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Visitez le Temple maçonnique de Dublin

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Une visite guidée du Freemasons Lodge, Molesworth Street, Dublin. Chaque année, lors de la Nuit de la culture, les francs-maçons de Dublin ouvrent leur loge, organisent des visites et expliquent certains aspects de la franc-maçonnerie.

Une brève histoire de la Grande Loge

La Grande Loge d’Irlande est l’institution qui régit la Fraternité maçonnique au sein de l’île d’Irlande et dans un certain nombre de provinces d’outre-mer. La franc-maçonnerie irlandaise compte environ 27 000 membres dans le monde.

La Fraternité maçonnique peut dater son existence de plusieurs centaines d’années. Il semble avoir vu le jour au XVIe siècle et avoir gagné en popularité et en adhésion tout au long du XVIIe siècle.

Au début du 18e siècle, les loges maçonniques d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse avaient formé des «grandes loges» pour gouverner la fraternité dans leurs régions. La Grande Loge d’Irlande, formée en 1725, est la deuxième Grande Loge la plus ancienne au monde.

La Fraternité maçonnique était devenue une fraternité populaire à la fin du 18e et au début du 19e siècle et s’était répandue dans le monde entier. En Irlande, pendant cette période, de nombreux membres bien connus de la société irlandaise s’étaient joints, dont Daniel O’Connell, Archibald Hamilton Rowen et de nombreux membres de la célèbre dynastie FitzGerald.

Dans les années 1860, les travaux avaient commencé au Freemasons ‘Hall sur Molesworth Street à Dublin qui, après avoir été finalement ouvert en 1869, sert toujours de siège à la franc-maçonnerie irlandaise à ce jour.

Nous vous proposons une autre visite du Temple

Tour of the Freemasons Hall from Grand Lodge of Ireland on Vimeo.

L’obédience est la seule du pays à être reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. L’histoire de la Grande Loge d’Irlande débute aux prémices de la maçonnerie spéculative, pour se tourner ensuite vers les îles britanniques où l’obédience eut une influence notoire. Elle évolue ensuite en parallèle de la société irlandaise. Ainsi, la famine irlandaise et les multiples condamnations papales n’épargnèrent pas la Grande Loge.

Il y a des preuves considérables de réunions dans des loges maçonniques en Irlande avant le xviiie siècle. L’histoire de la Franc-Maçonne, en anglais « Lady Freemason », Elisabeth Aldworth, remonte à une époque antérieure à l’existence de la Grande Loge. En 1688, un document au Trinity College de Dublin, aurait fait référence à des tenues maçonniques organisées en ville.

L’installation de la Grande Loge d’Irlande

Selon le Dublin Weekly Journal, Richard Parsons (1er comte de Rosse) a été élu nouveau Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande le 26 juin 1725. Le cortège comprenait les maçons au grade de maître et les gardiens de six loges, dites de « Gentleman Freemasons ». L’article de l’hebdomadaire présume que ce n’était pas la première de ces élections, mais depuis, aucune référence antérieure n’a encore été trouvée. Ainsi, la Grande Loge de l’Irlande remonte sa fondation à l’an 1725, ce qui en fait la deuxième plus ancienne grande loge dans le monde. Au moins aussi tôt que 1726, il y avait aussi une Grande Loge au sud, dans Munster, qui a été absorbée par la Grande Loge de Dublin en 1733.

La Grande Loge d’Irlande fut la première à distribuer des « bons de souscription » aux loges dans leur forme actuelle. Donc, contrairement aux autres grandes loges de Londres et d’Edimbourg, la GLI n’avait pas de problèmes pour délivrer les papiers nécessaires à la visite d’autres loges. C’est ainsi que la majorité des loges maçonniques de l’armée britannique, quelle que soit leur situation géographique, ont prêté serment en vertu de la Constitution irlandaise. Durant tout le XVIIIe, la propagation de la maçonnerie que l’armée britannique effectuait dans les colonies, était principalement irlandaise.

L’influence sur le continent britannique

En 1751, en Angleterre, des immigrés catholiques et francs-maçons irlandais ont mis en place un rival à la première Grande Loge d’Angleterre, sous la dénomination de « Grand Lodge of Antients Masons ». En 1756, Laurence Dermott, alors « grand secrétaire des Anciens », publie sous le nom de Ahiman Rezon des constitutions différentes des Constitutions d’Anderson, en s’inspirant des statuts de la Grande Loge d’Irlande et donc des constitutions irlandaises de Spratt. Les Constitutions de Dermott prévalaient toujours lorsque les deux obédiences anglaises rivales se sont rejointes en 1813.

Les troubles du xixe siècle

Le début du xixe siècle apporte une série de revers pour la Grande Loge d’Irlande. Un différend sur les degrés plus élevés, dits « hauts grades maçonniques », conduit à la création de la Grande Loge de l’Ulster, opérant à partir de 1805 pendant neuf ans.

La famine irlandaise de 1823 a causé de nombreux troubles pour l’activité maçonnique du pays. Notamment, certains pavillons qui sont devenus des centres républicains et une brève interdiction gouvernementale jusqu’en 1825.

En 1826, la condamnation papale Quo graviora, bien que le dernier d’une série de mesures antimaçonniques par l’Église catholique, a été le premier à être rigoureusement appliqué par le clergé irlandais. Ainsi, un nombre considérable de francs-maçons catholiques ont été menacés d’excommunication, et ont démissionné à la suite.

Évolution du lieu des tenues

Au cours du xviiie siècle les loges maçonniques indépendantes se réunissaient dans des auberges, tavernes et cafés. Tandis que les réunions de la Grande Loge, ont principalement eu lieu dans des bâtiments civiques et dans les bâtiments de guildes. Au début du xixe siècle, la Grande Loge d’Irlande commence à louer des bâtiments sous la forme d’installations maçonniques semi-permanentes. Par exemple, le siège de la Grande Loge fut un temps au numéro 19 de la Dawson Street à Dublin, qui est l’actuel siège de l’Académie Royale Irlandaise. De Dawson Street, la Grande Lodge s’est déplacée dans des bâtiments commerciaux de la Dame Street. Ce, jusqu’à ce que la Grande Loge avec la plupart des loges métropolitaines déménagent dans un nouvel immeuble construit à cet effet sur la Molesworth Street. En 1869, le but était de construire le siège irlandais de la franc-maçonnerie, que l’on connait aujourd’hui sous le nom de « Freemasons’ Hall ». Le bâtiment situé sur la Molesworth Street abrite des loges richement décorées et de tous les styles architecturaux, une bibliothèque, un musée, des bureaux et des salles à manger.

Fonctionnement

Depuis 1869, la Grande Loge d’Irlande a son siège rue de Molesworth à Dublin. Elle étend sa juridiction sur treize grandes loges provinciales couvrant tous les francs-maçons de l’île de l’Irlande, et sur douze districts dans le monde entier.

Quand les templiers deviennent témoins du Tour de France

De notre confrère ladepeche.fr

Quelle journée ! Ce 17 juillet restera dans les mémoires. Tout d’abord les conditions climatiques, grand soleil et 36° à l’ombre, la longue chenille des camping-cars et des voitures depuis Saint-Ferréol. Il ne restait plus un centimètre de place pour se garer. Tous les amateurs étaient là dans la montée du fameux col des Cammazes, classé en troisième catégorie pour le prix de la montagne. Et quand c’est le Tarnais Benjamin Thomas qui passe en tête, les applaudissements fusent. Tout le monde était unanime pour reconnaître que la caravane publicitaire était fournie, intéressante et longue.

Au final, quatre heures de fête que deux compères templiers venus de Carcassonne ont aussi apprécié, eux qui suivent les étapes du Tour pas trop loin de leur attache et qui sont arrivés la veille pour avoir un endroit bien placé.

Pour une fois, la côte avait disloqué le peloton et le rythme était soutenu. Après une prolongation d’une demi-heure de l’interdiction de circuler pour attendre le dernier coureur très encouragé, le public comblé a repris le chemin du retour, ce qui a occasionné de magnifiques bouchons, peu courants dans cette partie de la Montagne Noire avec son barrage mis en évidence à la télévision.

Les Cammazes, petit village du Tarn, sur la route des lacs de la Montagne Noire, à la source du canal du Midi, aux portes du Pays Cathare, appellation touristique déposée par le département de l’Aude, offre un magnifique balcon sur les plaines du Lauragais, plaines agricoles balayées par le vent d’Autan qui a donné le nom à l’expression « pays de Cocagne », où poussait le pastel, plante à l’origine de la fortune de nombreux Toulousains…

« Nuit des sorciers » au village de Bué près de Sancerre

La foire aux sorciers a lieu à Bué depuis 1946. Elle conjugue la célébration du vin produit dans le terroir de Sancerre et l’histoire de la sorcellerie locale. Cette partie du Sancerrois a été marquée pendant la Renaissance par un important procès en sorcellerie, celui du Carroi de Marloup (dont on a conservé les actes). Depuis 2008, la fête se concentre sur le samedi soir. On y vient costumé en sorcier, birette, fantôme ou diable. Cette soirée festive commence par un repas agrémenté d’histoires de sorcières et se poursuit par un bal champêtre, à tendance folk ou trad

(A partir de 2:30)

En 2019 notre confrère leberry.fr et Vincent Michel avaient consacré un article pour la 74e édition :

La 74e Nuit des sorciers a lieu samedi 3 août avec, au programme, animations, spectacle et repas. À la nuit tombée, comme de coutume, les birettes vont descendre des coteaux de Bué à la lueur de leurs flambeaux.

Dans leurs hardes blafardes, la face blême et squelettique éclairée par les flammes de leurs torches, les birettes vont, une fois encore, rôder dans les vignes, au Creux de Marloup. Les créatures fantomatiques se sont donné rendez-vous samedi 3 août, le soir, entre chien et loup, comme elles en ont coutume, pour la Nuit des sorciers.

Le terme d’institution n’est pas usurpé car l’événement en est, cette année, à sa 74e édition. Chaque premier dimanche d’août, Bué joue à se faire peur, c’est une tradition. Et, aussi, le fruit d’un imposant labeur bénévole.

