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S comme Sautoir en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le sautoir est le large ruban porté autour du cou, dont les deux pans se rejoignent en pointe sur la poitrine pour soutenir un bijou. Avec le tablier et les gants, il fait partie des décors du Franc-maçon : il signale à la fois la fonction exercée en loge, par le bijou d’office qu’il porte, et parfois le grade ou le rite pratiqué, par sa couleur et ses broderies. Hérité des usages des ordres de chevalerie et de la France du XVIIIe siècle, il est devenu un élément familier du temple. Il rappelle que chaque office est une charge confiée pour un temps au service de l’atelier.

Un mot venu du cheval et du blason

Sautoir

Le mot vient de « sauter » : au Moyen Âge, le sautoir désigne un étrier, puis une pièce de bois en croix permettant de franchir une clôture. L’héraldique en a fait une pièce en forme de X, la croix de saint André. De là vient l’expression « porter en sautoir », c’est-à-dire porter un ruban ou une chaîne passés autour du cou et retombant en pointe sur la poitrine, comme on portait les décorations de certains ordres. Les Maçons ont repris cette manière de porter leurs insignes, en la distinguant du cordon porté en écharpe, d’une épaule à la hanche opposée.

Des cordons du XVIIIe siècle aux sautoirs d’aujourd’hui

Les gravures des loges françaises du XVIIIe siècle montrent les officiers portant leur bijou suspendu à un ruban, souvent bleu, au cou ou en écharpe. Cette couleur, que l’on retrouve dans l’expression « Maçonnerie bleue » pour désigner les trois premiers grades, est devenue celle de la plupart des loges symboliques. Avec le temps, les décors se sont codifiés : sautoir d’officier en loge bleue, cordons et sautoirs de hauts grades aux couleurs propres à chaque degré, collier ou sautoir brodé pour les dignitaires d’obédience. Les formes et les teintes varient d’un rite et d’une obédience à l’autre.

Le sautoir d’officier et son bijou

En loge, ce sont surtout les officiers qui portent un sautoir. Son intérêt principal tient au bijou qui y est suspendu et qui permet d’identifier immédiatement la charge. La liste suivante reprend les attributions les plus courantes dans la Franc-maçonnerie française, sachant que des variantes existent selon les rites.

  • Vénérable Maître : l’équerre, emblème de la rectitude.
  • Premier Surveillant : le niveau, emblème de l’égalité.
  • Second Surveillant : la perpendiculaire ou fil à plomb, emblème de la droiture et de la recherche en profondeur.
  • Orateur : un livre ouvert, souvent la loi ou la constitution.
  • Secrétaire : deux plumes croisées.
  • Trésorier : deux clefs croisées.
  • Maître des cérémonies : deux cannes ou épées croisées ; Couvreur : un glaive ; Hospitalier : une bourse ou une main tendue.

Couleurs et grades

Sautoir
Sautoir Officier Rite Standard d’Écosse style francais

Au-delà de la loge bleue, les sautoirs et cordons accompagnent la progression dans les grades dits de perfectionnement. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, par exemple, chaque degré possède des décors propres, dont les couleurs et les symboles brodés renvoient à la légende du grade : noir, rouge, blanc ou or selon les ateliers. Le sautoir devient alors un signe de grade, et non plus seulement de fonction. Cette diversité fait la richesse des collections de décors conservées dans les musées maçonniques, mais elle impose la prudence : un même ruban peut avoir des sens différents d’un rite à l’autre.

Revêtir le sautoir

Le port des décors est réglé par le rituel. Les officiers revêtent leur sautoir avant l’ouverture des travaux, et le Vénérable s’assure, au début de la tenue, que chacun est à sa place et décoré selon son grade. Lors de l’installation annuelle du collège des officiers, chaque nouvel officier reçoit son sautoir et son bijou, souvent des mains de son prédécesseur ou du Vénérable, tandis qu’on lui rappelle le sens de sa charge. Ce geste de transmission donne au sautoir sa valeur : il n’appartient pas à celui qui le porte, mais à l’office.

Lectures symboliques

Les commentateurs maçonniques ont proposé plusieurs lectures du sautoir. Sa forme en pointe dirigée vers le bas évoque le triangle, et le bijou repose à hauteur du cœur, comme pour unir la pensée et le sentiment dans l’exercice de la fonction. Le ruban qui entoure le cou figure aussi un lien : celui qui unit l’officier à la loge et l’engage envers elle. Ces interprétations ne sont pas fixées par les rituels, mais elles expriment l’idée constante que le décor maçonnique est un rappel des devoirs plutôt qu’une distinction honorifique.

À retenir

  • Le sautoir est un ruban porté autour du cou, en pointe sur la poitrine, qui soutient un bijou.
  • L’expression vient de l’héraldique et de l’usage de porter les décorations « en sautoir ».
  • En loge bleue, il identifie surtout les officiers par leur bijou d’office.
  • Couleurs et broderies varient selon les rites, les grades et les obédiences.
  • Il est transmis lors de l’installation des officiers : il appartient à la charge, non à la personne.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Bijou, Décors, Tablier, Cordon, Officiers, Sautoir de Vénérable Maître, Installation.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Santé en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le langage des loges, une santé est un toast porté au cours des agapes ou du banquet rituel. Les « santés d’obligation », portées dans un ordre fixé par la tradition, s’adressent successivement au chef de l’État, à l’obédience, au Vénérable, aux Surveillants, aux visiteurs, aux membres de l’atelier et enfin à tous les maçons de la terre. Elles s’accompagnent d’un vocabulaire militaire et de gestes codifiés hérités du XVIIIe siècle. Moment de convivialité, la santé est aussi un petit rituel qui prolonge les travaux et exprime, verre en main, la fraternité de l’Ordre.

Origine du mot

Santé

« Boire à la santé » de quelqu’un est un usage profane très ancien. Les loges du XVIIIe siècle, en Angleterre comme en France, l’ont ritualisé. Les maçons anglais parlent de toasts, les maçons français de santés. Le banquet maçonnique, appelé « loge de table » ou « travaux de table », est alors une véritable tenue, ouverte et fermée rituellement, et non un simple repas.

