ou enfant en longue maladie. Autrement dit, supposons qu’un salarié travaillant dans un bureau donne 3 jours de congés et qu’un salarié travaillant sur le terrain bénéficie de ces 3 jours. Pour le gestionnaire d’équipe de terrain, l’absence de l’agent, aussi régulière soit-elle, posera un problème d’organisation. Mais aux yeux de la loi (et de la Cour des Comptes), dans la mesure où on en sera à ce nombre magique de 1607 heures par semaine, tout ira bien. En fait, tout noble et éthique qu’il soit, ce système induit une confusion entre temps de présence au poste de travail et temps de travail effectif. Et cette confusion peut amener à des contresens, comme par exemple le fait d’exiger que les enseignants travaillent 35 heures par semaine. Ou bien créer des jobs inutiles ou des bullshit jobs qui n’apporteront rien que de la tristesse. Ou encore faire occuper des postes qui n’ont pour autre but que de donner une occupation…

Cette confusion peut engendrer une perversion (ou une pathologie) : être présent à son poste de travail, mais faire tout à fait autre chose, voire rien du tout. C’est une forme de présentéismeii. Au delà de tout cela, je pense qu’il est vraiment temps de s’interroger sur la durée du temps d’emploi. A en juger par la profusion de jobs inutiles, alors que d’autres corps de métiers ont besoin de personnel, ne serait-il pas important de convoquer des états généraux de l’emploi et peut-être de faire comme dans les pays scandinaves, si exemplaires qu’on copie leur système : réduire le temps légal du travail, pour plus d’efficacité mais aussi pour plus d’émancipation.

De manière similaire, quand on est en Loge, on peut être présent, et actif, autrement dit participer aux travaux. Ou bien, juste être en Loge et faire du présentéisme, ce qui est plus triste.

Gloire au travail ? Mon œil !

J’ai dit.

i Blague à assimiler.

iiLe vrai présentéisme consiste plutôt à venir à son poste alors qu’on est en arrêt maladie.

Franc-maçonnerie et management : ressources humaines

1

J’étais en Loge hier soir et avec un Frère, nous avons évoqué nos déboires respectifs avec nos SRH respectifs. Nous nous sommes aperçus, non sans tristesse, que derrière ces deux lettres se cachait une idée pas très belle. En fait, le syntagme « ressource humaine » a ceci de terrible qu’il réduit l’Homme à une ressource, comme le charbon, le pétrole, l’uranium ou l’eau. En fin de compte, l’utilisation de cette expression, ressource humaine, a un côté anti-éthique kantienne. Il faut savoir que Kant appelait à traiter l’Autre comme une fin et non un moyen. Or, considérer un humain comme une ressource, c’est vraiment le réduire à un moyen, voire au stade d’objet et donc anéantir sa subjectivité. Et pour l’altérité, n’en parlons pas !

D’ailleurs, je suis toujours navré quand je dois donner mon numéro de matricule. Je suis toujours tenté de citer Patrick Mac Gohan dans la série Le Prisonnier, et son célèbre « je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! ». Bon, je l’ai fait une fois, mais devant le regard médusé de la personne, je me suis senti bien seul…

Mon prof de sociologie aimait à dire qu’on était d’abord passé du « gouvernement des hommes à l’administration des choses, puis de l’administration des choses à la gestion de flux ». Je le croyais pessimiste, enfin, selon ses termes « optimiste bien informé », mais en fin de compte, je me rends compte qu’il avait bien raison. Il n’y a plus de « chef du personnel » mais une « direction des ressources humaines ». On passe ainsi d’une personne physique ayant une responsabilité de de commandement à une entité abstraite et désincarnée. Un peu gênant quand on travaille avec des êtres humains, non ?

