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 Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? 13 Conclusion Première partie

Conclusion
En route !

Cri dans le désert d’Arne Naess, dès les années 60 : « L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout » L’extrait vient de son livre au titre déjà révélateur : « Écologie, communauté et style de vie ». Déjà le lien entre notre état de nature et le fonctionnement de notre société. Et le monde commençait à avoir de la fièvre.
Au bout du chemin sur l’état de santé du monde, on se rend compte que ce qui parle au plus profond de l’humain, ce ne sont pas les cultures mais sa nature. Son étude relève d’abord et impérativement de l’éthologie. Nous sommes en cousinage de deux singes ; ils nous apprennent l’essentiel qui palpite dans nos tréfonds : les chimpanzés sont aiguillonnés par la compétition et règlent leurs fréquents conflits sans effusion de sang. Leur organisation est plus pyramidale. Les bonobos, eux, vivent sous le signe de la coopération ; ils règlent leurs conflits par l’affection et la sensualité. Ils préfèrent plutôt, entre eux, les relations en réseaux. En nous, jusqu’alors, le chimpanzé domine. En nous, avec l’hyper-capitalisme et les tristes affabulations qu’il provoque, la déification de l’argent, la consommation frénétique t les technologies pour le meilleur et pour le pire, les guerres en horreurs consommées, nous sommes, hébétés, sous le signe de la compétition. Mais nous sommes aussi des bonobos qui savons coopérer avec intelligence et dévouement, dans les situations douloureuses. Il nous reste donc à recouvrer la santé. Pour cela, osons rebâtir avec les blocs des pyramides qui nous contemplent depuis des siècles.
Commençons par changer radicalement notre regard d’observateurs de nous-mêmes, scientifique ou pas. Prenons la métaphore de l’arbre : l’éthologie nous pose en animal grégaire. C’est notre racine. En sort, le tronc de l’anthropologie et de la sociologie qui étudient les structures et les cultures. Les grosses branches avec les approches de la dynamique des groupe qui nous éclairent, en particulier, sur le fonctionnement des cellules anarchistes Puis les psychanalyse et psychologies qui en sont les branches ; enfin la connaissance de l’humain par lui-même : l’introspection et l’holistivité, ce regard qui embrasse spontanément le tout, le complexe, en dépassement de l’objectivité et la subjectivité.
Avec un regard renouvelé, retrouvons la concentration, la communion et la contemplation. Je me suis efforcé à prescrire un remède à l’état fiévreux du monde. Je le crois susceptible de l’aider à recouvrer une nouvelle santé et de palpiter en ces trois mots de rencontre. Le risque ? La complexité qui empêcherait l’humain de bien prendre en compte ses enjeux d’une société future libertaire.
Car « Quand le travail se fait brouillard, l’humain aussi se vaporise». J’espère que le brouillard s’est, au moins vaguement levé, grâce à la liste des personnages que le système nous demande d’endosser. En ordre croissant d’influence : des marionnettes compulsives et avides, un humain omniscient et hyperactif ; un saigneur, un seigneur, un soumis, des schizophrènes, un humanimal  agressif, et peureux, enfin un humain en passe de devenir un libertaire.

Notre conscience collective prend en charge ces personnages d’importation. Mais le retournement, avant l’effondrement exige, en premier lieu que l’on regarde en face ce que nous sommes sans doute : des schizophrènes qui balbutient de plus en plus entre de nombreuses injonctions contradictoires. Le système, de plus en plus prégnant, de double contrainte nous fait trébucher : nous voulons tout à la fois ; et rien en même temps. Nous sommes avides de modes et de clans, dans l’occultation par l’écran des écrans
Les révoltes et les découvertes pointent leur museau dans des essais. Ils sont, à ce jour et malgré, les pesanteurs d’arrière, concluants : l’éducation libre, l’exemplarité revisitée avec les neurones-miroirs, l’après-vie avec les EMI et les hypothèses sur la survie de notre conscience hors du corps, la transmission épigénétique …et les éco-villages… tout cela, des traductions des utopies en anarchie pacifique. Reste la question métaphysique et vitale de tous les temps : mais qui sommes-nous ?

Oui sommes- nous, aujourd’hui, dans cet imbroglio, ce charivari, ce bredouillis ? Il faut, de plus en plus, que nous soyons à la fois, sous la pression de la société d’argent et de pouvoir, les humains ci-dessous :

• Cratophile ET arquéphile,
• En pyramide ET en réseau,
• Compétitif ET coopératif,
• Ocnophile ET stylobate,
• Solitaire ET solidaire,
• Prédateur, guerrier ET pacifiste,
• Individualiste ET mondialiste,
• Pressé ET méditatif.

C’est ainsi, la société actuelle nous moule, nous façonne, nous modèle en forte schizophrénie. En outre, elle sait bien réveiller nos peurs ancestrales avec le principe de précaution. Et le déversement publicitaire manipulateur. Enfin dans ces doubles injonctions, cette société nous menace d’abandon devant une épidémie virale : c’est la panique. Trembler, ensemble, devant ces dangers, devient la norme de la norme. C’est cela la norme. Elle est un puissant facteur de paix et une sécurisation intérieure. S’efforcer sans cesse de revêtir ces tuniques contradictoires, fait de nous des normosés. Alors, le pari de l’écolo-anarchie, de l’anarchie verte n’est-il pas pure utopie, puisqu’il exige de revenir à notre racine grégaire et à en remettre en cause des composantes « chimpanzées » pour mieux s’embrasser dans des réflexes bonobos ? Moi, j’y crois. Et vous qui lisez ce texte ?

Vite, cassons la voix ! Avant il fallait choisir, sous le joug religieux, un rôle réputé bon et fuir un autre de mauvaise réputation. C’était le règne du OU. Aujourd’hui, avec « la double contrainte », l’injonction paradoxale, nous devons ingérer des contradictions indigestibles. C’est le royaume du ET. Demain, me semble-t-il, nous aborderons d’autres rives, avec le NI/NI. La société en réseaux, l’écolo-anarchie, l’holistivité sont les conditions de cette alchimie. Le Grand Œuvre ? Un humain biophile, dans l’écologie de l’harmonie : avec soi, les autres, la nature.
Ils étaient des bagagistes tranquilles, nous somme des voyageurs inquiets, nous serons des explorateurs courageux. Par les effets d’ « une spiritualité pour agir », chaque humain sera un lac d’amour, dans le réseau de la société humaine. Ainsi, ce sera un NI/NI de douce rébellion. Quoi ? Pas une moyenne, ni une synthèse, ni un juste milieu, pas plus que l’ «aurea mediocritas » des sages de l’Antiquité, mais un nouvel hôte terrestre en tunique d’humble splendeur. Regards vers la Lune et le Soleil ésotériques.
Quand l’eau se transforme en vapeur, quand le feu rayonne de lumière, quand la terre jalouse ses germes, quand l’air balaie les montagnes, alors la Lune et le Soleil s’unissent en effusion circulaire d’amour. C’est la syzygie. Quand l’Homme, à l’instar des deux planètes, s’embrasera de la sagesse du sens de la vie, d’adaptabilité mesurée, de connaissance de soi, de fraternité pour lui est les autres, de biophilie en grande révérence pour les vivants, alors il agrippera le Sol(eil) et la Lune. Les astres l’adouberont « Solune », pour que la chouette hulule et la souris file.

La Boulomie – Editions LOL

Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ?

L’anarchie
Le libertaire

1ère partie

L’approche écologique radicale, pas en seul friselis de mode, se façonne en chacun, par un amour du vivant, sans concession. J’ai déjà citée cette attitude : la biophilie. Je vais expliquer le lien subtil à notre conscience actuelle, mais évident dans les expériences sociétales anarchisques, des deux attitudes : Devenir de plus en plus écologiste radical mène à vivre en sociétés libertaires. C’est pourquoi, nous ne pouvons pas considérer l’anarchie comme une simple forme d’organisations sociale culturelle. Tout comme l’organisation pyramidale aux effets abominables est naturelle, elle aussi. Auparavant faisons un sort au dégoût et au mépris déclenchés par l’évocation de l’anarchie, dans quasiment toutes nos têtes.
« Anarchie » est un mot exécrable ; il précipite dans nos têtes les frayeurs d’autres termes tels, émeutes, troubles, confusion, violences, dégénérescence. Alors quand la nécessité s’en fait sentir –ce n’est pas surprenant, nous l’allons voir- on lui préfère les convenus autogestion, libertaire, utopie et, avec plus d’audace, de mépris et de confusion, débauche. Dans l’organisation comme dans une sexualité débridée ; tout cela à cause des « soixante-huitards attardés, ces hippies qui nous ont retardés ! » L’anarchie est de l’ordre du tabou, à l’instar du sexe, malgré toutes les dénégations rassurantes. F. Lenoir dans une prescience pudique qui lui est habituelle, déclare : « Nous nous éloignons d’un pouvoir hiérarchique et nous nous rapprochons du pouvoir latéral ». L’anarchie n’est pas du tout le chaos. Bien au contraire, c’est un renversement extraordinaire de l’organisation pyramidale qui engendre l’état fiévreux du monde, comme le dévoile la déclaration supposée de PJ Proudhon, le père putatif du mouvement : « L’anarchie c’est L’ordre sans le pouvoir. ». Entre hiérarchie et anarchie, le hiérarque, prêtre de haute fonction chez les orthodoxes hurle car on le forcerait à devenir anar, à savoir privé de …lui ! Élisée Reclus, libertaire et Franc-maçon, (1830-1905), met les points sur le I : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre ».

