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La joie dans la pratique spirituelle

L’enseignement ci-dessous a été donné par Ajahn Tiradhammo le septième soir d’une retraite de 10 jours en Suisse. Les « 7 Facteurs de l’Illumination » dont il est question sont : l’attention, l’investigation, l’énergie, la joie, la tranquillité, la concentration et l’équanimité.

Quand la joie est présente, nous sommes prêts à découvrir de nouvelles choses – Si nous avons déjà décidé : « La vie est souffrance », alors nous n’allons pas chercher plus loin.

Dans la pratique spirituelle, nous pouvons parfois faire l’erreur d’assimiler la vie religieuse à une sorte d’auto-flagellation. Ou alors, nous sommes enclins à croire que cette pratique devrait aboutir à un genre « spécial » de pureté. Avec cette idée en tête, nous regardons en nous et, bien sûr, tout ce que nous voyons ne sont que des impuretés. Nous étant formés à une idée de ce qu’est l’illumination, nous examinons notre propre esprit et nous y voyons juste le contraire : confusion et conflits.

Mais ce qu’il faut comprendre c’est que toutes les idées que nous avons concernant la pratique ne sont que des idées, seulement des idées…

Penser, par exemple : « Moi, je suis ici et le Nibbana se trouve là-bas, je ne suis qu’un idiot aux idées confuses et le Nibbana est toute pureté et profondeur » n’est qu’une projection de concepts.

En fait, dans la pratique réelle, illumination veut seulement dire être pleinement attentif et conscient de la confusion elle-même. La sagesse consiste à voir clairement son ignorance. Il ne s’agit pas ici de connaître la sagesse mais bien plutôt d’utiliser la sagesse pour connaître notre ignorance !

Ajahn Tiradhammo

Toute la pratique de l’attention nous ramène à réaliser la vraie nature du fait d’être là, présent. Nous ne tentons pas de nous brancher sur une sorte de  « Sagesse nibbanique » flottant quelque part dans l’espace et nous n’attendons pas non plus que la sagesse nous tombe dans les bras. Ce dont il s’agit c’est d’être conscient de la nature de la condition humaine telle qu’elle est.

C’est seulement à partir du moment où nous comprenons réellement ce qu’est la vie que nous pouvons commencer à la transcender. Si nous tentons de la transcender avant qu’en fait nous la connaissions, nous sommes seulement pris au piège de l’illusion.

Ajahn Chah avait coutume de dire : « Nous devons d’abord ramasser quelque chose avant de réaliser combien c’est lourd ». Nous rendre compte combien c’est lourd, c’est voir dukkha (la souffrance). C’est après avoir vu dukkha que nous pouvons lâcher-prise. Après avoir lâché prise, nous réalisons combien, en fait, c’est léger.

Ah ! Quel soulagement ! Et c’est ici que l’on parle de joie, ou piti comme elle est appelée dans les « Facteurs de l’Illumination ».

Il existe différentes traductions du terme piti, de même qu’il y a différentes sortes de joie. Hier, nous parlions de la manière dont, après avoir été motivé par dukkha pour chercher la Voie, nous arrivions à la confiance : c’est cette confiance qui, à son tour, conditionne la joie.

Ainsi, il y a ces différentes sortes de joie qui, dans la pratique spirituelle, naissent de différentes causes. Dans ma pratique personnelle, j’ai trouvé très utile d’y réfléchir car il semble que l’importance et la fonction de la joie soient souvent perdus de vue lorsqu’on parle de développement spirituel.

Toutefois piti n’est pas seulement le plaisir d’avoir une expérience agréable mais c’est plutôt une expérience qui nous amène à plus d’ouverture dans la vie, à l’éveil. Quand la joie est présente nous sommes prêts à découvrir de nouvelles choses. Par contre, si nous avons déjà décidé que « la vie est souffrance » et que nous la considérons comme un état misérable, alors évidemment nous n’allons pas chercher plus loin.

