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La pensée magique : Comment la magie est-elle passée de la Gaule à la France ? (Partie 2/3)

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Suite de la partie 1/3 d’hier que vous pouvez redécouvrir sur ce lien

Lorsque Jules César conquiert la Gaule, nos ancêtres pratiquaient toujours le culte druidique précité, et les légions romaines en persécutaient férocement les ministres. Ces druides et druidesses, gens de savoir vêtus de blanc, qui étaient en quelque sorte les éducateurs populaires, prédisaient le chaos mondial tout en soignant les malades à l’aide de rituels magiques, ne disaient rien qui vaille à l’occupant ! Pour la bonne raison qu’ils constituaient un puissant facteur de cohésion de la communauté celte.

Le druidisme se révèlera un obstacle difficile pour la christianisation naissante, et ne sera aboli qu’au VIème siècle, après l’invasion des Francs. Du moins en apparence, car il continuera d’être célébré clandestinement, surtout dans les campagnes.

On ne passe pas si facilement d’une culture ancestrale polythéiste, avec son cortège d’offrandes et d’invocations aux dieux habituels, qui se manifestent visuellement (le soleil, la lune, l’océan, le tonnerre, les éclairs, la tempête) … à l’adoration soudaine d’un seul dieu inconnu, caché, et partant imaginé bien plus menaçant !

Et durant tout le “Haut Moyen-Âge”, les paysans, – origine du mot “païen” – observeront donc leurs rites en secret. Notamment “les rites de fertilité” (destinés à conjurer entre autres la sécheresse, la famine, la maladie) que la jeune Eglise voyait d’un très mauvais oeil et qualifiait de scandaleuses orgies sexuelles.

Nous pouvons comprendre l’attitude réticente de ces païens – à qui les accouplements répétés lors des cérémonies rituelles assuraient la félicité dans l’autre monde – devant une nouvelle religion qui leur annonçait les plus terribles punitions post mortem suite à leur vie de débauche !

Ainsi paganisme et christianisme vont longtemps s’observer et se provoquer (on voit encore aujourd’hui quelques menhirs bretons “christianisés” et surmontés d’une croix de fer). Les deux protagonistes s’accusaient réciproquement de pratiques douteuses : l’un soupçonnant l’autre de conquérir ses fidèles par “possession de l’âme” et le second reprochant au premier de commercer avec des “divinités démoniaques”. L’Eglise installait ainsi l’idée du Mal, qui en prenant corps devint le Malin et plus communément le Diable, « prince des démons ». L’imaginaire collectif n’a pas tardé d’en faire une créature inquiétante aux oreilles pointues et à la queue fourchue. Et à lui trouver des noms sinistres, de Satan à Lucifer en passant par Azazel ou Belzebuth !

De cette rivalité entre les deux croyances est probablement née – par réaction des païens – ce qui a pu être appelé « une magie anti-cléricale – en fait une attitude défensive mais jugée opposante et sacrilège dans ses mots, gestes et rituels, qui furent assimilés à la sorcellerie. Un amalgame qui a conduit l’Eglise misogyne de ce temps à établir que toute femme exerçant dans l’occulte sous ses diverses formes était maudite, parce que d’évidence, pactisante avec le Diable. D’où la terrible Inquisition et son ignoble « chasse aux sorcières » qui aurait vu, à la suite de Jeanne d’Arc, plus d’un million de brûlées vives en Europe du XIIIème au XVème siècle !

Cette tragédie fut progressivement fatale au paganisme mais pas à la magie qui continua son bonhomme de chemin, certes toujours plus ou moins en catimini.

Il faut attendre la Renaissance pour voir s’installer dans la France quadrangulaire de l’époque (sans l’Artois, l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté ni la Savoie) une véritable rénovation culturelle et simultanément, un esprit d’ouverture. Une place importante est ainsi donnée au symbolisme et par là au mystère et à l’essence spirituelle des êtres et des choses. L’invention de l’imprimerie permet par ailleurs la publication des œuvres antiques notamment de la philosophie et de la médecine grecques, des textes hébraïques…et des premiers horoscopes !

La pensée magique se montre au grand jour avec des “médecins-devins”. Elle s’affirme grâce à l’astrologie mais encore par le biais de l’alchimie ou de la Kabbale, qui chacune revisitée et devenant “chose écrite”, palpable, démontre l’étroite parenté, pour ne pas dire la communion de l’homme avec le cosmos. La lecture lui permet de mieux s’interroger sur sa condition de “particule pensante de l’univers”.

Et du même coup, le livre intellectualise la magie !

Comment s’est traduite la pensée magique de la Renaissance à nos jours ?

Nous venons de le voir : au XVème et XVIème siècle, comme précédemment d’ailleurs, la magie forme avec la divination et la religion un trio qui s’avère indissociable.

Cette fascination pour le surnaturel, mêlée de curiosité pour l’environnement terrestre, est alors le puissant moteur de quelques fortes personnalités en quête de futur. N’est-ce pas à cette époque, que se manifestent deux “fabricants d’avenir” qui passeront à la postérité ?

Christophe COLOMB, navigateur et aventurier obstiné, traverse l’atlantique à quatre reprises. Homme du moyen-âge, imprégné de mysticisme, il croit aller à la rencontre du paradis terrestre – dont l’existence est affirmée par l’Eglise – en accostant aux îles Bahamas en 1492, puis sur le continent américain, dont il ouvre la route en 1498. Sa découverte du “nouveau monde” a fait de lui l’inventeur des temps modernes.

De son côté, le “médecin-astrologue-voyant-écrivain” Michel de Nostredame, dit NOSTRADAMUS, publie en 1550 ses célèbres prophéties, “les Centuries”, en 1200 quatrains. Non seulement, il donne la preuve de ses dons de voyance, en prédisant la date exacte de sa propre mort, mais ses prédictions, certes sibyllines, paraissent s’ajuster, siècle après siècle, aux grands évènements historiques.

Cette période de visionnaires marque en fait, avec l’avancée du rationnel, un début de codification des actes de magie et le recul des pratiques dites “sataniques”. Les prétendues hérétiques ou sorcières ne sont plus brûlées en place publique. Sauf, toutefois, celles et ceux qui s’adonnent à la vraie sorcellerie avec messes noires, empoisonnements et sacrifices humains (telles la Marquise de Brinvilliers, La Voisin ou l’abbé défroqué Guibourg). Ils sont traînés devant les tribunaux et condamnés, après une série de procès retentissants, à des châtiments exemplaires.

Au début du XVIIIème siècle, se développent les sociétés dites “secrètes” et écoles de pensée à visée philosophique, métaphysique ou ésotérique (les Illuminés, les Rose-Croix, la Franc-Maçonnerie) axées sur le développement personnel. Il s’agit, entre autres, d’étudier la Tradition, de rechercher le sens de la vie, et tout compte fait, de tenter d’entrer en contact, par d’autres voies que la magie primitive – l’introspection notamment – avec les forces supérieures de l’univers.

C’est en 1780, que MESMER, un médecin allemand propose une théorie sur le magnétisme animal qui constate notre réceptivité à l’influence des corps célestes et aux corps qui nous environnent. L’affaire fait grand bruit et divise aussitôt le corps scientifique qui voit surtout dans ces travaux, jugés sans fondement sérieux, une influence occulte !

Il faut vraiment parvenir au terme du XVIIIème siècle pour que l’occultisme améliore sa réputation et que l’on cesse de « diaboliser » les pratiques magiques. Les astrologues, cartomanciennes et professionnels des différentes mancies (ex : la caféomancie ou lecture dans le marc de café, la cristallomancie, ou vision dans une boule de cristal, la rhabdomancie ou sorcellerie à la baguette) ont pignon sur rue.

Au début du XIXème siècle, les appellations changent : finis les sorciers et sourciers, mages et devins. Les praticiens se nomment ouvertement médiums, radiesthésistes, voyants, ou encore “extra-lucides”. Même si le code pénal de 1810 peut éventuellement les punir pour ce que l’on qualifiait au moyen-âge de “crime de magie”, c’est-à-dire pour imposture ! Vers 1860, surgit un nouveau mode divinatoire, dont s’entiche les habitués des salons parisiens : le spiritisme. Venue d’Amérique cette pratique est popularisée par les livres d’un occultiste français Allan Kardec, qui enseigne comment faire parler les esprits, au moyen de tables tournantes ou de sujets en transes hypnotiques.

Tout naturellement, l’hypnotisme devient à son tour une nouvelle forme de magie. Un nouveau métier aussi, qui fait des hypnotiseurs de foire…de nouveaux diables, à même d’endormir les foules et d’inquiéter les autorités ! Vingt ans plus tard, l’hypnose obtiendra pourtant ses lettres de noblesse à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, où elle permettra au Professeur Charcot d’étudier le comportement des hystériques. Et au Docteur Freud d’inaugurer dans la foulée sa grande invention thérapeutique, la psychanalyse.

En cette fin de XIXème siècle, agitée par ces méthodes magico-médicales, reste toutefois discret dans son coin le magnétisme du Docteur Mesmer. C’est que la loi française n’hésite pas à poursuivre ses officiants, les « guérisseurs » pour exercice illégal de la médecine. Selon une coutume médiévale – toujours respectée de nos jours par les lois en vigueur – un thérapeute ne peut effectivement se « licencier lui-même – en clair s’autoriser à exercer. En cas de condamnation, l’issue du procès dépend du bon vouloir du juge concerné. Autrement dit s’il croit ou non au ”fluide magnétique”!

Y croire ou ne pas y croire, éternel problème de la magie !

Par bonds successifs, de pays en pays, de siècles en siècles, nous venons de boucler ce que nous avons appelé le “circuit magique” et qui constitue en même temps l’histoire de la magie, largement localisée autour du bassin méditerranéen.

Comment se présente la magie au XXème siècle, et précisément au début du XXIème ?

Le spiritisme en vogue à la fin du siècle passé, mais aussi les phénomènes de voyance ont incité plusieurs chercheurs à fonder une nouvelle science, la parapsychologie, se donnant pour vocation l’étude des capacités humaines paranormales.

A partir des années 1920, un physiologiste français, Charles RICHET, puis à sa suite un psychologue américain Joseph RHINE, ont pu soutenir la réalité de “perceptions extra-sensorielles” chez certains sujets (domaine ESP) telles que la disposition à la télépathie (transmission de pensée), la clairvoyance (voyance directe sans supports), la précognition (prémonition) et la psychokinésie (domaine PK : action de l’esprit sur la matière à type de déplacement ou de déformation d’objets).

Comme de juste ces expériences – non systématiquement reproductibles – ont donné lieu à controverse, mais elles ont eu aussi le mérite, en se démarquant des interprétations occultes, de donner aux faits “supranormaux” une nouvelle dimension. Actuellement, les recherches se poursuivent et le surnaturel, qui a pris en l’espèce la dénomination générique de “ facultés psi”, à bien entendu gagné en prestige.

Les fulgurantes avancées technologiques de ces dernières années auraient pu toutefois laisser supposer une perte d’intérêt pour “la chose magique”. Elle fait au contraire et à nouveau, une spectaculaire percée.

Si la psychokinésie n’intéresse quand même pas tout un chacun au quotidien, en revanche, la divination sous ses diverses formes (voyance directe, astrologie, radiesthésie, tarologie, numérologie, chiromancie et autres mantiques) n’a jamais connu un tel succès.

Il en est de même pour « les pratiques de guérison ». Référencé sous le vocable de « mesmérisme » dans la liste des méthodes thérapeutiques établie par l’Organisation Mondiale de la santé, le magnétisme (très largement en tête de toutes les techniques non médicales) ne déclenche plus les foudres de la justice. Il est vrai qu’aujourd’hui celle-ci aurait fort à faire si elle voulait savoir à l’encontre des guérisseurs en tous genres puisque un français sur deux a recours aux médecines parallèles, nous disent les enquêtes les plus sérieuses !

Il est intéressant de noter ici la remarquable plasticité de la magie.

Nous avons constaté que ses disciplines ont déjà su changer de nom, pour “coller” à l’époque traversée et à son vocabulaire. Au plan de la santé, les “magistes” du XXème siècle se sont eux aussi très vite ajusté au langage moderne. Comme le remarquent avec pertinence François LAPLANTINE et Paul-Louis RABEYRON dans leur ouvrage LES MÉDECINES PARALLÈLES (Collection Que sais-je? Editions PUF) …on n’impose plus les mains au malade, mais on lui prescrit une « cure magnétique ». Il n’est plus question de prières, mais de « fluides », plus question d’esprits bénéfiques ou maléfiques mais « d’ondes » ou d’énergies « positives » ou « négatives ». Le sorcier devient un radiesthésiste, un voyant, un parapsychologue et le rebouteux, un chiropracteur.

