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Le dessin de Jissey… « Service Après-Vente »

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450 FM a publié le 10 nov 2022  un article titré :« 5 Tombes qui font l’objet de rituels ésotériques ». le dessinateur JISSEY s’en est inspiré pour sa créativité… toujours un peu décalée

Public Sénat : La mémoire volée des Francs-Maçons

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Juin 1940, les nazis investissent Paris. Des commandos spécialisés s’emparent des loges maçonniques et pillent leurs archives. Un scénario qui se répète dans toute la zone occupée. En quelques semaines, ce sont des centaines de milliers de pièces d’archives, dont beaucoup remontent au XVIII° siècle, qui prennent le chemin de l’Allemagne. En effet les nazis sont fascinés par les francs-maçons, qu’ils tiennent pour responsables aussi bien des révolutions européennes que du déclenchement de la Première Guerre mondiale, et ils veulent percer leurs secrets. Réalisé par : Jean-Pierre Devillers

https://youtu.be/y5-y64m2YMg

Zoom sur Baphomet, le démon aux origines occultes

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De notre confrère dailygeekshow.com –  Par Jasmine Foygoo

Conspirations, sociétés secrètes, satanisme, malédictions templières… son nom évoque de nombreuses choses .

Baphomet est un nom qui évoque de nombreuses choses : on bascule ainsi dans tout un univers fait de conspirations, de sociétés secrètes, de satanisme, de messes noires et de malédictions templières. Baphomet est un nom lié à l’histoire médiévale, et aux chevaliers Templiers. Dans cette nouvelle vidéo de Nota Bene, zoom sur Baphomet, le démon aux origines occultes.

La Chaîne d’Union – Octobre 2022

Collectif – Conform édition, N° 102, octobre 2022, 96 pages, 13 € – 16 €, port inclus

La Chaîne d’Union est la revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Une revue entièrement vouée à la réflexion maçonnique. Créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III.

Le dossier de ce numéro est consacré à « Hiram, questions sur un crime parfait et utile ».

Le sommaire est le suivant :

Jacques Garat, rédacteur en chef

ÉDITORIAL par Jacques Garat

MATIÈRE À DÉBATS

– Symbolisme contre symbolâtrie Philippe Foussier

– Tu seras humaniste Philippe Foussier

– Geminiani : un maçon au violon Naudot Taskin

– Un crâne, deux enquêteurs et quatre cordes Naudot Taskin

– Francs-maçons, éducation et transmission Naudot Taskin

CHRONIQUE INACTUELLE

Vivre, sans laisser mourir Daniel Beaune

DOSSIER : HIRAM, QUESTIONS SUR UN CRIME UTILE ET PARFAIT

– Avant Hiram, Euclide Jean-Pierre Villain

Solange Sudarkis

– L’énigme d’Hiram, au-delà du personnage Solange Sudarskis

– Relire le mythe d’Hiram Jean-Marc Berlioux

– Hiram chez les compagnons du Tour de France J.-M. Mathonière

ÉTUDES ET RECHERCHES

Henri Bonis (1868-1921) Philippe Langlet

NOTES DE LECTURE

par Yonnel Ghernaouti et Naudot Taskin

Un extrait de l’édito :

«  La Chaîne d’Union a déjà publié de nombreuses études sur la légende d’Hiram, au cœur même du grade de Maître. Deux importants numéros hors-séries y ont été notamment consacrés : un premier en 2004, rapidement épuisé, et un deuxième en 2011. C’est beaucoup plus modestement que le dossier de ce numéro 102 y revient, avec quelques questions.

le mythe d’Hiram tel qu’il nous est parvenu, semble avoir surgi du néant ou presque, dans les rituels de la franc-maçonnerie londonienne au début du XVIIIe siècle. C’est ma Masonry Dissected de Samuel Prichard qui nous en fournit le premier récit écrit que l’on connaisse… »

Hiram représenté entre les deux colonnes du temple, vitrail de St John’s Church, Chester (Angleterre, 1900)

Le philosophe, le pape et le président : histoire d’un livre ancien et d’une polémique qui n’avait pas lieu d’être

De notre confrère courrierdeuropecentrale.fr Par JEAN-CHARLES GESLOT

Le Courrier d’Europe centrale republie ici avec l’autorisation de son auteur l’article que l’historien Jean-Charles Geslot, maître de conférences à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, a récemment consacré au livre que le président de la République française a offert au Pape comme cadeau diplomatique et à la polémique suscitée par ce geste.

Un cadeau et une controverse

Le 24 octobre 2022, lors d’une visite officielle au Vatican, le président Emmanuel Macron offrait au pape François un exemplaire du Projet de paix perpétuelle du philosophe allemand Emmanuel Kant. La publication d’une photographie de cet ouvrage sur le compte Twitter de Vatican News déclenchait la polémique en Pologne : sur la page de couverture figure en effet un tampon indiquant que le volume a appartenu à une institution culturelle polonaise. Ce qui devait immédiatement déclencher une tempête de protestations au sein d’un pays particulièrement éprouvé dans le passé par les pillages culturels, au fil des occupations étrangères et des démembrements qui ont marqué son histoire, notamment à l’époque du nazisme.

L’absence de bibliothèque nationale en Pologne avant 1928 a favorisé, à partir du XVIIIe siècle surtout, la création de plusieurs riches collections publiques ou privées. Or, « la Pologne a perdu plus de la moitié de son patrimoine livresque pendant l’occupation nazie », rappelle ainsi Zdzisław Pietrzyk. La présidence de la République française fut donc immédiatement accusée, notamment par le journaliste polonais Stanisław Janecki, cité ici par le Visegrád Post, d’avoir offert un livre issu d’un pillage orchestré durant la Seconde Guerre mondiale.

Plusieurs voix cependant, en France comme en Pologne (à commencer par le ministre de la Culture Piotr Glinski), se sont rapidement élevées pour contester cette version des faits, en prouvant que l’ouvrage était arrivé en France bien avant l’occupation nazie. Au-delà de cette polémique qui n’a pas lieu d’être, l’affaire de ce cadeau diplomatique révèle une histoire qui n’est pas sans intérêt : celle d’un livre fabriqué à la fin du XVIIIe siècle dans ce qui est aujourd’hui la ville de Kaliningrad, aux confins de l’Europe de l’Est, qui se retrouve aujourd’hui, en 2022, à 2000 km de là, au cœur de la ville de Rome. De la Baltique à la Méditerranée, l’ouvrage est passé de ville en ville, faisant étape successivement à Lviv, dans l’actuelle Ukraine, puis à Paris ; il a circulé de main en main, depuis celle de Kant qui tenait la plume – soit l’un des plus importants philosophes européens du XVIIIe siècle – jusqu’à celles d’un président de la République française et d’un chef du monde catholique du début du XXIe. Retracer l’itinéraire – on pourrait presque dire les aventures – de ce volume d’une centaine de pages peut s’avérer passionnant.

