(L’éditorial de Christian Roblin paraîtra, désormais, les 1er et 15 de chaque mois.)
Combien d’entre nous avons si souvent entendu cette acclamation en loge ?
Avant que le travail ne devienne le caractère distinctif, l’essence même de l’humanité et, qu’au-delà du facteur de production qu’il constitue, il contribue, sinon à une pleine réalisation de soi, du moins à un salutaire épanouissement personnel – notion qui poindra surtout à partir du XIXe siècle –, il aurait plongé ses racines – quoique certains récusent cette origine doloriste – dans une obscure étymologie latine qui désignait un instrument de torture croisant trois barres de bois : le tripalium (littéralement, composé de trois pieux) sur lequel on attachait le supplicié, alors un esclave rebelle ou plus tard un condamné. On s’en servit aussi pour ferrer ou soigner des mammifères d’une autre espèce. Allez savoir si, dans ces époques reculées, on n’aimait pas déjà davantage les animaux que les hommes…
Au XIIe siècle, comme le rappelle le linguiste Alain Rey, travailler signifiait encore tourmenter de cette façon. Ce n’est qu’à la Renaissance, selon l’historien Georges Lefranc, que le mot connaîtra son acception moderne, alors qu’au Moyen Âge, on préférait décalquer du latin deux vocables : labor, labeur, renvoyant au travail pénible, comme un châtiment consécutif au péché, et opus, ouvrage, se référant tantôt à une œuvre de création, tantôt à une activité naturelle.
C’est bien entre ces pôles qu’oscillent, d’un côté, beaucoup de nos contemporains qui se rendent au travail sans gloire[1] et, de l’autre, les francs-maçons qui chantent le travail comme un moteur puissant sur une voie royale…
Quant à la fête du Travail, on en trouve de nombreuses traces en France comme ailleurs[2]. Cette journée des travailleurs est fixée, dès 1793, dans le calendrier républicain de Fabre d’Églantine, au mois de septembre, tandis que Saint-Just, deux ans plus tard, l’institue au 1er pluviôse, soit le 20 janvier, mais l’usage ne survivra que cinq ans. À New York, en 1885, après des grèves réprimées dans le sang, certaines organisations syndicales optent pour le 1er lundi de septembre, tandis que d’autres, qui l’emporteront, proposent le 1er mai. Toutefois, c’est en 1920 que la Russie bolchévique décidera – pour le reste du monde, en définitive – que le 1er mai devienne une fête légale et sera, désormais, chômé. Dans un bel œcuménisme, en 1955, après avoir retenu sa ferveur pendant quelque trente-cinq ans, le Vatican, par la voix du pape Pie XII, célèbre, à son tour, Saint Joseph Travailleur, le 1er Mai, au tout début du mois marial.
Quant à nous, Francs-Maçons, nous honorons le travail car nous savons combien il faut se donner de la peine pour le perfectionnement de l’humanité, à commencer par nous-mêmes !
[1] Au-delà de cette expression qui marque ici l’absence d’éclat, la banalité voire l’ennui, la gloire dans la formule d’acclamation reprise en titre célèbre, certes, la splendeur du travail mais on ne saurait oublier que le terme de gloire désigne aussi l’auréole enveloppant le corps du Christ, dans certaines représentations artistiques, tout comme, dans nos temples, cet ornement triangulaire constitué de faisceaux de rayons.
[2] Cf., e. g., Maurice Dommanget, Histoire du premier mai, Éd. de la Tête de feuilles, 1972.










