dim 01 août 2021 - 22:08

Masculin/Féminin

Genus masculinum complectitur femininum

Dans la plupart des langues, l’homme et la femme sont désignés par des racines différentes ; ce qui renforce la représentation des sexes comme distincts de nature.

L’identité sexuée a toujours été un objet problématique, aussi bien dans notre environnement maçonnique bipolaire, que dans la réalité sociale ou que dans les discours mythiques, ou encore et surtout religieux, imposant très vite la prévalence des hommes sur les femmes.

Dans l’Antiquité, c’est sur la base d’une identité sexuelle que se fondaient le statut et la reconnaissance des êtres dans la communauté, dont ils étaient membres. L’identité sexuelle déterminait également une série de comportements, d’inclinations, d’attitudes physiques ou mentales et d’aptitudes rigoureusement répertoriées et distribuées avec différence entre les sexes. C’est, d’ailleurs, aux seuls hommes qu’étaient adressées les 10 paroles des tables de Loi de Moïse <https://www.college-de-france.fr/site/thomas-romer/course-2015-04-09-14h00.htm>.

La langue hébraïque permet de relier substantiellement masculin et féminin en utilisant les termes ish (שיא) et ishshah  (השיא). En chacun de ces termes se trouve soit la marque de la virilité (le yod fécondateur) soit celle de la féminité (le hé). En guématrie, ish, Aleph, 1 + Iod, 10 + Shin, 300 donne 311 et par réduction cinq (5), qui est le nombre de l’alliance du masculin et du féminin ! D’après l’exégèse biblique, le signe Hé, ה est l’instrument de la création et de la vie : une lettre Hé de petites dimensions apparaît dans le mot «bébaram», (Genèse 2, 4), mot qui veut dire que Dieu créa les vivants avec le Hé. De même, après avoir scellé l’alliance qui le lie au divin par la chair, le patriarche Abram reçoit un signe Hé (valeur 5) dans son nom devenant Abraham en provenance du partage en deux du iod (valeur 10) pris dans le nom de Saraï son épouse qui devient Sarah. Il existe, pour la kabbale, un mot, Zoun (נוז) pour le masculin et féminin, abréviation de «Zakhar (רכז) et Neqeva (הבקנ)», qui désigne généralement les deux Partsoufim, Zeir Anpin et Nouqeva[1].

Surtout à partir de 20′, l’intervention de Delphine Horvilleur

Le «velive[2]» romain est un artefact de décoration associant l’arc/voûte du Ciel et une vulve ; le Masculin et le Féminin, les Géniteurs avec leur dualité et complémentarité. Une sorte de Ying-Yang, à la romaine.

Pour la pensée initiatique, les genres ne sont pas réductibles au sexe ou, plutôt, le sexe n’est qu’une manifestation, une expression, parmi d’autres genres. Ainsi, homme et femme ne se réduisent pas à leur sexe : la femme n’est pas un mâle de sexe différent et vice versa. Si les genres ne sont pas réductibles au sexe, le féminin, donc, peut être une qualité partagée par le mâle. Il n’y a pas d’assignation «biologique» ou essentialiste des genres aux sexes. L’éclairage ésotérique met en évidence le concept de bisexualité. La bisexualité simultanée caractérise des êtres qui sont des archétypes, des êtres primordiaux. L’humanité  apparaît au terme d’une série de séparations, de divisions, de classements, comme  dans une décantation des créatures: séparation entre le Créateur et la créature, le  ciel et la terre, le règne végétal et animal, l’homme et la femme ; la différenciation des sexes, c’est cette séparation de l’unité primordiale.