Faire l’histoire d’un livre

Car les livres ont une histoire : ils naissent, vivent, circulent, s’abîment, se multiplient, prennent des formes variées, disparaissent, réapparaissent, meurent aussi parfois (pensons aux autodafés qui ont marqué l’histoire de l’imprimé, jusqu’à l’acmé particulièrement dramatique qu’ont représenté les destructions massives de livres par les nazis). On peut tenter de retracer ces itinéraires, enquêter sur les différentes éditions, suivre à la trace le cheminement de tel ou tel exemplaire. Cela a été fait, à plusieurs reprises : Robert Darnton a ainsi raconté L’Aventure de l’Encyclopédie, et Bert Andréas a fait de même pour le Manifeste du Parti communiste ; Antoine Vitkine et Claude Quetel ont eux étudié l’histoire de Mein KampfPascale Nivelle et Alexander G. Cook le Recueil de citations du président Mao, plus souvent appelé le « Petit Livre rouge ». D’autres livres moins connus du grand public ont fait aussi l’objet de telles investigations : La Nef des fous de Sébastien Brant par Frédéric Barbier, la Vie de Jésus de Renan par Nathalie Richard, ou encore l’Histoire de France de Victor Duruy, par moi-même.

Tentons donc de faire l’histoire non pas du livre d’Emmanuel Kant dans ses différentes déclinaisons, mais simplement de l’exemplaire qui se situe au cœur et à la base de la polémique déclenchée en cette fin du mois d’octobre 2022.

Voyons d’abord ce qu’il en est de l’origine cet ouvrage. Le Projet de paix perpétuelle fut publié par Emmanuel Kant (1724-1804) en 1795. Il s’agit d’un essai de philosophie politique qui, d’après Véronique Le Ru, professeure de Philosophie à l’université de Reims, marque une étape dans la conception de l’idée de paix en Europe, ainsi qu’elle l’explique dans un article publié en 2016. Plus spécifiquement, le volume au cœur de l’affaire est une réédition de l’ouvrage, parue à Königsberg, en Prusse orientale (actuellement Kaliningrad), en 1796, et édité par le libraire Friedrich (Frédéric) Nicolovius (1768-1836).

Portrait d’Emmanuel Kant par Johann Gottlieb Becker, huile sur toile, 1768. Schiller-Nationalmuseum, Marbach am Neckar / Wikimedia Commons
Un volume rare et précieux

Il s’agit d’un livre rare, qu’on ne trouve plus aujourd’hui qu’à quelques exemplaires. Le catalogue WorldCat, qui centralise les données fournies par les bibliothèques nationales et universitaires d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord, n’en indique la présence que dans six institutions : la British Library de Londres, la Bibliothèque nationale de France (qui possède deux exemplaires de cette édition), et quatre bibliothèques allemandes : la bibliothèque d’État de Berlin, celle des universités de Göttingen et Erfurt, ainsi que la bibliothèque Herzogin Anna Amalia de Weimar. On en trouve aussi un exemplaire à l’Université de Gand, en Belgique, et un autre à l’Université du Michigan aux États-Unis – tous deux consultables en ligne.

En France, cette édition est également présente dans le fonds précieux de la bibliothèque de Sciences humaines et sociales de l’Université de Lille, ainsi qu’à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. En Pologne, le catalogue Nukat indique la présence de trois exemplaires de cette même édition, à Varsovie (Polaczone Biblioteki, Bibliothèque de l’Université) et Cracovie (bibliothèque des Académies des Arts et des Sciences de Pologne).

La rareté de cette édition explique qu’elle ait pu faire l’objet d’un cadeau diplomatique, tout autant que le prix auquel on peut aujourd’hui le trouver en vente : 5 500 € sur certains sites de librairie en ligne. Les services de l’Élysée ont, eux, acquis l’exemplaire offert au pape à la librairie de Patrick Hatchuel, à Paris, qui l’avait mis en vente à 2 500 € – mais qui le leur a cédé, d’après ses dires, pour une somme moindre.

Un livre itinérant : en bleu, les villes européennes où l’on trouve aujourd’hui des exemplaires de l’édition Nicolovius de 1796 ; en rouge, une tentative de reconstitution de l’itinéraire de l’exemplaire offert au pape François en octobre 2022. © Jean-Charles Geslot.

C’est l’Agence France-Presse qui a interrogé le libraire peu de temps après le déclenchement de la polémique et permis d’y voir plus clair sur cette affaire de cadeau empoisonné. Repris par plusieurs journaux, ainsi que sur le site ActuaLitté, son témoignage, complété par la notice descriptive de l’exemplaire en vente publiée par le journaliste Arnaud Bédat, permet en effet de retracer une partie de l’itinéraire suivi par le livre, depuis la Pologne jusqu’à la France, puis Rome. Une partie seulement, car si on peut être sûr aujourd’hui qu’à aucun moment l’exemplaire n’a été entre les mains des nazis, on ne sait à ce jour comment il est passé de Königsberg en Pologne, puis de Pologne à Paris.

Des indices à même le livre

Penchons-nous sur le principal facteur de la discorde, le tampon figurant sur la page de couverture figurant sur la photographie diffusée par le Vatican. Il porte une indication en polonais : « CZYTELNIA AKADEMICKA WE LWOWIE », ce qui signifie : « Salle de lecture académique de Lviv ». La ville de Lviv, située aujourd’hui dans l’Ouest de l’Ukraine, capitale de la région historique de Galicie, a pendant plusieurs siècles appartenu à la Pologne (sous le nom de Lwów que l’on retrouve sur le tampon), y compris lorsque celle-ci appartenait, pour sa partie méridionale, à l’Empire d’Autriche-Hongrie (1772-1918), avant d’être occupée puis annexée par l’URSS à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Comme on peut le lire sur le site Lviv Interactive (LIA), ainsi que sous la plume de l’historien polonais Adam Redzik, repris par le site Salon24, la « salle de lecture académique » en question est une institution culturelle fondée en 1867, une sorte de club ou de cercle réunissant des universitaires et des étudiants de la ville, à la fois lieu de sociabilité et de travail, offrant à ses adhérents, jusqu’à sa disparition en 1939, des programmes de conférences et une bibliothèque. C’est donc des collections de cette dernière que l’ouvrage offert au pape est issu : le tampon en fait foi, tout comme le chiffre « 784 » qui figure à ses côtés, lequel indique sûrement une cote ou un numéro d’inventaire.

Patrick Hatchuel, le libraire qui a vendu le livre à l’Élysée, nous révèle la présence d’un autre élément permettant de suivre l’itinéraire de l’ouvrage : une étiquette figurant sur le contre plat (soit au verso de la couverture) au nom de « L. Bodin » (on en voit une partie sur la photographie de l’ouvrage twittée par le ministre polonais de la Culture le 26 octobre). Il est relativement fréquent de trouver sur un livre ancien ce genre d’étiquette indiquant le libraire chez qui l’exemplaire a été acheté. C’est en général un indice précieux pour reconstituer l’itinéraire d’un livre.

