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Réflexions pour le monde d’après (2) : pour quelles valeurs allons-nous nous battre ?

J’ai entendu à la radio le magistral coup de gueule d’André Comte-Sponville sur la situation que nous connaissonsi. André Comte-Sponville nous mettait en garde contre un glissement très dangereux : celui de la médecine comme finalité et non comme modalité. Dans un tel monde, la santé serait alors un idéal à atteindre, et, si on poussait l’idée jusqu’au bout, tomber malade serait un délit ! Notons que cette idée a été explorée dans la fiction, dans l’excellente série dystopique SOS Bonheur, de Griffo et Jean Van Hamme.

La santé serait donc une « valeur suprême » au même titre que la liberté, l’amour ou la fraternité. J’imagine déjà la nouvelle devise : liberté-égalité-bonne santé. D’ailleurs, grâce à la science, on peut tout expliquer et tout prévoir. Même les maladies et les épidémies… Les crises économiques aussi, paraît-il. Il suffit d’avoir les bonnes équations. Ah, le bon vieux mythe du Démon de Laplace et celui du scientisme, cette croyance que la science peut tout expliquer et modéliser ont encore du bon !

Toute blague mise à part, ériger la santé en idéal à l’époque de l’imagerie médicale assistée par ordinateur, de la microdosimétrie, ou déterminisme médicalii, mais aussi à l’époque du Médiator, des perturbateurs endocriniens ou de la malbouffe me paraît être une erreur de sens assez grave. Comme Comte-Sponville, je considère que la santé est un moyen de mener une vie bonne, et que celle-ci doit relever du choix individuel. Autrement dit, si j’ai envie de dîner d’une tartine de saucisson avec une bonne bière, c’est ma responsabilité et je ne veux pas qu’une autorité quelconque me dicte quoi faire. D’aucuns me rétorqueront que si je déguste ma bière et mon saucisson et que j’en tombe malade, les frais de santé devraient être à ma charge et pas à celle de la Sécurité Sociale. Conceptuellement, ce serait faux. La Sécurité Sociale est une assurance qui couvre tous les risques. Nous cotisons tous (enfin, ceux qui ne trichent pas avec les cotisations sociales), donc nous avons tous droit à la contrepartie du soin et de la sécurité. C’est la base même du solidarisme. Nous payons tous pour que chacun ait droit aux soins. Vouloir restreindre les soins serait une forme d’escroquerie. D’ailleurs, il existe des assurances maladies à l’étranger qui refusent de couvrir les assurés ayant un risque de maladie chronique… Charmant, n’est-ce pas ?

A propos de glissement de valeurs, je ne puis m’empêcher de faire un rapprochement entre santé et sé-cu-ri-té, ce mantra qu’on nous martèle pour justifier des dérives de l’exécutif. J’avais eu l’occasion de composer un billet à ce propos (cf iciiii). Les peurs de nos pétochards de dirigeants les amènent à prendre des décisions allant vers toujours plus de pistage, plus de contrôles, plus de coercition. Bon, est-ce que cela rend les rues plus sûres pour les plus vulnérables ? Pas sûr. Les femmes continuent de se faire enquiquiner sous le nez des forces de l’ordre, plus occupées à traquer les dangereux délinquants que sont les personnes qui se baladeraient sans leur Ausweisen qu’à assurer la sécurité des personnesiv. Liberté, égalité sécurité ? Oui, mais au prix de la sécurité des agents, visiblement.

Au nom de la sécurité, nous avons accepté des dispositions d’exception dans le droit commun après les attentats de 2015. Depuis 1995, nous sommes habitués à voir des militaires faire des patrouilles. La police peut allègrement arrêter des personnes suspectées d’activités liées au terrorisme (cf. le Canard Enchaîné) sans contrôle d’un juge, ou alors avec difficultés. Les rues ne sont pas pour autant plus sûres. Ni plus propres, d’ailleurs. Si on érige la santé et la sécurité comme nouvelles valeurs, quid des dépôts sauvages d’ordures en ville, ou des fumeurs jetant leur mégot par terre ? Et quid des déjections canines ?

Pire encore, à l’heure à laquelle j’écris ces lignes, j’apprends que les cérémonies de commémoration du 8 mai sont tout simplement annuléesv. Oui, annulées. Raison de sécurité, à cause du coronavirus. Donc, on peut (ou on doit) aller travailler, on peut aller à l’usine ou au bureau, mais on ne peut pas aller aux obsèques d’un proche et encore moins commémorer les victimes de la barbarie et de la guerre. Là, j’ai honte. Honte de ces dirigeants qui ont décidé de raser la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre (presque) libres. Et je me sens réellement honteux pour les survivants et les témoins, tels que Boris Cyrulnik, Ginette Kolinka, Andrée Gros, et tant d’autres, toujours moins nombreux chaque année. Que sera la suite ? L’annulation du 14 juillet ?

Les attentats de 2012, de 2015 et des années suivantes et l’épidémie nous ont laissés dans un état de sidération tel que nous ne réagissons pas quand des acquis sociaux ou des moment important symboliquement sont mis à mal par des ministres plus préoccupés de leurs intérêts propres que de l’intérêt général ou quand nos libertés les plus fondamentales sont piétinées au nom de cette nouvelle valeur qu’est la santé. Il reste quand même des couacs. On peut aller travailler avec le bon Ausweis, mais pas rendre visite à des proches âgés ni se rendre à des funérailles, sous peine de sanction. On peut faire son jogging, mais pas aller aider un proche en difficulté, qui aurait besoin d’une présence. Les enfants devront retourner à l’école et chacun devra retourner à son emploi en mai, en dépit des avertissements des médecins. Plus étrange, les lieux de loisirs, les bars, les restaurants etc. qui sont aussi des business devront rester fermés. Bosser oui, mais se retrouver, non ? Bon, on n’a pas tous la même définition de la santé, semble-t-il. Car se retrouver dans un café, aller au cinéma, déguster un bon repas participent de la bonne santé mentale. Mais visiblement, cette composante humaine échappe aux technocrates qui nous dirigent, qui ne conçoivent le monde qu’en termes de chiffres et de statistiques. La bonne santé ne serait, ici, qu’un simple indicateur RH à ajuster pour le rendre juridiquement inattaquable, autrement dit un ratio de gens malades à hospitaliser ou non. Encore un de ces indicateurs qui mesurent tout sauf l’essentiel.

A propos d’essentiel, le chef de l’État a évoqué le « retour des jours heureux ». Je ne sais pas si prendre tous les jours des transports publics dégradés à cause de choix économiques pour occuper un emploi sans grand intérêt (et pas souvent bien payé) ayant pour finalité d’enrichir une poignée de capitalistes, avec un service hospitalier très dégradé aussi, pour les mêmes raisons et en grève depuis près d’un an, une police devenue bras armé du pouvoir ayant perdu le sens de l’intérêt général fait réellement envie. Je ne crois pas avoir envie d’ouvrir ma sacoche à chaque fois que je me rends quelque part, sur l’injonction de types tous plus patibulaires les uns que les autres. Je ne sais pas si subir les manifestations des mécontents divers et la réponse sous forme d’attaques de gaz lacrymogènes me fait réellement envie. Je n’ai pas non plus envie de rentrer chez moi épuisé nerveusement par mon emploi, les transports, les trop nombreuses sollicitations, les pollutions diverses.

En fait, non, je n’ai pas envie de retrouver ces jours là, qui ne sont pas heureux. Mais pas du tout.

Peut-être que les jours heureux à venir sont à construire ? Envisager un monde où on travaillerait moins, mais mieux, avec plus d’emplois utiles (dans le soin, par exemple) et moins d’emplois néfastes tels que trader, consultant RH ou inutiles tels que chief hapiness officer ? Un monde où on arrêterait de consommer comme des abrutis, ou de dégrader l’environnement et où les dirigeants auraient un peu plus le sens de l’intérêt général, par exemple ? Un monde où chacun pourrait vivre dans la dignité ?
Un monde dans lequel le profit ne serait pas une valeur, mais une modalité ? Un monde où l’économie redeviendrait un fait politique (Keynes, reviens) et dans lequel on penserait à l’avenir sans rendre de comptes à des comptables quelconques ? Un monde où les dirigeants seraient des visionnaires d’envergure et non de petits truands minables, des comiques ratés ou des technocrates méprisables ?
Un monde dans lequel l’humain retrouverait une juste et harmonieuse place ? Un monde dans lequel l’Autre est une fin et non un moyen ? Tiens, tiens, ne serait-ce pas l’idéal maçonnique, ça ? Bon, ben, mes Frères, mes Soeurs, plus que jamais, mettons-nous au boulot sans tarder. Le monde d’après a besoin de nous.

J’ai dit.

