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Honneur et souvenir : La Grande Loge de France rend hommage à Arnaud Beltrame

Dans une atmosphère empreinte de solennité et de recueillement, ce dimanche 24 mars 2024, la Grande Loge de France (GLDF) a rendu hommage à Arnaud Beltrame, figure de bravoure et de sacrifice.

Cet événement, marqué par la profondeur des émotions et la gravité du souvenir, réunit une communauté unie par le respect et l’admiration pour l’homme qui a donné sa vie pour sauver celles d’autrui. Un acte de courage qui transcende les frontières et les cœurs.

450.fm souhaite mettre en lumière la solennité et le respect qui ont marqué la cérémonie organisée en son honneur à la Grande Loge de France, son obédience.

Thierry Zaveroni, grand maître

Cet événement a non seulement souligné l’unité et le rassemblement autour des valeurs de courage et de sacrifice, mais a également vu la participation de personnalités marquantes, dont Thierry Zaveroni, grand maître de la Grande Loge de France, ainsi que d’une délégation du Conseil Fédéral.

Il commença, après un accueil chaleureux et des remerciements adressés aux organisateurs de cette matinée, par rappeler que cet homme exceptionnel qu’est Arnaud Beltrame Arnaud Beltrame appartient déjà à l’Histoire de France.

Un frère éminent de la Grande Loge de France dont l’exemple de son sacrifice doit continuer à guider l’action des frères et, avec elle, les valeurs les plus essentielles.

Membre de l’obédience et, à ce titre, il constitue une des illustrations les plus éloquentes de l’héroïsme, comme Pierre Brossolette jadis, comme les sept Compagnons de la Libération, comme tous les francs-maçons qui périrent aux champs d’honneur de la Grande Guerre, comme Henri Colignon, haut fonctionnaire, qui fut, en s’engageant, à près de 60 ans, comme simple soldat au début de la Première Guerre mondiale, un exemple remarquable de dévouement et de courage. Malheureusement, moins d’un an après son engagement, il est tué, son sacrifice illustrant l’esprit de service et le sens du devoir qui caractérisent de nombreux héros méconnus de la guerre.

Hommage au Colonel Arnaud Beltrame à la Grande Loge de France
Hommage au Colonel Arnaud Beltrame à la Grande Loge de France

Le grand maître cite aussi Servitude et grandeur militaires, un ensemble de récits et de méditations philosophiques d’Alfred de Vigny – lui-même ancien officier de l’armée –,

Pour le plus jeunes maçons, ils apprendrons que le sacrifice d’une vie fait intégralement partie de ce sens du devoir intrinsèque à l’engagement initiatique nous commandant de laisser notre égo de côté. Et ce afin de participer pleinement et activement à la construction de ce temple de la fraternité, de l’éthique…

Thierry Zaveroni précise aussi qu’un temple porte le nom d’Arnaud Beltrame, orné de son buste à l’extérieur.

Au cœur de cette cérémonie, des instants musicaux au saxophone ténor puis à la clarinette viennent ponctuer les discours, créant des parenthèses émotionnelles uniques.  Dans ce contexte, la musique devient un vecteur puissant de mémoire et d’émotion, tissant un lien indéfectible entre les âmes rassemblées pour honorer la mémoire d’Arnaud Beltrame, cette lumière d’héroïsme dans l’obscurité du mal.

Lorsque les premières notes du saxophone ténor s’élèvent dans l’air, une onde de choc émotionnelle traverse l’assistance. Le timbre riche et profond de l’instrument, avec sa capacité unique à évoquer à la fois mélancolie et nostalgie enveloppe le public.

Dans ces instants, la musique agit comme un pont entre le cœur et l’esprit, facilitant une communion intime entre les participants, unis dans le souvenir et le respect.

La parole est ensuite donnée au très respectable frère Jean-Pierre Thomas, délégué auprès du grand maître à la culture.

Jean-Pierre Thomas

Nous reproduisons, avec son accord, l’intégralité de ses propos :

« Arnaud Beltrame, la Franc-Maçonnerie Écossiste, l’honneur et le devoir.

Il s’appelait Arnaud Beltrame, porteur d’un prénom qui pût être, jadis, celui d’un chevalier, et d’un nom en trois syllabes sonnant comme un étendard. Il était militaire parce qu’il avait choisi de servir, c’est-à-dire mettre toute sa vie à la disposition des autres, de la patrie, d’un idéal qu’on appelle l’honneur, comme tant d’autres avant lui et tant d’autres après lui, ayant mis leur ego sous le boisseau pour transcender leur existence. Cette volonté inébranlable, elle transparaissait dans le regard de ses yeux clairs et hérités de son adolescence bretonne, la couleur de l’océan.

Shako, Saint-Cyr

Il s’appelait Arnaud Beltrame, il était un ancien de l’Institut supérieur de commerce de Paris, un ancien de l’Institut Européen de l’Intelligence économique, un ancien de Saint-Cyr, un ancien de l’École d’Artillerie, un ancien de l’École interarmes, un ancien de l’École Nationale de la Gendarmerie, major de sa promotion.

Il s’appelait Arnaud Beltrame et il était un officier supérieur d’exception, autant apprécié de ses subordonnés que de ses chefs. Au fil de ses affectations successives, de Tarbes à Satory, d’Avranches à Paris, de Nanterre à Carcassonne, ce sujet d’élite porta partout haut et fort les valeurs de son arme au service du droit, de la justice et de la République, de la démocratie.

Il s’appelait Arnaud Beltrame et il était franc-maçon de la Grande Loge de France, membre de la Respectable Loge Jérôme Bonaparte à l’Orient de Rueil-Malmaison, où il avait été initié en 2008. Sur les colonnes de celles-ci, ses frères, en apprenant sa fin, ne furent pas surpris, car ils le savaient capables d’aller jusqu’au bout de ses engagements. Nul plus que lui n’avait sans doute autant assimilé la notion de devoir si essentielle au Rite Écossais Ancien et Accepté, ni celle d’exemplarité qui lui est consubstantielle, et ce en parfaite corrélation avec sa foi chrétienne, prouvant, si besoin était, que ces deux engagements ne sont nullement incompatibles, comme le croient ou le disent certains à tort, puisqu’ici en effet, chacun, croyant ou incroyants, respectent les convictions spirituelles de lourdes, comme il accepte toutes les idées dès lors qu’elles permettent de progresser dans les voies de la sagesse et de la connaissance.

Il s’appelait Arnaud Beltrame et le 24 mars 2018, à Trèbes en Languedoc, son destin fut brisé à quarante-quatre ans, dès lors que de sa libre volonté, il prit la place d’une otage, retenue par un terroriste islamiste qu’il pensait pouvoir raisonner ou vaincre, mais qui, in fine, le tua d’un coup de poignard et l’acheva de quatre balles.

Oui, Arnaud Beltrame se sacrifia – le mot n’est pas trop fort ! – pour sauver une vie, montrant par là qu’il n’y a aucune limite dès lors qu’il s’agit de préserver la dignité d’une existence pour le sens de laquelle, comme le maître Hiram, il donna la sienne sans hésiter, sans trembler et sans faillir.

Et voilà pourquoi, mon frère Arnaud, six ans plus tard, nous célébrons ta mémoire en ce jour anniversaire, devant ton buste devant la porte du temple qui, désormais, commémore ton nom, devant la plaque de nos sept frères, compagnons de la Libération, membres comme toi dès notre obédience, et qui en leur temps, firent passer les intérêts de la Nation avant les leurs ; devant les cent cinquante lieux publics qui te sont dédiés, de Paris à sens, d’Avignon à Versailles, d’Évreux à Montfermeil et tant d’autres encore ; devant la bande dessinée consacrée à ta vie ; devant ta cravate de commandeur de la Légion d’honneur dont la République t’a honorée pour ta mort, en héros, dans l’accomplissement de ton devoir face à un terroriste imbécile ignare et incapable de comprendre. Les valeurs humanistes que tu as défendues jusqu’au bout, et avec elle celle de la Fraternité universelle entre les hommes. Et nous continuerons à défendre après toi, en pleine communion avec toi parce que ce combat, entre l’Équerre et le Compas est juste et vrai ; nous ne serions en douter l’espace d’une seconde.

C’est pourquoi enfin, je laisse les admirables vers de Charles Péguy, lui aussi sacrifié dans un autre combat, accompagner ton souvenir à jamais présent dans nos cœurs comme dans nos esprits :

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,/Couchés dessus le sol à la face de Dieu./Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu, Parmi tout l’appareil des grandes funérailles. […]

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu,
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles… »

Jean-Laurent Turbet, 2e grand maître adjoint

Puis vint le tour d’orateurs tels Jean-Laurent Turbet, 2e grand maître adjoint, Philippe Foussier, grand maître du Grand Orient de France de 2017 à 2018, ou encore Dominique Losay, délégué auprès du grand maître à la culture (événementiels).