Regardez les enfants, comme ils observent et veulent constamment découvrir, la fascination qu’ils ont pour les choses. Il est triste de voir comment nous, les adultes, sommes devenus tellement sophistiqués que nous ne prenons plus le temps de regarder les fleurs ou toutes ces choses de moindre importance … Nous fonctionnons à un niveau beaucoup plus conceptuel. Quand nous voyons une fleur, nous pensons immédiatement « fleur » et ensuite : « oui, je sais tout des fleurs, toute ma vie j’ai vu des fleurs et ça, c’est seulement une autre fleur ». En vérité pourtant, chaque fleur est unique : elle est là, à cet endroit, en ce moment, c’est cette fleur-là. La même chose se passe si, par exemple, nous pouvons vraiment écouter chanter un oiseau et entendre seulement le son de ce chant. C’est une chose toute différente que de penser : « Oh, voilà un autre oiseau en train de chanter ». Si nous écoutons vraiment, il y a seulement le son de ce chant en ce moment précis, en cet endroit, dans ces circonstances et il y a la conscience de savoir cela, il y a l’écoute. Voilà une réalité totalement différente du fait de penser : « un autre oiseau en train de chanter ».

Si nous ne faisons constamment que conceptualiser, le dialogue ou bavardage intérieur ne s’arrête plus : « tiens, un oiseau en train de chanter… une fleur là-bas, telle personne est en train de parler, si elle pouvait se taire… une bougie qui brûle » etc.
Et nous croyons tout savoir de la vie !

Tout ce que nous faisons, c’est seulement jongler avec des concepts dans nos têtes et tout ce qu’ils font, c’est de se déplacer d’un côté à l’autre du cerveau, émergeant de la mémoire pour être verbalisés et y replongeant ensuite. Si nous vivons avec seulement des concepts par rapport à la vie, il y a beaucoup de chances qu’elle devienne plutôt ennuyeuse avec toujours ce même rabâchage : « fleur, oiseau, arbre… »

Bien qu’il soit naturel que le langage nous permette d’apprendre, de comprendre et d’exprimer notre compréhension, beaucoup d’entre nous sont devenus prisonniers du langage. La méditation nous donne l’occasion à présent d’amener un changement profond dans notre civilisation occidentale en essayant de comprendre à un niveau non conceptuel. La méditation nous permet de réaliser de manière directe la nature de toute expérience.

Ceux qui croient s’identifier totalement à travers les mots peuvent peut-être trouver cela menaçant, mais il est bien évident qu’il ne s’agit pas de se passer complètement des mots, nous devons pouvoir continuer à nous exprimer et il est nécessaire que nous puissions communiquer. Mais nous devrions reconnaître que les mots que nous utilisons pour communiquer ne sont pas identiques à l’expérience que nous tentons de décrire.

Dans notre société actuelle, la part donnée au silence est tellement mince et les mots sont si bruyants et forts que souvent c’est seulement cela que nous entendons. Pourtant c’est l’importance accordée au silence qui nous donne accès à une manière différente de communiquer.

Comme il est merveilleux d’être à nouveau un enfant et de ne plus être limité par les mots ! Au début, les enfants ne connaissent pas de mot pour désigner une fleur et ils demandent : « c’est quoi, ça ? ». Alors, nous leur répondons : « c’est une fleur ». C’est vrai qu’ils doivent apprendre à communiquer, mais pourquoi n’essayerions-nous pas de répondre : « on appelle cela une fleur mais ce n’est pas ce qu’elle est vraiment, elle est comme elle est, c’est sa nature et c’est parfait ainsi ». Connaître cet état de « simplement, comme les choses sont… », c’est connaître la joie. C’est cette joie qui peut faire revivre en nous tant de belles qualités qui se sont éteintes. A présent nous avons la clé secrète qui peut nous aider à nous libérer de nos habitudes.