PS : je vous invite à lire Utopies réalistes du néerlandais Rutger Bregman, éditions Points. C’est très intéressant et très inspirant.

ihttps://www.franceinter.fr/idees/le-coup-de-gueule-du-philosophe-andre-comte-sponville-sur-l-apres-confinement

iiDémarche qui consiste à utiliser les outils statistiques et mathématiques pour prévoir l’évolution d’une maladie ou d’un patient. Un exemple via cette petite autopromotion vers une œuvre de jeunesse : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S096980430900270X

iiiVoir mon billet sur la sécurité ici : https://blog.onvarentrer.fr/index.php/2019/04/25/liberte-egalite-se-cu-ri-te/

ivAnecdote malheureusement authentique, et je le déplore.

vhttps://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-l-annulation-des-ceremonies-du-8-mai-scandalise-la-droite-et-divise-les-associations-d-anciens-combattants_3925669.html

 Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? 8

La meute
Un humanimal : agressif et peureux
1ère partie du chapitre

Le monde ne se porte pas bien ; il est alité. On observe des symptômes : la consommation effrénée, les technologies souvent décérébrantes. Il a de la fièvre et on sait pourquoi : l’anthropocentrisme totalitaire et la prolifération sans frein. Sous ces draps, on arrive au matelas culturel : les directives impérieuses et l’angoisse primordiale mal gommée par les cultures. Enfin le sommier, celui sur lequel repose l’activité humaine : l’instinct grégaire inévitable. Il nous restera, au bout de cette analyse à prescrire le médicament adéquat.

La meute des « humanimaux » est, en tous points comparable aux meutes des loups, des antilopes, des éléphants… Évitons de regimber devant les évidences naturelles, sous les discours, les philosophies, les sciences, les arts… Ils nous bercent et nous enchantent, au sens fort, mais ils ne sont que des chemises de nuit bigarrées sur le corps d’un monde fiévreux. Enlevons, pour un temps, ce vêtement et examinons le corps dans sa nudité. Un corps nu est un corps sans défense, livré aux vindictes. L’humain fut cet animal si fragile qu’il crevait de peur ; un de ses legs les plus embarrassants. Voyons alors comment, nous pourrions, peut-être, à chasser notre peur viscérale. Notre organisation spontanée, partout, témoigne de notre instinct grégaire.

D’abord, une observation éthologique -s Nous sommes des animaux de meute. Je précise le concept plus loin. Posons maintenant une première observation évidente : nous avons absolument besoin de nous organiser en groupe, en priorité en groupes dits restreints, de petite taille de quelques personnes, tout au plus. D’où l’émergence de la famille glorifiée en tant que telle, chez les Romains. Mais, signe des temps qui changent, qui se délite aujourd’hui. Au-delà, les groupes d’appartenance. Michel Maffesoli décrit la fréquence grandissante des « tribus ». Plus loin encore, les nations avec le désir, maquillé en volonté, de faire face à d’autres grands groupes. Songeons à l’OTAN, à l’Europe, pour rester dans nos contrées. En bref, l’humanimal est une créature de haute nécessité sociable. La solitude n’a jamais été une possibilité d’existence ; elle ne l’est toujours pas. D’où la crainte, sans doute justifiée, de cet individualisme qui gagne du terrain et que nous ne cessons de dénoncer, comme une aliénation possible de notre espèce. On peut faire, en effet, l’hypothèse que les voies solitaires de l’introspection humaine, sont hasardeuses voire « contre-nature ». A ce titre l’exemple de la psychanalyse et des thérapies individuelles est éloquent ; le divan, le face-à-face ne font pas miroir avec notre nature. Surtout si elles font tomber nos masques individuels sans possibilité de les retenir grâce à un groupe. Les « freudian wars », les condamnations sévères dont la psychanalyse, en particulier, est l’objet depuis sa création, plaide pour cette évaluation. De fait, sont nés, dans les années cinquante les formats plus acceptables des groupes d’exploration et de recherche : T-group, psychodrame, sociodrame, groupes Balint, groupe de prière, loge maçonnique… et tant de descendants ! Ils privilégient le questionnement sur les relations et sur le scénario de chacun dans ces relations.
Seulement, le besoin de vivre en groupe de défense, d’attaque et de prédation, ne convient pas du tout aux grandes organisations, tels les gouvernements actuels et les entreprises. D’où, me semble-t-il, le germe des luttes sociales. Elles illustrent notre lutte incessante des groupes entre eux. Les théoriciens, comme Marx en tête de file, ont mis en musique socio-politique, ces luttes intestines, favorisées par l’évolution capitaliste toujours incontournable. Malgré des essais qui s’en détachent radicalement. Ils promettent d’autres possibilités d’organisation que la pyramide des pouvoirs, en grand intérêt des nantis. Ceux-ci, d’ailleurs ont bien senti, pas « compris », que ces groupes d’opposition à cette pyramide, devaient être décervelés. Quoi de plus pertinent alors que d’aller à l’encontre de leur formation ? En bégayant et voici pourquoi. D’abord, recourir à un vécu de solitude… Taylor, s’en doutait-il ?, fut l’instigateur du travail « en miettes » de belle apparence : augmenter la productivité, rendre les tâches parcellisées, découper en morceaux « spécialisés » comme les Services d’une entreprise. Avec, tout au fond, un souhait fort de restreindre la force des groupes d’opposition, Ce qui va entraîner la naissance du syndicalisme, en milieu du XIXe siècle. Syndicats ou lobbies, même combat, dans un même schéma pyramidal ! Émiettons, émiettons, il ne restera plus grand-chose ! Mais ensuite, on devina que cette parcellisation frustrait les désirs de coopération, inhérents à notre espèce en bannière de meute. Tout bien pesé intuitivement, les mâles dominants lâchèrent du lest ? la chèvre et le chou, en quelques sorte. Au sortir de la seconde Guerre, naquirent les prémices d’une restauration de sens que l’émiettage avait balayé. Fleurirent alors les pratiques de l’élargissement des tâches et, plus, de leur enrichissement, après les essais hypocrites de la rotation des postes.
Les ressources humaines furent cajolées. Les managers furent sommés de faire prospérer l’esprit d’équipe. Faut-il s’en plaindre ? Je ne le crois pas. Les méthodes fleurirent telles le BBZ, le marketing des services de la centration sur le client. Avec aujourd’hui, l’aveu épouvantable du constat de faillite. Le « work life management » tend à faire croire aux salariés, apparemment choyés en distractions et en aides diverses, qu’ils vivent une famille entrepreneuriale aimante.

Une seconde observation – Une meute s’organise spontanément, je l’ai esquissé, de manière pyramidale. Car il faut bien que, face à l’adversité naturelle, les groupes restreints soient forts. La pyramide des pouvoirs, voilà la donnée fondatrice de l’organisation humaine. Sans elle, on ne peut vraiment comprendre, si on baisse les masques culturels, le fonctionnement naturel de la meute humaine. C’est évident dans quasiment toutes nos organisations, qu’elles soient, patronales, syndicales, humanitaires, mutuelles…Tout en haut, celui qui décide et peut faire trembler, le mâle alpha ; autour de lui, les « lieutenants », d’autres mâles et parfois quelques femelles, surtout si elles sont âgées. Puis, les groupes, les familles, tous organisés selon le modèle tutélaire de la pyramide. Tout en bas ceux, celles estimés inférieurs par les dominants. Les individus de la meute n’y échappent jamais, ou alors acceptent la solitude, comme des ermites. Ce schéma éthologique est, de manière inéluctable, celui de toutes les organisations humaines, de tous les bords et partis. Sans doute depuis qu’ils sont cultivateurs mais peut-être aussi quand ils étaient chasseurs-cueilleurs.
On ne s’étonne donc pas que la course au pouvoir maintes fois dénoncée et brocardée, soit la directive de la vie collective. Nos hommes politiques, de gauche, de droite, en haut vers les ciel, en bas vers la terre, tous sans quasiment d’exceptions, sont mus comme des pantins par la « cratophilie », soit l’amour forcené du pouvoir. J Rifkin résume la pyramide : « Mode de gouvernement autocratique centralisé »
Bien sûr, nous en rions depuis l’Antiquité mais rien ne change : la meute reste la meute. Parce que les révolutions ne font que répéter son schéma organisationnel, encore et toujours la pyramide. Une citation de mai 68, si peu à la mode aujourd’hui, sans doute parce qu’il dérange les consciences pyramidales : « Élections, piège à cons ! ». Je le crois car le vote démocratique, malgré les énormes progrès qu’il représente, aboutit sans cesse et toujours à la morne répétition de la pyramide. Pas étonnant que l’Égypte antique ait érigé des monuments à sa grande gloire ! On peut objecter que les masses pourraient bien refuser le diktat de la cratophilie. Oui, mais l’écrasante majorité des individus qui la composent, s’adonnent aux joies de la soumission, en très grande réassurance. N’est-ce pas comme ça que le monde tourne depuis toujours ? Cette propension, je l’appelle, en référence à mon maître : l’« arquéphilie », soit « celui qui aime se courber ». La meute empile ainsi les cratophiles et les arquéphiles, sans que chacun soit, évidemment, totalement l’un ou l’autre.
La meute animale, nous par exemple, possédons des traits typiques de ce genre de regroupements : les rites de politesse, de célébration, de consultation comme le vote ; les mythes qui soutiennent des représentations avantageuses pour tous, parfois pour le bonheur commun comme la démocratie, parfois pour le pire, comme la doctrine nazie. Car la meute supporte mal que la meute d’à côté vienne lui voler sa nourriture, la pille et viole. Comme nous l’avons vu plus haut, survient la théorie du complot, de plus en plus répandue, la paranoïa. Elle mobilise une agressivité de défense de son territoire, ce que nous savons tous depuis que l’on se penche sur les mœurs des chats domestiques libres. Mais nous ne sommes pas des félins et notre agressivité ne se cantonne pas à la défense ; elle s’invite facilement au rapt violent. Cela commence à l’intérieur même des groupes restreints : chacun a absolument besoin de l’autre. Mais celui-ci est aussi un rival pour plusieurs motifs : nourriture, reproduction, abri. Et, chez les humanimaux, la haine bien cachée que nous avons héritée de notre petite enfance. Nous la projetons sur celui, celle qui est en face. Vite évoquons Remus et Romulus, les frères ennemis. Amour et haine relève d’une même complexité dans nos relations. Une maxime iranienne est saisissante de vérité quand elle énonce cela : « Sans toi, je me meurs ; avec toi ,tu me tues ». Quelle incroyable lucidité !