« La Nuit des sorciers fait partie des grandes fêtes du Sancerrois, il y a un grand attachement à ce rendez-vous et nous avons à cœur de le perpétuer, assure Jean-Marc Roblin, président de l’Association buétonne d’éducation populaire (Abep), qui organise la manifestation. Elle date de 1946, c’est la plus ancienne. Alors, on aimerait aller à la 75e édition, à la 80e et, pourquoi pas, à la 100e ! »

Des faunes et des dragons

Au milieu du vignoble, comme c’est l’usage, il y aura de l’animation. L’association a choisi de faire appel, cette année, au Cabaret sancerrois. « C’est la première fois, souligne le président de l’Abep. On veut, surtout, un spectacle déambulatoire. Et on cherche, également, à trouver des partenaires autour de chez nous. » Le titre, évocateur, Faunes et dragons, promet, comme requis par l’esprit de l’événement, une ambiance « mystique »

Revivez la 73ème Nuit des Sorciers à Bué en images

Du spectacle, il y en aura, aussi, à la nuit tombée. Les coteaux entourant le village s’illumineront de flambeaux, ceux des birettes, qui descendront des hauteurs et conduiront la symbolique sorcière au bûcher… La mise en scène sera suivie d’un feu d’artifice, puis d’un bal animé par Joël Pasquet. « Nous essayons de garder un esprit familial. Ce qui compte, c’est la convivialité. C’est un mot que l’on entend beaucoup, mais c’est important. »

Les sorciers de Bué, toute une histoire

La Nuit des sorciers trouve son origine dans d’anciennes croyances, mais aussi dans des faits bien réels… Bué est une terre de « birettes », êtres fantastiques du folklore sancerrois, de sorciers. Et ce ne sont pas là que légendes. À la fin du XVIe siècle, alors que les guerres de religion troublaient la contrée, s’est tenu à Sens-Beaujeu un procès en sorcellerie resté célèbre, celui du Carroi de Marlou – en français d’aujourd’hui, le « carrefour du mauvais loup ». Cet endroit, près du village de Bué, aurait été le théâtre d‘un sabbat. À l’issue du procès, cinq hommes qui, selon les accusations d’un garçon de douze ans, auraient participé à cette réunion de sorciers, ont été exécutés, sur le lieu même des faits dont ils furent jugés coupables. Accusée de même, une femme s’étrangla alors qu’elle était emprisonnée. L’histoire a inspiré l’abbé Joseph Barreau et le conteur Jean-Louis Boncœur, qui créèrent, en 1946, la première Foire aux sorciers, afin de récolter des fonds pour réparer l’église. Des décennies plus tard, la tradition se perpétue. Et se tient toujours à l’endroit que l’on nomme à présent le Creux de Marloup.

Faire perdurer de tels événements dans les communes rurales peut apparaître, parfois, comme une gageure. « À l’heure actuelle, la démographie suit une tendance à la baisse, estime Jean-Marc Roblin. Si, un jour, les festivités devaient s’arrêter, ce ne serait pas par manque de volonté des bénévoles, mais parce qu’il y aurait tout simplement moins de monde. »

« Nous essayons de garder un esprit familial. Ce qui compte,
c’est la convivialité. C’est un mot
que l’on entend beaucoup,
mais c’est important. »

JEAN-MARC ROBLIN (Président de l’Association buétonne d’éduction populaire, qui organise la Nuit des sorciers)

Pour autant, malgré son âge, la Nuit des sorciers continue de fédérer. Et tant mieux, car il faut nombre de bras pour tout mettre en place. Pendant les quatre jours de préparation qui précèdent la fête, une cinquantaine de bénévoles sont à l’œuvre. « Le premier barnum est monté dès le mercredi soir », précise le président. Le jeudi, les autres doivent être installés. Et, le vendredi, « on prépare tout ». Pour cela, « il y a besoin de rigueur, en matière d’organisation, mais tout en gardant un esprit bon enfant ».

L’émulation vient de l’« esprit de clocher », sourit le président de l’Abep. « Il y a de la solidarité. Les bénévoles sont très présents et impliqués. On essaye d’attirer des personnes qui ne venaient pas avant. Des jeunes aussi, alors que ce n’est pas facile car, aujourd’hui, il y a à disposition tellement de divertissements. »

1500 personnes chaque année

Chaque année, le rendez-vous attire des spectateurs nombreuses. Plus de 1.500 personnes, selon les organisateurs. « En début de manifestation, il y a peu de gens locaux. On voit des gens venant du sud du Cher, mais aussi de l’Yonne, du Loir-et-Cher… Il y a, aussi, des touristes en vacances dans la région. Les locaux viennent surtout en deuxième partie de soirée. » Alors, voir autant de public, « ça encourage ça faire quelque chose ». Les bénévoles croiseront les doigts jusqu’au dernier moment. « Le paramètre le plus important, c’est la météo ! »

Vincent Michel
 

Au programme. Il y aura du mystère, samedi soir, au Creux de Marloup, mais aussi de quoi réjouir les gourmands. L’entrée sera gratuite. À partir de 19 heures sera servi l’Apéro des sorciers et son breuvage mystérieux. Le Cabaret sancerrois présentera, ensuite, Faunes et dragons. Le repas champêtre et son traditionnel jambon à la broche commenceront à 20 heures, sous chapiteau (18 euros, sans réservation). Aux environs de 22 heures, descente aux flambeaux de birettes, suivie du feu d’artifice puis du bal animé par l’orchestre de Joël Pasquet.

Franc-Maçonnerie magazine – Les langages secrets de la franc-maçonnerie

Hors-série N° 8, juillet 2022, 98 pages, 8,90 €

Avec une première de couverture réalisée par le Maître enlumineur Jean-Luc Leguay tiré du Livre 300 (Dervy, 2017), le magazine et sa thématique s’annonce sous les meilleurs auspices.

Prenez connaissance d’un extrait de l’éditorial de Jean-Marc Vésinet : « Fille du Siècle des Lumières, la franc-maçonnerie en a épousé les aspirations émancipatrices, la ferveur du débat d’idées, la foi dans la raison, un goût pour l’esprit critique. Mais, en parallèle, certains ont vu dans les symboles maçonniques une voie d’accès vers des savoirs cachés. S’est ouvert alors au cherchant, au fil de sa progression de grade en grade, les portes du langage codé de l’alchimie. La franc-maçonnerie serait donc l’une des héritières d’une tradition hermétique plurimillénaire, que l’on retrouve déjà dans la Kabbale, dans la célèbre Table d’émeraude et dans le Corpus Hermeticum en référence au mythique Hermès Trismégiste. Cet héritage philosophique, qui vise l’essence des choses et des êtres en faisant se correspondre macrocosme et microcosme ne doit rien au hasard… »

En voici le sommaire :

L’édito : « Vision terrestre et céleste » par Jean-Marc Vésinet

Sur les traces de… : L’hermétisme aux sources de la science moderne par Jean Iozia

Symbole : La peau dans l’initiation par Sylvie Monpoint

Pierre Mollier

Rites : Rites cachés : au plus près de la vérité ? Ou hermétisme et kabbale par Pierre Mollier

Zoom sur : Du Grand Géomètre à l’esprit de géométrie par Cécile Révauger

Cécile Révauger

Traditions et croyances : La langue secrète du corps soufi : convergences soufies et maçonniques par Thierry Zarcone

Art : Voyage initiatique avec les peintres des Pays-Bas par Thomas Grison

Marie-Dominique Massoni

Réflexions sur la comète : Le cosmos dans la loge par Marie-Dominique Massoni

Transmission : Trois leçons d’intelligence sauvage – Une sagesse du rituel par Jérôme Minski

Décryptage : Le tombeau des ducs de Bretagne : livre de pierre et demeure philosophale par Thomas Grison

Thomas Grison – photo site Cépaduès

Découverte : Ni lire, ni écrire/Les rébus : énigmes et malices du peuple en fête par Laurent Segalini

Regards croisés : Les runes : des symboles magiques par Francis Moray

Interview : Charles Coutel : résister par les mots ; propos recueillis par Hélène Cuny

Ludovic Marcos (OE)

Énigme : L’alphabet maçonnique, signe de reconnaissance par Ludovic Marcos

À noter : Principales obédiences classées par ordre de leur date de fondation

Agapes : Et s’il y avait de l’ésotérisme en cuisine et à table ? Par Blandine Vié

Sélection livres : Le secret murmuré de Dieu. La voie de la Kabbale de Marc Halévy

Symbolique des Ultimes Grades de Vaillance et de Sagesse d’Irène Mainguy

Noir. Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau

Hervé Hoint-Lecoq

Le saviez-vous ? : Pourquoi les francs-maçons écrivent-ils MTCF, MTCS ? Par Hervé Hoint-Lecoq

S’adressant tant à des Francs-Maçons comme au grand public, Franc-Maçonnerie magazine est un bimestriel d’information consacré à l’Art Royal. Il succède à Initiations magazine fondé en 2004 et se veut indépendant de toute Obédience maçonnique.

Il est disponible depuis ce mardi 26 juillet, dans votre Maison de la Presse, 1er réseau culturel de proximité.

Nous vous souhaitons une bonne lecture et un bel été !

Il taille réellement sa pierre, lui ! Son nom… Frédéric THIBAULT

À longueur de textes, on lit des affirmations, parfois pompeuses, sur la taille de la pierre des uns ou sur l’édification du Temple des autres. Beaucoup en parlent, mais très peu la réalisent réellement. Celui que nous allons vous présenter, fait partie de la race des tailleurs. Lorsque nous écrivons la race, nous devrions plutôt écrire la classe, car il s’agit avant tout d’une corporation, celle des tailleurs de pierre. Notre œuvrier est non seulement tailleur, mais est aussi sculpteur. C’est un personnage haut et en couleur. La rédaction a choisi de braquer les projecteurs sur lui et ses activités, car il est opératif… et sait aussi être spéculatif à ses heures.