Puis, le vénérable Maître de la loge « Stella Maris » à l’orient de Marseille, entame la récitation. Les mots du poème, spécialement composés pour cet instant, s’élèvent et remplissent l’espace, vibrants et poignants. Chaque strophe dédiée à Arnaud Beltrame tisse une trame d’images et d’émotions, capturant les traits d’un héros de notre temps. Les vers du poème font écho dans les cœurs et les esprits, rendant hommage non seulement à l’homme, mais aussi à son acte d’abnégation. C’est un hommage qui transcende les mots, car il célèbre la force de l’esprit humain et la persévérance de l’âme. Ce poème, par sa dédicace, devient un lien éternel entre Arnaud Beltrame et la communauté qu’il a inspirée par son courage.

Ensuite, l’assistance put assister au dépôt de gerbe.

Derrière le buste d’Arnaud Beltrame, un mur commémoratif porte les noms des frères de la Grande Loge disparus au combat, gravés sur une vaste plaque noire qui capte l’éclat des lumières environnantes. Les noms énumérés, éclatants sur le fond sombre, rendent un hommage éternel aux vies données pour la liberté et les idéaux de la fraternité. Cet alignement solennel de noms rappelle la continuité du sacrifice, du passé jusqu’à l’acte héroïque récent d’Arnaud Beltrame, liant ainsi le présent au fil intemporel du courage et du devoir.

Ce moment de dépôt de gerbe est chargé d’une émotion contenue, où chaque détail est imprégné d’un respect mêlé de tristesse et d’honneur. C’est un tableau à la mémoire des morts de l’obédience qui parle d’un deuil partagé mais aussi d’une reconnaissance commune pour les héros de l’ombre, ceux qui ont façonné, par leur sacrifice, l’histoire et les valeurs de la Grande Loge de France.

Un verre de la fraternité clôtura la cérémonie d’hommage à notre frère Arnaud Beltrame.

De la légende au « devoir de véracité »

Pour que les légendes ne meurent pas, il faut sans cesse les réinventer Et les raconter.

La légende d’Hiram nous dit que trois Compagnons malhonnêtes l’agressent pour obtenir de lui les « mots de passe » du salaire de Maître. Le digne et glorieux architecte n’obéit pas à l’injonction de ces crapules. Il est ainsi assassiné sous leurs coups, à la sortie du Temple en fin de construction, sans avoir parlé. Ces mots précieux car porteurs d’une symbolique sacrée, partent ainsi à jamais dans la tombe avec Hiram. A sa mémoire, le roi Salomon en garde le principe. Ils les remplacent par « les mots substitués » (dont les initiales décorent nos tabliers). Même ainsi nommés avec élégance dans un cadre fictionnel, ils sont interprétables comme une contre-vérité, pour ne pas dire, si je puis me permettre, un mensonge, involontaire en l’occurrence !

Métaphoriquement, « ces paroles de remplacement » illustrent fort bien un phénomène qui jalonne l’histoire de l’Homme. En manque d’origine, conscient de sa petitesse, de sa faiblesse, à la merci des éléments d’une nature souvent hostile, il a progressivement peuplé le ciel de divinités parfaites et toutes puissantes puis d’êtres extraordinaires et d’histoires fantastiques. Autant de faits compensateurs et propices à l’identification, certes illusoires mais bienfaisants, rassurants pour son mental apeuré.

Le mensonge, sport national

 Ainsi sont nés le récit (tel le précité) et avec lui, le mythe, la fable, le conte, le roman, l’allégorie, la religion et ses dogmes. A visée de protection et pour apaiser de la sorte son angoisse existentielle. Sans cette « reliance artificielle » au monde de la fiction, au vrai grâce à son imagination – qui n’a jamais été aussi fertile – il est certain que l’espèce humaine n’aurait pas traversé le temps, jusqu’à ce XXIème siècle débutant !

Oui mais…qui dit inventions, dit à la fois, créations matérielles de plus en plus performantes et productions « des choses de l’esprit » à l’avenant ! La vérité est au fonds du puits dit une autre légende…et elle a bien du mal à remonter à la surface, dans nombre de cas de la vie courante ! Parce que, précisément, notre intellect, peut avoir tendance à mélanger la fiction et le réel ! Et ce qu’il faut bien à nouveau nommer le mensonge, est devenu, remarquons-le, une forme de « sport national « dans la cité !

Aussi bien dans les domaines éducatifs, économiques ou sportifs, que dans ceux de la culture, de la politique ou de l’information médiatisée, que de mensonges sont répandus ! C’est ainsi, par plaisir, par goût de l’affabulation, par besoin d’enjoliver le quotidien, par provocation, par calcul, par méconnaissance voire par malveillance aussi, l’homo Sapiens, doté de la parole, peut éprouver le besoin de la travestir. En un mot, de mentir ! Souvent pour se valoriser, parfois aussi, notons-le à décharge, par impérieuse nécessité. Pour aider ou sauver quelqu’un. Le mensonge a aussi son utilité, voire sa noblesse !

La mode des narratifs

 « Ne vous payez pas de mots. N’accordez à quiconque une confiance aveugle, mais écoutez tous les hommes avec attention et déférence. Ayez la ferme résolution de les comprendre. Respectez toutes les opinions mais ne les déclarez justes qu’après en avoir fait vous-même un examen approfondi. Ne profanez pas le mot Vérité ».

Nous y voilà, francs-maçons et franc-maçonnes de notre état, nous sommes judicieusement prévenus par nos rituels, tel celui ci-dessus : il nous est conseillé, dans et au sortir de la loge et la cité regagnée, de nous méfier des « narratifs » (mot à la mode) ! ambiants, de « faire le tri entre le vrai et le faux. En clair de lutter contre les fausses nouvelles, ces fameuses « fake news », comme on dit aujourd’hui. Telles des anguilles, elles savent se faufiler dans toutes les eaux !

En acceptant de nous confronter aux faits par une observation et une écoute attentives – ces instruments indispensables de la réflexion – nous avons à accomplir un « devoir de vérité ». Qu’est-ce à dire ? Qu’il nous revient, calmement certes – soldats aux mains nues que nous sommes – de dénoncer néanmoins lesdits mensonges, afin d’exercer notre sens critique. Reconnaissons-le, celui-ci est en grave régression aujourd’hui. En loge et au dehors, souvent :

  • Par désir de non-confrontation,
  • Par crainte pour quelque avancement parfois,
  • Pour faire plaisir à un bavard qui a l’occasion de « s’écouter parler »,
  • Par paresse intellectuelle même,

Tout simplement, nous demeurons silencieux !

Le devoir de vérité

 Dans l’exercice de ce « devoir de vérité », il est impossible de ne pas citer les affreux mensonges que déversent les « réseaux sociaux » dans nos ordinateurs, certes pour qui prend le temps de les consulter. Mais comment rester insensible, impassible devant ces tombereaux de méchancetés circulantes et autres complotismes destructeurs, à même de détruire des êtres et leur réputation de bons citoyens ?! Quand ce ne sont pas à des héros morts pour la France ou à des faits historiques reconnus, auxquels ces « justiciers publics » planqués lâchement derrière leurs écrans », s’attaquent sans vergogne !

A titre d’exemple, pour ne citer que la dernière guerre, lorsqu’on doute de l’action dans l’ombre de la Résistance sur tout le territoire, c’est 150 000 volontaires et 270 réseaux que l’on nie, et 20 000 morts, dont 1200 francs-maçons que l’on oublie. Et c’est Jean Moulin que l’on torture et fusille une deuxième fois ! Les plaques de marbre commémoratives dans les halls des Obédiences nous rappellent pourtant à ce « devoir de vérité » devenu « devoir de mémoire ». !

Lorsqu’on évoque la libération de la France par les vaillantes armées américaine, anglaise, canadienne et amérindienne (70 000 hommes), il ne faut pas omettre les 20 000 soldats français de la Division du Général Leclerc (2ème DB) également arrivés en Normandie par bateaux. Tout comme les 75 000 hommes regroupés par le Général Delattre de Tassigny sur les côtes méditerranéennes, qui ont ainsi pris l’ennemi en tenaille.

Winston Churchill

Cette libération du pays commencée à l’Ouest le 6 juin 1944 en Normandie (Opération Overlord) et le 17 août 1944 en Provence (Opération Dragoon) par les troupes alliées s’est terminée le 8 juin 1945 à Berlin, avec la capitulation de l’Allemagne, stoppée à l’Est par l’armée soviétique. Sans les FFI (Forces Françaises de l’intérieur) qui avaient du mieux possible, « préparé le terrain occupé », notamment avec les sabotages de centres opérationnels ennemis, ladite Libération de la France, dirigée de Londres par un Etat-major (Le Commandant suprême des forces alliées, le Général Eisenhower, le premier ministre Winston Churchill et le Général de Gaulle) aurait sans aucun doute, été encore beaucoup plus longue et compliquée.