Les sept santés d’obligation

Le Vocabulaire des Francs-Maçons de Bazot, publié vers 1810 sous l’Empire, décrit sept santés d’obligation portées dans un ordre immuable. La liste a évolué avec les régimes politiques et varie selon les rites et les obédiences, mais sa structure demeure.

  • Au chef de l’État : sous l’Empire, à l’Empereur et à sa famille ; aujourd’hui, souvent au Président de la République ou à la patrie.
  • Au Grand Maître et aux dignitaires de l’obédience.
  • Au Vénérable Maître en exercice.
  • Aux deux Surveillants.
  • Aux visiteurs, dont l’un répond au nom de tous.
  • Aux officiers et membres de la loge, et aux nouveaux initiés.
  • À tous les maçons répandus sur la surface de la terre : la dernière santé.

Un vocabulaire militaire

Le banquet maçonnique emprunte sa langue à l’armée. Les verres sont des canons, les bouteilles des barriques, les boissons des poudres ; on « charge » et l’on « aligne » les canons. Le couteau est un glaive, la fourchette une pioche, la cuillère une truelle, la serviette un drapeau, les aliments des matériaux. Boire, c’est « tirer » une santé. Ce lexique, attesté dès le début du XIXe siècle, reflète la forte présence de militaires dans les loges de l’époque.

Le feu

Santé
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – CC BY 4.0

La santé se termine par un feu, salut collectif exécuté au commandement comme une salve. Bazot rapporte que le Vénérable se réserve le commandement des armes et que les ordres suivent une séquence fixe, avant que l’assemblée applaudisse par une triple batterie et un triple vivat. Les canons sont reposés ensemble sur la table, d’un même geste, ce qui produit un bruit unique, signe de l’unité de l’atelier. Les détails de la gestuelle varient selon les rites et les loges.

Qui annonce et qui répond

Le Vénérable commande les santés ; les Surveillants les répètent sur leurs colonnes. La santé du Vénérable est proposée par les Surveillants et l’Orateur ; à la santé des visiteurs, l’un d’eux se lève pour remercier ; l’Orateur répond au nom de la loge. Cette répartition des rôles fait du banquet une tenue en miniature, où chaque officier retrouve sa place.

Dans la maçonnerie anglaise

Les loges anglaises pratiquent un festive board ponctué de toasts réglés : au souverain et à l’Ordre, au Grand Maître, aux visiteurs, aux nouveaux initiés. La soirée se clôt par le Tyler’s toast, le toast du tuileur, porté à tous les francs-maçons pauvres ou dans la détresse, où qu’ils se trouvent, l’équivalent exact de la dernière santé française.

Une tradition vivante

Les banquets d’ordre, avec santés et feux, restent pratiqués dans de nombreuses loges, notamment lors des fêtes solsticiales de la Saint-Jean d’hiver et d’été. Ailleurs, les agapes sont plus simples, et l’on se contente d’une ou deux santés, souvent celle des visiteurs et la dernière, portée à tous les maçons du monde. Dans tous les cas, la santé rappelle que la fraternité se vit aussi à table, dans la joie partagée, et que la convivialité fait partie de la tradition maçonnique au même titre que le travail en loge.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééd.).
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge de Table, Poudre Forte, Canon, Batterie, Salle Humide.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Salomon en Franc-maçonnerie

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Salomon, fils de David et roi d’Israël selon la Bible, est le bâtisseur du premier Temple de Jérusalem. Cette œuvre, décrite en détail dans le premier livre des Rois et le deuxième livre des Chroniques, fait de lui une figure centrale de la franc-maçonnerie, qui a pris le Temple comme modèle symbolique de la loge et de l’homme en construction. Roi sage, juge avisé, commanditaire d’un chantier exemplaire mené avec Hiram de Tyr et l’architecte Hiram, il incarne l’alliance de la sagesse, du pouvoir et de l’art de bâtir.

Le roi sage de la Bible

Salomon

Selon le premier livre des Rois, Salomon succède à son père David et demande à Dieu, en songe, non la richesse ni la longévité, mais « un cœur intelligent » pour juger son peuple. Le récit du jugement de Salomon, qui identifie la vraie mère d’un enfant disputé, illustre cette sagesse devenue proverbiale. La tradition lui attribue les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique des cantiques. Les historiens soulignent que les sources extra-bibliques sur son règne, situé au Xe siècle avant notre ère, sont très minces : le Salomon maçonnique est d’abord une figure littéraire et symbolique.

Le bâtisseur du Temple

Le premier livre des Rois (chapitres 5 à 8) décrit la construction du Temple : alliance avec Hiram, roi de Tyr, qui fournit le bois de cèdre et des ouvriers ; levée de travailleurs et de tailleurs de pierre ; pierres préparées à la carrière pour qu’on n’entende sur le chantier ni marteau ni outil de fer ; et intervention d’un artisan du bronze nommé Hiram, fils d’une veuve, qui fond les deux colonnes placées devant le portique. Ces détails ont nourri la symbolique maçonnique, qui y retrouve les colonnes, le silence du chantier et l’organisation des ouvriers.

Salomon dans la tradition maçonnique

Les Old Charges des bâtisseurs médiévaux mentionnent déjà le Temple de Salomon dans leur histoire légendaire du métier. Les Constitutions d’Anderson (1723) font de Salomon un « Grand Maître » de la maçonnerie à Jérusalem, aux côtés d’Hiram de Tyr et d’Hiram Abif. Au troisième degré, la légende d’Hiram se déroule sur le chantier du Temple, sous l’autorité de Salomon. Après l’union de 1813, les loges anglaises sont traditionnellement dédiées au roi Salomon.

