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A propos du « croire »

Croire (du latin credere, confier en prêt, avoir confiance, admettre pour vrai)

Croyance : le fait de croire une chose vraie, vraisemblable ou possible.

La croyance fait exister les choses.

Croire est un élément de la condition humaine : l’Homme nait sur terre, ne sachant rien sur l’univers, qui l’a créé, qui a créé le créateur ? Et il se pose la quadrilogie questionnante : Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Pourquoi suis-je là ? Il est obligé de croire ce qu’il voit, qui n’est pas forcément le réel mais une réalité (ou un rêve ?) que son cerveau fabrique. C’est le « pourquoi » qui crée sa curiosité et son désir de vivre cette curiosité le maintient en vie : il « persévère ainsi dans son être » jusqu’à sa mort.

Ce POURQUOI (question primordiale) provoque le « croire ». Doté de raison, d’intuition et d’imagination, privé de réponses, il est obligé de s’en fabriquer. Il a ainsi inventé des dieux puis Dieu. Il constate qu’il va mourir. D’où l’invention des religions, comme « consolatum ». Croire, c’est donc accepter de vivre dans un monde de fictions. Il s’imagine ses ancêtres, il doit accepter ce qui est dit d’eux. L’Homme est un roman vivant. Il croit être libre, mais…sa date de naissance est un hasard, il ne choisit pas son sexe et son nom est une attribution ! Croire, c’est donc subir ! Il est indépendant par nature, mais dépendant par nécessité.

La croyance est ainsi liée à la fois, au passé, au présent, à l’avenir. Elle lui a fait inventer un calendrier, qui est une fiction. Avec un départ arbitraire (Jésus-Christ, dont l’existence est même contestée, avec des dates de naissance et de mort imprécises). La fiction, toujours, la croyance, encore !

La croyance n’est donc pas vérité ! Elle est une construction mentale qui peut évoluer selon le croyant, de la supposition à la conviction !

La FM est bâtie sur la fiction. Du temple de Salomon (qui n’existe que dans la Bible) à tous les personnages qui surgissent tout au long des rituels. C’est donc avec du mensonge que nous fabriquons de la vérité (les valeurs maçonniques). Avec la mort d’Hiram, les vrais mots de passe, partent avec lui dans la tombe. Salomon invente les mots substitués…auxquels sa cour est bien obligée de croire. Cette invention des mots substitués constitue donc un mensonge. Celui-ci est la métaphore même du mensonge dans la cité, où il est devenu une pratique nationale ! (Religion, politique, sport, etc.).

Ainsi l’homme peut croire mais aussi, l’autre peut lui faire croire ! L’animal est programmé, il ne sait pas pourquoi il vit et il ne sait pas qu’il va mourir. L’Homme, lui, ne sait pas non plus pourquoi il vit, mais il sait qu’il va mourir, donc il vit en cherchant un sens à la vie et un sens à sa vie. La croyance lui est donc utile…pour survivre ! Il est probable que sans la croyance (aux constructions de son imagination) l’espèce humaine n’aurait pas survécu.

Comme l’Homme est à la fois poète et curieux, il a inventé un peuple fictif dans le ciel et partant, le récit, qui a donné un début à l’univers. Avec ce récit auquel son inconscient finit par croire, l’homme calme son angoisse existentielle. Ce qui lui permet de mieux supporter son destin.  

Comme l’Homme est intelligent, il a aussi inventé la technique et la science, à la fois pour mieux vivre et mieux connaître son milieu ambiant. Mais au fur et à mesure que la science avance, le mystère de l’univers et celui de la vie reculent !

Il a tout de même découvert que la terre n’est pas au centre de l’univers (Copernic) qu’il est un animal comme les autres (Darwin) et qu’il n’est pas maître de sa personne (Freud). Il est obligé d’accepter ces réalités. D’autant que lorsque les choses sont vérifiables…la croyance n’est plus nécessaire ! Il constate aussi qu’il est prisonnier de ses déterminismes (biologique, psychologique, social). Il est tenu de croire à ses évidences….

Alors, pour être heureux, il ne lui reste qu’à s’évader dans l’imaginaire ! Petit, il croit au père Noël et aux fantômes. Adulte devenu, il élargit son esprit avec le mythe, la légende, la science-fiction, le conte, le roman, le cinéma, le théâtre. Faire semblant, c’est déjà croire, c’est s’identifier, devenir un autre, c’est en éprouver la sensibilité. L’émotion est complice de la croyance ! Ainsi, croire peut être à la fois une souffrance et un plaisir !

Festivités maçonniques du 1er Mai. Préparez vos agendas…

Ce week-end, comme chaque année, les maçons de tous bords se retrouvent pour fêter le traditionnel 1er Mai.

La rédaction vous suggère deux manifestations.

Tout d’abord à 10h dimanche matin, le rendez-vous est donné au Père Lachaise pour la Célébration de la Commune, pour la République et pour la défense de la Laïcité.

Nous rappelons que c’est en 1971 et à l’initiative du Grand Maître d’alors, Jacques Mitterrand (1908-1991), que le Grand Orient de France organise cette manifestation afin de célébrer la Commune de Paris, la plus importante des communes insurrectionnelles de France en 1870-1871, qui dura 72 jours, du 18 mars 1871 à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871.

Un rassemblement pour la République, la laïcité, et afin de rendre hommage aux Martyrs de la Commune de Paris.

Mais cet événement tombe en désuétude et ce, dès la fin des années 70, en 1978 en réalité. Une cette commémoration n’a plus lieu.

Il faut attendre le 1er mai 1998 pour que le Grand Maître du GODF de 1997 à 1999 Philippe Guglielmi redonne force et vigueur à cette célébration.

Nous ne reviendrons pas sur l’émouvante « montée » au Mur des Fédérés du Père-Lachaise qu’il faut vivre, ni sur la réelle participation, en son temps, des Loges du GODF à la Commune

Ensuite, l’après-midi, nous vous donnez rendez-vous pour la :

Célébration de la mémoire de Louise Michel – 1er mai 2022

Dimanche 1er mai 2022 à 15h, la Commission Nationale d’Histoire et de Recherches Maçonniques vous invite au Cimetière de Levallois Perret pour la Célébration de la mémoire de Louise Michel.

« La Chaîne d’Union » fête son numéro 100 !

La plus ancienne revue maçonnique française, toujours en parution régulière, La Chaîne d’Union est créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le Second Empire (1852-1870), régime dictatorial où la plus grande partie du pouvoir est entre les mains de Napoléon III (1808-1873).

C’est la revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France.

Le N° 100 « LA FRANC-MAÇONNERIE, VOIE TRADITIONNELLE ET MODERNITÉ », en 192 pages.

 

La table des matières :

AVANT-PROPOS par Georges Sérignac

ÉDITORIAL par Jacques Garat

ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS HARTOG

Expériences du temps et régimes d’historicité

I – TRADITIONS EN QUESTIONS

Tradition et modernité en franc-maçonnerie : l’éternel retour…

Roger Dachez : La notion moderne de tradition a une histoire. Elle se manifeste toujours autant comme récapitulation que comme création. Ce débat qui est incessant en franc-maçonnerie, ne remet pourtant pas en cause l’indéniable permanence de la vie initiatique.

Éloge du conservatisme maçonnique : pour voyager ensemble sur la même voie

Alain Bauer : À l’issue de trois siècles d’histoire, les différents visages de la franc-maçonnerie expriment toujours une culture commune capable de se transmettre durablement tout en préservant ses racines et le renouvellement de ses fruits.

Les arts de la modernité conservatrice : tradition et changement à travers l’exemple d’un royaume africain

Benoît Beucher : La recherche actuelle en histoire africaine montre que la tradition n’est généralement pas ce qu’elle prétend être. Sur une trame suffisamment fixe pour être perçue comme permanente, elle est sans cesse réactualisée en fonction des enjeux du moment.

Tradition et modernité

Marc Lebiez : Une tradition authentique se constitue dans la durée sans qu’on puisse en déterminer le moment ni les acteurs du changement opéré. La franc-maçonnerie reconstruit une tradition à partir d’un héritage ancien et participe ainsi à la construction de la modernité elle-même.