Seconde Guerre mondiale 1939-45 24 octobre 1940 Adolf Hitler accueille le chef de l’État français, le maréchal Henri Philippe Pétain à Montoire-sur-le-Loir. Au milieu, l’envoyé interprète en chef Dr. Paul Schmidt. À droite, le ministre des Affaires étrangères du Reich Joachim von Ribbentrop.

Pour mon humble part, avec un père, protecteur de personnes étrangères pendant cette deuxième guerre mondiale et acteur de la Libération de Paris, un frère, maquisard pendant 4 ans, et un cousin de 18 ans déporté en Allemagne, je peux me permettre d’affirmer l’existence et l’importance de la Résistance intérieure. L’enfant de 10 ans que j’étais à cette époque en a vécu – de surcroît sous les bombardements en banlieue parisienne – certaines actions périlleuses locales, qui m’ont marqué à vie.

Ceux qui persistent à douter de ces faits passés – comme ils continuent de penser que les chambres à gaz n’ont jamais existé en Pologne occupée en 1942 et 1943, où ont été exterminés 900 000 juifs – sont souvent les mêmes qui affirment aujourd’hui que l’homme n’a jamais été sur la lune le 20 juillet 1969 (un franc-maçon, Buzz Aldrin, récemment décédé, faisait partie de l’équipage qui a « aluni)).

Du doute aux croyances

Certes le doute nous est fortement recommandé en franc-maçonnerie, à juste raison, nous le savons. Il est même nécessaire à notre appareil psychique, comme « préventif analytique » avant d’acquérir la preuve de la réalité des circonstances en cause… ou leur inexistence. Mais lorsque ce doute est systématique et conduit les sceptiques au soupçon en toute chose, la pathologie névrotique peut alors être également…soupçonnée !

Micro BFM posé par terre
Micro BFM posé par terre

Certes, en cette période où les médias eux-mêmes se font piéger par ces funestes « fake news », il s’agit d’être prudent, voire méfiant à l’audition des « nouvelles » quotidiennes. Mais lorsque les faits historiques passés ont été ou sont parfaitement et honnêtement démontrés, il y a lieu de dominer ses réticences et de « faire confiance » à l’indiscutable !

Authentifier un fait, c’est se respecter. A l’inverse, l’orgueil – cette qualité qui peut devenir défaut en basculant dans la vanité – consistant à soutenir une fausse information et incitant parfois à désirer avoir raison coûte que coûte quand il s’agit avant tout de raisonner… est à bannir. C’est une attitude qui n’a pas sa place, ni en maçonnerie, ni dans la cité.

Nous abordons ici le domaine délicat du « croire » et des croyances. Souvenons-nous, la première d’entre elles est la croyance au Père Noël : une ferveur qui nous renvoie au pays « magique » de notre enfance. Puis vient en grandissant la croyance ou pas en une ou des divinités, inculquée en famille ou par l’extérieur. Nous le savons, il y a autant de preuves que Dieu existe ou qu’il n’existe pas. Les astrophysiciens les cherchent dans l’immensité céleste qui semble reculer au fur et à mesure de leur progression ! Et apparaissent dans leurs télescopes géants, toujours plus de nouvelles galaxies. L’inaccessible étoile est toujours en vue ….

La boussole de la raison

 Pour notre humble part, c’est donc avec une frustration et une interrogation que nous avons progressivement pris place dans le monde des terriens ordinaires qui est aussi celui de… l’invisible : Ce qui s’est traduit par retrait de nos chaussures de la cheminée puis prolongé par le mystère au sujet d’un éventuel Etre Suprême, au-dessus de nos têtes. Adultes devenus, surprise et contrainte à la fois, une apparition a surgi devant nos yeux, sous forme d’une réalité de la vie : le choix permanent à faire en toute chose, selon nos convictions, apprises ou acquises. Constat de ce cheminement, le besoin d’un indispensable accessoire mental : la boussole de la raison. Elle est, plus que jamais, notre meilleur guide dans le quotidien actuel de nos incertitudes !

« Dis-moi quel est ton conte de fée préféré, et je te dirai qui tu es !», assure le psychologue Bruno Bettelheim. Cette affirmation d’un « professionnel de l’âme » tendrait à accréditer l’idée que nous gardons, blottie au fond de nous-mêmes « quelque chose de juvénile », si ce n’est cet enfant qui veut garder le « désir de croire », même à l’incroyable . Un enfant qui se demande donc (inconsciemment ?) ce qu’il fait dans la peau d’un adulte !

Les sciences de l’homme, de l’anthropologie à la psychanalyse, nous disent, chacune dans leur langage que, en fait, nous demeurons toute notre vie de « grands enfants ». Puissions-nous continuer à vivre le monde, le regard illuminé par les étincelles du « merveilleux » de ce paradis lointain ! « L’enfance est un lieu auquel on ne retourne pas mais qu’en réalité on ne quitte jamais. » (Rosa Montero, romancière, journaliste) Il est certain qu’il convient d’en garder cet attribut qui en faisait les délices : la curiosité. C’est le plaisir de la recherche – autrement dit de l’attente fébrile, de l’obstination méticuleuse, de la supposition, du rêve… – davantage que la découverte, en soi ici « terminus de l’imaginaire « – qui en fait « le sel » ! Ainsi le mystère du monstre du Loch Ness, de l’yéti, l’abominable homme des neiges au Tibet, des soucoupes volantes et des extra-terrestres, entre autres énigmes, n’existe pas pour être résolu mais…entretenu. La science, le journalisme spécialisé, les arts divinatoires, les religions s’efforcent, très sérieusement pour certains, avec des théories « fumeuses » pour d’autres, d’apporter des réponses. La franc-maçonnerie, elle, apporte des questions. C’est bien l’un de ses intérêts !

De la vérité à la véracité

Enquête de vérité
Enquête de vérité

C’est notre caractéristique humaine, nous sommes « taraudés » par un POURQUOI ? depuis que l’évolution a créé l’espèce animale et nous a donné cette intelligence de témoins de l’univers. Derniers arrivés du « Vivant », après, notamment, les règnes minéral et végétal, nous voulons tout savoir : Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Au philosophe Emmanuel Kant d’ajouter : « Que puis-je connaître ? », « Que dois-je faire ? », « Que m’est-il permis d’espérer ? » Autrement dit « Quel est le sens de ma vie ? de la vie ?

La lucidité nous fait répondre que la vie n’a aucun sens. La responsabilité, elle, nous invite à contrôler notre parole puisque nous en sommes dotés. De la sorte si la Vérité (majusculée !) de l’Univers et la « clé du vivant » ne sont pas (encore ?) à notre portée, le « dire vrai », l’exactitude du propos – tels que nous voyons, faisons, et interprétons nos actes – nous incombe. Notre crédibilité parmi nos semblables est à ce prix. Conter, raconter, oui, mais pas n’importe quoi et par négation, notamment ce qui peut nuire à autrui et le blesser, voire le tuer ! Les mots sont des caresses ou des projectiles ! D’où, ce « devoir de vérité » précité que je préfère finalement nommer par honnêteté et modestie « devoir de véracité ». Le verbe fait ce qu’il peut pour décrire les faits, mais n’en ait que l’ombre, si je puis dire : l’important est qu’il soit au moins sincère, de bonne foi, après vérification de son application pratique !

L’Homme ne s’est pas créé lui-même. Il est la solution mais pas le problème. D’où son invention de cet outil vital, la fiction, sous toutes ses formes, – de Dieu à notre calendrier, de notre identité à notre généalogie supposée – de nos fêtes et anniversaires – pour nous singulariser et nous situer dans ces inconnus que sont encore l’espace et le temps. Même expliqués par Einstein, physicien à la fois génial, clairvoyant et espiègle. Nous avons besoin de pain, d’un passé et d’une raison d’être. De sens, précisément.

Par nos désirs, par nos réalisations, par nos rencontres – autant d’aventures humaines et souvent d’étonnants parcours individuels – nous sommes toutes et tous des « romans vivants » ! Pour exister mieux que vivre !

« Voix d’initiées » : LA collection de la Grande Loge Féminine de France

La Grande Loge féminine de France (GLFF) présente une initiative remarquable à travers sa collection « Voix d’initiées ».

Cette série d’ouvrages est une fenêtre ouverte sur la profondeur et la diversité des réflexions menés en son sein. L’objectif de cette collection est double : faire connaître au grand public les travaux et les pensées des membres de la GLFF, tout en créant un espace d’échange et de partage autour des valeurs et des questions qui animent la franc-maçonnerie. Cet article propose une exploration de la collection, Mettant en lumière son importance dans la diffusion des idées et la promotion du bien commun, la collection « Voix d’initiées » est une contribution significative à la culture et à la réflexion contemporaines. En rassemblant des voix diverses autour de sujets variés, elle témoigne de la richesse de la pensée maçonnique et de son application dans la quête du bien commun. Les ouvrages proposés – au nombre de 24 à ce jour – offrent non seulement une source d’inspiration pour les lecteurs mais ouvrent également des horizons de réflexion nouveaux, invitant chacune à une participation active dans les débats et les enjeux de notre temps.