Dans les rites et les degrés

  • Degrés symboliques : le Vénérable occupe symboliquement la place de Salomon, le temple de la loge figure celui de Jérusalem.
  • Rite Écossais Ancien et Accepté : plusieurs degrés de perfection, du 4e au 14e, mettent en scène la cour de Salomon après la mort d’Hiram, la recherche des coupables et l’achèvement du Temple.
  • Arche royale : le récit se déplace vers la reconstruction du Temple après l’exil, mais la mémoire de Salomon demeure.
  • Trois Grands Maîtres : Salomon, Hiram de Tyr et Hiram Abif forment un trio souvent lu comme sagesse, force et beauté.

Une sagesse initiatique

Salomon

La maçonnerie retient de Salomon moins le monarque que l’homme qui demande l’intelligence plutôt que la puissance. Sa sagesse est discernement : savoir juger, distinguer, ordonner. Elle correspond au premier des trois piliers de la loge, la Sagesse, souvent associé au Vénérable, tandis que la Force et la Beauté reviennent aux Surveillants. Bâtir le Temple, c’est mettre cette sagesse en œuvre dans la matière.

Les ombres du règne

La Bible ne fait pas de Salomon un saint. Elle rapporte la lourdeur des corvées imposées pour ses chantiers, ses nombreuses épouses étrangères et les cultes qu’il tolère dans sa vieillesse, cause, selon le texte, de la division du royaume après lui. Certains auteurs maçonniques y voient une leçon : la sagesse n’est jamais acquise une fois pour toutes, et le plus grand bâtisseur peut négliger son temple intérieur.

Le chantier comme modèle d’organisation

Le récit biblique du chantier a inspiré l’organisation symbolique de la loge. Le texte mentionne des porteurs, des tailleurs de pierre et des chefs préposés aux travaux : la tradition maçonnique y a lu la distinction entre apprentis, compagnons et maîtres, chacun rémunéré selon son rang. Le silence du chantier, où les pierres arrivaient déjà taillées, est devenu une image du travail intérieur, qui se fait loin du bruit. Enfin, la collaboration entre un roi d’Israël et un roi phénicien a été lue comme un modèle de coopération entre peuples différents autour d’une œuvre commune.

Le saviez-vous ?

Le « sceau de Salomon », étoile à six branches formée de deux triangles entrelacés, est une figure de la tradition légendaire et magique postérieure à la Bible, qui attribuait au roi un anneau doué de pouvoirs. On le retrouve dans certains décors et grades maçonniques comme symbole de l’union des contraires.

Pour approfondir

  • La Bible, premier livre des Rois, chapitres 3 à 11 ; deuxième livre des Chroniques, chapitres 1 à 9.
  • James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, Londres, 1723.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Colonnes, Sagesse, Force, Beauté, Sceau de Salomon, Anciens Devoirs (Old Charges).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Salle Humide en Franc-maçonnerie

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La salle humide est, dans le vocabulaire maçonnique français, la pièce où se tiennent les agapes, le repas fraternel qui suit la tenue. Elle ne fait pas partie du temple proprement dit : elle peut lui être accolée ou se trouver dans un bâtiment voisin. Le mot, plaisant, oppose le lieu où l’on boit et mange au lieu du travail rituel. Espace de détente et de convivialité, la salle humide n’en est pas moins essentielle à la vie de la loge : c’est souvent là que se nouent les liens, que les nouveaux venus trouvent leur place et que se prolongent les échanges.

Une définition

Salle Humide

La salle humide est le lieu des agapes, collation froide ou repas chaud partagé après les travaux. Elle n’est pas sacralisée comme le temple : on n’y porte pas nécessairement les décors, la circulation n’y est pas réglée, la parole y est libre. Elle reste toutefois en principe réservée aux maçons, sauf exceptions décidées par la loge, comme les agapes ouvertes à des invités ou aux familles.

D’où vient l’expression ?

L’origine exacte du mot n’est pas documentée. L’explication la plus simple est humoristique : c’est la salle où l’on boit. Elle rappelle aussi l’histoire : au XVIIIe siècle, les loges anglaises et françaises se réunissaient souvent dans des tavernes ou des auberges, et la tenue se confondait parfois avec le banquet. La séparation entre un temple dédié et une salle de repas date surtout du XIXe siècle, avec la construction de locaux maçonniques permanents.

On rapproche parfois l’expression d’une autre formule du langage maçonnique : « il pleut », signal convenu pour avertir qu’un profane est présent et qu’il faut se taire sur les sujets maçonniques. Le rapprochement est tentant mais non établi.

Agapes et banquets d’ordre

Il faut distinguer les agapes ordinaires, moment de convivialité, des banquets d’ordre ou loges de table, véritables tenues ritualisées où l’on porte des santés selon un cérémonial précis, avec un vocabulaire propre : les verres deviennent des « canons », le vin la « poudre forte », les bouteilles des « barriques ». Ces banquets se tiennent eux aussi dans la salle humide, transformée pour l’occasion en espace rituel.

  • Agapes : repas fraternel libre après la tenue.
  • Banquet d’ordre : tenue de table ritualisée, avec santés d’obligation.
  • Santés : toasts portés selon un ordre fixé, au pays, à l’obédience, aux visiteurs.
  • Récréation : dans certains rites, suspension des travaux pendant laquelle la loge passe à table.

Le temple et la salle humide

Salle Humide
Grande fresque du Tribunal d’Osiris dans la salle humide de la Grande Loge de Misraïm à Paris

Le temple est un espace orienté et sacralisé par le rituel ; la salle humide, un espace profane, sans géométrie symbolique stricte. Cette opposition structure la vie maçonnique : rigueur rituelle d’un côté, fraternité humaine de l’autre. L’une sans l’autre serait incomplète : un rite sans fraternité vécue deviendrait formalisme, une convivialité sans rite deviendrait simple club.

Le cœur social de la loge

C’est souvent à table que se construisent les amitiés, que les Apprentis, tenus au silence en tenue, peuvent enfin parler, que les visiteurs sont accueillis et que se poursuivent les discussions de la planche. Beaucoup de maçons reconnaissent que l’intégration d’un nouveau membre se joue autant en salle humide qu’au temple.