La Boulomie – Editions LOL

Du bon usage du symbole (2) : l’imagerie martiale

Quand on joue avec les concepts et les symboles, il faut être conscient que la partie se joue à plusieurs, et que parmi ces plusieurs, il y en a qui sont susceptibles de bien connaître lesdits symboles. Pis que ça, les symboles peuvent être des armes redoutables, dans le sens où ils font partie du langage commun et qu’ils s’adressent non seulement à notre raison mais aussi à nos passions et notre imagination. Prenons par exemple le terme de guerre, et la charge symbolique qu’il véhicule. Le chef de l’État a dit « nous sommes en guerre ». Les lecteurs de Clausewitz ou de Sun Tzu ainsi que les militaires ou encore tous ceux qui sont passés par l’Ecole de Guerre savent que la guerre est une dialectique, un prolongement de la politique. On fait donc la guerre entre humains, entre civilisations humaines, entre clans humains. Eventuellement à des émeus. Pas à un micro-organismei. Le mot « guerre » ramène à un signifiant, qui est le mot lui-même et un signifié qui est le sens donné par Clausewitz ou le dictionnaire, ce qui fait de l’emploi de ce mot un signe : signifiant (le mot) et signifié (le sens donné). Le lien entre signifiant et signifié est tout à fait arbitraire.

Concernant le symbole, c’est différent : il s’agit de la donnée d’un signifiant (mot, dessin, situation etc.) dont le signifié dépend de celui qui perçoit le signifiant. Avec un symbole, le lien entre signifiant et signifié est motivé, sujet à l’interprétation de celui qui le reçoit. Ce qui en fait un outil aussi dangereux que puissant.

Donc, admettons que dans la crise que nous traversons, l’emploi du terme guerre ne soit ici que « symbolique » et non une tentative de faire accepter les victimes de la catastrophe par un artifice linguistique (ou une manipulation). La « guerre » donc, serait symbolique, et « l’ennemi » un micro-organisme. Néanmoins, nous devrions être symboliquement en « guerre » et donc prêter allégeance au pouvoir, avoir confiance en l’exécutif, accepter la perte de nos droits élémentaires, comme celui de se déplacer librement, voire accepter un couvre-feu. Et faire nos « autorisations de sortie », comme au collège dans nos carnets de correspondance, les laisser-passer du XIXe siècle (cf. Victor Hugo) ou les Ausweisen de l’Occupationii.

Je ne reviendrai pas sur « le front », c’est à dire les hôpitaux, dégradés par 30 ans de politique d’économies ni sur « les soldats », autrement dit les soignants, ceux là même qui alertent depuis des années sur la situation désastreuse et lamentable des hôpitaux, en grève depuis 11 mois (et que les CRS ont chargé ou bombardé de lacrymogènes pendant un très offensif sit-in). Combien de lits a-t-on fermé, et de postes de soignants a-t-on supprimé, déjà ?

Mine de rien, on a ici une situation qui constitue un symbole : les CRS qui utilisent des lacrymogènes sur les agents du service public hospitalier en grève pour dénoncer le scandale sanitaire et humain en cours.

Autrement dit, nous avons une représentation symbolique d’un pouvoir exécutif qui écrase son propre service hospitalier. Un symbole qui n’est pas sans rappeler le symbole du Béhémoth, utilisé par Hobbes pour évoquer la guerre civile ou guerre de tous contre tous. On est en guerre, n’est-il pas ? Dans un autre registre symbolique, des cellules immunitaires qui détruisent leur organisme, ça s’appelle une maladie auto-immune. Serions-nous donc si malades ?

A propos de larmes et de lacrymogènes, pour le Franc-maçon que je suis, les larmes sont un symbole et ont un certain sens aussi. Celui de la tristesse, mais aussi de l’amertume qui peut mener aux passions tristes. Le ressentiment amène le désir de justice et si celui-ci n’est pas assouvi, il devient action de vengeance, perpétuant un cycle de violence.

Mais continuons notre construction de symbole. Dans toute guerre, il doit y avoir un chef, un stratège, un plan de bataille, une doctrine qui fait le lien entre décision politique et opérations sur le terrain. Peut-être suis-je mal renseigné, mais je n’ai pas l’impression que dans cette « drôle de guerre » (expression employée à dessein), nous n’ayons de véritables stratèges, ou de commandement fort. On a plutôt l’impression d’une débâcle et d’un grand désordre, chaque partie de l’administration engagée se prenant pour le tout, à en juger par les décisions toutes plus aberrantes les unes que les autres (réouverture des écoles en mai, tests réalisés partiellement, gestion calamiteuse des masques, destruction et non renouvellement des stocks stratégiques par mesure d’économie, refus de pratiquer les tests en laboratoire vétérinaire, arbitraire des forces de l’ordre etc.), au nom de la déontologie qui cache des objectifs bien plus sombres, comme l’abus de pouvoir. Tiens, tiens, exactement ce que décrivait Marcel Bloch dans l’Etrange défaite, ce brûlot qui décrit froidement le désastre militaire de la 2e Guerre mondiale…

Dommage, car à l’instar d’un Vénérable, un vrai chef doit savoir rassembler ce qui est épars, et concilier les oppositions nécessaires et fécondes… Et le devoir nous incite à suivre ledit Vénérable. Pas comme dans le monde profane, où la confiance envers les chefs est singulièrement remise en cause.

Pire, à l’écoute des derniers discours et des mesures récentes, on a l’impression que l’État a décidé de privilégier l’économie et les profits des grandes entreprises au détriment de la vie de ceux qui font fonctionner la société, autrement dit nous tous. Pour rester dans la métaphore, il est à craindre que l’effort de guerre ne soit fourni par les derniers de cordée, « ceux qui ne sont rien », et qui essaient de vivre et de protéger leur dignité.

Au fond, cette guerre qui n’en est pas une, et ce confinement qui relève plus de l’assignation à domicile, je les vois comme un symbole, le symbole d’un déséquilibre. Le symbole d’un exécutif malade de lui-même, représenté par des individus dont les intérêts ne sont certainement pas ceux d’élever la Nation, ou de « se battre pour la dignité des faibles »iii mais bien les leurs : le mépris de classe, le pouvoir, l’enrichissement personnel, la satisfaction d’intérêts autres que ceux du pays, à en juger par leurs nombreux conflits d’intérêts. Palsambleu, en temps de guerre, n’est-ce pas là de la haute trahison ou plus symboliquement, un crime relevant d’une cour martiale ?

Jouer avec les symboles est un jeu très dangereux, car nous y sommes tous sensibles. Vouloir se les approprier sans la prudence et la tempérance nécessaire ne pourra qu’apporter du malheur. Quid du ressentiment d’un peuple assigné à résidence par l’incurie d’un pouvoir, incapable de gouverner ou de prévoir ? Le symbole du peuple français en guerre contre l’aristocratie coupée de la réalité en 1789. Et le déchaînement de violence en ce temps n’avait rien de symbolique.

Restons prudents, et laissons les symboles à leur place.

J’ai dit.

iVoir mon précédent billet à ce propos :

iiPetite nuance : on ne risque pas de se faire arrêter ou déporter. Juste une amende. Le véritable risque est la soumission à l’arbitraire des forces de l’ordre, arbitraire contraire aux règles les plus élémentaires du droit.

iiiJ’emprunte cette idée à Alexandre Astier, dans sa série Kaamelott, quand César explique à Arthurus, le futur Arthur ce qu’est un bon chef. On notera que feue la philosophe Monique Castillo avait sensiblement la même idée dans un registre sémantique différent.