De la fête des morts à Halloween : une réinterprétation de la tradition dans la modernité

Gilbert Coyer : Comment des éléments empruntés à une société traditionnelle, sous les apparences d’une tradition conservée sont en fait réorganisés dans une fête tout autre qui les réinterprète dans la sémantique et les valeurs de notre société contemporaine.

La tradition réinventée ou le XIXe siècle au travail

Jean-Pierre Laurant :Les maçons du XIXe siècle éprouvent un besoin de tradition qui paraît en contradiction avec la raison des Lumières, mère de toutes les sciences nouvelles qu’ils entendent intégrer. Pour garder un sens identique avec ces contenus différents ils cherchent à théoriser autrement la transmission initiatique.

Tradition et modernité : quels enjeux pour l’histoire maçonnique ?

Dominique Jardin : Ces notions cachent aussi des enjeux de légitimité et de choix de légitimité qui peuvent empêcher de voir que toute tradition est construite et qu’elle est bien moins la transmission d’un contenu que celle d’une pratique dialectique du travail individuel et du travail de groupe.

Margaret Jacob et l’histoire de la franc-maçonnerie

Cécile Révauger : L’itinéraire personnel et intellectuel de l’universitaire américaine qui, dans les années 1980, a mis en évidence le rôle éminent de la franc-maçonnerie anglaise puis européenne dans la diffusion des Lumières.

ENTRETIEN AVEC MARGARET C. JACOB

De Londres à Los Angeles, la franc-maçonnerie est-elle encore une force de progrès ?

II – CHEMINS DE FRANCS-MAÇONS

Au cœur de la modernité : une voie essentiellement philosophique

Pierre Rabaté : Comme la philosophie, la franc-maçonnerie est faite d’attention à l’autre et d’esprit critique partagé. Les outils des francs-maçons, leurs apprentissages de l’écoute, de la parole, de la fraternité sont au cœur de l’initiation et de la qualité des liens en loge.

Et si la franc-maçonnerie était un remède à la modernité ?

Daniel Beaune : Le temps maçonnique inscrit les francs-maçons dans le cycle de la nature et par l’intermédiaire du rituel et de la fraternité elle retisse le lien à l’autre et, dans le même temps, elle retisse les liens perdus avec le passé.

La tradition vivante

Olivier Balaine : La tradition se transmet, dans un équilibre entre objectivisme et traditionalisme, par tous les actes, gestes, paroles de réunions qui s’appuient sur l’oralité de la lecture et des échanges pour accéder à une mémoire qui permet de questionner le présent et de porter l’avenir.

Échapper aux injonctions du monde profane

Philippe Foussier : Retirés dans un espace et un temps qui s’affranchissent des contraintes et des codes du monde extérieur, les francs-maçons cherchent dans ce cadre émancipateur des ressources nouvelles pour incarner l’idéal humaniste des Lumières et l’engager dans la fabrication d’une société future de progrès.

Tradition et modernité, unité et dualisme transitoire

Jean-Paul Dekiss : Un regard inspiré des cultures premières sur l’engagement des francs-maçons pour construire de nouveaux édifices sur un socle de traditions, dans une histoire faite d’héritages et de ruptures, d’oublis et de redécouvertes.

Le franc-maçon contemporain : un oxymore vivant ?

Naudot Taskin : En loge, la lenteur est en soi une mise à l’épreuve pourtant la récente pandémie a montré que le télescopage des mythes et de la technologie de l’ubiquité ne modifiait pas sa condition atemporelle d’être humain promis à la mort.

La Chaîne d’Union, 1864-2022

Pierre Mollier : Les cinq vies de la revue fondée à Londres en 1864

III – LA CHAÎNE D’UNION, 1981-2022

Table des articles par auteurs (en 40 pages)

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Jeudi 28 avril prochain, le Grand Maître du Grand Orient de France invite les Sœurs et les Frères à la table ronde « LA FRANC-MAÇONNERIE, VOIE TRADITIONNELLE ET MODERNITÉ ».

Connaissez-vous vraiment le Tapis de Loge ?

Le tapis de loge ou tableau de loge est en franc-maçonnerie une représentation de symboles à l’origine dessinés sur le sol. Peint ultérieurement sur un support mobile, telle une toile de format rectangulaire, elle prend dès lors le nom usuel en Europe continentale de : tapis de loge. Servant à la pratique de certains rites maçonniques, l’ensemble des symboles représentés est organisé selon une logique spatiale déterminée. Le tapis ou tableau de loge est issu de la tradition spéculative des rites dits « modernes » dont il est l’élément symbolique et constitutif fondamental. Il est encore utilisé par de nombreuses loges maçonniques.

Le tapis de loge, nom donné dans la tradition maçonnique française qui l’appelle aussi parfois, tableau de loge, est le symbole et « l’outil » le plus caractéristique des rites dits « modernes », issue de la première Grande Loge d’Angleterre, comme le Rite français.

Son usage est attesté dans les plus vieux procès-verbaux des loges maçonniques d’Angleterre entre 1738 et 1787 ou encore dans le texte des « trois coups distincts » (« Three Distinct Knocks ») de 1760 où l’on peut lire : « le plan est dessiné sur le plancher de l’est à l’ouest, le Maître se tient à l’est avec l’équerre au col […] ce tableau est généralement fait de craie et de charbon… ».

Si l’usage le plus ancien consiste à dessiner le tableau de loge et à l’effacer ensuite, la pratique en est arrivée rapidement à faire des « tableaux permanents ». On trouve en Angleterre en 1736, la plus ancienne mention d’une toile peinte représentant « les diverses formes d’une loge de maçon ».

(Source Wikipedia)

Lire aussi l’article de Solange Sudarskis « Tapis des Loges, tapis d’éloges »

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BRESIL : «La franc-maçonnerie n’est pas une secte ; il n’y a pas de pratique de rituels sataniques»

De notre confrère brésilien midianews.com.br – Par Paula Shaira/MidiaNews

Les dirigeants du GOE-MT (Grand Orient de l’État du Mato Grosso) parlent des éléments, des symboles et des règles de la confrérie, qui existe depuis des siècles

Grand Maître du Grand Orient de l’État du Mato Grosso, Gelson Menegatti Filho LIZ BRUNETTO DA ÉDITRICE

La franc-maçonnerie est une société qui depuis plus de trois siècles attise la curiosité des laïques Pour le Grand Maître de la Grande Oriente do Estado de Mato Grosso, Gelson Menegatti Filho, bon nombre des légendes qui se sont créées autour d’elle sont dues à la discrétion de ses membres.

La semaine dernière, les dirigeants du pouvoir maçonnique Grande Oriente do Estado de Mato Grosso (GOE-MT) ont reçu MidiaNews pour une interview rare et didactique, dans laquelle ils ont démystifié certains aspects de la franc-maçonnerie, comme son caractère réservé, qui fait croire à beaucoup qu’elle est une secte.

L’interview, en présence aussi du grand maître adjoint, Josué Paulo Fernandes, a également abordé l’origine de l’association dans l’État, certains cas controversés impliquant des membres et le rôle attribué aux femmes.

Les dirigeants ont également montré l’intérieur du temple où les cérémonies rituelles se déroulent à huis clos, en séance de 2 heures. La structure est faite comme le tabernacle de Moïse, construit pour conduire son peuple vers la terre promise, et est pleine d’éléments symboliques.

Intérieur du temple où se déroulent des réunions à huis clos avec les francs-maçons

Découvrez les principaux extraits de l’interview :

De nombreux termes sont utilisés pour désigner la franc-maçonnerie : organisation, fraternité, société. Certains la considèrent même comme une secte. Comment définir la franc-maçonnerie ?

Gelson Menegatti Filho – La franc- maçonnerie n’est pas une secte, ce n’est pas une religion. Elle est éclectique. Ici, nous avons des chrétiens, des musulmans, des juifs, tous les segments. Autrement dit, nous ne nous appelons pas une religion. Un des engagements d’être franc-maçon est de croire en un être supérieur, de croire en l’existence de Dieu. Nous n’avons pas de francs-maçons athées, cela démystifie déjà la question des sectes.

Les lieux de rencontre s’appellent ateliers ou magasins . Pourquoi utiliser ces termes ? Ont-ils des liens entre eux ?