Ainsi, au moment où :

– les religions, à travers des discours irréalistes, se cherchent et veulent désespérément rattraper les nombreuses brebis égarées,

– la science malgré ses prouesses, déçoit et fait peur (manipulation des gènes, menace atomique),

– la médecine, en s’informatisant et s’acharnant sur le symptôme plus que sur la cause, se déshumanise et devient très agressive,

– la culture et le progrès social se révèlent incapables de créer des emplois pour les jeunes et entretiennent même le chômage de leurs parents, il est quasiment logique que les croyances magiques se fortifient jusqu’à devenir un recours, sinon un espoir.

Et ressurgissent, tant en campagne qu’en ville, aux côtés des praticiens de la divination et du « guérissage » (qui eux aussi utilisent l’ordinateur) les officines de mages et de désenvoûteurs. Sans parler des sectes, aux intentions le plus souvent peu avouables !

Incontestablement, avec la magie, réapparait en force “le sacré” qu’il convient de redéfinir dans son acception moderne.

N’a-t-on pas dit et redit que le XXIème siècle verrait le retour du mystique ?

2. SACRÉ, RELIGIONS, SUPERSTITIONSAUTOUR DE LA MAGIE

Comment définir le sacré ?

Dès lors que les “primitifs” croient à l’existence dans l’univers de forces occultes – sur lesquelles ils auraient un pouvoir par “voie magique” – s’impose à eux avec la crainte, un respect absolu pour ce monde invisible.

Domaine à part, redouté et mystérieux, le surnaturel se traduit chez l’homme, presque d’évidence, par la notion d’intangibilité. En quelque sorte, “l’inatteignable” devient aussi…intouchable dans son esprit! Et s’installe alors en lui, vis-à-vis de ces forces inconnues, l’idée impérieuse de règles et de pratiques incantatoires à observer, qui ne supportent en aucun cas la transgression, sous peine de se trouver en faute. La notion de culpabilité, on le voit, est une très vieille affaire qui a de beaucoup précédé notre civilisation gréco-judéo-chrétienne!

Ainsi naissent progressivement rites et rituels à la gloire des puissances cachées, qui sont divinisées et vénérées avec ferveur. Ainsi le mystère entraine-t-il peu à peu le mysticisme. Ainsi peut-on avancer que la magie a sans nul doute engendré, après l’animisme, cette révérence profonde pour l’inconnaissable caractérisant le sacré, puis, par là-même, a donné naissance à la religion et aux cultes.

Qu’entend-on par “religion”?

On pourrait se contenter de définir la religion comme l’ensemble des croyances qui déterminent la relation de l’homme au sacré, si l’on s’en tient au mot latin “religio”, issu lui-même du verbe “religare”. Ce qui nous limiterait au concept, devenu courant, de lien au divin, quand on traduit religare par « qui relie ».

Les linguistes modernes s’accordent maintenant pour penser avec Cicéron que “religio” viendrait plus justement du verbe “relegere” – à traduire par “vénérer” – et qui s’oppose à “neglegere”, c’est-à-dire négliger, regarder avec détachement.

Si la première acception du mot “religion” n’est pas fausse dans la mesure où elle souligne la dépendance humaine à une entité supérieure, la seconde nous permet d’aller plus loin dans l’analyse. Précisément parce qu’elle indique bien que “le sentiment religieux est un attribut essentiel, une qualité inhérente à notre nature”, selon la pertinente formule de l’écrivain-politicien Benjamin CONSTANT (1767-1830)

Quelles différences y a-t-il entre magie et religion?

En se persuadant de l’existence d’une force surnaturelle et en l’interpellant, l’homme primitif a, en quelque sorte, inventé Dieu.

 Qu’elles le nomment dans leur langue, Tout-Puissant, Allah, Yahvé ou Visnu, les principales religions – filles de la magie – se défendent pourtant de cette invention.

Elles affirment toutes, au contraire, avoir été inspirées par Dieu lui-même, qui s’est manifesté dans leurs textes sacrés : la Bible pour les juifs et les chrétiens, le Coran pour les musulmans, le Véda pour les hindouistes.

La tradition nous ne dit-elle que le Créateur a remis les Tables de la Loi à Moïse, le chef charismatique des Hébreux, sur les pentes du mont Sinaï?! N’est-il aussi attesté que le prophète Mahomet a reçu les versets du Coran par la voix de l’archange Gabriel, porte-parole de Dieu et les a dictées à des scribes, puisqu’il ne savait ni lire ni écrire ? Quant aux quatre livres sacrés de l’hindouisme, rédigés en sanskrit archaïque, ils sont sans conteste attribués à la révélation du Dieu Brahmà, et partant considérés comme fondamentaux.

Si elles sont issues de la magie “primordiale”, les religions en diffèrent toutefois dans leur pratique même. Alors que le “magiste” prétend agir sur les éléments cosmiques, et par là les asservir, l’authentique pratiquant religieux, lui, se soumet inconditionnellement à la volonté de Dieu, avec une grande dévotion et une totale humilité.

Autre différence entre magie et religion : à la fois, la forme et le fond de “l’acte de communication” avec la divinité.

Sur le plan de la forme, dans le premier cas, l’officiant s’adresse à elle à l’aide d’incantations. Dans le second, il lui récite des prières.

Il est intéressant, quant au fond, de comparer les finalités espérées des deux modes opératoires. L’incantation – précisément à l’aide de formules magiques – vise à séduire, à produire un sortilège, propre à influencer l’entité sollicitée. La prière, dans son vrai sens religieux, est avant tout un acte verbal de vénération, d’adoration de Dieu, qui ne veut pas le charmer et ne lui demande rien.

Autrement dit, comme l’indiquent très bien Denis HUISMAN et André VERGEZ dans leur ouvrage « Philosophie » (Editions Marabout) : “…tandis que la formule magique s’appuie sur un soi-disant déterminisme et se veut efficace par elle-même (comme une recette technique), la prière ne vaut que par les dispositions intimes du croyant : seuls les cœurs purs seront exaucés. Bien plus, la véritable prière est celle qui ne demande rien d’autre pour soi-même que le courage de supporter la volonté de Dieu : « Que Ta volonté soit faite.”

En vérité, lorsque le croyant prie son Dieu – ou ses saints – ne le fait-il afin de solliciter le plus souvent quelque chose pour lui ou ses proches, qu’il s’agisse de protection, de guérison, de gains, de biens matériels ou de réussites diverses? Et dès lors, avec cette “demande d’avantages particuliers” à l’instance divine, ne s’agit-il d’un retour pur et simple à la magie, comme le soulignent les auteurs précités dans leur livre?

 Nous sommes renvoyés ici à une ou plutôt à des définitions de la foi religieuse : adhésion totale à une croyance, engagement à une promesse (baptême, par exemple) adoration déiste…pour obtenir! On le constate, du fait même de ses diverses interprétations possibles – qui déterminent les comportements individuels, il n’est pas si évident d’établir une nette distinction entre magie et religion !

 Même si la seconde condamne la première et la juge sacrilège!

LA PENSÉE SOUS INFLUENCE

Quel rapport entre magie et superstition?

Il est facile, pour chacun d’entre nous, de citer de nombreux exemples de pratiques superstitieuses, mais beaucoup moins d’en expliquer l’origine! De la salière renversée à l’irruption d’un chat noir, du miroir brisé au pain retourné, du parapluie à ne pas ouvrir dans une maison à l’échelle sous laquelle il ne faut pas passer, la liste est longue des superstitions que, sans grands commentaires explicatifs, notre culture nous a transmises. Et que nous ne manquons pas… de retransmettre en l’état!

Qui peut nous dire sérieusement aujourd’hui, pourquoi il ne faut pas être treize à table, poser un chapeau sur un lit ou rouler dans une voiture verte?! Il est fort probable que “l’interdiction” desdits actes soit lié à des rituels sortis d’imaginations fertiles qu‘à des statistiques formelles établissant le mauvais sort des « transgresseurs » !

Au regard des exemples précités, nous pouvons définir la superstition comme une croyance à des influences irrationnelles. Et plus précisément même, comme la conviction de la survenue d’un évènement particulier – malheureux ou heureux – suite à un fait matériel fortuit.

Remarquons au passage que ces pratiques superstitieuses (dont plusieurs centaines ont été listées en France) ont surtout à voir avec le malheur. Quand elles ne sont pas “mixtes” (le vendredi 13 est jugé aussi bien maléfique que bénéfique) quelques-unes seulement annoncent le bonheur (par exemple trouver et garder chez soi un fer à cheval, découvrir une coccinelle ou un trèfle à quatre feuilles). Il y aurait là un équilibre à rétablir!

Quoi qu’il en soit, nous voyons bien que ces superstitions relèvent toutes d’un même processus : la pensée magique. Que nous le voulions ou non, lorsque nous croisons les doigts (pour appeler le succès d’une démarche) ou touchons du bois (pour pérenniser une bonne chose), nous sommes en plein dans la magie !

De tels gestes – qui interpellent le futur – illustreraient même ce que nous avons conservé de la magie primitive, selon certains ethnologues et chercheurs. Nous les suivons quand, au total, ils rapprochent intimement magie et superstition (travaux de J.G.FRAZER, M. MAUSS, S. FREUD, au début du siècle)

Superstition et religion sont-elles liées?

Si magie et superstition se rejoignent et ne constituent qu’un seul et même système de croyances, aux yeux des observateurs avertis, il est clair que nombre de pratiques cultuelles sont elles-mêmes empreintes de la pensée magique de leurs auteurs, aux antipodes d’une authentique religiosité.

La prière, quand elle est dite dans l’unique but d’obtenir une faveur, est certainement la première de ces pratiques à même de dénoter une attitude superstitieuse.

Il en est de même avec le cierge que l’on fait brûler à l’église dans l’espoir de la réussite à un examen, la médaille bénie portée sur soi comme protection permanente (exactement comme ces “croix magnétiques” achetées par correspondance et réputées porte-bonheur!). Ou la messe commandée au curé du village pour voir la victoire de l’équipe locale de foot-bal.

Ne demande-t-on traditionnellement aux prêtres la bénédiction d’un nouveau bateau (avec bouteille de champagne brisée sur la coque), quand ce n’est pas celle d’un rallye automobile ou d’une cordée au pied d’un mont inviolé.

Qu’est-il sollicité alors de la bonté divine, sinon dans l’ordre, que la mer, la route et la montagne soient clémentes pour les gens concernés?

Loin de nous l’idée de choquer ici tout pratiquant religieux mais force est de constater que lesdits rituels, relevant d’une “foi intéressée” (adorer Dieu afin qu’il soit efficace, c’est-à-dire garantisse réussite et sécurité!) sont bien de l’ordre de la croyance magique. Il y a ici total amalgame entre superstition et religion.

Les autorités religieuses sont d’ailleurs plutôt embarrassées, lorsqu’elles sont interrogées sur ces conduites (à vrai dire peu catholiques!) dans lesquelles elles sont entrainées, au prétexte des us et coutumes. De fait, en y regardant de plus près, ceux-ci n’évoquent-ils animisme et paganisme, plus haut abordés ?

L’Eglise est évidemment consciente qu’un effet magique est à tout moment attendu de la pratique cultuelle et ne souhaite pas cautionner ce que, au regard de ses règles, elle est en droit de considérer comme une dérive. Nous ne devons dons pas êtrre étonnés qu’elle montre la plus grande prudence, quand survient une guérison dite « miraculeuse » sur un lieu de pèlerinage(les mots « miracle » – de mirari, admirer et magie, différents pour l’Eglise, ne sont-ils pas susceptibles d’être con fondus?).

Il pourrait toutefois lui être reproché de contribuer à y entretenir une certaine ambiguïté, autour de la vente massive d’objets religieux de toutes sortes, des crucifix aux chapelets, des médailles aux images pieuses. Mais, il faut bien convenir que ce commerce correspond, en l’espèce, à la demande pressante d’un public considérable. Pour le plus grand profit des “marchands du temple”.

Dieu est amour, mais pour certains, il peut être aussi “argent”!

UNE CONDUITE ADAPTÉE

Qui sont les superstitieux?

