Quel rapport entretient la franc-maçonnerie avec l’ésotérisme ? La franc-maçonnerie, depuis quasiment ses origines, se voit associée à l’ésotérisme. Cette proximité, qui est tout sauf naturelle comme on le verra, s’est imposée profondément dans les esprits.
Ainsi, la classification de la franc-maçonnerie dans les rayonnages des librairies (indépendantes ou franchisées) la rapproche systématiquement de l’ésotérisme/occultisme/spiritualités et non de la philosophie ou des sciences humaines.
Nous voilà donc face à la question de la définition de la franc-maçonnerie : est-ce un mouvement spirituel, un mouvement philosophique ou est-elle de nature religieuse ? On tentera donc d’en démêler l’écheveau ! Par Stéphane François, professeur de sciences politiques (UMONS) Stéphane François est professeur de sciences politiques à l’École des Sciences Humaines et Sociales à l’Université de Mons et spécialiste de l’extrême droite.
Pythagore puis Platon avaient défini l’importance de la musique dans l’harmonie de l’âme avec celles du Cosmos, du monde et de la Cité. Il en résulte que, pour Platon, la musique peut être source de désordre et, pour la musique punk, on peut se dire que ce dernier n’avait pas tort.
Ce serait une erreur car, comme l’a déclaré le chanteur des Sex Pistols, Johnny Rotten « le punk a mis de l’ordre dans le chaos ». Remarque intéressante, quand on la met en parallèle avec la devise maçonnique « Ordo ab chao ».
Même si le punk est comme la Franc-Maçonnerie une sous-culture, avec son monde souterrain, ses secrets, ses rites et son approche ésotérique du monde, il ne faut pas les confondre.
En revanche, tous les deux sont nés dans un monde en crise en quête de sens et en recherche de repères dans des sociétés à leurs crépuscules. C’est en cela qu’ils ont mis de l’Ordre dans le Chaos.
Pourtant, la lumière va jaillir de ces ténèbres, brutalement, véritable cri de rage dans une société sclérosée en décomposition, celle du début des seventies, qui traverse une grave crise économique et sociale avec les chocs pétroliers, la défaite américaine au Vietnam, la fin du Summer of love avec ses spiritualités alternatives etc …. .
Quoi de plus normal dans un monde en plein marasme pour l’esprit humain que de chercher la lumière ? Cet esprit va se matérialiser dans la culture, se réifier, au sens hégélien du terme dans la musique, les arts graphiques, le design, la mode et un peu, la littérature et le cinéma.
Ce fiat lux va se matérialiser dans la Babylone moderne du monde, New York, qui est totalement en faillite au début des années 70. Cette pauvreté va en faire sa richesse artistique et culturelle.
Des quartiers entiers comme Downtown, Harlem, le Bronx sont composés d’immeubles quasiment insalubres avec des loyers très peu chers.
Cela va attirer de tous les coins des Etats-Unis, tous les artistes déclassés ou trop originaux, les gays, les blacks, les latinos, les femmes trop indépendantes, bref tous ceux que la société bien lisse et bien-pensante américaine considère comme des marginaux.
New York va rassembler tout ce qui est épars pour répandre la lumière. Cette étincelle culturelle va faire flamber le monde.
Imaginez qu’entre 1973 et 1977, New York va être le berceau du Disco, de la musique contemporaine avec Steve Reich et Philip Glass, du renouveau du Jazz et de la musique latino, mais aussi du punk avec Patti Smith, les Ramones, Blondie, les Talking Heads, Television, les Heartbreakers, Richard Hell et les Vodoids, pour ne citer que les plus connus, enfants des précurseurs New York Dolls, Velvet Undreground et Lou Reed, Stooges et Iggy Pop, et MC5.
Tous ces groupes punks new yorkais, se produisent uniquement dans trois endroits, le CBGB, le Max Kansas City et le Romeo, mais ils vont être les catalyseurs d’un nombre importants de vocations artistiques.
Le punk, cri de révolte dans la nuit, va constituer une véritable épiphanie, c’est à dire une révélation pour toute une génération, dont un anglais de passage Malcom McLaren.
Quand il revient à Londres, totalement converti, Malcom McLaren, compagnon et associé de la styliste Vivienne Westwood, va transformer leur boutique de fringues et accessoires, SEX, en lieu de naissance du punk anglais. C’est dans cette boutique que Malcom McLaren va recruter les Sex Pistols, boy’s band du punk anglais.
Malcom McLaren, élevé au biberon du situationnisme avec son ami, le designer Jamie Reid, va utiliser les Sex Pistols, pour tenter de faire exploser la société anglaise à coups de provocations symboliques.
Le Royaume Uni, particulièrement appauvri par la décolonisation mais aussi la crise économique mondiale, amoindri par des infrastructures obsolètes, subit une grave crise économique et sociale. En plus de cette situation délétère, la société reste sclérosée avec une classe dominante qui contrôle tout, se réserve le gâteau en ne laissant aucune place pour les autres catégories sociales. L’ascenseur social n’existe pas dans ce monde, particulièrement pour les jeunes non favorisés, surtout s’ils sont issus du lumpenprolétariat, comme les quatre membres des Sex Pistols. C’est une génération vide de tout, une génération perdue.
Bref, there is no future for them in England’s dreaming comme le décrit si bien la chanson “God Save The Queen » des Sex Pistols et qui fonde ce travail.
L’énergie de cette jeunesse totalement abandonnée à son triste sort va être la rage que le punk va canaliser, à travers la musique mais également d’autres domaines, comme le design, les arts graphiques et la mode, à coups de provocations symboliques, notamment contre la monarchie.
Les concerts des Sex Pistols, peu nombreux car très vite censurés, vont constituer une véritable épiphanie pour leur public. Toutes les personnes qui assistent à leurs concerts sont sous le choc de leur violence rageuse mais totalement maîtrisée. Elles y ont une révélation, celle de découvrir ce qu’elles veulent être, comme si les Sex Pistols leur chantaient « Prenez place ». Et, elles veulent prendre leur place dans cette société car elles ont pris conscience de leur véritable être et que leur véritable malheur est de ne pas être à leur juste place, comme l’a si justement analysé Schopenhauer.
La rébellion punk serait-elle finalement de se connaître soi-même pour trouver sa véritable place dans le monde ?
Cette épiphanie va aboutir à la création de groupes comme le Clash, les Damned, les Cure, Joy Division, les Buzzcocks, Generation X avec Billy Idol, Siouxsie and The Banshees, X-Ray-Spex, les Pretenders, les futurs Smiths et Pogues, mais aussi de graphistes, de designers comme Conrad, etc … , comme les concerts des punks américains au CBGB seront une révélation pour le public qui y assiste. Il en sera de même pour toute l’Europe, y compris l’Europe de l’Est.
Ce monde est donc mauvais, ce qui amènera certains, comme Neil Marcus dans son ouvrage « Lisptick Traces : une histoire secrète du XXème siècle », à voir en Johnny Rotten un gnostique, puisque pour les gnostiques, le monde actuel, créé par un faux dieu, le Démiurge, est mauvais.
C’est bien beau de vouloir trouver sa place mais dans quel monde ? Le leur est à bout de souffle, en fin de course. Le punk a une vision eschatologique, à savoir que le monde est arrivé au bout de son histoire. Comment trouver alors sa place dans un monde qui meurt ? En passant, on peut comprendre que leurs révélations du déclin du Royaume Uni ou de la fin du rêve américain soient considérées comme des actes de rébellion.
Les punks se diviseront sur leur vision eschatologique.
Pour les uns, plus proches de l’eschatologie religieuse, le monde est fini, décadent et pourri et il faut faire avec. Pour les autres, plus proches de l’eschatologie marxiste, un monde meilleur va succéder à celui-ci.