Photographie de l’ouvrage sur laquelle l’étiquette du libraire est visible, postée par le ministre polonais de la Culture, Piotr Glinski.
Un libraire féru d’occultisme

Nous savons ainsi de façon certaine, grâce à ce petit bout de papier collé, que l’ouvrage a quitté, à un moment ou à un autre, les rayons de la Salle de lecture académique de Lwów/Lviv pour rejoindre la vitrine d’un libraire parisien. Ce libraire s’appelle Lucien Bodin, un homme dont le nom n’est pas inconnu des amateurs de livres anciens, mais sur la vie duquel nous savons peu de choses. Il est actif à la fin des années 1890 et dans les années 1900 à Paris, au 5 de la rue Christine, dans le sixième arrondissement, un quartier situé entre l’Odéon et le Pont-Neuf où l’on trouve encore aujourd’hui plusieurs librairies anciennes.

La Bibliothèque nationale de France conserve une dizaine de catalogues de ce libraire. La série en est lacunaire : n’y figurent que les numéros 2 et 3 (non datés), 4 et 5 (1898-1899), 18 à 21 (1904-1905), 31 à 34 (1907-1908). En tête du 34e, un avis informe les lecteurs que Lucien Bodin a cédé son fonds à une autre libraire Marguerite Claudin, le 29 juillet 1908. C’est vraisemblablement la fin de son activité. 31 ans avant l’invasion de la Pologne par les nazis.

Lucien Bodin est un libraire et éditeur original : sa spécialité, ainsi que l’indiquent bien ses catalogues, ce sont les « Livres d’occasion anciens et modernes relatifs aux sciences occultes et philosophiques ». On peut apprécier la mise en page de la couverture d’un de ses catalogues, qui regroupe en un triangle – forme caractéristique – l’ensemble des thématiques offertes par son fonds, de l’astrologie au spiritisme, de la chiromancie au vampirisme, du magnétisme à la sorcellerie, sans oublier la kabbale et la franc-maçonnerie. Tout ce qui peut sembler surnaturel, mystérieux, souterrain : voilà ce qui intéresse Lucien Bodin – et sa clientèle, dans un siècle où le culte du progrès scientifique et du positivisme n’est que l’avers d’une médaille au revers de laquelle figure une fascination marquée pour l’irrationnel (on se souviendra du goût de Victor Hugo pour les tables tournantes, et que c’est durant cette époque que se constituent des mythes littéraires emblématiques comme celui du vampire).

Page de couverture du catalogue de Lucien Bodin, n° 4, 1898. Source : Bnf Mss : F. M. Imp 414 11

Qu’est-ce que le Projet de paix perpétuelle d’Emmanuel Kant peut bien venir faire dans cet assemblage hétéroclite d’ouvrages plus ou moins farfelus ? Notons tout d’abord que, si l’étiquette figurant sur l’ouvrage offert par la France au Vatican indique bien que l’ouvrage y fut en vente, cette information n’est pas confirmée par les catalogues conservés à la Bibliothèque nationale. On trouve bien des ouvrages du philosophe allemand, qui par ses écrits peut aussi inspirer les férus de réflexion mystique : sa Critique de la raison pure (catalogues n° 31 et 35), sa Critique de la raison pratique (n° 31), La Religion dans les limites de la raison (n° 32), ainsi qu’un exemplaire en allemand de l’Unique fondement possible de la preuve de l’existence de Dieu (n° 19). Mais point de Projet de paix perpétuelle : s’il a été en vente chez Lucien Bodin, c’est dans les années pour lesquelles ces catalogues n’ont pas été conservés, vraisemblablement en 1900-1903 ou 1906, en tout cas au tout début du XXe siècle.

Notices de deux ouvrages d’Emmanuel Kant figurant au catalogue du libraire Lucien Bodin n° 31 (1907), p. 18. Le philosophe précède, dans l’ordre alphabétique, Allan Kardec, le grand promoteur français du spiritisme. Source : BnF Mss : F. M. Imp 414 18.
De la Poltva à la Seine : questions autour d’un livre voyageur

C’est donc au plus tard au début des années 1900 que l’exemplaire, désormais conservé à Rome, est arrivé sur les bords de la Seine. Quand, pourquoi, et comment, nous n’en savons rien aujourd’hui. Il n’y a que deux grandes hypothèses possibles : soit il y est arrivé de manière illégale, frauduleuse, peut-être par l’intermédiaire d’un lecteur indélicat de la salle de lecture de Lwów/Lviv qui l’aurait volé – ou aurait au moins « oublié » de le rendre, ce qui revient au même. Soit, et c’est plus probable, cela s’est fait de façon tout à fait légale : la pratique du désherbage est fréquente dans les bibliothèques, lorsque, pour gagner de la place ou faciliter la gestion de leurs collections, elles se décident à se débarrasser de doublons, d’ouvrages trop anciens et/ou trop peu demandés. Il n’est pas rare alors qu’elles les donnent ou les vendent : les livres se retrouvent alors souvent dans les circuits commerciaux de la librairie d’occasion, et ceux-ci peuvent être internationaux. C’est particulièrement le cas en cette deuxième moitié du XIXe siècle, époque de mondialisation accélérée de l’industrie du livre.

On peut imaginer, par exemple, qu’un étudiant de Lwów/Lviv aura acquis l’ouvrage lors d’un désherbage (ou de façon moins honnête…), et que, venu en France dans le cadre de ses études, il aura pu vendre l’ouvrage pour se faire un peu d’argent. Ce n’est bien sûr qu’un cas de figure possible. Les élites polonaises, comme d’ailleurs les élites européennes, sont alors encore largement francophiles et francophones – en témoigne la présence dans la salle de lecture académique d’une édition de Kant en français. Le poète Adam Mickiewicz (1798-1855), le compositeur Frédéric Chopin (1810-1849), la scientifique Marie Curie, née Sklodowska (1859-1906) sont des figures bien connues aujourd’hui de personnalités polonaises du XIXe siècle ayant passé une grande partie de leur vie en France. Les relations culturelles étroites entre les deux pays fournissent un cadre privilégié, pouvant facilement expliquer que le livre en question ait traversé les frontières pour se retrouver à Paris.

Portrait de Marie Curie, vers 1920. Wikimedia Commons.

La suite de l’histoire, c’est le libraire Patrick Hatschuel qui la raconte à l’AFP : acheté à Lucien Bodin par un client inconnu, l’ouvrage passe ensuite dans d’autres mains (mais combien ?), jusqu’à l’héritier de son dernier propriétaire, qui décide de le revendre au libraire. Avant que celui-ci ne le cède à son tour à la présidence de la République française, laquelle l’offre ensuite au pape François en cet automne 2022.