Frédéric THIBAULT est compagnon du Tour de France, tailleur de pierre, sculpteur, conférencier, chargé de communication… On ne compte plus ses qualités et ses réalisations. Il a passé deux ans en école d’architecture à Paris. Puis il s’est orienté vers un métier qui lui permettait de travailler dans le domaine du patrimoine. Ce fut l’occasion pour lui de découvrir de nouveaux horizons et de quitter Paris.

Le hasard l’a conduit à Châteauroux pour préparer un CAP de Tailleur de pierre. Très rapidement sa sensibilité l’a poussé à orienter sa formation vers la sculpture ornementale. C’est toujours à Châteauroux qu’il a rencontré celui qui allait devenir son maître. Il était compagnon sculpteur sur pierre à l’Union Compagnonnique. C’est lui qui l’a lancé sur le Tour de France. Cela lui permis de voyager durant quelques années.

Il a ainsi pu travailler sur des chantiers comme le cloître de la cathédrale d’Aix-en-Provence, le château d’Azay-le-Rideau, les cathédrales de Beauvais, de Reims, d’Amiens ou de Paris.

En 2004, il décide d’ouvrir son propre atelier de sculpture à Lille, dans le grand nord. Ce fut une belle expérience de sept années.

Ensuite, il a travaillé dans différentes entreprises spécialisées en restauration de monuments historiques à Paris ou en Picardie. Malheureusement, les responsabilités ne lui permettaient plus d’être suffisamment en contact avec la matière. Aujourd’hui, il accompagne différents projets sur un plan historique et archéologique, comme le projet de reconstruction de la flèche de la basilique de Saint-Denis par exemple.

Chauny (Aisne), mercredi. « Il ne faut pas que les générations suivantes oublient », martèle la présidente de la Libre Pensée de l’Aisne, Nicole Aurigny, au côté du sculpteur du monument, Frédéric Thibault. LP/Isabelle Boidanghein

Le 6 avril 2019, la Ville de Chauny, en Picardie, inaugure un monument en hommage aux 639 soldats fusillés pour l’exemple de la guerre de 14-18. C’est Frédéric qui a été sélectionné pour la réalisation de cette œuvre sculpturale. Il était encore en poste dans une entreprise de monuments historiques à Paris, lorsqu’un compagnon, membre de la Libre Pensée, l’a informé d’un projet de monument pour les fusillés. Le sujet l’a aussitôt interpellé et il s’est mis sur les rangs. Il a envoyé quelques croquis proposant sa création. Deux ans plus tard, on l’a informé qu’il avait été sélectionné. Le premier projet a été le bon, comme s’il l’avait toujours eu en tête.

Il enchaine désormais les chantiers opératifs et spéculatifs. Depuis quelques temps, il s’implique très activement dans la communication de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis aux côtés du Président Dominique Saffré.

La rédaction vous invite à regarder les vidéos présentant le travail de Frédéric THIBAULT. Vous comprendrez ensuite qu’il y a ceux qui parlent de la pierre… et ceux qui la travaillent.

Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis
15 rue Champ Lagarde
78000 VERSAILLES
Tel : 09 52 32 61 49

https://www.lecompagnonnage.com/

Enregistrement de : Café patrimoine du jeudi 12 octobre 2017 sur le thème : Les Compagnons du Tour de France, une histoire parisienne – Frédéric Thibault, compagnon tailleur de pierre de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis.

En 2014 il crée et anime sur Facebook le Groupe d’information et d’échange sur le compagnonnage qui regroupe aujourd’hui plus de 8400 membres issus de toutes les sociétés compagnonniques et amis des compagnons et qui reste actuellement le groupe de référence pour suivre l’actualité du Compagnonnage.

En 2017 Frédéric THIBAULT est a l’initiative du collectif « Cœurs de pierre et Solidaires » : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/paris-des-tailleurs-de-pierres-s-attaquent-aux-blocs-anti-migrants_1882949.html

Depuis quelques années il anime des conférences remarquées sur l’histoire des Compagnons au 19e siècle au travers de la révolution de 1848 et la Commune de Paris en 1871 ou, plus récemment, sur les marques lapidaires de la basilique de Saint-Denis. 

28/07/22 : Le Collège Maçonnique – Les Entretiens d’Été

Sur le thème « Identités, Altérité/Soi et les Autres », le jeudi 28 Juillet 2022 à 19 h 30, le docteur Corinne Drescher-Lenoir, en visioconférence, nous parlera de « La Franc-Maçonnerie, une voie vers l’Autre ».

Présentation de la conférence :

La notion d’identité nous apparaît progressivement, depuis le début de ces Entretiens d’été, comme une notion complexe, avec de multiples significations et expressions diverses. Il ne semble pas y avoir une identité unique, stable, figée dans le temps, qui enfermerait chacun d’entre nous dans une image et un rôle social parfaitement définis. Des identité se forgent comme une construction progressive sous de multiples apparences ; sont-elles susceptibles d’évoluer au fil du temps, permettant de se perfectionner, peut-être ? Il était donc nécessaire d’évoquer, dans ce cadre, ce qu’est l’identité maçonnique : au-delà des secrets, des rites, des fantasmes, existe-t-il une spécificité maçonnique indiscutable, une identité particulière ? Et si elle existe, en quoi les rapports des Sœurs et des Frères avec les Autres sont-ils une possible voie de construction personnelle et collective ?

La bio de la conférencière :

Corinne Drescher-Lenoir

Le docteur Corinne Drescher-Lenoir est gynécologue-obstétricienne de formation et de profession. Elle est membre du Collège scientifique du CIRDH-Frans Veldman qui est une association créée par le fondateur de l’haptonomie, Frans Veldman (1921-2010). L’haptonomie est une pratique qui place la relation et le contact affectif au cœur du soin, de l’éducation et de toute rencontre interhumaine. Elle est aussi membre du comité de rédaction de « Présence Haptonomique ».

Elle est également Franc-Maçonne depuis plusieurs décennies, au sein de la Grande Loge Féminine de France, membre de la Commission nationale des Droits des Femmes et de la Loge nationale de recherche « Bathilde Vérité » ainsi que la directrice de publication de la collection Voix d’Initiées, de la GLFF et a, en particulier, contribué à la rédaction des thèmes suivants : “Du destin biologique à la liberté, les femmes et la santé“ ; « Penser, un défi pour être libre » ; « La différence et l’indifférence ».

Les modérateurs sont Noëlle Martin (GLFF), professeur de lettres et membre de la Loge nationale de recherche « Bathilde Vérité » et Martin William Emmanuel (GLDF), consultant en stratégie et finance et fondateur de « Bastille Magazine », un mensuel littéraire.

Alain-Noêl Dubart

Les organisateurs sont Alain-Noël Dubart et Marie-Thérèse Besson respectivement Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France et de la Grande Loge Féminine de France

Le jeudi 4 Août à 19 h 30, le Collège Maçonnique accueillera Héliane Bernard, docteur en Histoire, sur « De l’Altérité à la Fraternité ».

Rappelons que la devise du Collège est scrire & intellegere, soit écrire & comprendre.

Marie-Thérèse Besson

Toutes les conférences sont gratuites, ouvertes à tous, enregistrées et disponibles en libre accès sur le site du Collège Maçonnique. Inscription obligatoire surhttps://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_d_-Po6CJSiemiYzNlqnH4w

De l’ego à l’égal

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Deux hommes, tous deux gravement malades, occupent la même chambre d’hôpital. Bernard, allongé près de la fenêtre, doit s’asseoir dans son lit chaque après-midi afin d’évacuer les sécrétions de ses poumons. Jean-Louis, alité à côté de la porte d’entrée, récemment opéré de la colonne vertébrale, est contraint lui, de vivre ses journées, immobile, couché sur le dos.

Les deux compagnons d’infortune, occupent leur temps à converser. Après la sieste, lorsque Bernard se redresse, il passe un long moment à raconter tout ce qu’il voit dehors à Jean-Louis. Celui-ci attend avec impatience cette heure privilégiée pour s’imaginer les scènes qui lui sont détaillées. Un parc agrémenté d’un grand bassin, avec des cygnes et des enfants qui font voguer leurs bateaux à voile miniature. Des amoureux qui marchent entre les parterres de fleurs pendant que glisse dans le ciel bleu, un avion laissant derrière lui une traînée blanche cotonneuse…

Les jours et les semaines défilent, égayés par les échanges des deux malades, égaux dans l’adversité. Un matin, avant le petit-déjeuner, l’infirmière trouve le corps sans vie de Bernard, mort dans son sommeil. Jean-Louis, soudain seul dans cette grande chambre, est très affecté par la disparition de son voisin, devenu son ami. Dès qu’il retrouve la force de se mouvoir, il demande à occuper la place de Bernard, à côté de la fenêtre. Lentement, Jean-Louis parvient à se soulever sur ses coudes pour jeter un coup d’œil dehors. Stupeur ! Tout ce qu’il découvre, c’est un haut mur devant ses yeux, l’arrière d’un immeuble ! Très troublé, il demande à l’infirmière pourquoi Bernard lui a décrit une tout autre réalité inventée. Elle l’informe alors que Bernard était aveugle et ne pouvait même pas voir le mur en cause !!

« Peut-être a-t-il seulement voulu vous aider à supporter le mieux possible votre état ! » conclut-elle, très émue, elle aussi.

L’auto-tolérance

Supporter ! Nous voici, avec ce verbe prononcé par l’infirmière de ce joli conte, sur la route de la tolérance. Lorsque son premier sens interpersonnel de « supporter » signifie, non pas subir, mais au contraire, soutenir » et aider. Ce qu’au vrai nous montre l’attitude positive de ce non-voyant, paradoxalement « porteur d’une lumière » qui éclaire l’autre, tout en le réchauffant lui-même, pour endurer son propre handicap. La tolérance devient ici, devoir d’égalité quand l’homme a conscience, par identification, que cet « autre moi » infériorisé est, précisément, son semblable !