Si on peut trouver méprisante l’expression « ressource humaine », que dire du comportement des personnes travaillant en ressources humaines ? En fait, j’ai (trop) souvent vu des « recruteurs » très prompts à ne surtout pas répondre aux candidatures. Ni oui, ni non, ni merde. Bon, prosaïquement, si le candidat doit fournir des justificatifs de candidature, comment fait-il ? Mais surtout,  comment doit-il interpréter cet assourdissant silence? Est-il si mauvais, qu’on ne lui fait même pas la grâce d’un non? Ou si banal qu’il en devient insignifiant, transparent et donc oubliable?

A ce propos, en voulant changer de poste, j’ai eu à vivre ces questions très désagréables. Néanmoins, j’ai réussi à décrocher une série d’entretiens qui s’étaient plutôt bien passés, sauf avec la personne des ressources humaines. Bon, ça arrive. Ce qui me laisse perplexe, c’est que c’est cette personne qui a eu le dernier mot. Autrement dit, sur un poste technique requérant des compétences spécifiques, c’est une personne non compétente sur le sujet qui a eu le dernier mot et qui m’a jugé inapte au poste. J’avoue être resté perplexe. Mais au moins, on a eu la décence de me dire qu’on ne voulait pas de moi.
Quelques mois après, j’ai tenté ma chance à un autre poste d’expertise technique. Les entretiens techniques se sont bien passés, la rencontre avec l’équipe aussi. Puis est venu l’entretien avec une personne du service des ressources humaines (oui, je me refuse à employer des sigles dans ma conversation). Un grand moment de neutralité émotionnelle. La personne m’a promis une réponse rapide. Je l’attends toujours. Depuis 18 mois.

Je ne crois pas utile de parler des consultants en recrutement, chasseurs de têtes et autres cabinets de recrutement, qui sont au final plus proches de maquignons, voire de marchands d’esclaves. Ma hernie ne me permet pas de me pencher sur leur cas. Et puis, je n’aime guère les négriers.
En attendant, ces braves gens ne devraient pas oublier que leur gagne-pain est justement constitué des travailleurs qu’ils échangent au mercato comme des marchandises ou des chevaux. J’aimerais voir leur tête quand ils seront eux-mêmes sur ce marché aux esclaves et qu’ils affronteront le même mépris qu’ils auront affiché envers leurs candidats.

Pour la gestion du quotidien, la « culture d’entreprise » a bien sûr, une grande importance, au même titre que les individus. La situation joue aussi un rôle, mais le situationnisme est une autre histoire. On a parfois de drôles de surprise. Ainsi, il y a quelques années, une de mes collègues, qui venait de perdre quelqu’un de sa famille, a demandé un congé de 3 jours au titre du deuil qu’elle vivait pour se rendre aux obsèques (à 900 km, dans un coin sans réelle desserte). Il lui a été répondu par la personne en charge de la gestion, je cite, « qu’elle exagérait un peu ». Ma collègue a dû batailler mais a pu finalement se rendre aux obsèques.

Dans nos Loges, nous recrutons aussi. Mais nous ne faisons pas appel à des consultants en ressources humaines ou de chasseurs de tête ou de tout autre marchand d’esclaves. Nous rencontrons le candidat, en dépêchant des enquêteurs qui produisent chacun un rapport et sur la base de ce rapport, nous votons le passage sous le bandeau du candidat. En cas de vote favorable, le candidat est reçu, un bandeau sur les yeux et doit répondre aux questions des membres de la Loge. C’est très impressionnant à vivre, mais c’est aussi un beau moment de rencontre. Avec les Frères, mais aussi avec soi-même.

Et à l’issue du vote, favorable ou non, nous avons l’élémentaire courtoisie d’en informer le candidat. L’initiation nous rappelle des devoirs éthiques fondamentaux, envers l’Autre, le Frère : bien le traiter, en tant que sujet humain, jamais en tant qu’objet ni moyen mais toujours en tant que fin.

Ce sont peut-être ces vertus qui manquent au monde profane et dont l’absence le rend chaque jour plus triste et plus désagréable : la courtoisie, l’altérité et la fraternité.

Bonjour chez vous !

J’ai dit.