La démocratie elle-même, forme très aboutie de l’organisation pyramidale, chante une devise magnifique. L’air de rien elle préconise d’autres modes alternatifs. C’est « Liberté, Égalité, Fraternité ». Hallucinante de grossesse anarchiste. F Lenoir est chatouillé par l’espoir, sans rien avouer, toutefois : « Désormais tout le monde est à égalité : tout le monde peut se déplacer, tout le monde peut échanger. Ainsi naissent des structures fluides, changeantes, informes, incontrôlées, au sein desquelles se forment des courants d’opinion, se transforment les consciences et les comportements ».
Le fonctionnement anarchique fait tomber la pyramide des pouvoirs ; en ce sens l’anarchie est opposée à l’État qui, selon elle, ne cesse d’exercer sa domination sur les individus. Elle préconise des réseaux de cellules humaines liées, autogérées et inter-indépendantes. Comme les écovillages, terme générique, pour désigner des groupes autogérés de cent personnes, tout au plus.
Ainsi, la meute humanimale s’efforcerait de se débarrasser de la folie du pouvoir et de la soumission concomitante : la cratophilie ou amour du pouvoir et l’arquéphilie ou besoin de soumission. Cette pyramide qui rend le terrain de la santé mondiale, favorable aux fièvres : consommation délestant les choix libres, technologies des progrès de confort de l’hyper-capitalisme, prolifération de l’espèce, directives conditionnantes, qui sont les premiers symptômes toujours les héritages de la loi du troupeau. Le fonctionnement anarchique enfin modifie la perméabilité contagieuse des peurs, de l’angoisse primordiale. Les réseaux, eux, par leur vie préhensible par les sensibilités individuelles, tendent à amenuiser ces frayeurs si puissantes et enfouies dans le collectif et l’individuel. Premiers pas sur la route : « De manière concomitante la naissance du mouvement altermondialiste et des forums sociaux, le progrès de la conscience écologique, l’essor du développement personnel, des spiritualités orientales ou de la philosophie comme sagesse, l’irruption de nombreuses initiatives de solidarité à l’échelle de la planète, comme le microcrédit, la finance solidaire ou encore, plus récemment, le mouvement des Indignés » déclare en beauté additive bienvenue, F Lenoir, si souvent cité dans ce texte. Les années 60, répétition générale. Aujourd’hui, les Indignés, les Gilets jaunes. Et tant d’autres mouvements de révolte, ci et là, dans le monde. Oui le mouvement est parti !
Il est lui-même l’héritier de, non pas une tradition, mais d’un rêve à lourdeur d’expériences, dans le passé. Des modèles théoriques, grandioses, dans leur ambition, leurs réalisations et leur influence, se diffusent partout, en pleine créativité. : l’autogestion et l’économie libérative, en amours mêlées. Elles suscitent des atterrissages concrets, démonstratifs de l’économie en anarchie :
L’autogestion d’abord, sans qu’il soit, surtout ici, question de préséance ! En voici, en pillant, comme il se doit ! Wikipédia , les traits et, par-là, les valeurs caractéristiques :

• La suppression de toute distinction entre dirigeants et dirigés,
• La transparence et la légitimité des décisions,
• La non-appropriation par certains des richesses produites par la collectivité,
• L’affirmation de l’aptitude des humains à s’organiser sans dirigeant.
En résumant quelque peu, l’autogestion s’oppose à l’idée de hiérarchie ; les responsables sont élus et transitoires. L’autorité quitte la verticale pour rejoindre l’horizontale où tous sont égaux. En inverse, le capitalisme est une forme de dépossession du bien commun au profit des « riches », les empereurs du CAC 40, en France, terre de milliardaires à l’instar des plus fortunés qu’elle. En d’autres termes, la finalité de l’’autogestion vise concrètement une réappropriation des choix du travail , de l’outil de travail et des résultats issus du travail.

Quant à l’économie collaborative, en cousinage d’autogestion, elle peut, sinon se résumer, du moins être entendue ainsi, en inspiration du site Économie Magazine: L’économie collaborative a deux visées : l’économie et le social. Elle tient sur les piliers du partage et de l’échange de biens, de services ou de connaissances entre particuliers. Elle se traduit par un échange monétaire tel que la vente, la location ou la prestation de services, ou un échange non monétaire comme le troc, le don ou le volontariat. Aujourd’hui, les « échangeurs-partageurs »se relient avec des plateformes numériques. En l’occurrence, elles sont une aubaine pour amoindrir les délais, les coûts, avec le risque toutefois que cette fluidification des échanges ne se fassent au détriment de la qualité des échanges de valeurs et de fraternité.

Autogestion, économie collaborative ne sont pas que des bannières flottant au vent creux et volatil de la réalité anarchiste et même parfois des préoccupations écologiques. L’histoire, en effet, distribue des exemples souvent convaincants mais réprimés dans le sang, par exemple par les communistes, si épris d’ordre bâillonnant. Rappels furtifs : la Catalogne et de nombreuses villes et pays, dans l’Espagne entre 1936 et 1939. Les femmes, lors de la mise en place de l’anarchie dans ce pays, nous font faire un grand pas de plus dans l’instauration de réseaux, à la place des pyramides. Elles donnèrent un exemple captivant. En prouvant qu’elles étaient sans doute, très proches des mises en œuvre concrètes de l’anarchie. Pour ce faire elles n’hésitèrent pas alors, à militer en grand nombre pour cette cause qu’elles tiennent, je le crois, plus prometteuse de paix que nos organisations de meute actuelles. La pyramide de pouvoir, une évidence pour les mâles de notre espèce ? Avec la répression sanguinolente de Franco, vendue comme une réponse juste aux violences réelles de certains anarchistes.
Je ne remonte pas à « L’Utopie », le roman d’anticipation de Thomas More (1516) ni à Libertalia, cette colonie de pirates, sur la côte malgache, où tous les biens étaient distribués également. Il suffit de vivre notre époque pour constater que les réseaux libertaires, qu’ils se réclament ou peu anarchiste ou libertaires, deviennent de plus en plus fréquents et éclairants. En phare, la communauté dite Institut d’Esalen, près de San Francisco, dont l’influence est toujours mondiale, depuis sa fondation (1962). Elle est le berceau de la psychologie humaniste et du mouvement du potentiel humain qui engendrèrent et engendrent toujours mille pratiques d’approches douces de l’humain. Je cite encore les SEL, qui se fondent sur la réciprocité, en l’absence d’argent. On en compte aujourd’hui environ 600 dans l’Hexagone. Ce qui est passionnant, avec les SEL, c’est qu’ils sont tous différents. Ils affirment dans l’article 1 de leur Charte : « Le lien est plus important que le bien ». L’animation et la créativité sont aux avant-gardes, Un mouvement à suivre de près. Adieu la pyramide, vivent les réseaux !

La Boulomie – Editions LOL

Réflexions pour le monde d’après : vers une société sans joie ?

La date du déconfinement approche. Vais-je retourner en Loge et retrouver ma phrase fétiche d’introduction (« j’étais en Loge hier soir »), ainsi que tous mes Frères ? Vu le chaos qui s’annonce, je crains que non. On devra aller à son poste, si le télétravail n’est pas possible (et quand on connaît le côté rétrograde du patronat, ce ne sera sûrement pas possible). Par contre, pas de café, pas de pub, pas de salle de sport, pas de théâtre, pas de cinéma, pas de soirées entre amis. Dans la même optique, pas de possibilité d’aller à la plage, en forêt ou à la montagne. Mais nous aurons le devoir de nous entasser dans les transports en commun (qui fonctionneront eux-même en capacité limitée). J’en viens à me poser une question légitime : quelle est la dangerosité du virus pour les travailleurs ? Serait-on moins exposé, entassé dans les transports en commun que dispersé sur la plage ? Je ne crois pas utile d’en rajouter sur les masques : au départ inutiles, et en quantité insuffisante (surtout pour les soignants…), et maintenant indispensables, voire obligatoires et bien sûr payants (bien qu’il ait été demandé aux bonnes volontés, y compris aux professionnels de la couture de créer des masques gratuitement… et que la certification AFNOR soit payante). Et il semblerait qu’on se dirige vers une pénalisation du non-port du masque : 135 Euros d’amende si on se promène à visage découvert. Euh, il me semblait que dans le cadre de l’état d’urgence (dont les dispositions d’exception sont passées en droit commun), il était justement interdit de se déplacer masqué dans les lieux publics… J’avoue être un peu perdu entre ces injonctions contradictoires, et, privilège de privilégié, le déconfinement ne me fait vraiment pas envie.

Pour en revenir à mon propos initial, je pense que nous nous dirigeons vers un monde orienté exclusivement vers l’emploi (du moins pour ceux qui l’auront conservé…), avec toujours moins de droits sociaux. Je ne puis m’empêcher de faire un parallèle avec l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècle, où la caste dominante (les protestants généralement anglicans ou méthodistesi) voulait imposer à la population son mode de vie puritain : pas d’alcool (donc contrôle strict des public houses ou pubs), pas de loisirs, surtout pas de temps libre, pas de spectacles ou d’échanges, et bien évidemment toujours du travail mal payé, car seul le travail rend libre (et est rentable pour le capitaliste, notons-le). A ce propos, le monde de la culture est très inquiet, car les mesures de confinement ont mis les intermittents du spectacle au chômage. En même temps, quand on voit l’abyssal déficit culturel de nos dirigeants, il n’est malheureusement pas étonnant que le monde de la culture soit menacé d’annihilation.