On ne peut toutefois bien le comprendre et agir pour lui, qu’en ayant une bonne compréhension de soi. Comme tout franc-maçon, j’ai fait mienne la maxime Connais-toi toi-même de Socrate qui, en quatre mots, m’invite surtout à connaître mes limites, donc à m’assumer. Parce que la tolérance précitée, toujours au sens de « supporter », passe d’abord par « l’auto-tolérance », si je puis dire. En effet, avec qui dois-je passer le plus de temps dans ma vie, sinon avec moi-même ? Et de qui dois-je satisfaire les exigences fondamentales sinon de cette machine complexe que je suis ? Et encore, de qui dois-je prendre soin en permanence, sinon de ce corps et de l’esprit à lui associé, pour en assurer l’unité et la survie ? Parce que vivre, c’est se lever chaque matin avec la conscience d’être…ce que je n’ai pas choisi d’être, ni mon sexe, ni mon physique, ni mon psychisme, bref, cette personnalité qui me détermine.

Vivre, c’est aussi, par définition, l’incertitude. C’est ressentir certes, le bonheur d’exister au monde, mais c’est donc, en tant que locataire de cet indissociable « corps-esprit » (ainsi défini aujourd’hui par les neurosciences) et sujet désirant, être exposé à l’irruption de passions, de pulsions, de sentiments, d’émotions. C’est encore être à la merci, au fil des jours, de la maladie, de la souffrance, de la vieillesse, de la mort ! De la sorte, je suis contraint, comme tout un chacun, de tolérer que mon vulnérable corps, subisse l’agression d’affects et de pathologies et parfois même leur violence, tout au long de ma vie ! Partant, il me faut vraiment beaucoup de patience, d’indulgence, de tolérance en effet, au sens de l’estime de moi-même, pour consentir à un tel sort, imposé par la nature humaine.

 La tolérance revient ici à accepter, en quelque sorte et en toute humilité, l’autonomie de mon organisme, lequel décide, à sa guise, que je tombe soudain malade. Puis après le temps qui lui convient, que je me remette d’aplomb et recouvre la santé. Alors que je croyais mener ma barque, je dois me rendre à l’évidence qu’existe en moi un rameur clandestin ! Et je découvre ainsi, à intervalles réguliers, par ce dédoublement même, que ce qui fait de moi un humain parmi les humains, un égal parmi mes égaux, c’est non seulement ma fragilité mais mon besoin d’eux, mes frères en humanité. Comme ils ont besoin de moi. Et parce qu’avec l’âge, la lucidité s’accroit, je comprends que mon indépendance est une illusion et ma dépendance, une réalité ! Idem pour mon prochain, auquel je suis lié.

Il n’est pas inutile de méditer quelques instants sur la maladie, car en me boutant momentanément hors du champ social pour me limiter à un espace plus restreint – que je vive seul ou entouré – elle peut devenir initiatique. Je dis bien elle peut ! Imaginons ensemble : Cantonné dans ma chambre ou juste autorisé au tour du quartier jusqu’à la croix verte de l’officine, mon périmètre réduit devient un cabinet de réflexion, à ciel ouvert ! Condamné à vivre plus intensément un « ici et maintenant » fixe, privé de mes occupations habituelles, libéré des obligations du paraître et centré sur mon « moi » dénudé, affaibli, je vis un égocentrisme vidé de son ego ! Soudain infantilisé, j’ai besoin de réassurance. Ainsi, mes défenses neutralisées, mon bandeau mental ôté, l’œil d’autrui devient alors regard chaleureux, son sourire ne me semble plus mécanique mais bienveillant. Chez le pharmacien, les quatre petits mots rituels du lien social bonjour, pardon, merci, au revoir, me font l’effet d’un baume de lumière, bienfaisant, magique ! Et le coup de téléphone ou la visite d’un frère, résonne en moi comme une promesse de guérison. Comme une renaissance annoncée. Parce qu’il fortifie mon sentiment d’appartenance et, mieux qu’un discours compassionnel, il m’apporte le plaisir partagé de la conversation, cette « communication-communion » spécificité des humains, des parlêtres. Et, en toute égalité, cet échange épicurien vaut toutes les piqûres !

Le regard de l’autre

De la sorte la maladie, comme repos du guerrier, donc séquence possible et calme de réflexion, pourrait constituer en termes de gratitude, un pont, sinon la voie royale menant à la rencontre de l’autre. Mais francs-maçons que nous sommes, en recherche de vérité, nous savons bien que l’homme est doté, selon les circonstances, d’une mémoire « à géométrie variable ».

Pourquoi l’expérience de l’auto-tolérance, dans sa dimension initiatique plus haut citée, ne devient pas naturellement acceptation de l’autre, à titre permanent ? Pourquoi la générosité reçue n’est pas forcément rendue ? Pourquoi seul un petit nombre, que la souffrance a vraiment transformé et qui a conscience du prix de la vie et de l’essentiel, agrandit sa pensée jusqu’à englober celle d’autrui pour mieux le comprendre et l’accepter ? Tout simplement, parce que l’égalité et le devoir qu’elle impose ne va pas de soi ! Le programme génétique de notre espèce, encore aujourd’hui, obéit au principe d’individuation, pour ne pas dire d’égoïsme. Et par là, l’altruisme, la compassion, la bienveillance, la reconnaissance, le partage, ne relèvent pas de l’inné. Autant de vertus et de qualités, à acquérir par la volonté et l’éducation. Par le sens de la responsabilité aussi. Sachant que le sentiment de culpabilité à même d’en résulter, peut être aussi utile, quand il n’est pas névrotique ou cultuel. C’est-à-dire, dans ce dernier cas, quand « faute » n’est pas confondue avec « péché », selon les canons de l’Eglise. Or, précisément entretenu par 2000 ans de judéo-christianisme, le sentiment de culpabilité justifié, si je puis dire, est en fort déclin aujourd’hui, du fait même de la société permissive.

Chacun de nous est mentalement construit, pour vivre comme une « unité centrale défensive », autour de laquelle – tend à croire la pensée magique de l’enfant blotti en nous – le monde devrait s’articuler ! A l’image métaphorique du troupeau de porcs-épics, ces animaux des pays chauds : surpris par une soudaine vague de froid, les rongeurs se blottissent les uns contre les autres mais se blessent alors mutuellement. Ils s’éloignent et se rapprochent ainsi jusqu’à trouver « l’écart-limite » entre eux – somme toute, le seuil de tolérance – pour ne pas s’écorcher et obtenir néanmoins une chaleur groupale protectrice. Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui, lui, n’a jamais cru en la sociabilité et la bonté des hommes, encore moins en leur sagesse, avance pour sa part, que cette « bonne distance » entre eux, c’est-à-dire la neutralisation de leur agressivité native et leur instinct anarchique, ne peut être obtenue que par l’instauration de règles sociétales très strictes : état, police, justice, sanction, peine. Bref, la peur du gendarme, du juge et de la prison ! Une théorie toujours pertinente. Et d’actualité !

Au temps préhistorique de la cueillette, de la chasse et de la pêche, ceux qu’on a appelés les « primitifs », vivaient des relations interpersonnelles paisibles autour de la nourriture, puisque la nature leur offrait ses produits à profusion. Puis la fatale raréfaction a progressivement imposé la technique, l’agriculture et l’élevage, avec les tâches et la discipline conséquentes. Ce qui n’a pu que faire naître alors, le plaisir de la possession, le sens du territoire donc de la propriété et… l’inévitable sentiment de jalousie !

Ainsi ont commencé les conflits entre les hommes, à partir de ces défauts qui traversent le temps : l’appropriation, la compétition, la méfiance, la vanité. Avec pour visée la dominance, la richesse et la notoriété. A l’évidence, aux antipodes même de l’égalité !

Cette philosophie de « roi du monde » ne peut que générer chez le « possédant » le mépris du vaincu, de l’inférieur, dont, paradoxalement, il doit malgré tout entretenir le regard… pour jouir dans ses yeux du pouvoir conquis sur lui. Créer ainsi un humilié pour en faire le témoin, le miroir narcissique de son bonheur est bien sûr, la forme la plus honteuse de cette « tolérance marchande » qui définit du même coup l’intolérable ! Je pense ici à l’esclavage dont, au long de l’histoire se sont rendus coupables des humains en inféodant d’autres humains. Et qui existe encore aujourd’hui, malheureusement, quand est exploitée en Occident la main d’œuvre d’émigrés clandestins ou sur d’autres continents, celle des femmes et des enfants, au profit scandaleux de diverses industries, dont l’informatique !

La rivalité mimétique

Mon propos n’est pas soudain de nous culpabiliser – téléphone portable en poche – mais d’explorer ensemble, en toute clairvoyance, notre fonctionnement d’animaux sociaux. Et partant, de nous appeler à la vigilance. Nous sommes des « êtres de désirs », tributaires d’exigences et à ce titre, sollicités sans répit. Par nos besoins fondamentaux déjà évoqués (faim, soif, affection, sexualité), notre besoin d’appartenance (travail, groupe, association, club), notre besoin de réalisation personnelle (créativité, épanouissement, comparaison, progression). Puis existent aussi nos besoins impulsifs (à preuve, les fascinants gadgets électroniques !). Et enfin s’imposent à nous, ces besoins psychologiques que je qualifierai de « manques permanents », quand ils deviennent désirs perpétuellement insatisfaits. Tel ce désir éperdu de reconnaissance et d’attention d’autrui, qui se décline en besoin d’être aimé, considéré, bien sûr désiré, et encore mieux, choisi ! Tel encore ce désir particulier qui est le désir du désir de l’autre (en soi forme exacerbée de l’appétit d’égalité !) pointé par le philosophe anglais Thomas Hobbes au 17è siècle, puis par Sigmund Freud au 20è et que, à leur suite, l’anthropologue René Girard a théorisé sous le nom de « rivalité mimétique ». Cette forme de désir serait, entre autres et selon lui, à l’origine des guerres entre les peuples. Une rivalité contenant, d’évidence, peur de l’autre et jalousie, donc sentiment d’infériorité.