Le saviez-vous ?

Certaines salles humides sont de véritables lieux de patrimoine. Celle de la Grande Loge de Misraïm à Paris est ornée d’une grande fresque représentant le tribunal d’Osiris, en écho aux références égyptiennes de ce rite. Les décors de salles humides témoignent souvent de l’identité et de l’histoire d’une loge ou d’une obédience.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Temple, Canon.

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S comme Salaire en Franc-maçonnerie

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En franc-maçonnerie, le salaire ne désigne pas une rémunération mais la récompense symbolique du travail accompli en loge. L’expression vient des bâtisseurs, qui recevaient leur paie selon leur qualification : les apprentis, les compagnons et les maîtres n’étaient pas payés au même taux. Dans la maçonnerie spéculative, « recevoir son salaire » signifie tirer profit de son travail intérieur, et l’« augmentation de salaire » désigne le passage d’un degré au suivant. Le mot rappelle que l’initiation est un travail, et que son fruit se mesure en progression plutôt qu’en biens.

Un héritage des chantiers

Salaire

Sur les chantiers médiévaux, les comptes de construction distinguent les tailleurs de pierre, les poseurs, les apprentis, avec des salaires différents. Les Old Charges, manuscrits des maçons anglais dont le plus ancien, le Regius, date de la fin du XIVe siècle, prescrivent que le maître paie chacun selon ce qu’il mérite. La maçonnerie spéculative a conservé ce vocabulaire en le transposant : le travail devient celui de l’homme sur lui-même, et le salaire, ce qu’il en reçoit.

Recevoir son salaire

Dans les rituels, la fin des travaux est souvent évoquée comme le moment où les ouvriers reçoivent leur salaire et se retirent contents et satisfaits. Selon les rites, les apprentis et les compagnons sont dits recevoir leur salaire à l’une ou l’autre des deux colonnes du temple, attribution qui diffère entre le Rite Français et le Rite Écossais Ancien et Accepté. Les maîtres, eux, le reçoivent dans la chambre du milieu. Cette géographie rituelle relie chaque degré à un lieu et à un symbole.

L’augmentation de salaire

L’expression désigne le passage au degré supérieur : d’apprenti à compagnon, puis de compagnon à maître. Elle n’est jamais automatique. L’apprenti doit avoir accompli un temps minimum, souvent de l’ordre d’une année, assisté régulièrement aux tenues, présenté un ou plusieurs travaux. Il est généralement interrogé par les maîtres, en dehors de sa présence ou devant l’atelier selon les usages, puis l’atelier vote. L’augmentation reconnaît un mérite, non une ancienneté.

Les étapes

  • Assiduité aux tenues et participation à la vie de l’atelier.
  • Présentation de travaux sur les symboles du degré.
  • Examen par les maîtres de la loge, sous des formes variables selon les obédiences.
  • Vote de l’atelier, en chambre de maître pour le passage au troisième degré.
  • Cérémonie de passage, qui confère de nouveaux symboles, signes et mots.

Une logique inversée

Dans le monde profane, le salaire est la contrepartie d’un service rendu à autrui. En loge, il est intérieur : nul ne peut le recevoir à la place d’un autre, nul ne peut l’acheter. Il est proportionné à l’effort plus qu’au talent. Cette inversion éclaire l’engagement maçonnique : le travail sur la pierre brute n’enrichit pas, il transforme. Les cotisations versées à la loge, elles, servent à son fonctionnement et à la solidarité, non à acheter des grades.

Le salaire et la légende d’Hiram

Le récit du troisième degré fait du salaire un enjeu dramatique. Selon la légende, trois compagnons veulent obtenir de l’architecte Hiram le mot des maîtres, qui leur permettrait de recevoir un salaire de maître sans en avoir le mérite. Devant son refus, ils le tuent. La légende montre ce qui arrive lorsqu’on prétend arracher le salaire au lieu de le gagner : le mot est perdu et l’œuvre interrompue. La leçon morale est explicite : la reconnaissance se reçoit, elle ne se prend pas.

Interprétations

Les auteurs maçonniques ont proposé plusieurs lectures du salaire. Pour les uns, il est la connaissance acquise à chaque degré, symboles nouveaux et clés d’interprétation. Pour d’autres, il est la transformation du caractère : plus de mesure, d’écoute, de patience. D’autres encore insistent sur sa dimension collective : la loge entière s’enrichit lorsque chacun de ses membres progresse. Toutes ces lectures convergent sur un point : le salaire n’est jamais un dû, mais la conséquence d’un travail librement consenti, que l’atelier reconnaît sans pouvoir l’accomplir à la place de chacun.

Le saviez-vous ?

Le vocabulaire des bâtisseurs a laissé d’autres traces en loge : on parle de « travaux » pour les réunions, de « chantier » pour les projets, d’« ouvriers » pour les membres. Le salaire en est la conséquence logique : un atelier où l’on travaille est un atelier où l’on est payé, fût-ce en lumière.

À retenir

  • Le salaire maçonnique est la récompense symbolique du travail intérieur.
  • Le terme vient des chantiers, où chaque qualification avait son taux.
  • L’augmentation de salaire désigne le passage au degré supérieur, soumis au vote de l’atelier.
  • La légende d’Hiram fait du salaire usurpé la cause du drame du troisième degré.

Voir aussi dans le glossaire : Augmentation de salaire…, Apprenti, Compagnon, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Colonnes, Hiram, Anciens Devoirs (Old Charges).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Saint-Jean d’hiver en Franc-maçonnerie

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La Saint-Jean d’hiver est la fête maçonnique de saint Jean l’Évangéliste, célébrée le 27 décembre, quelques jours après le solstice d’hiver. Avec la Saint-Jean d’été, consacrée à Jean le Baptiste le 24 juin, elle encadre l’année maçonnique et rappelle que les loges symboliques se sont longtemps dites « loges de Saint-Jean ». Moment de banquet, d’installation d’officiers et de fraternité, elle porte une symbolique forte : celle de la lumière qui renaît au cœur de la nuit la plus longue, et de la parole intérieure dont l’Évangéliste est devenu l’emblème.