Livre, patrimoine et identité

En définitive, il semble bien compliqué de déterminer à qui l’ouvrage devrait être rendu, s’il doit l’être à quelqu’un. De nombreuses voix polonaises se sont élevées pour le réclamer. Mais la présence de ce tampon attestant une ancienne propriété polonaise suffit-elle à justifier une telle requête ? N’y a-t-il pas d’autres pays qui pourraient légitimement en réclamer la possession ? Attention les propositions de réponse qui suivent sont volontairement provocatrices, ça s’appelle un raisonnement par l’absurde. L’Autriche, puisque Lwów appartenait alors à l’Empire des Habsbourg ; l’Ukraine, puisque c’est dans ce pays qu’est aujourd’hui située la ville de Lviv ; l’Allemagne, puisque l’ouvrage a été fabriqué à Königsberg, qui appartenait alors à la Prusse ; et même la Russie, tiens, puisque, après tout, Königsberg, c’est aujourd’hui Kaliningrad.

L’histoire de l’Europe orientale est complexe : les questions de patrimoine et d’identité aussi. Les livres font partie du patrimoine, bien sûr, surtout les livres d’une telle ancienneté et d’une telle rareté. Il peut sembler normal, pour un peuple ou une nation, d’en revendiquer la propriété. De ce point de vue la réclamation exprimée par certains Polonais rejoint celles des anciennes colonies qui demandent depuis des décennies que les musées européens leur rendent les objets d’art pillés durant la colonisation. Il y a cependant une différence : c’est que, contrairement à ce que certains ont affirmé, et du moins jusqu’à ce que cela puisse être prouvé, le passage du livre de Lviv à Paris ne s’est pas fait par le biais d’un pillage ou d’une spoliation.

Il faut ici rappeler qu’un livre possède une double valeur : symbolique et matérielle. La valeur symbolique, c’est celle du contenu, de l’œuvre elle-même, de la plus ou moins grande puissance du message qu’il contient, de l’influence qu’il a pu avoir, tout autant que de la dimension patrimoniale qu’il peut recéler ; la valeur matérielle, c’est celle du contenant, de l’objet, cet assemblage prosaïque de papier, d’encre, de carton voire de cuir, qui n’est finalement qu’un produit comme un autre – n’était sa valeur symbolique –, qui s’échange sur un marché.

C’est ce qui est arrivé à l’exemplaire offert par Emmanuel Macron au pape : acheté au libraire Nicolovius, il a rejoint la salle de lecture académique, laquelle l’a vraisemblablement a son tour vendu, puis s’est retrouvé chez un autre libraire, Lucien Bodin, qui lui-même l’a revendu à un client, avant qu’une troisième libraire, Patrick Hatchuel, n’en fasse à son tour l’acquisition pour le revendre à l’Élysée… À moins donc de prouver que l’ouvrage a bien été acquis frauduleusement à une étape de son itinéraire, il est évident qu’il appartient, selon les logiques du marché du livre en vigueur depuis au moins le XVIIIe siècle, au dernier acquéreur en date. Et non à tel ou tel pays, à telle ou telle nation. N’en déplaise à tous les hérauts du nationalisme éditorial.

Certes, l’itinéraire ainsi retracé contient bien des lacunes. On ne sait ni comment l’exemplaire a rejoint les collections de la Salle de lecture académique de Lwów, ni comment il les a quittées pour se retrouver au milieu des traités d’occultisme et autres études sur les sorcières de la librairie Lucien Bodin. Comme souvent, les sources manquent pour faire une histoire complète du livre et, si elles existent, elles sont pour des raisons évidentes dispersées entre la Prusse orientale, la Galicie et l’Île-de-France. On en est donc, sur certains points, réduit aux conjectures. Mais en tout état de cause, ce cas montre, une fois de plus, qu’en faisant un peu plus d’histoire, et un peu moins de polémique, on s’éviterait bien des indignations infondées et bien des crises d’hystérie inutiles. Et on marcherait ainsi peut-être plus fermement sur la voie de cette paix perpétuelle rêvée par Kant il y a plus de deux siècles.

La Cotinguiba Masonic Lodge a fêté ses 150 ans de fondation

De notre confrère brésilien sosergipe.com.br

Le 10 novembre dernier, cela a fait exactement 150 ans que la Loge Symbolique Cotinguiba a été fondée sous les auspices de la Grande Oriente do Brasil. L’objectif était de sédimenter en terres aracajuanes les enseignements maçonniques qui réclament l’égalité des peuples.

Pour commémorer le cent cinquantenaire de la Loja Simbólica Cotinguiba, un programme spécial a été préparé entre le 8 et le 11 novembre. Le programme comprenait des conférences, des lancements de livres et une grande danse.

Programme:

Le 8 novembre à 20h, au Teatro Atheneu, a eu lieu la Cérémonie d’Ouverture avec la participation de l’Orchestre Symphonique Sergipe et du Coral Canto Fraterno formé par des francs-maçons et belles-sœurs de la Grande Oriente do Brasil.

Le 9, à partir de 19h00 , il y a eu une session publique Magna au siège du magasin, au 171, rue Santo Amaro, dans le centre d’Aracaju, avec une conférence donnée par le général Antônio Carlos de Oliveira Freitas (Chief GSI | Republic) qui aura pour thème – “Cyber ​​​​and Information Security”.

Peu de temps après la conférence, à 21h30, il y eu le lancement des livres – « Maçonaria – Educação, Cultura e Direitos Humanos » de José Anderson Nascimento et « Saudade dos Bons Tempos » de Valdir Feitosa Nunes.

Le 10 novembre, à 20h , a eu lieu l’Installation et l’Inauguration de la Fraternité Féminine Tânia Tojal Mendonça.

Et le 11 novembre , la clôture en célébration du cent cinquantième anniversaire en beauté. Au programme de l’événement, une session Magna, dans le bâtiment du magasin, et peu après 22h, un dîner de gala au son de la Banda Água Viva, dans le salon du Yacht Club à Aracaju.

Ces célébrations sont un moment important pour tous les frères maçonniques, et elles servent aussi à faire prendre conscience à chacun de l’importance du mouvement maçonnique dans la construction d’une société plus juste et fraternelle.

Histoire de la fondation de Loja Cotinguiba N 235

Selon les érudits de la franc-maçonnerie, Cotinguiba est née le 10 novembre 1872, de la fusion de 3 loges qui n’ont pas prospéré, et était initialement composée d’hommes d’affaires de différents secteurs , de professionnels libéraux, de fonctionnaires et de militaires.

Selon l’historien Clodomir Silva, la Loge était initialement exploitée dans un bâtiment privé, pour la raison que la construction du temple n’était pas encore terminée, dont le projet n’a commencé qu’en 1885.