Gelson Menegatti Filho – Parce qu’une loge ou un atelier est un lieu de travail, c’est là que le franc-maçon va travailler, c’est là qu’il exerce le métier de franc-maçon. Selon certains rites, il y a la dénomination des temples de manière différente. Il existe une grande variation au sein de l’ordre en fonction du rituel pratiqué pour cette réunion.

Il existe aujourd’hui trois grandes puissances maçonniques : le Grand Orient du Brésil, le Grand Orient de l’État du Mato Grosso et la Grande Loge du Mato Grosso. A l’Est du Brésil, elles sont fédérées à un siège à Brasilia. Et, dans notre cas, les Grands Orients étatiques sont confédérés à la Confédération maçonnique du Brésil. Les Grandes Loges sont confédérées à la Confédération de la franc-maçonnerie symbolique brésilienne. On comprend que ces trois courants sont de la franc-maçonnerie régulière, qu’ils se reconnaissent, se visitent, se fréquentent.

Josué Paulo Fernandes lors d’une interview avec MidiaNews

Parlez-nous un peu de l’histoire de la franc-maçonnerie à Cuiabá ?

Josué Paulo Fernandes – La première loge maçonnique de Cuiabá a été ouverte en 1831, moins de neuf ans après l’indépendance du pays. Elle s’appelait Loja Razão et a été fondée par un groupe hétérogène de 12 frères de différentes régions du Brésil et d’Europe. Certains d’entre eux étaient portugais. Il y avait aussi un médecin français. Certains étaient militaires, d’autres politiciens, avocats. C’est notre origine ici dans le Mato Grosso. 

À cause d’un épisode connu sous le nom de Rusga Cuiabana [révolte dans la période de la régence brésilienne], elle a fini par prendre fin, à la suite des problèmes politiques vécus à cette époque. Quelques frères sont allés à Goiás et y ont fondé une nouvelle loge.

Ensuite, nous avons eu une autre loge à Cuiabá. En 1872, il s’appelait Estrela do Ocidental, elle a survécu jusqu’en 1898. En mai 1900, Acacia Cuiabana est apparu, aujourd’hui âgée de 122 ans. Elle n’a jamais cessé de travailler pendant tout ce temps, à l’exception de la période Estado Novo de Getúlio Vargas, dans les années 1930, lorsque des associations telles que la franc-maçonnerie étaient interdites de réunion.

En 1918, nous avons eu la grippe espagnole et la franc-maçonnerie a participé, avec le pouvoir public, à la lutte, aidant la population à faire face aux effets de cette pandémie qui a coûté la vie à de nombreux Cuiabanos et Mato Grosso. C’est une institution qui se maintient dans le temps, quels que soient les événements économiques et sociaux survenus à cette époque.

La franc-maçonnerie vient d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse, elle s’est ensuite répandue dans le monde entier et peut-être que le pays qui compte le plus de francs-maçons aujourd’hui est les États-Unis. La franc-maçonnerie au Brésil est aujourd’hui respectée.

Ce qui éveille la curiosité, ce sont les symboles, comme « l’œil qui voit tout », le compas, l’équerre…

Vêtements utilisée lors des tenues maçonniques

Josué Paulo Fernandes – Certaines explications sur la valeur symbolique de ce que nous appelons les instruments de travail sont réservées à l’intérieur de nos temples.

Gelson Menegatti Filho – Ce sont des outils pour le travail du franc-maçon. Une équerre, un compas apportent mille interprétations. Ils sont utilisés comme un symbole que le monde entier reconnaît. Le « G » que tout le monde voit est Dieu, seulement il est conservé dans la langue saxonne « Dieu ». Et comme le disait Jusué : ceci est plus restreint aux séances, à la formation de l’homme franc-maçon.

Certains associent encore la franc-maçonnerie aux rituels sataniques. D’où vient ce genre de réflexion?

Gelson Menegatti Filho – Ce sont des légendes ! Peut-être la curiosité, la créativité et l’imagination de l’être humain. La curiosité de savoir pourquoi ce monsieur vêtu de noir se réunit et des légendes sont créées. En fait, il n’y a rien de tout cela. Comme je l’ai dit : ce n’est pas une secte. Il n’y a donc pas de pratique de rituels sataniques. Complètement le contraire. Le franc-maçon ne travaille pas sans avoir d’abord ouvert le livre de la loi, mieux connu sous le nom de Bible, ou comme le livre sacré de chaque religion.

Comment sont définis les postes au sein de la franc-maçonnerie ?

Gelson Menegatti Filho – Dans les Grands Orients, dans la Grande Loge, les dirigeants des associations qui regroupent les loges sont appelés Grands Maîtres, c’est-à-dire qu’il y a un Grand Maître et un Grand Maître adjoint . Chaque loge a également un Vénérable Maître. Et ce sont ces trois offices qui dirigent la franc-maçonnerie. Tous sont élus au suffrage direct des frères.

Le Grand Maître dirige toute la congrégation, la fédération des loges réunies ici au Grand Orient, et en son absence c’est le Grand Maître Adjoint. Chaque loge est dirigée par un Vénérable maître, c’est-à-dire qu’il a le président de la loge et le président du Grand Orient.

Le Vénérable Maître a un mandat d’un an, dans le cas de la Grande Oriente do Estado de Mato Grosso. Et le Grand Maître a un mandat de trois ans, mais cela peut varier d’un pouvoir à l’autre, certains sont réélus, d’autres non.

Existe-t-il un record du nombre de membres de la franc-maçonnerie ?

Gelson Menegatti Filho – La franc-maçonnerie du Mato Grosso compte environ 10 000 membres. Rien que dans le Grand Orient de l’Etat, on compte plus de 2 200 adhérents. Dans le monde, il y en a environ 6 millions.

Quelle est la philosophie, le concept de la franc-maçonnerie ?

Josué Paulo Fernandes – A travers sa propre méthode d’enseignement, réservée à ses membres, la franc-maçonnerie cherche à permettre – dans sa manière d’être spécifique – à la personne de se connaître davantage et mieux, de transmettre au milieu social dans lequel elle vit et travaille des valeurs saines, sacrées .

Josué Paulo Fernandes et Gelson Menegatti Filho

Cette méthode vise l’édification spirituelle de l’être humain, ainsi nous étudions plusieurs courants philosophiques, quelques concepts religieux, tout ce qui peut favoriser la base spirituelle de l’être loges et nos temples, dans le but de contribuer à l’évolution de la société elle-même par les actions que nous mettons au service de tous dans notre environnement et en dehors de nos temples. Mais en somme, c’est l’amélioration morale, éthique et intellectuelle de l’être humain.

Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas être membres de la franc-maçonnerie ?

Gelson Menegatti Filho – La femme est essentielle pour le franc-maçon. Elles – épouses – ont des activités dans des clubs fraternels créés au sein de l’ordre, dirigent des actions sociales, mais elles ne sont pas franc-maçonnes. Parce que c’est une association strictement formée d’hommes. Il y a eu une discussion [à ce sujet] lors de la conférence mondiale de cette année, mais elle a été complètement rejetée.

Le franc-maçon n’est pas sexiste, curieusement, il abhorre cette idée. Participer aux réunions ne signifie pas que c’est du machisme. Les femmes peuvent avoir une association entre elles et nous ne sommes pas obligés d’exiger qu’elles nous autorisent à participer. Donc je ne vois pas ça comme du machisme.

Pour nous, la figure féminine est sacrée, à tel point que dans les séances dites blanches, les femmes sont mises à l’honneur – les sœurs. Mais, elles ne participent pas aux travaux rituels. 

Que faut-il pour devenir franc-maçon ?

Gelson Menegatti Filho – Pour devenir membre, un homme est longtemps observé par les autres puis vient l’invitation. L’exigence est de croire en un être suprême, de croire en Dieu, d’être libre et de bonnes mœurs.

Josué Paulo Fernandes – Cela ne signifie pas que nous réussissons toujours.

Gelson Menegatti Filho – Pas facile de toujours séparer le bon grain de l’ivraie, c’est tout à fait impossible faire. L’homme parfait, la femme parfaite n’existent pas. Malgré toute la sélection, parfois, on finit par être déçu du résultat.