C’est bien cette rivalité mimétique – autrement dit l’exercice disputé d’une même activité – qui a opposé en Angleterre protestants et catholiques pendant des années, depuis le 16è siècle. Surenchère à laquelle les pasteurs James Anderson et Théophile Desaguliers ont tenté de mettre un terme, en officialisant comme « médiatrice », la franc-maçonnerie spéculative en 1717. A l’époque même où, précisément, les philosophes des Lumières prônent entre toutes les religions, une « coexistence pacifique ». Avec ces deux mots, on ne peut pas mieux définir la tolérance, en tant que vertu, puisque la volonté est ici sollicitée. Et elle apparaît aussi comme large idéal, puisque à la fois, trois cultes sont invités à cohabiter, et le domaine politique à s’émanciper, en se coupant de l’influence du facteur religieux. En fait, du « tri-théisme » existant. Un appel au libéralisme qui a fait dire à Voltaire : « Tant qu’ils commercent ensemble, le juif, le chrétien et le mahométan, ne songeront pas à s’égorger mutuellement ! ».

Quand on sait que les idées-force des Lumières étaient raison, humanité et progrès, nous pouvons nous demander si, grâce à ces ferments de croissance, l’homme a réellement grandi dans sa tête en trois siècles ! Aujourd’hui, Voltaire serait bien surpris de constater que c’est le commerce qui a surtout progressé grâce à la technologie, ce qui n’empêche nullement les religions de s’affronter, voire de tenir lieu de politique violente dans de nombreux pays. Autrement dit, l’idée de tolérance – interprétée par le courant philosophique des Lumières, comme acceptation à la fois de toutes les confessions, des croyances individuelles et des opinions politiques – ne s’est pas vraiment concrétisée à travers le temps. Et les religions précitées sont encore loin du concept d’égalité entre elles !

Si, après deux guerres tragiques qui ont fait des millions de morts au 20ème siècle, l’Europe est pacifiée sur le plan militaire depuis 60 ans, elle paie aujourd’hui un autre prix. Celui d’une longue « euphorie civile », devenue permissivité, soi-disant après la révolte estudiantine française de mai 1968. Toujours est-il qu’en ce début du 21ème siècle, il faut bien constater que l’éclairement des consciences par les lointaines Lumières s’est éteint, les garde-fous de la culpabilité – version « utile » précitée – sont tombés et la notion de responsabilité individuelle se dissout bien trop souvent dans l’individualisme. Comme l’ignorance longtemps entretenue des règles de la civilité, favorise chaque jour les incivilités.

De la sorte, devant une opinion accusatrice, lasse et outrée par les désordres de la cité, parler de tolérance et d’égalité ne peut que lui évoquer incompétence, laxisme et indifférence, tant de l’autorité parentale que publique ! Parce que, je l’ai dit plus haut, la tolérance est limitée par l’intolérable, qui demande lui au final, répression et protection ! Parce que, nous venons de le voir, pour chacun, tolérer, c’est vivre, se vivre et vivre les autres. Et aspirer à l’égalité sociétale, c’est souvent constater que certains… sont plus égaux que d’autres ! Intervient pourtant ici, encore et toujours, notre devoir envers nos semblables, comme le leur envers nous. De la discorde naît la concorde, du chaos, l’ordre. Tel est notre credo, sans jamais perdre espoir. Car mieux que de nous transformer en moralistes ou prétendre à l’exemplarité – attitudes contestées aujourd’hui parce que jugées prétentieuses, voire d’un autre temps – il s’agit de devenir plutôt des « éveilleurs », « découvreurs », « naisseurs », sur fond d’égalité. Voilà sans doute, notre mission : susciter le désir, d’être, de dire, d’apprendre et d’entreprendre. Et cultiver sans relâche notre aptitude relationnelle, en loge et au dehors. Chacun à sa manière. L’important est d’aboutir au « Bien vivre ensemble ».

L’ouverture maçonnique

Vivre, se vivre, vivre les autres. Comment apparaît cette articulation à la lumière de l’Art Royal ? Centrés sur la notion d’égalité, nous venons de constater combien celle-ci est liée à notre appréciation de l’autre, en clair à notre « niveau » de tolérance. Il est donc intéressant d’explorer le contenu de ce vocable. Comme beaucoup d’autres, entrés au fil du temps, par l’oralité, dans la pensée maçonnique – entre autres, tradition, spiritualité, métaphysique, transcendance, initiation, initiatique, restant toujours à correctement définir- le mot « tolérance », est au vrai devenu dans nos rangs, un mot quelque peu « fourre-tout » qui permet bien des prises de position. Et aussi des méprises ! Pourquoi ? Le dictionnaire nous donne, selon ses rédacteurs, plusieurs interprétations du mot. Il nous indique, entre autres, que la tolérance(du latin, tolerantia, porter, supporter une charge) est le respect de la liberté d’autrui, de ses manières de penser, d’agir, de ses opinions politiques et religieuses, mais il ajoute...que la tolérance signifie aussi la liberté limitée accordée à quelqu’un en certaines circonstances. Quant au verbe « tolérer », il correspond lui, toujours d’après le dictionnaire, à accorder ce que l’on pourrait refuser, sinon interdire. Tolérer signifie encore admettre à contre cœur la présence de quelqu’un. Donc, le supporter comme une charge, effectivement. Enfin, « être tolérant » nous précise Monsieur Larousse, revient à être indulgent dans les relations sociales.

Bref, la tolérance avec ses déclinaisons, peut prêter aux malentendus, et même constituer une sorte de fausse monnaie. Au sens où, si l’on retient du mot une acceptation « forcée » d’autrui, peut surgir une connotation factice, hypocrite, voire méprisante. « La tolérance, il y a des maisons pour ça ! », clamait en son temps le poète Paul Claudel. Comme si cette tolérance était de l’ordre du « caché », à l’image signifiante des trois singes sculptés sur la façade de Notre Dame de Paris : Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ! Comme si encore, cette tolérance, relevait de l’exception, du provisoire. Comme si enfin, on permettait effectivement ce qui pourrait être refusé, à l’image du stationnement des voitures, consenti à certains endroits et à certaines heures uniquement.

Hors de ces « bons vouloirs » conditionnels, je souhaite comprendre la tolérance maçonnique, dans la cité et en loge, comme l’adoption de l’autre, ainsi vécu comme une part de soi. Donc une rencontre égalitaire. Ce qui ne veut pas dire qu’en l’adoptant, il faut tout accepter de lui, et l’autoriser, comme s’autoriser, tous les écarts ! Il n’est pas évident de connaître l’aptitude relationnelle précitée de celui qui frappe à la porte du temple. Elle peut se révéler excellente, c’est la majorité des cas, comme elle peut tourner en mauvaises manières, selon l’évolution individuelle. Des écarts oraux à l’ivresse du pouvoir, comme dans tout groupe. Parce que, précisément, nous ne sommes pas parfaits et que le profane parvient parfois à pénétrer le sacré, combien sont encore confondus dans les obédiences, degrés et grades, cordons et galons, fonctions et droits, temples et chapelles. Et plus grave, pierres et briques -au sens argotique de ce dernier mot – dans certaines puissances maçonniques! Avec, d’évidence, les tristes luttes intestines conséquentes ! La presse magazine, bien renseignée, sait nous les rappeler régulièrement. Avec toutefois, une fâcheuse tendance à la généralisation.

Mais du mal, naît parfois le bien ! Nos « ouvertures » maçonniques actuelles sont nées des intolérances d’hier ! L’histoire de notre Ordre nous le rappelle : la franc-maçonnerie n’a bien failli connaître que trois niveaux ! Les 33 degrés de notre rite et les autres n’existent que par l’intention coupable, des maçons nobles de s’éloigner des maçons roturiers ! Cette ségrégation a heureusement disparu ensuite et la créativité fleurie des « Hauts-Grades », en termes de mots, rituels, mythes et légendes, a généré une maçonnerie vraiment « élargie » à partir du 3è degré ! Il ne faut pas oublier non plus qu’au 18è siècle, la règle indigne, dite des « 4B », l’inégalité même, interdisait l’entrée du temple aux bègues, bossus, bancals et bigleux ! Et que Mozart, « le frère à talents » a d’abord dû diner avec les commis de cuisine avant que la célébrité lui offre un siège à la table de ses frères ! Enfin, n’ignorons pas qu’aux 19 et 20è siècles, il en a fallu des conflits et des scissions pour que naissent et cohabitent en France, obédiences non-déistes et déistes. Comme il en a fallu des ruptures et des audaces pour qu’existe la franc-maçonnerie féminine. Il en faudra encore, pour que les problèmes posés par la modernité et « l’accélération du monde humain », trouvent leurs solutions, finalement, dans l’intelligence collective ! Je songe ici à cette belle pensée de Paul Eluard : « Nous avons inventé autrui, comme autrui nous a inventé. Nous avions besoin l’un de l’autre ».

La tenue, un jeu de puzzle

Chaque tenue maçonnique est une construction commune, de l’appel nominatif à la chaîne d’union : métaphoriquement, elle revient à constituer ensemble l’image chaque fois nouvelle d’un jeu de puzzle, selon le thème choisi. Et donc, à l’inverse des porcs-épics précités qui évitent le contact, chaque membre de la loge, lui, le cherche. Car il est une pièce du puzzle, à la fois individuelle et solidaire, juxtaposée avec ses contours, son sens, sa spécificité. Qu’une ou plusieurs pièces s’emboîtent mal, s’épousent mal, qu’une ou plusieurs manquent, sont compromises : le tableau est cabossé, troué. Et reste inachevé !