En fait, il faut savoir que la haine contemporaine de la culture remonte à Margaret Thatcher, qui détestait les arts, les humanités. La Dame de Fer avait donc modifié en profondeur la formation des britanniques et avait oeuvré à ce que les cursus soient exclusivement orientés vers ce qui est professionnellement utile. Le reste, autrement dit, les arts, les sciences humaines, la littérature, la poésie, les langues mortes, bref les lettres en général, était très mal considéré. Malheureusement, cette recherche de l’utilitarisme des savoirs s’est installée aussi dans notre pays : les lettres sont (très) mal considérées, étudier les arts revient à être considéré comme un fainéant, et la culture semble être devenue une abstraction. Au point que des hommes politiques peuvent, lors d’un discours ou d’une interview proférer des énormités, traduisant leur ignorance…

La culture est importante dans notre vie prétendument civilisée. En fait, c’est la culture qui civilise, dans le sens où elle permet de créer un langage commun. J’en veux pour preuve que lorsqu’on cite du Audiard, un lien se noue immédiatement entre les interlocuteurs qui connaissent son oeuvreii. Le partage des grands récits, par exemple, nous transporte et nous élève (d’où l’utilité politique d’un roman national, néanmoins absurde historiquement). Les comédies les plus grasses qui nous font honteusement rire ont le bienfait de la catharsis. Les humoristes nous aident à mieux supporter le monde qui nous entoure. La culture apporte de la joie, ne l’oublions pas. C’est pour cela qu’il faut impérativement en protéger les professionnels, incluant les fameux « intermittentsiii » et leur permettre de vivre décemment !
La culture porte la beauté. Or, le contact avec la beauté, quelle qu’elle soit, nous apporte une forme de joie, dans le sens où elle nous aide à nous améliorer. C’est pour cela que nous avons besoin, dans nos Temples maçonniques, de Sagesse, de Force et de Beauté.

Enfin, la culture est une arme redoutable. En effet, l’histoire nous aide à comprendre le monde dans lequel nous sommes et nous enseigne les erreurs des générations passés, alors que la connaissance de la langue nous aide à trouver le sens profond des mots, ce qui peut la rendre très dangereuse pour un Etat policier. Prenons l’exemple d’un terme à la mode en ce moment : obéir. Obéir aux règles de l’état d’urgence sanitaire. Or, le verbe obéir a la même racine latine, audire, que le verbe ouïr, qui signifie entendre. Etant donné les discours discordants, la cacophonie des plans divers, le chaos des instructions de l’exécutif sans oublier les mensonges proférés depuis le début de la crise, je crains fort qu’il n’y ait plus rien à entendre, et donc plus rien ou plus personne à qui obéir

Ne laissons pas s’installer ce monde sans joie que nous promettent les grands patrons et leurs séides politiciens. Ne nous laissons pas voler le temps de la culture qui est aussi le temps de la civilisation et de l’humanisation. Cultivons-nous, résistons au monde qui vient, et soutenons les artistes et autres vecteurs de la culture qui en ont réellement besoin ! Protégeons la culture et sauvons notre joie !

Ne nous laissons plus faire.

J’ai dit.

iCf. Tom Hogkinson, Eloge de l’Oisiveté, Les Liens qui Libèrent, 2019

iiJe n’aurais jamais pensé que citer Audiard me ferait passer pour un être cultivé !

iiiPetite précision utile : je côtoie pas mal d’intermittents du spectacle. Et leur quotidien n’a rien, mais alors rien d’une vie de privilégié. Alors, arrêtons de vouloir leur pourrir la vie et de remettre en cause leur statut. Ils en ont besoin pour vivre et créer.

Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? 13 Conclusion

Conclusion
En route !

Cri dans le désert d’Arne Naess, dès les années 60 : « L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout » L’extrait vient de son livre au titre déjà révélateur : « Écologie, communauté et style de vie ». Déjà le lien entre notre état de nature et le fonctionnement de notre société. Et le monde commençait à avoir de la fièvre.
Au bout du chemin sur l’état de santé du monde, on se rend compte que ce qui parle au plus profond de l’humain, ce ne sont pas les cultures mais sa nature. Son étude relève d’abord et impérativement de l’éthologie. Nous sommes en cousinage de deux singes ; ils nous apprennent l’essentiel qui palpite dans nos tréfonds : les chimpanzés sont aiguillonnés par la compétition et règlent leurs fréquents conflits sans effusion de sang. Leur organisation est plus pyramidale. Les bonobos, eux, vivent sous le signe de la coopération ; ils règlent leurs conflits par l’affection et la sensualité. Ils préfèrent plutôt, entre eux, les relations en réseaux. En nous, jusqu’alors, le chimpanzé domine. En nous, avec l’hyper-capitalisme et les tristes affabulations qu’il provoque, la déification de l’argent, la consommation frénétique t les technologies pour le meilleur et pour le pire, les guerres en horreurs consommées, nous sommes, hébétés, sous le signe de la compétition. Mais nous sommes aussi des bonobos qui savons coopérer avec intelligence et dévouement, dans les situations douloureuses. Il nous reste donc à recouvrer la santé. Pour cela, osons rebâtir avec les blocs des pyramides qui nous contemplent depuis des siècles.
Commençons par changer radicalement notre regard d’observateurs de nous-mêmes, scientifique ou pas. Prenons la métaphore de l’arbre : l’éthologie nous pose en animal grégaire. C’est notre racine. En sort, le tronc de l’anthropologie et de la sociologie qui étudient les structures et les cultures. Les grosses branches avec les approches de la dynamique des groupe qui nous éclairent, en particulier, sur le fonctionnement des cellules anarchistes Puis les psychanalyse et psychologies qui en sont les branches ; enfin la connaissance de l’humain par lui-même : l’introspection et l’holistivité, ce regard qui embrasse spontanément le tout, le complexe, en dépassement de l’objectivité et la subjectivité.
Avec un regard renouvelé, retrouvons la concentration, la communion et la contemplation. Je me suis efforcé à prescrire un remède à l’état fiévreux du monde. Je le crois susceptible de l’aider à recouvrer une nouvelle santé et de palpiter en ces trois mots de rencontre. Le risque ? La complexité qui empêcherait l’humain de bien prendre en compte ses enjeux d’une société future libertaire.
Car « Quand le travail se fait brouillard, l’humain aussi se vaporise». J’espère que le brouillard s’est, au moins vaguement levé, grâce à la liste des personnages que le système nous demande d’endosser. En ordre croissant d’influence : des marionnettes compulsives et avides, un humain omniscient et hyperactif ; un saigneur, un seigneur, un soumis, des schizophrènes, un humanimal  agressif, et peureux, enfin un humain en passe de devenir un libertaire.

Notre conscience collective prend en charge ces personnages d’importation. Mais le retournement, avant l’effondrement exige, en premier lieu que l’on regarde en face ce que nous sommes sans doute : des schizophrènes qui balbutient de plus en plus entre de nombreuses injonctions contradictoires. Le système, de plus en plus prégnant, de double contrainte nous fait trébucher : nous voulons tout à la fois ; et rien en même temps. Nous sommes avides de modes et de clans, dans l’occultation par l’écran des écrans
Les révoltes et les découvertes pointent leur museau dans des essais. Ils sont, à ce jour et malgré, les pesanteurs d’arrière, concluants : l’éducation libre, l’exemplarité revisitée avec les neurones-miroirs, l’après-vie avec les EMI et les hypothèses sur la survie de notre conscience hors du corps, la transmission épigénétique …et les éco-villages… tout cela, des traductions des utopies en anarchie pacifique. Reste la question métaphysique et vitale de tous les temps : mais qui sommes-nous ?

Oui sommes- nous, aujourd’hui, dans cet imbroglio, ce charivari, ce bredouillis ? Il faut, de plus en plus, que nous soyons à la fois, sous la pression de la société d’argent et de pouvoir, les humains ci-dessous :

• Cratophile ET arquéphile,
• En pyramide ET en réseau,
• Compétitif ET coopératif,
• Ocnophile ET stylobate,
• Solitaire ET solidaire,
• Prédateur, guerrier ET pacifiste,
• Individualiste ET mondialiste,
• Pressé ET méditatif.

C’est ainsi, la société actuelle nous moule, nous façonne, nous modèle en forte schizophrénie. En outre, elle sait bien réveiller nos peurs ancestrales avec le principe de précaution. Et le déversement publicitaire manipulateur. Enfin dans ces doubles injonctions, cette société nous menace d’abandon devant une épidémie virale : c’est la panique. Trembler, ensemble, devant ces dangers, devient la norme de la norme. C’est cela la norme. Elle est un puissant facteur de paix et une sécurisation intérieure. S’efforcer sans cesse de revêtir ces tuniques contradictoires, fait de nous des normosés. Alors, le pari de l’écolo-anarchie, de l’anarchie verte n’est-il pas pure utopie, puisqu’il exige de revenir à notre racine grégaire et à en remettre en cause des composantes « chimpanzées » pour mieux s’embrasser dans des réflexes bonobos ? Moi, j’y crois. Et vous qui lisez ce texte ?