Il y a des cas controversés, comme celui du diplômé en droit accusé de détournement de fonds, et des juges qui auraient détourné de l’argent pour payer les dettes d’une coopérative. Comment cela affecte-t-il l’image de la franc-maçonnerie ?

Gelson Menegatti Filho – C’est ce que nous disons, malgré ce que vous apportez, ce que vous sélectionnez, vous pouvez le sélectionner de manière erronée . Dans cette affaire précise, c’est une personne qui a profité d’une situation, à tel point qu’elle a été exclue de l’ordre. Je dis que cela n’affecte pas, car nous avons pris les mesures nécessaires. On le sent, l’impact est grand, c’est toujours mauvais. Mais peu importe combien nous sélectionnons, nous finissons par trouver des gens de mauvaise foi. La franc-maçonnerie n’a jamais conseillé à personne de participer dans ce sens, nous ne prêchons pas cela, c’est bien au contraire.

Quant à la question des magistrats, il y a eu la preuve de l’innocence. Il n’y a eu aucun détournement d’argent. C’est donc une histoire racontée complètement à l’envers. À tel point que la réintégration des magistrats qui ont été touchés par ces accusations a été décidée. Cela s’est passé il y a de nombreuses années, mais ce n’était pas la Grande Oriente do Estado de Mato Grosso, est en train d’émerger. Ce sont des francs-maçons, mais c’était un problème de coopération, pas de franc-maçonnerie. Donc, il y a eu un placement, une souillure dans la franc-maçonnerie dans ce sens.

Maintenant, les magistrats ont montré à la société qu’ils sont réintégrés, les procès sont passés et l’acquittement a été complètement prononcé. Je dis que ce sont des innocents, sinon ils ne seraient pas restés

Le franc-maçon n’est pas sexiste, curieusement, il abhorre cette idée.  participer aux réunions ne signifie pas que c’est du machisme. Les femmes peuvent avoir une association

L’une des nombreuses légendes entourant la confrérie est que seuls les membres des classes les plus aisées en font partie. Qu’en diriez-vous ?

Gelson Menegatti Filho – Au cœur de la franc-maçonnerie, nous avons toutes les professions. Nous avons des journalistes, des chauffeurs d’application, des chauffeurs de bus, des pilotes de ligne, des médecins, des juges, des ingénieurs, des policiers militaires, des colonels. On a des membres à tout pouvoir d’achat, de toutes les couches de la société, donc c’est hétérogène et ça marche. Et cela ne signifie pas que si vous êtes une personne riche, vous serez un bon maçon. La franc-maçonnerie ne se soucie pas de ce que vous avez, elle se soucie de qui vous êtes, de ce que vous êtes.

On parle aussi de serments faits pour maintenir l’ordre de la franc-maçonnerie. En quoi consistent ces serments ?

Josué Paulo Fernandes – Ce qui existe, ce sont les engagements que chacun prend face aux règles de l’association. Toutes les associations ont leurs règles. On parle de serment, mais ce sont, en fait, des engagements que la personne prend auprès de l’ association, plus pour la question de l’assiduité au travail et de l’accomplissement des missions qui lui sont confiées. C’est en ce sens, de l’engagement.

La croyance populaire parle de serments de sang, mais cela n’existe pas. Ce sont des légendes et des croyances qui se forment autour d’une société qui reste, dirons-nous, discrète. Ce n’est pas une société secrète, c’est discret. Le magasin a son CNPJ, il fait sa reddition de comptes naturellement, comme il se doit.

On parle aussi de rituels secrets pratiqués par les membres. Ces rituels ont-ils réellement lieu ? Pourquoi sont-ils tenus secrets ?

Gelson Menegatti Filho – C’est une rencontre, une tradition qui remonte à 1717. Tout ce qui s’y passe intéresse les francs-maçons, les adhérents, ce dont nous discutons est pour la formation de l’homme. On porte une tenue présentable, c’est une culture, quand on va à une réunion il faut être bien habillé [couvert d’ornements], c’est-à-dire bien habillé.

L’homme porte le costume, la cravate et ce qu’on appelle les décors. C’est une tradition qui remonte à des siècles, une formalité, une façon formelle de se réunir. Avez-vous déjà pensé à chacun avec un costume? C’est une façon de faire en sorte que tout le monde soit pareil.

« Toutes les associations ont leurs règles. On parle de serments, mais ce sont en fait des engagements »

Temple maçonnique au Brésil
Plateau de Vénérable Maître
Décors maçonniques, tabliers et sautoirs
Grand Orient du Brésil
Extérieur du Temple du Grand Orient au Brésil
Galerie des Grands Maitres
Intérieur du Temple
Patente

Les triptyques initiatiques

La Franc-maçonnerie un ordre initiatique ?

La Franc-maçonnerie spéculative, déclarée initiatique comme dans cet extrait de la Revue Points de vue initiatiques n°0 de 1958 : « la Franc-maçonnerie est un ordre initiatique universel et traditionnel qui permet à des hommes de bonne volonté de participer à l’amélioration de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel », ou dans les principes de la Grande Loge de France (La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité), est aujourd’hui, cependant, pour le Grand Orient, une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, elle a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité et, ajouté récemment, Elle attache une importance fondamentale à la laïcité (article 1er de sa Constitution). Quant au DH, son objet est de contribuer au développement moral, intellectuel, spirituel de ses membres, de promouvoir une réflexion philosophique et sociale et de réaliser des opérations d’aide, d’assistance et de solidarité au moyen d’associations à but non lucratif (art 2 des règlements généraux du DH). Les définitions contemporaines avancées par ces franc-maçonneries sont éthiques et civiques ignorant a priori toute vision initiatique. De fait, pas un mot sur l’aspect initiatique de la Franc-maçonnerie, cette société qui, pour Mircea Eliade, était la seule légataire de l’apport initiatique occidental.

Le sens de l’initiation

Pour les Anciens Devoirs il s’agissait de gravir l’échelle des arts libéraux comme une échelle initiatique qui permettait de connaître soi et le monde, la vie dans le réel, puis arrivé au sommet de ces arts voir le visage de Dieu (la connaissance) puis redescendre pour transmettre à ses Frères (le mot Sœur n’était pas encore utilisé faute de leur présence). En complément à cette échelle « libérale » une autre s’imposait: celle des vertus cardinales et théologales qui en toutes hypothèses offrent un retour sur soi et les autres.

Et pourtant, l’étymologie nous enseigne que le mot initiation veut dire «entrée», «commencement». René Guénon lui-même distingue «l’initiation virtuelle» de «l’initiation réelle», expliquant par la suite que «entrer dans la voie, c’est l’initiation virtuelle», «et suivre la voie, c’est l’initiation réelle» ; les rites initiatiques représentant les deux aspects de la démarche initiatique maçonnique. L’un est la mise en chemin, l’autre, le chemin et le but (esprit-universel.over-blog.com/article-rene-guenon-initiation-effective-et-initiation-virtuelle-1-2-56239946.html). Toutes les maçonneries retiennent le premier aspect, c’est le but qui les différencie.

Ce n’est pas les opposer que de dire que l’initiation, comme dans la Tradition Primordiale (siège la connaissance métaphysique), est la redécouverte des principes d’ordre universel dont toutes choses procèdent, découverte d’une expérience de caractère intime accompagnée d’une perspective de développement, expérience physico-psychologique, éveil de la conscience, intelligence du réel ou du caché, introduction aux mystères de la vie et de la mort, découverte de soi et des autres, cheminement sur la voie, quête d’identité et de sens. Elle n’est donc ni un acte religieux stricto sensu, ni un méta-récit politique, ni une psychanalyse. Le processus initiatique se développe sur le plan individuel, social, intellectuel, moral, psychologique et spirituel. L’initiation maçonnique présente quelques traits communs à toute initiation avec des spécificités et des variantes propres liées le plus souvent aux perspectives métaphysiques, spirituelles, culturelles, philosophiques et/ou psycho-sociales dans lesquelles le cherchant situe sa quête[1]. Les éléments initiatiques et mystiques sont quasiment identiques, mais leurs dynamiques sont celles, dans un cas, d’une discipline de l’intériorisation, dans l’autre cas de l’exhaussement par l’effort d’une recherche essentielle. Ainsi les fonctions discursives seront mises de côté au profit des fonctions intuitives reposant sur la perception analogique ou la vision anagogique.