A en juger par le nombre de porte-bonheur ou médailles de Saint-Christophe qui ornent les rétroviseurs et les tableaux de bord de voiture, il est déjà possible de déduire qu’une grande partie de la populations française est superstitieuse !

Cette impression se confirme quant on constate le succès médiatique (et maintenant informatique) de l’astrologie, de la voyance et du paranormal sous toutes leurs formes. Sans parler de l’indispensable horoscope par signe zodiacal que tout journal ou magazine, toute station de radio ou de télévision, se fait un devoir de publier et diffuser très ponctuellement.

Autant de paramètres qui démontrent que le hasard, la chance, le sort, le destin, ne sont pas des vains mots pour beaucoup. Et qui confirment à quel point est forte la croyance en une ou des puissances extérieures dont chacun se fait une représentation personnelle. Aucun pourcentage sérieux dénombrant les superstitieux (autrement dit ceux qui croient à des influences incontrôlables) et les non-superstitieux (ceux qui pensent être maîtres de leurs décisions et actes) ne peut évidemment être donné. Les instituts de sondage qui se sont risqués à ce type d’étude ces dernières années, ont toutefois pu établir des tendances que nous rapportons donc ici pour information mais au conditionnel :

– Les jeunes, quel que soit leur niveau d’études, auraient des croyances superstitieuses et parapsychologiques (notamment astrologie, voyance, télépathie, médiumnité, spiritisme, psychokinésie) davantage affirmées que les personnes plus âgées. Le phénomène s’expliquerait, entre autres hypothèses, par une éducation religieuse aujourd’hui beaucoup moins formelle.

– Les femmes montreraient une disposition plus importante que les hommes aux pratiques superstitieuses, parce qu’elles sont généralement, dit-on, plus crédules. Si l’on en croit les enquêtes, ces croyances leur permettraient aussi de la sorte, de s’affirmer socialement, après une éducation souvent plus stricte que celle des hommes.

– La superstition serait plus “active” en milieu urbain, sans que l’on puisse en donner une raison étayée. Ce fait est étonnant quand on sait la forte implantation persistante des praticiens du surnaturel dans le monde rural.

– Le penchant pour la superstition affecterait principalement les classes moyennes (catégorie floue qu’il conviendrait de définir). Le motif de cette inclination ici avançée serait le doute social de cette population qui trouverait une réassurance dans l’irrationnel. Mais, à de rares exceptions, quelle classe sociale ne s’interroge pas de nos jours sur l’avenir?

On le voit, la pensée magique a ses raisons… que le raisonnement peine à établir !

Ce qui est certain en revanche, c’est que de nombreux métiers ont leurs superstitions, mêlant les rites conjuratoires et les pratiques religieuses. Par exemple, ceux qui présentent un danger physique ou un risque d’échec :

– Les marins-pêcheurs qui s’interdisent de prononcer le mot “lapin” à bord de leur embarcation. Cette coutume viendrait du fait des dégâts, parfois dramatiques, que ce rongeur maudit en l’occurrence, pouvait commettre en s’attaquant subrepticement à la coque des bateaux, au temps de “la marine en bois”.

– Les acteurs de théâtre qui ne veulent pas entendre le mot “corde” sur le plateau. Cet usage viendrait aussi de la marine à voile, par le biais des machinistes, qui, au début du siècle, étaient souvent des marins reconvertis.

– Les toréros qui se recueillent longuement dans la chapelle attenant à l’arène avant d’affronter le taureau.

Citons encore parmi bien d’autres, les coureurs automobiles et motocyclistes, les pilotes d’avion, les parachutistes, les trapézistes de cirque qui portent sur eux un objet-fétiche, ou procèdent à un rituel connu d’eux seuls, avant d’exécuter leur prestation. A moins que, à l’instant de se lancer dans l’action, ils ne fassent un signe de croix en public, comme de juste retransmis par la télévision (tels certains joueurs de foot-ball ou de tennis célèbres)

Peut-être vous-même, amie lectrice, ami lecteur, êtes-vous sujet aux croyances superstitieuses ? N’oubliez pas dans ce cas, que les éventuels effets de tout acte jugé néfaste sont annulables avec un rite conjuratoire approprié ! Lorsqu’à table vous renversez le sel (geste prédictif d’un ennui) jetez-en trois pincées par dessus votre épaule pour éviter le “pépin” annoncé. Et si l’on vous offre un couteau ou tout autre objet tranchant (réputés couper les relations) remettez une pièce de monnaie à votre donateur pour conserver son amitié! Autant de situations, autant de coutumes superstitieuses. Tout respect gardé ici pour les « pratiquants ».

Pourquoi est-on superstitieux ?

Faire état de votre ou de vos superstitions peut directement vous exposer aux moqueries de votre entourage! Laissez dire et répondez par le sourire. Vous le savez, vous n’êtes pas le seul à être superstitieux. Et pour cause, puisque la superstition est une conduite adaptée, qui depuis l’origine de l’homme, répond à son besoin primordial de “gérer” son environnement.

Lorsque l’eau était nécessaire au primitif pour sa consommation, il allait la puiser dans le plus proche ruisseau. Quand les champs aussi venaient à en manquer, une inquiétude le saisissait car il se sentait impuissant à étancher leur soif et il était en “inhibition d’action”. Il invoquait alors les nuages pour faire pleuvoir.

Ainsi faisait-il appel à la magie quand il ne pouvait agir lui-même sur la nature. Non seulement, il apaisait sa tension grâce à ce stratagème, mais la foi mise dans la pluie attendue des nuages, lui donnait ce bien psychologique précieux qui est l’espoir. Nous n’avons pas changé au XXIème siècle. L’espoir nous fait toujours vivre !

Quand vous faites acte de superstition – par exemple en emportant une mèche de cheveux d’un être cher lors d’un voyage – vous procédez sans le vouloir à un rituel magique qui équivaut à vous sentir “accompagné” de cette personne, voire protégé par elle, et à optimiser votre déplacement. Vous espérez qu’il se passera bien et vous réduisez de la sorte l’inquiétude que vous donne éventuellement ce départ.

De la même manière, lorsque vous pensez fébrilement à votre enfant en regardant sa photo pendant qu’il est en train de passer les épreuves du baccalauréat, c’est bien une forme de soutien magique qui vous lui destinez…et qui finit par vous détendre!

Bien entendu, il peut vous être objecté que votre façon d’opérer est en soi puérile (c’est-à-dire vécue comme telle par autrui!) mais qu’importe. Ou même, si, vous multipliez les conduites superstitieuses, que vous faites preuve d’un comportement obsessionnel. Certes, point trop n’en faut, au risque de basculer dans la névrose !

Avec ces deux exemples, nous voulons surtout mettre en avant le rôle social de la superstition, et précisément – par le biais de ses divers rituels affectifs – son pouvoir anxiolytique, en situation d’attente, de doute, de frustration ou d’insécurité.

Nous pouvons donc véritablement parler ici de l’existence d’une fonction magique.

Lire la suite et fin de ce dossier

Une philosophie « progressive » pour notre temps

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                               Parmi le florilège de phrases toutes faites traduisant l’absence de pensée il en est une particulièrement divertissante. Il s’agit de cette déclaration aussi péremptoire que vide de sens : « Je, nous, les homme(s) ou femme(s) de progrès ». Idem avec le qualificatif « progressiste » qui serait la marque intangible d’une personne de qualité. En bref, si l’on n’est pas progressiste, l’on revient au néant d’un obscurantisme dépassé. Voilà autant d’incantations ne voulant pas dire grand-chose, mais que l’on « chante » (n’est-ce pas cela « l’incantation » ?) pour essayer de se convaincre de leur contenu.

Mais il n’y a pas là-dedans, justement, de contenu. Car ce qui fut la caractéristique d’une époque donnée n’est pas, forcément, pertinent lorsque cette époque s’achève ; ou est en voie d’achèvement. Et continuer à seriner ces rengaines est la facilité des intelligences obtuses et courtes, se satisfaisant de certitudes quelque peu obsolètes. Tout autre est l’élan vital s’exprimant dans la multitude des effervescences contemporaines et qui nécessite que l’on sache penser, au-delà d’une idéologie déjà morte.

Il s’agit de la philosophie progressive. Ce qui nous incite à ne pas confondre la démarche maçonnique et l’idéologie « bourgeoisiste ». Celle-là ayant des racines profondes est pérenne, celle-ci liée à un temps donné est éphémère. Sa caducité étant, maintenant, particulièrement évidente. Il nous faut donc approfondir les aspects les plus radicaux de cet « Homo Latomus » intangible, au travers de la chaîne du temps, et retrouvant une actualité incontournable en cette époque postmoderne.

Pour ce faire, il faut accepter de quitter les sentiers battus de la bienpensance raisonneuse et niaiseuse à la fois. Éclairé par le flambeau de la tradition, celui qui sait penser a, dans un même élan, de la conscience et des entrailles. Pour ma part, c’est ainsi que j’ai, toujours, compris l’heureuse conjonction établie par des esprits aussi différents mais non moins aigus que Descartes et Joseph de Maistre, entre le « bon sens et la droite raison réunis » !

                               C’est, en effet, dans le prosaïsme de la vie quotidienne que s’exprime au mieux la perdurance de la tradition. C’est là que se conforte la solidité des us et coutumes. Ce que déjà Aristote : « Exis », ou Thomas d’Aquin : « Habitus », analysaient comme le terreau à partir duquel pouvait croître le vivre-ensemble. Ce qui nous incite à être à la hauteur de cette vie courante racinée dans une immanence qui n’est rien d’autre qu’une transcendance vécue au jour le jour. Et comment cela s’exprime-t-il sinon par l’importance et la continuité des rituels dans la sociabilité humaine.

                               J’ai déjà montré quels étaient les « fondements et formes du rituel », et en quoi ce dernier participait à une indéniable « Conquête du présent » (PUF, 1979). Comment c’était une manière d’affronter le destin et de lutter contre l’angoisse du temps qui passe. Avant d’être le propre de la liturgie, les rituels sont, essentiellement, vécus au quotidien. Ils sont le fondement même de la culture et constituent une sorte de théologie populaire. C’est-à-dire une manière de penser le sacral. Non pas un sacré extérieur, transcendant, mais vécu d’une manière immanente.

Les rituels ne conscientisent pas, ils ne se verbalisent pas, ou alors a minima. Ils sont ineffables. Mais ils ne manquent pas de structurer la communauté. Ils sont bien, en ce sens, cause et effet d’une indéniable religion séculière. Entendons du siècle, de ce monde-ci ! Là encore un accord entre la sagesse populaire, la démarche initiatique et l’esprit du temps.

En effet, les rituels maçonniques, dont l’importance peut varier suivant les obédiences tout en restant essentiels, ne font que traduire cet immanentisme tenace : comment vivre au mieux, avec les autres, ici et maintenant. Ils sont donc, au sens fort du terme, une éthique, c’est-à-dire un ciment assurant, présentement et sur la longue durée, la cohésion sociétale. Cet immanentisme rituélique ressemble quelque peu à un hymne panthéiste. C’est-à-dire à une célébration de cette vie mondaine. Un exercice d’admiration envers la création continue qui est le bel œuvre humain.

Un hymne adressé au « Grand-Être ». Symbole, justement de cette immense « religion séculière » ayant, tout au long des âges, constitué l’humanité. Religion séculière, « entreprise séculière » ou religion de l’humanité (A. Comte), peu importe. Il suffit de rendre attentif à une transcendance immanente constitutive de la communauté humaine. C’est-à-dire, stricto sensu, ce qui dépasse l’individu et rejaillit sur le groupe.

On n’est plus ici dans le « principe de coupure » (Gilbert Durand) qui caractérisa la modernité et culmina dans l’individualisme moral et épistémologique. Principe étant devenu schizophrène en ce qu’il sépare les divers éléments du donné naturel et social : corps/esprit, naturel/culturel, matériel/spirituel. C’est une sorte de complétude qui est en jeu, un holisme vécu au quotidien et qui assure la dignité de l’humanisme authentique. Le plérôme, l’accomplissement que la théologie chrétienne projetait dans l’au-delà, la perfection que les systèmes socialistes repoussaient vers des « lendemains qui chantent », tout cela, pour la sagesse maçonnique peut se réaliser, hic et nunc, dans le cadre de l’échange fraternel.