Cette joie peut aussi être développée davantage car au-delà de piti ou joie spirituelle existe une qualité beaucoup plus stable appelée sukha. En général, on traduit sukha par bonheur, le contraire de dukkha, mais en fait ce n’est pas suffisant car le bonheur momentané est comme un papillon qui vole de-ci de-là. Il n’y a certainement rien à redire à cela mais bonheur ne traduit pas la qualité profonde de bien-être exprimée par sukha. A force d’avoir vécu tellement avec des concepts, notre vie est devenue ennuyeuse et des moments fugitifs d’excitation en sont venus à nous paraître importants.

Sukha, par contre, signifie : « tout est simplement parfait ». C’est un sentiment de calme et de bien-être qui imprègne notre corps et notre esprit tout entier. Sukha rend l’esprit paisible et non fragmenté, donnant une fondation solide pour samadhi, la concentration.

Mais revenons à présent à la joie : la joie est spontanée. Vous ne pouvez pas la concevoir à l’avance ni la créer : elle vient simplement dans le moment présent. Quand la joie est vraiment là, vous vivez dans le moment présent. Voir la joie ainsi devient un point de référence précieux pour nous car nous savons alors que, si nous vivons une joie véritable, nous sommes dans le moment présent et, inversement, si nous sommes réellement dans le moment présent, une joie authentique se manifeste.

Donc, tâchez de découvrir d’où vient la joie, voyez ce qui la maintient et ce qui la fait disparaître. En faisant cela, nous commençons à cultiver la joie comme un des « Facteurs de l’Illumination ».

Elle devient une des qualités qui nous mènent à l’éveil.

J’ai choisi ce texte, car par les temps que nous vivons, il semble important de trouver sinon une joie intérieure mais tout du moins un calme qui nous permette d’agir dans le bon sens et non de réagir aux évènements extérieurs.

Les évènements extérieurs depuis quelques mois (pandémie, feux, réchauffement climatique…) nous inciteraient plutôt à réagir, à poser des questions « pourquoi ? » mais nous savons bien qu’il n’y a pas de réponse ou quelles sont multifactorielles. Et que les solutions ne dépendent pas que de nous.

Nous pouvons agir si nous le souhaitons en aidant les autres autour de nous, mais nous ne pourrons le faire, de façon judicieuse que si nous sommes habités par ce calme intérieur et cette joie, toute simple. Ida Radogowski

Ida a créé avec d’autres personnes LA LETTRE DES DEUX VOIES pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr

En Afrique du Sud, le peuple zoulou couronne son nouveau roi

De notre confrère france24.com

Le nouveau roi zoulou a été couronné samedi après une longue querelle pour la succession au trône. Fils de la favorite du roi Goodwill Zwelithini décédé en 2021 après cinquante ans de règne, Misuzulu Zulu est contesté par la première épouse et ses descendants.

Autour du petit palais en marbre perché sur les collines, l’agitation est intense : le peuple zoulou couronne samedi 20 août son nouveau roi, souverain traditionnel le plus puissant d’Afrique du Sud, malgré une dispute pour le trône qui dure depuis plus d’un an.

Dans le pays d’Afrique australe, les souverains et chefs traditionnels sont reconnus par la Constitution. Rois sans pouvoir exécutif, ils exercent une autorité morale et sont profondément respectés par leur peuple.

Dans la matinée, une foule chamarrée de plusieurs milliers de personnes s’est rassemblée pour la fête en l’honneur de Misuzulu Zulu, 47 ans, désormais aussi appelé Misuzulu kaZwelithini, du nom de son père, mort l’année dernière après cinquante ans de règne. 

Des troupes de guerriers « amaButho » ont afflué vers le palais, formant d’impressionnantes colonnes hérissées de sagaies et boucliers en peau de bête. Ces protecteurs du roi doivent promettre loyauté et respect au nouveau souverain. 

Guerriers zoulous de la fin du xixe siècle.

Les femmes ont revêtu les tenues traditionnelles, des jupes plissées et des ceintures en perles pour certaines. D’autres sont drapées de tissus à l’effigie du souverain avec l’inscription « Bayede« , « saluez le roi » en langue zoulou. 