Comme sa grande famille anthropologique[2], l’initiation maçonnique est une accession à un stade nouveau « supérieur », s’opérant par étapes, par des cérémonies particulières, en référence à un discours, avec un double but  la socialisation et la symbolisation. L’initiation maçonnique est donc à la fois une pratique, un développement et un corpus, qui passe (plusieurs fois et plus ou moins) par trois situations successives : le nourrissage qui consistait en l’extraction et la séparation des influences antérieures, la déconstruction ; la formation qui confie les éléments de l’expérience des «connaissants», le vécu du mythe ; la métamorphose qui projette l’impétrant dans une perception nouvelle, la transmission des arcanes.

Quoi qu’il en soit, le parcours se fait toujours d’un statut réputé inférieur à un statut réputé supérieur, de l’extérieur (monde profane, environnement exotérique, conscience, « anciennes connaissances ») vers l’intérieur (monde sacré, ésotérisme, profondeur de la psyché, nouveaux enseignements), symboliquement de la mort vers la vie. Aussi, si les obédiences peuvent s’extérioriser quand elles le jugent utiles, si le maçon comme citoyen (et seulement comme tel) croit pouvoir « répandre à l’extérieur » des « vérités apprises » dans la loge, il est très difficile à l’initié de rendre compte de sa propre initiation[3].

La tradition est la transmission continue plus ou moins ritualisée d’un contenu culturel à travers l’histoire depuis un événement fondateur (réel ou mythique) ou de temps immémorial, lequel constitue un facteur d’identité, de cohésion et de légitimation d’un groupe. L’initiation maçonnique est donc par essence traditionnelle. Néanmoins, les concepts de tradition primordiale, de Sophia perennis, connaissance universelle d’origine non humaine théorisée entre autres par René Guénon (1866-1951) ou de traditionalisme religieux se légitimant dans une tradition révélée, relèvent de choix «idéologiques» ; divers courants maçonniques s’y référant toutefois explicitement.

Si la notion des origines permet d’évoquer une source, celle-ci étant nécessairement pure, par rapport au flux postérieur des aléas humains, se pose la question de la transmission, de la tradition et son évolution par l’actualisation elle-même.

L’initiation maçonnique

Remarquons que, quel que soit le rite, la cérémonie d’attribution d’un grade est à la fois une pratique, un développement et un corpus, c’est-à-dire un processus qui apparaît structuré en trois phases qui, normalement, devraient se dérouler dans des chambres différentes, même si cela n’est quasiment jamais réalisé faute de disponibilité de locaux.

Ainsi, excepté pour la singularité du premier degré, ces phases, où sont brouillés les axes chronologiques et topologiques, sont :

La Phase 1 se situe dans l’espace-temps de la loge du degré N du franc-maçon où il y a vérification des potentialités de celui-ci, donnant viatique pour poursuivre. Entré impétrant, une fois accepté, le franc-maçon devient récipiendaire.

La transformation des possibilités spirituelles de simple potentialité en virtualité devra s’actualiser par le travail initiatique pour permettre l’abolition de la distance entre le sujet et l’objet en vue d’une percée vers l’absolu. Cette transmission est un don/acquisition, la lumière que demande le franc-maçon lui est donnée ; il la recevra si : il en a la potentialité ; elle se fait virtuellement par une organisation qui ordonne et développe en loge, au moyen d’un rite, des symboles comme langage pour une aurore de paroles ; il poursuit progressivement un travail personnel par la méditation, l’analogie[4].

L’évolution au sein des loges bleues suppose trois niveaux successifs de sens. Il faut tout d’abord entendre, c’est-à-dire se mettre en situation d’écoute pour enregistrer une parole, retenir un acte, imprimer un écrit ; c’est un état d’être qui nécessite un exercice, un entraînement, une discipline. Il faut ensuite comprendre afin d’intégrer en soi ce qui a été reçu de l’extérieur ; ce qui suppose, cette fois-ci, une herméneutique, c’est-à-dire une méthode d’interprétation qui permet de traduire le dépôt reçu en acte d’être. Il faut enfin transmettre, c’est-à-dire rendre compréhensible, non plus seulement à soi mais aussi aux autres, la chose reçue car il n’existe pas de témoin esseulé, de témoin solitaire. « La vérité commence à deux » écrit Nietzsche.

Dépouillement vestimentaire ou dépouillement des métaux sont des métanoïa[5] largement pratiquées au cours de cérémonies maçonniques au cours de cette phase. Se dépouiller de ses outils pour un franc-maçon, c’est se libérer des supports qui ont permis l’acquisition du degré de connaissance qui, si elle a été véritablement été acquise, serait alors intégrée à l’être. Pour pouvoir accéder à un degré d’ordre supérieur, il conviendrait que cette connaissance du franc-maçon laisse la voie libre à nouveau et par là, qu’elle se débarrasse de tout ce qui, maintenant, est devenu extérieur à l’être et qui gênerait pour ce prochain passage, même si ces outils ont été nécessaires jusqu’alors.

La Phase 2 se situe dans l’espace-temps du mythe fondateur du grade N+1. Il y est développé par sa narration au récipiendaire, et par le vécu de personnages du mythe, au cours de jeux de rôles alternatifs manifestant l’enseignement du grade. Cette époptie[6] véhicule la légende du mythe par l’incarnation et les épreuves. Le Temple sert de repère mais aussi d’autres lieux comme la traversée du Jourdain, l’enceinte du temple lors de l’assassinat d’Hiram, la campagne où se fait la recherche du corps d’Hiram, le pont enjambant le Starbuzanai, … À ce moment-là, il existe un phénomène d’assimilation par une identification psychologique qui s’établit entre la personne qui fait le jeu de rôle et l’archétype mythique[7].

On remarquera qu’au Rite Philosophique Français, lors de la cérémonie d’élévation au 3ème degré, un tapis est déroulé où figure l’espace du Temple de Salomon. La narration du meurtre se rapporte à l’orientation du lieu mythique, le Temple de Salomon, et non à celle de la chambre lugubre de la loge[8].

La Phase 3 se situe dans l’espace-temps de la loge au degré N+1, où la transmission des arcanes du nouveau degré (les nouveaux outils du chemin initiatique) est dévolue au récipiendaire pour lui permettre, à partir de ces arcanes, un travail personnel par la méditation. Le franc-maçon est devenu néophyte dans ce nouveau grade. Cette phase compte toujours un serment solennel.

La symbolique maçonnique permet aux maçons de signifier ce qu’ils pensent et ce qu’ils font. La symbolique maçonnique est donc la représentation collective codifiée des maçons. Ainsi, l’initiation maçonnique se déploie dans une culture spécifique définie comme un système symbolique structuré autour et par le langage (mots, formules, récits, gestuelles, sensations, discours, chants, concepts, mythes, etc…) dans lequel chaque symbole/signe prend sens selon une logique d’opposition/tri/réaction/complétude réductible le plus souvent (mais pas toujours) au binaire (masculin/féminin, noir/blanc, bien/mal, soleil/lune , deux colonnes B. et J.) ou au ternaire (triangle/triangulation ; soleil/lune/vénérable ; sagesse, force, beauté ; …). La pensée symbolique autorise donc la découverte des domaines inexplorés par la pensée dialectique, en rassemblant les opposés[9].

Il est habituel dans le cadre de l’initiation d’apporter à l’initié un référentiel symbolique traditionnel qui ne peut que lui être proposé ; cela ne devrait pas être de manière définitive, mais plutôt comme une invitation à parcourir son propre chemin, dont la pertinence ne lui apparaîtra que plus tard.