Deux saints Jean, deux solstices

Saint-Jean d'hiver

La tradition maçonnique a adopté deux patrons, tous deux nommés Jean, dont les fêtes liturgiques tombent près des solstices : Jean le Baptiste le 24 juin, Jean l’Évangéliste le 27 décembre. Contrairement à ce qu’affirmait l’ancienne version de cette notice, la fête de l’Évangéliste n’est pas le 21 décembre : c’est la proximité du solstice, et non la coïncidence exacte, qui fonde la symbolique. Certaines loges choisissent toutefois de célébrer la fête à une date voisine, selon leur calendrier.

Les deux fêtes forment un couple : l’été dit la lumière à son zénith, qui va décroître ; l’hiver, la lumière à son nadir, qui va croître. On a souvent rapproché ce binôme de Janus, le dieu romain aux deux visages qui présidait aux portes et aux commencements, et des « portes solsticiales » étudiées par les auteurs de la pensée traditionnelle.

Les loges de Saint-Jean

Au XVIIIe siècle, les maçons se présentent volontiers comme venant de la « sainte loge de Saint-Jean ». La divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected (1730), en garde la trace dans le catéchisme d’Apprenti. L’expression « maçonnerie de Saint-Jean » désigne encore, dans plusieurs traditions, les trois grades symboliques, par opposition aux hauts grades.

Le calendrier des saints Jean a marqué de grandes dates : la première Grande Loge de Londres est traditionnellement associée au 24 juin 1717, jour de la Saint-Jean d’été, et l’union des « Anciens » et des « Modernes » qui donna naissance à la Grande Loge Unie d’Angleterre fut célébrée le 27 décembre 1813, jour de la Saint-Jean d’hiver.

Jean l’Évangéliste, figure du Verbe et de la Lumière

Auteur traditionnel du quatrième évangile, Jean est représenté avec l’aigle, symbole de la vision qui regarde le soleil en face. Son prologue, « Au commencement était le Verbe », associe la Parole et la Lumière qui luit dans les ténèbres. Dans plusieurs rites, la Bible est ouverte à ce prologue sur l’autel des serments, ce qui explique la place particulière de l’Évangéliste dans l’imaginaire maçonnique.

Lu de manière symbolique plutôt que confessionnelle, il incarne l’intériorité, la contemplation et l’amour fraternel, en complément du Baptiste, figure de l’annonce, de l’ascèse et de l’action.

Comment les loges la célèbrent

Saint-Jean d'hiver
  • Une tenue solennelle, souvent suivie d’un banquet ou d’agapes, parfois ouverts aux familles.
  • Dans certaines loges, l’installation des nouveaux officiers et du Vénérable.
  • Des santés d’obligation portées selon l’usage du rite lors des banquets d’ordre.
  • Des planches consacrées au solstice, à la lumière renaissante ou à la figure de Jean.
  • Dans certaines traditions, le début de l’année maçonnique.

Symbolique du solstice d’hiver

Le solstice d’hiver est le moment où la nuit atteint sa plus grande durée et où le soleil, imperceptiblement, recommence à monter. Les maçons y lisent une mort et renaissance qui fait écho à l’initiation : la lumière naît dans l’obscurité, comme l’initié reçoit la Lumière après le bandeau. C’est un temps de retrait, de bilan et de maturation, moins expansif que la Saint-Jean d’été.

Le saviez-vous ?

Dans les instructions anglo-américaines, le symbole du point au centre d’un cercle encadré de deux lignes parallèles a longtemps été expliqué par les deux saints Jean, gardiens des limites que le maçon ne doit pas franchir. Cette lecture a ensuite été modifiée dans certains rituels, mais elle témoigne de l’ancienneté du patronage johannique.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
  • René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1962.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Solstices, Banquet d’ordre, Installation.

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S comme Saint-Jean d’été en Franc-maçonnerie

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La Saint-Jean d’été est la fête maçonnique placée sous le patronage de saint Jean-Baptiste, célébré le 24 juin, quelques jours après le solstice. Avec la Saint-Jean d’hiver, dédiée à Jean l’Évangéliste le 27 décembre, elle rythme l’année des loges, qui se disent volontiers « loges de Saint-Jean ». Elle a aussi une portée fondatrice : c’est un 24 juin, en 1717, que quatre loges londoniennes se réunirent pour former la première Grande Loge. Fête de la lumière à son zénith, elle est souvent l’occasion d’une tenue solennelle et d’un banquet fraternel.

Jean-Baptiste, patron des maçons

Saint-Jean d'été
Source : Wikimedia Commons – Leonardo da Vinci – Public domain

Les corporations médiévales se plaçaient sous la protection d’un saint, et les maçons opératifs anglais et écossais ont honoré plusieurs patrons, dont les Quatre saints couronnés. La maçonnerie spéculative a retenu les deux saints Jean : Jean-Baptiste, le précurseur, et Jean l’Évangéliste, l’auteur du prologue sur la Lumière. Le chevalier Ramsay parle déjà de « loges de Saint-Jean » dans les années 1730, et l’expression figure encore dans des rituels du Rite Écossais Ancien et Accepté et du Rite Écossais Rectifié.

La figure du Baptiste parle d’elle-même au franc-maçon : il prépare, annonce et ouvre un chemin. Une parole de l’Évangile de Jean lui est attribuée, « il faut qu’il croisse et que je diminue », que la tradition chrétienne a rapprochée de la course du soleil, qui commence à décroître après le solstice d’été.