En fait, l’opinion commune associe, en les confondant, le fait d’être homme ou femme et les notions de masculin et de féminin. Si l’on en croit Pierre Bourdieu, “les séries d’oppositions que ces notions entraînent dans leur sillage sont universelles et les correspondances admises reprennent et corroborent la domination masculine. Ainsi, on retrouvera du côté masculin, actif et du côté féminin, passif, et les opposés dominant/dominé, dur/tendre, puissant/faible, devant/derrière, supérieur/inférieur, haut/bas.” Cependant, la pensée ésotérique va nuancer ces couples d’oppositions et l’on trouvera des appréciations qui fonctionnent plutôt comme des articulations fondamentales de la pensée avec, au masculin, miséricorde et en opposé au féminin, jugement, quiétude/ activité, épanchement/ réceptivité, intériorité/ extériorité, cause/ effet, déploiement/ limitation, forme/ matière, richesse/ pauvreté, lumière/ obscurité, droite/ gauche. D’autres paires d’opposés dans la pensée grecque, comme celles qu’Aristote attribue à un philosophe pythagoricien, mettent en parallèle certaines ressemblances avec cette liste. On trouve ainsi limité/ illimité, impair/ pair, un/ multiple, droite/ gauche, mâle/ femelle, repos/ mouvement, rectiligne/ courbe, lumière/ obscurité, bon/ mauvais, carré/ oblong.

C’est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.  C’est une consubstantialité de l’unité regardée dans ses aspects différenciés mais c’est de l’unité dont il est toujours question. Pour le RAPMM[3] : L’être Suprême est Un, et de Lui émane le pouvoir créateur, ou Perusha, le Principe divin mâle, et quand le Un devient Deux, mâle et femelle, de cette union du principe d’intelligence avec la première matière se développe un troisième, qui est Viradj, le monde phénoménal.

Les Philosophes attribuent deux corps à l’art alchimique, à savoir le Soleil et la Lune, qui correspondent à la Terre et à l’Eau. On les appelle aussi Homme et Femme. Signifiant l’union des contraires, l’hermaphrodite est un des principaux symboles de l’alchimie et il n’existe guère de manuscrit illustré où il ne figure pas. Au travers des trois couleurs, le noir, le blanc et le rouge, le Rebis (du latin res bina, matière double) signifie aussi l’ensemble de l’œuvre alchimique qui, dans l’union des polarités, aspire au dépassement des états particuliers de la matière.

Le problème de l’écriture inclusive ne serait-il qu’un problème de grammaire ? Ma réponse : La revendication de l’égalité ne commence-t-elle pas par le respect du masculin sans chercher à en faire du féminin ?


[1] Parmi les douze configurations principales qui constituent le Monde d’émanation, cinq jouent un rôle essentiel : Arikh Anpin, le grand visage ; Abba, le père ; Ima, la mère ; Zeir Anpin, le petit visage ; Nouqeva, la féminité)

[2] Ce mot combine les trois premières lettres du mot velificatio, un terme en histoire de l’art qui signifie «voile» – que l’on peut voir tendu au-dessus de la tête de Jupiter par exemple et qui figure son apanage le Ciel –  avec les deux dernières lettres du mot «vulve» – pictogramme dédié à figurer son épouse la Terre.

[3] Rite Ancien et Primitif Memphis Misraïm

Solange Sudarskis
Maître de conférence honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", lauréat de l'Académie maçonnique de France (Essais et symbolisme)

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2 Commentaires

  1. MTCS Solange, tu abordes une question qui suscite souvent des approximations liées à des conceptions idéologiques. En réalité, pourquoi serait-il indécent de constater que la différence induite par le genre existe ?
    Voir à ce propos l’excellent article de Philippe Brenot https://www.lemonde.fr/blog/sexologie/2019/05/31/differences-hommes-femmes-politiquement-incorrect/
    Une fois admis ce constat d’une différence, la question se pose de savoir comment chaque genre vit le processus initiatique en général et maçonnique en particulier et si le rituel doit ou non être genré, sachant que tous les rituels existant sont actuellement genrés au masculin.

    • MTCF. Loin de moi l’ignorance “que la différence induite par le genre existe”. lors de mon passage sous le bandeau au DH , à la question “pourquoi avez-vous choisi une obédience mixte ?”, J’ai répondu : parce que chez les frères ils ne m’acceptent pas ! Nous étions en 1977. (-_-)
      Les rituels de la GLFF féminisent tous les mots qu’ils peuvent féminiser (officiers, franc-maçonne,…)
      Ce qui est genré, ce sont surtout les mythes de la FM. Je pose souvent la question : Pourquoi ne pas introduire des mythes féminins en FM ; la Bible ou la Tradition pourrait en fournir ? Cette question ne concerne pas seulement les obédiences féminines qu’il ne faudrait pas enfermer dans un retranchement rituélique particulier.

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