Corinne Drescher-Lenoir

Afin d’en savoir plus sur cette initiative éditoriale unique, Corinne Drescher-Lenoir, actuelle directrice de « Voix d’initiées » de la Grande Loge Féminine de France, a accordé à 450.fm une interview exclusive pour en savoir plus sur cette initiative éditoriale unique.

450.fm : Quelle est l’histoire derrière la création de la collection « Voix d’initiées » et quels ont été les principaux moteurs et inspirations pour sa mise en place ?

« Louise Michel », le 1er numéro de la collection

Corinne Drescher-Lenoir : C’est à Denise Oberlin que l’on doit l’idée de construire une ligne éditoriale propre à la GLFF pendant sa présidence. Elle disait alors, il y a des trésors dans les tiroirs des franc-maçonnes de l’obédience qu’il faut faire connaître au grand public. Il se trouve qu’en 2011, à l’occasion des 140 ans de la commune, la GLFF a inauguré une journée d’hommage à Louise Michel le jour du 1er mai, qui depuis se renouvelle chaque année. C’est ainsi qu’est née l’envie de lui consacrer un ouvrage auquel ont contribué entre autres, notre loge Louise Michel, Yvette Roudy qui est un de ses membres et Nicole Foussat qui a apporté ses compétences historiques. C’est le moment où je suis montée au Conseil fédéral en même temps que Marie Dominique Massoni et elle a offert immédiatement son expérience de l’écriture et sa connaissance de l’édition pour construire ce qui est devenu le numéro un de notre collection. Le titre choisi, Louise Michel, une femme debout , était finalement une belle base pour l’avenir.

450.fm : Pouvez-vous nous expliquer les objectifs principaux que vous vous êtes fixés avec la publication de cette collection et comment contribue-t-elle à la mission de la Grande Loge Féminine de France ?

C. D.-L. : C’est à Marie-Dominique Massoni, qui en fût la première directrice de publication, que l’on doit l’esprit de notre collection. Il avait été un moment envisagé d’y publier nos questions à l’étude des loges, mais elle s’y est opposée en préférant une façon plus vivante de construire les livres en concrétisant un adage cher aux franc-maçonnes et franc-maçons, Rassembler ce qui est épars.

Marie-Dominique Massoni

Si chaque livre est porteur d’une pensée collective, il ne s’agit toutefois pas d’une compilation de textes autour d’une thématique donnée comme le fait une revue ni d’une simple synthèse qui serait totalement réductrice. Le travail d’écriture de chaque ouvrage participe d’une mise en commun de la pensée tout en portant la subjectivité et forcément la personnalité de la ou des autrices en charge de sa conception. Elles apportent leur propre réflexion dans la rédaction tout en se faisant les porte-voix des contributions diverses qu’elles reçoivent et qui seront reprises totalement ou partiellement pour enrichir les chapitres. Les autrices vont donc tenir compte des idées forces qui leur remontent, elles vont s’appuyer sur le pluralisme des points de vue des contributions des loges, les apports individuels, mais aussi les documents d’archives de l’obédience pour nourrir le propos.

Visuel du 1er au 12e numéro

Si les ouvrages contiennent des réflexions philosophiques ou historiques, ils sont aussi parsemés de textes personnels voire poétiques, qui en apportant de la chair ou de l’émotion, vont faire vibrer l’imaginaire ou toucher une corde souvent plus parlante que de longues dissertations intellectuelles.  Les livres font également appel à la créativité des participantes qui peuvent aussi fournir, dessins, tableaux, photos, qui constituent la grande majorité des illustrations. Ceci donne à nos livres une couleur particulière en abordant les problèmes sociaux ou l’histoire humaine avec un regard et une parole de franc-maçonne, finalement tel que nous pouvons le vivre en loge, cela éclaire parfaitement le nom « Voix d’initiées » que nous avons choisi pour la collection.

450.fm : Comment les thèmes et les auteures sont choisis (collectif, etc.)pour ouvrage ? Existe-t-il un processus particulier ? 

C. D.-L. : C’est un processus qui a bien sûr évolué en même temps que la collection qui en est à son 24ème ouvrage à paraître en juin 2024. Les trois premiers thèmes ont été choisis par le Conseil Fédéral, puisqu’il fallait bien démarrer. C’est ainsi que Françoise Carer, élue la même année que nous au conseil fédéral, a pris en charge le livre sur les violences faites aux femmes, grâce à sa formation de professeure de français mais surtout grâce à son engagement pour les droits des femmes au sein de l’obédience et dans des associations extérieures et c’est ainsi aussi que je me suis personnellement proposée, en tant que gynécologue obstétricienne pour la conception de celui sur la santé des femmes. Périlleuse aventure où il a fallu réveiller un goût ancien pour l’écriture et une mobilisation de plusieurs mois de travail.

Dès les opus suivants nous avons pu faire appel aux contributions des loges et ensuite faire voter en assemblée générale les thèmes que les loges souhaitaient voir traités afin que ce soit vraiment la voix de la GLFF. Cela nous a permis aussi au fur et à mesure des rencontres de repérer les sœurs qui avaient une plume ou l’habitude de l’écriture en raison de leur profession et surtout qui acceptaient de ne pas chercher à se faire un nom mais de se mettre au service de l’obédience pour écrire dans l’esprit de la collection. C’est ainsi que se développe encore notre pôle d’autrices et aussi de correctrices. Je mets à part les livres qui sont totalement pris en charge par les commissions même si notre rôle est de les guider également pour s’adapter au format de la collection.

450.fm : De quelle façon la collection « Voix d’initiées » contribue-t-elle à l’enrichir le champ de réflexion et la pratique de la franc-maçonnerie, tant au sein de la GLFF qu’à l’extérieur ?

C. D.-L. : C’est l’esprit propre à cette collection qui permet d’enrichir la réflexion en interne, puisqu’il est fait un appel à la contribution de toutes. Certaines sœurs nous envoient régulièrement des textes ou certaines loges sont devenues des contributrices régulières en bâtissant des commissions de travail sur les thèmes qui les intéressent. Nous savons qu’elles offrent nos ouvrages aux profanes qui s’intéressent à notre démarche ou comme cadeau d’accueil pour les initiations ou passage de grade. Ce qui est une façon de sensibiliser à notre démarche. Nous organisons également des ventes de nos ouvrages lors de nos conférences publiques, pour les journées du patrimoine etc. C’est un peu notre vitrine et un témoignage de notre « formation à penser » si j’ose dire.

Je suis assez fière de constater que grâce à Cris, révoltes et dévoilements nous avons parlé des violences faites aux femmes bien avant #Me Too, ce livre ayant reçu le prix Essais de l’Institut Maçonnique de France (IMF) au Salon Maçonnique du Livre de Paris en 2012. De même grâce à Du destin biologique à la liberté, la santé des femmes nous avions un regard spécifique de femmes et de franc-maçonnes à transmettre bien sûr sur la santé lorsqu’elle nous concerne, que ce soit sur la maternité choisie ou refusée, la place des aidants, où les femmes sont majoritaires, dans la maladie ou la fin de vie par exemple. Je peux continuer avec les deux tomes de la commission Laïcité qui abordent les questions d’actualité sur la place et les vicissitudes de la laïcité dans notre société, avec l’environnement grâce à l’ouvrage L’eau, la vie, les femmes, où les loges africaines ont pu transmettre leur vécu de l’eau, car ce sont bien les femmes qui sont chargées de faire des kilomètres pour chercher au puits l’eau nécessaire à la vie.

Ce livre reflète aussi notre préoccupation face aux menaces qui pèsent sur l’humanité avec le stress hydrique qui se profile, la pollution des mers etc. Cela me permet de noter que notre commission des vœux avait organisé un colloque sur l’éthique de sobriété en 2014, bien avant que ce mot soit à la mode. Chacun de nos thèmes aborde une facette de ce qui concerne les franc-maçonnes, y compris sur le plan symbolique de la démarche initiatique bien sûr car il s’agit de rendre compte de la méthode propre à l’initiation maçonnique, un chemin vers soi et vers l’autre, un apprentissage de l’écoute, un éveil de la conscience, une progression personnelle appuyée sur le collectif.

Bandeau Facebook Grande Loge Féminine de France – Officiel 

Toutefois nous évitons d’employer un jargon maçonnique et de faire de nos livres des outils d’analyse des rituels qui, tout en dévoilant ce qui doit la plupart du temps rester à l’intérieur des loges, est de toute façon souvent incompréhensible pour qui n’est pas initié. Ce type de livres est déjà très bien fait par d’autres.

450.fm : Comment la collection est-elle reçue par le grand public et les lecteurs extérieurs à la franc-maçonnerie et quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans la gestion et le développement de la collection ?

C. D.-L. : Lors de nos évènements publics, nous rencontrons bien sûr un certain intérêt pour nos livres. Je tiens personnellement chaque année la table de vente aux journées du patrimoine et c’est une occasion d’échanger avec les visiteuses et visiteurs qui s’intéressent à nous et en profitent pour poser de multiples questions.