Prolongeons un instant la métaphore : De la même façon que nous nous félicitons de nos bons positionnements sur le puzzle en chantier, nous devons pouvoir nous parler à égalité, des éventuelles pratiques individuelles à même de perturber ou d’empêcher la progression de l’œuvre générale. Pour les refuser ! En nous rappelant constamment, préférant l’humour à l’humeur, sans esprit de dominance comme de soumission, qu’en loge : « Tout est symbole » ! Ainsi, la tolérance peut se résumer en six mots qui, à mon avis, manquent dans les définitions du dictionnaire. C’est, toute considération pour l’autre gardée, et selon le cas, tout simplement : savoir dire oui ou savoir dire non. La sociologie nous enseigne que tout groupe, donc toute loge, vit consciemment ou non, avec le « dernier mot » pour enjeu, dans un rapport de force, entretenu entre autres par le talent, notamment l’art oratoire persuasif de ses individualités. Au commencement était le Verbe, dit la Bible. Cette figure de rhétorique est devenue une loi conditionnant les relations humaines : chacun de nous est par excellence – en fonction même de sa vision du monde, ses croyances, ses convictions, ses intentions, ses faiblesses aussi – un promoteur d’idées qui cherche sans cesse, par la parole, bonne ou mauvaise, à les partager, voire les imposer. Ainsi se sont formés depuis l’origine, les tribus, sectes, clans, castes, coteries. Connaissant les dangers de ce processus agrégatif, nous devons veiller en loge, à distinguer les éventuelles cellules « contaminantes » dans nos sous-groupes fonctionnels, apprentis, compagnons, maîtres. C’est aussi cela la tolérance : Eviter le clanisme pour préserver l’égalité. Et évacuer l’inacceptable pour vivifier le profitable !

En conclusion, lors de ces échanges verbaux qui nous caractérisent. Francs-maçons et maçons francs, nous devons toujours songer, puisqu’elle fait partie de nos valeurs, que la tolérance est aussi de l’ordre de la fraternité, la vraie. C’est-à-dire, au-delà du mot et des accolades de séance, qu’elle procède d’un vécu effectif et affectif d’une pensée élargie. Je veux dire une pensée qui accueille sans réserve avec l’autre, ethnie, couleur de peau, nationalité, préférence sexuelle, condition sociale, sensibilités politique et confessionnelle. Dès lors, bien entendu, que ces dernières demeurent privées. En vérité, hommes diversifiés que nous sommes, nous ne devrions pas avoir une carte d’identité mais une carte de différences ! Ces différences dont la franc-maçonnerie contemporaine a précisément besoin : pour écarter les tendances routinières et, régulièrement, nous étonner. Voire nous ré-enchanter, dans notre société des hommes, si souvent désespérante et violente.

Alors et seulement, désignant un état d’esprit enthousiaste, ouvert et généreux, cette fraternité a pour synonyme : sympathie, attachement, respect. Et pour tout dire, elle indique le chemin de l’Amour. Oui, avec un grand A. Comme celui donné par l’aveugle à son ami, en introduction de ce texte. Je veux croire en fait que, en attendant mieux, la tolérance est un compromis favorable, un temps de concession. Disons, pour l’homo sapiens encore en devenir, que c’est un premier pas vers l’autre, une première étape, puisque nous n’avons pas encore de « centre de l’amour » dans le cerveau ! Ce premier pas, c’est ce moment inaugural de rencontre, de face à face, où, toute garde baissée, deux êtres, plusieurs, s’observent, s’approchent, se rapprochent, « se flairent », si j’ose dire, pour se comprendre, se connaître, se parler, s’accorder, précisément. A égalité. Car c’est à force de s’écouter, qu’on finit par s’entendre. Pour un jour enfin, s’aimer et aimer, par apprentissage de soi et de notre semblable ! Parce que si tolérer veut dire accepter l’existence d’autrui, aimer signifie s’en réjouir.

C’est bien à ce « processus éducatif », que nous, frères de choix ou de hasard, venons nous entraîner en loge. Pour transformer l’indifférence de la cité, en souci de l’autre. Ainsi, à la tolérance, succèdera enfin l’empathie, cette forme de « velcro social », cette faculté d’adhérer, de s’identifier à l’autre – mortel comme tout un chacun – et de ressentir son ressenti. Une identification qui nous invite à l’humilité : en nous rappelant notre égale condition de mortels.

Nous devons en être conscients, la mondialisation, ce phénomène d’ouverture des économies nationales au marché planétaire – à condition d’être un vrai système d’échanges – s’avère impérative. Par la modification même de la biosphère. Avec bientôt 10 milliards d’habitants sur le globe terrestre, le genre humain va devoir « repositionner » son comportement. A l’échelle individuelle, dans une conception égalitaire, chacun aura intérêt au bonheur de l’autre, pour être heureux lui aussi. Pour la sauvegarde même de l’espèce !

S’il garde les yeux rivés au rétroviseur, l’automobiliste ne voit pas l’enfant qui traverse. La franc-maçonnerie du futur, dont nous parlons bien peu encore, devrait pourtant s’y positionner. Notre devoir est de la préparer. Il s’agira pour elle, précisément, de passer de l’utopie à l’empathie précitée. C’est-à-dire cesser notre répétition de l’identique pour trouver de nouveaux sens productifs dans nos symboles, mythes, légendes, allégories et métaphores, dont nous n’avons pas épuisé les contenus. Cette mutation est obligatoire, pour notre survie même. Le siècle des Lumières voyait le bonheur dans le progrès. Le siècle de l’Internet le voit dans la concurrence.

A nous, francs-maçons d’aujourd’hui et de demain, de rappeler à la cité, avec chacun nos moyens, que le bonheur est d’abord à voir dans l’Homme, créature sacrée. A replacer d’urgence, au centre du cercle ! Puissions-nous, puissent nos successeurs, au fil de cette nouvelle ère, figurer parmi les artisans de cette civilisation empathique. Celle qui, par une conversion du regard, nous fera vraiment quitter des yeux notre égo pour les lever vers nos égaux !En ce sens, me parviennent à l’oreille, les belles paroles de l’humaniste Louis Pasteur, accueillant un inconnu :

« Ne me dis pas ton nom, ne me dis pas d’où tu viens, ne me dis pas tes opinions, ne me dis pas ta religion, dis-moi seulement quelle est ta souffrance ! ».

Initiation quand tu nous tiens

L’initiation est la forme la plus traditionnelle de la transmission impliquant un processus de transformation progressif 

L’étymologie nous enseigne que le mot initiation veut dire en latin «entrée», «commencement» «introduction» , initium, et en grec «finalité», «but».  En latin, initium, d’ineo (aller dans) signifie commencement, début, naissance. Au pluriel, le mot désigne plutôt la naissance, la cause première, les fondements. Initus équivaut également à : entrée, commencement, pénétration sexuelle. Initiare veut dire instruire ou commencer, initiatio, l’initiation, initiatur, l’initiateur. En Grec ancien, télos (τελός) signifie la fin, la complétion, l’aboutissement, la perfection. Les rites initiatiques se veulent Initium et télété représentant les deux aspects de la démarche initiatique maçonnique. L’un est la mise en chemin, l’autre, le chemin et le but. L’initiation maçonnique est un moment/passage (ou plusieurs) et un processus dans la durée (très variable) qui font sens, à la fois comme signification et direction. À lire l’article d’Yves Hivert-Messeca, L’initiation maçonnique entre tradition et modernité :

René Guénon distingue «l’initiation virtuelle» de «l’initiation réelle», expliquant par la suite que «entrer dans la voie, c’est l’initiation virtuelle», «et suivre la voie, c’est l’initiation réelle».

Chez les égyptiens, l’initiation n’était pas une science, car elle ne renfermait ni règles, ni principes scientifiques ni enseignement spécial. Ce n’était pas une religion puisqu’elle ne possédait ni dogme, ni discipline, ni rituel exclusivement religieux mais elle était une école où l’on enseignait les arts, les sciences la morale, la législation, la philosophie et la philanthropie, le culte et les phénomènes de la nature, afin que l’initié connût la vérité sur toute chose. Par exemple, lors de l’apprentissage du sixième degré de l’initiation des prêtres égyptiens (rapporté dans le Crata Repoa publié en 1770 par deux Allemands, von Köppen et von Hymmen, suite de textes initiatiques se déroulant en égypte), grade consacré à l’astronomie, le thesmosphore (celui qui était chargé de diriger les initiés) apprenait au néophyte la danse des prêtres dont les pas figuraient le cours des astres. 

Déjà en 1731, l’abbé Jean Terrasson avait commencé à publier Sëthos, Histoire ou vie tirée des monuments anecdotes de l’ancienne Égypte, traduit d’un manuscrit grec en 6 volumes. «Sous la forme de fiction, l’histoire contient une description de l’initiation dans les mystères égyptiens anciens. En comparant cette mise en scène dramatique – et d’ailleurs parfaitement imaginaire -au cérémonial de réception en  usage dans la Franc-maçonnerie, on fut amené à ne voir en celle-ci qu’une pâle réminiscence des anciens mystères. Des réformateurs se préoccuperont par suite, d’imprimer au rituel maçonnique un caractère plus conforme aux traditions initiatiques. Il devait viser à former réellement des Initiés, c’est-à-dire des hommes supérieurs, des penseurs indépendants dégagés des préjugés  du vulgaire, des sages instruits de ce qui n’est pas à la portée de chacun. Sous l’empire de ces préoccupations, le rituel français des trois premiers grades fut progressivement transformé en un véritable chef-d’œuvre d’ésotérisme » (Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, 1923, p.14)

Pour Rudolph Steiner, l’initiation est l’approche des mondes ultra-sensibles. Il en propose des règles pratiques pour en trouver les chemins d’accès avec son ouvrage Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs ou L’initiation 

La Franc-maçonnerie se veut initiatique et progressive. L’initiation maçonnique, c’est l’apprentissage de la profondeur et de la verticalité du réel en-soi, permettant le dévoilement des autres niveaux de perception. Toute la littérature maçonnique nous parle d’une métamorphose du regard, d’un dessillement des yeux. Ce sont nos yeux qui perçoivent le réel et nous savons «qu’il n’y a pas de plus grande initiation que la réalité». Or l’initiation se déroule dans un réel séparé, celui de la loge afin de préserver toutes les dimensions du réel intégrant la valeur primitive d’un langage dit «sacré», car originel comme la parole perdue.

Les épreuves de l’initiation alchimisent l’initié. «Rechercher, découvrir, définir et ressentir sa propre lumière intérieure est inexprimable. On entend en général par initiation un ensemble de rites et d’enseignements oraux qui poursuit la modification radicale du statut social et religieux de l’homme à initier»,  a écrit Mircéa Eliade. Et d’ajouter, dans Naissances mystiques : «Philosophiquement, l’initiation équivaut à une modification ontologique du régime existentiel.», une étape dans l’impermanence de l’être.