« Il est évident que les trois premiers degrés de la maçonnerie symbolisent la vie de l’homme. Le premier degré le prend au sein de sa mère, et le conduit jusqu’à l’adolescence ; le second degré le représente dans l’âge de la force ; et enfin, le troisième le montre dans la vieillesse et le mène jusqu’au tombeau, d’où il semble, en quelque sorte, surgir de lui-même dans la génération qui lui succède[10]. »

Retenons quelques véhicules de la transmission initiatique qui restent à approfondir : le symbolisme, le Rituel, le Tableau de Loge, les épreuves, le rôle fondateur du Vénérable, le rôle des Maîtres …


[1] Sous le nom d’Art Royal ou d’Art Sacré, les anciens sacerdoces Égyptiens professaient et pratiquaient tout un ensemble de doctrines qui ne sont parvenues jusqu’à nous que par quelques rares vestiges. Ces doctrines, dans leur ensemble, embrassaient tous les rapports de l’Homme avec la Nature, et leur pratique rendait l’initié Roi de l’Univers Matériel, d’où l’Art Royal. L’initiation n’était pas une science, car elle ne renfermait ni règles, ni principes scientifiques ni enseignement spécial. Ce n’était pas une religion puisqu’elle ne possédait ni dogme, ni discipline, ni rituel exclusivement religieux mais elle était une école où l’on enseignait les arts, les sciences, la morale, la législation, la philosophie et la philanthropie, le culte et les phénomènes de la nature, afin que l’initié connût la vérité sur toute chose.

[2] La structure de l’univers dans ses différents plans était connue de peuples antédiluviens comme les lois du Manu (code secret de l’Atlantide) qui ont influencé Pythagore et Platon. Hérodote rapporte que cela provenait d’il y a 11340 avant sa naissance (environ 14000 ans avant notre époque).

[3] https://yveshivertmesseca.wordpress.com/tag/connais-toi-toi-meme/.

[4] L’analogie selon Aristote est la ressemblance qui guide et produit du sens. Le semblable est perçu en dépit de la différence, malgré l’apparente contradiction ; elle permet de déployer la vision d’un monde pour le libérer.

[5] Dans la Grèce antique, la métanoïa signifiait « se donner une norme de conduite différente, supposée meilleure »

[6] Genre littéraire de la nouvelle fantastique pour donner la représentation théâtrale des mythes pour un l’enseignement d’un secret à partir des jeux scéniques.

[7] On parle d’interaction goffmanienne. Erving Goffman a mis en évidence le rôle moteur de la relation à l’œuvre dans l’interaction. Ce ne sont ni les structures qui déterminent les acteurs, ni les acteurs qui engendrent les structures, mais une relation cognitive qui constitue le moteur d’un processus de subjectivation et de socialisation. (Céline Bonicco, Goffman et l’ordre de l’interaction : un exemple de sociologie compréhensive.

[8] Hiram, après avoir visité les travaux, dirigea ses pas vers la Porte Est où il y trouve le premier des Compagnons. Hiram chercha son salut dans la fuite et tenta de s’échapper par la Porte Sud. Le trajet se finit toujours à l’Orient de la chambre funèbre mais c’est l’ouest sur la reproduction du Temple de Salomon qui est placé au sol sous forme de tapis

[9] Yves Hivert- Messeca, L’initiation maçonnique entre tradition et modernité : /

[10]. Avant-propos du Rituel des trois premiers degrés selon les anciens cahiers, pour le Rite Écossais Ancien et Accepté, daté de 5829, p.62.

Bestiaire du Moyen Âge

Images de la réalité et réalités de l’imaginaire

René Cintré-Éditions Ouest-France, 2022, 282 pages, 23 €

Présentation de l’éditeur

Le Moyen Âge est très bavard sur l’animal, porteur de symboles à vocation moralisante et source de nombreux mystères, quant à sa biologie. L’auteur étudie ici tous les animaux familiers (ours, loup, cochon, chien, chat, oiseaux, abeilles, insectes…), leurs représentations allégoriques et leur rôle dans la vie de tous les jours (chasse, nourriture, peurs…), mais aussi les « habitants de l’imaginaire » (onocentaure, manticore, phénix, licorne, griffon, dragon, basilic, aspic, sirène…). Son travail nous éclaire sur les mentalités du Moyen Âge mais aussi sur le quotidien d’hommes à la fois très proches et très éloignés de nous.

René Cintré

Biographie de l’auteur

René Cintré, originaire de Fougères, professeur d’histoire à la retraite, travaille, depuis plus de quarante ans sur la période du Moyen Âge. Ancien professeur agrégé, docteur ès Lettres spécialisé en paléographie française, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la thématique des marches du royaume de France et du duché de Bretagne au Moyen Âge. Particulièrement attentif aux aspects de la vie ordinaire, ses travaux l’ont souvent amené à croiser le chemin des animaux peuplant le paysage et l’univers mental des habitants des villes et des campagnes au XVe siècle.

[NDLR : Dans son Jeux, réjouissances et distractions au Moyen Âge (Ouest-France, 2018), René Cintré présentait déjà un aspect très important de la société médiévale et nous racontait les jeux qui peuvent représenter aussi différents rites de passage liés aux âges de la vie et ses grandes étapes.

Nous lui devions, en 2012 et déjà chez le même éditeur, un Bestiaire médiéval des animaux familiers où, dans ce mythique Moyen Âge, l’auteur s’attachait à étudier les animaux familiers (ours, loup, cochon, chien, chat, oiseaux, abeilles, insectes, etc.), ainsi que leurs représentations allégoriques et leur rôle dans la vie de tous les jours.

Ce magnifique volume et ses nombreuses illustrations couleurs, qui peuvent le classer en beau-livre, font que ce Bestiaire du Moyen Âge-Images de la réalité et réalités de l’imaginaire couvre l’ensemble du monde animalier. Certains gardent encore en mémoire le Bestiaire du Moyen Âge (Éditions du Seuil, 2011) de l’historien médiéviste Michel Pastoureau.

Cette récente édition, comme une esquisse d’inventaire, prend en compte l’ensemble du monde animalier. N’oublions pas que certains animaux nous « contemplent » depuis plusieurs millénaires.

L’Arche de Noé. Tableau d’Edward Hicks (1846)

À commencer par ceux des textes bibliques. Du Veau d’or, symbole de l’idolâtrie, à l’âne et le bœuf de la Nativité, bestiaire de Noël où les animaux ont été les premiers témoins de la naissance du Christ, sans oublier ce navire construit sur l’ordre de Dieu, l’arche de Noé afin de sauver du Déluge, en plus de sa famille, toutes les espèces animales.

Et sous l’animal, il y a le symbole !

L’ouvrage s’ouvre sur « Des animaux comme ‘’figures d’exemple’’… » comme une introduction générale à la découverte des romans – Roman du Renard ; Roman de Fauvel – et des fables – Les Fables de La Fontaine ; Les Contes de Perrault – constatant que notre vision de l’animal réels ou imaginaires, pour ne pas dire de la bête, reste toujours prisonnière de notre héritage passé.

René Cintré passe en revue les meilleurs amis de l’homme, y compris ceux d’une basse-cour pour nous faire passer à un monde plus volatil avec les oiseaux de bonne et mauvaise « signifiance » que sont colombe, oie, héron, coq, cygne, paon, chouette, etc.

Par ailleurs, souvenons-nous que les enlumineurs médiévaux rendent grâce au Créateur en peignant les merveilles du monde animal. Certains animaux incarnent souvent l’affrontement entre le bien et le mal. Un bestiaire médiéval réalisé pour l’éloge du Créateur et l’édification du chrétien…

L’auteur nous conte les différentes histoires, récits fabuleux, croyances ou anecdotes de ces monstres, visibles, invisibles, hybrides ou non.

Récemment encore, le numéro 120 des Cahiers Villard de Honnecourt-Un regard différent sur la spiritualité… était intitulé Le bestiaire des Francs-Maçons et nous posait question sur le rapport entre animaux – phénix, aigle, pélican, agneau, serpent, colombe, chien, coq, etc. – et Art Royal.

Ou comment le bestiaire prête aux animaux personnalités et sentiments, parfois comparables à ceux des hommes. Pour servir d’exemple ? Une découverte passionnante et originale du monde animal et de ses enseignements.]

Vous connaissez la Fraternité, mais connaissez-vous l’Humanitude ?

De notre confrère lifeplus.io – Par Sandrine Goldschmidt

Le mot « humanitude » a été créé par Freddy Klopfenstein (Humanitude, essai, Genève, Ed. Labor et Fides, 1980). Aucune définition n’y est associée dans ce livre de pensées poétiques.