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Les directives
Un soumis

Nous avons tous intégré en notre enfance et, en partie, en notre adolescence, les conduites indispensables pour vivre en société, afin d’être conforme aux valeurs de nos meutes de référence. Se sentir aimé dans notre similitude.
Un psychologue américain, Éric Berne, dans les années cinquante, a inventé une théorie et les pratiques concomitantes pour repérer et qualifier les interactions verbales et non-verbales entre individus. Il s’agit de l’Analyse Transactionnelle. Point de remises en cause radicales alors, mais une effusion de louanges. L’AT comme on l’appelle, franchit l’Atlantique. Elle est adoptée comme une fille naturelle et douée, par les Occidentaux. Elle se répand dans les séminaires et en thérapie. Elle est précieuse car E Berne, dans son élan d’observateur minutieux et rigoureux a, entre autres, listé les 5 directives qui, aux lisières de la conscience, influencent en permanence nos comportements, nos choix, nos réactions. Simple et séduisant !
Pour recouvrer un peu de liberté, doit-on prendre conscience de ces directives ? Alors suffirait-il de proclamer que les élèves du secondaire, et peut être avant, dans leur apprentissage de leur liberté intime, devraient les repérer ? Ils pourraient ainsi, sinon s’en rendre maîtres, désir anthropocentriste, mais agir en toute connaissance de cause et, ainsi, pouvoir nouer des relations plus authentiques. Très beau pari. Mais une question lourde se pose : ces directives sont-elles le produit de la culture occidentale ou plongent-elles leurs racines dans l’apprentissage humain, sa socialisation, quelque soient le lieu et le temps. Les Malawites, les Esquimaux et autres Pygmées relèvent-ils, comme nous, de la pression non dite de ces directives ? Les culturistes, ceux et celles qui mettent la puissance de la culture avant celle de la structure et la nature, affirmeront qu’ils sont trop différents pour se soumettre, l’air de rien, à ces préconisations. Je ne suis pas très convaincu et j’estime, sans preuves, que les cinq directives de conduite en société, sont universelles. C’est donc avec cette conviction que je vous les présente, comme je les ai reçues. Ces prescriptions ne devraient pas changer. Éric Berne estime qu’elles forment la base du système axiologique mondial.
En provenance de nos parents biologiques ou substitutifs, elles expriment les jugements de valeur. Croyant bien agir, ceux-ci nous ont inculqué une foule de principes qui sont devenus de véritables consignes !

Voici ces messages contraignants :
• Sois parfait : Ne laisse rien au hasard
• Fais plaisir : Satisfais toujours les autres
• Acharne-toi : Fais sans cesse des efforts
• Sois fort : Ne montre pas tes émotions
• Dépêche-toi : Presse-toi en permanence
Meyer Ifrah, psychologue français, a observé dans sa pratique un sixième « message contraignant », qu’il nomme :
• Sois conforme : Ne te fais pas remarquer

Nous sommes tous quotidiennement inféodés, en proportions diverses, à ces directives ; elles qui nous malaxent en fonction de notre éducation et des situations rencontrées.
Une prise de conscience s’avère, à mes yeux, nécessaire, dès le début de l’adolescence. Mettre le pied des jeunes à l’étrier de leur introspection. Par là, continuer, sans lassitude ou rêve d’avoir déniché le Graal, à les imprégner des accents majeurs de toutes les« disciplines », comme on disait, des sciences humaines. Mais tout n’est pas rose : ceux et celles qui sont trop soumis aux directives, qui n’ont pas assez de recul sur leurs choix, certes se trouvent en bon accord avec la société mais risquent de devenir dépendants des mœurs du temps. Cela s’appelle la normose, cette pathologie de la normalité, un passe-partout mais aussi une mangeuse de liberté. Repérer les traits névrotiques sera donc une des tâches de l’introspection., chez les adolescents. Je les crois avides de partir dans cette aventure intérieure, en complément des explorations des mondes du dehors. Propos d’un pédagogue !
Nous sommes des êtres conditionnés, les experts en conviennent tous. D’ailleurs pas besoin d’eux : nous le savons bien, nous obéissons aux ordres intérieurs, garantie que nous sommes aptes et dignes à vivre avec les autres, dans le troupeau. Nous pouvons nous en réjouir car les directives qui nous commandent permettent, par complicité silencieuse, de vivre bien dans notre société. Mais avec, comme il se doit, un revers de la médaille : la prétention anthropocentriste et son cortège de destruction. L’influence de la morale instituée sans conscience est encore une origine de la santé chancelante du monde. On peut rêver. Si nous n’avions pas, enfouies en nous, ces directives morales, nous serions tellement plus libres ! Certes mais cela n’est pas, aujourd’hui, avec les conduites de notre espèce, envisageable. En un sens, les histoires actuelles sont toutes des scénarios de rupture, des fictions de largage, des récits de dernier épisode. Partout, semble-t-il, on aspire au mot « fin » ou plus encore à un « au-delà indéfini ».

Mais, avant de claironner piteusement, la défaite d’un monde mal en point, remontons encore, ou si vous le préférez descendons l’escalier qui mène à la chambre du malade. Allons toujours plus loin dans la saisie de la singularité de l’homo sapiens. Deux tours : l’un en sociologie, l’autre en zoologie comparée, mais oui ! Ou, pour ne pas choquer, en éthologie.

Attention, j’oserai, vous l’avez compris avec mes affirmations précédentes, considérer que nous obéissons, en tant qu’espèce, au fonctionnement de la nature. Abordons alors l’angoisse et les peurs instinctuelles, que les directives présentées au-dessus essaient de nous faire oublier. Mais une guerre, une épidémie, comme celle que nous vivons, nous rappellent durement à l’ordre.

 

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L’anthropocentrisme
Un seigneur

J’irai plus loin, dans notre héritage génétique. Pour l’instant, supposons son expression collective. Ce qui est déjà un germe viral. Il est maintenant admis par quelques-uns dont je fais partie, n’en veulent les climato-sceptiques, que la santé déclinante du système socio-planétaire est la conséquence de la nature animale, instinctuelle de l’Homme. En effet elle engendre des modifications si majeures de son biotope que certains n’hésitent plus à nommer notre très courte époque, l’anthropocène. Comme si quelques siècles étaient en train d’accélérer un changement radical, au lieu des millions d’années usuelles de l’évolution de la Terre. Ne craignons pas de déchoir et, en sautant de notre piédestal imaginaire, regardons-nous au fond des yeux. Si nous sommes des « saigneurs » c’est parce que nous sommes les plus grands prédateurs actuels et, sans hésitation, de tous les temps de notre existence. Il y a six millions d’années, la branche des hominidés pris sa singularité dans l’arbre des primates. Et le sapiens se différencia, il y a 315 000 ans. Nus, peu velus, courant médiocrement, incapables de grimper aux arbres, nous étions alors la risée de la nature, en proie éventuelle de crocs gourmands. Et puis, la ménopause en frein de la prolifération, la vieillesse avec une peau humaine qui se ride, s’amincit et perd son élasticité avec l’âge. Je n’aurais pas parié sur mes ancêtres. J’aurais eu grand tort. Car notre couronnement qui fit de nous des seigneurs et qui nous persuada que nous l’étions et le sommes encore, brilla de capacités rutilantes. Et caractéristiques à notre espèce. Je les rappelle, en grand merci à Wikipédia : la complexité de nos relations sociales mais je ne suis pas sûr que nous soyons les seuls, le langage, l’apprentissage, dont je ne suis pas si sûr non plus, les outils mais à voir, les vêtements, la maîtrise du feu, la domestication, et cette si bruyante faculté, la cognition, grâce à laquelle nous montons à l’abstraction, l’introspection, la spiritualité… Bref la conscience et ce que les Anciens appelaient la raison. Des dizaines de milliers de page des philosophes de toutes époques nous confortent dans notre gratifiante auto-béatitude. Oui, nous sommes capables de raison, de sagesse et d’échapper à notre destin. Pourtant, on le sait, une autre chanson est audible, et ce, depuis toujours. En fait, nos inconscients feraient, en nous, la loi et la circulation. Sans attendre l’inévitable Sigmund, Denis Diderot asséna cette phrase stupéfiante, surtout au fameux Siècle des Lumières : « Il y a un peu de testicule au fond de nos sentiments les plus sublimes et de notre tendresse la plus épurée » Il ne se racontait pas d’histoire !
Comment ne pas se croire un seigneur qui règne sur l’univers et lui-même ? Les réalisations tangibles comme les villes, les activités économiques, nos organisations constamment pyramidales, nos œuvres artistiques… coulent comme du miel en notre for. Nous sommes oints, en respiration profonde, par les saintes huiles de cette grandeur qui semble venue du ciel. Les religions se sont emparées de cet anthropocentrisme, comme je l’ai écrit plus haut. Impossible de remettre notre seigneurie en question, pour l’immense majorité. Et aujourd’hui, encore de façon criante. Sourire quand nous évoquons « notre » Terre, « notre » environnement, bref nos fiefs et nos possessions. Pas étonnant que plusieurs courants spirituels, dans le monde et les ans, s’adornent en recherche d’identité chevaleresque. Car, cette certitude anthropocentrique, admises sans recul par les seigneurs risque d’être sévèrement secouée par des épidémies, par exemple, comme celle que nous vivons. Avec l’espoir que nous prenions enfin conscience de qui nous sommes réellement dans le tourbillon naturel. Mais ne sommes-nous pas au-dessus de cela ?
L’anthropocène ? L’état de santé du monde en découle depuis un ridicule laps de temps de quelques siècles. Nous mesurons aujourd’hui la conséquence des prélèvements et autres taxes d’habitation sur l’environnement. Tout cela, en une poussière de temps. Que pèsent les 10 000 ans de l’homme chasseur-cueilleur du paléolithique, notre grand papa en comparaison des 200 millions d’années de vie des mammifères, la classe dont nous sommes membres?. Et que pèsent à leur tour, nos -35000 ans de sédentarisation qui nous amènent au massacre ?
Les humains admettront-ils, un jour, qu’ils ne sont pas des seigneurs ? On me répond : « Jamais, car leur anthropocentrisme les amène à détruire leur propre habitat, leur vie » Et je me lève et réplique : « Voilà une affirmation avouée de l’anthropocentrisme rampant ! ». Voici l’urgence : nous étudier, car la connaissance du bipède humain est toujours balbutiante malgré les assertions, en tous temps, de moult penseurs et philosophes. Oser faire de la zoologie, ou de l’éthologie -terme moins piquant, comparée est notre tâche primordiale. Et cela est en route ; tant mieux !
Pour changer le monde actuel, pas de tergiversations ! L’auteur de la dégradation est l’Homme ; alors changeons-le. Pour cela pénétrons enfin ses arcanes millénaires collectives et individuelles, dans leurs interactions secrètes. Il est grand temps de sortir un instant des sciences du dehors pour élucider les mystères du dedans ! Que se passe-t-il donc dans la tête des maîtres du monde, les Hommes, pour qu’ils ne se soucient pas de sa santé. Pourtant ils voient bien qu’elle est chancelante ?

