dim 26 septembre 2021 - 06:09

 Jacques Fontaine ose descendre aux racines naturelles de l’homo sapiens. Il découvre une autre manière de vivre ensemble. AU CHEVET D’UN MONDE FIÉVREUX Des marionnettes rebelles ? 4

La prolifération
Un saigneur

Oui, un « saigneur » mais aussi celui qui se prend pour un seigneur, objet du chapitre suivant. Il n’est pas de bon ton d’employer le terme de prolifération pour les humains. Comme un air sans doute trop péjoratif. Il peut être vécu comme une atteinte à notre dignité. Les religions et leurs sœurs n’ont eu de cesse de nous le répéter. Il faut lire sans frémir Genèse 1.29 : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la Terre et l’assujettissez et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre ». Ce que nous avons fait dare dare. Ite missa est ! Avec les conséquences actuelles écologiques que nous vivons et qui émanent des rapports du GIEC. Il regroupe 196 pays et, sans doute, on peut tenir pour sérieuses ses conclusions : changement climatique où nous avons notre large part depuis 1950,avec les gaz à effet de serre .Des conséquences déroutantes par leur ampleur : effondrement de la biodiversité en toute connaissance des humains, épuisement des ressources naturelles, impact enfin sur nos activités comme la santé, l’économie et l’équilibre de notre biotope : avec la fonte des glaciers, de la calotte polaire, de l’acidification des océans. Je n’en jette plus !Tout cela est bien connu et beaucoup regimbent devant l’annonce de l’effondrement du système socio-planétaire, dans quelques décennies. L’épidémie actuelle est une des conséquences naturelles de ce gâchis de nos ressources : notre niche écologique se renouvelle de plus en plus tard. L’éthologie nous apprend que, dans un tel cas, il est fréquent que l’espèce soit la cible de maladies virales, bactériennes. Jusqu’alors, les humains ont su parer, par la médecine, la pharmacie, ces fléaux. Or les microbes deviennent de plus en plus résistants aux antibiotiques. Trouvera-t-on, cette fois-ci, un nouveau bouclier ? Ou serons-nous obligés de nous courber sous la fréquence d’une loi écologique qui voudrait enrayer notre prolifération ?
Nous avons en tête des nombres effrayants : 7,5 milliards d’humains, une folie nataliste. N’avons-nous pas su, il y a 30 000ans, nous protéger contre une nature hostile grâce à notre conscience ? Aujourd’hui, face à nous (je ne peux écrire « en compagnie »), 465 000 éléphants contre 3 à 5 millions au début du XXe siècle, 3890 tigres et un tiers des insectes en voie de disparition. Tenez un micro exemple de dégradation mais bien symptomatique de notre laisser-aller : En France, les géants de l’assainissement ont le droit, en cas de gros orage, de déverser en bord de mer 5% des eaux d’égouts. Résultat : les parcs à huîtres sont infestés par le norovirus. Un microbe qui déclenche chez les gourmands, des gastro-entérites. Mais à Arcachon, ce trop-plein d’eaux sales est largué au large. Doit-on, enfin, pleurer, à présent, sur le martyre des animaux d’élevage intensif ?

Les rationalisations vont bon train chez les climato-sceptiques, soutenues par 5% des scientifiques. Comme ils ne peuvent supporter leur culpabilité humaine, Ils en concluent que nous devons continuer à croître, prospérer et exploiter. Que ne s’associent-ils pas au précepte de Mahavira, Ayaram Gasutta, porteur d’une des clefs du jaïnisme 680 avant JC – « On ne doit tuer, ni maltraiter, ni injurier, ni tourmenter, ni pourchasser aucune sorte d’être vivant, aucune espèce de créature, aucune espèce animale, ni aucun être d’aucune sorte. Voilà le pur, éternel, et constant précepte de la religion, proclamé par les sages qui comprennent le monde ». Ne l’aurions-nous pas compris, ce monde dont nous sommes les saigneurs ? Ajoutons l’énorme concentration dans les villes. L’urbanisation galopante a une conséquence sur nos mentalités et nos vécus : le collectif d’entassement est, en réaction, générateur de cet individualisme insupportable que recueille la consommation, soutenue par l’hyper-capitalisme avivé par les technologies. Réponse là aussi évidente mais qui se révèle, pour l’instant dans le monde, dystopique  encore: le retour à la nature, l’agriculture saine, la vie de campagne… On parlera, pour les urbains, de « déracinement », d’abord de son énorme ville, de sa région surpeuplée, de son pays d’origine. On en voit les effets avec les migrants. Mais je crois aussi que le déracinement permettrait de faire émerger une conscience de « citoyen du monde ». Je cite Marc Augé, questionné par M Atlan et RP Droit : « Idéalement, le déracinement est au contraire un progrès. Que les gens se détachent de leurs « racines », je suis farouchement pour. Cela permet de passer de l’individu culturel à l’individu générique ». Intéressant, non ?
Le comble, parmi ces milliards d’humains, beaucoup vivent dans la misère ! L’eugénisme pourtant n’est pas, pour moi, envisageable. Mais la limitation des naissances est d’une urgence impitoyable. Surtout que 25% au moins des grossesses ne sont pas désirées (OMS). Se reproduire selon la pente la plus naturelle ne conviendrait donc plus du tout à notre espèce prédatrice.