Cependant, même si les fondements sont différents, les réponses des punks sont les mêmes :
le DIY, Do It Yourself, « fais-le toi-même », tes fringues, ton groupe, ton maquillage, etc … en récupérant et en recyclant les déchets, les détritus, les fripes, les objets, mais également en auto-produisant ses disques, en créant ses propres labels pour le faire ;
le véganisme ou le végétarisme ;
L’écologie ;
Le féminisme : le punk est le premier mouvement culturel où la femme va être l’égale de l’homme, notamment dans les groupes musicaux, ne se contenant plus d’être simplement une chanteuse sirupeuse mais chantant fort sa colère, jouant de tous les instruments, étant le leader, comme dans X-Ray-Spex, les Pretenders, les Adverts, Penetration ou carrément féminin comme les Slits ;
L’absence de discrimination sexuelle, nombre de punks étant gays ou même transgenres comme Wayne County ;
l’anti-racisme ;
le militantisme politique, notamment pour ceux qui veulent un monde meilleur comme le Clash en Angleterre et les Dead Kennedys aux Etats-Unis.
Leur vision eschatologique du monde est renforcée par la proximité du punk, anglais surtout avec le reggae, comme un rapprochement entre l’Orient et l’Occident, mais surtout entre deux mondes exclus de la société britannique : les jeunes prolos blancs et noirs anglais, ce qui ne plaira pas à l’etablishment britannique.
Le punk va avoir une vision plus spirituelle encore avec le reggae, nourri par le rastafarisme, ce dernier ayant été revitalisé par des penseurs défenseurs de la négritude, surtout Marcus Gravey, tous FF :. initiés de la Franc-Maçonnerie Noire Nord-Américaine Prince Hall. Même si ce sera le sujet d’une autre planche, on peut d’ores et déjà révéler que beaucoup de termes et de concepts de la religion rastafari, dont son eschatologie, sont empruntés ou communs avec les hauts-grades maçonniques, sans nul doute sur l’influence de Prince Hall.
Enfin, le punk n’est pas que musique. Il est également arts graphiques, design, mode, mais littérature et cinéma à un moindre degré. Il a donné le groupe français BAZOOKA, le peintre Robert COMBAS, les stylistes Vivienne WESTWWOD, et de CASTELBAJAC, les écrivains Maurice G. DANTEC et Virginie DESPENTES, et bien d’autres.
Le critère essentiel du punk est la liberté. Libre d’être qui on est, libre de le devenir, libre de créer. Cela même, sans expérience, sans savoir, juste libre, en dehors de toute uniformité. Cela a sans doute été l’extrême provocation du punk dans une société figée comme celles des années 70.
Puis le punk, comme la plupart des mouvements rocks, a été repris par le business qui l’a uniformisé en l’industrialisant et en le « marketant ». C’est un mouvement récurrent ; comme le dénonce Annie Le Brun dans son ouvrage « Ce qui n’a pas de prix ». L’illusion d’une liberté sans limites est finie. Les grands capitalistes comme Bernard Arnault, Pinault ont mis la main sur le marché de l’art pour en faire un placement financier et nous imposer leurs goûts. En nous imposant leurs artistes, pour la plupart sans talents, si ce n’est celui d’avoir le sens du business, ils sont certains de faire fructifier leurs nouveaux placements. Il en est de même en musique. Malcom Mclaren, en bon situationniste, pensait que l’art pourrait domestiquer l’argent mais c’est l’argent qui a domestiqué l’art. Les métaux sont rentrés dans le Temple.
Cependant, ils existent des villages d’irréductibles gaulois, comme le punk américain, ou bien des communautés punks semblables à celles jadis des hippies, comme en Bretagne, ou dans les ZAD, qui continuent à appliquer ces principes punks. Pour tenter de sauver le monde, les punks d’aujourdhui semblent avoir abandonné le « No Future » pour un « Yes Future ».
Il y a toujours une lumière qui brille dans la nuit.
Bertrand PAVLIK
Playlist
1 – Funky Reggae Party par Bob Marley 2 – Pretty vacant par les Sex Pistols” 3 – Gloria par Patti Smith 4 – Roadrunner par The Modern Lovers 5 – Jet Boys par New York Dolls 6 – Blitzkrieg Pop par The Ramones 7 – Music For 18 Musicians par Steve Reich 8 – Knee Play 1 par Philip Glass, opéra “Einstein On The beach” 9 – New Rose par The Damned 10 – Sex & Drug & Rock & Roll par Ian Dury 11 -God Save The Queen par The Sex Pistols 12 – (I can’t get no) Satisfaction par DEVO 13 – Something Better Change par The Stranglers 14 –I Wanna Be Me par The Sex Pistols 15 – Love Will Tear Us Apart par Joy Division 16 – Betsy Party par Starshooter 17 – Edith Nylon par Edith Nylon 18 – Diamond Dogs par David Bowie 19 – Anarchy In The Uk par The Sex Pistols 20– White Riot par The Clash 21 – Oh Bondage Up Yours par X-Ray-Spex 22– I heard It Through The Grapevine par The Slits 23- Two Sevens Clash par Culture 24 – Jah War par The Ruts 25 – Police & Thieves par The Clash 26 – One Drop par PIL (Public Image Limited) 27 – Blank Generation par Richard Hell 28–Always The Sun par The Stranglers
Chers lecteurs, nous vous invitons à visionner les vœux pour l’année 2024 de Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France (GODF).
En cette occasion spéciale, Guillaume Trichard partage sa vision et ses espoirs pour l’année à venir, mettant en lumière les valeurs et les principes qui guident cette vénérable institution qu’est le GODF. Ses mots, empreints de sagesse et de perspective, se veulent un guide pour tous celles et ceux qui aspirent à un monde plus fraternel et équitable.
Un message qui, sans aucun doute, vous inspirera et vous invitera à la réflexion sur le rôle de la franc-maçonnerie dans notre société et notre contribution au bien commun.
Le Bohemian Grove est un camp de retraite privé situé en Californie aux États-Unis, célèbre pour ses rassemblements annuels de certaines des personnalités les plus influentes et puissantes, principalement des hommes, des États-Unis et d’autres pays.
Fondé en 1872, le Bohemian Grove est associé au Bohemian Club de San Francisco, un club privé fondé par des artistes, des journalistes et des musiciens. Avec le temps, l’adhésion s’est élargie pour inclure une élite de dirigeants politiques, d’hommes d’affaires, d’artistes et d’autres personnes influentes.
Des réunions annuelles
Chaque été, les membres se réunissent pour un camp de deux semaines. Ces rencontres sont notoirement privées et exclusives. Les activités au Bohemian Grove incluent des discours, des discussions sur divers sujets (y compris la politique et les affaires), des représentations théâtrales et musicales, et des activités de loisirs.
Des réunions plus que discrètes
La nature secrète des réunions et le profil élevé de ses participants ont alimenté diverses théories du complot et critiques. Certains critiques affirment que le Bohemian Grove promeut et maintient des réseaux d’élite et d’influence loin du regard du public. Historiquement, il a été critiqué pour son manque de diversité, en particulier en ce qui concerne le genre et l’ethnie.
Le sanctuaire du hibou.
Symbolisme et rituels
La cérémonie de la Cremation of Care (crémation de soins) est un rituel impliquant la mise en scène d’une cérémonie symbolique visant à éliminer les soucis et les préoccupations avant le début des festivités. Cette cérémonie, ainsi que d’autres aspects du camp, ont été interprétés de diverses manières, certains y voyant des éléments de mysticisme ou de rituels occultes.
Le sanctuaire du hibou.
Bien que beaucoup considèrent le Bohemian Grove comme un simple lieu de rencontres pour l’élite sociale, d’autres croient qu’il joue un rôle dans les prises de décisions politiques et économiques mondiales. Il reste un sujet de fascination et de spéculation en raison de son secret, de ses membres influents et des rituels uniques qui s’y déroulent.