Des jeunes filles dansent les seins nus. Chacune à leur tour, elles entrent dans le cercle au rythme de chants de célébration, lèvent la jambe haut avant de faire résonner leurs semelles dans la poussière. 

Les 11 millions de Zoulous du pays, soit quasiment un Sud-Africain sur cinq, ont répondu en masse à l’invitation à célébrer leur culture. « Aujourd’hui le roi sera reconnu par toute la nation zouloue », explique à l’AFP sa sœur, la princesse Ntandoyesizwe Zulu, 46 ans, en sortant apprêtée et un peu fébrile du palais de KwaKhangelamankengane, à Nongoma, petite ville de la province du KwaZulu-Natal, dans le sud-est du pays. 

Un roi controversé

Juste après minuit, le souverain est entré dans « l’enclos à bétail », sorte de temple de la nation zouloue où les hommes, en cercle restreint, communiquent avec les ancêtres. Protégé par une clôture hérissée de troncs d’arbres, l’enclos symbolique était samedi matin interdit aux regards. « C’est un lieu sacré, nous ne pouvons pas révéler au monde ce qu’il s’y passe », dit Muntomuhle Mcambi, 34 ans, un des « amaButho ». 

Au cours de la semaine, le roi a tué un lion dans une réserve proche, dernier rite avant le couronnement. La tradition a été respectée, sans toutefois faire taire la contestation au sein même du palais. 

Copyright : FC Georgio Sujet : Zoulous (Shakaland), Lieu: Province du Natal, Afrique du Sud, Année : 1991

Le défunt roi Goodwill Zwelithini a laissé derrière lui six femmes et au moins 28 enfants. La première épouse clame être la seule légitime et demande à la justice de trancher. Samedi, son clan a annoncé avoir déposé un recours en urgence pour arrêter le couronnement.

« Ceux qui sont zoulous et connaissent les traditions savent qui est le roi », a fustigé Themba Fakazi, conseiller du précédent souverain et partisan de Misuzulu Zulu. D’autres voix dans le palais se sont élevées pour mettre fin à une bataille qui fait du « peuple du ciel » une risée, selon certains.

Misuzulu Zulu est le fils de la troisième épouse et favorite de son père. Il a lui-même deux épouses, dont l’une originaire d’Eswatini, et au moins quatre enfants.

La fortune dont il hérite est également au centre de la querelle. Le roi zoulou jouit de près de 30 000 km2 de terres, environ la superficie de la Belgique, gérées par un trust dont il est le seul administrateur. Il en tire de confortables revenus notamment en percevant des loyers.

Connu pour mener un train de vie fastueux, le roi Zwelithini percevait également environ 75 000 euros annuels de l’État pour son usage personnel et un budget de 7,1 millions de rands (4,2 millions d’euros) par an pour le fonctionnement du royaume, selon un barème du gouvernement.

Le roi doit encore être formellement reconnu par le président Cyril Ramaphosa, une cérémonie doit avoir lieu dans les prochains mois. 

Les Zoulous

Les Zoulous sont un peuple bantou d’Afrique australe, en partie sédentarisé, qui se trouve principalement en Afrique du Sud.

Le peuple zoulou (son nom vient de l’expression amaZulu, « le peuple du ciel ») fut unifié par le roi Chaka, qui fit de son clan de 1 500 personnes une nation redoutable par la conquête et l’assimilation. L’unification zouloue est en partie responsable du mfecane, la vague chaotique d’émigration de clans au-delà des rivières Tugela et Pongola, nouvelles limites du KwaZulu.

Michael Denne –  initialement publié sur Flickr en tant qu’Église apostolique africaine @ Oribi Gorge

Reconnus pour leur armée formidable (impi), les Zoulous se heurtent aux colons boers et à l’armée britannique au xixe siècle avec un acharnement et des tactiques qui prirent à plusieurs reprises les Européens au dépourvu (victoire zouloue à la bataille d’Isandhlwana pendant la guerre anglo-zouloue de 1879). La majeure partie des Zoulous aujourd’hui sont cultivateurs, mais l’urbanisation en a attiré un grand nombre vers les villes au cours du xxe siècle. Les Zoulous urbains se trouvent principalement au Witwatersrand, zone minière dans la province de Gauteng comprenant Johannesbourg et à Durban (dont le nom zoulou est eThekwini), port important du KwaZulu-Natal. La vannerie, la garniture de perles et les chants zoulous sont célèbres.