Là encore, l’âpre leçon de la tradition nous apprend qu’au-delà de l’universalisme quelque peu normatif, et donc, aplatissant, universalisme fleurant bon les XVIIIe et XIXe siècles, et de ce fait tout à fait dépassés, il faut revenir à ce que Aristote appelait « katholon » : l’universalité, ce qui est commun à tous et à tout.  On ne le redira jamais assez, il faut se méfier des « ismes ». Ce sont toujours des manifestations de la peur. L’universalité, ce commun à tous, en se racinant profond dans les modes de vie en appelle à une sagesse incarnée (c’est cela l’humanisme), qui de plus en plus, s’exprime au quotidien. En particulier dans l’intense exigence du vitalisme juvénile.

Sagesse incarnée de l’immanentisme maçonnique, qu’est-ce à dire, sinon l’acceptation de la mort. C’est-à-dire, accepter la vie et donc la mort. Au travers des rituels figurant la mort symbolique, l’homéopathiser, l’apprivoiser et, ainsi, la faire participer à la plénitude de l’existence. Il s’agit bien là d’une spiritualité séculière, ou encore laïque si on donne à ce terme son sens étymologique, c’est-à-dire plénier.

            En effet dans la fidélité à l’esprit hétérodoxe, propre à la pensée maçonnique, et pour continuer ce questionnement essentiel : en quoi est-elle en phase avec l’esprit du temps » et peut donc répondre à ses défis, il faut rappeler que premièrement ce « laïc » vient de laos : le peuple, « laikos », qui appartient au peuple. D’ailleurs dans les monastères médiévaux, le « frère lai » participe à la communauté, fait partie d’un ordre, tout en gardant son statut laïc : il n’est pas prêtre.

                               Étymologie et exemple instructifs, rappelant la dynamique et authentique sensibilité laïque. Et c’est une falsification de son principe originel, quand l’esprit laïque devient dogmatique, intolérant, voire clérical. Il devient laïcisme : idéologie systématique et excluante. Il se caricature en « laïcard » quelque peu fanatique et vitupérant.

            La laïcité hétérodoxe comprend la « république » comme cette res publica, cette chose publique assurant la cohésion de la diversité. Cohésion a posteriori. C’est-à-dire après bien des essais-erreurs, et d’une manière enracinée dans la vie de tous les jours. Par contre le laïcisme orthodoxe continue le combat désuet d’une République Une et Indivisible où l’Etat Providence n’est que la forme profane d’un Dieu unique et intolérant. D’un Dieu guerrier (Deus Sabaoth), éliminant ce et ceux ne se pliant pas à son vouloir souverain.

            La laïcité hétérodoxe, quant à elle, s’emploie à ne rien déifier. Surtout pas les entités ponctuelles (République, Démocratie, Progrès…) qui risquent, rapidement, de se saturer et, dès lors, de n’être que des fantasmes, fantaisies, fantasmagories ou, plus simplement, des fantômes évanescents dont l’existence même mérite d’être mise en question. C’est bien une telle spiritualité laïque qui est, de plus en plus, répandue dans les modes de vie postmodernes et qui, comme telle, nécessite d’être, théoriquement accompagnée. Pour ce faire, l’apport de la tradition est une aide de choix.

                Souvenons-nous ici de Pascal, « vivre dans l’éternel ». Ce que l’on peut comprendre comme étant cette sorte d’instinct animal ou sociétal, c’est tout un, qui va à l’essentiel, et ne se préoccupe pas de l’accessoire. C’est cela « l’apport de la tradition » : voir les choses « sub specie aeternatis ». Reconnaître que l’éternel gît en nous et que nous n’en sommes que les usufruitiers. Et comme le remarque A. Comte, à diverses reprises, cette jouissance même est réglée par les morts : « ce sont les morts qui gouvernent les vivants ».

            Pour admettre cela, il faut se débrouiller les idées. C’est-à-dire, se purger des conformismes logiques (Durkheim). Voilà qui peut permettre de faire la distinction entre le factuel et l’essentiel.

            Se purger des opinions. En particulier des opinions intellectuelles qui sont, toujours, à courte vue, cela ne s’adresse, bien entendu pas aux gens d’imagination. Au petit nombre admettant que l’on n’est pas maître des idées qui naissent en nous. Que celles-ci viennent de fort loin. De ce milieu, naturel, social, territorial où l’on est plongé. C’est à partir de cela que s’élaborent nos jugements et même nos raisonnements. Il n’y a pas d’idées individuelles, car tels des acteurs, plus ou moins bons, plus ou moins mauvais, nous ne faisons que réciter un texte venant de fort loin. Rhétorique sociétale issue de la lente sédimentation qui, de génération en génération, s’est constituée sous le nom de culture.

            Dès lors, parler de tradition, c’est parler d’une dette morale contractée par rapport à ceux qui nous ont précédés. C’est accepter la soumission à l’ordre naturel des choses, qui est éternel, allant de pair avec l’insoumission vis-à-vis de l’ordre politique du monde, qui lui, est ponctuel.

            Cette concaténation avec ceux qui sont passés (soumission) et avec ceux qui oeuvrent (insoumission) actuellement est symbolisée par la « chaîne d’union » ponctuant tous les rassemblements maçonniques : des tenues régulières aux cérémonies funèbres. Rituellement cette chaîne rappelle ce que l’on doit à la société qui nous a façonné et nous a alimenté physiquement et spirituellement. C’est la reconnaissance que l’individu n’est que l’éphémère produit d’une communauté qui, elle, a la solidité du granit. Il faut se reporter au texte dit à cette occasion et à l’intense attention qu’en général il suscite, pour comprendre la dette morale dont il vient d’être question.

            C’est d’ailleurs à partir de celle-ci que l’on peut éviter l’étonnante confusion que l’on fait, habituellement, entre Progressisme et Progressivité. Le naufrage évident d’un rationalisme conquérant et quelque peu paranoïaque, celui du Progressisme arrogant, pensant résoudre l’énigme du « pourquoi » de la vie, incite à plus de prudence. Il conduit à ce discernement, dont on sait le rôle éminent qu’il joue dans et pour l’humanisme, propre à la philosophie progressive. Celle d’une raison sensible, d’un ratio-vitalisme.

Raison sensible, autre manière de dire ce que l’acte de penser doit au corps, aux sens, au territoire et au corps social. Connaissance incarnée, tributaire de l’apparence, c’est-à-dire du physique, de la physique dans laquelle elle se situe. Ce qui n’est pas sans conséquences : politiques ou triviales. N’est-ce point cela qu’induit cette remarque Pascal : « Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, la face du monde en eût été changée. »

Constatation de bon sens s’inscrivant bien dans ce qui constitue les assises maçonniques. Ces « constitutions » qu’il faut comprendre comme un ordre architectural : la construction jamais achevée du Temple de l’humanité. Ordre symbolique, venant de fort loin, et que l’on perfectionnera toujours. Construction continue entrant, tout à la fois, en phase avec le désir d’entreprendre qui est, pour ceux qui savent voir avec lucidité, le propre même de l’imaginaire postmoderne. Imaginaire reposant sur l’idée, on ne peut plus simple, qu’il n’y a de croissance qu’à partir des racines.

            Voilà ce qu’est, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la radicalité de la tradition : parce qu’elle se racine profond, elle présente une pensée alternative. Et l’attractivité de la franc-maçonnerie repose là-dessus. Même si, il faut le dire et le redire, de nombreux francs-maçons ne sont pas sensibles, attentifs ou tout simplement conscients de cela. Cette radicalité, à comprendre dans le double sens que je viens de lui donner, est un élément d’importance du trésor maçonnique.

Qu’est-ce à dire sinon que l’on met toujours ses pas dans les pas de ceux qui nous ont précédés. Ou pour le dire, avec concision, autrement, cette belle formule de Joseph de Maistre : « Nos pères ont jeté l’ancre, tenons-nous y ». Ajoutant, dans une étymologie certainement douteuse mais, et c’est suffisant, donnant à penser, que « ancêtres » vient de « ancien » et « être ». Qu’il n’y a donc de plénitude d’être que dans et par les racines constituant tout un chacun et la communauté en son ensemble. Cet auteur si souvent, et à tort, vilipendé doit, il ne faut pas l’oublier, l’élan de sa pensée à ce que fut, fort jeune qu’il était, son initiation maçonnique.

Par-là est soulignée la profondeur du passé, le dynamisme de la mémoire immémoriale. Le Progressisme, on ne peut plus benêt, se fonde sur l’idée que le passé est révolu. Ce qui ne manque pas de faire des progressistes des nigauds sans grande perspective. La démarche traditionnelle, quant à elle, consiste à voir ce que ce passé nous lègue. Et en quoi, de bien entendu, l’on en est tributaire. Non pas en une conception d’un monde figé, mais bien en ce que j’ai nommé l’enracinement dynamique.

Il est, à cet égard, éclairant de voir le succès des produits locaux, des vêtements ethniques, et d’un point de vue sémantique, l’utilisation de termes tels que : territoire, pays, terroir, et autres thématiques déclinant le souci et le désir des racines, pour comprendre l’actualité d’une pensée traditionnelle en général, de la tradition maçonnique en particulier.

En pendant à ses Mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie (Ed. Dervy), Gilbert Durand, anthropologue enraciné par la culture populaire et dans le terroir qui était le sien, rappelle, en une formule gravée dans le marbre d’une connaissance éternelle, que « ce qui a été est encore pour tout phénomène humain fondamental ». Et citant Fernand Braudel il souligne l’importance de ce qui est impermanent, d’une sorte d’immobilité de l’histoire.

Tout cela nous incite à penser que le Progrès brutal et quelque peu dévastateur, celui qui voulait du « passé faire table rase », est une vue tout à la fois grossière et imprudente. Et sur la « longue durée » l’on constate que cela même qui constitue l’inconscient collectif des peuples est fait de fortes rémanences, de perdurances irréfragables, en bref de pseudo-morphoses. C’est-à-dire que ce qui se présente comme nouveauté n’est, en fait que la modulation d’une forme archétypale.

Tradition, initiation (c’est ne l’oublions pas ce qui renvoie à l’initial, à l’origine) qui incite à s’habituer au destin. C’est-à-dire à ce couple fécond, et inéluctable, qu’est la dialogie de la mort et de la vie. Le Progressisme : c’est la prétention de dominer l’Histoire, individuelle et collective, c’est aussi l’ambition de dépasser le malheur et la mort, c’est le cri paranoïaque de la « lutte finale ». La progressivité : c’est au contraire l’acceptation du destin, une homéopathisassion de la finitude, c’est la reconnaissance de la « fosse finale ». En bref, c’est un amor fati. C’est à partir de là que l’humanisme intégral de la tradition maçonnique intègre et enrichit ce que fut le fatum antique, la « Providence » chrétienne, ou même le « Mazzal » juif, toutes choses déclinant le sort, la chance, la « fortuna » donc le destin. Destin pouvant être dynamique. Ce n’est en rien un cul de sac. La sagesse ancestrale le savait bien. Ce que résume, dans L’Énéide, Virgile : « Fata viam invenient », ils trouveront leur route, les destins !

Ces routes, ce sont les « voyages » que la tradition maçonnique fait entreprendre à celui qui sollicite l’initiation. Rappelant la pérégrination fondamentale de cet homo viator qu’est tout un chacun. Route empruntée tout au long de la vie et où l’on s’initie aux arts en général, les arts libéraux, et à l’art de vivre en particulier. Mais, et c’est là où le destin pointe son nez, voyages parsemés d’épreuves. Voyages où bonheurs et malheurs se complètent, en un mixte constant, les uns les autres. Voyages, enfin, où l’on fait l’apprentissage de ce but final qu’est la mort. Au cours des épreuves, cet apprentissage de la mort symbolique est une bonne manière de l’apprivoiser. Là encore sagesse venant de fort loin et promise à un bel avenir !

La raison : OK, elle est utile, on la garde !

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La faculté du raisonnement est au service de nos désirs, mais cela n’entraîne pas que nous soyons dominés par nos instincts. Le raisonnement est pourtant un outil social essentiel, y compris en matière de progrès humain. Explications.

Dans un précédent papier nous signalions que la célèbre théorie de Kahneman ( système 1 intuitif / système 2 raisonnement ) colle avec nos souhaits de francs-maçons.  En effet l’équilibre cœur/raison est souvent mis en avant dans nos textes et chez de nombreux penseurs et philosophes. Mais nous signalions que la « théorie argumentative du raisonnement » de Hugo Mercier et Dan Sperber bouscule cet équilibre fantasmé.