D. Reagan et R. Nixon.
Quelques-unes des personnalités notables qui auraient fréquenté le Bohemian Grove…
Plusieurs présidents des États-Unis, tels que Richard Nixon, Ronald Reagan, George H.W. Bush et d’autres, ont été rapportés comme participants. Mais aussi des chefs d’entreprise et magnats de la finance, des sénateurs, gouverneurs, et autres hauts fonctionnaires, des artistes et des célébrités du monde du spectacle (acteurs, réalisateurs et des musiciens), mais aussi des leaders médiatiques.
Bohemain Club, San Francisco.
Le Bohemian Club dans la culture populaire
1-Le rappeur Roi Heenok fait référence au Club Bohemian dans le son S/O Le Flem de Django et Freeze Corleone.
2-Dans la série télévisée House of Cards : l’épisode 8 de la saison 5 débute par un week-end de retraite en forêt entre chefs d’entreprises et personnalités politiques masculines, allusion au séminaire estival du Bohemian Club.
3-Prodigy, avec sa chanson Real power is people, ferait allusion à ce club dans le couplet suivant : « It’s a secret government that worship an owl / They practice witchcraft to harness they power ».
4-Rockin’ Squat avec le titre Démocratie Fasciste Article 3 y fait directement allusion : « Démocratie fasciste, les liens de sang sataniques / Des Bohemian Grove aux théocraties messianiques ».
L’emblème du club et sa devise : Weaving spiders come not here (Les araignées tisseuses ne viennent pas ici).
6-Le rappeur Vinnie Paz avec le titre End of days chante : « Do y’all know about Bohemian Grove ? / How the world leaders sacrificing children in robes ? (Connaissez-vous tous le Bohemian Grove ? / Comment les dirigeants du monde sacrifient des enfants en toges) ».
7-Dans la série télévisée Inside Job : l’épisode 1 de la partie II, Sans complexes au Bohemian Grove, Reagan Ridley se rend au Bohemian Grove, référence directe au Bohemian Club en reprenant l’idée complotiste où des organisations secrètes se réunissent autour du même hiboux présent au Bohemian Club pour gérer les affaires mondiales.
Alors, le Bohemian Grove, complotiste ou non… À vous de juger.
Le Bohemian Grove : La Société Secrète Qui Gouverne Le Monde
La vidéo YouTube a été vues par 63 182 personnes ! Incroyable… et cela depuis le 20 novembre 2022. Sa présentation : « Vous êtes un multimilliardaires âgé d’une quarantaine d’années et vous cherchez une colonie de vacances où aller en juillet ?
Le Bohemian Grove, ou Bohemian Club est exactement ce qu’il vous faut. Fondé en 1872 et comprenant environ 200 membres, le Bohemian Grove est un club exclusivement masculin où se retrouvent les plus haut placés mondiaux en économie, finance et politique. Chaque juillet, le club laisse entrer ces supers riches et supers puissants sur sa propriété de Monte Rio en Californie.
Cet immense domaine de 11 km2 de nature sauvage se trouve à environ 120 kilomètres de San Francisco aux USA. A la fois ultra-privatif et secret, le Bohemian club vous permettra de vous retrouver avec les hommes les plus riches et les plus puissants du monde pour faire Dieu sait quoi, Dieu sait où avec Dieu sait qui. »
Le succès des populistes tient entre autres à leur comportement lors des débats publics, face à ceux qui « ne savent qu’argumenter ». Cela se retrouve aussi en loge.
Ces dernières années ont vu l’explosion du nombre de politiciens affublés du label « populiste ». Si l’on cherche une caractéristique commune, notons d’abord l’écrasante majorité d’hommes, mais il y autre chose. On peut mentionner aussi la présence fréquente de coiffures sortant de l’ordinaire : Beppe Grillo, Geert Wilders, Boris Johnson, Javier Milei, et bien sûr Donald Trump. Derrière, on comprend bien que chaque politicien cherche à marquer les mémoires afin d’augmenter ses chances électorales. Dans le cas des populistes il s’agit en plus de passer une image de différence personnelle par rapport au « système » . Bref, cela dit qu’ils sont de gros rebelles.
Par opposition à ces populistes, on trouve des hommes et femmes, à l’aspect bien moins révolutionnaire, que l’on qualifie plus volontiers de réformistes. Parmi les exemples type on peut citer Hillary Clinton ou Angela Merkel. Pour ces hommes ou femmes, le fond est largement plus important que la forme. Ils s’attacheront à maîtriser parfaitement les sujets, dossiers et argumentaires chiffrés. Ils respectent leurs interlocuteurs mais forment des débatteurs redoutables …pour autant que l’on débatte du contenu des dossiers, et de manière honnête.
En 2016 il s’est avéré que Trump avait en fait remporté les trois débats télévisés qui l’opposaient à Clinton.
Et cela alors qu’elle avait une supériorité écrasante en richesse argumentaire. Ce phénomène a été décortiqué par nombre d’analystes. En question aussi, comment se fait-il que l’équipe Clinton n’ait pas redressé la barre après le premier puis le second échec ? Eh bien, parce que l’équipe Clinton était quasiment entièrement composée d’amoureux des dossiers. Ils n’ont pas souhaité s’abaisser au niveau de leur adversaire, avec les conséquences que l’on sait.
Le conseiller Peter Modler en a tiré un livre résumant l’analyse effectuée et les leçons apprises : « mit Ignoranten sprechen », ou « l’art de parler avec des crétins ». Le sous-titre contient la substantifique moëlle : « si vous ne savez qu’argumenter, vous perdrez ». Le populiste se met résolument du côté de ceux qui souffrent de la condescendance des élites, qui transparaît inévitablement au travers de leurs paroles et comportements. Son objectif est de déstabiliser l’adversaire. On se souvient de Trump trouvant et balayant des pellicules sur le veston de Macron. Notre Macron avait résisté au mieux en partant d’un grand éclat de rire ; s’’offusquer l’aurait fait perdre bien plus d’aura.
Les argumenteurs classiques comme décrits ci-avant, Modler les appelle les « horizontaux » . Ils sont en effet dans le principe d’égalité de l’interlocuteur. Les autres par contre, ne perdent jamais de vue les statuts et pouvoirs respectifs. Très fréquemment la rencontre doit donc débuter par une clarification à ce propos. Un « vertical », qui est en position supérieure, le soulignera sans vergogne tout au long des échanges. Il pourra même s’en servir pour refuser d’échanger . Le doux intellectuel horizontal qui tombe pour la première fois face à un tel interlocuteur se fait balayer sans comprendre.
Les clarifications de pouvoir incluent les titres mais aussi les domaines, donc les questions de territoire. Le tout est à comprendre comme une scène théâtrale où se joue une confrontation de force et une conquête possible de territoire. Cela se déroule devant les téléspectateurs qu’il s’agit de convaincre. Lorsque Clinton se déplaçait vers l’avant pour mieux écouter une question du public, Trump se déplaçait derrière, grimaçant, ce qui signifiait sa domination sur tout l’espace arrière de la scène. Ce message était reçu par tous les électeurs peu sensibles au fond débattu.
En fait, les échanges peuvent être classés selon trois niveaux.
Le premier est le niveau classique du débat d’un sujet, à l’aide d’arguments : c’est le high talk. High parce que le contenu est très riche et repose sur des raisonnements, des statistiques, etc. Puis vient le basic talk . Là, les phrases se font courtes, volontairement pauvres en contenu . Exemple : « c’est faux ». Mais la puissance est là : l’argumenteur est stoppé dans son élan démonstratif, dont le contenu devient instantanément caduc. Le troisième niveau, encore plus violent et par conséquent puissant : le move talk. Ici le mouvement ou le geste capte tous les regards. Le mouvement est associé à la conquête territoriale et sa symbolique théâtrale.
Pour que les questions politiques progressent vers une solution, il faut néanmoins que le fond des sujets soit abordé. Il est donc important que les horizontaux aient une certaine pratique des techniques verticales. L’entraînement est indispensable. Les phases verticales de l’échange précèdent généralement les phases horizontales, pourvu que l’interlocuteur horizontal n’aie pas perdu la partie avant de réussir à amener la phase argumentative des échanges.