Sur le plan politique, les Zoulous sont depuis 1980 profondément divisés entre partisans du Congrès national africain (ANC, fondé en 1912) et ceux du Parti Inkatha de la liberté (IFP, fondé en 1975). De violentes émeutes éclatent entre ces partis, dans l’attente de la première élection de l’après-apartheid (Élections générales sud-africaines de 1994). L’IFP l’emporte (uniquement) au KwaZulu-Natal, mais son vote est légèrement en recul aux élections récentes. Depuis quelques années, l’IFP est en coalition avec l’ANC.

Religion et croyances

Sangoma zoulous (guérisseurs). Sangomas saluant le propriétaire du Kraal.

La plupart des zoulous se réclament du christianisme. Quelques-unes des églises auxquelles ils appartiennent sont l’African Initiated Church, en particulier l’Église chrétienne de Sion et diverses églises apostoliques, bien que l’appartenance aux principales églises européennes (l’Église réformée hollandaise, l’Église anglicane et le catholicisme) soit aussi assez répandue. Néanmoins, les Zoulous gardent leurs croyances pré-coloniales du culte des ancêtres sous forme d’un syncrétisme avec le christianisme.

La religion zouloue possède un dieu créateur, Nkulunkulu, qui interagit aussi dans la vie quotidienne des humains, bien que cette croyance se révèle être le résultat des efforts des premiers missionnaires pour adapter le dieu chrétien à la culture zouloue. Traditionnellement, la croyance la plus forte chez les Zoulous ce sont les esprits des ancêtres (Amatongo ou Amadhlozi), qui ont le pouvoir d’intervenir en bien ou en mal dans la vie des gens. Cette croyance perdure parmi la population zouloue.

Pour communiquer avec le monde spirituel, le sorcier (sangoma) doit invoquer les ancêtres à travers un rituel de divination. Alors, un herboriste (inyanga) prépare une mixture à consommer (muti) pour influencer les ancêtres. Les sorciers et les herboristes jouent un rôle important dans la vie quotidienne des Zoulous. Néanmoins, il existe une différence entre le muti blanc (umuthi omhlope), qui a des effets positifs, comme la guérison, la prévention ou la fin de la malchance, et le muti noir (umuthi omnyama), qui peut apporter maladies et mort aux autres, ou une santé mal acquise à celui qui en use. Les pratiquants du muti noir sont considérés comme des sorciers du mal et sont rejetés par la société.

Le christianisme a eu du mal à s’implanter dans la population zouloue, et l’a fait de manière syncrétique. Isaiah Shembe, considéré comme le messie zoulou, présente une forme de christianisme mélangé aux traditions locales.

Parlons encore un peu du silence

Taciturnitas virtutes plurimas nutrit, le silence nourrit un très grand nombre de vertus.

«Toute ma vie, j’ai grandi parmi les Sages et n’ai rien trouvé de meilleur (baume) pour le corps que le silence. Ce n’est pas le commentaire qui est l’essentiel mais les actes» (Pirké Avot, Maximes des Pères 1,17).