Installée depuis lors rue Santo Amaro, Loja Cotinguiba a traversé le temps, et au fil des décennies les frères se sont battus pour une société libre, avec de bonnes coutumes, basée sur la démocratie.

Alain Bauer « un pro de l’enfumage » selon Johan Livernette

Article réalisé grâce aux informations de conspiracywatch.info

Chaque semaine, 450.fm ouvre ses colonnes au partage d’une information antimaçonnique. Il arrive souvent que celle-ci prête à rire, tant elle est grossière et ridicule, mais il arrive aussi qu’elle n’amuse pas du tout, ce qui est le cas cette semaine. Le gros plan du jour sera fait sur un antimaçon notoire, puisqu’il est clairement identifié comme tel par Conspiracy Watch, l’Observatoire du conspirationnisme. Il s’agit de Johan Livernette.

On le retrouve régulièrement sur des sites d’extrême-droite ou des sites catholiques intégristes. Si certains complotistes antimaçons se limitent à l’idéologie (lire à ce sujet notre article du 21 juin dernier), lui serait assez virulent et peu enclin à la Fraternité, pour preuve sa condamnation le 10 février 2021 à deux ans de prison pour violences conjugales et incarcéré à Toulon, comme le rappelle Conspiracy Watch dans sa présentation que nous vous rapportons ci-dessous.

Avant de dresser le tableau de ce personnage peu recommandable, regardons les 30 minutes d’analyse antimaçonnique qu’il fait de l’émission de CNEWS, dont nous nous étions fait l’écho le 28 octobre dernier. Nous avions intitulé cet article Alain Bauer parle longuement de la Franc-maçonnerie sur CNEWS.

Johan Livernette en fait un décodage selon son filtre antimaçon.

Johan Livernette (1978 – ) est un auteur complotiste d’extrême droite évoluant dans la mouvance dite de la « Dissidence ». Proche de Civitas et d’Égalité & Réconciliation, cet ancien journaliste sportif à La Marseillaise est l’auteur de La Franc-Maçonnerie. 300 ans d’imposture (2017) dans lequel il a pour ambition de « démasquer la secte maçonnique » qu’il considère comme le fourrier du mondialisme.

Son livre précédent, Le complot contre Dieu (2014), dévoilait la prétendue « conspiration talmudo-maçonnique » contre l’Église catholique, les monarchies, les nations et les peuples. Ses thèses vont puiser dans le stock de la littérature conspirationniste antisémite classique.

Le 13 mars 2020, en pleine crise du coronavirus, Livernette publie sur son blog un article dans lequel il relaie un article du théoricien du complot Michel Chossudovsky et qualifie Emmanuel Macron de « marionnette du CRIF et des banques centrales ». Au mépris du constat unanime de la communauté scientifique relatif à l’origine naturelle du virus, il écrit :

« Qui l’a fabriqué ? Est-il vraiment mortel ? […] Avons-nous à faire à une importante pandémie, à une simple épidémie ou à une arme biologique ? Il est, pour l’instant, difficile de répondre avec certitude à toutes ces interrogations. Une chose est en revanche certaine : ce que nous vivons actuellement est en aucun cas le fruit du hasard. » Puis : « qui est à l’origine de cette épidémie ? Qui est le responsable de sa propagation en Occident ? […] Le déclenchement de cette « grippe chinoise » entre-t-il dans le cadre de la guerre économique menée par les États-Unis contre la Chine ? […] Pourquoi une telle psychose avec ce coronavirus dont la gravité reste à prouver ? Pour mieux justifier un nouveau vaccin ? Rendre la vaccination obligatoire ? La propagande alarmiste des médias dominants sert-elle à légitimer un nouveau vaccin (comparable à celui contre la grippe) ? C’est fort probable. […] À qui profite cette épidémie ? Nous savons que, pour Big Pharma, la santé publique et les vies humaines ne valent rien face aux enjeux économiques. Va-t-on avoir droit à un énième coup du pompier-pyromane ? Déclencher une (fausse ?) pandémie pour apporter ensuite le remède vaccinal ? Là encore, c’est fort probable. […] Tedros Adhanom Ghebreyesus [le directeur général de l’OMS] sèmerait-il volontairement ce vent de panique sur ordre de ses mentors mondialistes ? Pour le gouvernement Macron, cette crise du coronavirus tombe à pic : elle est un très bon prétexte pour interdire les manifestations de rue et autres rassemblements contestataires. […] Instaurer un climat de terreur permet à l’oligarchie de mieux régner, de soumettre les nations et d’imposer une dictature… sous couvert de démocratie ! »

Dans une vidéo intitulée « Le complot contre notre santé » (10 juin 2020), relayée notamment par les sites conspirationnistes Le Libre Penseur et Jeune Nation, Livernette poursuit son raisonnement et revient sur « le maitre mot de ce complot à l’échelle mondiale », à savoir la « corruption ». Pour assoir sa démonstration, il pointe le « projet mondialiste de réduction de la population mondiale » qui « s’emboite d’ailleurs parfaitement avec d’autres fléaux », à savoir le « projet maçonnique de l’euthanasie, […] la malbouffe ou encore la vaccination ». Parmi les responsables de ce prétendu complot figureraient de « nombreux oligarques mondialistes et eugénistes », à commencer par Bill Gates ou encore « Big Pharma » – qualifié d’« empire pharmaceutique tout puissant » – qui aspirerait à ce que la « population ne soit pas en bonne santé. » Livernette souligne enfin la qualité et l’efficacité des propositions du youtubeur Thierry Casasnovas, notamment pour soigner certaines maladies comme le cancer. Il se réfère également à Claire Séverac, à Henry Joyeux et aux « très bon travaux » de Salim Laïbi. Il s’engage à « diffuser les informations relatives à la santé, […] à relayer les travaux de spécialistes » comme Marc Vercoutère, Didier Raoult, Sylvie Simon ou encore Luc Montagnier : des informations qui pourraient selon lui « faire barrage à la propagande d’État […] et ainsi entraver des stratagèmes pervers comme ce fut la cas pour la pseudo-pandémie de grippe ».

Il est un des signataires de la pétition « Liberté Pour Ryssen », présentée comme un « appel à tous les défenseurs de la liberté d’expression ».

Le 10 février 2021, Johan Livernette a été condamné à deux ans de prison pour violences conjugales et incarcéré à Toulon.

IL A DIT :

« Qui dit pouvoir occulte dit caché et donc c’est pas forcément évident de savoir qui compose ce pouvoir. […] Cette oligarchie mondialiste, […] le sommet de la pyramide mondialiste où on voit cet œil d’Horus tout en haut avec la tête qui est détachée du reste, eux et nous clairement […], l’organigramme de la pyramide mondialiste : on retrouve les familles oligarchiques tout en haut que certains nommeront Illumati, d’autres pouvoir x […], ces familles oligarchiques opèrent par la banque, les banques centrales mais aussi les sociétés secrètes qui sont plus ou moins méconnues du grand public. […] Haute finance et haute franc-maçonnerie sont liées, plus précisément l’une s’appuie sur l’autre […] pour régner ».