Un acte de naissance : le 24 juin 1717

Selon le récit de James Anderson dans ses Constitutions (1723, puis 1738), quatre loges de Londres, réunies dans des tavernes, décidèrent de se constituer en Grande Loge et tinrent leur première assemblée le 24 juin 1717 à l’auberge The Goose and Gridiron, où fut élu le premier Grand Maître, Anthony Sayer. Les loges prévoyaient de tenir chaque année une assemblée et une fête : la Saint-Jean devint ainsi la date naturelle des élections et du grand banquet de l’Ordre.

Solstice et symbolisme de la lumière

Le solstice d’été marque le jour le plus long : la lumière atteint son apogée mais amorce aussitôt son déclin. Ce double mouvement fonde l’essentiel de la lecture maçonnique. La fête invite à mesurer le chemin parcouru, mais rappelle que tout sommet contient déjà son basculement. Dans les obédiences dites libérales, comme le Grand Orient de France, les fêtes de Saint-Jean sont souvent lues comme des fêtes solsticiales, et parfois rapprochées du Janus romain, dieu aux deux visages, gardien des portes de l’année.

  • Saint-Jean d’été : Jean-Baptiste, 24 juin, lumière à son zénith, expansion, manifestation.
  • Saint-Jean d’hiver : Jean l’Évangéliste, 27 décembre, lumière renaissante, intériorité, gestation.
  • Point dans le cercle : dans la tradition anglo-saxonne, le cercle bordé de deux parallèles est souvent rapporté aux deux saints Jean.
  • Feux de la Saint-Jean : la fête populaire du solstice, avec ses bûchers, fait écho à la symbolique maçonnique du feu et de la lumière.

Dans la vie des loges

Saint-Jean d'été
Source : Wikimedia Commons – Ethan Doyle White – CC BY-SA 4.0

La Saint-Jean d’été est l’un des deux grands rendez-vous du calendrier maçonnique. Selon les rites et les ateliers, elle donne lieu à une tenue solennelle, parfois à l’installation des nouveaux officiers, et à un banquet d’ordre ou d’obligation, traditionnellement tenu aux deux Saint-Jean. Beaucoup de loges y associent les familles et les amis lors d’agapes ouvertes ou d’un repas champêtre, ce qui fait de cette fête l’un des moments où la maçonnerie se montre volontiers à son entourage.

Cette dimension conviviale n’est pas accessoire : elle rappelle que le travail symbolique se prolonge dans la vie fraternelle et que la lumière reçue en loge doit se partager.

Une méditation sur l’accomplissement

Pour le franc-maçon, la Saint-Jean d’été pose une question simple : que faire de la lumière acquise ? Le solstice enseigne que l’accomplissement n’est jamais un état stable. Il appelle la vigilance, la transmission et le retour vers l’intériorité que figurera, six mois plus tard, la Saint-Jean d’hiver. Les deux fêtes forment un cycle dans lequel l’initié apprend à alterner engagement et recueillement.

Le saviez-vous ?

La première Grande Loge choisit le jour de la Saint-Jean-Baptiste pour sa fondation : c’est pourquoi le 24 juin est souvent présenté comme l’anniversaire de la franc-maçonnerie moderne. En 2017, les obédiences du monde entier ont célébré son tricentenaire.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, Londres, 1723 ; nouvelle édition 1738.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècles, Belin, 2002.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Fondation de la loge Saint-Jean Auxiliaire à Stockholm, 1752 (date historique), Solstices, Banquet d’ordre, Lumières (trois).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Saints Jean en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les saints Jean, Jean le Baptiste et Jean l’Évangéliste, sont les patrons traditionnels de la franc-maçonnerie. Leurs fêtes, le 24 juin et le 27 décembre, encadrent les deux solstices et rythment l’année des loges depuis les confréries de métier. Les trois premiers degrés sont appelés « maçonnerie de Saint-Jean », et la première Grande Loge fut fondée à Londres un 24 juin. Figures de l’annonce et de la contemplation, de la lumière qui décroît et de celle qui renaît, ils offrent aux maçons croyants comme non croyants une riche matière symbolique.

Deux figures complémentaires

Saints Jean

Jean le Baptiste, le Précurseur, prêche au désert, baptise dans le Jourdain et annonce la venue du Christ ; il est fêté le 24 juin, jour de sa nativité. Jean l’Évangéliste, le disciple bien-aimé, est l’auteur traditionnel du quatrième Évangile et de l’Apocalypse ; il est fêté le 27 décembre. L’un est l’homme de l’action et de l’appel, l’autre celui de la méditation et du Verbe. La maçonnerie a retenu ce couple comme une image de l’équilibre entre engagement et intériorité.

Un héritage des confréries

Au Moyen Âge, chaque métier se plaçait sous la protection d’un saint, et les fêtes de la Saint-Jean étaient l’occasion d’assemblées, de messes et de banquets. Les loges écossaises du XVIIe siècle se réunissaient volontiers à la Saint-Jean d’hiver pour élire leurs officiers. La maçonnerie spéculative a conservé cet usage : la Grande Loge de Londres et de Westminster fut constituée le 24 juin 1717, et la plupart des obédiences du XVIIIe siècle tenaient leurs assemblées générales à l’une des deux Saint-Jean.

Les loges de Saint-Jean

On appelle « loges de Saint-Jean » ou « maçonnerie bleue » les loges qui travaillent aux trois premiers degrés, apprenti, compagnon et maître, par distinction avec les ateliers de hauts grades. Les anciens catéchismes faisaient dire au maçon qu’il venait « d’une loge de Saint-Jean ». En Suède et dans certains pays nordiques, l’expression désigne encore officiellement les trois premiers grades du Rite suédois.

Les saints Jean et le cycle solaire

Les deux fêtes tombent quelques jours après les solstices. La parole du Baptiste rapportée par l’Évangile de Jean, « il faut qu’il croisse et que je diminue », a été rapprochée de la lumière qui décroît après le solstice d’été, tandis que la Saint-Jean d’hiver accompagne sa renaissance. Les auteurs symbolistes y ont vu les deux « portes » de l’année, rapprochées de Janus. Les anciennes planches de tradition anglaise représentent parfois un cercle encadré de deux lignes parallèles, associées aux deux saints Jean.

