dim 25 septembre 2022 - 15:09

L’incroyable histoire de la Marianne Noire, exposée en permanence au Musée de la Résistance et de la Déportation

De notre confrère france.dayfr.com

Curiosité de l’art maçonnique à Toulouse, la Marianne Noire, exposée au Musée de la Résistance, cache bien des mystères. Depuis 1977, date à laquelle elle est entrée dans l’actuel Musée départemental de la Résistance et de la Déportation, fruit d’un don de la franc-maçonnerie de Toulouse, la statue de “Marianne Noire” reste une énigme non résolue.

Ce buste, unique en son genre, haut de 1,20 mètre, en plâtre et chaux, était à l’origine peint en bronze. Cette Marianne au bonnet phrygien, dont le regard déterminé semble vous demander ce que vous avez choisi de faire de votre vie, est représentée sous les traits d’une femme africaine.

D’après les quelques certitudes qui circulent parmi les experts, il a été fabriqué en 1848, peu avant les décrets d’abolition de l’esclavage dans les anciennes colonies de l’Ancien Régime.

l’art de la maçonnerie

Marianne Noire (Crédit photo Yonnel Ghernaouti)
Marianne Noire (Crédit photo Yonnel Ghernaouti)

Le temps, ajouté aux périodes où cette Marianne aurait été cachée sous terre pendant la Seconde Guerre mondiale, a considérablement détérioré l’œuvre, d’où sa restauration salvatrice de huit semaines entre 2019 et 2020.

Les visiteurs du Musée départemental redécouvrent ce buste exposé en permanence depuis février 2020, mais peu vu en raison de la pandémie et du confinement. La Marianne Noire est, pour le musée, une « allégorie de la Liberté ».

Symbole de l’abolition de l’esclavage

Marianne Noire (Crédit photo Yonnel Ghernaouti)

« Ce buste, nous assure-t-on, a été commandé par un temple maçonnique de Toulouse au lendemain de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, le 27 avril 1848. Il y resta jusqu’en 1941, date à laquelle il fut rétrogradé, avant de disparaître de l’inventaire préparé par le Comité de recherches et d’enquêtes du régime de Vichy. Probablement enterré sur un terrain privé pour le reste de la guerre, il a refait surface en 1977. »

Mais l’histoire est plus complexe. A Toulouse, des passionnés enquêtent sur le parcours de la statue depuis sa création. Parmi les co-auteurs de « La Marianne du Musée » (Ed. Loubatières), Jacqueline Fontvieille-Ferrasse fait partie de celles qui tentent de résoudre l’énigme et son occultation.

« Elle a toujours été cachée »

« Ça a toujours été caché, ça a toujours été un problème », explique l’enseignant à la retraite. Pendant la guerre, les résistants ont affirmé qu’elle avait été enterrée. Mais si elle a été conservée , c’est aussi parce qu’elle est sulfureuse . C’est pour moi la plus belle œuvre du Musée.

Son auteur ? Toujours un mystère pour Jacqueline Fontvielle-Ferrasse qui se penchera plus tard vers le sculpteur toulousain du XIXe siècle : Bernard Griffoul-Dorval (1788-1861). Mais coup de théâtre en 2020, la veille du lancement du livre La Marianne du Musée.

Jean Sül Abadie, faussaire sculpteur ?

Les chercheurs toulousains ont été surpris d’apprendre que le buste était signé par « Jean Sül Abadie », sculpteur toulousain, franc-maçon, républicain et disciple artistique de Griffoul-Dorval, en 1886. C’est un guide du musée qui a vu la signature en promenant son infrarouge.

Quand on l’a su, on a passé une nuit blanche, tout s’effondrait », raconte Jacqueline Ferrasse. Mais l’autopsie révélera que la signature sur la ceinture du buste, évidemment ajoutée, est celle de Sül Abadie qui, compte tenu de sa date de naissance et de décès (1850-1890), avait peu de chances d’être crédible. Pour plonger dans l’histoire de cette Marianne, nous vous conseillons la lecture de « La Marianne du Musée », parue en 2020 aux éditions Loubatières et coécrite par quatre passionnés : Monique Biasi, Georges Bringuier, Daniel Chartagnac, Jacqueline Fontvieille-Ferrasse. Les curieux peuvent aussi écouter les huit épisodes (podcast) de France Culture qui, en mai, a réalisé une série intitulée “Sur les pas de Marianne Noire”. Le buste est exposé en permanence au Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Toulouse (musee-resistance.haute-garonne.fr) Tél : 05 34 33 17 40.

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