Je vais commencer, avant, par un bref exposé des directives qui pèsent dans notre inconscient et nous modèlent. Elles sont souvent légitimées d’ailleurs par la conscience, voire la raison. Ainsi je vous inviterai à aller plus loin.

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La prolifération
Un saigneur

Oui, un « saigneur » mais aussi celui qui se prend pour un seigneur, objet du chapitre suivant. Il n’est pas de bon ton d’employer le terme de prolifération pour les humains. Comme un air sans doute trop péjoratif. Il peut être vécu comme une atteinte à notre dignité. Les religions et leurs sœurs n’ont eu de cesse de nous le répéter. Il faut lire sans frémir Genèse 1.29 : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la Terre et l’assujettissez et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre ». Ce que nous avons fait dare dare. Ite missa est ! Avec les conséquences actuelles écologiques que nous vivons et qui émanent des rapports du GIEC. Il regroupe 196 pays et, sans doute, on peut tenir pour sérieuses ses conclusions : changement climatique où nous avons notre large part depuis 1950,avec les gaz à effet de serre .Des conséquences déroutantes par leur ampleur : effondrement de la biodiversité en toute connaissance des humains, épuisement des ressources naturelles, impact enfin sur nos activités comme la santé, l’économie et l’équilibre de notre biotope : avec la fonte des glaciers, de la calotte polaire, de l’acidification des océans. Je n’en jette plus !Tout cela est bien connu et beaucoup regimbent devant l’annonce de l’effondrement du système socio-planétaire, dans quelques décennies. L’épidémie actuelle est une des conséquences naturelles de ce gâchis de nos ressources : notre niche écologique se renouvelle de plus en plus tard. L’éthologie nous apprend que, dans un tel cas, il est fréquent que l’espèce soit la cible de maladies virales, bactériennes. Jusqu’alors, les humains ont su parer, par la médecine, la pharmacie, ces fléaux. Or les microbes deviennent de plus en plus résistants aux antibiotiques. Trouvera-t-on, cette fois-ci, un nouveau bouclier ? Ou serons-nous obligés de nous courber sous la fréquence d’une loi écologique qui voudrait enrayer notre prolifération ?
Nous avons en tête des nombres effrayants : 7,5 milliards d’humains, une folie nataliste. N’avons-nous pas su, il y a 30 000ans, nous protéger contre une nature hostile grâce à notre conscience ? Aujourd’hui, face à nous (je ne peux écrire « en compagnie »), 465 000 éléphants contre 3 à 5 millions au début du XXe siècle, 3890 tigres et un tiers des insectes en voie de disparition. Tenez un micro exemple de dégradation mais bien symptomatique de notre laisser-aller : En France, les géants de l’assainissement ont le droit, en cas de gros orage, de déverser en bord de mer 5% des eaux d’égouts. Résultat : les parcs à huîtres sont infestés par le norovirus. Un microbe qui déclenche chez les gourmands, des gastro-entérites. Mais à Arcachon, ce trop-plein d’eaux sales est largué au large. Doit-on, enfin, pleurer, à présent, sur le martyre des animaux d’élevage intensif ?

Les rationalisations vont bon train chez les climato-sceptiques, soutenues par 5% des scientifiques. Comme ils ne peuvent supporter leur culpabilité humaine, Ils en concluent que nous devons continuer à croître, prospérer et exploiter. Que ne s’associent-ils pas au précepte de Mahavira, Ayaram Gasutta, porteur d’une des clefs du jaïnisme 680 avant JC – « On ne doit tuer, ni maltraiter, ni injurier, ni tourmenter, ni pourchasser aucune sorte d’être vivant, aucune espèce de créature, aucune espèce animale, ni aucun être d’aucune sorte. Voilà le pur, éternel, et constant précepte de la religion, proclamé par les sages qui comprennent le monde ». Ne l’aurions-nous pas compris, ce monde dont nous sommes les saigneurs ? Ajoutons l’énorme concentration dans les villes. L’urbanisation galopante a une conséquence sur nos mentalités et nos vécus : le collectif d’entassement est, en réaction, générateur de cet individualisme insupportable que recueille la consommation, soutenue par l’hyper-capitalisme avivé par les technologies. Réponse là aussi évidente mais qui se révèle, pour l’instant dans le monde, dystopique  encore: le retour à la nature, l’agriculture saine, la vie de campagne… On parlera, pour les urbains, de « déracinement », d’abord de son énorme ville, de sa région surpeuplée, de son pays d’origine. On en voit les effets avec les migrants. Mais je crois aussi que le déracinement permettrait de faire émerger une conscience de « citoyen du monde ». Je cite Marc Augé, questionné par M Atlan et RP Droit : « Idéalement, le déracinement est au contraire un progrès. Que les gens se détachent de leurs « racines », je suis farouchement pour. Cela permet de passer de l’individu culturel à l’individu générique ». Intéressant, non ?
Le comble, parmi ces milliards d’humains, beaucoup vivent dans la misère ! L’eugénisme pourtant n’est pas, pour moi, envisageable. Mais la limitation des naissances est d’une urgence impitoyable. Surtout que 25% au moins des grossesses ne sont pas désirées (OMS). Se reproduire selon la pente la plus naturelle ne conviendrait donc plus du tout à notre espèce prédatrice.

Comment agir dans cet imbroglio de circularités ? Dès les années 70 Arne Naess criait : « L’espèce humaine est la première sur Terre ayant la capacité intellectuelle de réduire son nombre consciemment et de vivre dans un équilibre durable et dynamique avec les autres formes de vie ». De même, , ce qui rend la situation « particulièrement critique » ne tient pas uniquement au nombre d’habitants mais à « une croissance exponentielle, et partiellement ou totalement irréversible, de la dégradation ou de la détérioration environnementale, perpétuée par le biais de moyens de production et de consommation parfaitement établis, et l’absence d’une politique adéquate au regard de l’augmentation de la population humaine ». Depuis, partout des personnes fournissent des idées. Balise historique, le Club de Rome, dès 1972, prônait une croissance zéro pour éviter l’effondrement annoncé pour les années 2040. Le rapport de 2012 ose même l’apocalypse pour 2030. Ces rapports soulignent le risque dégradation inéluctable de l’environnement. Déjà le lien dans la complexité, vecteur des autres liens. À quand la conciliation entre notre voracité et l’écologie ?
Et aussi des changements à notre portée plus immédiate comme le recyclage systématique : « L’humain ne serait plus celui qui pille et salit, mais celui qui produit intelligemment et de manière durable ». Mais que penser de la pauvreté des mises en œuvre et de leur efficacité de bas étiage ? Le pôle nord étouffe sous une surface de plastique, de superficie égale à la France. Et, avec sa fonte en cours, l’hyper-capitalisme tonitrue sur la possibilité des forages !
L’Accord de Paris sur le climat, de 2015. ? Un vœu pieux, furtif et masqué. Il est bien pentu le chemin qui nous mènerait, mènera ( ?) à une vocation écologique concrète ! Avec des États Unis qui ne veulent pas entendre parler ! Dans les rues de Pékin, j’ai failli étouffer à cause du brouillard de pollution. L’Avoir, l’immédiateté du plaisir, ces deux jumeaux sinistres, seraient-ils nos maîtres, dans notre consentement complice ? Et comment ouvrir notre cœur et notre esprit à la grande nature ? La natura naturata de Baruch Spinoza et aussi, surtout celle qu’il nomme la natura naturans ; H Bergson parlerait alors d’ « élan vital ». C’est un chemin de spiritualité certain ; cette spiritualité qui peut devenir un moyen de recouvrer son humilité et sa grandeur alliées. F Lenoir écrit avec tact et superbe : « Finis les fossés mentaux, autrefois si profonds, séparant les animaux des humains, les humains de la nature, la vie de la non-vie, voici venue l’idée du grand continuum ».