Dans les rituels et les usages

Saints Jean
  • Ouverture de la Bible au prologue de l’Évangile de Jean dans de nombreuses loges de tradition écossaise et rectifiée.
  • Fêtes solsticiales de juin et de décembre, souvent suivies d’agapes.
  • Formule de certains rituels où les travaux sont placés sous les auspices de saint Jean.
  • Calendrier des installations et des élections d’officiers aligné, dans plusieurs obédiences, sur ces fêtes.

Entre héritage chrétien et universalité

Le patronage des saints Jean témoigne des origines chrétiennes du métier. Après l’union de 1813 en Angleterre, la Grande Loge Unie a toutefois choisi de dédier ses loges au roi Salomon plutôt qu’aux saints Jean, afin de souligner son ouverture à tous les croyants. En France, les obédiences adogmatiques célèbrent les solstices en mettant l’accent sur le symbolisme de la lumière, tandis que le Rite Écossais Rectifié conserve une lecture explicitement chrétienne.

Lectures symboliques

Les interprétations maçonniques des deux saints Jean sont nombreuses. Pour les uns, le Baptiste représente la voie de l’action, de la parole publique, de la purification ; l’Évangéliste, celle de la contemplation et de la connaissance intérieure. Pour d’autres, ils figurent les deux colonnes, ou les deux moitiés de l’année entre lesquelles l’initié doit trouver son point d’équilibre. Dans les obédiences adogmatiques, on retient surtout l’image d’une lumière qui croît et décroît, rappel que tout travail initiatique est cyclique et toujours à reprendre.

Le saviez-vous ?

La fête de la Saint-Jean d'été
La fête de la Saint-Jean d’été

En Écosse, de nombreuses loges anciennes portent le nom de « St John’s Lodge », et les comptes rendus des loges écossaises du XVIIe siècle mentionnent des réunions tenues à la Saint-Jean. L’expression « maçonnerie de Saint-Jean » est donc antérieure à la fondation des Grandes Loges et rappelle la continuité entre loges opératives et spéculatives. Dans le Rite suédois, les trois premiers degrés forment encore aujourd’hui officiellement les « grades de Saint-Jean ».

À retenir

  • Jean le Baptiste (24 juin) et Jean l’Évangéliste (27 décembre), patrons traditionnels des maçons.
  • Les fêtes de la Saint-Jean, proches des solstices, rythment l’année maçonnique.
  • Les loges des trois premiers degrés sont dites « loges de Saint-Jean ».
  • La Grande Loge de Londres fut fondée le 24 juin 1717.

Voir aussi dans le glossaire : Solstices, Fondation de la loge Saint-Jean Auxiliaire à Stockholm, 1752 (date historique), Loge Bleue ou Loge Symbolique., Fêtes Solsticiales, Livre sacré, Salomon.

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S comme Sac aux propositions en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le sac aux propositions est un petit sac, le plus souvent d’étoffe, que l’on fait circuler parmi les Frères et les Sœurs à la fin d’une tenue. Chacun peut y glisser, s’il le souhaite, un billet portant une proposition, une remarque ou une demande destinée à l’atelier. Discret et modeste, il compte parmi les usages les plus anciens de la loge française : il donne la parole à tous, y compris à ceux qui ne la prennent pas, et rappelle que la vie d’un atelier ne se décide pas seulement depuis l’Orient. Il circule traditionnellement aux côtés du tronc de la Veuve, avec lequel on le confond parfois.

Un usage attesté dès le début du XIXe siècle

Sac aux propositions
Sac aux propositions

Le sac des propositions figure déjà dans le Vocabulaire des Francs-Maçons d’Étienne-François Bazot, publié vers 1810. L’auteur le décrit comme un petit sac de soie présenté à la fin des séances, dans lequel un membre peut déposer une plainte ou une proposition ; le billet n’est lu en loge que s’il est jugé convenable. Cette précision ancienne est précieuse : dès l’origine, la liberté d’écrire s’accompagne d’un filtre exercé par le Vénérable Maître, garant de l’harmonie des travaux.

L’objet lui-même n’a rien de spectaculaire. Selon les loges, il s’agit d’un sac brodé aux couleurs de l’atelier, d’une bourse ou d’une simple boîte. Ce qui compte n’est pas sa matière, mais le moment rituel auquel il apparaît et la règle qui l’entoure.

Le moment rituel : avant la fermeture des travaux

Dans la plupart des rituels français, le sac circule au moment où les travaux touchent à leur fin, juste avant la clôture. Le Vénérable Maître annonce sa circulation ; un officier, souvent le Frère Expert ou le Maître des cérémonies selon les usages, le présente successivement à chacun. Le geste est identique pour tous : chacun y plonge la main, qu’il ait ou non quelque chose à y déposer. Ainsi, nul ne peut savoir qui a écrit.

Le sac revient ensuite à l’Orient. Le Vénérable en prend connaissance et décide de la suite : lecture immédiate, renvoi à une tenue ultérieure, transmission à la commission compétente ou au collège des officiers. Juste après, ou en même temps, l’Hospitalier fait circuler le tronc de la Veuve, destiné aux oboles pour les œuvres de solidarité. Les deux gestes sont distincts : l’un recueille des idées, l’autre des dons.

Ce que l’on y dépose

  • Des propositions touchant l’organisation de l’atelier : calendrier, thèmes de travail, fonctionnement des agapes.
  • Des remarques ou des observations sur la tenue du rituel et la qualité des échanges.
  • Des demandes d’aide ou de soutien fraternel pour un Frère ou une Sœur en difficulté.
  • Dans certains ateliers, des informations administratives ou des propositions de candidature, selon le règlement intérieur.
  • Parfois, une plainte : c’est précisément le cas que prévoyaient déjà les usages du début du XIXe siècle.