Source : YouTube/Johan Livernette, 10 mars 2015 (conférence tenue le 8 mars 2015 au Théâtre de la Main d’or).

(Dernière mise à jour le 24/02/2021)

Prix de la Laïcité 2022 du Comité Laïcité République, Hôtel de Ville de Paris

Alors que les médias se font l’écho, ce jeudi 10 novembre 2022, des multiples atteintes au principe de laïcité en milieu scolaire – 720 signalements recensés en octobre, un chiffre en nette hausse par rapport aux 313 de septembre dernier –, pas un mot sur la remise des prix de la Laïcité attribué par le Comité Laïcité République (CLR), présidé par Gilbert Abergel, grand maître du GODF de 1992 à 1994.

Bien que situé au cœur de la capitale, l’Hôtel de Ville reste pour la plupart des Parisiens un bâtiment à découvrir. Ce lieu emblématique, siège des institutions municipales depuis le XIVe siècle, a été le témoin privilégié de bien des événements qui ont marqué l’histoire de France. Dans ses somptueux décors reconstruits après l’incendie de la Commune en 1871, chefs d’États et personnalités du monde entier sont reçus régulièrement.

Gilbert Abergel et Patrick Pelloux

Près de 1000 personnes assistaient à cette cérémonie très républicaine, 16e du nom.

Nous relevons la présence de plusieurs personnalité dont François Hollande, président de la République française de mai 2012 à mai 2017, Manuel Valls, ancien Premier ministre,

Jean Glavany, ancien ministre, Anne Hidalgo, Maire de Paris – la première femme maire de Paris à l’issue des élections municipales de 2014 –, Guy Lengagne, ancien ministre et Sarah El Haïry, Secrétaire d’État auprès du ministre des Armées et du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, chargée de la Jeunesse et du Service national universel.

Georges Sérignac, GM du GODF et Thierry Zaveroni, GM de la GLDF

Et parmi cette belle assistance, toutes les Obédiences maçonniques françaises étaient représentées. TOUTES ??? NON, seule manquait la Grande Loge Nationale Française !!! Sans doute n’avait-elle pas été invitée… Il faut dire que, lorsqu’on lui écrit, elle ne répond pas toujours…

450.fm a noté, entre autres :

  • Georges Sérignac, présent et entouré d’une grande partie des conseillers de l’Ordre du GODF ;
  • Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF ;
  • Françoise Vignon, Grande Maîtresse Adjointe et Chargée des Relations Intérieures de la Grande Loge Féminine de France, présente, ainsi que l’inaltérable Sœur Denise Oberlin, Grande Maîtresse de 2009 à 2012 ;
  • Une très belle délégation du DROIT HUMAIN, représentée par trois conseillers nationaux dont nos très chères sœurs Michèle Joussely de la Loge Sagesse n° 1538, Chantal Roger et, de la Loge Graal n° 1619, Françoise Potelet. Le Grand Maître National Amande Pichegru étant retenue par une conférence à Strasbourg.
Les peintures du plafond sont de Henri Gervex et Aimé Morot, elles  représentent l’histoire de la danse et de la musique à travers les âges.

Depuis dix-neuf ans déjà, le CLR organise la remise des prix de la laïcité, national et international auxquels s’ajoute désormais le prix culture. Ils honorent des femmes et des hommes qui par leurs actions, leurs prises de positions ou leurs écrits contribuent à la défense et promotion de la laïcité et des principes républicains.

Le prix se décline selon les domaines suivants :

  • Prix national de la Laïcité ;
  • Prix international de la Laïcité et Mentions ;
  • Prix science et Laïcité.
la feuille d ‘or est à profusion, les lustres sont en cristal de Baccarat

À partir de cette année, un nouveau domaine sera à l’honneur :

  • Prix culture et Laïcité.

Citons, par exemple, quelques lauréats depuis 2003 : Fadela Amara, Caroline Fourest, Isabelle Adjani, Jeannette Bougrab, Les officiers de sécurité (en 2017), Georges Bensoussan, Rachel Khan, Kamel Daoud.

Le jury a cette année été présidé par Patrick Pelloux. CLR s’honore d’avoir eu aussi comme président du jury : Élisabeth Badinter, Jean-Pierre Changeux, Boualem Sansal, Jean Glavany, Zineb El Rhazoui, Alexis Lacroix ou encore Renaud Dely.

Annie Sugier

Le prix national 2022 est décerné à Annie Sugier. Membre de Coordination française pour le lobby européen des femmes (2007), de la Ligue du droit international des femmes et de la Ligue du droit des femmes, Annie Sugier est une physicienne et féministe française. Elle a été la première femme au CEA à avoir le titre de directrice. Le discours prononcé par Annie Sugier « Le voile signifie concrètement et symboliquement la séparation des femmes et des hommes » https://bit.ly/3hpT3JX

En intermède, si nous pouvons nous exprimer ainsi, le journaliste, animateur radio et producteur exerçant à France Inter Fabrice Drouelle nous fait lecture du poème Le voile de Victor Hugo (1802-1885), publié dans Les orientales (1829) et qui commence ainsi :

« La sœur/Qu’avez-vous, qu’avez-vous, mes frères ?/Vous baissez des fronts soucieux/Comme des lampes funéraires/Vos regards brillent dans vos yeux/Vos ceintures sont déchirées/Déjà trois fois, hors de l’étui/Sous vos doigts, à demi tirées/Les lames des poignards ont lui/Le frère ainé… »

Si tel est votre désir, vous pouvez prendre connaissance de ce poème en totalité sur « Poésie française.fr – Recueil de poésies des meilleurs poètes français et étrangers d’hier à aujourd’hui » https://bit.ly/3fO0gmV

Sur grand écran, François Hollande et Pauline Marois

Le prix international est décerné à Pauline Marois. Un prix qu’elle reçoit des mains de l’ex-président François Hollande pour ses « années d’engagement indéfectible […] en faveur de la laïcité » — de la déconfessionnalisation des écoles publiques à la charte des valeurs québécoise. Femme politique, Pauline Marois a été la 30e première ministre du Québec et la première femme à occuper cette fonction, de septembre 2012 à avril 2014. Son intervention « Les gens de gauche qui ont abandonné la défense de la laïcité ont perdu une partie de leur âme en chemin » https://bit.ly/3zZTPDW

Au pupitre, Étienne Klein, à sa gauche Guy Lengagne, ancien ministre

Le prix Science et Laïcité est décerné au physicien, philosophe des sciences et producteur de radio Étienne Klein. Son intervention intitulée « Les connaissances, notamment scientifiques, doivent pouvoir circuler à l’air libre » https://bit.ly/3tgIUCb

Le prix Culture et Laïcité, nouveauté de cette année, est remis à Jean-Michel Ribes par Anne Hidalgo, maire de Paris. Jean-Michel Ribes est un acteur, dramaturge, metteur en scène de théâtre, réalisateur, scénariste français, auteur de publicités. Il a dirigé, de 2001 à 2022, le théâtre du Rond-Point à Paris. Son discours « Il est temps de fuir l’esprit saint, pour ne conserver que l’esprit ».

