
Le bijou est, en franc-maçonnerie, l’insigne métallique suspendu au cordon, au sautoir ou au collier, qui indique une fonction, un grade ou l’appartenance à une loge. Il peut s’agir du bijou d’office d’un officier, comme l’équerre du Vénérable Maître, du bijou de grade dans les hauts grades, ou du bijou distinctif propre à une loge. Le mot désigne aussi, dans les catéchismes anciens, les « bijoux » mobiles et immobiles de la loge. Objet de reconnaissance et de mémoire, le bijou est également un support symbolique : il condense en une forme l’enseignement d’un office ou d’un degré.
Plusieurs sortes de bijoux

- le bijou d’office, porté par chaque officier au bout de son sautoir : équerre du Vénérable, niveau du Premier Surveillant, fil à plomb du Second, clés croisées du Trésorier, plumes du Secrétaire ;
- le bijou de grade, propre aux degrés supérieurs : compas et équerre sur arc de cercle, pélican du Rose-Croix, aigle bicéphale des derniers degrés du REAA ;
- le bijou de loge ou bijou distinctif, adopté par un atelier et porté par ses membres ;
- le bijou de Passé Maître, qui distingue les anciens Vénérables, souvent une équerre accompagnée d’une figure géométrique ;
- les bijoux commémoratifs d’obédience, d’anniversaire ou de fonction.
Le bijou de loge
Le Vocabulaire des francs-maçons de Bazot (1810) précise que le bijou particulier adopté par une loge se porte suspendu au côté gauche. Ce bijou distinctif reprend le titre de l’atelier, son numéro, son orient ou un emblème choisi lors de sa fondation. Certaines loges le remettent au nouvel initié ; d’autres le réservent aux Maîtres. Il est facultatif dans la plupart des obédiences, à la différence des bijoux d’office, indispensables à l’identification des officiers.
Les bijoux de la loge dans les catéchismes
Dans Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), la loge possède six bijoux : trois mobiles, l’équerre, le niveau et la perpendiculaire, et trois immobiles, la planche à tracer, la pierre brute et la pierre taillée en pointe. Le rituel anglais moderne a inversé la répartition. Ici, « bijou » ne désigne pas un objet porté mais un outil précieux pour l’instruction : la loge elle-même est parée de ces symboles.
Histoire et artisanat
Au XVIIIe siècle, les bijoux sont souvent découpés à la main dans l’argent ou le laiton, gravés, parfois sertis de pierres. Chaque loge commande les siens à des orfèvres, ce qui explique la grande variété des pièces anciennes, aujourd’hui recherchées par les musées et les collectionneurs. Au XIXe siècle, l’estampage et la fabrication en série uniformisent les modèles. Les obédiences fixent alors dans leurs règlements les formes et les métaux autorisés.
Métal et sens
Le métal du bijou n’est pas indifférent. L’or ou le doré est souvent réservé aux dignitaires et aux grades supérieurs, l’argent aux officiers de loge, selon des usages variables. Ce choix rejoint la symbolique des métaux : lors de l’initiation, le candidat est dépouillé de ses métaux ; il les retrouve plus tard sous forme de bijou, non plus comme richesse mais comme signe d’un service ou d’un travail accompli.
Porter le bijou
Le bijou fait partie des décors obligatoires de l’officier en tenue, avec le cordon ou le sautoir et le tablier. Lors de l’installation, chaque officier reçoit le bijou de sa charge, qu’il remettra à son successeur. Ce passage de main en main matérialise la continuité de la loge : l’objet appartient à l’atelier, pas à la personne.
Le saviez-vous ?
Le bijou de Passé Maître anglais figure souvent la 47e proposition du premier livre d’Euclide, le théorème de Pythagore. Elle rappelle la science géométrique qui, selon la tradition maçonnique, était au fondement de l’art des bâtisseurs.
Bijou et tuilage
Le bijou n’est pas un moyen de reconnaissance au sens rituel : seuls les mots, signes et attouchements permettent de tuiler un visiteur. Il renseigne cependant au premier regard sur la fonction ou le grade de celui qui le porte, notamment lors des tenues où se rencontrent des maçons de plusieurs loges. Pour cette raison, les règlements interdisent en général de porter en loge un bijou ne correspondant pas à une fonction ou à un grade effectivement détenus.
À retenir
- Le bijou indique une fonction, un grade ou une loge.
- Le bijou d’office est transmis lors de l’installation des officiers.
- Bazot, en 1810, situe le bijou de loge au côté gauche.
- Dans les catéchismes, les « bijoux » sont aussi les outils et symboles de la loge.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Sautoir, Cordon, Attributs, Décors, Officiers, Installation.
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