Vite, cassons la voix ! Avant il fallait choisir, sous le joug religieux, un rôle réputé bon et fuir un autre de mauvaise réputation. C’était le règne du OU. Aujourd’hui, avec « la double contrainte », l’injonction paradoxale, nous devons ingérer des contradictions indigestibles. C’est le royaume du ET. Demain, me semble-t-il, nous aborderons d’autres rives, avec le NI/NI. La société en réseaux, l’écolo-anarchie, l’holistivité sont les conditions de cette alchimie. Le Grand Œuvre ? Un humain biophile, dans l’écologie de l’harmonie : avec soi, les autres, la nature.
Ils étaient des bagagistes tranquilles, nous somme des voyageurs inquiets, nous serons des explorateurs courageux. Par les effets d’ « une spiritualité pour agir », chaque humain sera un lac d’amour, dans le réseau de la société humaine. Ainsi, ce sera un NI/NI de douce rébellion. Quoi ? Pas une moyenne, ni une synthèse, ni un juste milieu, pas plus que l’ «aurea mediocritas » des sages de l’Antiquité, mais un nouvel hôte terrestre en tunique d’humble splendeur. Regards vers la Lune et le Soleil ésotériques.
Quand l’eau se transforme en vapeur, quand le feu rayonne de lumière, quand la terre jalouse ses germes, quand l’air balaie les montagnes, alors la Lune et le Soleil s’unissent en effusion circulaire d’amour. C’est la syzygie. Quand l’Homme, à l’instar des deux planètes, s’embrasera de la sagesse du sens de la vie, d’adaptabilité mesurée, de connaissance de soi, de fraternité pour lui est les autres, de biophilie en grande révérence pour les vivants, alors il agrippera le Sol(eil) et la Lune. Les astres l’adouberont « Solune », pour que la chouette hulule et la souris file.

Ne tardons plus pour que le monde reprenne des couleurs. Quatre premières tâches urgentes :
1 Maîtriser les épidémies
2 Sauver les 22 000 enfants qui meurent chaque jour de faim ou de violences.
3 Développer une stratégie pour une contraception choisie.
Étudier et mettre en place tous les moyens, préconisés par une recherche mondiale, pour réorienter l’agressivité des humanimaux mâles.

La Boulomie – Editions LOL

Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? 12 L’anarchie ; le libertaire (2ème partie)

Nous sommes, pour la majorité d’entre nous, sous la domination du scientisme, le royaume de l’objectivité . Il est réputé que ce qui se démontre rigoureusement est exact. Et avec des dérives actuelles inacceptables. Premier exemple de la tyrannie de la loi du « Des faits, rien que des faits ! ». Les expériences sur l’efficacité et l’innocuité des médicaments sont très encadrées, menées selon les rigueurs de la statistique. Il en ressort souvent que les personnes traitées représentent x% de la population étudiée. Et qu’un autre pourcentage de guérisons est dû à l’effet placebo : ces personnes ont guéri alors qu’elles n’ont pris que des substituts neutres. Et que faisons-nous, empêtrés de scientisme ? Médicament sur le marché sir le pourcentage de guérison est assez élevé. Point, rien d’autre. Mais ceux qui ont guéri grâce à l’effet placebo ? « Pfuitt, circulez, il n’y a rien à voir, ce n’est qu’un effet placebo, on l’a démontré ! ». Inaudible, puisque ce fameux et méprisé effet a guéri effectivement en toute subjectivité. Alors qu’une recherche mondiale devrait, de toute urgence, répondre à la question centrale : Qu’est-ce qui a déclenché l’effet placebo ? Que se passe-t-il dans la tête d’une personne qui en bénéficie ? Comment le provoquer ?… Les humains arriveront à se poser cette question quand les « sciences » humaines connaîtront un essor significatif. Ce qui est envisageable, aujourd’hui, vu l’état fiévreux du monde.
Un second exemple précis de cette attirance vers les faits, au détriment de la descente en soi : la psychanalyse est boutée hors du champ psychiatrique car ses résultats ne sont pas démontrés. Et tant pis si les analysants se sentent en meilleure harmonie interne, comme externe. Mais on ne peut se passer d’approches psychologiques. Et on le saura de moins en moins avec la croissance des dépressions. Alors on réduit l’exploration à ce qui marche vraiment, c’est-à-dire qui est observé, mesuré, avalisé. Ainsi le champ psychique n’est acceptable qu’à ces conditions. Résultat, l’invention, l’invasions des psychologies cognitives et comportementales, les TCC. En grand renfort de l’approche dualiste boiteuse : subjectivité et objectivité. Demain la guérison du malade exigera, c’est mon avis, une autre approche mentale, hors du OU/OU, du ET/ET, pour atteindre le NI/NI. Ce n’est plus la subjectivité OU l’objectivité ; pas plus que la subjectivité ET l’objectivité. NI l’une NI l’autre mais une troisième manière de vivre Il fallait donc trouver un nouveau terme pour caractériser cette faculté mentale. À savoir, susciter en soi, d’emblée, une vision qui prenne en compte la complexité et cherche à lui donner un sens. J’ai trouvé que cette faculté avait un nom depuis 1926 : l’«Holisme » décrit ainsi par Jan Christiaan Smuts : « La tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties au travers de l’évolution créatrice…L’holisme se défi nit donc globalement par la pensée qui tend à expliquer un phénomène comme étant un ensemble indivisible, la simple somme de ses parties ne suffisant pas à le définir. De ce fait la pensée holiste se trouve en opposition à la pensée réductionniste qui tend à expliquer un phénomène en le divisant en parties » ; Dans la foulée, en 1975, Joël de Rosnay lance un ouvrage majeur pour inciter à la pensée holiste, « Le Macroscope ».Tout y est annoncé de la révolution de la pensée. J’ai tiré de « holisme » le terme « holistivité », en consonance avec ceux de subjectivité et objectivité.
Aujourd’hui déjà, et demain plus sûrement, l’humain situera sa relative possibilité d’émancipation au croisement des chemins de réseaux de groupes libertaires et de ceux de l’écologie, d’une part et de l’holistivité d’autre part. Ces deux facteurs se rejoignent dans la pleine conscience de notre fonctionnement en meute. Ainsi l’écologie et l’anarchie trouvent leur point de jonction. L’affaire n’est pas nouvelle : L’écologie libertaire, l’anarchisme vert naissent vers 1930, en références aux travaux de Pierre Kropotkine et d’Élisée reclus, géographe et Franc-maçon. Déjà, ces courants dénonçaient le seigneur-saigneur, comme j’ai appelé l’humain plus haut. Renoncer à dominer la nature et d’abord la sienne, la vie en meute, l’instinct grégaire.

Chaque individu, dans des réseaux, ne passera plus son temps à acheter tout et rien, à guigner le pouvoir ou s’y soumettre. Il conjuguera, comme déjà dit, le solidaire et le solitaire. Les spiritualités déploieront leurs ailes, le développement personnel, aussi. Le mouvement est enclenché clairement depuis les années 60. Auparavant, quelques élus seulement accédaient à ces recherches d’ascendance. Aujourd’hui, sous l’influence des spiritualités orientales, le mouvement gagne de nouveaux élus de tous horizons. Les thérapies abolissent leur frontière avec les spiritualités et les éclosions des approches du potentiel humain. Cette révolution quasi-génétique, nous fond avec le vivant. L’efflorescence spirituelle est la croisée des chemins. On sent bien, aujourd’hui, que quelque chose cloche au-delà des névroses individuelles inévitables. Ce quelque chose, avant, c’était une divinité. Le libertaire recherche l’UN et le TOUT, dans son harmonie avec lui-même, les autres et la nature. Il me semble que plus les souplesses d’une anarchie revisitée animeront la meute, plus les besoins de spiritualité, de développement personnel s’atténueront formellement. La quête de l’harmonie passera, en partie, par ces modes de vie. L’expérience plus que la connaissance , en belle aube d’une anarchie verte en partage avec les autres. Bien moins en ce qui touche la connaissance de soi-même qui restera un royaume luisant et grimaçant à explorer encore et encore. Ce sera un fruit de la liberté… de l’égalité, de la fraternité !

Je laisse le mot de la fin à P. Teilhard de Chardin, pas un révolté mais un visionnaire! Il pressentit les lendemains : « Pas d’avenir évolutif à attendre pour l’homme en dehors de son association avec tous les autres hommes ».

Nous voici au terme de notre périple. Je vous ai invités à aller des symptômes les plus criants pour remonter progressivement au terrain, celui de l’angoisse primordiale caractéristique d’une meute humaine. Avec une réponse possible et, je le crois et le pense, probable.
Jusqu’où la vie en libres réseaux et l’holistivité apporteront-elles. à l’état fiévreux du monde, une claire vigueur de joyeuse santé? En deux mots : une anarchie verte !

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Arbeit macht frei

Sinistre devise que cette incantation que l’on retrouve en frontispice des camps de concentration et des camps d’extermination. Et pourtant, cette devise n’est pas une création des nazis. C’est un héritage luthérien. Pour ces braves gens, le travail est censé rendre libre, avec les grands poncifs de la prédestination, l’expiation de la faute et toutes ces fadaises. Cette devise est née en Allemagne au XIXe siècle sous la plume d’écrivaillons divers, qui estimaient que seul le travail pouvait permettre la rédemption des délinquants. Il est aussi intéressant de noter que les usines chimiques de l’IG Farben (le consortium des grandes entreprises allemandes de la première moitié du XXe siècle, fabricantes notamment de l’ypérite et du Zyklon B) avaient comme frontispice de leurs usines cette devise, reprise par les nazis à l’entrée des camps de concentration et d’exterminationSinistre proximité, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas mon propos que de chercher les liens entre Industriekultur et nazisme i.
On retrouve cette idée de salut par le travail en Angleterre, autre pays protestant, où ont été créées les « maisons de travail » aux XVIIIe et XIXe siècles pour les gens désoeuvrés ou au chômage suite aux crises diverses. Le travail y était fort simple : il s’agissait de casser des cailloux plusieurs heures par jour. Pour qui ? Pour quoi ? Dunno. Finalement, le bullshit job n’est pas si récent qu’on ne le croit…