Le projet initiatique, est de provoquer une radicale et fondamentale modification de la pensée et de l’être, de la manière de penser et de la manière de vivre. Il s’agit, comme le disent les vieux rituels, «de passer des ténèbres à la lumière» et, par cette lumière qui illumine, qui dévoile de changer l’être et la vie. En effet, la finalité de l’initiation n’est pas seulement théorique, mais pratique, surtout éthique. Il ne s’agit pas seulement d’aller vers la lumière et de se reposer dans une vaine et stérile contemplation, mais, par cette lumière, de s’entraîner à une action plus efficace et plus juste. Le vécu initiatique est une orthopraxie de la reliance de l’individu au groupe, du groupe à l’intemporel, de l’Homme au tout. «Une initiation qui ne dépasserait pas le domaine de l’âme, une initiation qui n’aurait pas pour destination le monde de l’Esprit et du mystère, ne saurait être que psychologisme, symbolisme et jeux de l’intelligence, suprême tentation de l’initié intellectuel» (Francis Bardot)

L’initiation n’a de sens que parce qu’elle permet d’appréhender une certaine idée de l’être et de la vérité qui le constitue, et qu’elle n’a de valeur que parce qu’elle est une découverte, liée à une démarche elle-même vécue comme existentielle et volontaire. En ce sens, on pourrait la rapprocher de la connaissance ou de l’expérience poétique. Paul Valéry écrit que : «L’émotion poétique consiste dans une perception naissante, dans une tendance à voir le monde autrement(À quoi sert encore aujourd’hui une société initiatique comme la Franc-maçonnerie? Les Cahiers Bleus de la Grande Loge Indépendante de France n° 23

«Les savoirs ouvrent à la compréhension de la réalité, toujours partielle, de la nature ; la Connaissance, elle, s’approche de la Source au travers de la vision intuitive de mystères ; ses rayons éclairent l’esprit, ce que l’entendement, même poussé à l’extrême, ne permet pas de pénétrer. Il se produit de ce fait un autre effet notable, inhérent à l’objet même de l’initiation : l’accroissement de la valeur humaine, comportementale, morale et spirituelle de l’initié.» L’initiation étant un apprentissage de la vision élevée, devient par ce fait une orthopraxie des niveaux de langages et de représentation du réel dans des mondes graduels. Le but et la fonction de cette vision élevée et progressive sont de dépasser la simple description, pour relater une perception élargie et approfondie de la réalité intégrant l’observateur et l’universel.

Le projet de l’initiation maçonnique est de permettre à tout homme de devenir un autre homme, un homme véritable, c’est-à-dire de découvrir en lui ce qui est sagesse, force et beauté, de découvrir sa propre spiritualité, ce qui en lui est amour et sa vérité. Pour cela, la lumière qu’il demande lui est donnée. Par ses rites, l’initiation établit le lieu séparé du profane, lieu présumé sacré (le cabinet de réflexion et la loge-temple), par la mise en scène d’un passage qui est à la fois une plongée en soi et l’entrée dans le non-temps et le non-lieu du temple de lumière. Il permet le cheminement des épreuves et leurs mises en pratique ou en perspective spirituelle, aboutissant à la pseudo-mort sacrificielle et à une véritable renaissance en esprit ou en conscience. Puis, vient le temps du serment avec l’appel à témoin de l’autorité surplombante, l’illumination et l’intégration dans la chaîne immémoriale des «initiés». Nous comprenons que l’initiation va étendre le domaine du réel à une dimension symbolique et analogique «éclairante». Atteindre l’amour qui est en soi pour le rendre opératif, telle est la mesure pour celui qui devient alors un initié.

L’initiation maçonnique est un engagement ordinal. La Franc-maçonnerie est un ordre qui s’apparente aux ordres séculiers, aux ordres chevaleresques, au compagnonnage. Un ordre qui a ses règles qui ne contraignent que ceux qui le veulent bien et assument de se conformer (et non d’obéir) à leurs serments et à leur conscience.

L’initiation maçonnique est progressive, c’est-à-dire qu’elle procède par degré, tout comme on monte un escalier fait de marches. Pour Louis Trébuchet l’initiation consiste à «approfondir notre conscience de nous-mêmes, des autres et du monde va nous permettre de transformer notre conscience morale, de la libérer de son asservissement à des présupposés inculqués par la société ou la religion, ce que j’appelle une morale, pour lui donner un vrai fondement personnel, ce que j’appelle une éthique, issue d’une compréhension de plus en plus profonde de nous-mêmes et de ce qui nous entoure». Comme l’écrit Marc Halévy : toutes les initiations impliquent l’accès successif à des niveaux de structuration, de langage, de compréhension, de connaissance, supérieurs qui font entrer, à chaque saut, dans un espace radicalement différent, radicalement hermétique à tous ceux qui sont restés aux étages inférieurs (p.14, De l’Être au Devenir, tome1).

Mircea Éliade prétendait, dans l’épilogue de son livre Initiations, Rites, Sociétés Secrètes : «Il n’existe plus dans le monde moderne aucune forme traditionnelle d’initiation.(…)  Certes, il y a encore un certain nombre de sociétés secrètes, de faux groupes d’initiation (…).  Le seul mouvement secret, présentant encore une certaine corrélation, ayant déjà une histoire et profitant d’une certaine estime sociale et politique, est celui de la Franc-maçonnerie.»

L’initiation vise la maîtrise de soi ; pas celle des autres !

Être initié se distingue de l’initié à quelque chose.

Alain Rey dans son Dictionnaire historique de la langue française précise : le verbe [initier] est introduit en français avec le sens étymologique «admettre à la connaissance et à la participation des mystères de l’Antiquité».

Selon Françoise Bonardel, «au cœur de toutes les religions se trouve un noyau central, de dimension ésotérique et initiatique. Ceux qui préservent ce noyau, ce sont les Initiés».

Comme l’exprime Jean-Pierre Schnetzler, dans son article La perte lors du passage de l’opératif au spéculatif (p.11): «être initié ce n’est pas seulement apprendre des secrets rares et flatteurs, ce qui serait une pure possession théorique ou spéculative, c’est voir autrement et en réalité les objets de la vie quotidienne, en purifiant sa vision et en se transformant soi-même, grâce à la plénitude unitive de l’œuvre, dans tous ses aspects corporels, affectifs, symboliques et rationnels, religieux, intellectuels et spirituels.» En ce sens, le véritable caractère opératif de la maçonnerie de métier est qu’elle permettait d’opérer le passage de l’initiation virtuelle, transmise par les rites véhiculant l’influence spirituelle, à l’initiation réelle, la réalisation spirituelle, grâce à l’usage conjoint de toutes les méthodes efficaces en sa possession. 

L’aspect positif de la Franc-maçonnerie spéculative est qu’elle a permis la survivance et la transmission de l’initiation virtuelle aux hommes de désir, suivant l’expression du RER, dans les conditions hostiles d’une société spirituellement décadente et de plus en plus clivée. La Franc-maçonnerie a gagné en extension mondiale ce qu’elle perdait en profondeur individuelle. L’aspect négatif est qu’elle s’est coupée des moyens de réalisation que sont l’engagement de tout homme dans l’œuvre, l’usage des techniques de méditation et d’invocation, cependant que se développaient les tendances modernistes visant à subvertir la conception même de l’ordre initiatique et à la couper de toute base spirituelle.

 «Les initiés sont amenés à retranscrire ce qui est véhiculé par les rites et rituels dans leur corps  par le moyen des gestes, paroles et actes, dans le cœur par la maîtrise des émotions et l’ouverture vers l’Amour inconditionnel, et dans l’intelligence par l’écoute, la contemplation, l’intégration de l’unicité du réel. C’est un chemin vers la source de vie, dans toutes ses diversités d’expression et de manifestation…permettant de vivre une spiritualité qui n’appartient ni au passé ni à l’avenir, mais qui est enracinée dans le cœur de l’instant (Les enfants de Salomon : Approches historiques et rituelles sur les compagnonnages et la Franc-maçonnerie par Christelle Imbert et Hugues Berton).

Ce n’est pas seulement l’esprit qui illumine (le «Noûs», signifiant «esprit» ou «intelligence»), c’est l’esprit qui transforme et qui nous transforme par cette illumination.

Se prétendrait-il initié, le franc-maçon ferait sourire celui qui l’est.

5 choses importantes à savoir sur 450.fm

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Vous êtes chaque jour de plus en plus nombreux à nous choisir comme média d’information maçonnique. Nous parlons chaque jour des autres, de tous les autres, mais rarement de nous. Aujourd’hui, nous ferons une exception pour vous guider dans une meilleure utilisation de votre journal préféré. Pour cela, nous répondrons à 5 questions que vous vous posez :

1° Combien de personnes sont touchées chaque jour par 450.fm ?

Depuis 15 mois, le journal ne cesse de grimper en termes statistiques.

Nous pouvons le constater par le nombre de visiteurs quotidiens, puisque vous pouvez le constater sur ce graphique, nous allons atteindre le quart de million dans quelques jours, nous prenons comme base de départ le 1er janvier de cette année.

Mais ce n’est qu’une partie de notre lectorat… car nous alimentons par d’autres canaux en information, les Francs-maçons francophones.

Parlons de la lettre d’info quotidienne

Chaque matin, environ 6 500 courriels sont envoyés dans les boites des abonnés. Cela rajoute à notre audience 2 200 lecteurs quotidiens.

En résumé, si on additionne les 1 300 visiteurs du site + Les 2 200 de la Lettre quotidienne + les 3 à 5 000 autres maçons sur les réseaux sociaux. C’est donc plus ou moins 5 à 6 000 lecteurs qui nous suivent quotidiennement.

2° COMBIEN D’ARTICLES sont ACTUELLEMENT consultables sur le site ?

En ce mois de juillet 2022, nous avons plus de 2 500 articles stockés sur le site, et ce, en 15 mois d’activité. Vous pouvez tous les relire intégralement et sans limite. Les articles du jour passent d’abord en tête de page, sur ce qu’on nomme le carrousel. Ensuite, il vont tourner toutes les 2 heures, car ils seront poussés par chaque nouvel article. Puis, ils vont descendre dans la page avant d’être rangés dans la rubrique d’appartenance (voir ci-dessous comment les retrouver).