Chers lecteurs, un petit plaisir : lors de vos prochaines tenues ou conférences, repérez ceux qui usent des techniques évoquées ci-dessus . Voyez le timide horizontal qui lance ses arguments, rêvant toutefois de damer le pion aux autres débatteurs. Il parle trop vite, perdant ainsi plusieurs auditeurs. Voyez là l’ancien qui se lève, regarde lentement autour de lui, puis s’exprime sans hâte d’une voix forte. Cela signifie-t-il « pas question de me contredire ? » Tentera-t-il de prendre la parole 4 fois ? Le vénérable se comporte-t-il comme maître ou comme animateur ? Et s’il est animateur, prend il néanmoins la posture de puissance quand il s’agit de stopper une dérive style combat de coqs ? Ou quand le plus érudit est en train de gloser dans la durée sans qu’on n’en voie la fin ?
Car oui, en franc-maçonnerie nous avons une méthode, qui inclut un cadrage qui fonctionne depuis des siècles : le rituel d’abord, et ensuite l’organisation des officiers. Encore faut-il savoir s’en servir à bon escient.
« Confrérie, association pieuse, d’assistance mutuelle et d’entraide, souvent associée ou confondue avec les corporations du Moyen Âge. (De nos jours, les confréries de métier maintiennent d’anciennes traditions festives [Saint-Vincent, Saint-Fiacre, Sainte-Anne], ainsi que certaines cérémonies.)
* Ensemble de personnes unies par un lien professionnel, corporatif ou autre. (En ancien français confrérie, du latin médiéval confratria = con + fratria = avec des frères) »[1]
En quelque sorte, la confrérie est l’ancêtre de l’association soumise à la loi de 1901. Le mot Confrérie reste en usage pour respecter le terme de l’époque. Les confréries étaient, sont et restent des « associations pieuse composées de laïcs. »
Tout commença avec ce que l’on appela la Querelle des Investitures en février 1075, au cours d’un synode, quand le pape Grégoire VII (1073-1085) dépose prélats simoniaques et clercs mariés.
Photo prise et appartenant à Albert Besselse Nazaréens de la Confrérie de La Carretería. Semaine Sainte à Séville.
« Quiconque à l’avenir recevra de la main d’un laïque, un évêché ou une abbaye, ne sera pas compté parmi les évêques et les abbés. De même, si un empereur, duc, marquis ou comte, ose donner l’investiture d’un évêché ou de quelque autre dignité ecclésiastique, qu’il sache que nous lui interdisons la communion du Bienheureux Pierre. »
Une véritable révolution était en gestation, tant en France que dans les territoires italiens et allemands. L’impulsion partit des cités italiennes en Lombardie et des rives de l’Arno. La tendance était de ramener tout corps de la cité, et à rendre publics et électifs les offices devenus seigneuriaux. Ces mouvements de révolutions communales eurent pour conséquence, et pour principe, la résurgence des corporations.[2]
Les ghildes ancêtres des Confréries ?
À partir de ce moment-là les hommes de l’art commencèrent à se réunir autour du « verre » de l’amitié. La coutume voulait que trois cornes remplies de bière soient vidées au cours de la soirée : une pour les dieux, une pour les Braves d’antan, une pour les parents et défunts amis.
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Bannière représentant une tête de veau mangeant un poisson. Elle est surmontée des inscriptions « Confrérie Rochelaise » autour d’une cocarde révolutionnaire et « Liberté, égalité, tête de veau ». En bas : « Tête de veau 2004 ».
Cette dernière était « la coupe de l’amitié ». Ces réunions se nommaient « Ghildes » qui signifie réunion de marchands, de bourgeois, d’artisans. Par extension on appelle Ghilde toute association commerciale.
Les ghildes étaient donc des sortent de banquets, auquel chacun apportait son écot. Il y avait déjà plus que la participation financière ou partage des frais, il y avait aussi une promesse faite collectivement, de s’entraider et de se défendre l’un l’autre.
À chaque groupe, association ou ghilde, peu importe le nom donné, un patronage était attribué. Soit un dieu, un héros, un saint. Ces associations prenaient forme avec des statuts, des règlements et une contribution annuelle.
Un costume traditionnel porté lors des réunions, appelées chapitres, par les dignitaires, donne un lustre particulier aux événements. La bannière portée en exergue affiche fièrement le nom et les couleurs de la Confrérie. Les cérémonies se déroulent selon un rituel établi et respecté et le Grand Maître clôturera en procédant à l’adoubement des nouveaux intronisés.
En résumé, une confrérie fédère des personnes venant de milieux très divers, sans tenir compte de la religion, des opinions politiques, de l’éducation ou de la culture.
Au fil des temps les hommes et les femmes qui forment ces assemblées unissent leurs énergies à la promotion, à la pérennité et la valorisation d’un produit ainsi qu’à la promotion de la région dont le produit est issu.
Il existe aujourd’hui en France, plus de 1900 confréries qui se répartissent en quatre groupes :
Les confréries :
De Viticulteurs ou confréries bachiques
De Gastronomes
Des Arts de la table
De Produits du terroir
Quoi de commun entre les Confréries et la franc-maçonnerie ?
Certes, pas question pour les Francs-maçons de promouvoir un produit ou une région mais des valeurs fondamentales communes comme la solidarité, la fraternité, la transmission d’une philosophie, d’un savoir, et tout cela en s’appuyant sur les trois piliers qui portent l’édifice maçonnique : Traditions, transmission, fraternité.
TRADITIONS
La tradition désigne la transmission d’un contenu culturel à travers l’histoire.
Du latin « tradito, trader » à travers et « dare » donner faire passer à l’autre.
Notion de lien, de liant, la volonté de transmettre à l’autre.
La tradition est alors une mémoire en un mot une conscience collective.
Une tradition peut désigner un mouvement religieux ou une pratique symbolique particulière avec les traditions populaires.
Nous ne parlerons pas ici de traditionalisme qui aurait plus une connotation opposée au progressisme.
Il s’agit plus du devoir de transmission.
En F:.M :. Comme en confrérie nous mettons tout en œuvre pour maintenir la tradition, le souvenir, la mémoire ainsi qu’une solidarité entre chacun.
Les traditions elles, sont le témoin fort et vivace d’une partie de notre histoire.
En F:. M:., l’objectif est non seulement de promouvoir des valeurs mais aussi et surtout de marcher sur le chemin qui conduit à la spiritualité, à la connaissance de soi et du monde, s’appuyant le plus souvent sur la religion.
Un point de divergence entre confrérie et FM, bien que bon nombre de membres des confréries soient très souvent des FM. Preuve que les deux démarches avoisinent.
Cependant le lien entre la Maçonnerie et les confréries est très étroit, l’institution Maçonnique doit probablement et sous toutes réserves, son existence à une confrérie de maçons bâtisseurs qui voyageaient de par le monde et partageaient des secrets liés à leurs métiers dans la plus grande tradition.
Ensuite la F:.M:. dite spéculative, s’est organisée par et autour de personnes d’origines diverses qui recherchaient un espace de liberté pour exprimer leur quête de tolérance réciproque, de libre pensée, de connaissance et d’union.
C’est dire que de très nombreux maçons nous ont précédés par leurs traditions et la F :.M :. se perpétue.
Sont-ce les corporations qui ont transmis leur savoir et nous ont donnés les outils, les symboles et le rituel ou les FM, qui les leur ont empruntés, outils symbolisant parfaitement les éléments nécessaires à leur cheminement : la règle, pour ne pas s’égarer sur les sentiers de l’erreur, l’équerre, pour une tenue correcte en toute circonstance tant morale que physique, l’un entrainant l’autre, le compas, pour ne jamais perdre la notion de centre et tenter d’ouvrir son esprit vers l’infini.
En confrérie l’objectif est aussi de lutter contre l’individualisme et le repli sur soi-même.