Nos livres sont accessibles par internet sur le site de l’éditeur Conform qui reçoit des commandes mais comme tous les livres maçonniques cela reste un « marché de niche » comme on dit…La distribution et la mise en avant de nos livres, y compris dans les librairies spécialisées est un long chemin.

Notre défi majeur est d’obtenir une certaine reconnaissance y compris parmi nos frères et sœurs…, j’ai longtemps eu le sentiment que l’on regardait avec une certaine condescendance nos ouvrages, du fait de leur petit format choisi, comme des « opuscules de nanas ».

450.fm : Vous mentionnez l’utilisation de documents d’archives dans le travail d’écriture. Quelle est l’importance desdites archives dans la construction de vos ouvrages ?

C. D.-L. : Ce fut surtout vrai pour les premiers livres. Alors que nous n’avions pas encore de contributions, nous nous sommes appuyées sur les anciens travaux, colloques, questions à l’étude des loges. Je me souviens d’avoir ouvert de nombreux cartons d’archives pour mon premier livre sur la santé, il faut dire qu’à l’époque nos bureaux rue Vitruve possédaient une archiviste hors pair et tout était à portée de main. Hélas notre expansion et nos déménagements ont nécessité l’externalisation de toutes ces archives et c’est plus compliqué. Nous pouvons parfois utiliser les travaux publiés dans Le tracé , notre revue interne, qui est maintenant totalement numérisée depuis les premiers numéros. D’autre part les loges étant de plus en plus impliquées, elles nous envoient des réflexions d’actualité qui correspondent aussi à l’envie de prospective et de projets sur les thèmes choisis. Toutefois nous leur demandons aussi la transmission de travaux plus anciens, si ils existent sur le thème, c’est une façon de voir la progression ou la constance des idées.

450.fm : Comment voyez-vous l’évolution de la collection Voix d’initiées dans les années prochaines ? Y a-t-il des projets ou des directions nouvelles que vous envisagez d’explorer ?

C. D.-L. : Là je vais rester très modeste, Marie Dominique a souhaité me transmettre la responsabilité de la collection en 2018. Cette mission nous est attribuée par le conseil fédéral et nous nous chargeons surtout de la conception du contenu, même si nous pouvons avoir des rêves pour l’avenir de nos livres. C’est une collection obédientielle et c’est la GLFF qui publie et reçoit les droits d’auteur. Nous dépendons de ses décisions et projets ou de la façon dont elle propose sa politique de développement aux loges. L’obédience est un corps vivant et je ne me lancerai pas dans une projection à dix ans !

450.fm : La collection envisage-t-elle des collaborations avec des auteurs ou des chercheurs extérieurs à la franc-maçonnerie pour enrichir les perspectives offertes ?

C. D.-L. : Compte tenu de la philosophie de la collection « Voix d’initiées » c’est antinomique. Cela n’empêche pas que nous ne partons pas de rien et que nous nous appuyons sur les publications d’auteurs reconnus dans leurs différents domaines, il n’y a qu’à voir nos citations, notes de bas de pages ou bibliographies indicatives qui sont des bases sur lesquelles s’appuient également les réflexions des autrices.

450.fm : Quel est l’impact de la collection « Voix d’initiées » sur la recherche académique dans les domaines de la philosophie, de l’histoire et des études maçonniques ?

C. D.-L. : Ce n’est pas à moi de le dire, mais j’espère que lorsque l’on étudiera l’histoire et la spécificité de la franc-maçonnerie féminine on s’appuiera sur nos ouvrages qui sont le reflet de notre identité, même si je n’aime pas ce mot enfermant. Les membres de notre commission d’histoire par exemple ont beaucoup œuvré pour remettre les pendules à l’heure sur notre histoire grâce à nos archives internes de même que Françoise Moreillon par exemple est une des spécialistes reconnues de la franc-maçonnerie d’adoption. Qui peut mieux parler de nous que nous-mêmes ?

450.fm : Envisagez-vous de traduire les ouvrages de la collection en d’autres langues pour toucher un public international et promouvoir les travaux de la GLFF à l’étranger ?

C. D.-L. : Ce serait une belle idée, au moins d’abord pour nos loges à l’étranger qui pourraient s’appuyer sur nos publications pour se faire connaître. Je crois savoir qu’il y avait eu un projet comme cela de traduction en espagnol pour les loges féminines d’Amérique Latine mais j’avoue que ne sais pas ce que c’est devenu.

450.fm : Comment la collection Voix d’initiées interagit-elle avec les travaux et les publications d’autres obédiences maçonniques, tant en France qu’à l’international ? Y a-t-il des projets de collaboration ou d’échange ?

C. D.-L. : En ce qui concerne les relations avec les autres obédiences, je ne suis pas sûre qu’elles se préoccupent beaucoup de nos livres, elles ont elles-mêmes un gros travail pour développer leurs propres publications. Mais les salons du livre maçonnique sont une bonne base de départ. Nous avons un gros travail de reconnaissance à faire pour que nos autrices soient systématiquement sollicitées pour participer à des conférences et parler de leur livre, cela se fait, mais trop peu à mon goût. J’aimerais également que l’on pense plus souvent à inviter nos autrices pour parler de leur livre dans les journées ouvertes au public en complément de l’allocution de la Grande Maîtresse ou des élues qui s’expriment pour la GLFF.

Les Cahiers Bathilde Vérité N°1
Les Cahiers Bathilde Vérité N°1

Je suis interrogée ici sur « Voix d’initiées » mais la ligne éditoriale de la GLFF se développe également avec les « Cahiers de Bathilde » qui sont le reflet des travaux de notre toute jeune loge de recherche Bathilde-Vérité dont il se trouve que beaucoup de ses membres sont également des autrices de la collection « Voix d’initiées ». C’est une avancée à petits pas mais cela prouve que quand on commence à vouloir extérioriser notre pensée, sortir de nos loges et s’engager pour l’obédience, les limites sont tout doucement franchies. N’oublions pas que les femmes ont une place assez récente dans le paysage maçonnique, mais elles persévèrent.

Très chère sœur, très chère Corinne, au nom de toute l’équipe de 450.fm, nous tenons à exprimer notre profonde gratitude pour l’entretien que vous avez eu la générosité de nous accorder. Votre disponibilité et votre volonté de partager vos expériences et vos perspectives ont grandement enrichi notre contenu et, sans aucun doute, captivé nos fidèles lecteurs.

Merci encore pour votre temps, votre énergie et votre engagement à partager le merveilleux voyage de la collection « Voix d’initiées » avec nous.

La collection « Voix d’initiées » est disponible chez DETRAD et/ou Conform édition, entre autres.

La finance au temps des templiers

De notre confrère editoweb.eu

Les Templiers ont mis en place un système bancaire avant-gardiste pour leur époque. Ils proposaient des services novateurs, tels que des prêts sans intérêt (en conformité avec les interdictions de l’Église), des lettres de change pour les pèlerins (permettant de voyager sans argent liquide) et la gestion d’un trésor centralisé. Ce système préfigurait les pratiques bancaires modernes, notamment le concept de banque sécurisée et de transferts financiers.

Les Templiers ont exercé une influence significative sur le système bancaire en Europe médiévale. Leur système de dépôt et de prêt d’argent offrait une sécurité et une fiabilité inégalées pour les déposants. Bien que l’idée de prêter de l’argent en échange d’intérêts fût initialement interdite par l’Église, les Templiers ont trouvé des stratégies pour contourner cette interdiction. Ils ont notamment utilisé le prêt sur la cargaison et le prêt à taux usuraire, dissimulé sous des opérations de change.

Les Templiers ont également développé un système de lettres de change, permettant aux voyageurs de se protéger contre les risques liés aux fluctuations des taux de change et aux frais de voyage. Ces lettres de change, rédigées en latin et signées par les agents des Templiers, garantissaient la valeur de l’argent déposé et permettaient de le récupérer à destination. De plus, les Templiers ont servi de banque pour les rois et les États, gérant leurs finances et leur trésorerie. Ils ont également pratiqué le prêt à intérêt, un facteur clé dans le développement des banques et du système financier en Europe.

Cependant, les Templiers ont également été impliqués dans des pratiques financières controversées, telles que le prêt à intérêt usuraire et la manipulation du marché des changes. Leur chute en 1307, lorsque le pape et le roi de France les ont accusés d’hérésie et de pratiques illégales, a marqué la fin de leur influence. En résumé, les Templiers ont joué un rôle essentiel dans l’émergence du système bancaire médiéval, mais leur histoire est également marquée par des controverses et des pratiques discutables.

Les Templiers ont exercé une influence significative sur le système bancaire en Europe médiévale. Ils ont développé un système de financement pour les croisades et ont également créé un système de lettres de change, permettant aux voyageurs de se protéger contre les risques liés aux fluctuations des taux de change et aux frais de voyage.