Jean-Michel Ribes et Anne Hidalgo

Présent dans la salle de réception de l’Hôtel de Ville de Paris – copiée sur la galerie des glaces  du château de Versailles – le professeur David Cohen, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent à la Pitié Salpêtrière, apporta, en vidéo, un témoignage capital quant à la déradicalisation des enfants rapatriées de camps de prisonniers djihadistes en Syrie.

Retrouver aussi les discours de Iris Iran Farkhondeh, chercheuse en études indiennes « Les Iraniens aspirent à vivre libres dans un Etat de droit » https://bit.ly/3UsqOsT et du président Gilbert Abergel « Le danger pour notre République, c’est l’islam radical, l’islam politique, l’islamisme » https://bit.ly/3EktYZR

Les lauréats entourant le président Gilbert Abergel, photo CLR

450.fm remercie CLR de leur invitation à cette remarquable soirée.

Allez plus loin avec CLR https://www.laicite-republique.org/

Les lauréats
Gilbert Abergel

Les progressistes ont tort de craindre Darwin

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Les horreurs du passé ont amené beaucoup d’humanistes à minimiser ou nier les différences biologiques entre les humains. Ce faisant, toute découverte de différences permet aux conservateurs de justifier le statu quo et ses inégalités. L’étude des différences sera bénéfique, voici pourquoi.

Nous les francs-maçons sommes férus d’universalisme. Nous cherchons à rassembler ce qui est épars. Cela signifie que les ressemblances devraient avoir plus de poids que les différences. Mais le personnel politique ne l’entend pas de cette oreille. Le dictateur voudra que le peuple lui obéisse comme un seul homme . Et pour cela il désignera un bouc émissaire à la vindicte populaire.

En démocratie c’est à peine mieux : obsédé par l’élection, le politique est tenté de jouer « notre communauté contre les autres ». Les autres, ce sont souvent des minorités mais pas toujours : les femmes sont objet de rejet depuis la nuit des temps. Le sommet de l’horreur fondée sur les différences est le nazisme .

Les idéologues, dont Alfred Rosenberg, ont bâti, sur  base d’une torsion des connaissances biologiques de l’époque, une délétère théorie afin de justifier leurs ignominies.  

Depuis lors, tout esprit qui se veut tolérant envers les autres clame à l’envi que tous les humains sont égaux en droits. Et il ajoute avec force que l’espèce humaine n’est pas divisible en races. Sachant que des différences minimes ont servi à justifier le nazisme et d’autres racismes, on minimise les différences. Il arrive aussi qu’on les nie tout simplement. Parmi les raisons qui sous-tendent ce déni : la crainte que l’agressivité « naturelle » de l’humain ne soit prise comme justification de comportements criminels, machistes, racistes, etc. . Même en version plus douce, on ne souhaite pas que tout cela ne rende plus difficile l’élimination de comportements indésirables.  

Ces manières de penser et agir sont cohérentes avec l’opinion, répandue, selon laquelle tout est politique, ou culturel.

Si de plus on croit, comme certains bourdieusiens, que les causalités sociologiques sont mécaniques, donc déterministes, on se retrouve à estimer que les hommes sont malléables à l’infini. C’est ce que pensait Lénine et son entourage, avec le résultat totalitaire que l’on sait. Dans un tel cas, une certaine résilience biologique est la bienvenue, n’est-ce pas ?

Lorsque l’on étudie l’émancipation progressive des femmes hors de la tutelle patriarcale on suit des indicateurs comme l’index GGG. Non, ce GGG n’a rien de maçonnique : il signifie Global Gender Gap, et est édité chaque année par le World Economic Forum. C’est un index composite, pondérant 14 critères comprenant de la participation à l’économie, le niveau d’études atteint, la santé et le poids en politique. Les 3 grands pays scandinaves dominent le score avec l’écart hommes/femmes le plus faible .

Mais tout cela contient une hypothèse implicite : « il est désirable que l’écart hommes/femmes soit le plus faible possible ».

Or, que voyons-nous en analysant plus finement les scandinaves ? Que dans ces pays, la portion de femmes diplômées en sciences dures et technologie est inférieure de plusieurs % à la moyenne des autres pays européens.

Etonnant, non ? Car on sait que les filles, dès lors que l’on ne leur pose pas d’obstacles au développement, en comparaison des hommes, font en moyenne un peu mieux que les garçons même en sciences dures. Mais maintenant on a des indices concordants indiquant que, quand il n’est pas indispensable de se faire ingénieur ou mathématicien pour obtenir un peu de considération ou un salaire décent, les femmes choisissent un peu moins ces métiers que les hommes. Cela signifie que lorsque l’égalité hommes/femmes devient effective, le taux de diplômes et postes scientifiques occupés par des femmes aura tendance à baisser plutôt qu’augmenter.

Ceci est juste un exemple destiné à montrer que nier les différences génétiques sous prétexte de marche vers l’égalité peut avoir des effets négatifs.

La franc-maçonnerie nous l’avait bien dit : rien de bon n’est à attendre de l’ignorance.

La science a beaucoup engrangé de résultats expérimentaux depuis la fin de la seconde guerre mondiale. On sait désormais, par exemple avec l’épigénétique, que le biologique n’a pas le caractère intangible que nous pensions . Et cela est en cohérence avec l’évolution darwinienne des espèces. Via l’environnement, l’expression des gènes peut être influencée. Nous savons aussi que tout est multifactoriel dans ces domaines , on n’influence donc que des probabilités, et très peu de résultats déterministes ne sont à attendre pour un individu donné .

Le premier bienfait qui naîtra d’une acceptation sans filtre idéologique des résultats de la science génétique, c’est la déculpabilisation. Nous ne sommes pas responsables des gènes que nous avons reçus. Les mères n’ont plus à se sentir coupables de ce qu’un de leurs enfants possède des traits de caractère peu agréables, comme ce fut  le cas dans les périodes du tout-psychanalyse. On pense ici particulièrement aux tentatives de traitement psychanalytique de l’autisme.

Deuxièmement, les acquis sociaux, basés sur l’égalité en droit, n’ont plus à être battus en brèche à la moindre découverte d’une différence biologique entre deux groupes. En effet, lorsqu’on nie ou minimise les différences afin de défendre une correction d’inégalité, la découverte d’une différence significative est prétexte pour les conservateurs à supprimer ou au moins réviser la mesure.