Le but est de partager un savoir, une convivialité, s’entraider mais aussi se souvenir, ne pas oublier une tradition gastronomique, une tradition culturelle du terroir et raviver des traditions de la vie quotidienne.
Le pilier beauté s’adapte parfaitement à la tradition qui porte en elle toute la beauté de la culture et de la connaissance qui se perpétuent au fil des temps.
TRANSMISSION. Transmettre, devoir fondamental du Franc-Maçon. Personne n’oblige le profane à transmettre ce qui lui est enseigné. Il n’en est pas de même pour le Franc-Maçon dont c’est un des Devoirs. Son instruction ne lui appartient pas, il se doit de la transmettre par ses actes, par son comportement et par ses pensées. Comme disait Épicure pour les philosophes et que je reprends à notre compte : « pour entrer en FM il faut changer de mode de penser ».
Le passage du savoir, se fait la plus fidèle qui soit.
Ici encore on retrouve trois piliers garants de la fidélité de la transmission :
Pureté : « nous avons laissé nos métaux à la porte du temple », jamais phrase plus vraie, lorsqu’on évoque le mot de pureté. Garder la pureté demande une grande objectivité et une grande fidélité. Aucune projection par rapport à soi-même, pas d’identification. Ne jamais oublier que « JE EST UN AUTRE ». Un FM ayant vécu sa renaissance ne doit plus être le même qu’avant. À l’aide du maillet et du ciseau il a ôté les scories qui lui voilent la lumière, un coin du voile s’est levé, il doit transmettre avec le plus de clarté, et le plus de sincérité possible.
Pourquoi la pureté ? Le thésaurus ne souffre aucune infidélité dans son contenu. Il s’agit là d’un trésor, celui de l’institution maçonnique.
Oralité, La FM travaille selon la transmission orale. C’est en dire la fragilité. L’oralité tient de la matière vivante et demande de ce fait une grande rigueur méthodologique. Rigueur qui nécessite l’utilisation de la règle et de l’équerre et surtout une grande objectivité. Les métaux doivent rester à la porte du temple ? aucune projection, aucune référence à soi-même sans interprétations, sans divergence au risque d’une déperdition ou d’une déviance du sens. La maîtrise de celui qui transmet doit être sans faille, sans emballement dans une grande neutralité interprétative.
L’écueil de la transmission orale restera toujours la fragilité du transmetteur, de l’émetteur. Il suffit de prendre l’exemple de la chaîne d’union le jour de la transmission des mots de passe !
Modernité. Ce qui est moderne par définition est récent. Quid alors du rituel ? Quel qu’il soit depuis des siècles pas un mot n’a changé et aucun d’eux ne semble démodé. Preuve que les rituels sont intemporels, à nous FM de les rendre vivant ici et maintenant. Les mots véhiculent une symbolique adaptable à toutes les situations, adaptable à tous les temps, à tous les modes et à toutes les modes…
Ici ce sera le pilier force qui va soutenir la transmission et donner la force au transmetteur de maîtrise à la fois son langage, ses passions, et la pureté de ses dires.
FRATERNITÉ
La Fraternité, c’est tout d’abord pour moi un vouloir vivre ensemble…qui résume tout, écouter, s’entendre, respecter l’autre, voir l’aimer…oui un vouloir vivre ensemble.
Charles DU BOS avait coutume de dire « Ne pourrait-on même soutenir que c’est parce que les hommes sont inégaux qu’ils ont d’autant plus besoin d’êtres frères »
Les solidarités spontanées ont longtemps été entretenues par la nécessité de l’entraide. L’évolution des mécanismes économiques et sociaux, en développant souvent un sentiment d’autosuffisance, a donné naissance à de véritables comportements d’autarcie sociale. Les solidarités naturelles en ont souffert et l’indépendance assumée au nom de l’individualisme est devenue enfermement.
Un nombre croissant d’individus se retrouvent maintenant confrontés au doute, dans un environnement caractérisé par l’affaiblissement de la vie collective et l’absence de perspectives. Le vouloir vivre ensemble est remis en question.
On vérifie le désarroi que crée cette crise du lien social à chaque étape de la vie.
Les confréries dans ce contexte retrouvent tout leur sens et leur mission se justifie par le lien qui lie les membres entre eux.
La Fraternité ou le vouloir vivre ensemble…sommes-nous prêts à vouloir vivre avec certaines personnes, le miroir, mon miroir, un constat.
Créer une confrérie, une belle aventure entre des femmes et des hommes qui vivent une passion commune, souhaitent partager avec l’autre, et transmettre des valeurs, une éthique et une véritable fraternité.
Dans les réunions des Confréries qui s’appellent chapitres, un point commun clôture les travaux tout comme en FM. Chez les uns ils chanteront l’hymne de leur confrérie chez les autres ils feront une chaîne d’union. Chacun se retrouve uni à travers des mots ou à travers une gestuelle.
Pour y parvenir, la volonté d’un traitement global des problèmes doit dorénavant inspirer les décideurs publics : il est en effet de plus en plus admis que la mise en synergie de l’ensemble des politiques publiques, action sociale, culture, éducation, habitation, transport, santé, sport devient indispensable pour renforcer la vitalité de notre contrat social.
Nous avons peut-être oublié que la force du pacte social ne reposait pas seulement sur la capacité de l’état à répondre à une quête de liberté, mais que, plus fondamentalement, la République devait tendre vers la réalisation d’un projet de société fondé sur le respect de l’autre épuisant dans chacun de nous les conditions de réussite.
En réalité, la Fraternité est l’affaire de tous, celle des pouvoirs publics, certes mais aussi, à l’évidence celle de la société dans la totalité de ses composantes de chacun d’entre nous en tant que citoyens et de chacun d’entre nous mes F:. A l’extérieur du temple, dans les confréries, sur nos lieux de travail, avec nos amis, dans nos loisirs tout simplement dans le monde profane.
Etre en confrérie ou être Fraternité, c’est être à l’écoute, au service, dans le partage plus que dans l’accaparement de biens, dans la justice, la dignité pour le citoyen, pour l’Homme avec un grand H.
Ce vouloir vivre ensemble, résume tout, écouter, entendre, respecter l’autre, voir, comprendre, aimer…oui une véritable volonté de vivre ensemble.
« Mes F:. N’oublions jamais que l’Amour Fraternel, comme l’enseigne les constitutions d’Anderson est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie »
Le lien, le liant qui nous unis, j’aurai envie de dire, pour le meilleur et pour le pire…
« Que l’amour Fraternel unisse tous les anneaux de cette chaine »
« Efforçons-nous de rapprocher tous les H dans la Fraternité de notre chaîne universelle »
Le pilier Force semble adapté à la fraternité, telle que la vivent les membres des confréries et les FM.
Travail à deux plumes : Dom∴ Ang∴, GO Rite Français. & Mag Aimé, GLFF REAA
Comment empêcher un « déchirement entre pensée et action dans les relations humaines qu’elles soient de travail ou de relation affective ? Comment le management se vit-il de l’intérieur ? La philosophie antique de Platon ou Sénèque nous aide t-elle à retrouver une méthode pour « penser nos relations » ? Notre Société nous pousse t-elle à combattre contre ou à lutter avec ? L’ouvrage est la continuation de : « Petit traité sur la fonction de direction » 2021- Et « l’art de diriger contre toute attente » 2023 aux éditions Champs Social
Clément Bosqué est philosophe, agrégé d’anglais et ancien élève des Hautes etudes en Santé Publique. Il exerce depuis dix ans des fonctions de direction dans différents établissement sociaux et de formation ( Département des Hauts de Seine – Institut régional de Travail Social (Ile de France) – Fondation INFA (ile de France)
Les mensonges de l’économie. Les Francs-maçons qui tirent les ficelles de la IIIe République ? Très vite, la propagande de la droite catholique leur associe les juifs pour en faire des ennemis d’autant plus redoutés qu’ils agissent « insidieusement ».