Je vais maintenant vous inviter à analyser d’autres origines au trouble fiévreux du monde. Moins connu et moins retentissante., encore peu en vogue aujourd’hui. Auparavant, je vous propose de vous pencher sur une cause profonde de la ruine attendue de notre système, responsable de notre mentalité de « saigneur » que je viens d’esquisser avec les religions, qui en font un aria de victoire. Ce saigneur qui s’est toujours cru le maître du monde et l’a rendu malade. Regardons au macroscope cette prétention folle, un agent pathogène de grande importance pour notre santé.

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 Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX n°III Des marionnettes rebelles ?

Les technologies :
Un humain omniscient et hyperactif.

D’abord, la majesté effrayante, écrasante des armes nucléaires, capables de pilonner une vaste partie du globe. Le traité de non-prolifération date de 1968, en lien vident, pour moi, avec les aspirations des mouvements des jeunes. Ce texte et les suivants ont beau s’arcbouter suer la raison collective, les pays nucléarisés leur font la nique. Plus loin, un jour ?
Les technologies informatiques nous aident grandement mais elles fourrent nos vie, de brutalités déguisées. L’intelligence artificielle, la robotique, l’existence artificielle, les algorithmes génétiques, la bio-informatique, les nanotechnologies, les bioénergies… vont si vite que nous n’avons plus le temps de la pause sur soi et de notre relation aux autres. Elles imposent aux consentants que nous sommes en grande majorité, la très grande vitesse, la centration sur soi, l’hymne au scientisme. Parmi mille, des exemple vécus par tous les Français : les analyses médicales remplacent la relation au médecin. La télévision assure un lien lâche et frelaté aux autres ; l’ordinateur dispense les connaissances en écartant l’enseignant. L’achat de nourriture, dans une relation vivante au commerçant, est remplacé par la livraison.
Je reviens sur les prestations médicales : la dictature des faits, avec les trainées du scientisme, est le brouet quotidien de ces technologies informatiques. Avec de graves conséquences sur notre santé : les études de médecine ignorent presque complètement la subjectivité de la relation au malade. Une vieille lune pourtant, vérifiée, en 1960 par Michaël Balint : il confirma que le mieux-être, la guérison dépendent de la triangulation malade, médecin, maladie. Consultez un médecin, a fortiori un psychiatre, c’est stupéfiant :; neutre, distant, froid parfois : « Vous n’avez rien, c’est psychique ! » Au grand dam d’un malade qui, oui, c’est vrai ! ne se sent pas bousculé mais ni pris en empathie ; un de nos mots très à la mode ce qui est d’ailleurs très significatif d’un manque.

En joie, vers l’abolition des frontières géographiques car les amis seront de tous les pays. L’individu se sentira citoyen du monde. 130 « clicamis » en moyenne, dans les pays occidentaux. Pourquoi pas ? J’écoute plus averti que moi: « Plus on utilise Internet, plus on est sociable, plus on est capable de se rapporter aux autres, plus on est polarisé, plus on est participatif. Plus on a d’amis sur Internet, plus on rencontre d’amis physiquement. Ça se renforce, c’est un résultat empirique général : Internet n’est pas un instrument d’isolement ».
Vient-on à affirmer que la fraternité s’accroit ? Sans doute. Les réseaux sont des supports plus que des suppôts de la fraternité et de la liberté d’expression. Il n’est que de voir les barrages d’accès aux réseaux des totalitarismes. Ainsi s’abolissent de plus en plus « limites, contours, frontières, lignes de partage, bornes, démarcations… » Atlan, Droit ; de la liberté en sus.
Notre devise républicaine signe aussi avec l’égalité. Alors qu’en est-il avec les applications informatiques ? Elles renforcent l’égalité, avec l’immense diffusion de portables, comptés en milliards dans le monde. Ajoutons, l’accès au savoir toujours plus facilité : les apprenants sur les MOOC (Massive Open Line Course), ne s’ennuient plus, ou s’enchantent en écoutant un professeur ; désormais ils décident quoi, comment quand. Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, le déclare tout de go. « Imaginez un monde dans lequel chaque personne, où qu’elle soit, dispose d’un libre accès à la somme de tout le savoir humain ». C’est une démonétisation complète du savoir. Je reviens sur la liberté : il est impossible de ne pas se mettre sur pied d’alerte quand on s’ahurit devant les progressives mutilations de la liberté dans tous les pays, Chine en tête. Les flicages, la reconnaissance faciale., la captation d’identité… Sans aller plus loin, le déport des tâches administratives sur les usagers, les adhérents, les clients .Et je ne crois pas que les observatoires éthiques y puissent grand-chose. Notre CNIL est une dame sourcilleuse mais qui, bientôt n’en pourra mais. Le progrès, et en particulier celui du aux informatiques, est une machine qui ne cesse d’avancer, soutenue par les ombres de la meute humaine. J’en parlerai d’abondance dans la dernière partie. Dans cette attente, rappelez-vous le roman prémonitoire de René Barjavel, paru en 1943, qui traite de l’inévitable rouleau compresseur de la dignité ; ce monstre d’illusions, sans possibilité de crier : halte !

Vous savez tout cela : les technologies ont du bon, comme on dit, mais l’intelligence de leurs algorithmes et de leurs robots donnent des sueurs froides Nos relations aux autres, garantes du bon fonctionnement de notre société, et par là de notre calme intérieur se dégradent sans pauses, dans l’essoufflement du temps. Avant le temps humain, c’était le passé, le présent, le futur. Aujourd’hui c’est du 24 heures sur 24, du 7 jours sur 7, c’est l’instantanéité. Il ne faut pas que le réflexe remplace la réflexion. De toute urgence, il nous serait très utile de ralentir cette frénésie de vitesse, que les technologies de la communication n’encouragent pas. Symbolique, la traduction en 22 langues de l’ouvrage « L’Éloge de la lenteur », paru en 2004. On ne saurait mieux dire que cet extrait d’une conférence produite, en 2017, au Palais de la Découverte : « Nous avons plus de temps devant nous, nous ne cessons de gagner du temps, et pourtant nous souffrons de cette « famine temporelle »… Étrange époque où le temps se rétrécit subjectivement alors qu’il ne cesse de s’emplir objectivement. Est-ce réellement de repos dont nous avons besoin, ou du besoin de ressentir la distinction entre l’activité et le repos, donc entre la rapidité et la lenteur ? Mais c’est peut-être une question de rythme… » Un autre conférencier descend dans l’arène, si je puis dire : « Privilégier la marche, prendre le temps de cultiver des plantes, les regarder pousser… Ce sont des moyens de se sentir exister ! Et, ne pas oublier que « Pour faire un jardin, il faut un morceau de terre et l’éternité ». Tu avais bien raison, Voltaire, il faut cultiver notre jardin !

L’effarant déploiement des technologies atteint le monde entier, en déclenchant, avec la consommation, un état fébrile. Nous devons, pour y voir plus clair dans les causes de ces symptômes, rappeler un facteur, encore plus indépendant de notre volonté humaine. La fièvre commence avec lui.

Traduction poétique de l’américain « follower » si répandu dans le monde.
Manuel Castells cité par M Atlan et JP Droit. Voir biblio.
Ibidem.
MOOC : Massive Open Line Course. Avec pour ancêtre français et mondial (mais oui !) l’Enseignement Assisté par ordinateur, EAO.
F. Lenoir, voir biblio.
cf biblio.
Je n’ai pas le nom du conférencier. Le propos est rapporté sur le site de France Culture.

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Le principe dignité

J’allais en Loge un soir (avant le confinement) quand j’ai vu le spectacle navrant des grandes métropoles : la population qui va travailler, avec toujours plus de tristesse dans le regard, et qui enjambe les laissés pour compte de notre belle modernité : les SDF, junkies, réfugiés abandonnés et autres marginaux. J’en croise de temps en temps qui tiennent des propos incohérents, d’autres qui sont en recherche d’une pièce pour espérer survivre. J’ai également croisé ces fameux migrants et j’ai vu dans leur regard des choses que nous, occidentaux bourgeois épargnés par la guerre ne pouvons réellement pas connaître.

Un soir, en rentrant chez moi, j’ai discuté avec une dame SDF qui mendiait. Malheureusement, je n’avais rien à lui donner, mais elle était déjà heureuse que quelqu’un lui réponde et la traite en être humain… Je me dis que j’ai dû être un des rares passants à lui avoir parlé ce jour là.