Plus tard, Albert Jacquard, en 1987, écrit : « Les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu’ils ont conscience d’être et qu’ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons-les par le mot humanitude. »

Ainsi Jacquard définit une approche « écologique » de l’humanitude.

Enfin, en 1995, Rosette Marescotti et Yves Gineste décident d’écrire une nouvelle philosophie de soins qu’ils baptisent la « philosophie de l’humanitude », car toutes les actions soignantes se réfèrent toujours à une philosophie de soin. Une philosophie de soin a entre autres pour objet l’étude des principes fondamentaux d’une activité, d’une pratique, des réflexions sur leurs sens et leur légitimité.

La « philosophie de l’humanitude », développée dans le cadre de la méthodologie des soins Gineste-Marescotti, constitue une réflexion sur les caractéristiques que les hommes possèdent et développent en lien les uns avec les autres, sur les éléments qui font que chaque homme peut reconnaître les autres hommes comme des semblables et se reconnaître comme faisant partie de l’Humanité. C’est une philosophie des liens positifs.

Les principes de l’Humanitude

L’humanitude est une approche  des soins fondée sur l’adaptation du soignant au patient, qui doit toujours être considéré comme une personne. C’est aussi une philosophie du lien, du soutien et de l’accompagnement dans laquelle chacun est considéré comme quelqu’un d’autonome à vie, qui peut faire ses propres choix et sait ce qui est mieux pour lui. Une méthodologie fondée sur un certain nombre de principes de bientraitance :
– Le regard, le regard échangé doit être tendre
– La parole, indispensable lors de l’exécution d’un  soin même si le patient ne peut répondre
– Le toucher est également un appel d’humanitude comme «confirmation de notre présence au monde», particulièrement important lorsque la parole n’est plus là.
– La verticalité : la station debout est celle qui distingue l’humain. Elle a de nombreux bénéfices, tant psychologiques que physiques pour la personne, et ce, à tout âge. Une personne âgée peut et doit vivre « debout ».
Le sourire est considéré comme essentiel dans cette philosophie du soin qui est enfin régie par un principe de bientraitance fondamental : le « zéro soin de force ».

3 questions à Yves Gineste et Rosette Marescotti

Qu’est-ce que la méthode Gineste-Marescotti ?

YG : Notre méthodologie de soins est composée de 150 techniques issues de notre travail de recherche depuis 30 ans destinée à aider à respecter les principes de l’humanitude. C’est une méthode que nous proposons dans des formations à travers des instituts labellisés dans le monde entier (Québec, Japon, Belgique etc…). Quand nous rentrons dans un hôpital nous demandons quelles sont les 10 personnes qui ont le plus de problèmes et nous faisons les soins avec les soignants.
Nous déclinons au plus près cette philosophie de l’humanitude  dans les soins avec une attention particulière aux  grandes valeurs de liberté, égalité et de respect de la personne humaine. Par exemple : quelqu’un qui ne veut pas un soin, on va le reporter, autant de fois qu’il le faudra pour pouvoir le faire dans la douceur. Les techniques mises en place permettent de diminuer les comportements d’agitation pathologiques et agressifs. Les résultats sont spectaculaires : 95% des personnes  qui présentaient des comportements agressifs et qui ont bénéficié de notre méthode, nous caressent et nous embrassent aujourd’hui.

Pourquoi vous centrer sur les approches non-médicamenteuses de la maladie d’Alzheimer ?

RM : Nous réfléchissons beaucoup à la manière de s’occuper des malades d’Alzheimer sans leur donner de médicaments. La philosophie de l’humanitude est centrée sur le lien entre les personnes, la relation soignant-famille, soignant-malade ou famille-malade…

YG : Les approches non-médicamenteuses dans la maladie d’Alzheimer, sont de loin les moins coûteuses et de très loin les plus efficaces. Elles donnent de bons résultats en termes de qualité de vie. La maladie continue certes à évoluer, mais les gens peuvent vivre et mourir relativement sereins.

Comment les approches non-médicamenteuses permettent-elles d’adoucir la fin de vie, face aux souffrances des aidants et des malades qui mènent parfois aux demandes d’euthanasie ?

RM et YG : Tous les débats aujourd’hui sont très mal posés, parce qu’ils reposent sur la peur et l’incompétence. On ne sait pas quoi faire avec ces malades, ça va coûter très cher, ils souffrent, donc on va les aider à  mourir dans la dignité… On constate que lorsqu’on met en place des approches non médicamenteuses et qu’on arme les aidants en mettant à leur disposition des techniques qui leur permettent de mieux faire face à la souffrance que vivent leur proche et de mieux comprendre la maladie, nous n’avons pas de demandes d’euthanasie.

PORTUGAL : Y a-t-il des francs-maçons au sein de l’Église catholique ?

De notre confrère portugais pt.aleteia.org – Julio De la Vega Hazas

Certains affirment qu’il y a des membres de la franc-maçonnerie parmi les catholiques. C’est vrai ? L’une des appartenances est-elle compatible avec l’autre ?

La franc-maçonnerie est une institution – on pourrait même parler d’« institutions », puisqu’il existe plusieurs « obédiences » – qui aurait son origine dans des corporations de maçons spécialisés (« mason » signifie « maçon » en anglais) et a évolué, en conservant des symboles originaux ( d’instruments de construction), à une société qui comprenait des intellectuels, avec sa propre idéologie. Ce changement est observable depuis le début du XVIIIe siècle.

Elle se définit comme une société philanthropique, symbolique et philosophique, fondée sur le sentiment de fraternité, à caractère initiatique, discret et ritualisé. « Discret » est utilisé pour dire qu’il n’est pas secret (ce qui n’est que partiellement vrai) : bien qu’elle soit enregistrée et que ses dirigeants soient connus, son appartenance est généralement cachée. Ce n’est pas exactement religieux, mais cela ne veut pas dire qu’il se détache de la religion.

Contraire à la religion

En fait, sa philosophie est contraire à toute religion qui prétend être révélée, en particulier l’Église catholique. La franc-maçonnerie anglo-saxonne d’origine professait un déisme, répandu dans les milieux intellectuels des îles britanniques, qui maintenait l’existence d’un Dieu qui créa le monde, puis l’abandonna à son sort.

Lorsqu’il traversa la Manche et s’installa en France, il céda à ce qui était le modèle de la franc-maçonnerie continentale : la franc-maçonnerie. Il a adopté et promu l’idéal des Lumières.

C’est un rationalisme qui, à l’égard de Dieu, pourrait être déiste, agnostique et athée, mais qui qualifie toute foi révélée de superstitieuse et d’irrationnelle, et se révèle plus agressivement anti-catholique que ses branches anglo-saxonnes.

Ethique

La philanthropie était sans aucun doute un idéal maçonnique, mais en pratique elle est assez diluée par une éthique qui ne va généralement pas au-delà des bonnes intentions, et qui, par conséquent, pourrait être qualifiée de bourgeoise. Cela se reflète également dans la fraternité, qui ne va généralement pas au-delà de l’entraide entre les membres eux-mêmes.

Quant aux formes, la franc-maçonnerie est clairement la fille de son temps, qui est le baroque. Il est fortement ritualisé, des vêtements aux temples et cérémonies maçonniques.

Une autre caractéristique de cette époque est qu’il s’agissait d’une société exclusivement masculine. Ce n’est que très récemment qu’elle a été ouverte aux femmes, mais plus souvent avec la création de groupes féminins qu’avec l’admission des femmes dans les mouvements traditionnels.

Récit

La franc-maçonnerie a une histoire complexe, dans laquelle les problèmes internes et les divisions ne manquent pas, même si, dans la mesure du possible, les francs-maçons ont essayé de cacher tout épisode de conflit. En général, cela a donné lieu à l’existence de plusieurs groupements appelés « obédiences », chacun avec des rituels différents.

En ce qui concerne l’Église catholique, il est important de différencier entre compatibilité et belligérance. Cette dernière peut être remise en question : les francs-maçons le nient, mais c’est généralement une réalité dans la franc-maçonnerie continentale et est beaucoup plus atténuée dans la franc-maçonnerie anglo-saxonne.