L’antimaçonnisme de combat prend son élan décisif, en France, après l’installation de la IIIe République, au début des années 1880. L’enjeu constitutionnel – monarchie ou république – en cache un autre, philosophique et religieux : quelle sera la place de l’Eglise catholique dans le régime qui doit succéder au Second Empire ? La franc-maçonnerie avait sensiblement évolué sous l’influence du positivisme. En 1877, l’obligation de croire en Dieu est rayée des articles de la constitution du Grand Orient de France. La même année, la franc-maçonnerie anime la lutte contre Mac-Mahon et l’Ordre moral. Une grande partie du personnel républicain y est affiliée, à commencer par Léon Gambetta et Jules Ferry, chefs rivaux du « parti républicain ».
L’antimaçonnisme est donc d’abord un antirépublicanisme. La République en effet n’est pas seulement un système institutionnel mais un régime porteur d’une idéologie inacceptable par les catholiques intransigeants : celle des Lumières et de la laïcité.
Les loges et « l’âme du peuple »
Lors des grandes batailles qui suivent la défaite de 1871 entre républicains conquérants et monarchistes catholiques, et dont la crise du 16 mai 1877 a été le point d’orgue, la franc-maçonnerie a joué un rôle actif du côté des premiers. Elle devenait l’ennemie d’autant plus redoutée des seconds qu’elle était « secrète », « occulte », aux agissements « insidieux », et qu’elle professait, sinon l’athéisme, à tout le moins un indifférentisme en matière religieuse inacceptable aux yeux des catholiques. Lorsque le pape Léon XIII condamne, à son tour, la maçonnerie, dans son encyclique Humanum genus, en 1884, La Croix résume l’action des loges : elles veulent « arracher la foi de l’âme du peuple ».
Dans cette guerre idéologique et politique, sur l’antimaçonnisme antirépublicain et antilaïque s’est greffé l’antisémitisme. Il n’allait pas de soi que les juifs aient été assimilés d’emblée à la franc-maçonnerie. La Loi mosaïque et les préceptes de la Torah ne s’y prêtaient guère. Mais, outre que nombre de juifs non religieux, assimilés, en quête de sociabilité pouvaient rencontrer dans la maçonnerie ce que d’autres avaient trouvé au XIXe siècle chez les saint-simoniens, l’imaginaire contre-révolutionnaire, investi par le fantasme du complot, a tout naturellement réuni dans sa vindicte les minorités anticatholiques – protestants, libres-penseurs, juifs et francs-maçons – également ennemis de l’ancienne France.
Au commencement des années 1880, La Croix et Le Pèlerin entament une campagne antijuifs, dont Edouard Drumont, lui-même catholique, prendra le relais dans son ouvrage La France juive (1886) puis dans son quotidien La Libre Parole à partir de 1892. Drumont dénonce « le caractère sémitique » de la franc-maçonnerie.
La Bonne Presse, société d’édition des pères assomptionnistes, lance en 1884 La Franc-maçonnerie démasquée, revue mensuelle des « doctrines et faits maçonniques », et flétrit la collusion maléfique : « Les juifs francs-maçons attaquent le Christ avec une rage qui ne sait point se contenir et ils demeurent constants dans leur haine. »
L’acharnement de Maurras
Au terme de ce processus d’assimilation émergera un concept aussi improbable que vivace : le judéo-maçonnisme, dont les adversaires de la république laïque useront à chaque crise pour fustiger le noir complot dirigé contre le catholicisme.
Le nationalisme antidreyfusard renouvelle quelque peu la thématique. Ce ne sont plus seulement des catholiques qui mènent la bataille sur le terrain religieux ; ce sont désormais des ligueurs, certes favorables à l’Eglise catholique, mais engagés plus délibérément sur le terrain politique. Jules Lemaître, président de la Ligue de la patrie française, consacre une étude, La Franc-Maçonnerie (1899), au rôle des « frères » dans l’affaire Dreyfus.
Caricature de la famille Rothschild, en 1898. Avec l’affaire Dreyfus, les catholiques ne sont plus les seuls à mener la bataille antisémite. Les ligues les rejoignent mais en s’engageant plus délibérément sur le terrain politique. Crédit: Stefano Bianchetti / Bridgeman Images
Les Annales de la patrie française, revue bimensuelle de la ligue du même nom lancée en 1900 sous le patronage de François Coppée, Jules Lemaître, Maurice Barrès et quelques autres, ne manquent pas de dénoncer, à leur tour, l’œuvre « malsaine » des juifs et des maçons : « Tout meurt sous le souffle du juif servi par la franc-maçonnerie. »
Charles Maurras, doctrinaire de l’Action française, née elle aussi de l’affaire Dreyfus, antidémocrate et antilibéral, agnostique mais défenseur du catholicisme, s’acharnera contre les francs-maçons, dont il fait l’un des « quatre Etats confédérés » composant l’« Anti-France », avec les juifs, les protestants et les « métèques ».
« Remettre le juif à sa place »
Ainsi les premières années du XXe siècle connaissent-elles un renouveau des publications et des activités antimaçonniques. Emile de Marcère, sénateur républicain, ancien ministre de l’Intérieur à la fin des années 1870, fonde, en 1903, le Comité antimaçonnique de Paris, qu’il préside avec à ses côtés un autre sénateur, l’amiral comte de Cuverville, et le colonel comte de Ramel. Une des principales activités du Comité est de rendre publics les noms des francs-maçons présents dans les différentes instances du pouvoir, les divers milieux du Tout-Paris, et jusque dans les listes de promotion à la Légion d’honneur.
En 1910 est créée une nouvelle organisation, la Ligue française antimaçonnique, qui entend faire œuvre d’union entre tous les Français, « sans distinction d’étiquette politique », estimant que « la franc-maçonnerie est le grand péril social, national et religieux du temps présent » et voulant se mobiliser contre lui.
Affiche de la Ligue française, datant de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). De la longue tradition antimaçonnique et antisémite ont découlé les lois de la révolution nationale du maréchal Pétain sur l’interdiction des « sociétés secrètes » et le statut des juifs en 1940 et 1941. Crédit: Bridgeman Images
La Ligue s’organise en sections à travers le pays et se dote d’un organe, La Revue antimaçonnique, dont le premier numéro est lancé en novembre 1910. Sitôt après un éditorial programmatique suit un premier article de cette nouvelle revue, intitulé « L’antisémitisme et les juifs ». Le lien entre ces deux passions françaises, l’antisémitisme et l’antimaçonnisme, devient consubstantiel.
Un auteur de La Revue antimaçonnique, Gaston de Lafont de Savines, poursuit son enquête sur plusieurs années, avant d’énoncer en mars 1912 les solutions qui s’imposent : « Remettre le juif à sa place d’étranger ; réviser les fortunes juives en obligeant Israël à restituer des biens mal acquis. » Pour y parvenir, l’auteur propose un recensement, qui débusquera « les juifs honteux, les juifs masqués, les juifs furieux d’être juifs il en existe, les juifs de l’Internationale, les juifs athées ou indifférents qui ont abandonné la synagogue ».
Le pouvoir de « soulever l’univers »
La guerre de 1914-1918 et l’Union sacrée mettent une sourdine aux attaques antimaçonniques, mais celles-ci reprennent en 1924, au lendemain de la victoire du Cartel des gauches. Edouard Herriot, membre du Parti radical, chef de la coalition de gauche, bientôt président du Conseil, dirige une politique laïque visant notamment à appliquer la loi de séparation des Eglises et de l’Etat aux départements d’Alsace et de la Moselle recouvrés.
Le projet déclenche la formation ou la mobilisation de ligues, comme la Fédération nationale catholique (FNC) du général de Castelnau, ancien député du Bloc national. Herriot n’est pas franc-maçon, mais ses accointances avec la franc-maçonnerie et le nombre important des radicaux membres des loges ravivent la vieille hostilité. Il est notable, cependant, que les véhémences antimaçonniques de la FNC sont dénuées d’allusions aux juifs.