En compactant l’idée, on retient que le cortex est un sous-traitant servile de nos désirs, et pond à la demande arguments et justifications.

Le désir serait donc le patron ?  Ben c’est en fait conforme à ce que Sigismond Freud a toujours affirmé. Serait-ce la fin du match cœur vs. raison ? Voilà qui serait trop simple ! C’est sûr pourtant, une dissymétrie fondamentale existe. Le désir est la pointe émergée de l’inconscient, qui ne révèle ses mécanismes qu’au cours d’interminables thérapies. Et encore, on ne trouve que des cas particuliers, les généralités restent discutables et discutées :  le surmoi existe-t-il vraiment ? Thanatos existe-t-il vraiment ? Et en face de cette masse obscure, nous avons les dialogues et interactions sociaux, dans la clarté et la transparence.

Jung disait : «  Nous mettons la moitié de notre vie à  nous construire un égo solide, puis l’autre moitié à nous en débarrasser. » En langage à la mode on dirait déconstruire. Remarquons toutefois que le point d’inflexion entre les deux périodes pourrait être l’entrée en franc-maçonnerie, l’initiation qui signe la volonté de se changer. Pour se construire, le jeune a besoin de trouver du sens à sa vie. Et le sens de la vie, le jeune l’obtient en se dotant d’un panorama du monde ( cosmogonie etc. ) dans lequel s’inscrit son récit personnel. Son récit personnel sera composé en cohérence avec les croyances qu’il s’est forgé au départ des injonctions reçues dans l’enfance puis des expériences de vie.

Le gardien efficace de l’ensemble est le biais de confirmation.

D’une part, il s’agit de renforcer l’assise de croyances et la force dynamique du récit en puisant dans les événements des faits qui vont dans le bon sens. D’autre part, il faut aussi filtrer ( ignorer, réfuter…) les faits qui vont à l’encontre de nos croyances.  

C’est là que le raisonnement fait son boulot :  émettre des arguments expliquant la justesse de nos vues, mais aussi des justifications a posteriori de nos actions . Dans les deux cas il s’agit de convaincre les autres : le raisonnement est d’abord un outil social. Cet outil est particulièrement utile chez l’humain, qui a une richesse de communication très supérieure à celle des autres animaux : langage, capitalisation des connaissances, capacité de conceptualiser. C’est ce qui explique probablement pourquoi le raisonnement s’est fort développé chez l’humain et bien moins chez l’animal.

Mais nous savons aussi que le raisonnement n’a pas une fiabilité très élevée. La première cause en est son usage subjectif au service des désirs : filtrer les éléments indésirables et pondre des arguments pour convaincre incite à faire peu de cas de la vérité. Zut alors, se disent les francs-maçons qui déclarent se consacrer à la recherche de la vérité. Nos esprits affûtés par le travail sur soi sont capables de prendre du recul, de se placer au second degré, certes, mais cette capacité dégringole bien vite dès que nos intérêts, ou nos croyances, sont en jeu.

Avez-vous remarqué que beaucoup d’entre nous manient brillamment les concepts philosophiques et moraux mais que, quand il s’agit d’appliquer, il y a beaucoup moins de monde ?

Par exemple, combien de chantres de la démocratie ne supportent aucune contradiction ? Entre nous, c’est pour cela que j’ai un peu lâché la philo.

Lors d’un dialogue, nous avons rapidement la réaction de notre interlocuteur, et nous corrigeons aisément l’argumentaire. Seuls devant notre feuille blanche ou notre ordi, emportés par notre biais de confirmation, il est bien plus difficile de détecter la grosse erreur que nous commettons. Et les idiots d’algorithmes internet ne nous mettent quasiment en rapport qu’avec des gens qui pensent comme nous ! Dire qu’on appelle ça de l’intelligence artificielle. Bref, il est clair que c’est de la confrontation des idées, puis des arguments qui les soutiennent, que la sélection des meilleures peut s’opérer. Pas de vérité trouvable sans travail collectif !

Faisons un petit détour par le « pessimiste vs. optimiste ». Comme nous l’avons vu, convaincre passe souvent par un argumentaire un peu ciselé pour emporter l’adhésion. Les différentes formes de sympathie ou séduction peuvent être convoquées pour atteindre l’objectif. Dans l’autre sens, pour accepter une proposition, il faut souvent un certain taux de confiance dans la personne avec  laquelle on dialogue.  Les pessimistes, méfiants, auront tendance à rejeter souvent les propositions. Ce faisant, ils peuvent passer à côté d’une opportunité excellente. Les optimistes, au prix de quelques déceptions, ne louperont pas la bonne idée ou occasion. Il y a un nom pour ça :  la bienveillance !

Conclusion : une riche vie est indissociable de l’utilisation sociale du raisonnement. Cette faculté humaine donne tous ses apports lorsqu’assise sur la bienveillance et l’ouverture d’esprit et le progrès en sont les beaux fruits.

PS :  arrêtons d’opposer le cœur et la raison, les deux sont indispensables !

Améliorez-vous en tant que membre de la communauté

De notre confrère allemand einbecker-morgenpost.de

La loge des francs-maçons d’Einbeck « Georg zu den Drei Pillen » donne un aperçu de leur travail à l’occasion de leur 225e anniversaire

Les membres de la Loge franc-maçonne d’Einbeck « Georg zu den Drei Pillen » à la mairie de Northeim ont donné un aperçu rarement accordé de leurs traditions. Le 225e anniversaire de la loge y a été célébré. Sous la direction du Maître de la Chaire, Jörg Dodenhöft, les invités ont vécu une cérémonie qui a ramené à la maison le travail spirituel des francs-maçons dans leur « Temple de l’Humanité », à la lumière des bougies de la beauté, de la force et de la sagesse. Selon Jörg Dodenhöft, une vision similaire ne sera à nouveau possible que dans 25 ans, à l’occasion du 250e anniversaire.

Convaincu de l’idée que l’homme est un être rationnel qui peut vivre et se développer dans la paix et la coopération avec les autres, la première loge est fondée en Angleterre en 1717. La première fondation en Allemagne a eu lieu 20 ans plus tard, à la fin du XVIIIe siècle à Einbeck ; c’est donc l’un des plus traditionnels d’Allemagne et le plus ancien club de la ville.

Outre des frères et sœurs, des fils et des filles, des personnes d’Einbeck et de Northeim qui se sont distinguées par leur engagement bénévole ont également été invitées. Dodenhöft a expliqué qu’ils voulaient l’honorer avec l’invitation et respecter son modèle.

La franc-maçonnerie est une association éthique et fraternelle qui transcende les frontières idéologiques, politiques, nationales et sociales. C’est là que sont réunies des personnes qui ne se rencontreraient pas autrement. Les francs-maçons sont attachés à la démocratie et à une société ouverte.

Dans son discours, le frère de loge Marc Hainski a abordé le thème de la « communauté ». La Loge Einbecker a été fondée peu après la Révolution française, dirigée par les francs-maçons Danton et l’abbé Sieyès. Liberté, égalité, fraternité, chute des monarchies absolutistes : ce n’est pas un hasard historique si les Lumières ont été essentiellement initiées ou aidées à façonner par les francs-maçons. L’activité maçonnique concerne aussi l’individu et son rôle dans la communauté : comment l’individu peut-il s’améliorer pour faire partie de la communauté ? Les instruments des Lumières semblaient plus que jamais d’actualité. Cependant, il est devenu normal d’écouter les autres avant tout pour répondre. Apparemment, il s’agit de clarifier votre propre point de vue, au lieu de traiter les « arguments stupides » de l’autre personne. Cette culture de la conversation est renforcée par l’anonymat d’internet et des réseaux sociaux : « Les esprits faibles prennent le pouvoir. » Cette plus grande concentration sur soi est préoccupante.

« Notre communauté n’est pas aussi forte que nous osons l’être », a averti Hainski, cela demande des valeurs et du courage. Quelque chose de précieux est partagé dans la communauté des francs-maçons : Dans la zone protégée des loges, on peut parler librement. On peut changer d’avis si on est convaincu par des arguments. Les mots sont des armes, et le danger que quelqu’un se sente blessé par des mots fait que beaucoup se taisent ou se replient sur des phrases vides de sens. Vous n’aimez pas vous rendre vulnérable. Le prétendu politiquement correct change le langage, la pensée et la joie d’écouter. Avec les francs-maçons, il ne s’agit pas de convaincre l’interlocuteur de sa propre position, mais d’écouter et de se développer davantage. Quelque chose de liberté, d’égalité, de fraternité serait le bienvenu dans la culture de discussion d’aujourd’hui.

Aussi positive que soit l’idée de communauté, elle peut encore être mal utilisée, car dans la communauté il y a aussi des « mauvais esprits » avec le nationalisme, l’isolement et l’exclusion. Malgré toute la démarcation, il existe un élément de connexion pour tous les peuples – ils font partie d’une communauté mondiale, et la vie sur cette planète ne fonctionne que si vous vous en tenez aux règles humanitaires.

Il aime s’associer aux francs-maçons du monde entier, aux « frères ». C’est à vous de travailler dans la tradition, y compris maçonnique. Il est utile de jeter un coup d’œil à l’histoire si les problèmes actuels prennent le dessus. Des leçons peuvent être tirées du passé, comme la nécessité de tenir tête aux agresseurs.

Exclure les autres est plus pratique que de changer votre propre façon de penser. Mais ce qui est important, c’est ce qui rapproche les gens, pas ce qui les sépare. La cohésion sociale d’aujourd’hui, difficilement acquise, est fragile et l’humanité reste l’objectif, comme il y a 225 ans. Les francs-maçons l’ont compris. Pour leur chemin, ils avaient besoin de sérénité, de tolérance et de constance. « Repoussez l’injustice partout où elle apparaît. Ne tournez jamais le dos à la misère, faites attention à vous-mêmes ».

Lutz Dietrich a félicité le district pour l’anniversaire. À 225 ans, cette loge est une institution qui enrichit la vie sociale, enseigne l’éthique et encourage les membres à travailler dans la société. Ils auraient rendu des services à la communauté, aussi socialement et culturellement, par exemple à travers le Johannisstift fondé en 1897, la maison de retraite, unique pour l’époque. La loge fait partie intégrante et indispensable de la ville. Il souhaitait que l’on puisse continuer à aider à rendre le monde un peu plus humain.

Le maire de Northeim, Simon Hartmann, a déclaré qu’il avait pris l’encouragement à la discussion de la conférence. La Loge Northeim a été fondée en 1876. Après une histoire mouvementée, il a dû fermer en 1999. Certains des frères ont rejoint la Loge Einbecker. Les francs-maçons sont exposés au préjugé du secret, mystiques et inconnus leur sont associés. C’est bien que les loges deviennent plus visibles et ouvertes et qu’elles participent à la vie sociale. Leurs préoccupations – tolérance, humanité et justice – sont des questions publiques.
Les connaissances auto-acquises sont importantes pour les francs-maçons, le maire d’Einbeck, le Dr. Sabine Michelek. Liberté, égalité et fraternité en sont les fondements, le respect mutuel est le fil conducteur de l’action. Ils voulaient apporter leurs valeurs dans la société. La démocratie moderne est basée sur la séparation des pouvoirs instaurée par les Lumières. Seule une démocratie forte permet une coexistence pacifique et respectueuse.

Leurs défenseurs sont souvent trop discrets, laissant l’espace public aux frustrés. Il faut s’y opposer de manière non violente et objective, car la philanthropie, le cosmopolitisme et la tolérance restent la base du vivre ensemble. La Loge Einbeck, fondée le 29 août 1797 avec sept frères, comptait le découvreur de morphine Sertürner dans ses rangs en 1807. La maison de retraite existe toujours, avec un parrainage différent. Les 40 frères actuellement ont cultivé leurs traditions, mais ils ont également milité pour l’ouverture idéologique et la coexistence sans préjugés, et ils se sont ouverts de plus en plus à la société de la ville. Elle souhaite à la loge que cette idée d’humanité perdure encore longtemps, ainsi le maire.

Franc-maçonnerie, citoyenneté et patriotisme

De notre confrère brésilien odiariodemogi.net.br – Par Olavo Arruda Câmara

« Les célébrations de l’indépendance du Brésil doivent avoir lieu dans toutes les écoles, entités et institutions publiques et privées »

La franc-maçonnerie (Loja União e Caridade IV avec 110 ans d’existence) célèbre chaque année le 7 septembre à Mogi das Cruzes. Le 7, ce magasin a réuni plus de deux cents personnes et entités (scouts, Projeto Desbravadores, Tiro de Guerra, représentants de la police militaire, des pompiers et de la garde civile métropolitaine). Des jeunes liés à des parents de la franc-maçonnerie tels que les Demoley et les filles de Job étaient également présents. Les drapeaux du Brésil, de l’État de São Paulo et de la municipalité de Mogi das Cruzes ont été hissés.