Ce qui est manifeste, c’est que l’idéologie maçonnique est incompatible avec la foi catholique, et pourtant liée à ses racines. Cette posture a été déclarée par l’Église à plusieurs reprises, même récemment, et le fait que l’excommunication automatique de quiconque entre dans la franc-maçonnerie n’est plus en vigueur aujourd’hui (comme ce fut le cas dans le passé), ne signifie rien à cet égard.

Au Vatican ?

Y a-t-il des francs-maçons au Vatican ? Ce que j’ai lu et entendu jusqu’à présent ne sont que des rumeurs, sans preuves ni noms. Mais vraiment, ce n’est pas quelque chose qui mérite beaucoup de crédit. Ce n’est pas impossible, mais on parlerait d’un mouton noir dans le troupeau, car il pourrait y en avoir pour une autre raison.

Cependant, quand on apprend que quelqu’un est franc-maçon, il ne faut pas perdre de vue un détail : les francs-maçons, sauf exclusion, ne perdent jamais leur statut. Quiconque a quitté l’organisation est appelé « endormi » ou « dormant », mais reste considéré comme un franc-maçon.

ITALIE : Le tronc de la veuve

De notre confrère italien expartibus.it – Rosmunda Cristiano

Et s’asseyant devant le trésor, il observa comment la foule jetait des pièces dans le trésor. Beaucoup de gens riches avaient beaucoup jeté. Mais quand une pauvre veuve vint, elle jeta deux petites pièces de monnaie, c’est-à-dire un sou.

Alors, appelant les disciples à lui, il leur dit : « En vérité, je vous le dis, cette veuve a jeté dans le trésor plus que tous les autres. Comme chacun a donné le superflu, elle a plutôt, dans sa pauvreté, mis tout ce qu’elle avait, tout ce qu’elle avait pour vivre ».
Evangile de Marc XII 42-44

La coutume de la charité, dans la franc-maçonnerie, dériverait du passage de l’Evangile rapporté ci-dessus, nos anciens rituels n’en font mention qu’en 1820, lorsque, dans les « Statuts généraux de Naples » , il y eu une référence à « l’échange de charité ».

Le fait est que chaque tour, de quelque degré que ce soit, se termine par le passage du tronc de la veuve ; sans cette cérémonie simple mais très importante, on peut dire que la séance n’est pas un « rituel« .

La dénomination « Tronc de la Veuve », avec une référence claire au passage susmentionné de Marc, fait probablement référence à la figure de Hiram « fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, mais du père Tirio, artisan en bronze, d’une grande capacité technique et plein de talent, expert dans toutes sortes de travail du bronze » , et nous ramène à la légende d’Isis.

La déesse, sœur et épouse du dieu Osiris, tuée et mise en pièces par son frère Seth, qui éparpilla ses restes sur toute la Terre, aidée par sa sœur Nephthys, après une longue errance, retrouve toutes les parties de son corps sauf le phallus, dévoré par un poisson du Nil.

Isis, avec beaucoup d’efforts et de larmes, parvient à rassembler le corps, mais, faute de membre viril, elle est incapable de procréer. Sans se décourager, elle se fait une prothèse en bois de sycomore et le rejoint, donnant vie à Horus, le Soleil, qui, par conséquent, est le fils de la veuve, telle qu’elle a été engendrée par Isis, qui l’a conçu sans mari.

Le coffre avec les restes divins, descendant le Nil, atteint la mer et est poussé par les courants sur la côte de la Syrie, où, soudain, une bruyère apparaît et pousse rapidement jusqu’à enfermer le coffre dans son tronc. Le roi du lieu, surpris par la grandeur de la plante, la fait tailler et, ignorant son contenu, en fait une colonne pour son palais.

En l’apprenant, Isis se rend en Syrie où, après diverses vicissitudes, elle obtient enfin la colonne dans laquelle repose le corps d’Osiris et, couverte d’onguents parfumés, l’élève au centre d’un grand temple. A partir de ce moment, dans tous les temples qui lui sont dédiés, les fidèles dévots déposent leurs offrandes destinées à la charité dans une malle placée à l’intérieur de l’enceinte sacrée.

C’est ainsi que le récipiendaire de la charité prend le nom de ‘Tronco della Vedova’.
Pour cette raison, dans les milieux ésotériques, on dit qu’un initié est un « Fils de la Veuve » car cela signifie être comme Horus ou comme Jésus, car selon leurs cultes respectifs, tous deux sont nés sans l’intervention d’un père.

Être le fils de la veuve, c’est être un enfant de l’espace fait pour que l’âme reçoive toute la lumière de l’esprit, d’une mort-renaissance qui implique un acte intérieur d’union avec soi-même pour réaliser sa plénitude, un acte qui ne peut que avoir lieu en un point ineffable, connu seulement de ceux qui se réunissent, ou « connu seulement des enfants de la veuve ».

Lors du rite d’initiation, le Vénérable Maître s’adresse au candidat avec la formule suivante :

Profane, il est temps de mettre en pratique le second devoir du franc-maçon, c’est-à-dire de pratiquer les vertus les plus douces et les plus bienfaisantes, d’aider votre Frère, de prévoir ses besoins, d’apaiser ses malheurs et de l’assister de vos conseils, de vos lumières avec votre crédit.

Ces vertus, considérées dans le monde profane comme des qualités rares, ne sont, chez les francs-maçons, que l’accomplissement d’un devoir.

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’en rajouter pour comprendre l’importance accordée à la solidarité, entendue comme fondement de l’égalité et de la fraternité et comme corollaire de réalisation immédiate du chemin initiatique.

Le Franc-Maçon, en même temps, travaille à son propre perfectionnement spirituel et à celui de l’Humanité, en effet si « vouloir être meilleur c’est être meilleur » il est aussi vrai que « s’améliorer c’est améliorer les autres ».

L’homme et l’humanité, en tant qu’un et tous, sont des facteurs indispensables ; l’ésotérisme, comme cheminement vers la connaissance du Soi, représente notre opération, tout comme la construction du temple intérieur fut une œuvre tout aussi efficace pour nos prédécesseurs engagés dans les chantiers et pour les spéculatifs acceptés dont nous sommes les descendants.

Voilà donc que la séparation des métaux, qui s’effectue déjà dans le cabinet de réflexion pour que le candidat soit admis au Temple, prend une signification pratique d’une signification intrinsèque bien plus large que même le haut contenu moral.

Si les métaux représentent l’élément lourd et corporel de notre réalité physique, s’en détacher devient une condition nécessaire pour que la rectification ait lieu. Ce symbole doit ensuite être intériorisé et réalisé individuellement par l’Initié, ce qui signifie que l’ésotérisme, comme cheminement vers la connaissance du Soi, reproduit notre fonctionnement.

La séparation des métaux ne nourrit pas l’attachement aux biens matériels et, plus généralement, aux passions, car sans ce détachement progressif la rectification serait un leurre. L’accomplissement de ce devoir sans ostentation cache, sur le plan individuel, la main bienfaitrice ; l’aide reste entourée de secret car, pour produire des effets opérationnels, il ne doit pas y avoir de rétribution morale, mais un véritable sacrifice, sacrum-facio .

Briser la coquille de sa personnalité égoïque et se sentir partie intégrante de ce tout qu’est l’Humanité est une étape indispensable pour se transcender et transformer l’Initiation en sa réalisation spirituelle ; ainsi se concrétise l’amour du prochain.
L’Amour comme Feu, un passage obligé qui sera approfondi au cours du parcours initiatique.

À un certain moment de la cérémonie, les métaux sont rendus, si l’initiation est intériorisée, sa valeur est transmuée et elle est éliminée d’une manière différente. Il semble extrêmement cohérent que l’argent collecté dans le coffre de la veuve soit transformé en « beaucoup de morceaux d’Osiris pour la reconstruction de l’homme ».

La charité est la vertu capable de soulager la douleur et la misère qui nous entourent. Alors qu’une aide durable peut changer la vie et le destin d’un homme.

Au matérialisme et à la recherche effrénée de la richesse, il faut opposer l’humble et douce poésie du tronc de la veuve.
A. Corona