Quelques années plus tard, la Ligue franc-catholique de Monseigneur Ernest Jouin se donne pour une organisation anti-judéo-maçonnique, dont le premier congrès se tient solennellement dans la grande nef de l’église Saint-Augustin, à Paris, le 26 novembre 1928. Le prélat fondateur, qui avait déjà lancé, en 1912, une Revue internationale des sociétés secrètes, reprend le thème de la collusion à combattre.
En 1920, il avait publié dans sa revue Les Protocoles des Sages de Sion un texte sur le « péril judéo-maçonnique », dont il accrédite et répand la formule : « Le juif est partout, il y a une telle connexité entre juifs et maçons qu’il suffit d’un signe de l’Alliance universelle pour soulever l’univers. »
La mystification de Léo Taxil
De cette longue tradition antimaçonnique et antisémite devaient résulter les lois de la révolution nationale du maréchal Pétain : sur l’interdiction des « sociétés secrètes » le 13 août 1940 ; sur le statut des juifs les 6 octobre 1940 et 2 juin 1941. Cependant, la loi, si efficace fût-elle, ne pouvait abolir d’un coup, aux yeux de leurs adversaires, ni l’esprit ni les réseaux maçonniques – comme l’affirment Les Documents maçonniques, revue illustrée dont le premier numéro date d’octobre 1941. Son directeur, Bernard Faÿ, est nommé administrateur de la Bibliothèque nationale et chargé du Musée des sociétés secrètes, dont la mission est de « réunir, de conserver et d’éditer tous les documents maçons en vue de l’application de la loi du 11 août 1941 ».
Le catholicisme du XIXe siècle et du début du XXe reste attaché à la notion selon laquelle la loi civile est subordonnée à la loi religieuse, où le pouvoir temporel doit s’inspirer du pouvoir spirituel, en être la traduction politique. Certes, il existe un catholicisme libéral, démocrate et même philosémite. Mais, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il est minoritaire. Quant à la droite nationaliste, extérieure à toute profession de foi religieuse, elle se fait l’alliée d’un catholicisme où elle rencontre le principe de l’identité française, pour désigner, elle aussi, le franc-maçon et le juif – le judéo-maçonnisme – comme l’ennemi.
Instrument des juifs au service de la damnation du monde et de la destruction de l’Eglise, la franc-maçonnerie ne pouvait être que l’œuvre du diable. Cette interprétation délirante est assumée par le pape Pie IX, véhiculée par les catholiques intégraux dans les années 1890, à une époque où les sciences occultes, les études ésotériques, le spiritisme sont à la mode.
La sensibilité fin de siècle, la croyance aux sortilèges et aux maléfices, qu’on songe au Là-Bas de Huysmans (1891), ont nourri le mythe d’une action personnelle de Lucifer, qui, dans son combat avec Dieu, utilise la franc-maçonnerie aux fins d’abattre le christianisme.
C’est de ce terreau diabolisant qu’est sortie la mystification de Léo Taxil. De son vrai nom Gabriel Antoine Jogand-Pagès, né à Marseille en 1854, il a fait fortune dans la littérature antireligieuse. Son journal L’Anti-Clérical tirait jusqu’à 70 000 exemplaires au début des années 1880. Des revers de fortune l’amènent à se déclarer converti au catholicisme et à mettre sa verve imaginative au service d’une série de révélations abracadabrantes sur la franc-maçonnerie dans les colonnes d’un nouveau journal, L’Anti-Maçon., pour ensuite se rétracter…
« Causalité diabolique »
Les positions de l’Eglise catholique se sont adoucies peu à peu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pie XII condamne encore la maçonnerie dans sa constitution apostolique Decessorum Nostrorum Vestigiis. Mais l’acceptation du pluralisme démocratique par l’Eglise éloigne l’ennemi, de même que l’antijudaïsme traditionnel survit difficilement au génocide hitlérien.
Au concile Vatican II, au début des années 1960, Méndez Arceo, évêque de Cuernavaca (Mexique), suggère des modifications apaisantes dans le droit canon. En 1983, les arguments antimaçonniques ont disparu du nouveau code canonique. Mais, la même année, la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi précise encore que « les fidèles du Christ qui donnent leur nom aux associations maçonniques tombent dans un péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion ». (…suite de l’article)
On se souvient que pour Hegel la fin n’est telle que parce qu’elle est en même temps le commencement ! Éternel recommencement des histoires humaines à partir d’assises solides : l’enracinement dynamique. Autre manière de dire l’efficace de la tradition ; celle de la concaténation des âges successifs. Ce qui permet de comprendre que puisse reprendre force et vigueur tel élément essentiel de la nature humaine qui était tombé en désuétude.
Esprits libres et tolérants. C’est cela, pour reprendre une expression favorite du philosophe, qui permet de « faire époque ». Ce qui toujours nécessite que l’on sache vivre et penser en-dehors des routines intellectuelles, incite également à ne pas marcher en rang, à pas cadencés, en fonction des injonctions éditées par la bien-pensance du moment. C’est ainsi que l’on peut s’accorder à ce qui meut, en profondeur, l’inconscient collectif.
Les historiens de la philosophie rapportent, justement, que la fin-commencement de Hegel, ses obsèques, présentent des aspects énigmatiques. En la matière le discours prononcé par un de ses amis, Frédéric Förster. Il le qualifie de « cèdre du Liban », parle de « couronne de lauriers » ou encore de « l’étoile du système solaire de l’esprit mondial ». Toutes allusions à des grades précis du Rite maçonnique Ancien et Accepté auquel était affiliée la Grande Loge de Berlin. Qui était, également, celle à laquelle appartenait Fichte !
Hegel, « franc-maçon dévoilé » (Jacques d’Hondt : « Hegel secret », 1986), voilà qui pourrait n’être qu’anecdotique si ce n’est que pour lui « faire époque » consiste à rappeler ces éléments cardinaux de toute démarche initiatique. D’une part, l’irréfragable liberté de penser en lutte constante contre tous les dogmatismes. Ce qui est le souffle vivant de la tolérance. D’autre part, cette manière subreptice, qui lui fut justement reprochée, d’identifier l’homme à Dieu ; fondement de tout humanisme digne de ce nom.
Voilà bien une audace de pensée qui, quoique les protagonistes n’en soient pas toujours, ou avec plénitude, conscients, constitue le fondement essentiel de la tradition maçonnique. Trésor secret où se cristallise un savoir immémorial. Celui de l’unicité de toutes choses. Ce que Goethe, autre franc-maçon notoire, résumait bellement : « ne rien gâter, ne rien détruire ».
Audace que l’on trouvait, déjà, chez cette autre figure de proue qu’est Descartes. Peu importe qu’il fût ou non Rose-Croix. Il a reconnu les avoir cherchés et son nomadisme : vallée du Rhin, Ulm, Pays-Bas, Italie, le faisait suspecter de faire partie de ces « invisibles » que l’on créditait d’un mystérieux savoir unissant méditation et action pour un mieux-être humain. Son intérêt reposait sur ce qui était son exigence essentielle : être toujours à la recherche de ce qui valait « la peine d’être su » ; une méthode permettant la réforme universelle du monde en son entier, par l’Esprit de Vérité.
Se référer à Hegel, Descartes ou Goethe n’est pas faire une simple captatio benevolentiae, mais bien rappeler, aux francs-maçons, et, aussi, à leurs contempteurs, que ce qui est en œuvre dans la démarche initiatique est une vigilance de tous les instants contre les routines intellectuelles. Ce qui aboutit à une pensée éveillée, toujours en éveil, celle du questionnement. Et les esprits aigus ne s’y trompent pas ! L’égrégore, comme le rappelle mon maître et ami Gilbert Durand (Les Mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie, ed.Dervy, 2024) , est, tout simplement, une autre manière de nommer la qualité des éveillés.