Comment agir dans cet imbroglio de circularités ? Dès les années 70 Arne Naess criait : « L’espèce humaine est la première sur Terre ayant la capacité intellectuelle de réduire son nombre consciemment et de vivre dans un équilibre durable et dynamique avec les autres formes de vie ». De même, , ce qui rend la situation « particulièrement critique » ne tient pas uniquement au nombre d’habitants mais à « une croissance exponentielle, et partiellement ou totalement irréversible, de la dégradation ou de la détérioration environnementale, perpétuée par le biais de moyens de production et de consommation parfaitement établis, et l’absence d’une politique adéquate au regard de l’augmentation de la population humaine ». Depuis, partout des personnes fournissent des idées. Balise historique, le Club de Rome, dès 1972, prônait une croissance zéro pour éviter l’effondrement annoncé pour les années 2040. Le rapport de 2012 ose même l’apocalypse pour 2030. Ces rapports soulignent le risque dégradation inéluctable de l’environnement. Déjà le lien dans la complexité, vecteur des autres liens. À quand la conciliation entre notre voracité et l’écologie ?
Et aussi des changements à notre portée plus immédiate comme le recyclage systématique : « L’humain ne serait plus celui qui pille et salit, mais celui qui produit intelligemment et de manière durable ». Mais que penser de la pauvreté des mises en œuvre et de leur efficacité de bas étiage ? Le pôle nord étouffe sous une surface de plastique, de superficie égale à la France. Et, avec sa fonte en cours, l’hyper-capitalisme tonitrue sur la possibilité des forages !
L’Accord de Paris sur le climat, de 2015. ? Un vœu pieux, furtif et masqué. Il est bien pentu le chemin qui nous mènerait, mènera ( ?) à une vocation écologique concrète ! Avec des États Unis qui ne veulent pas entendre parler ! Dans les rues de Pékin, j’ai failli étouffer à cause du brouillard de pollution. L’Avoir, l’immédiateté du plaisir, ces deux jumeaux sinistres, seraient-ils nos maîtres, dans notre consentement complice ? Et comment ouvrir notre cœur et notre esprit à la grande nature ? La natura naturata de Baruch Spinoza et aussi, surtout celle qu’il nomme la natura naturans ; H Bergson parlerait alors d’ « élan vital ». C’est un chemin de spiritualité certain ; cette spiritualité qui peut devenir un moyen de recouvrer son humilité et sa grandeur alliées. F Lenoir écrit avec tact et superbe : « Finis les fossés mentaux, autrefois si profonds, séparant les animaux des humains, les humains de la nature, la vie de la non-vie, voici venue l’idée du grand continuum ».

Je vais maintenant vous inviter à analyser d’autres origines au trouble fiévreux du monde. Moins connu et moins retentissante., encore peu en vogue aujourd’hui. Auparavant, je vous propose de vous pencher sur une cause profonde de la ruine attendue de notre système, responsable de notre mentalité de « saigneur » que je viens d’esquisser avec les religions, qui en font un aria de victoire. Ce saigneur qui s’est toujours cru le maître du monde et l’a rendu malade. Regardons au macroscope cette prétention folle, un agent pathogène de grande importance pour notre santé.

La Boulomie – Editions LOL

Jacques Fontaine
Jacques Fontaine est né au Grand Orient de France en 1969.Il se consacre à diffuser, par ses conférences, par un séminaire, l’Atelier des Trois Maillets et par une trentaine d’ouvrages, une Franc-maçonnerie de style français qui devient de plus en plus, chaque jour, « une spiritualité pour agir ». Il s’appuie sur les récentes découvertes en psychologie pour caractériser la voie maçonnique et pour proposer les moyens concrets de sa mise en œuvre. Son message : "Salut à toi ! Tu pourrais bien prendre du plaisir à lire ces Cahiers maçonniques. Et aussi connaître quelques surprises. Notre quête, notre engagement seraient donc un voyage ? Et nous, qui portons le sac à dos, des bagagistes ? Mais il faut des bagagistes pour porter le trésor. Quel est-il ? Ici, je t’engage à aller plus loin, vers cette fabuleuse richesse. J’ai cette audace et cette admiration car je suis un ancien maintenant. Je me présente : c’est en 1969 que je fus initié dans la loge La Bonne Foi, à Saint Germain en Laye, au Rite Français. Je travaille aussi au Rite Opératif de Salomon. J’ai beaucoup voyagé et peu à peu me suis forgé une conviction : nous, Maçons latins, sommes en train d’accoucher d’une Voie maçonnique superbe : une spiritualité pour agir. Annoncée dès le début du XXème siècle. Elle est en train de se déployer et nous en sommes les acteurs plus ou moins conscients mais riches de loyauté.

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