Tous ont chanté les hymnes nationaux et de l’indépendance accompagnés par le Mario Portes Symphonic Band qui a produit un véritable spectacle. Toutes les personnes présentes étaient heureuses, fraternisées et montraient une ferveur pour le Brésil. Ces activités de commémoration de l’indépendance du Brésil doivent être menées dans toutes les écoles, entités et institutions publiques et privées. Les Brésiliens et la population en général devraient hisser un drapeau brésilien chez eux le 7 septembre.

Malheureusement, elle n’est plus célébrée dans aucune école et les jeunes ne savent même pas chanter l’hymne national. Revenir à l’époque du haut niveau de patriotisme et de citoyenneté est aujourd’hui un défi pour le Brésil. Dans le passé, les étudiants assistaient en uniforme, les hymnes étaient répétés et tout le monde était content des membres de sa famille qui assistaient également aux cérémonies.

La Loge maçonnique União e Caridade IV laisse un exemple de patriotisme, de citoyenneté et de culture à ceux qui arrêtent un pays développé, de paix et d’amour pour tous. Dans d’autres institutions telles que les communautés, les églises, les organisations de la société civile, les familles, les mouvements sociaux, les politiciens, bref, les associations des types les plus variés, peuvent également éduquer et stimuler la conscience de la citoyenneté. Les autorités encouragent les célébrations de dates qui honorent la nation.

 Plus aucun défilé n’a lieu dans la région. C’est triste, car les autorités n’investissent pas dans la citoyenneté et n’encouragent pas le patriotisme. Aimer votre terre, respecter les lois du pays où vous vivez (tant que les lois sont éthiques) et extrêmement nécessaires pour les Brésiliens. En avant le Brésil !. Quiconque aime cette patrie enviée par de nombreux pays devrait être fier du Brésil.

Olavo Arruda Câmara est professeur, avocat, maître et docteur en droit et politique.

Agenda de rentrée des évènements publics du DROIT HUMAIN

Cette nouvelle année maçonnique 2022-2023 marquera le 130ème anniversaire de la création le 4 avril 1893 par le DROIT HUMAIN de la première loge mixte de l’histoire de la franc-maçonnerie universelle, en pleine égalité entre hommes et femmes. Un riche calendrier d’évènements publics est l’occasion de revisiter et de présenter au grand public la modernité originelle du DROIT HUMAIN à l’aune de nouveaux enjeux contemporains. Voici quelques évènements publics organisés en septembre et en octobre 2022 à l’initiative de loges et de la Fédération française du DROIT HUMAIN.

A vos agendas !

CONFERENCES PUBLIQUES DU GRAND MAITRE NATIONAL  
Amande PICHEGRU, Grand Maître National de la Fédération française du DROIT HUMAIN donnera des clés au grand public pour mieux comprendre « La franc-maçonnerie du DROIT HUMAIN » et les « Voyages en mixités » vécus dans les loges grâce aux vertus initiatiques d’un rite universel constructeur d’individualités libres et engagées.

– à Belfort le vendredi 16 septembre à 18h à la Maison du Peuple,
– à Cahors/Pradines le samedi 24 septembre à 18h30 à la salle culturelle de la Prade,
– à Remiremont le vendredi 30 septembre à 20h à l’Hôtel de Ville,
– à Mulhouse/Kingersheim le samedi 1er octobre à 18h à la Maison de la Citoyenneté, – à Vesoul le mardi 4 octobre à 20h à l’Hôtel de Ville,
– à Toulon le samedi 8 octobre à 10h (renseignements et inscriptions via compagnonsdelarche1730@gmail.com),
– à Brest le vendredi 14 octobre à 19h à l’auditorium des Capucins,
– à Verdun le mercredi 19 octobre à 19h30 au Centre Mondial de la Paix,
– au Puy-en-Velay le vendredi 28 octobre à 18h au Centre Pierre Cardinal.

AUTRES CONFERENCES


Le samedi 17 septembre à Hay-les -Roses (Val de Marne), Sylvain ZEGHNI, 1er Vice-Président de la Fédération française du DROIT HUMAIN et Annick DROGOU, auteure et membre de la Commission Histoire du DROIT HUMAIN interviendront respectivement sur les thématiques :
  • Environnement et économie décarbonée
  • L’histoire des mixités au DROIT HUMAIN
En savoir plus sur cet évènement interobédientiel GODF / DH via ce lien.

« Pourquoi être franc-maçon au XXIème siècle ? »

Le samedi 1er octobre à Pornic-Préfailles à 15h, une conférence-débat répondra à cette interrogation sous la houlette de Georges VOILEAU, ancien Grand Maître National de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN. Entrée libre. Un pot convivial clôturera cette conférence-débat.

Une conférence sur Louis Goaziou (fondateur du DROIT HUMAIN aux USA) organisée par la Loge quimpéroise « Ar men » et l’association « Les amis de Louis Goaziou » aura également lieu à Briec-Quimper le mardi 27 septembre à 20h en présence de Danièle Juette, Michel Meley, Anne-Marie Moody et Jesùs Calle. Places limitées. Renseignements et réservations via lesamisdelouisgoaziou@gmail.com.

SALONS du LIVRE MACONNIQUE

Des membres du DROIT HUMAIN interviendront en qualité d’auteurs, de conférenciers et débatteurs dans les salons du livre maçonnique de Nantes (15 et 16 octobre) et de Lyon (22 et 23 octobre).

Suivez l’évolution de l’agenda des prochaines conférences via le site internet et les réseaux sociaux Facebook, Twitter et Instagram de la Fédération française du DROIT HUMAIN

31/10/22 : Save the date ! Pierre Mollier convoque Étienne Morin à Cahors (Lot)

Les Conférences de Midi à Minuit, jeune association cadurcienne très dynamique, organise une grande conférence interobédientielle et gratuite le lundi 31 octobre prochain, à Cahors, dans le Lot.

Pierre Mollier, historien, conservateur du musée de la franc-maçonnerie et rédacteur en chef de la revue d’études maçonniques Renaissance Traditionnelle interviendra sur

« L’itinéraire exceptionnel d’un Franc-Maçon lotois : Étienne MORIN »

Étienne Morin, le maçon

Né dans le Lot, vers 1717, Étienne Morin sera initié en 1744 aux mystères de la « Perfection écossaise« , selon les termes de l’époque. Le 27 août 1761, il reçoit une patente le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». À ce titre, il créera des Loges dans toutes les Antilles. C’est à partir de ces Loges, de leurs rituels de hauts grades et de la patente de Morin qu’Henry Andrew Francken transmettra l’ancêtre du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) aux Amériques avant que celui-ci ne soit complété, plus tard, par les 3 premiers degrés symboliques.

Une autre façon de connaître tous les secrets du REAA… ou presque !

Une conférence suivie d’une dédicace et d’un buffet fraternel (15 €).

Espace Congrès Clément Marot, Cahors

En savoir plus : Conférences Midi À Minuit, le Facebook https://bit.ly/3BLKssY

Inscription obligatoire

Inscription par Email : confmidiminuit@gmail.com

ou sur le lien d’inscription en ligne : https://forms.gle/4nnPeHqzR9wgyj6x9

Infos pratiques :

La pensée magique : Une vieille histoire ! (Partie 1/3)

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De nos jours, le mot “magie” fait volontiers penser à quelque tour de prestidigitation, et l’on voit aussitôt s’envoler des colombes d’un chapeau !

Il ne vient pas immédiatement à l’esprit que la magie, bien avant d’être un art d’illusionniste, fut la première forme de réflexion humaine et qu’en cela, elle est à jamais liée à l’histoire du descendant des primates.

Où est née cette “pensée magique”, comment, pourquoi ? Questions préliminaires qu’il convient de se poser pour vraiment l’appréhender.

Nous vous invitons à en découvrir le parcours, à la fois dans l’espace et dans le temps. Nous découvrirons ainsi, la fantastique influence originelle de l’invisible, sur l’homme et son destin. S’il était en quelque sorte naturel que son « délire initial » introduise la notion de sacré et avec elle la religion, il est beaucoup plus étonnant que de la magie primitive soient ensuite nés l’alchimie, puis la technique, la science et l’art !

C’est pourtant le merveilleux enchainement qui s’est produit d’âge en âge pour aboutir à la modernité que nous vivons aujourd’hui.

Voulez-vous que nous traversions ensemble ces millénaires ?

Place à la magie !

1. L’HOMME, ÊTRE DE CROYANCESLA FOLIE DES GRANDEURS

Qu’est-ce que la magie ?

Voyons d’abord l’origine du mot.

Si l’on en croit l’histoire, le mot magie viendrait au plus loin, il y a quelque quatre mille ans, du chaldéen magdin (signifiant science) puis, plus près de nous, du grec mageia et du bas latin magia (au sens de religion) devenu magie en français. Ce retour aux sources ne manque pas d’intérêt lorsqu’on sait que la Chaldée fut le berceau reconnu de l’occultisme et de l’astrologie, deux “arts” diffusés ensuite par les Grecs et les Romains dans tout le bassin méditerranéen. Consultons maintenant les dictionnaires.

Définition du Robert :

« La magie est l’art de reproduire par des procédés occultes des phénomènes inexplicables ou qui semblent tels ».

Définition du Larousse :

« Ensemble de croyances et de pratiques reposant sur l’idée qu’il existe des puissances cachées dans la nature, qu’il s’agit de se concilier ou de conjurer, pour s’attirer un bien ou susciter un malheur, visant ainsi à une efficacité matérielle ».

Ange en action sur terre

 A l’ère de l’atome et de l’astrophysique, des moyens de transport à grande vitesse, de l’image, de l’ordinateur et du téléphone sans fil, bref, à notre époque hyper-communicante et si ancrée dans le réel, l’évocation de forces obscures et d’actes magiques prête volontiers à sourire et à douter.

Pourtant, les quelque 50 000 occultistes qui officient en France sous des appellations diverses (mages, médiums, marabouts, désenvoûteurs, parapsychologues, etc) auxquels s’ajoutent largement autant de thérapeutes “parallèles” en tous genres (guérisseurs, magnétiseurs, rebouteux, radiesthésistes, etc) prouvent qu’il existe un immense marché de l’irrationnel. Et par là, qu’en ce début du XXIème siècle, le camp des « j’y crois » est aussi important que celui des « j’y crois pas » ! Un phénomène, notons-le, que l’on retrouve dans la plupart des pays du monde.

Quelle différence y-a-t-il entre « magie » et « illusion » ?

Pour les esprits cartésiens, c’est clair : s’il y a “magie”, elle ne peut être aujourd’hui que de salon ou de music-hall ! A l’évidence, il ne s’agit – des classiques tours de cartes du prestidigitateur en gala aux sidérantes illusions à grand spectacle de David COPPERFIELD – que de l’art du trucage ! Ces artistes n’ont finalement l’intention que d’étonner et d’amuser, grâce à leur dextérité et à d’ingénieux moyens techniques. “Ya un truc”, et tout le monde le sait !

 Ce que l’on sait moins, de fait, c’est que la “magie de divertissement” découle de la “magie “occulte”. Les premiers illusionnistes sont apparus au Moyen Âge pour distraire les banquets du pouvoir en place. Ils ont créé à leur tour (irruption, disparition ou déplacements d’objets, jeux de lumière, silhouettes monstrueuses) précisément inspirés par l’étrangeté des pratiques magiques, avec les matériaux utilisés alors par les mages (chandelles, mercure, salpêtre, encres, tissus de couleurs) et sont ainsi devenus des “magiciens” pratiquant la “magie de scène”.

Comment est née la magie « primitive » ?

La magie que nous abordons à présent, l’authentique, n’a que faire du progrès et ne relève pas, elle, d’un savant tour de passe-passe, genre “rien dans les mains, tout dans les manches”. Si elle a un point commun avec la prestidigitation, ce ne peut être que le secret, qui, par définition, ne doit pas être dévoilé !

Aussi curieux que cela puisse paraître, la magie “primitive” traverse le temps. Avec ses formules mystérieuses, ses incantations et ses fameux “abracadabra”, elle se permet même, de faire un pied de nez aux sciences modernes.