A l’automne dernier, j’étais allé au cinéma. J’ai bien évidemment vu le splendide et effrayant Joker, très bien construit et très bien écrit, dans lequel on voit la déliquescence d’une société incapable de s’occuper de ses marginaux. On y voit Arthur Fleck (magistralement interprété par Joaquin Phenix), le futur Joker, consulter son assistante sociale, qui lui annonce que le service va fermer, faute de crédits. Rappelons que nous sommes dans les années Reagan, dans ce film. Les années Reagan, ce merveilleux moment où des économistes ô combien compétents ont expliqué à nos dirigeants que l’Etat ne savait pas gérer l’argent et que les services publics, c’était trop cher et qu’au fond les plus pauvres n’avaient qu’à payer pour en profiter. Ou mieux, ne plus être pauvres.
Plus loin dans le film, Arthur Fleck commet malgré lui un meurtre fondateur : il abat par accident un cadre des entreprises Wayne alors que ce dernier harcelait (avec un certain sentiment d’impunité) une passagère du métro.
Dans un Gotham City déliquescent, après ce meurtre, des émeutes de la misère éclatent et tous arborent le maquillage d’Arthur Fleck tandis que celui-ci, abandonné de la société, glisse peu à peu vers la folie criminelle, jusqu’au meurtre de sang-froid et en direct de l’animateur et humoriste Murray Franklin (joué par De Niro), 2e acte fondateur de la carrière du Joker.
Autrement dit, un laissé pour compte, à qui ses soutiens sont retirés (notamment le fait de pouvoir parler) par l’arbitraire d’hommes politiques devient un dangereux criminel. Bien sûr, ce n’est que de la fiction. C’est sûrement pour cette raison que les insurgés d’Amérique du Sud ont pris pour emblème le maquillage du Joker lors des émeutes d’automne 2019…

Quelques jours après, j’ai vu le fameux Les Misérables de Ladj Ly et j’y ai vu quelque chose de très intéressant, mais aussi de très inquiétant. Attention, divulgâchis.
Le personnage du jeune Issa, l’adolescent à l’origine de l’enchaînement dramatique du film, est gravement blessé par les policiers de la Brigade Anti Criminalité, la BAC. Ce qui est intéressant (et que le film ne montre volontairement pas), c’est la construction de l’émeute qui suit, avec quelque chose que j’ai trouvé terrible mais aussi très intéressant : le silence du jeune Issa. Ce gamin blessé par la police fomente une émeute contre les officiers de la brigade anti-criminalité, mais, dans le film, le personnage ne dit plus un seul mot.

Ce qui est frappant dans ces deux fictions, c’est ce silence auxquels sont contraints les personnages d’Arthur Heck et d’Issa. Arthur Heck n’a plus son aide psychologique et s’enfonce dans l’isolement, le jeune Issa est contraint de se taire par la BAC. L’expression de ce qu’ils ont en eux devient alors la violence. Bien évidemment, ce ne sont que des œuvres (remarquables, à mon avis) de fiction.

Sauf que… depuis les années 80, la psychiatrie en France est devenue le parent pauvre de la Sécurité Sociale. Les structures d’accueil de jour sont régulièrement fermées, faute de budget. Les enfants de l’assistance publique (ceux que nous appelions dans les années 80 « les enfants de la DASS ») se retrouvent littéralement à la rue dès leur majorité. Combien y-a-t-il de ces anciens enfants parmi les SDF que nous croisons tous les jours sur notre chemin ? Combien de personnes qui devraient être accueillies en structure de jour se retrouvent à la rue la nuit ? Combien survivent et meurent isolés et abandonnés, dans l’oubli et la misère, sans que personne ne se souvienne d’eux ?

Certains me diront que les collectivités et les pouvoirs publics organisent des maraudes en hiver pour apporter les premiers secours aux plus nécessiteux. Les associations sur le terrain font un travail exceptionnel. Malheureusement, cela ne suffira jamais, tant la misère augmente. Et nous sommes tous complices: la misère vient de décisions politiques, comme le refus de construire des logements, le refus de maintenir des usines et bien sûr, le refus d’entretenir des structures d’accueil et de soin pour les plus fragiles. Nous avons voté et choisi ce monde, nous allons devoir en assumer les conséquences.

Les Francs-maçons ont inventé le solidarisme sur lequel repose notre contrat social. A ce titre, c’est à l’État de prendre en charge les personnes les plus vulnérables, comme le dit la loi. A notre échelle de petite société, nous disposons en Loge d’instances pour aider les plus malheureux d’entre nous et leurs proches. Mais nous ne sommes qu’une petite communauté de gens plutôt bien lotis, appartenant en grande majorité à la classe moyenne. La rue reste un événement rare pour nous et nous ne restons jamais trop seuls dans l’affliction.
Mais quand je vois comment nous tous, hors Loge, traitons les plus miséreux, je m’inquiète pour notre propre humanité. Hans Jonas appelait, dans le Principe Responsabilité à « privilégier l’action compatible avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre ».
Or, quand j’entends un chef d’Etat expliquer que dans une gare il y a des gens « qui ne sont rien », quand je vois des décisions politiques ou économiques de destruction des instances de soin (crèches, écoles, accueils divers, hôpitaux, plannings familiaux, protection des femmes), quand je vois des lois de programmation budgétaire qui mettent des personnes à la rue ou qui les y condamnent et qui les écartent désormais de la vie en société, les condamnant à une vie qui n’a plus rien d’humain, alors, oui, je m’inquiète.
Je m’inquiète pour la dignité humaine.
Je m’inquiète pour l’avenir de nos enfants, notre avenir à tous.
Je m’inquiète d’autant plus qu’à notre époque de confinement, la police, qui devrait protéger les plus faibles, se comporte de plus en plus en milice au service d’un pouvoir qui n’a plus que faire de la dignité humaine, à en juger par les enquêtes récentes (cf. https://www.franceinter.fr/confinement-plusieurs-personnes-affirment-avoir-ete-brutalisees-et-insultees-lors-de-controles-de-police?).

Au final, Joker ou les Misérables sont-ils des fictions, des explications ou pire, des prédictions ? Je ne sais pas. Par contre, je suis certain qu’aujourd’hui, plus que jamais, il nous faut vraiment nous rappeler ce texte: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. 

En refusant de reconnaître la dignité de chacun ou en la retirant, c’est autant de Joker ou d’Issa que nous contribuerons à créer.

J’ai dit.

 Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? 2

 Le présent est également adoubé dans les récentes expressions de méditation ; mais il s’agit d’une autre étoffe de jouissance et j’y reviendrai. Tant de facteurs nous précipitent du haut de la falaise : le fric, notre Seigneur et notre dieu, la qualité de nos informations parcellisées, les écrans qui font écran, l’assèchement de la courtoisie, particulièrement dénoncée dans notre beau pays. Et, j’insiste sur un autre facteur, trop souvent négligé (tiens ! Pourquoi ?), la sale renaissance de la division du travail, depuis trois décennies. Les métiers de l’informatique ne fouettent pas plus le sang de leur serviteur que ne le faisait la chaîne. Moins pénible quand même m’objecte-t-on. Oui mais pas plus « épanouissant » mot bienvenu pour rester dans la mode, mais évocateur. FW Taylor revient sur un char victorieux. D’ailleurs, tout comme lui, l’ingénieur, nous encensons les avancées scientifiques, les seules crédibles aux yeux de beaucoup. En outre, notre socio-religion hyper-capitaliste possède ses prêtres, la majorité d’économistes, fervents zélateurs et développeurs du système.
Car il nous faut, dans cette danse de l’Avoir, du visible, du démontré même si la raison, cette folie cérébrale, nous entre le rationnel et le concret. La vogue scientiste nous avale dans les tourbillons : « Quoiqu’il en soit, le but de la vie, de la vie réussie, c’est une satisfaction sans effort du désir ». Et en jolie redondance : « Vous jetez l’ancre à un endroit, vous la remontez, vous allez ailleurs et vous la jetez à nouveau. Il ne vous arrive rien de fâcheux, juste des aventures ».

Balance entre l’avidité frénétique et l’hécatombe apocalyptique. Oui, avec le décervèlement, des réactions qui me donnent des motifs (pas des raisons !) d’espérer. Malgré des rébellions, en crispation sur le système actuel mondial. Ne descendons pas en nous-mêmes. Des comportements, surtout, et fichez moi cette psychanalyse nauséeuse, au trou ! Comme toutes les approches de nos profondeurs. Les Américains s’en font les chantres et le monde suit ; tout en inventant des formes de réconfort plus subtiles et qui, je le reconnais loyalement, nous aident, parfois, à sortir de la cave où les chiens aboient. Les TCC, les pratiques de développement personnel, les retraites méditatives, les recentrements sur soi… sont désormais des réponses à notre grande peur instinctuelle qui bout dans nos inconscients et se réveille brutalement avec un virus menaçant. Ce qui pourrait bien être une chance pour déloger le scientisme, qui prétend donner de la raison dans une société folle d’Avoir. Cet arsenal ne mène pas à l’introspection bagarreuse, mais ventile en fait les fumées malodorantes, voire néfastes. Pas toutes quand même ! Je vais citer une pratique prometteuse, je le dis par expérience : le Dialogue intérieur de Hal et Sidra Stone (années 70) : chacun est amené à jouer, devant un groupe, tous les rôles que nous endossons. Alors nous dévoilons notre semblant de personnalité, par la descente mesurée, en soi. Et la retrouvaille émouvante avec notre « Enfant vulnérable ».
Il faut bien tout cet arsenal pour parer aux dépressions, ce virus psycho-organique dont nous sommes de plus en plus nombreux à être porteurs. Ainsi, on compte plus de 300 millions de personnes dans le monde souffrant de dépression soit une augmentation de plus de 18 % de 2005 à 2015. Chaque année, près de 800 000 personnes meurent en se suicidant. Cela, bien souvent, parce que Nous sommes contraints à réduire la complexité de nos rôles à des marionnettes manipulées, non pas sur leur besoin de relations mais sur les gratifications les plus rapides possibles, vaines.