Mais au fond, qu’est-ce que le travail ? Hannah Arendt nous invite dans La condition de l’homme moderne à distinguer l’animal laborans (le labeur absurde et déshumanisant) de l’homo faber (le processus de création de l’oeuvre qui humanise). La bonne question est de savoir quel est ce travail qui rend libre. Labeur ou ouvrage ? C’est plus compliqué que ça. J’aurais envie de dire aucun des deux, et que cette incantation est une vaste escroquerie de protestants capitalistes d’un autre siècle. On peut aussi se poser la question ô combien marxiste de la distinction emploi-travail. Reste à savoir lequel rendrait le plus libre, mais surtout lequel a le plus de sens. Un parent qui travaille à élever ses enfants n’est pas reconnu comme employé et n’a pas droit à la protection sociale ni à un quelconque revenu. Une personne qui occupe un emploi indispensable à la vie en société est souvent méprisée ou décriée. Ce sont les personnes qui travaillent dans le soin ou qui assurent le lien social comme les caissières. Le lien social n’étant pas quantifiable et le soin n’étant pas rentable, ces personnes sont payées en raison inverse de leur utilité sociale. En revanche, une personne qui occupe un emploi inutile ou néfaste, comme consultant RH en conduite du changement (vous savez, ces gens qui ont transformé France Télécom au début des années 2000 ou qui massacrent la Poste), ou trader (vous savez, ces gars qui font un pognon de dingue en spéculant sur le prix de matières premières alimentaires) gagnent en quelques semaines ce que les catégories socio-professionnelles essentielles gagnent en une année, voire plusieurs. Ce qui montre bien qu’on ne s’enrichit pas par le travail salarié, surtout quand on réalise que la vente d’un bien immobilier familial rapporte plus que plusieurs vies de travail…

A présent, imaginons un monde dans lequel il faudrait travailler jusqu’à 60 heures par semaine pour ceux qui ont un emploi, où il n’y aurait plus de congés payés (ou moins que les 5 semaines réglementaires, quand ils ne sont pas imposés arbitrairement), et où les lieux de loisir et de détente seraient fermés pour cause de sécurité sanitaire, la bonne blague. Un monde sans Loges ? Ah Seigneur, mon Dieu ! Un monde sans partage, sans amour et sans joie. Un monde où toute la politique, toutes les décisions seraient orientées vers l’économie (terme thucydidéen signifiant les profits des grands groupes). L’État lui-même serait au service de l’économie, au point que les pertes des grandes entreprises seraient mutualisées et renflouées par l’État, alors que les profits seraient individualisés et partagés par une oligarchie. Un monde où les salariés de base seraient interchangeables, pendant que les cadres et décideurs appliqueraient avec soin « la méthode », qui consiste à remplir des tableaux, dont les cases changent de couleur selon les données qu’on y insère, ces données étant ce que l’on appelle des indicateurs RH. Des données qui, à l’instar du PIB, mesurent tout sauf l’essentiel. Bien évidemment, dans ce monde, les instances de surveillance comme l’Inspection du Travail se retrouveraient bridées et ne pourraient plus exercer leurs missionsii.
Donc, ceux qui auraient la chance d’avoir un emploi devraient travailler plus, et gagner moins, et ce jusqu’à leur épuisement total, voire leur mort. Mais comme personne n’est irremplaçable
et que du boulot, il y en a pour ceux qui veulent s’investir à fond, ça ne posera pas de problème. Bon, pour le drame humain que peuvent représenter un burn-out voire un suicide, ce sera toujours la faute de l’employé, trop faible et pas assez investi Ah, le monde merveilleux de la Start Up Nation, cette gigantesque escroquerie. J’aurais envie de répondre ce que chantent les métalleux de Sidilarsen : Start Up Nation ? Fucked up generation.

Je pourrais continuer des pages, mais vous aurez compris où je veux en venir. Ce monde qui nous attend, c’est le monde d’après le Grand Confinement. Un monde dans lequel nous aurions tous à bosser comme des tarés, où nous aurions tous à payer l’incurie de nos dirigeants, et dans lequel nous devrions nous sacrifier pour l’économie et les profits de quelques uns. Sombre dystopie, me direz-vous ? Non, vous répondrai-je. C’est le monde dont rêvent les grandes organisations patronales européennes. Un monde où le travail salarié serait à la fois valeur, garantie etc. Tous ces braves gens sont très imprégnés de l’éthique protestante, celle-là même qui a fondé le capitalisme et soigneusement analysée par Max Weber. Toujours travailler et faire travailler les autres, parce que rien ne doit exister en dehors du travail rédempteur, à en juger par les prises de position d’organisations patronales européennes. Cette même pensée est celle qui a engendré le terrible Arbeit macht frei. Travailler toujours plus. Pourquoi ? Pour être libre ? Donc travailler des heures par jours pour gagner un salaire à peine suffisant pour vivre devrait rendre libre ? J’ai plutôt l’impression qu’il s’agit d’acheter sa libération de prison par une peine forcée, un genre de travail de Sisyphe à durée déterminée. Le fameux labeur décrit par Hannah Arendt, qui nous animalise ou nous éloigne de notre humanité.

Nous autres Francs-maçons avons l’habitude de dire « Gloire au Travail ». Mais il ne s’agit pas de glorifier le travail salarié à la con, ou alors je n’ai rien compris du tout. Le vrai travail est le travail de civilisation et de culture (dans lesquels on peut inclure le travail du soin et le travail reproductif), et c’est ce travail qui est à glorifier, pas celui qui consiste à accomplir des tâches mal salariées, plus ou moins utiles et plus ou moins néfastes, au nom de l’enrichissement d’une élite dévoyée. Je me souviens d’une parole prononcée par feue la philosophe Monique Castillo, à l’occasion d’un cours du soir sur Hannah Arendtiii. Elle nous invitait à « nous mettre au service de quelque chose de plus grand que nous». La définition du plus grand que soi est à l’appréciation de chacun, mais je doute que faire progresser les dividendes d’un quelconque CEO d’événementiel d’entreprise en B2B n’en fasse partie… Je pense plutôt qu’il s’agit de la troisième déclinaison du travail proposée par Hannah Arendt, dans la condition de l’homme moderne : l’action. L’oeuvre nous humanise, et l’action nous permet de bâtir l’histoire, d’écrire notre récit. Le hic est que l’action ne plaît pas du tout aux politiques autoritaires, ni les regroupements, ni tout ce qui peut permettre de se poser des questions.

En fait, je crains que les jours heureux ne soient que ceux des organisations patronales, qui auront des ouvriers interchangeables, que ni la loi ni les syndicats ne protégeront et sans aucune autre perspective que le labeur et l’emploi à mort. Encore un pas en avant qui sera un retour en arrière. La régression, c’est le progrès, visiblement. Un peu Orwellien, non ? Est-ce cela que nous voulons, vraiment ?

Sinon, l’Espagne est en train de mettre en place un système de revenu universel.

Ne nous laissons plus faire. Agissons. Vite.

J’ai dit.

PS: exemples d’action, le boycott et le soutien à l’économie locale. Le soin aussi.

iVoir plutôt le très bon Libres d’obéir – les racines nazies du management de l’historien Johan Chapoutot, qui explique la pensée prussienne antérieure au nazisme, ainsi le parcours d’un nazi, Otto Hahn, devenu enseignant, et dont les idées ont influencé le management moderne contemporain.

iiPolémique la plus récente en date : https://www.liberation.fr/france/2020/04/21/des-inspecteurs-du-travail-se-rebellent-face-aux-pressions-de-leur-ministre_1785845

iiiEt là, vous avez compris d’où je tiens mes sources.

 Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? 11

L’anarchie,
Un libertaire
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Un crochet historique, avant le retour chez nous, à notre époque. Le jaïnisme, religion de l‘Inde prône le respect intégral de la vie sous toutes ses formes. Cette biophilie avant la lettre se dénomme « maitri ». En outre les moines jaïns vivent nus, sont végétariens, au point de faire attention à ne pas troubler les vers de terre quand ils déracinent une plante. Ils pratiquent la non-violence, le pardon et l’égalité, depuis le XXe siècle avant JC. Des motifs d’espérer pour cet humain fiévreux  de notre époque ?
Et puis les 500 écovillages dans le monde dont Findhorn en Écosse (1962), de type New Age anarchiste et écolo. Longo Maï en Provence, coopérative autogérée de 1972, toujours très vivante. Elle relie des coopératives de plusieurs pays. Encore plus proche, la toute jeune et belle d’espoir, la commune de Saillans, village de 1300 habitants dans la Drôme. Comme le dit la journaliste qui relate cette expérience… Non, le mot n’est plus le meilleur : plutôt… cette victoire sur le modèle vertical du « premier de cordée » : « Il faut apprendre à se parler et travailler ensemble, tenter de repérer nos vieux réflexes et nos constructions profondes ». Mentionnons aussi les AMAP, les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. Elles mêlent, en harmonie, plusieurs aspects de l’écologie, les soins portés à la terre, le respect des espèces entre elles, la production d’une nourriture saine, la valorisation d’une néo-paysannerie… Il ne s’agit plus d’exploiter la terre, comme on dit couramment, mais d’en être le partenaire.
Terminons ces rappels avec les florissantes « communautés intentionnelles », 1200 recensées à ce jour. Chez elles, plus de croissance, ni de consommation. Une étude de 2008 montre que les communautés intentionnelles étaient nettement plus satisfaisantes en qualité de vie, que d’autres groupes étudiés dans cette recherche. Les chercheurs concluent : « Une communauté semble offrir une vie plus en accord avec l’être humain que la société majoritaire… Premièrement, le lien social ; deuxièmement le sentiment de trouver un sens et, troisièmement, la proximité avec la nature ». Cela implique des modes de vie pacifiques et coopératifs, dans l’espoir d’éradiquer la guerre. Ces héritiers des communautés hippies, préfigurent, selon moi, l’avenir de nos sociétés.