Troisièmement, une meilleure connaissance permet d’augmenter l’efficacité des mesures mises en place, souvent sur deniers publics.

Quatrièmement, l’évaluation plus correcte du poids des gènes dans nos comportements permet aussi d’évaluer plus justement ( et sans doute à la baisse ) l’importance du  « mérite » personnel des individus.  

Cinquièmement, flinguer le mythe de l’homme infiniment malléable peut aider à résister aux discours totalitaires ou populistes.

Sixièmement, une force de la connaissance des liens entre biologique et comportemental est son universalité. Par suite, justifier un particularisme comme l’excision par «  c’est dans leur culture » perd sa pertinence puisque la majorité des peuples s’en passent sans problème . Le relativisme culturel est donc mis en difficulté, ce qui est un progrès humaniste.

Au final, nous avons là des outils qui permettront la création de sociétés plus épanouies et tolérantes, et où la différence est reconnue sans être associée à des valeurs.

Pour aller plus en détail, voyez la chaîne Youtube «  Homo Fabulus », œuvre de Stéphane Debove, qui vient d’obtenir le prix du livre sur le cerveau pour son «  pourquoi notre cerveau a  inventé le bien et le mal ».

Le chevalier de Saint-George-Né esclave, musicien et escrimeur au temps des Lumières

Claude Ribbe – Tallandier, Coll. Biographies, 2022,  288 pages, 20,90 €

Aujourd’hui encore, Joseph de Bologne de Saint-George (1745-1799), né des amours d’un riche colon et d’une esclave de la Guadeloupe, est-il vraiment connu de tous ? Certes, aventurier mythique du XVIIIe siècle, violoniste et compositeur talentueux dont il se dit qu’il influença Mozart, escrimeur redouté et cavalier inimitable, il ne fit l’objet que de peu d’études. Cependant, rendons grâce à l’historien, philosophe, romancier, scénariste et réalisateur Claude Ribbe, ancien élève de l’École normale supérieure (Ulm) et agrégé de philosophie, d’avoir, dès 2004, levé le voile sur le chevalier avec son ouvrage paru initialement chez Perrin.

Cet ouvrage, sous-titré « Né esclave, musicien et escrimeur au temps des Lumières » nous retrace avec précision, l’auteur puisant aux meilleurs sources – bibliographie sélective ; manuscrits, documents imprimés – les multiples péripéties du chevalier.

En dix-sept chapitres, nous savons tout de lui.

Né à la Guadeloupe le 25 décembre 1745, Saint-George vint de bonne heure en France et s’y fit bientôt remarquer par des qualités physiques peu ordinaires et par son aptitude pour les exercices corporels. Son père, qui n’avait négligé aucune dépense pour bien l’élever, le fit entrer dans les mousquetaires. Il devint ensuite écuyer de madame de Montesson, l’épouse secrète de l’avant-dernier duc d’Orléans, puis capitaine des gardes du duc de Chartres.

Saint-George en 1768

Saint-George ne tarda pas à devenir l’ami intime de ce jeune prince, qui corrompait ses confidents plutôt qu’il n’était corrompu par eux. Aussi, lorsque la Révolution commença, Saint-George dût-il à cette dangereuse intimité le triste honneur de jouer un rôle fort actif dans les manœuvres politiques…

Avant de se livrer à ces intrigues, Saint-George s’était fait connaître au théâtre par un talent particulier pour la composition. Il avait composé la partition de plusieurs opéras-comiques. Le premier fut Ernestine, paroles de Laclos, représentée au mois de juin 1777, mais qui ne survécut pas à la première représentation. Il en fut de même de La Chasse, dont Saint-George composa aussi la partition.

Une scène de son opéra-comique La Chasse
Saint-George et d’Éon

De son vivant, Le chevalier de Saint-George connût les honneurs de la presse. En 1768, dans Le Mercure, le poète Pierre-Louis Moline vantait ses talents de compositeur : « Enfant du goût et du génie/il naquit au sacré vallon/Et fut de Terpsichore émule et nourrisson/Rival du Dieu de l’harmonie/S’il eût à la musique unit la poésie/on l’aurait pris pour Apollon. » L’expression « rival du Dieu de l’harmonie » place Saint-George en concurrence directe avec Rameau décédé quatre ans plus tôt et déifié par des générations de musiciens. Le jeune compositeur revend alors son office de Commandeur des guerres en 1772 pour se consacrer à la musique. C’est avec le Concert des Amateurs qu’il développe ses techniques d’orchestration, notamment dans le genre de la symphonie concertante.

Au mois d’août 1787, il donna encore avec Desmaillot, auteur des paroles, la Fille garçon, comédie mêlée d’ariettes, qui eut un peu plus de succès. La musique parut néanmoins dépourvue d’invention. Les concertos composés par Saint-George et surtout le menuet qui porte son nom eurent plus de succès que ses œuvres dramatiques et obtinrent pendant longtemps une très grande vogue. Quelques années auparavant (1776), lorsqu’il fut question de confier à une régie l’Académie royale de musique…

Le duc d’Orléans ne se contenta pas de l’employer dans les intrigues du Palais-Royal ; par ses ordres secrets, Saint-George se rendit au mois de juin 1791 à Tournay, sous prétexte d’y donner un concert aux amateurs, mais, en effet, pour tenter de rattacher à la cause d’Orléans quelques-uns des émigrés qui se trouvaient alors dans cette ville. Espion, donc, Saint-George leva aussi un corps de chasseurs à cheval, dont il fut le colonel.

Saint-George est partout : dans la correspondance de Grimm, dans le Traité de l’art des armes de Nicolas Texier La Boëssière (1723-1807), dans une biographie que lui consacre le romancier populaire Roger de Beauvoir (1807-1866).

Mais c’est doute, pour le Maçon, le chapitre intitulé « Scène privées » qui retiendra notre meilleure attention. Il y est fait mention, à plusieurs reprises, d’Art Royal. À commencer par ses amis Francs-Maçons et de leurs appartenance à diverses loges : Saint-Jean d’Écosse et du Contrat Social, des Neuf Sœurs,  de la loge à l’Orient de la Guadeloupe Les Cœurs Unis de Basse-Terre, de la Loge Carolina – dont le temple existe toujours – , de correspondances avec le Grand Orient de France, mais aussi du bateau négrier Le Franc-Maçon !

Nous aimons particulièrement les notes destinées au lecteur et faisant partie intégrante du document – hors-texte appelé à partir du texte principal par un appel de note – non pas en bas de page mais regroupées en fin d’ouvrage.

Claude Ribbe, originaire de Guadeloupe par son père et de la Creuse par sa mère, se penche dans son œuvre sur le passé esclavagiste français et sur certaines figures qui en sont issues. Ici et maintenant, le chevalier de Saint-George.

La 4e de couverture