Pour bien l’appréhender, il faut remonter quelques instants à la préhistoire, quarante ou cinquante mille ans en arrière. Après tout, ce n’est pas si loin, sur une planète ne datant que de cinq milliards d’années !

Imaginons notre semblable de l’époque, l’hominidé, autrement dit cet homme capable, comme nous, de penser, de réfléchir, et qui cherche à comprendre le milieu environnant, en se mettant debout à la sortie de sa caverne. Que peut ressentir un être nu, conscient de sa vulnérabilité, devant cette gigantesque nature menaçante, sinon une peur intense et de tous les instants ?

A la totale merci des éléments, il est immédiatement amené à croire à l’existence de puissances supérieures invisibles, aux commandes de l’univers. A coup sûr, elles sont à même, soit de lui nuire dans le plus mauvais cas, soit de le protéger dans le meilleur !

Croire, c’est imaginer. Et son cerveau fabrique vite des représentations d’êtres surnaturels, bons génies ou affreux démons qui ne peuvent être que célestes. Le soleil, la lune, les nuages, ne sont-ils pas des entités agissant sur sa vie ? Ne convient-il pas de les « amadouer », de les « mettre de son côté », comme lui indique son instinct de conservation ?

Mais s’il parvient à échanger avec ses congénères, de quelle façon communiquer avec ces créatures cachées ? Comment leur répondre aussi, quand elles se manifestent par des coups de tonnerre et des éclairs qui zèbrent la nuit ?

Il tente bien, en précurseur des jeux du stade, d’envoyer des lances de bois vers l’azur. Ou même, dès qu’il fabrique un arc, d’expédier quelques flèches vers les cumulo-nimbus pour les intimider. Mais peine perdue ! L’orage tonne lorsque bon lui semble, la pluie surgit à sa guise et le soleil luit quand il veut !

Notre ancêtre se souvient tout-à-coup qu’il bouge et qu’il parle. Il sait que des gestes accordés à ses appels ou à ses onomatopées, modulés selon les circonstances, attirent ou éloignent ses frères et les animaux, à la demande. Alors, tout naturellement, les lève-les-yeux et les bras au ciel, puis dans son langage, enjoint d’une voix ferme les forces mystérieuses de l’écouter…et de lui obéir ! Au fur et à mesure qu’il prononce ses premières incantations, il se persuade de son pouvoir et…suprême satisfaction, se rassure en même temps.

Euréka ! L’homme de Cro-Magnon vient d’inventer la magie !

Qu’appelle-t-on « pensée magique » ?

Lorsque notre prédécesseur de l’âge de pierre, “personnalise” son environnement, il attribue aux choses visibles comme invisibles, la faculté de penser et d’agir. En cela sa raison « déraisonne » d’entrée, avec une perception fausse du monde. Sa compréhensible ignorance l’empêchant d’étudier logiquement les phénomènes cosmiques – démarche que la science fera beaucoup plus tard -, c’est son imaginaire qui les explique sur le champ !

On peut donc dire qu’une forme de délire, de “rêve éveillé”, de folie des grandeurs en quelque sorte, a constitué la première manifestation de la pensée humaine, entièrement appuyée sur la croyance, et ce, dans toutes les cultures primitives. Cette vision de la nature, où lesdits phénomènes se produisent comme par enchantement, et sur lesquels l’homme prétend agir de même, avec la force de sa seule parole, permet ainsi d’évoquer l’intervention de la pensée magique.

Aujourd’hui, notre connaissance sans cesse plus approfondie de la matière et de ses lois, peut nous faire juger ces conduites ancestrales bien naïves. Pourtant, nous ne devrions jamais oublier que, comme chaque être humain, notre esprit est passé par ce stade de la vision magique du petit enfant. Puis de cet enchantement au « pré-logique » avant d’accéder au rationnel. Nous gardons sans nul doute une part de ce rêve primordial dans un coin de notre tête !

Les avatars du progrès – pour ne pas dire ici les désenchantements – sont même en train de lui redonner force et vigueur. Au début du troisième millénaire, la pensée magique perpétuée se nomme, au gré de sa large palette, sciences occultes, arts divinatoires, médecines parallèles, sociétés ésotériques, sectes diverses, qui, chacune à leur façon, conjuguent le verbe croire.

Comment la pensée magique s’est-elle matérialisée à l’origine ?

Le constat de sa solitude, la crainte des éléments et du milieu, la peur d’une mort imminente, ont d’évidence été les angoisses premières de l’homme. C’est de leur terrible pression que sont nées la magie et ses pratiques exutoires.

L’ethnologie a pu observer, dans toutes les peuplades du monde, un même “système de sauvegarde” qui a franchi les millénaires. Le descendant des primates a directement subordonné sa survie à des :

– cérémonies conjuratoires diurnes et nocturnes

– chants et danses rituelles

– déguisements et maquillages

– offrandes de fleurs

– combustions de résines aromatiques (encens, myrrhe, balsamine)

– sacrifices d’animaux

Autant “d’opérations” créatives et mises en place progressivement, en mesure, dans son esprit, de lui garantir la bienveillance et la protection des forces supérieures.

Un autre exercice primitif mérite une attention particulière : les représentations picturales. Comment ne pas être ému et émerveillé par les peintures à flanc de roche datant de vingt, trente aux quarante mille ans qui décorent de nombreuses grottes sur le territoire européen, et que les spéléologues découvrent encore de nos jours (Grotte Cosquer près de Cassis en 1991). Ces dessins d’animaux, devenus objets d’étude, n’ont pas livré tous leurs secrets, mais une signification d’ordre magique est fort probable.

Les spécialistes s’accordent à penser que la caverne peut symboliser le ventre maternel. Il convient d’ailleurs de remarquer que les lieux sont souvent sectorisés en zones de quadrupèdes mâles d’un côté et femelles d’un autre. Dessiner mammouths, rennes et bisons des deux sexes sur les parois, n’équivalait-il pas à en faciliter la chasse ? Ou à les faire se reproduire pour être assuré d’une nourriture permanente ?

Une telle technique indique en tout cas, avec une disposition à l’autosuggestion, la puissance imaginative de nos ancêtres et déjà la naissance de l’art.

Le parcours magique

Dans quels pays la magie « primitive » fonctionne-t-elle encore ?

“Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?”

A n’en pas douter, les hommes préhistoriques ne se posaient pas cette question, comme longtemps après eux, le poète Lamartine ! Ils étaient bien persuadés, pour leur part, que les pierres, les plantes, le soleil ou la lune, possédaient une conscience et à leur image, une force vitale. N’est-il pas remarquable que cette croyance – base de l’animisme, lui-même précurseur des religions – ait existé sur tous les continents en même temps, à une époque sans moyens de communication, cela va sans dire ? Elle est d’ailleurs encore largement répandue chez les aborigènes demeurés attachés à des coutumes archaïques, tels les Papous de Nouvelle-Guinée ou des îles Fidji.

L’idée d’une force surnaturelle, donc mystérieuse, parait imprimée dans l’inconscient collectif polynésien depuis le fond des âges. Sous l’appellation demana, elle représente pour plusieurs groupes d’autochtones des archipels (Iles Marquises, Tuamotu, Tonga et autres) une mystérieuse source locale d’énergie, où les sorciers puisent magiquement leurs pouvoirs salutaires au service de la communauté.

Certaines peuplades primitives australiennes, qui vivent dans les grandes étendues désertiques, continuent d’attribuer des influences magiques à un long bâton de bois percé d’une façon particulière. Le toundoun, c’est son nom, vient lui aussi de l’aube des temps, selon les ethnologues. Seuls, les “initiés” ont le droit de le posséder et de le faire tournoyer sans témoins au bout d’une corde, avec un rituel approprié. Sa rotation rapide émet un sifflement, dont les modulations sont interprétées comme le langage d’un esprit. Celui-ci est en l’occurrence fécondant, puisque cette pratique prétend favoriser la fertilité des couples.

En Afrique centrale, les rituels incantatoires exercés par les marabouts pour obtenir un bienfait, sont éventuellement assortis d’un « potion magique » à leurs patients. Que ce soit pour soigner un mal de dents ou d’amour, le mage devient alors guérisseur en préconisant une recette qu’il tient de ses aïeux par la tradition orale. Il peut prescrire un mélange de plantes forestières aux réelles vertus pharmacologiques. Comme il lui est loisible de recommander une mixture ou une poudre (en général peu appétissante !) à base d’insectes écrasés dont l’effet est purement psychologique !

On retrouve ce même usage ancestral des plantes dans quelques tribus des forêts amazoniennes, ainsi qu’au Brésil et aux Antilles, où peuvent également se mêler médecine et magie traditionnelles. Par exemple, quand il s’agit pour le sorcier ou « l’officiant » de soigner une morsure de serpent avec des applications de feuilles d’ambiza (à l’action reconnue) ou de stimuler une virilité défaillante… avec une simple décoction de thym (à consommer au clair de lune) !

Peut-on évoquer un “itinéraire de la magie” dans le bassin méditerranée ?

Cette question nous fait bondir d’un trait de la Préhistoire à l’Antiquité.

S’il est effectif que la pensée magique a concerné, dès leur origine, toutes les civilisations du globe, c’est autour de la mer méditerranée qu’elle a véritablement pris son essor, environ trois mille ans avant Jésus-Christ. Penser “magiquement” revient à se projeter vers l’avenir.

Sur le plan de notre culture, tous les historiens s’accordent pour affirmer que ce désir de savoir aujourd’hui de quoi demain sera fait et d’agir sur lui, est né dans l’esprit curieux des Chaldéens. Ceux-ci ont de plus affirmé un formidable génie créatif, par rapport aux autres peuples, en développant une pensée rationnelle aux côtés de la pensée magique et prenant du même coup le relais de l’animisme. Ainsi de leur patiente observation de l’univers et de ses cycles a d’abord surgi la science de l’astronomie, puis dans la foulée, l’astrologie et pratiquement toutes les formes de divination.

Ce mélange étonnant d’empirisme et de méthodisme qui imprégnait un pays aussi privilégié, n’a pas manqué d’en franchir les frontières. Il s’est à son tour combiné avec les savoirs des régions voisines aux noms de légendes – Sumerie, Mésopotamie, Babylonie, Perse – pour offrir au monde avec les sciences occultes, des arts aussi précieux que l’écriture et la littérature, les mathématiques, la musique, ou l’architecture.

N’est-ce pas à Babylone – c’est-à-dire actuellement dans les environs de Bagdad en Irak – que l’extraordinaire Tour de Babel, construite par les fils de Noé pour atteindre le ciel, nous dit le Bible ? Et ne nous reste-t-il pas aujourd’hui, avec les somptueux temples grecs et les fantastiques pyramides égyptiennes, la preuve matérielle de cette volonté de communication avec le céleste ? Le témoignage, aussi, d’une profonde communion entre le magique et le réel !

Qui parle de magie antique, parle également de sorcellerie. Autrement dit, les babyloniens qui se croyaient entourés de forces du bien et de forces du mal, se tournaient vers leurs représentants terrestres, selon le besoin. Aux mages de solliciter pour leurs consultants les faveurs des nombreux dieux existants – amour, santé, biens matériels…les demandes sont toujours les mêmes de nos jours ! – aux sorciers d’entretenir commerce avec les démons, pour nuire à l’ennemi de leur client, voire le tuer, à l’aide d’incantations funestes.

Avec les divinités et les démons, on voit poindre les religions, avec les superstitions.

A cette époque, demander une faveur à un dieu signifiait, outre réciter des suites de litanies, lui faire des offrandes, qu’il s’agisse de bijoux, de mets rares ou…d’adolescentes, par l’intermédiaire du prêtre ! Et exercer une inimitié consistait à remettre au sorcier pour “traitement à visée maléfique”, des lambeaux de vêtements, mèches de cheveux ou fragments d’ongles, subtilisés à la personne « ciblée ».

Les mêmes pratiques de sollicitations divines et d’ensorcellement existaient en Égypte, avec des variantes. Ce sont les papyrus retrouvés qui le disent : les prêtres tout puissants y officiaient avec une technique plus affirmée que celle des Chaldéens. Carrément « armés » de bâtons de commandement au cours de leurs séances magiques, et faisant usage de multiples talismans, amulettes et résines aromatiques consumées, ils “ordonnaient” aux puissances célestes, plus qu’ils ne les imploraient, d’exaucer leurs vœux divers. Autres caractéristiques, ces prêtres étaient à la fois mages et guérisseurs puisqu’ils prescrivaient des médications naturelles aux malades, à base de plantes, en véritables précurseurs de la phytothérapie.