Constatation essentielle : Esalen, Findhorn, Longo Maï, les écovillages, les communautés intentionnelles… Saillans prônent et vivent la sensibilité écologique. L’anarchie qui se profile sous nos yeux unit donc la latéralité dans la meute avec la biophilie. F Lenoir, encore lui, assène : « Finis les fossés mentaux, autrefois si profonds, séparant les animaux des humains, les humains de la nature, la vie de la non-vie, voici venue l’idée du grand continuum ». L’anarchiste, aujourd’hui aime les rousserolles effarvattes et les vers de terre, comme les bouleaux et les ruisseaux., les silex et les collines.

Ces mouvements, la prise de conscience trop tardive des désastres commis par l’humain, éveillent depuis le milieu du siècle dernier un retour à la nature. En déploiement dans plusieurs pans de notre existence : recours à des matériaux naturels recyclés, abolition de l’horreur plastique, expulsion des nourritures bio, rejet progressif de la voiture, médecines nouvelles…en sourdine la question angoissante du nucléaire civil et militaire. Comme celle de ces pays qui se moquent, avec un dédain caustique, de l’effondrement qui gronde. En revanche, le naturisme moderne conjugue en grande harmonie saluable, le nudisme, le végétarisme et une éthique fondée sur les respect de soi, des autres, de la nature ; comme sur une égalité complète : des corps nus ne sont-ils pas égaux ?
Dans l’orbite écologique, la gestion des déchets, un énorme problème, devient une seconde nature, en suite des tris de notre époque : « Le schéma alternatif considère les déchets comme des nourritures constituant de nouveaux points de départ. …C’est une façon nouvelle et active de mettre en acte la continuité réaffirmée de l’humain et de la nature. En s’insérant dans les cycles naturels » résume J Rifkin.
Ces réseaux, ces communautés, ces écovillages, ces villes autogestionnaires ont découvert leur très forte confluence avec l’écologie radicale, la biophilie, dont elles étaient déjà porteuse, sans démonstration sémantique. Porter un regard éthologique sur la meute humaine, comme d’un fait de nature, sans appel nous amène à découvrir que toutes ces microsociétés chantent, encore en sourdine, l’avènement du lien de cause à effet entre l’éthologie humaine et l’anarchie. Avec le sens grossier des formules : « Un biophile est nécessairement un anarchiste ». D’où l’appellation d’« Anarchie verte » ; Sauf, et je suis sourcilleux, que le terme « verte » devrait précéder le système qui en découle. La « Verte anarchie serait plus conforme mais sonne encore bizarrement aux oreilles.
Soyons prudents néanmoins dans le désir de sociétés libertaires. Les anarchistes, en effet, malgré leur bonne volonté, restent, pour la plupart des anthropocentristes affirmés : Ils s’imaginent volontiers que l’humain est un être douée de conscience et de raison. Voltaire affirmait déjà : « l’homme est un animal pas comme les autres ». La moindre réflexion éthologique nous rappelle que rien, en effet, n’est plus inexact que cette réduction à ces deux facteurs valorisants. La moindre réflexion éthologique nous rappelle que rien n’est plus inexact, si nous le réduisons à ces deux facteurs. Car ils ne sont que le fruit social apparent et rassurant des racines inconscientes : pulsions, besoins, désirs au niveau de l’individu ; instinct grégaire sur lequel repose tout notre édifice psychique. Il suffit de se reporter aux déclarations de diverses branches de l’anarchie pour se rendre compte des glissements, des patinages, et la répétition des clichés, sans qu’il soit, ou très rarement, fait allusion à l’instinct grégaire, à l’esprit de meute, notre socle pourtant. Par exemple, l’anarcho-pacifisme gomme le désir de pouvoir, l’agressivité meurtrière inhérente aux mâles humains, qu’ils soient patrons, salariés, syndicalistes ou anarchistes. Autre exemple, l’anarchisme individualiste, centré -le terme l’indique- sur l’épanouissement en liberté, de l’individu avec la mainmise, sur lui, du corps social. C’est aller trop vite en besogne et être aveugle sur le fonctionnement des meutes : d’abord des groupes de survie, d’autodéfense en surplomb des individus. L’anarchisme, tout entier, est lui aussi, complètement anthropocentriste sauf l’écolo-anarchie que j’aborde ci-après.

Beaucoup de nos clichés culturels périmés devraient et vont voler en éclat. Au premier chef, les statut et rôles des femmes dans le patriarcat déclinant. L’éthologie d’une meute, nous apprend que les femelles sont dominées par les mâles. Dans la meute humaine, ils en ont toujours profité en abus très insolents., contrairement aux animaux de meute. Et les femmes qui refusent la soumission s’évertuent parfois à agir comme les hommes. Paradoxe d’une double soumission ? À vous de juger. Mais dans un système libertaire, chacun(e) est appelée à vivre et agir selon son génie propre, dans les cadres spontanés de ses groupes d’appartenance. Et les femmes n’en sont certes pas dépourvues. Au point que je crois, c’est encore une croyance, que les femmes seront des actrices de premier plan dans l’avènement des réseaux de cellules libertaires. Dois-je chantonner, en suite de Jean Ferrat inspiré par Aragon, La femme est l’avenir de l’Homme ?

L’éducation sera, bien évidemment, non point remaniée par des réformes, mais reprise dans sa nature. Là encore, des bornes jalonnent avec brio le chemin jusqu’à nous. Les expériences de pédagogies alternatives sont suivies, avec minutie, par plusieurs éducateurs. De Francisco Ferrer, libertaire et franc-maçon à Maria Montessori, à Ovide Decroly puis au grand Célestin Freinet… en passant par les « Libres enfants de Summerhill ». De multiples essais aujourd’hui de cette éducation qui est plus « nouvelle » comme on l’appelle mais renversante.
Apprendre aux enfants les fondements humains de l’anarchie : l’introspection, l’observation de la meute des humanimaux, le recul solitaire, la fraternité au fur et à mesure spontanée, les décisions en groupe, l’amour de la vie sous toutes ses formes… Développer cette forte citation de Mai 68, qui pourrait être celle des bonobos : « Faites l’amour pas la guerre ! » Aller plus loin. L’enjeu sera d’apprendre aux gosses à s’enraciner dans leur vécu inconscient et affleurant grégaire. Qu’ils ne prient plus en anthropocentristes, comme on le ferait en religion, en victime consentante et débordée par les « mystères », comme l’on dit. Avec, au nombre de ceux-là, le recul sur les directives de conduites morales qui, sans cesse nous conditionnent, comme je l’ai expliqué plus haut. Mais, le point capital d’une nouvelle éducation, en sus de l’apprentissage de l’anarchie citoyenne, touche à notre manière de raisonner et, par-là, d’appréhender le monde.

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Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? La meute Un humanimal : agressif et peureux 2ème partie du chapitre

La meute
Un humanimal : agressif et peureux

2ème partie du chapitre

Au niveau du grand groupe social, comme la patrie, cela s’appellent les guerres, comme on le voit, dans les bandes rivales de chimpanzés ou à l’intérieur d’une seule bande. Seulement, les chimpanzés, tout au plus se mordent. Les humanimaux, eux s’entretuent parfois en délices mêlées aux larmes et aux chairs déchirées. Le XXe siècle fut le pire que les Hommes aient jamais connu : .60 millions de tués: deux guerres mondiales, la Shoah, le Goulag… Alors faudrait-il éradiquer la violence, si tant il est possible et de n’en garder que la partie indispensable pour la survie ?
Le faisons-nous ? Certes pas, nous jouissons bien au contraire des scènes de meurtre, de torture, des accidents mortels ou pas. La télévision et le cinéma abreuvent notre complaisance, à vivre, en médiation douce, l’horreur enchanteresse. J’entends les aristotéliciens : bien au contraire c’est un moyen de se débarrasser de nos désirs agressifs. Il s’agirait non pas d’un appel au meurtre mais d’une purgation. D’accord ! Pourtant, de plus en plus de recherches démontrent le contraire : les violences représentées nous inciteraient à faire de même dans la réalité. Les expériences historiques, de Stanley Milgram, sur la soumission à l’autorité, ont ouvert le ban. Ne serions-nous pas, en majorité, des nazis en puissance ? Je ne parierai pas sur moi ! Et que faisons-nous ? Toujours plus de viols, de meurtres sur les écrans, en odieuse apprenance.

