jeu 26 janvier 2023 - 23:01

Le temple maçonnique de Nancy-Une œuvre d’art dévoilée

André Rossinot signe l’avant-propos, de son simple nom, sans aucune autre qualité. Voilà qui caractérise bien la belle et grande humilité de ce « Franc-maçon initié au Grand Orient de France dont Wikipédia souligne, en rubrique « Autres activités », être aussi « Membre du club Le Siècle ».

André Rossinot

Ancien député, ancien ministre, ancien président du Parti radical, ancien maire de Nancy mais aussi président de la Métropole du Grand Nancy de 2001 à 2020, André Rossinot souligne que « la réhabilitation du Grand Temple a été le fruit de l’union de toutes les forces politiques institutionnelles, les pouvoirs publics, les représentants de l’État et les collectivités territoriales, la Région Lorraine, le Département et son regretté Michel Dinet et votre serviteur, le maire de Nancy. […] Le résultat culturel, scientifique et technique est maintenant salué par tous les amis qui fréquentent « la rue Drouin ». C’est une nouvelle étape de la vie du temple… »

Vous l’avez compris, l’union fait la force. En sagesse, ils ont donc tous donné, en le rénovant, la beauté à ce temple qui fait désormais aussi le bonheur des visiteurs lors des Journées Européennes du Patrimoine. les Journées européennes coordonnées par la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est (DRAC).

Rappelons aussi que nous devons au préfacier, avec la collaboration d’Emmanuel Haymann, d’un Stanislas, le roi philosophe (Michel Lafon, Coll. Un Maire – Une Ville – Un Personnage, 1999, réimpr. 2004, 2008) et un rapport sur La laïcité dans les services publics – en trois parties : La laïcité au cœur de la République, Agir pour consolider la laïcité dans les services publics, assurer l’adhésion durable de tous aux valeurs de la République –, remis à Nicolas Sarkozy le 20 septembre 2006.

Plus qu’un ouvrage, ce beau livre est publié sous l’égide de l’ILDERM (Institut Lorrain d’Études et de Recherche maçonniques), association interobédientielle elle qui s’est donnée comme projet de faire revivre la riche histoire de la Franc-maçonnerie en Lorraine. L’ILDERM déjà connu pour ses Chroniques d’histoire maçonnique Loraine ou encore, en novembre 2007, la parution d’une nouvelle revue maçonnique Le pied du mur dont le premier numéro s’inscrivait dans une problématique plus générale de « Poésie et Vérité », complément heureux des textes maçonniques qui concernent surtout le domaine du savoir dit « savant ».

Mais avant d’entrer dans le récit de cettte belle aventure que fut la rénovation de ce temple, sans doute l’un de plus beau de France, situons, à Nancy, au sein du département de Meurthe-et-Moselle, en région Lorraine, la rue, à quelques encablures de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, qui porte le nom de la famille Drouin : Nicolas Drouin (1590-1649), auteur du tombeau du Charles de Lorraine dit le cardinal de Vaudémont aux Cordeliers ; Siméon Drouin, sculpteur et architecte, auteur du Vœu de Nancy, à l’église Notre-Dame-de-Bonsecours ; Jessé Drouin, sculpteur et Florent Drouin, né à Nancy, mort en 1612, auteur, entre autres, de la Cène de Saint-Epvre (1582).

Si au numéro 2 de ladite rue, nous trouvons la Maison du Peuple, c’est bien au 15 qu’il faut faire halte afin de découvrir un lieu encore insolite pour beaucoup, alimentant toujours secrets et fantasmes. Devant la porte, rien n’y parait. Mais une fois la porte franchie, c’est la découverte totale de cette maison partagée, le temple de la Loge Saint-Jean-de-Jérusalem. Michel Richalet retrace la journée du 27 janvier 2017 qui a vu la cérémonie inaugurale où tentures et voûte étoilée apparaissent dans leur splendeur d’antan.

C’est à la plume d’Émilie Checroun, mandataire du groupement de restaurateurs, de nous faire connaître ses impressions de restauration. Une belle occasion de travailler, avec son équipe sur un patrimoine assez peu connu du grand public mais aussi de la communauté scientifique du monde de la conservation-restauration. Quant à la petite histoire du temple, nous la devons à Jean-Claude Couturier qui nous conte comment l’immeuble où se situe le temple fut acheté en 1826 par le notaire Franc-Maçon Pierre François Marchal, un notable républicain qui marqua la vie politique de la ville. Présentant un style égypto-art nouveau, le chapitre sur le décor peint, que nous devons conservateur du patrimoine Stéphanie Cantin, ne manquera pas d’aiguiser la sagacité de l’amateur d’art. Retenant aussi toute notre attention, les écrits de l’historienne Roselyne Bouvier.  Un texte rehaussé par de très belles vues de l’intérieur du temple, avec moult détails.

Chaque symbole est décrypté : des signes du zodiaque au scarabée, du lotus au delta lumineux en son vitrail d’Orient – vitrail réalisé par Paul Nicolas, disciple d’Émile Gallé – jusqu’au décor de la porte d’Occident. Ainsi que les différentes allégories, seize au total dans leur niche, des vertus maçonniques telles que la charité, le courage, la force, l’espérance, la concorde , l’obéissance, la volonté, l’amour, la puissance ou encore la liberté. Sans oublier la chouette de la sagesse. Enfin, la magnifique voûte étoilée fait, elle aussi, l’objet d’une très belle étude. Imaginez une Tenue dans un tel lieu… De la belle ouvrage !

Par ailleurs, il est dans mes usages de présenter l’éditeur lorsque je chronique, pour la première fois, un de ses ouvrages.

Créé par François Baudin en 2013, Kaïros a toujours défendu une ligne éditoriale indépendante, humaniste et de progrès social. C’est ainsi que les éditions ont développé différentes collections : Philosophie, Témoignage, Poésie, Histoire, Questions humaines, Droit. Plus de soixante-quinze livres ont été édités en huit ans te de nombreuses conférences ont été organisées à travers la Lorraine, mais aussi des expositions, des actions culturelles diverses, des concerts, des débats, ainsi que la participation à de nombreux salons du livre.

Blason de la Lorraine

De plus, des partenariats ont été tissés au cours des années avec et différentes institutions : Université de Lorraine et Bourgogne Franche-Comté, Organismes de recherche, Conseil régional du Grand-Est et Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, municipalités diverses…

Bas-relief du dieu Kairos par Lysippe, exemplaire de Trogir (Croatie).

Le kairos (καιρός) est un concept qui, adjoint à l’aiôn et au chronos, permet, sinon de définir le temps, du moins de situer les événements selon cette dimension. Faire le bon acte au bon moment participe au Kaïros. Pour ce qui est de la pensée occidentale, le concept de Kaïros apparaît chez les Grecs sous les traits d’un petit dieu ailé de l’opportunité, qu’il faut attraper quand il passe (saisir une opportunité).

Kairos a donné en latin opportunitas (opportunité, saisir l’occasion). Ainsi, dans le langage courant, Kairos évoque le point de basculement décisif, avec une notion d’un avant et d’un après. Le Kairos est donc « l’instant T » de l’opportunité : avant est trop tôt, et après trop tard.

Collectif – Avant-propos d’André Rossinot – Kaïros, 2022, 204 pages, 34 €

Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Retraité, Yonnel Ghernaouti a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du compagnon de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire et membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour « La Chaîne d’Union », revue trimestrielle d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en est le Commissaire général.

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