On connait aussi leurs talents dans l’art divinatoire. La légende nous dit qu’ils savaient faire parler le Sphinx, au pied des Pyramides, et une chose est probable, le “tarot égyptien”, utilisé par des générations de cartomanciennes, date de cette époque.

Comment se développa la magie en Grèce et dans l’Empire ottoman ?

Alors que les Égyptiens déifiaient toutes les composantes de la nature – minéral, végétal, animal – les Grecs pour leur part, choisirent de vénérer plusieurs milliers de dieux et déesses, par eux créés, et calqués sur l’homme. La mythologie grecque n’a-t-elle enchanté nos années d’école et, avec sa magnifique représentation statuaire, ne fait-elle toujours référence dans le monde entier ?

Il était bien logique que ce peuple raffiné et sensible, si prompt à la poésie, accueille avec intérêt « la chose magique » en provenance d’Égypte.

Les grands philosophes, tels Platon et Pythagore, qui croyaient à la survie de l’âme, se firent presque naturellement les promoteurs des pratiques magiques. Ce, d’autant mieux que les Pythonisses en poste, qui prédisaient l’avenir en observant le vol des oiseaux ou…le foie de génisses mortes, avaient habitué chacun au surnaturel, en Thessalie comme dans le Péloponnèse !

Les mages grecs – dénommés hiérophantes – n’eurent donc aucune peine à répandre dans la péninsule, les rites magiques, sortilèges et autres envoûtements d’amour comme de haine.

Et ce qui devait arriver, arriva : la magie prit vite place dans le grand catalogue mythologique avec, entre autres, l’irruption de Circé et Médée, les deux célèbres magiciennes pour ne pas dire sorcières, qui, selon la légende, ne firent pas précisément les beaux jours d’Ulysse et de Sisyphe !

Quant aux Romains, on peut avancer qu’ils reçurent le savoir magique en cadeau.

Ce sont en effet les Etrusques, précédents habitants de l’Italie qui leur transmirent leur religion, pour ainsi dire « clés en main » compose à la fois de pratiques incantatoires, supposés provenir d’Orient. Les prêtres romains vénéraient les génies célestes en sacrifiant moult volailles préalablement consacrées, et des vertus magico-divinatoires étaient attribuées aux instruments agraires. N’est-ce pas dans le reflet des outils tranchants comme la hache ou la faucille, à la manière d’une boule de cristal, que surgissaient les images du futur ?

Les augures des Romains se nommaient les Sybilles, qui, comme les Pythonisses, leurs “collègues” grecques, interprétaient le vol des oiseaux. Avec toutefois, un “plus” notable, puisqu’elles déchiffraient également leurs cris, comme autant de messages.

Les Romains empruntèrent aussi aux Etrusques une sinistre réjouissance, avec les jeux de l’arène, dont les premiers chrétiens – opposés sans défense à des lions – furent malheureusement les victimes par milliers. L’histoire a peu rapporté que ces sacrifices humains, pour le plaisir malsain de la foule, avaient le plus souvent valeur d’adorations de dieux divers.

Il est intéressant de noter que l’empire romain fut une sorte de plaque tournante pour les arts magiques et divinatoires. Les Romains ont non seulement subi l’influence asiatique, grecque, égyptienne, mais ils en ont ensuite répandu le produit vers l’Europe du Nord.

Les Hébreux ont-ils contribué à la propagation de la magie ?

Si l’on en croit la loi hébraïque, la pratique de la magie était interdite au peuple juif.

Seul le prophétisme lui était permis, que les porteurs accrédités de la bonne parole voulaient à toute force distinguer de la divination, pratique de leurs collègues et néanmoins “concurrents” , les prêtres chaldéens.

Pourtant, il est bien certain que les Hébreux, au fil même de leur exode, d’Égypte en Palestine, n’ont pas manqué d’observer les exercices magiques dans les régions traversées, de s’en imprégner et de les colporter.

Moïse, le premier d’entre eux, ne fut-il initié à “l’utilisation du surnaturel”, après avoir été recueilli nouveau-né – flottant dans une corbeille de jonc sur les eaux du Nil – et élevé à la cour du Pharaon ? Et ne prouva-t-il ensuite ses fantastiques dons de mage, en ouvrant la mer rouge, pour conduire ses compatriotes vers la terre promise ?

Après lui, le roi Salomon, expert également en rituels magiques, savait, dit-on, se rendre invisible. Et grâce à des incantations qu’il avait personnellement rédigées, se permettait d’asservir les démons !

Pourquoi dans ces conditions, proscrire la magie au peuple, alors qu’elle était permise aux chefs suprêmes, dont les exploits en la matière durent d’ailleurs valorisés par la Bible ? Peut-être parce que les Hébreux n’en avaient que trop bien retenu le mauvais côté, à savoir la magie noire et la sorcellerie, pratiques où ils excellaient et qu’ils utilisaient fréquemment entre eux, où à l’encontre des autochtones, dans les pays traversés !

Bravant l’interdiction reçue, ils ont en tout cas réussi à confirmer leur véritable “génie de l’occulte” en concevant la Kabbale, cette fascinante philosophie qui leur permettait de communiquer avec les esprits. Aujourd’hui encore, elle ne semble pas avoir livré tous ses secrets, même aux initiés !

Quelle fut l’influence arabe ?

A la même époque – charnière entre la préhistoire et l’Antiquité – nait une civilisation en Arabie « anté-islamique ». Sous l’influence gréco-romaine, s’ouvre le commerce caravanier et le pays est parcouru en tous sens par des tribus nomades.

Chacune d’elles vénère ses dieux et ses fétiches. Les Bédouins, sous l’autorité des cheikhs – qui ont aussi la fonction de chefs spirituels – croient à des êtres invisibles peuplant le désert, les djinns, autant adorés que craints du fait de leurs pouvoirs supposés, et les Ifrits, démons réputés hostiles à l’Homme. Comment bénéficier des premiers et tenir les seconds à distance, sinon, là encore, en pratiquant des rites magiques ?

 Aux étapes, les groupes se réunissent autour des bétyles, grandes pierres levées (comparables aux menhirs bretons) ou dans des temples (dont les ruines ont été retrouvées) pour invoquer les forces du bien et repousser celles du mal. A grand renfort de talismans et d’amulettes, mais aussi, malheureusement, de sacrifices d’enfants. Ainsi, malgré les diverses croyances pratiquées, l’existence d’un dieu “supérieur” nommé est reconnue, bien avant l’intervention du prophète Mahomet.

C’est au VIIème siècle que celui-ci, lancera son message à La Mecque où il est né. Il persuadera progressivement toutes les tribus de ne croire qu’en un seul dieu et de se tourner vers la même religion, l’Islam, dont il a personnellement reçu les règles de l’archange Gabriel, et qui se matérialisera par les versets du Coran.

Puis il s’agira de porter ce nouveau culte hors des frontières et commencera alors une guerre sainte qui durera quelque sept cents ans ! Les nomades devenus conquérants, occuperont entre autres pays, l’Arménie, la Perse, l’Égypte, l’Espagne. Une occupation à l’origine d’un extraordinaire brassage de populations et qui favorisera l’échange des cultures. Les arabes diffuseront leurs savoirs magiques mais aussi la science alchimique, dont ils sont les inventeurs. Ils auront accès en retour aux techniques astrologiques et divinatoires, qui seront propagées vers l’Europe à la faveur des croisades.

DE LA GAULE A LA FRANCE

Comment se manifestait la pensée magique chez nos ancêtres les Gaulois ?

Nous devons revenir mille ans avant Jésus-Christ, pour rencontrer les Celtes, ce groupe de peuples venus de l’est, qui a envahi le sol gaulois, mais aussi l’Espagne, l’Italie et les îles britanniques.

On ne saura sans doute jamais s’ils étaient partis d’Asie ou du sud de l’Allemagne, les deux provenances divisant toujours les historiens. Le fait est qu’ils s’exprimaient dans une langue indo-européenne, dont quelques grands-mères bretonnes en coiffe de dentelle prononcent encore parfois des bribes avec malice, dans les villages côtiers du Finistère. Précisément là où finit la terre, là où ces solides guerriers ont, par force, arrêté leur longue course.

Animistes convaincus, les Celtes sédentarisés – devenus ainsi les Gaulois – vénéraient l’air, l’eau, la terre, le feu. C’est-à-dire, qu’à travers les quatre éléments, ils adoraient le vent, les fleuves et les rivières, les montagnes et les plaines, le soleil, la lune et les étoiles. Comme les Arabes, ils pensaient le monde peuplé d’esprits fantastiques, que les contes ont perpétués avec les lutins, les fées, les nains et autres farfadets, dont les aventures continuent d’endormir les petits enfants en pays d’Armor.

De croyances en rituels est née une religion, le druidisme. Basé sur l’affirmation de l’éternité de l’âme, il permettait à ses prêtres et prêtresses tout-puissants, aussi bien de pratiquer des sacrifices humains que de guérir des maladies, au cours de cérémonies magiques (et orgiaques) dans les forêts sous le signe du gui. Plante sacrée, le gui était en effet censé favoriser la fécondité et soigner en même temps tous les maux. Ce qui n’empêchait pas certaines “druidesses” mal intentionnées de confectionner des poisons avec ses fleurs, aux fins d’expédier quelques gêneurs au cimetière. Une consolation pour les victimes, quand elles étaient prévenues – suprême raffinement – de leur mort prochaine : le gui, plante à tout faire, symbolisait aussi la réincarnation !

La mort, assortie d’une promesse de vie recommencée, semblait beaucoup fasciner les Gaulois, ce qui peut expliquer le volontariat de certains pour être trucidés et offrir leurs entrailles aux devins, chargés d’y lire l’avenir !

On ne peut quitter la Gaule druidique – païenne – où, à la fin de l’époque celte, le pire que nous venons de voir, y côtoie le meilleur – les Gaulois ne sont-ils les inventeurs du tonneau comme de la charrue à roue, et des artistes en poterie et émaillerie ? – on ne peut la quitter, sans évoquer Merlin l’Enchanteur. Magicien et poète, à la fois angélique et diabolique, puisque fils d’un démon, Myrrdin, de son “nom de guerre”, le dernier des druides gaulois, n’est-il rattaché à l’histoire de la Table ronde, fondée par le roi Arthur

Pour rechercher le Saint- Graal, calice ayant recueilli le sang du Christ ?

Mensonge ou vérité ? Fiction ou réalité ?

Pour que les légendes ne meurent pas, il faut sans cesse les réinventer !

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Patrimoine > visite exceptionnelle ce week-end à Chessy de la maison des époux GEDALGE, auteurs de l’hymne du DROIT HUMAIN

A l’occasion des Journées du Patrimoine ces samedi 17 et dimanche 18 septembre 2022, vous pouvez visiter exceptionnellement à Chessy (Val d’Europe – Val de Marne) la maison des époux André et Amélie GEDALGE, respectivement compositeur et parolière de l’hymne officiel du DROIT HUMAIN.

Tous deux sont inhumés dans le cimetière local de Chessy. Membre de la loge n°1 du DROIT HUMAIN « Maria Deraismes » et 33ème du Rite Ecossais Ancien et Accepté, Amélie GEDALGE (1865-1931) fut par ailleurs au début des années 1920 la première femme à écrire des manuels interprétatifs sur le symbolisme maçonnique. En savoir plus via ce lien

La vie de Pythagore

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L’Auteur

Correspondant Local  à ESCLASSANS près d’AUCH du quotidien LA DEPECHE, Guy Chabas est diplômé d’un master II : Histoire de la philosophie  à la Sorbonne . Il  a déjà publié en octobre 2020 : Pythagore, Kabbale et Symbolisme maçonnique » aux éditions Maison de Vie et Giordano Bruno Franc-Maçon sans tablier ? aux Editions Champs Elysées Deauville.

L’Ouvrage

La vie de Pythagore puise dans la philosophie et la métaphysique tout en s’appuyant sur le parcours du personnage principal, le légendaire PYTHAGORE. Après avoir été en contact avec la majorité des religions antiques et initiées aux mystères grecs, babyloniens et égyptiens. Il a créé son école initiatique. L’auteur nous plonge dans le projet de cet illustre penseur qui a œuvré pour l’universalité de la connaissance et de la sagesse.