Conclusion – Éduquons nos enfants à maîtriser leur agressivité innée. Pas suffisant parce que se cache, tapi au fond de nous, la jouissance à contempler l’horreur. Elle est responsable du déferlement médiatique que je viens de rappeler, qui sait si bien tirer les ficelles des marionnettes. Pour l’instant, les expériences apprennent deux choses :
D’une part, la délectation au spectacle de la violence chez les autres. Ce que j’appelle le syndrome de l’accident. Qui ne freine pas, sur la route, pour éprouver de près la délicieuse sensation que procure la vue de la voiture accidentée ? Mais, ce n’est pas tout. Une autre expérience ne nous apprend rien sur nous mais le confirme nettement. Soit la mise scène d’une voiture atterrie dans un fossé, au bord de la route, très fréquentée. Les gaz du pot s’échappent encore. En outre, on aperçoit clairement une silhouette à l’intérieur. Et les expérimentateurs observent et dénombrent le pourcentage de chauffeurs qui s’arrêtent pour porter secours. La majorité freine, c’est le syndrome de la voiture accidentée. Mais à peine un tiers se gare, pour aider celui qui est prisonnier de l’habitacle. Voilà bien ce qui est en nous de l’ordre du chimpanzé qui admet la violence plutôt que de celui des bonobos, qui préfèrent l’amour.
D’autre part la panique paranoïaque et hystérique qui s’empare de tous ou presque quand cette violence menace la meute. Je me permets de rappeler une incroyable constatation. Qu’un virus fasse 3000 morts dans son pays et au-delà, dans l’humanité, alors la peur-panique saisit la meute et nous fait recourir d’urgence aux masques ; à remplir les caddies, dans un aveu sidérant des perlaborations inconscientes : « On ne sait jamais ; je préfère prendre mes précautions ». Alors que chaque jour 22 000 enfants, je l’ai écrit plus haut, meurent de faim ou de sévices, soit toutes les quatre secondes. Que pèse des épidémies face à cette effrayante statistique ? « Oui peut-être mais, moi, je n’y peux rien » s’excusent à bon marché les pharisiens. Que nous sommes en majorité. La violence proche est aussi bien un régal qu’une horreur, les deux bien mêlés, cela s’entend. Voilà le syndrome de l’accident que je viens de présenter Avec des justifications pour cacher les délices culpabilisantes : « Si je ralentis, c’est pour voir s’il y a des secours….Comme c’est le cas, je suis reparti ».
Notre prolifération est la cause profonde de nos masques de volitions de paix. Ainsi leur origine est non point culturelle, mais naturelle. Le monde est violent ; les humains y répondent, en pleine paranoïa, par leur violence. Elle fut utile à l’aube de l’humanité car les dangers naturels étaient bien réels. Aujourd’hui, plus de risques naturels ; ils sont jugulés mais la violence subsiste. Elle est détournée dans l’effroyable arsenal nucléaire, par les dictatures, par le port de masques : ne devons-nous pas, en effet, nous défendre contre les assaillants ? Au fond, nous ne cessons depuis la nuit les temps préhistoriques-ils sont très proches-, de nous lamenter sur notre sinistre état de faiblesse naturelle. Alors pour endiguer toutes ces violences qui nous fourbissent à l’intérieur de nous-mêmes, nous avons chevauché la soumission, l’arquéphilie, avec les directives morales qui nous façonnent dès notre plus jeune âge. Elles deviennent norme sociétale salutaire et nous procurent les masques indispensables pour vivre en groupe. Et nous avons codifié le droit avec les parades et les sanctions juridiques. Vrai progrès social dans le vivre ensemble. Ce faisant, nous commençons, sans nous presser à nous attaquer au virus. Il reste à se pencher sur le terrain :la santé du monde, fiévreuse dépend d’abord du terrain.
Le regard éthologique, celui de l’observation du terrain, amène à prendre beaucoup de recul sur la meute humaine et à la considérer avec désespoir. Mais avant de continuer sur ce registre, je tiens à signaler que si cette approche amène la froideur de l’observateur non partisan, le vécu de chaque membre du troupeau lui, est pétri de sensibilité : car si je suis un animal de meute, il reste que je suis très attaché à ma famille, mes proches, mes amis Je peux être triste voire désespéré quand un malheur arrive à l’un d’entre eux. . L’éthologue reste froid mais moi, je reste fort sensible. L’humanité prolifère et elle encourt les pires dangers. Mais je secours, sans état d’âme, les clochards de ma ville. Oui, c’est un paradoxe, une injonction contradictoire, comme l’on dit. Je l’assume. Ne suis-je pas le jouet de ma culture et de ses masques ?

Car la culture ne change rien, ni l’éducation ordinaire Le vécu humanimal de la meute, le grand ordonnateur n’est pas encore pris en compte. L’Homme se croit toujours un seigneur : projection du mâle alpha en Homme alpha sur la nature. Repenser l’organisation de la troupe humaine ? Mais la pensée n’y suffira pas. Michael Balint chante cet « Homme total ». De hautes tours en espérance de totalitude mais, pour l’instant, en pierres éparses. Ces pierres, bien différentes, je les trouve prometteuses. Elles aideront, je l’espère, nos descendants à vivre au mieux l’effondrement. Courte revue des prémisses : les divisions, celles des peuples, du travail… qui arrangent tant la pyramide, commencent à s’oblitérer. Nous acceptons de plus en plus le monde de la complexité, mis en avant, comme je l’ai écrit plus haut, par Joël de Rosnay. Plus de césure entre l’organique et le psychique, comme les facultés le prétendent traditionnellement. Mais le bon sens populaire, secondé par la psychologie humaniste accueille dans la même vision, les deux aspects. Encore du travail à faire pour parvenir à une conception et une réalité holistiques. Un exemple : les dépressions peuvent survenir, non d’un mal-être psychique mais d’un dérèglement du microbiote intestinal, une dysbiose. Dans les milliards de bactéries, certaines ne se conduiraient pas bien, dans certains cas de dépression cas. Fabuleux ! Ces microbiotes dont on découvre la nécessité absolue, dans notre santé, sont des clés. En ce sens je crains les avancées indéniables de la neurophysiologie. Elle localise de plus en plus les zones où s’activent tels ou tels neurones et leurs synapses pour produite des idées , des émotions ou des comportements. Ne risque-t-elle pas de fortifier le fantasme de la division scientiste et sociale ? Nous ne nous réduisons pas, comme tout le vivant, à des zones cérébrales. Mais on doit à la neurophysiologie, des découvertes appréciables : les neurones-miroirs dont l’activité dépasse les frontières biologiques et fondent la théorie de l’imitation des humains les uns par rapport aux autres. Nous redécouvrons la vertu de l’exemple ! Ce n’est donc pas du tout une vieille lune !

En outre, j’ai l’impression que deux avancées sont susceptibles de bouleverser l’humanité : les explorations de plus en plus rigoureuses de l’après-vie. J’ai évoqué les EMI. Parlons, en quelques lignes, des concepts agaçants et mirifiques du médecin-anesthésiste Jean-Jacques Charbonier, phare français en ce domaine. Je lui cède la parole en lui laissant un peu de temps : « L’hypothèse d’une conscience délocalisée extraneuronale et d’une théorie dualiste mettant en jeu la CAC (conscience analytique cérébrale) et la CIE (conscience intuitive extraneuronale) était désormais dans un document de médecine. ; inscrite à tout jamais depuis le 15 décembre 2014 dans les chromosomes de la science. Pour la première fois, le monde médical reconnaissait de façon officielle l’existence d’un esprit indépendant de la matière ! Oui, ne souriez pas ! Il n’y a aucune différence entre la « conscience intuitive extraneuronale » et le mot ou le terme « esprit ». Simple question de vocabulaire.
L’autre avancée de la compréhension de l’humain me bouleverse en radicalité subversive : L’épigénétique. On est en train de prouver que des comportements, dans certaines situations favorables, se transmettent, non point par les seules imitation et prescription, mais par une inscription génétique ! Un remue-ménage abrasif. Remise en cause partielle des mécanismes de l’hérédité. Je vous renvoie à Internet qui vous l’expliquera beaucoup mieux que moi !
En tout état de cause, le rôle des biotopes, les neurones-miroirs, l’après-vie, l’épigénétique ont bouleversé mes croyances. Je me sens un peu dénudé comme le monde qui pourrait recouvrer un peu de santé ! Pour ce faire, trouver le mode organisationnel de la meute qui correspondrait le mieux aux avancées de ces découvertes en gésine. Certains n’ont pas attendu ; ils n’ont pas été entendus. Pas trop tard pour les saluer et les écouter, les anarchistes.

La Boulomie – Editions LOL

De la terreur

Aller en Loge me manque, alors pour me remémorer tout ce que l’expérience maçonnique m’apporte, je relis les carnets que je remplis à l’issue des Tenues. J’y note aussi toutes les idées qui me viennent, quand j’écoute la radio, quand je lis la presse ou quand je lis un livre, ce qui explique pour quoi j’en ai une pleine étagère. J’ai donc relu les notes que j’avais prises en lisant le très intéressant Les Ames Errantes, de l’ethnopsychiatre Tobie Nathan. Il y explique la différence entre cette émotion fondamentale qu’est la peur, qui correspond en un sens à la raison pratique. La peur nous permet de nous maintenir en vie, en nous donnant le réflexe d’éviter le danger. Evidemment, on en vient parfois à craindre la représentation du danger au lieu du danger lui-même. Ou encore d’éprouver la peur de la peur elle-même, mais c’est une autre histoire. Tobie Nathan poursuit ensuite sa réflexion en expliquant la frayeur, qui naît d’un phénomène de surprise et qui constitue un état pendant lequel le corps reste disponible, et surtout la terreur, cet état dans lequel le sujet expérimente la dépossession radicale de son être. Plus précisément, selon Tobie Nathan, la terreur pourrait être « un anéantissement de soi pour éviter la mort ».

On devine aisément les conséquences de la terreur : soumission, captivité, esclavage… L’état de terreur implique que le sujet est d’ores et déjà captif. C’est d’ailleurs dans ce but que les organisations dissidentes commettent leurs exactions : plonger la population dans un tel état pour imposer leur agenda, leur volonté et leur vision de l’ordre social. Néanmoins, un gouvernement peut aussi régner par la terreur. Nous autres français avons déjà vécu cette période, la fameuse Terreur, où un rien pouvait vous envoyer à la guillotinei

Si nous allons plus loin, la terreur institutionnalisée est l’essence même de l’État totalitaire, selon Hannah Arendtii. Touty est fait pour rendre les hommes statiques et empêcher tout acte imprévu. Pire encore, l’état totalitaire basé sur la terreur parvient à faire se sentir coupables les citoyens faisant obstacle au processus de la terreur.