Une phrase bien sentie : « Bref on cherche plus l’accomplissement de soi, qui est l’impératif de la modernité psychologique, que la dépossession de soi qui est le mot d’ordre de la spiritualité traditionnelle ».
La consommation est le premier et grand symptôme d’un vacillant état de santé du monde. Symptôme à ne pas confondre avec la maladie. Elle en est une conséquence ; Mais il faut continuer à identifier les symptômes pour mieux remonter au virus. Les technologies, sont, à n’en pas douter, une autre expression fiévreuse, visible à en hurler !

La Boulomie – Editions LOL

 Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX

Des marionnettes rebelles ?

Des désastres ont toujours menacé l’humain et la liste est longue : guerres incessantes, famines endémiques, plus récemment le désastre écologique et l’épidémie virale. Cet article se réclame d’une double filiation : l’écosophie et l’anarchie verte. Son propos est d’aider à prendre du recul, non point pour régler, en un clic, ce que nous vivons. Avec plus de modestie, il pourrait contribuer à prendre mieux en charge, l’angoisse, notre inquiétude et nos effrois. En un mot, à augmenter, quand elle est malmenée, notre joie de vivre.

Introduction

D’abord prendre le pouls pour observer la santé et, en fonction des résultats, prescrire des remédiations, le cas échéant. Alors précisons : qui donc est celui qui est le centre de notre attention ? Le monde, d’accord mais quelle vastitude ! Alors définissons, en quelques lignes, le sujet que va ausculter le stéthoscope.
Le monde, on le sait, respire dans un système socio-planétaire universel. La seule différence : des pays sont plus infectés par des symptômes de la maladie ; comme la Chine avec le contrôle au faciès, symbolique de la privation intangible des libertés. Pouvait-on imaginer l’alliance à peine concevable il y a trente ans, de ces mœurs liberticides avec l’hyper-capitalisme occidental ? D’autres pays sont en train de contracter ce virus planétaire telle l’Afrique noire. Prenons alors l’exemple le mieux connu de nous, l’Occident. Il serait à ce jour, avancent beaucoup et de plus en plus les observateurs, en état de fièvre. En bref, quand nous évoquons « le monde », nous sortons de l’astronomie et de la géologie, pour porter notre regard sur ceux qui ont pris possession de notre planète : nous, les Hommes. Maintenant que le sujet est défini, analysons de plus près la réalité d’une telle allégation.

Six palpations pour une remédiation vont être nécessaires. Les voici : La consommation, les technologies, la prolifération des humains au grand dam de l’écologie, l’anthropocentrisme, les directives inconscientes qui modèlent nos comportements, l’angoisse primordiale, enfin les lois naturelles des animaux de meute que nous sommes et qui entravent notre remise en cause. Je pourrai alors, après ce diagnostic, proposer la remédiation souhaitable et possible, pour affronter l’effondrement plus que probable.
Ces six tâches accomplies, je serai alors en mesure de qualifier, avec tous les zézaiements d’usage, en quelques mots, l’état de santé du monde. Ces facteurs sont inextricablement mêlés ; l’écosophie l’a révélé il y a déjà quelques décennies. Alors pour plus d’aisance de lecture, j’ai donc construit six parties, en proposant pour chacune d’elles, les moyens de remédiation. En bref, je propose de partir des symptômes les plus évidents de l’état fébrile de la santé mondiale, puis examiner ce terrain si favorable à la pandémie ; pour revenir à la lumière éventuelle de notre avenir.

La consommation
Des marionnettes compulsives et avides

L’économie financière (et non l’économie réelle d’avant 1939, en gros) est le bubon le plus perceptible de l’hyper-capitalisme. Elle construit, régule nos sociétés et tire la bourre, de plus en plus, au politique. Un exemple sidérant : Blackrock le plus gros investisseur américain du monde  « pèse » (oui il est lourd !) 6515 milliards de dollars d’actifs, soit 2,5 fois le PIB de la France. Mais la frénésie issue de la consommation forcenée s’observe partout. Elle touche au moins 80% des personnes. Pas question de se rebeller mais, bien au contraire, se prosterner devant la quasi-religion de l’Avoir. Elle amène à frôler le bonheur mais se contente de délivrer des certificats temporaires et illusoires de bien-être ; elle suscite, en douce, nos délires frénétiques et nos vides carences. Elle induit un monde de parade, de paraître, dans la grande accusation des médias omnipotents. Cela ragaillardit, encore et encore, le système, on le constate sans mal. Dans ce décor d’opérette où chacun est invité à chantonner, les Droits de l’Homme ont porté des fruits succulents mais désormais arrêtent leur mûrissement ; ils deviennent une vitrine ou un alibi, avec la dénonciation effrayante des « droits de l’hommistes », qui germe dans les nations dites civilisées comme notre douce France.
Nous plaquons le masque rigolard de la commedia dell’arte : que de progrès depuis le Moyen-Âge. Oui cela semble fondé mais depuis cette époque haïssable, nous apprîmes à nous déguiser, en nous alignant en troupeau, convaincu de la solidité des cultures passagères ; par exemple celles des philosophes dictant nos pensées… bref les modes, de toutes époques même si le mot semble sorti du carquois actuel. Actuellement, « on ajuste son vocabulaire à celui de sa tribu » comme l’écrit Michel Maffesoli : On fait semblant d’être jeune, « in », dans le coup. Jusqu’à satiété, nous nous bassinons de termes en vogue : « communication, pédagogie, initiatique… ». Mais, pour compenser la grisaillerie qu’ils charrient à notre insu, nous compensons avec des «  magique, résilient ». Le phénomène tribaliste est partout : je vis dans le 9-3, en non dans le 93, et j’entends les gamins lancer des « rebeu, like, ouf, teuf, mecton, daron… ». Son identité fabriquée dans les forges des autres. Mode encore et toujours. En grand désarroi d’une l’outrecuidance personnelle, tant espérée…
Ce désir fou de l’Avoir : « tout, tout de suite et pour moi », engerme une exigence de jouissance immédiate. Le présent devient la boussole du moment. Prenons l’exemple des températures d’hiver : en février 2020, 13, 14 degrés. Certains jours des jouisseurs s’enquillent dans les forceps des plaisirs immédiats : « Quelle chance ce temps ! », en abandon des lendemains gris, annoncés dans ces bosses chaudes. Tenez : « Ces manières de se tourner vers le passé, de le chercher, l’explorer, le goûter- semblent en panne Au moment où le stockage tend vers l’infini, sa consultation nostalgique tend vers zéro. Le passé n’attire plus  ».
Je précise que beaucoup d’exemples choisis pour ce texte sont emblématiques. Malgré leur modestie, ils emblématisent le propos ; ils en sont des symbole d’une réalité très actuelle.

Le présent est également adoubé dans les récentes expressions de méditation ; mais il s’agit d’une autre étoffe de jouissance et j’y reviendrai. Tant de facteurs nous précipitent du haut de la falaise : le fric, notre Seigneur et notre dieu, la qualité de nos informations parcellisées, les écrans qui font écran, l’assèchement de la courtoisie, particulièrement dénoncée dans notre beau pays. Et, j’insiste sur un autre facteur, trop souvent négligé (tiens ! Pourquoi ?), la sale renaissance de la division du travail, depuis trois décennies. Les métiers de l’informatique ne fouettent pas plus le sang de leur serviteur que ne le faisait la chaîne. Moins pénible quand même m’objecte-t-on. Oui mais pas plus « épanouissant » mot bienvenu pour rester dans la mode, mais évocateur. FW Taylor revient sur un char victorieux. D’ailleurs, tout comme lui, l’ingénieur, nous encensons les avancées scientifiques, les seules crédibles aux yeux de beaucoup. En outre, notre socio-religion hyper-capitaliste possède ses prêtres, la majorité d’économistes, fervents zélateurs et développeurs du système.
Car il nous faut, dans cette danse de l’Avoir, du visible, du démontré même si la raison, cette folie cérébrale, nous entre le rationnel et le concret. La vogue scientiste nous avale dans les tourbillons : « Quoiqu’il en soit, le but de la vie, de la vie réussie, c’est une satisfaction sans effort du désir ». Et en jolie redondance : « Vous jetez l’ancre à un endroit, vous la remontez, vous allez ailleurs et vous la jetez à nouveau. Il ne vous arrive rien de fâcheux, juste des aventures ».

La Boulomie – Editions LOL