3° COMMENT CONSULTER LES ANCIENS ARTICLES DANS LE SITE ?

La méthode est assez simple.

1° Cliquez sur la loupe à droite du menu

2° Lancez votre recherche…

3° Votre résultat apparait au dessous comme sur n’importe quel moteur de recherche.

Vous avez ainsi accès à plus de 2 500 articles trouvables par mots clés.

4° COMMENT NAVIGUER DANS LES RUBRIQUES ?

Là encore, rien de plus simple, cliquez sur les choix du menu déroulant et vous verrez apparaitre tous les articles de correspondance. Les 2 500 articles sont tous là, répartis sur les 6 rubriques. Vous pouvez cliquer sur les rubriques, ou sur les sous-rubriques si vous souhaitez une recherche encore plus affinée. A vous de jouer…

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Fraternellement

La rédaction

Société secrète : Skull and Bones

Cette semaine gros plan sur une des sociétés les plus célèbres : La Skull and Bones (littéralement Crâne et Os) est une fraternité étudiante de l’université Yale aux États-Unis. Ce groupe est aussi connu par les anglophones sous les noms « Chapter 322 » et « Brotherhood of Death » (« Fraternité de la Mort »).

Vue extérieure des locaux de la Skull and Bones, 64 High Street, New Haven, au début du xxe siècle

Ce serait la première société secrète qui ait vu le jour à Yale, sous l’impulsion de William Huntington Russell en décembre 1832. Elle constitue l’une des plus prestigieuses sociétés secrètes américaines, avec Phi Beta Kappa (société honorifique antérieure qui en est à l’origine), Scroll and Key, Wolf’s Head, Book and Snake et Berzelius. Quelques sociétés d’honneur implantées dans d’autres universités se sont visiblement inspirées des Skull and Bones ou possèdent un prestige similaire, ses membres étant reconnus comme l’élite par certains étudiants. Ce sont par exemple les Cap and Skull à l’université Rutgers, la société Bishop James Madison au Collège de William et Mary, ou les Iron Arrow Honor Society à l’université de Miami.

Il existe d’autres sociétés portant le nom Skull and Bones : à l’université d’État de Pennsylvanie ou encore à l’université Vanderbilt, mais ce ne sont que des clubs d’anciens élèves qui n’ont, à part le nom et le logo, rien à voir avec les Skull and Bones d’origine.

Origine

Quinze membres de la confrérie de la mort. Chaque nouvelle coterie est constituée de quinze personnes toujours prises en photo de la même manière avec un guéridon couvert d’une nappe où est brodé l’emblème de la société sur laquelle sont entreposés deux fémurs en croix et un crâne. L’assemblée est dominée d’une horloge de parquet indiquant huit heures du soir. Les os sur la table seraient les restes de la dépouille de Geronimo, dont la société secrète aurait profané la sépulture.

William Huntington Russell étudie en Allemagne de 1831 à 1832. C’est alors une terre d’idées nouvelles. La méthode scientifique y est appliquée à toutes les études sur le comportement humain.

La Prusse se reproche la défaite de ses forces armées contre celles de Napoléon en 1806 alors que ses soldats sont considérés comme étant les meilleurs au monde. C’est ainsi qu’en 1817, les universités allemandes créent un nouveau type de système éducatif basé sur les principes, toujours appliqués à l’heure actuelle, établis par Jean-Jacques Rousseau et John Locke. Johann Gottlieb Fichte, dans son « adresse au peuple allemand », déclare que les enfants doivent désormais prendre les rênes de l’État. Sa chaire à l’université est reprise par Hegel qui y enseignera jusqu’à sa mort en 1831.

Mais l’Allemagne possède encore une autre spécialité, les sociétés secrètes étudiantes. William Huntington est ainsi initié et incorporé au chapitre de l’une d’entre elles. De retour à Yale, en 1832, il y crée avec Alphonso Taft la société Skull and Bones. Ce terme Bones s’avère être le chapitre d’un corps au sein d’une université allemande. Ainsi W. H. Russel et 14 autres membres de terminale fondent l’ordre du Skull and Bones.

Histoire

Depuis 1832, à Yale, quinze juniors sont brutalisés chaque année par leurs aînés afin d’être initiés et intégrés au groupe l’année suivante. On dit que chaque initié reçoit 15 000 dollars et une montre gousset. Loin d’être une sorte de maison du plaisir dont l’activité se réduirait aux seules années de campus, le groupe conserve par la suite des relations suivies afin de favoriser la réussite de ses membres dans le monde post-universitaire. Le 29 septembre 1876, un groupe s’appelant « L’ordre du Dossier et de la Griffe » entre par effraction dans la maison des S&B et en décrit l’intérieur. En 1943, un acte législatif spécial du Connecticut a exempté les associés de Russell Trust Association, qui gère entre autres les avoirs de la S&B, de remplir un rapport d’activité comme il l’est demandé à n’importe quelle autre société.

Contexte

Yale était au moment de la création des S&B un exemple typique d’institution rigide et figée reproduisant les élites et leur hiérarchie interne sans tenir compte de l’évolution de l’origine sociale des élèves. Le déclassement était en général occasionné par un manquement disciplinaire sanctionnant la tache que l’élève avait faite à son lignage et non par des résultats scolaires médiocres. De plus, les élèves plus âgés avaient le droit et étaient même encouragés à bizuter ou humilier les étudiants issus de classes inférieures afin de leur inculquer le respect d’une hiérarchie brutale.

Idéologie

Selon Maurizio Blondet, l’idéologie de la fraternité se place au-delà de la gauche et de la droite qui ne sont que des éléments d’une dialectique qu’ils entendent dépasser car ils s’estiment supérieurs. Désirant s’adonner à toutes les manœuvres politiques, ils utilisent tantôt l’idéologie attribuée à la droite et tantôt celle attribuée à la gauche, comme de simples étiquettes.

Influence

Dans son livre Le Pouvoir occulte américainAnthony Sutton dénonce la capacité du Skull and Bones à établir des chaînes d’influences verticales et horizontales, ce qui permet d’assurer une continuité dans leur plan de domination de la politique.

Le lien Whitney-Stimson-Bundy représenterait la « chaîne verticale ». W. C. Whitney (1863), qui a épousé Flora Payne (de la dynastie Standard Oil Payne), a été Secrétaire à la Marine. Son avocat était un homme nommé Elihu Root. Root engagea Henry Stimson (1888) à sa sortie de l’école de droit. William Howard Taft, 27e président des États-Unis et bonesman lui aussi, engagea Stimson au poste de secrétaire à la Guerre en 1911. Plus tard ce dernier devint gouverneur-général des Philippines. Hollister Bundy (1909) fut l’assistant spécial de Stimson et un homme essentiel au Pentagone durant le projet Manhattan. Ses deux fils furent également membres du S&B : William Bundy (1939) et McGeorge Bundy (1940) furent très actifs dans les affaires gouvernementales grâce à leurs positions dans la CIA, le département de la Défense et le département d’État, et en tant qu’aides spéciaux aux présidents Kennedy et Johnson. Ils ont ainsi exercé un impact significatif sur l’écoulement de l’information et de l’espionnage pendant la guerre du Viêt Nam. William Bundy continua à être rédacteur de Foreign Affairs, le trimestriel très influent du Council on Foreign Relations (CFR). McGeorge devint président de la Fondation Ford. Deux autres familles de bonesmen très influents furent les Harriman et les Bush. Averil Harriman était considéré comme un « sage » au sein du Parti démocrate. Son frère Roland Harriman en était également un partisan très actif.

Ce qui frappe à la lecture de la liste des membres des Skull and Bones, c’est la présence quasi systématique des noms des familles américaines les plus prestigieuses. Lord, WhitneyTaft, Jay, Bundy, Harriman, Weyerhaeuser, Pinchot, RockefellerGoodyear, Sloane, Stimson, Phelps, Perkins, Pillsbury, KelloggVanderbiltBush, Lovett et ainsi de suite. Les Skull and Bones sont tout simplement le club de l’élite, de la classe dirigeante, encore aujourd’hui, comme en témoigne la présence de George W. Bush et de John Kerry, liés par conséquent par un « pacte secret ».

Selon le sociologue Rick Fantasia, la Skull and Bones Society sert notamment de « courroie de transmission vers la Cour suprême, la Central Intelligence Agency (CIA), les firmes d’avocats et les conseils d’administration les plus prestigieux du pays ».

Quelques membres célèbres

Locaux

Les locaux de la Skull and Bones en 2006

Le 29 septembre 1876, un groupe s’appelant « L’Ordre du Dossier et de la Griffe » entre par effraction dans la maison des S&B et décrit une loge 324, dont tous les murs sont décorés de velours noir, et la loge 322, dont les murs sont recouverts de velours rouge avec un pentagramme. Dans le hall se trouvent les images de fondateurs de l’ordre à Yale ainsi que des membres de la société en Allemagne. Sur le mur occidental se trouve une vieille gravure représentant un cercueil ouvert dans lequel, sur une galette en pierre, reposaient 4 crânes humains groupés autour d’un chapeau, d’un livre ouvert, de cloches, de plusieurs instruments mathématiques et d’une couronne royale. Sur le mur au-dessus du cercueil sont indiqués les mots « Wer war der Thor, wer weiser, wer Bettler oder, Kaiser? » (« Qui était l’imbécile, qui était le sage ? Le mendiant ou l’empereur ? ») et « Ob arm, ob reich, im Tode gleich » (« Pauvre ou riche, on est tous égaux dans la mort ») envoyés par le chapitre allemand de la société.

L’Île Deer

Locaux de la S&B sur l’Île Deer

Locaux de la S&B sur l’Île Deer

La fraternité est propriétaire de l’Île Deer, située dans l’archipel des Mille-Îles, à la frontière des États-Unis et du Canada, entre l’État de New York et la province de l’Ontario. Plus précisément, elle est la propriété de la Russell Trust Association, entité de la fraternité.