Anonymat ou signature : une question de règlement

La tradition retient l’image d’un billet anonyme, et c’est bien ainsi que les anciens glossaires décrivent le sac. Mais les usages varient. Certains règlements intérieurs exigent que les propositions engageant la loge, par exemple une modification de son fonctionnement ou une dépense, soient signées pour pouvoir être mises en délibération. L’anonymat protège la parole ; la signature engage la responsabilité. Entre les deux, chaque atelier fixe sa règle, et il est sage de la rappeler aux nouveaux initiés.

Dans tous les cas, l’esprit demeure le même : la liberté d’expression offerte par le sac n’autorise ni l’attaque personnelle ni la rumeur. Le Vénérable conserve la faculté de ne pas lire un billet contraire à la fraternité.

Une portée symbolique

Le sac aux propositions met en pratique une idée simple : dans la loge, chaque voix compte, y compris celle de l’Apprenti à qui le rituel demande le silence. Pour celui qui ne prend pas encore la parole, il est un canal légitime et ritualisé. Il rappelle aussi que la bonne marche d’un atelier est une œuvre collective : le Vénérable préside, mais il écoute.

On peut y voir une leçon de discernement, tant pour celui qui écrit que pour celui qui lit. Écrire une proposition, c’est la formuler avec clarté et mesure ; la recevoir, c’est l’examiner pour son contenu plutôt que pour son auteur supposé. Le geste rejoint ainsi le travail sur la parole qui traverse tout le parcours maçonnique.

Le saviez-vous ?

Pour préserver l’anonymat, l’usage veut que chacun mette la main dans le sac, même sans rien y déposer. Le geste, identique pour tous, rend la provenance d’un billet impossible à deviner, et transforme un simple dispositif pratique en petit rite d’égalité.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tronc de la veuve, Expert Officier, Hospitalier (ou Elémosinaire), Sautoir de Vénérable Maître, Tenue.

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S comme Sablier en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le sablier, instrument qui mesure le temps par l’écoulement régulier du sable, figure parmi les objets du cabinet de réflexion où le candidat médite avant son initiation. Image de la fuite des heures et de la finitude humaine, il rappelle au futur maçon que sa vie est comptée et qu’il lui faut en faire bon usage. On le retrouve aussi parmi les emblèmes du grade de Maître dans certaines traditions, aux côtés de la faux. Héritier des vanités et du memento mori, il n’est pas un symbole de tristesse mais une invitation à la lucidité, au travail et au renouvellement.

Un instrument de mesure

Crâne bougie sablier livres
crâne bougie allumée, sablier livres

Le sablier se compose de deux ampoules de verre reliées par un étroit goulot, à travers lequel le sable s’écoule en un temps fixé. Apparu en Europe à la fin du Moyen Âge, il servait à la navigation, aux prédicateurs et aux tribunaux. L’une de ses plus anciennes représentations figure dans la fresque du Bon Gouvernement peinte par Ambrogio Lorenzetti à Sienne vers 1338. À la différence du cadran solaire, il mesure une durée et non l’heure : il dit combien de temps il reste.

Dans le cabinet de réflexion

Avant d’être introduit dans le temple, le candidat est laissé seul dans le cabinet de réflexion, petite pièce sombre où l’entourent des objets chargés de sens : un crâne, du pain et de l’eau, du sel et du soufre, un coq, l’inscription VITRIOL, et souvent un sablier. Il y rédige son testament philosophique. Le sablier lui rappelle que le temps passe, que la vie profane qu’il s’apprête à quitter symboliquement est limitée, et que la décision qu’il prend l’engage. Il accompagne une mort symbolique qui prépare une naissance.

Parmi les emblèmes du Maître

Dans la tradition anglo-américaine, les manuels d’instruction du grade de Maître, comme le Monitor de Thomas Smith Webb publié en 1797, commentent une série d’emblèmes parmi lesquels figurent le sablier et la faux. Le sablier y est présenté comme l’image de la vie humaine qui s’écoule grain à grain, la faux comme celle du temps qui tranche le fil de l’existence. Ces emblèmes prolongent la méditation sur la mort qui traverse le troisième degré et la légende d’Hiram.

Une iconographie partagée

Sablier
  • Les vanités peintes du XVIIe siècle associent sablier, crâne, bougie et livres pour dire la brièveté de la vie.
  • Chronos ou Saturne, figure du Temps, est représenté avec une faux et un sablier.
  • Les monuments funéraires portent souvent un sablier ailé : le temps fuit.
  • La devise latine Tempus fugit, « le temps fuit », reprend un vers de Virgile.
  • La maçonnerie reprend ce répertoire en l’orientant vers le travail sur soi plutôt que vers la crainte.

Une leçon de lucidité

Le sablier ne cherche pas à effrayer. Il invite à prendre conscience de la finitude pour mieux employer le temps disponible. Pour le franc-maçon, la question n’est pas seulement « combien de temps me reste-t-il ? » mais « qu’en fais-je ? ». Le travail sur la pierre brute, l’assiduité aux tenues, la fidélité aux engagements prennent leur sens dans cette perspective : le temps est un matériau, comme la pierre, qu’il faut tailler avec soin.

Le sablier que l’on retourne

Le sablier a une particularité que l’horloge n’a pas : on peut le retourner. Une fois le sable écoulé, un geste suffit pour recommencer un cycle. Nombre de commentateurs y voient l’image de la renaissance initiatique : ce qui s’achève dans une ampoule commence dans l’autre. Les deux ampoules, reliées par un point étroit, ont aussi été lues comme le monde d’en haut et le monde d’en bas, ou comme le passage par la porte étroite qui sépare une vie d’une autre.

Le saviez-vous ?

Sablier

Au XVIe et au XVIIe siècle, certains prédicateurs plaçaient un sablier sur la chaire pour mesurer la durée de leur sermon ; des supports à sablier subsistent encore dans quelques églises anglaises.

Pour approfondir

  • Thomas Smith Webb, The Freemason’s Monitor, or Illustrations of Masonry, 1797.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd. 2006).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Testament (philosophique), Crâne, Initiation, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Faux documents (antimaçonnisme).

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