ven 19 août 2022 - 00:08

« Nuit des sorciers » au village de Bué près de Sancerre

La foire aux sorciers a lieu à Bué depuis 1946. Elle conjugue la célébration du vin produit dans le terroir de Sancerre et l’histoire de la sorcellerie locale. Cette partie du Sancerrois a été marquée pendant la Renaissance par un important procès en sorcellerie, celui du Carroi de Marloup (dont on a conservé les actes). Depuis 2008, la fête se concentre sur le samedi soir. On y vient costumé en sorcier, birette, fantôme ou diable. Cette soirée festive commence par un repas agrémenté d’histoires de sorcières et se poursuit par un bal champêtre, à tendance folk ou trad

(A partir de 2:30)

En 2019 notre confrère leberry.fr et Vincent Michel avaient consacré un article pour la 74e édition :

La 74e Nuit des sorciers a lieu samedi 3 août avec, au programme, animations, spectacle et repas. À la nuit tombée, comme de coutume, les birettes vont descendre des coteaux de Bué à la lueur de leurs flambeaux.

Dans leurs hardes blafardes, la face blême et squelettique éclairée par les flammes de leurs torches, les birettes vont, une fois encore, rôder dans les vignes, au Creux de Marloup. Les créatures fantomatiques se sont donné rendez-vous samedi 3 août, le soir, entre chien et loup, comme elles en ont coutume, pour la Nuit des sorciers.

Le terme d’institution n’est pas usurpé car l’événement en est, cette année, à sa 74e édition. Chaque premier dimanche d’août, Bué joue à se faire peur, c’est une tradition. Et, aussi, le fruit d’un imposant labeur bénévole.

« La Nuit des sorciers fait partie des grandes fêtes du Sancerrois, il y a un grand attachement à ce rendez-vous et nous avons à cœur de le perpétuer, assure Jean-Marc Roblin, président de l’Association buétonne d’éducation populaire (Abep), qui organise la manifestation. Elle date de 1946, c’est la plus ancienne. Alors, on aimerait aller à la 75e édition, à la 80e et, pourquoi pas, à la 100e ! »

Des faunes et des dragons

Au milieu du vignoble, comme c’est l’usage, il y aura de l’animation. L’association a choisi de faire appel, cette année, au Cabaret sancerrois. « C’est la première fois, souligne le président de l’Abep. On veut, surtout, un spectacle déambulatoire. Et on cherche, également, à trouver des partenaires autour de chez nous. » Le titre, évocateur, Faunes et dragons, promet, comme requis par l’esprit de l’événement, une ambiance « mystique »

Revivez la 73ème Nuit des Sorciers à Bué en images

Du spectacle, il y en aura, aussi, à la nuit tombée. Les coteaux entourant le village s’illumineront de flambeaux, ceux des birettes, qui descendront des hauteurs et conduiront la symbolique sorcière au bûcher… La mise en scène sera suivie d’un feu d’artifice, puis d’un bal animé par Joël Pasquet. « Nous essayons de garder un esprit familial. Ce qui compte, c’est la convivialité. C’est un mot que l’on entend beaucoup, mais c’est important. »

Les sorciers de Bué, toute une histoire

La Nuit des sorciers trouve son origine dans d’anciennes croyances, mais aussi dans des faits bien réels… Bué est une terre de « birettes », êtres fantastiques du folklore sancerrois, de sorciers. Et ce ne sont pas là que légendes. À la fin du XVIe siècle, alors que les guerres de religion troublaient la contrée, s’est tenu à Sens-Beaujeu un procès en sorcellerie resté célèbre, celui du Carroi de Marlou – en français d’aujourd’hui, le « carrefour du mauvais loup ». Cet endroit, près du village de Bué, aurait été le théâtre d‘un sabbat. À l’issue du procès, cinq hommes qui, selon les accusations d’un garçon de douze ans, auraient participé à cette réunion de sorciers, ont été exécutés, sur le lieu même des faits dont ils furent jugés coupables. Accusée de même, une femme s’étrangla alors qu’elle était emprisonnée. L’histoire a inspiré l’abbé Joseph Barreau et le conteur Jean-Louis Boncœur, qui créèrent, en 1946, la première Foire aux sorciers, afin de récolter des fonds pour réparer l’église. Des décennies plus tard, la tradition se perpétue. Et se tient toujours à l’endroit que l’on nomme à présent le Creux de Marloup.

Faire perdurer de tels événements dans les communes rurales peut apparaître, parfois, comme une gageure. « À l’heure actuelle, la démographie suit une tendance à la baisse, estime Jean-Marc Roblin. Si, un jour, les festivités devaient s’arrêter, ce ne serait pas par manque de volonté des bénévoles, mais parce qu’il y aurait tout simplement moins de monde. »

« Nous essayons de garder un esprit familial. Ce qui compte,
c’est la convivialité. C’est un mot
que l’on entend beaucoup,
mais c’est important. »

JEAN-MARC ROBLIN (Président de l’Association buétonne d’éduction populaire, qui organise la Nuit des sorciers)

Pour autant, malgré son âge, la Nuit des sorciers continue de fédérer. Et tant mieux, car il faut nombre de bras pour tout mettre en place. Pendant les quatre jours de préparation qui précèdent la fête, une cinquantaine de bénévoles sont à l’œuvre. « Le premier barnum est monté dès le mercredi soir », précise le président. Le jeudi, les autres doivent être installés. Et, le vendredi, « on prépare tout ». Pour cela, « il y a besoin de rigueur, en matière d’organisation, mais tout en gardant un esprit bon enfant ».

L’émulation vient de l’« esprit de clocher », sourit le président de l’Abep. « Il y a de la solidarité. Les bénévoles sont très présents et impliqués. On essaye d’attirer des personnes qui ne venaient pas avant. Des jeunes aussi, alors que ce n’est pas facile car, aujourd’hui, il y a à disposition tellement de divertissements. »

1500 personnes chaque année

Chaque année, le rendez-vous attire des spectateurs nombreuses. Plus de 1.500 personnes, selon les organisateurs. « En début de manifestation, il y a peu de gens locaux. On voit des gens venant du sud du Cher, mais aussi de l’Yonne, du Loir-et-Cher… Il y a, aussi, des touristes en vacances dans la région. Les locaux viennent surtout en deuxième partie de soirée. » Alors, voir autant de public, « ça encourage ça faire quelque chose ». Les bénévoles croiseront les doigts jusqu’au dernier moment. « Le paramètre le plus important, c’est la météo ! »

Vincent Michel
 

Au programme. Il y aura du mystère, samedi soir, au Creux de Marloup, mais aussi de quoi réjouir les gourmands. L’entrée sera gratuite. À partir de 19 heures sera servi l’Apéro des sorciers et son breuvage mystérieux. Le Cabaret sancerrois présentera, ensuite, Faunes et dragons. Le repas champêtre et son traditionnel jambon à la broche commenceront à 20 heures, sous chapiteau (18 euros, sans réservation). Aux environs de 22 heures, descente aux flambeaux de birettes, suivie du feu d’artifice puis du bal animé par l’orchestre de Joël Pasquet.

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