En outre, les Templiers ont servi de banque pour les rois et les États, gérant leurs finances et leur trésorerie. Ils ont également pratiqué le prêt à intérêt, un facteur clé dans le développement des banques et du système financier en Europe.

En résumé, les Templiers ont joué un rôle essentiel dans l’émergence du système bancaire médiéval, mais leur histoire est également marquée par des controverses et des pratiques discutables.

En savoir plus : https://www.academia.edu/116473814/La_finance_au_temps_des_templiers

13/04/24 : Conférence à Cannes – Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie Féminine

La conférence publique a lieu au temple maçonnique
19 Rue du Dr. Budin  à Cannes
Le samedi 13 Avril à 17h.
Par l’ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France
Marie Thérèse BESSON

Sur le Thème : Femme et Franc-Maçonne dans le monde d’aujourd’hui

La Franc-Maçonnerie se raconte difficilement parce qu’il faut la vivre. Ce qui est proposé est un tout, principalement fondé sur une démarche initiatique, un chemin progressif qui mérite d’être vécu : aller à la découverte de notre être profond pour y chercher nos propres réponses, soutenues pas à pas par les membres, et ensemble construire, SE construire.

La Grande Loge Féminine de France porte haut les valeurs de défense des droits des femmes, de laïcité, d’éthique et de bioéthique. Elle assure aux femmes une garantie d’émancipation et d’affranchissement de toute tutelle.

Vous êtes déjà posé la question : « quel sens donner à ma vie ? »

Etes-vous une femme en recherche de Vérité et de Justice,

Etes-vous une femme libre et responsable refusant les dogmes et le prêt à penser,

Une femme consciente de vos potentialités, qui désire œuvrer pour une société plus égalitaire, et qui ressent l’envie de donner une dimension spirituelle à sa vie ?

Aimeriez-vous cheminer avec d’autres femmes, de tous les horizons, de cultures, d’origines et de milieux sociaux et professionnels différents, pour tenter de répondre à vos interrogations – et aborder ensemble les grands thèmes sociétaux, loin du tumulte de la société…. Alors… assistez à cette conférence, et peut-être rejoindrez-vous la Grande Loge Féminine de France.

Sa spécificité : la non-mixité librement consentie et non discriminante : elle est une voie d’épanouissement pour une expression en toute liberté à la recherche de nos spécificités propres.   Pour autant, la Grande Loge Féminine de France est ouverte à la diversité et accueille maçons et maçonnes d’autres obédiences pour partager leurs travaux.

Obédience adogmatique : la Grande Loge Féminine de France garantit la liberté de pensée, le refus de la pensée unique. C’est un appel à l’intuition, à l’imagination dont chacune est porteuse, affranchie de tout jugement.

 (renseignements ou inscriptions à la conférence)      vmpdl.66@orange.fr

Une femme à la barre : Le combat de Jeanne Chauvin

L’histoire de Jeanne Chauvin est véritablement inspirante et représente un pan important de l’histoire des droits des femmes et de l’accès à des professions jusqu’alors réservées aux hommes.

Nous devons à la plume de Michèle Dassas, qui combine une grande maîtrise de la langue, un style élégant avec une richesse de connaissances, de nous offrir à la fois une analyse rigoureuse des luttes de Jeanne Chauvin et une exploration de sa personnalité et de sa vie privée. Cela implique que le lecteur découvrira des textes non seulement agréables à lire pour leur beauté formelle, mais qu’ils sont également empreints de sens, d’apprentissages et de perspicacité, offrant une réelle substance à méditer. Les romans de Michèle Dassas se situent principalement dans le XIXe siècle et explorent des thèmes tels que l’histoire des femmes, les relations humaines et les secrets de famille. L’auteure s’inspire de faits réels et de personnages historiques pour créer des récits captivants et documentés.

Michèle Dassas

Sociétaire de la Société des Gens de Lettres (SGDL), Michèle Dassas s’est vu décerner, en 2021, la Médaille d’or du mérite littéraire de l’Association Arts et Lettres de France pour l’ensemble de son œuvre. De plus, son roman À la lumière de Renoir, paru en 2020 aux éditions Ramsay, a été couronné par le Prix Charles Oulmont de La Fondation de France.

Marie-Aimée Peyron

Par ailleurs, la préface est signée Marie-Aimée Peyron qui a été bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Paris en 2018. Son mandat a été marqué par plusieurs événements importants, dont la réforme de la justice et l’accès au droit, la défense des libertés individuelles et des droits de l’Homme ainsi que la place des femmes dans la profession d’avocat. Elle porte regard pertinent sur l’héritage de Jeanne Chauvin.

Jeanne Chauvin, pionnière des avocates se présente donc comme un mélange entre biographie et roman aidant ainsi à mieux capturer l’essence de son caractère et de ses combats de manière plus vivante et accessible, rendant son histoire et ses réalisations encore plus proches pour le lecteur moderne. Sa persévérance et son engagement en faveur de l’égalité des sexes dans le milieu professionnel, notamment dans le domaine du droit, illustrent bien les défis rencontrés par les femmes qui ont ouvert la voie dans des secteurs dominés par les hommes.

L’ouvrage nous conte donc la biographie de Jeanne Chauvin (1862-1926), première femme à plaider en France en 1901 nous dressant le portrait d’une femme d’exception, déterminée, courageuse et éprise de justice. L’auteure nous rapporte tous les récits de ses combats pour l’égalité des droits et l’accès des femmes à la profession d’avocate. Non sans mettre en lumière les obstacles et les préjugés auxquels elle a dû faire face. C’est aussi un livre témoignage de l’évolution de la société française et du statut des femmes au début du XXe siècle.

De cette biographie romancée, nous retenons une écriture fluide et accessible, ponctuée de citations et d’anecdotes nous décrivant chronologiquement le parcours Jeanne Chauvin – relations familiale, ses confrères et amis et les figures historiques de l’époque. Les thèmes abordés restent d’une étonnante actualité : féminisme, combat pour l’égalité, justice sociale, persévérance, courage, ambition.

Jeanne Chauvin fut la deuxième femme à obtenir un diplôme en droit en France et la première femme autorisée à exercer la profession d’avocate dans ce pays. Née en 1862, elle joua un rôle pionnier dans l’accès des femmes aux professions juridiques, un domaine jusqu’alors exclusivement masculin.

Jeanne Chauvin obtint son diplôme en droit en 1890, à une époque où les femmes étaient largement exclues de la plupart des professions libérales. Malgré son diplôme, elle dut attendre jusqu’en 1900 pour pouvoir réellement exercer en tant qu’avocate, en raison des lois et des normes sociales qui empêchaient les femmes d’entrer dans de nombreux domaines professionnels. Cette attente fut due à la nécessité de changer la loi pour permettre aux femmes d’exercer le droit. La première femme inscrite au barreau de Paris, grâce à ces changements législatifs !

La robe La Finesse – Atelier Petit

Son combat et sa réussite ont ouvert la voie à de nombreuses autres femmes dans le domaine du droit et dans d’autres professions jusqu’alors réservées aux hommes. Jeanne Chauvin est ainsi considérée comme une figure importante du féminisme et de l’égalité des genres en France.

Ce que nous avons particulièrement aimé, c’est le fait que, comme toujours, Michèle Dassas s’est appuyée sur des sources historiques et des archives familiales. Renforçant ainsi le destin émouvant de Jeanne Chauvin. Nous n’écartons pas non plus la dimension historique, avec le panorama de la société française de la Belle Époque.

Gaston Leroux vers 1907

Il en est de même des annexes qui reprennent nombre de textes publiés sur Jeanne Chavin, par exemple dans Le Figaro ou encore Le Matin signé de l’écrivain Gaston Leroux (1868-1927), surtout connu pour ses romans policiers empreints de fantastique, mais qui a fait ses premières armes en tant que chroniqueur judiciaire…

Jeanne Chauvin, cette « voix qui a brisé le silence », pionnière des avocates est un ouvrage important qui retrace le parcours d’une femme d’exception, toutefois non maçonne, et met en lumière les combats pour l’égalité des droits.

Émile Chauvin – Source Assemblée nationale

Mais son frère, Émile Chauvin, député Radical-socialiste de Seine-et-Marne du 22 mai 1898 au 31 mai 1902, fut aussi grand secrétaire du Grand Orient de France. Un livre que nous recommandons à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des femmes et à l’évolution de notre société.

Jeanne Chauvin, pionnière des avocates

Michèle Dassas – Préface Marie-aimée Peyron

Éditions Ramsay, 2024, 336 pages, 20 €

ISBN-10 ‏ : ‎ 2812205040 – ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2812205040

Disponible dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

Achetez dans votre zone, chez votre libraire préféré, pour qu’il continue à vous conseiller, à vous inspirer, à vous faire rêver et, surtout, à animer votre quartier !  

Le Dessin de Jissey : « Violence et alcool »

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Le 23 mars, un article sur la violence faite aux Francs-maçons a attiré l’attention de JISSEY. Il s’interroge cependant sur les origines de cette violence. Ne serait-elle pas issue, parfois, de l’environnement proche des francs-maçons ?