Savoir poser les questions, début d’un chemin de pensée s’éloignant des facilités de l’opinion, nécessite le discernement. Ce qui est, d’antique sagesse, le fondement même de ce mixte typiquement humain, ce que Joseph de Maistre nommait « le bon sens et la droite raison réunis ». Le discernement, c’est ainsi que l’on a traduit une notion essentielle de la philosophie médiévale : « discretio ».
Le discernement (penser avec justesse ce qu’il en est des choses de la vie) sait être, doit être discret ! Le rapport entre le discernement et le secret est ainsi évident. En donnant à ce terme son sens le plus strict, c’est-à-dire en le débarrassant de toutes les élucubrations subalternes, c’est l’ésotérique qui permet qu’il y ait de l’exotérique. Interaction du fond et de la forme, de l’invisible et du visible, en un mot, de la germination et de l’éclosion. Voilà ce qui est le cœur battant de ce que j’ai nommé L’ordre des choses (CNRS Éditions, 2014).
Discernement, discrétion. Voilà l’enracinement d’un authentique humanisme. En un temps où l’imbécillité ambiante, j’entends, celle qui cahote sans l’aide du bâton (« bacillus ») de la raison sensible, cette imbécillité qui procédant sans la prudence du discernement, blablate sur la nécessité de la transparence, la Tradition maçonnique rappelle, avec justesse, ce qui est le clair-obscur de l’existence. Justifiant, ainsi, le rapprochement sémantique qu’il faut dire et redire entre humus et humain. Ce qui a pour corollaire l’humilité et l’humour.
Sagesse « écosophique » reconnaissant la nécessité de l’enfouissement préalable à l’efflorescence. Sagesse traditionnelle postulant l’importance des racines pour l’émergence de la vie. Sens commun rappelant que les fondations profondes assurent la solidité des constructions. Et il n’est pas paradoxal de voir là la dialogie à l’œuvre entre l’humanisme et les sociétés secrètes qui en sont les vecteurs essentiels.
Voilà bien, au-delà d’un rationalisme tout à la fois arrogant et paranoïaque, rationalisme dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences dans la dévastation du monde contemporain, ce que peut être la fécondité d’une raison sensible. Raison vitaliste sachant, de savoir incorporé, que la vérité, ainsi que le rappelle Heidegger, est un dé-voilement toujours et à nouveau renouvelé. Mais c’est parce qu’il y a du retrait qu’il y a la révélation.
Ainsi le secret maçonnique, autre manière de dire son fondement essentiel, peut ainsi être considéré comme une « réserve de l’être » qu’il faut, avec patience, discrétion, dé-couvrir. Tel est le point nodal de la « philosophie progressive » : l’homme perpétuel apprenti. Cela peut prendre des noms divers. Mais cette quête du Graal peut être considérée comme une structure anthropologique qui tel un palimpseste redit, en couches superposées, se complétant et se corrigeant, que l’archaïque est au fondement, qu’il est premier, et que c’est lui qui se donne les assises intangibles à tout développement futur.
Il s’agit là du principe maçonnique essentiel que, confondant progressisme et progressivité, certains maçons ont tendance à oublier, voire à dénier. C’est pourtant ce que disent leurs légendes et leurs rituels rappelant, sous formes imagées, que c’est le secret partagé qui assure la perdurance de l’être collectif. C’est lui qui rend visible la force invisible de tout-être ensemble.
Hegel et Descartes, chacun à sa manière, ainsi que je l’ai signalé, insistaient sur le lent et laborieux cheminement de toute existence humaine et de la Science, la Science de l’homme, permettant et légitimant celle-ci. L’œuvre du premier est, pour partie, ésotérique. Le second conseillait d’avancer « masqué » (« larvatus prodeo »). Ce qui ne nuisit en rien à leurs rayonnements ultérieurs. Bien au contraire. C’est donc sous leur égide que l’on peut mettre la pertinence de la démarche maçonnique : archaïque et pourtant actuelle, secrète et non moins évidente, traditionnelle tout en restant on ne peut plus contemporaine.
Société secrète parce que discrète : discretio, c’est à dire capable de discernement. En la matière sachant discriminer ce qui est essentiel : la pensée incarnée, la philosophie « progressive », de ce qui est adventice : la doxa toute pétrie de préjugés. « Opinion » dont la forme caricaturale est la bienpensance propre aux préoccupations « sociétales ».
L’injonction de « déposer ses métaux » à l’entrée du temple est une belle métaphore d’une telle liberté d’esprit. La force du silence, le silence imposé à l’apprenti en témoigne, ce qui est secret et discret est un bon antidote à l’assourdissant tapage médiatique des batteurs d’estrade.
Le thème de la « circulation des élites » de ce bon connaisseur de la Franc-Maçonnerie qu’était Vilfredo Pareto repose sur la différence qu’il établit entre ce qui est essentiel : les « résidus », et ce qui varie : les « dérivations ». Ce qui est la pierre de touche du questionnement qui nous occupe est bien de s’attacher à l’invariant. Ou plutôt de mesurer ce qui passe à l’aune de ce qui est intemporel., donc éternel. Par exemple le progressisme, cause et effet d’une époque donnée, est tributaire de la « progressivité » qui, elle, est au cœur même de l’évolution de l’espèce humaine.
En bref, il n’y a de vie que par et grâce au mystère. Le mystère étant, rappelons-le, ce qui unit des initiés entre eux. C’est-à-dire ceux qui partagent des mythes et qui, donc, sont muets vis-à-vis de ceux qui sont incapables de comprendre les arcanes propres au labyrinthe du vécu. Le repliement est nécessaire pour pouvoir se déployer.
Aujourd’hui dans Affaires Sensibles, l’histoire d’un vol, l’un des plus importants de la Seconde Guerre Mondiale, celui des archives françaises de la franc-maçonnerie.
Depuis son implantation en France au 18ème siècle, la franc-maçonnerie fascine l’opinion autant qu’elle la divise. Discrète à défaut d’être réellement secrète, elle n’en est pas moins un acteur important des bouleversements politiques qu’a connu notre pays. Parmi ses frères célèbres, on retrouve des écrivains, des ministres ou encore des présidents. Cette influence dans le monde des lettres, des sciences, de la politique ou de l’économie est depuis toujours source de fantasmes et de manipulation.
Aujourd’hui encore, combien d’hebdomadaires s’inquiètent, enquêtent, griffonnent chaque année des articles sur l’influence de ces hommes, sans toujours en comprendre la pensée, comme si le fantasme l’emportait sur elle ? Combien sommes-nous à imaginer derrière les portes des loges, des hommes et des femmes habillés en tenues très particulière, pratiquant des rites anciens inspirés du temps des templiers ou de la Révolution, ayant pour héritage commun des secrets de plusieurs siècles ? Mais s’agit-il vraiment de secrets ?
Raconter l’histoire mouvementée des archives de la franc-maçonnerie volées et égarées au temps de l’Occupation, c’est se plonger dans cette imaginaire où se côtoie fiction et mensonge, complot et mystère. La Seconde Guerre mondiale a été sans doute la période la plus douloureuse pour la franc-maçonnerie française, tant la répression par l’occupant allemand et par Vichy a été terrible, au nom d’un prétendu complot judéo-maçonnique. C’est dans ce contexte qu’une partie des archives de la franc-maçonnerie est spoliée puis se volatilise dès les premiers jours de 1940, puis s’égare de nouveau aux lendemains de la capitulation allemande.
Après soixante longues années, les précieuses archives, la mémoire des Francs-maçons, retrouvent enfin leur place au sein des loges. Mais pourquoi ont-elles été volées ? Qu’espéraient trouver les nazis, les vichystes ou les soviétiques dans ces documents dont certains datent du 18ème siècle ? Comment ont-elles retrouvé le chemin du retour ?
Notre invité est Gilbert Abergel, aujourd’hui vénérable de la Loge Roger Leray, il fut le Grand Maître du Grand Orient de France, le patron de cette obédience, la plus importante dans ce pays : il a tenu ce poste de 1992 à 1994.