Or, dans cette page d’histoire que nous vivons, nous avons été tellement sidérés par les événements qu’on pourrait se poser des questions sur la dérive de l’État. L’arrivée de l’épidémie clairement prise par dessus la jambe, à en juger par la communication gouvernementale, (épidémie qui a fini par être requalifiée en pandémie) a entraînéla décision du confinement, nous le savons tous. Ce confinement qui s’apparente à de l’assignation à résidence sauf pour ceux qui sont réellement importants (et pourtant si méprisés par nos dirigeants) : les travailleurs du soin, de l’entretien, et du commerce alimentaire… Etrangement, les mensonges de la communication gouvernementale et les décisions prises (souvent sur des critères aussi pertinents que la présence de l’étoile machin dans la maison truc du zodiaque modifié par le coefficient de marée et l’âge du capitaine)vont dans le sens non pas de la protection des citoyens, comme devrait l’être le rôle de l’État, mais dans le sens de l’économie et des profits des grands patrons. Plus simplement, les actions de nos dirigeants vont dans le sens d’un « maintien à tout prix de la cohérence d’un ordre du monde mensonger », ce qui, selon Hannah Arendt, est une composante du totalitarisme.

Nous avons donc été dépossédés de nos corps, de nos libertés les plus élémentaires et de nos capacités de réagir. Nous avons accepté ce régime d’exception dont rêveraient les dictateurs les plus fous pour éviter la mort par la maladie ou par le défaut de soins, les services d’urgence ayant été dévastés par des années de new public management, d’austérité et de gestion d’entreprise.
Réunis, nous pourrions réaliser le danger que nous font courir nos responsables depuis 30 ans… Mais l’état de terreur nous empêche de réfléchir collectivement. Intéressant, car toujours selon Arendt, tout groupe lié par un intérêt commun autre que le maintien de l’idéologie d’État est un danger pour l’État totalitaire. Est-ce pour cela que des moments très importants comme les cérémonies du 8 mai sont annulées ? Pour amoindrir la mémoire collective et empêcher une pensée critique inspirée du passé ? Notons que c’est pour ce genre de raisons de liberté et de réflexion collective que les Francs-maçons et les régimes totalitaires ne sont pas copains-copains…

L’état de sidération dans lequel nous sommes plongés depuis le 17 mars nous empêche de réaliser dans quel monde de cauchemar nous allons sombrer : perte des acquis sociaux comme la durée maximale du temps de travail ou des congés payés, chèque en blanc aux grandes entreprises sans contrepartie sociale ni environnementale, paupérisation de masse en raison de la récession économique, dégradation du travail, maintien des emplois absurdes et néfastes, et bien entendu, poursuite de la destruction des services publics de santé et de la réforme des retraites. La pollution engendrée par la surconsommation et le tourisme de masse va reprendre. Les inégalités continueront de se creuser, tandis que ceux qui ont réellement le pouvoir, les grands patrons continueront de se gaver et de pratiquer l’évasion fiscale, avec l’assentiment de nos dirigeants. Ces derniers continueront leurs réformes délétères : destruction des services publics et des acquis sociaux comme les retraites, cadeaux du patrimoine stratégique aux grandes entreprises, destruction du code du travail, etc. Nous sommes incapables d’avoir un stock de masques, mais les stocks de lacrymogènes et de lanceurs de balles de défense vont bien, merci pour eux. Et ne parlons pas des dispositifs de surveillance généralisée, comme la future application à installer sur son smartphone ou les futurs drones du ministère de l’intérieur. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit de nos dirigeants : la peur. Peur qu’ils souhaitent inspirer par un arsenal répressif disproportionné pour répondre à la peur que leur inspirent les mouvements sociaux et les vagues de colères que leurs choix politiques au nom d’intérêts autres que ceux du peuple ont suscités.

Et à propos de peur, l’écrivain et scénariste Alan Moore disait dans son graphic novel V for Vendetta: « People shouldn’t be afraid of their government. Governments should be afraid of their people », que je vous traduis : le peuple ne devrait pas avoir peur de son gouvernement, les gouvernements devraient avoir peur de leur peuple. Alan Moore s’est très probablement inspiré de ce mot du président américain et franc-maçon Thomas Jefferson, dont je vous livre une traduction personnelleiii : Quand les peuples craignent leur gouvernement, débute la tyrannie ; quand les gouvernements craignent le peuple, commence la liberté.

Ne laissons pas la République en marche vers le totalitarisme ou le chaos. Ne nous laissons plus faire.

J’ai dit.

iJe vous recommande à ce propos l’excellent roman de Jacques Ravenne La Chute- Les derniers jours de Robespierre (Perrin, 2020

ii Voir Les origines du totalitarisme, de Hannah Arendt.

iii Texte original : When the people fear their government, there is tyranny; when the government fears the people, there is liberty.

Mépris de classe

Article écrit en février 2020

J’étais en Loge hier soir, bien content d’avoir pu parler avec notre Frère Inspecteur. C’est toujours intéressant de pouvoir dialoguer avec un représentant de l’exécutif, qui peut expliquer des mesures de politique interne ou des décisions. Et il est toujours plaisant de ne pas se faire prendre de haut par des conseillers fédéraux ou des conseillers de l’ordre. C’est pour ce genre de choses que j’aime aller en Loge : être traité comme un être humain et non comme une vulgaire ressource, une machine ou un automate. Bref, être considéré comme un sujet et non un objet. Ca fait un bien fou. Vraiment.

Bien plus que des expériences désagréables que j’ai pu vivre dans les différents emplois que j’ai occupés, autant dans le public que dans le privé. Des expériences de mépris de classe, me faisant penser que patriciens et plébéiens n’ont jamais réellement disparu. Ainsi, il y a quelques années, j’ai été saisi pour fournir une étude technique assez rapidement à une personne. En fonctionnaire sérieux, j’ai mené l’étude et rendu le résultat à la personne. Fait étrange, la personne ne m’a pas remercié directement, mais a envoyé un mail de remerciement au chef de service. Etonnant, non ? Et pourtant je n’étais pas au bout de mes peines : j’ai été convoqué par mon chef de l’époque et me suis fait passer un savon pour avoir écrit directement à un membre du cabinet du directeur. Mon chef estimait que, je cite, je « n’avais pas le niveau » pour écrire à la personne. Dans le même ordre d’esprit, il m’a été reproché par ma hiérarchie d’avoir été présent à une réunion présidée par une directrice adjointe de je ne sais plus quoi (et d’avoir remplacé mon chef au pied levé). Pareil, une histoire de niveau, qui ne convenait pas, semble-t-il. En discutant avec des collègues et confrères, je me suis rendu compte que je n’étais pas seul à vivre ça. On m’a raconté une anecdote édifiante : dans un service, le personnel devait accueillir la nouvelle directrice. Après plusieurs rappels, la rencontre a bien eu lieu… mais avec les encadrants seulement. La plèbe (autrement dit, le reste du personnel) a été priée d’aller voir ailleurs. Ces braves gens sont restés entre eux. Dans le fond, notre société n’a pas changé depuis l’Empire Romain : il y a les dirigeants ou patriciens et la populace, le bas-peuple, la plèbe. Il semble que nos grands administrateurs, nos dirigeants et autres estimés timoniers se comportent en patriciens, et comme les romains, oublient qu’ils ne doivent leur puissance qu’à une servitude volontaire (et un consentement fabriqué) de cette plèbe qu’ils méprisent, mais qu’ils en viennent à craindre tant les sujets de mécontentement sont grands.

Etienne de la Boétie avait fort justement écrit dans son Discours sur la Servitude Volontaire que les grands ne nous apparaissaient grands que parce que nous étions à genoux. Car dans le fond, qu’est-ce qui différencie un de ces patriciens et un plébéien ? Dans le fond, pas grand-chose. Une simple situation. L’un est né dans la bonne famille, avec les bons réseaux et la bonne éducation, qui lui a permis d’accéder aux bonnes écoles. Et l’autre pas. Tout simplement.

Entrer en Loge m’a permis de comprendre que ces gens qui nous regardent de haut ne sont sur un piédestal que parce que je suis aussi à genoux. Le soir de mon initiation, le Vénérable m’a invité à me relever. C’est un grand pas que j’ai ainsi fait. Nous sommes tous humains, et rien ne peut justifier qu’une poignée rejette ainsi les autres, à part un consentement pas éclairé. Rien ne peut justifier que quelques technocrates ne prennent des décisions cruciales pouvant affecter la vie quotidienne de milliers de gens, que ce soit dans la sphère de l’emploi comme dans celle de la Cité. Rien. Et surtout pas un diplôme d’une quelconque institution, école ou usine à connards ou une nomination obtenue sans réel mérite. Je crains aussi que tous ces comptables, MBA et autres administrateurs n’aient oublié leurs cours de latin, avec le célèbre apologue des membres et de l’estomac, du romain Ménénius Agrippa (prononcé lors d’une insurrection de la plèbe) : le sénat et le peuple ne peuvent vivre forts que par la concorde, chacun ayant besoin de l’autre. C’est à cette occasion que les législateurs romains avaient créé des corps intermédiaires, d’ailleurs, que nos technocrates en tout genre tendent à écraser pour imposer leur autorité par la force, au nom d’un droit qu’ils auraient sur autrui.

« Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres» écrivait Diderot dans son Encyclopédie.

Ne nous laissons plus faire.
J’ai dit.