La rencontre : une issue contre les dogmes en Franc-maçonnerie ? (partie 2)

Dans l’article précédent nous avons pu explorer ma carte de ce territoire imaginaire que j’explore depuis tant d’années, depuis tant de vies peut-être aussi. Car après-tout, personne ne peut démontrer l’indémontrable… et c’est bien là l’intérêt : la pluralité des approches garantie par une pratique adogmatique. A ma connaissance, c’est à dire selon mes expériences et mes savoirs, nos Rites et Rituels nous proposent une méthode qui est constitutive de mon idéal initiatique et maçonnique.

C’est cette méthode, qui se désire adogmatique, qui permet à la Franc-maçonnerie de s’idéaliser universelle. Même si l’espace sacré de la Rencontre permet l’ouverture du compas, c´est dans la doublure et les couleurs de nos Tabliers, derrière les larmes de nos cordons et sautoirs, dans la matérialisation de nos représentations symboliques, dans nos paroles échangées aux agapes mais aussi jusque dans la signalétique de nos lieux d’aisance que sont « tapis » nos mauvais compagnons de route.

De l’Universel…

Hermann Hesse écrivait « Chaque homme n’est pas lui-même seulement. Il est aussi le point unique, particulier, toujours important, en lequel la vie de l’univers se condense d’une façon spéciale, qui ne se répète jamais. »

Selon moi le « Particulier » comme « l’Universel » ne peuvent être séparés et érigés en règle absolue, en dogme, ni même en système car ils sont une opposition féconde. Chaque « Particulier » est point de départ et d’arrivée, une voie d’accès au sommet de cette montagne de « l’Universel » qui est, elle, un but à atteindre et une origine d’où s’extraire.

En Franc-maçonnerie cet « Universel » s’étend de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi, du Nadir au Zénith, dans une sphère sans limite au centre de laquelle la Verticale absolue est la seule ligne maîtresse matérialisée par un poids, une masse, une mise en tension.

Universel versus Universalisme

Je précise tout de suite que si nos points cardinaux symboliques portent des noms différents de leur réalité physique alors qu’ils indiquent les mêmes directions c’est que l’espace symbolique qu’ils expriment est différent de l’espace de cette réalité matérielle manifestée que nous partageons toutes et tous.

Il en est de même avec le mot « Universel » qui ne doit pas être confondu avec « universalité » ou « universalisme« .

La Rencontre - Détail - ©Stefan von Nemau
La Rencontre – Planche dessinée – Détail – ©Stefan von Nemau

Six directions infinies autour d’un axe défini, « l’Universel » donc, est ici un symbole du macrocosme. Quant au « Particulier » il est ici un symbole du microcosme. Le reste est question d’échelle aurait pu dire Jacob !

Symboliquement, notre testament philosophique est une invitation à quitter la dimension de « l’avent » et de « l’apprêt » pour entrer dans l’unicité du Moment, dans cet Instant Décisif cher à Cartier-Bresson, entre deux ouvertures du rideau photographique. Ecrire avec la Lumière, c’est le premier pas vers l’apprivoisement du Kaïros. Puis l’impétrant sort de l’épreuve de la Terre. Plus tard il entrera dans celle de la « taire », mais à ce stade là ce temps n’est pas encore advenu. Aveuglé par l’obscurité de son regard, il va traverser les épreuves de l’Air, de l’Eau et du Feu. Il sera à la fois seul et accompagné au cœur de ce qui lui semblera peut-être être le Néant. Il découvrira après coup, comme nous l’avons tous fait, que ce Néant est aussi un Moment nommé « Né en ».

La Voie Royale

Durant son Initiation, la porte de la Voie Royale lui sera indiquée. Libre à l’impétrant de l’emprunter ou non. Libre ? Oui, car en Franc-maçonnerie, si nous avons des règles strictes à observer de façon exotérique d’abord et avec sens et mesure lorsque le parcours se dévoile et que nous en comprenons le sens ésotérique, nous demeurons libres de franchir ou pas les portes, parfois surréalistes, de la Loge avant chaque Tenue. La seule chose qui oblige le Franc-maçon à venir en Loge est sa volonté de briser la « mal-et-diction » de sa « né-cessité » par l’apprentissage et la quête du « Verbe-Lumière » égaré.

Par capillarité l’Apprenti entendra résonner l’appel du Grand Œuvre. Peut être en fera t’il la « clef de sol » de sa quête. On lui racontera les harmoniques de la Table d’émeraude, de ce qui est en haut et de ce qui est en bas. Il découvrira les causes et les effets, et ce qui est au Centre du Tout : Le Mystère derrière « ce voile noir qui me couvrait les yeux » selon le Rituel Ecossais Ancien et Accepté.

Ainsi le « Myste erre » en quête de son « Mystère »…

« Memento remember je tremble et me souviens… Des moments familiers des labos clandestins… Où le vieil alchimiste me répétait tout bas : si tu veux pas noircir, tu ne blanchiras pas… » (in : Annihilation – Hubert Félix Thiéfaine)

Ce Mystère là est à envisager comme un symbole de notre propre Spiritualité à découvrir au fur et à mesure des transmutations ; une Spiritualité unifiant le Monde, agglomérant ses particules les unes aux autres. Au fil de soi(e), du Zénith à son Nadir, la chenille tissera son cocon pour « deux-venir » papillon… éphémère exaltation d’un Chronos déchiré le temps d’un envol irisé.

Ce Mystère là est un Inaccompli, le Chemin qui y mène est fait du « Noir-Sacrifice » menant au « Rouge-Accomplissement ».

Une Spiritualité métaphysique ?

Ce que raconte la Tradition

« Dieu créa l’homme à son image, mâle et femelle il les créa » , « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez là… » nous conte la Genèse en 1-27 et 1-28.

Saint Jean quant à lui raconte dans son prologue en 1-1 « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu », puis en 1-4 « En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes »

La Rencontre - Détail - ©Stefan von Nemau
La Rencontre – Planche dessinée – Détail – ©Stefan von Nemau

Ainsi, à ce que je comprends d’après la Genèse, c’est qu’homme et femme ont la même origine : une image de leur créateur. Cette image serait-elle le reflet inversé de son origine, comme l’est le fantôme croisé dans l’image renvoyée par le miroir initiatique dans certains Rites ? Ou bien est-ce à dire que l’humain a une origine divine que la Voie Initiatique nous inviterait à dévoiler, retrouver, ou bien encore révéler?

Toujours dans la Genèse, il y a un accompli et un inaccompli de la Création. L’un est symbolisé par la couleur blanche et l’autre par la couleur noire dans mes dessins. L’humain, manifestation du Verbe, s’est fait chair, mâle et femelle, en un seul cercle, rose comme la chair sous notre peau.

A ce stade, l’humain est toujours dans un monde spirituel symbolisé par le cercle violet.

Ce qu’explique la science

Isaac Newton définit l’inertie ainsi : tout objet reste au repos ou en mouvement rectiligne uniforme sauf si une force nette agît sur lui ; la dynamique comme suit : la force appliquée sur un objet est proportionnelle à son accélération et inversement proportionnelle à sa masse ; et l’équilibre de cette façon : pour chaque action il y a une réaction égale et opposée.

Selon la Tradition et la Science peut-on en conclure que la Spiritualité est un équilibre dynamique entre des forces qui s’opposent ? Dans ce cas là pourquoi ne pas rester assis au pied d’un ficus religiosa et méditer jusqu’à la Révélation de La Plénitude plutôt que de courir dans tous les sens en tentant de remplir ce vide abyssal en nous avec seulement ce que nos petits bras peuvent porter ? Sommes-nous des colibris en train d’essayer d’éteindre une jungle en feu ?

Ce que démontre l’Initiation

Selon moi, la démarche initiatique invite au dépouillement pour revenir à l’équilibre dynamique de la Spiritualité. Multiplier les savoirs, les possessions, les artéfacts, dans le but d’équilibrer des forces qui s’opposent à nous donne l´inverse de l’effet escompté… « le roseau plie mais ne se rompt pas… » nous raconte Jean de la Fontaine.

Seul le dépouillement, la transmutation et la sublimation de tous nos métaux, et ce jusqu’à la Transparence, permettront de retrouver l’équilibre originel du Verbe fait Chair, du Verbe Lumière, de la Chair(e) Lumière. C’est l’Œuvre au Rouge à laquelle on ne parvient qu’en reconnaissant puis transmutant notre Noirceur. Transcender la « noire-sœur » du « Honni soit qui mâle-y-pense » est une invite à l’Unité retrouvée, pacifiée.

Mais… tout ne s’est pas passé comme prévu et nous nous sommes perdus et divisés en nous multipliant. De l’un est né l’autre, le différent, le « pas comme nous », l’exclu : « le Particulier ».

