mer 29 mai 2024 - 14:05

Lieu symbolique : Les grottes de Barabar en Inde

Les grottes de Barabar, parfois aussi nommées grottes de Khalatika du nom de la colline à l’époque d’Ashoka, « grottes des Sat-Garha » (des sept caves), sont les plus anciennes grottes artificielles de l’Inde, datant de l’Empire Maurya (322-185 av. J.-C.).

Le contexte historique

Sous le règne d’Ashoka, connu pour sa conversion au bouddhisme et sa promotion de la paix et de la non-violence à travers son vaste empire, l’art et l’architecture ont connu une période de développement significatif. Ashoka a érigé de nombreux stupas, colonnes et édifices à travers l’Inde pour commémorer les enseignements du Bouddha. Les grottes de Barabar, ainsi que les efforts de son petit-fils Dasharatha pour continuer son œuvre, s’inscrivent dans cette tradition de mécénat royal en faveur du bouddhisme.

La porte basse ?

L’architecture

Les grottes de Barabar sont un ensemble de quatre grottes principales : Lomas Rishi, Sudama, Visva Zopri, et Karan Chaupar, chacune avec des caractéristiques distinctes, mais partageant un style architectural cohérent. La plus célèbre, la grotte de Lomas Rishi, est particulièrement remarquable pour son portique décoré, inspiré par les motifs en bois des habitations de l’époque, ce qui témoigne de la transition des techniques architecturales du bois vers la pierre.

L’intérieur des grottes est extrêmement poli, donnant une texture lisse qui réfléchit la lumière, un exploit technique impressionnant compte tenu de la dureté du granite. Les grottes étaient utilisées comme des viharas (monastères) et des chaityas (salles de prière), servant de lieux de retraite pour les moines bouddhistes, ce qui indique l’importance du site dans la vie religieuse et monastique de l’époque.

L’importance culturelle et religieuse

La préservation exceptionnelle des grottes de Barabar permet de mieux comprendre les pratiques religieuses et la vie monastique dans l’Inde ancienne. Les inscriptions en Prakrit, trouvées à l’entrée de certaines grottes, offrent des informations précieuses sur la patronage royal et la dédicace des grottes aux moines ascétiques, mettant en lumière les interactions entre le pouvoir royal et les communautés religieuses.

L’héritage

Les grottes de Barabar ont influencé le développement ultérieur de l’architecture rupestre en Inde, notamment dans les célèbres sites de Ajanta et Ellora, où l’art de tailler des sanctuaires dans la roche a été porté à un niveau de perfectionnement inégalé. Elles constituent un jalon important dans l’histoire de l’art indien, illustrant la transition des structures architecturales en bois vers des monuments pérennes taillés dans la roche.

En somme, les grottes de Barabar ne sont pas seulement un témoignage de l’ingéniosité architecturale de l’Inde ancienne mais aussi un lien culturel et spirituel précieux, offrant un aperçu de la complexité et de la richesse des traditions religieuses et artistiques de l’époque Maurya.

Quid de la symbolique ?

Les grottes de Barabar sont emblématiques de plusieurs niveaux de symbolisme dans l’architecture et la spiritualité bouddhistes :

Développement de l’arche de Chaitya à partir de la grotte de Lomas Rishi

Retraite et méditation : en tant que viharas (monastères), ces grottes off un lieu de retraite et de méditation pour les moines bouddhistes. Leur emplacement simple et leur conception architecturale une destinée à favoriser la réflexion et le spirituel. Elles sont comme un  étendard vers le monde extérieur, symbolisant la quête bouddhiste de l’illumination à travers la méditation.

Harmonie avec la nature : creusées dans le granite, les grottes symbolisent l’harmonie entre l’homme et la nature, un thème récurrent dans le bouddhisme. Cette intégration avec l’environnement naturel reflète la compréhension bouddhiste de l’interdépendance de tous les êtres et la recherche d’un équilibre avec le monde naturel.

Permanence et impermanence : bien que taillées dans la pierre, les grottes représentent à la fois la permanence, par leur durabilité, et l’impermanence, par leur fonction de refuges temporaires pour les moines. Ce dualisme rappelle la doctrine bouddhiste de l’anicca (impermanence), selon laquelle tout dans l’univers est en constante évolution et transformation.

Le polissage “miroir” des parois de granite

Lumière et obscurité : L’utilisation de la lumière naturelle dans les grottes, créant des jeux d’ombre et de lumière, peut être interprétée comme une métaphore de la quête de la connaissance spirituelle, naviguant entre l’ignorance (obscurité) et la sagesse (lumière).

L’histoire et la symbolique des grottes de Barabar s’entremêlent pour offrir un témoignage poignant de l’ancienne spiritualité et de l’architecture de l’Inde. Elles ne sont pas seulement des monuments historiques, mais aussi des symboles vivants de la quête humaine de sens, de l’harmonie avec l’univers et de la profondeur de la pratique spirituelle bouddhiste. À travers ces structures séculaires, nous pouvons entrevoir la complexité de la pensée religieuse et philosophique de l’Inde ancienne, ainsi que l’engagement des dirigeants Maurya envers la promotion et la protection du bouddhisme.

Barabar, le site archéologique du futur, le film complet par les Bâtisseurs de l’ancien monde. Leur présentation commence ainsi : « Il y a 2 300 ans, en Inde, 5 chambres ont été taillées à l’intérieur d’énormes roches de granite. Selon des inscriptions sommaires gravées à leurs entrées, elles auraient été offertes par un roi pour servir d’abris contre la pluie à une secte. Mais de récentes analyses de scans 3D et de relevés sonores montrent que leurs formes géométriques complexes ont été réalisées avec une précision moderne et témoignent de connaissances mathématiques, acoustiques et techniques très au-delà des capacités accordées par notre Histoire à cette époque de l’Humanité… »

Illustrations : Wikimedia Commons

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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