Peut-être avons-nous confondu « croître en essence » avec « croître en substance »… les dragons se cache dans les recoins vides et sombres de nos Rites. Mais bonne nouvelle : nos Rituels nous racontent comment terrasser les dragons… souvent en complétant et en réunissant nos forces et en prenant le risque de La Rencontre.

Mais pour se rencontrer il faut être séparé… le mois prochain nous aborderons « le Particulier » !

La rencontre - Planche dessinée
La Rencontre – Planche dessinée – Encres et aquarelle sur papier – ©Stefan von Nemau

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Renaissance Traditionnelle n° 206 bientôt chez vous !

Bien sûr, à condition de s’abonner ou de se réabonner à Renaissance Traditionnelle (R.T.)  qui fit primée aux prix littéraires de l’Institut Maçonnique de France (IMF), catégorie « Revues », une nouveauté 2019.

Nous vous invitons à prendre connaissance du message de l’équipe de rédaction de R.T. : « Cher Lecteur, vous allez prochainement recevoir le n°206 de Renaissance Traditionnelle, désormais en quadrichromie intégrale, avec une structure et un contenu profondément revus et diversifiés, tout en restant dans la ligne éditoriale dont l’objectif, depuis plus de 50 ans, est de publier des études et des documents visant à mieux « faire comprendre et aimer la tradition maçonnique, dans sa double dimension historique et spirituelle ».

Ce nouveau numéro de 128 pages achèvera l’année éditoriale 2023. Si vous n’avez pas eu le temps de vous réabonner en 2023, il est possible de commander le tome LII, vous recevrez alors les deux numéros, 205 et 206, de l’année entière.

Dans le n°206 vous trouverez notamment la première livraison des nouveaux Cahiers de Saint-Martin, consacrés à l‘illuminisme maçonnique aux XVIIIe et XIXe siècles, succédant à la revue homonyme, jadis fondée par Robert Amadou, Antoine Faivre et Nicole Jacques-Lefèvre. Elle renaît donc aujourd’hui de ses cendres comme un supplément annuel inclus dans Renaissance Traditionnelle. On y trouvera en particulier le récit détaillé d’une surprenante découverte.

Outre divers articles, de Dominique Clairambault, Philippe Langlet, Reinhard Markner, Jean-Michel Mathonière, et nos rubriques habituelles de chronique des livres et des revues, vous y découvrirez aussi la première annonce du VIIe Colloque du Cercle Renaissance Traditionnelle qui se tiendra à Paris le samedi 5 octobre prochain. Des informations complémentaires vous parviendront dans les semaines à venir sur cet important événement.

Enfin, notre revue devenue semestrielle, ayant recouvré un rythme régulier de parution, la campagne de réabonnement pour 2024 s’ouvre dès à présent – le n°207, première livraison de l’année 2024, paraîtra à la fin du mois de juin – la seconde, fin décembre. Le tarif de l’abonnement, qui n’avait pas été modifié depuis 2017, a été ajusté à l’augmentation des coûts de fabrication. Vous trouverez le formulaire de réabonnement 2024 en cliquant ici et en indiquant votre identifiant personnel RT : …

Comme d’habitude vous conservez la possibilité de commander en ligne les anciens numéros, à l’unité ou par année de publication, les tarifs ayant été actualisés au plus juste.

Nous remercions à nouveau tous les lecteurs qui nous ont fait parvenir leurs témoignages de satisfaction au sujet de la nouvelle formule de Renaissance Traditionnelle. C’est pour nous un puissant encouragement à poursuivre dans la même direction. Sur un plan plus matériel, nous avons également tenu compte de certaines demandes et vous recevrez désormais votre revue sous blister individuel afin d’en préserver l’intégrité au cours du transport postal. Le Secrétariat de la revue reste à la disposition de tous pour faciliter le processus de commande en cas de difficulté rencontrée sur le site (par mail à secretariat.rt@fmtl.fr).

Au plaisir de vous retrouver dans les pages de Renaissance Traditionnelle.

Bien à vous,

L’équipe de rédaction de R.T. »

Bien évidemment, sous nos colonnes, vous pourrez prendre connaissance, prochainement, de notre note de lecture de ce magnifique numéro.

« Témoigner de la Shoah » : Un livre essentiel pour ne jamais oublier

Nous souhaitons publier notre note de lecture ce 24 mars 2024, à l’occasion de Pourim, une célébration de la survie et de la solidarité juive face à l’adversité.

Source https://www.fraternite-dabraham.com/bonne-fete-de-pourim-a-nos-amis-juifs/

Pourim commémore les événements racontés dans le Livre d’Esther, où la reine Esther et son cousin Mordechai sauvent les Juifs de Perse de l’extermination décrétée par Haman, le conseiller maléfique du roi Assuérus (Xerxès Ier). C’est une fête joyeuse, marquée par la lecture du Meguilat Esther (le rouleau d’Esther), le partage de mets festifs, l’envoi de cadeaux alimentaires aux amis (mishloach manot), et des dons aux pauvres (matanot la’evyonim). Les gens se déguisent souvent, et il est courant d’organiser des fêtes et des représentations théâtrales retraçant l’histoire d’Esther.

L’ouvrage d’Olivia Lewi, Témoigner de la Shoah – Des récits de vie au Mémorial, offre une perspective unique et profondément réfléchie sur les témoignages relatifs à la Shoah, conservés au centre d’archives du Mémorial de la Shoah à Paris, lieu de mémoire dédié à l’histoire. Le Mémorial sert plusieurs fonctions essentielles : centre de documentation,  expositions, éducative, espace commémoratif pour la prière et le recueillement (mur des Noms, où sont gravés les noms de 76 000 Juifs déportés de France). ZA’HOR – SOUVIENS-TOI.

Philippe Mesnard

C’est d’ailleurs ce que note le professeur de Littérature comparée et membre de l’Institut Universitaire de France depuis Philippe Mesnard, préfacier. Des mots d’ouverture titrés « Du renouveau dans les études testimoniales » et reflétant bien une prise de conscience de la complexité des témoignages et de leur importance cruciale dans la construction de notre compréhension collective du passé. Il met en lumière la nécessité d’approches attentives et nuancées pour aborder ces récits, reconnaissant leur pouvoir à la fois comme sources historiques et comme moyens de transmission de la mémoire.

Le Mur des Justes.

En analysant ces récits à travers une double lentille, alliant approches linguistiques, littéraires et historiques, Olivia Lewi aborde non seulement le contenu des témoignages mais aussi le rôle crucial de l’institution qui les préserve.

La transformation de ces récits, de documents intimes à des archives publiques, soulève des questions importantes sur leur signification, leur réception et leur fonction dans la société. En les rendant accessibles, le Mémorial de la Shoah ne les confère pas seulement une visibilité mais enrichit également leur valeur, les transformant en instruments de mémoire collective, d’éducation et de réflexion éthique.

L’auteure, grâce à ses qualifications en lettres modernes et en sciences du langage, ainsi qu’à son expérience en enseignement à l’Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation (INSPE) – Sorbonne Université, est particulièrement bien placée pour explorer ces thématiques. Son remarquable travail contribue à une meilleure compréhension des mécanismes de la mémoire collective et du rôle de l’écriture testimoniale dans la transmission de l’histoire.

Salle des fichiers.

Ce livre constitue une ressource précieuse pour ceux qui s’intéressent à la Shoah, à l’histoire orale, à la littérature testimoniale, ainsi qu’aux questions plus larges de mémoire et d’identité collective. Il pourrait également servir d’outil pédagogique pour enseigner ces sujets complexes et essentiels dans les contextes éducatifs.

Olivia Lewi suggère un large éventail de ressources pour ceux intéressés à approfondir leur compréhension de la Shoah, des témoignages de survivants, et du rôle des institutions dans la conservation de cette mémoire. Permettant ainsi une exploration multidimensionnelle de la Shoah, couvrant des aspects historiques, personnels, éducatifs, et institutionnels. En approfondissant ces lectures, on peut non seulement mieux comprendre l’histoire de la Shoah mais aussi saisir l’importance de sa mémoire dans le monde contemporain.

Ce livre s’adresse plus particulièrement aux chercheurs en littérature, linguistique, histoire et sciences du langage, aux étudiants en master et doctorat, aux enseignants mais aussi à tout public intéressé par la Shoah et le devoir de mémoire.

Rappelons que la collection « Histoire » des Presses Universitaires de Rennes (PUR), forte de plus de 1300 titres, vise à couvrir un large éventail de périodes historiques, de la préhistoire à l’histoire contemporaine, et s’intéresse à une diversité de thèmes : politiques, sociaux, économiques, culturels, etc. Elle cherche à publier des travaux qui contribuent de manière significative à la connaissance historique, que ce soit par des synthèses, des études de cas précises, ou des travaux théoriques et méthodologiques.

Témoigner de la Shoah – Des récits de vie au Mémorial

Olivia LewiPresses Universitaires de Rennes, Coll. Histoire, 2024, 292 pages, 25 €/Version numérique e-pub 11,99 €