Seul le silence est propre à exalter la joie du cœur et de l’esprit. Le silence est amour (aleph est la première lettre du mot אוהב, amour, lettre qui a laissé place au beth du commencement), retrait volontaire de soi pour laisser place à l’altérité des voyelles et des autres lettres qui viennent lui donner corps. L’hébreu est une langue qui commence par le silence, sa première lettre alphabétique, l’aleph א, est une lettre intentionnellement muette. La spiritualité non visible et non prononçable des vérités cachées mais bien présentes dans ce monde s’expriment subtilement à travers cet aleph, qui semble pouvoir rehausser la qualité de tous nos actes les plus matériels. «Devant lui un vent intense et violent, entrouvrant les monts et brisant les rochers, mais dans ce vent n’était point le Seigneur. Après le vent, une forte secousse; le Seigneur n’y était pas encore. Après la secousse, un feu ; le Seigneur n’était point dans le feu. Puis, après le feu, une voix mince de silence» (IRois, 19, 11 et 12).La particularité essentielle de la lettre «Aléf» (א) est qu’elle est la seule des 22 Lettres de l’Alphabet sacré hébreu qui s’écrit mais ne se prononce pas, un silence autour duquel s‘organise le Verbe créateur. Voilà pourquoi, le silence est la Parole des sages, c’est en lui que tout s’élabore et que l’homme y redécouvre l’essentiel : la Sagesse intérieure.

Le silence est la voie qui mène à la révélation de soi-même et de l’autre, il est écoute ; le mutisme est le gouffre qui nous en sépare. Le silence, s’il est vide, c’est du mutisme. Le mutisme, c’est le contraire de l’amour, c’est l’indifférence[1]. Comme l’écrit Jean-Marc Bazy à propos du Zen pratique du silence : «Le silence du zen n’est évidemment pas pour apprendre à se taire, se murer sur soi-même dans un mutisme, mais au contraire pour apprendre à écouter et à voir. On recherche le silence pour entendre les autres et cesser de s’écouter soi-même ».

Alors que les vérités scientifiques sont communicables parce que ce sont des hypothèses démontrables fondées rationnellement sur des faits observables, le rituel, la mythologie et la métaphysique ne sont que des guides qui conduisent au bord de « l’illumination », à ce pas final que chacun doit accomplir dans sa propre expérience silencieuse. De là vient l’un des termes sanscrits pour désigner le sage : muni, « le silencieux ». Sakyamuni, l’un des titres de Bouddha Gautama, signifie « le silencieux ou sage (muni) du clan Sakya ». Bien qu’il soit le fondateur d’un enseignement religieux largement répandu de par le monde, l’essence ultime de sa doctrine demeure cachée, par nécessité, au plus profond du silence.

Le silence a eu ses dieux dans de nombreuses civilisations ; pour ce motif il est toujours représenté un doigt sur la bouche (voir l’article Le silence initiatique sur le Journal 450fm).

On trouve de nombreux exemples de silence sur un secret à travers les diverses traditions et civilisations, en particulier ceux rapportés dans la partie historique des Constitutions Ahiman Rezon de Laurence Dermott (à partir de la page 18: «le fidèle Anaxarque  (tel que Pline le rapporte au livre VII, chapitre 23) qu’on enleva pour lui arra­cher ses secrets, qui se coupa la langue avec ses dents et la cracha ensuite à la figure du tyran. Les Athéniens avaient une statue de bronze, devant laquelle ils s’inclinaient; le personnage n’avait pas de langue, pour signifier l’im­portance du secret.» Le serviteur de Caton fut cruellement torturé, mais rien ne put lui faire révéler les secrets de son maître. Quinte Curse nous enseigne que chez les Perses on punissait très sévèrement selon une loi inviolable celui qui révélait un secret; comme confirmation il dit que le roi Darius, vaincu par Alexandre, s’était échappé pour se cacher là où il se croyait à l’abri; aucun torture, ni promesse de riche récompense, ne purent fléchir les frères fidèles qui savaient sa cachette, ou les amener à la révéler à qui que ce fût. Il ajoute en outre que nul ne devrait confier quelque affaire d’importance à qui ne sait pas vraiment garder un secret. Au nombre de toutes ses lois, Horace aurait voulu que chacun garde secret tout ce qui se faisait ou se disait: pour ce motif l’habitude des Athéniens (quand ils se réunissaient pour une fête) était que les  plus anciens parmi eux montraient à chaque frère la porte par laquelle il entrait, disant: prends garde que pas un seul mot ne passe ce seuil, de ce qui sera dit ou fait. La première chose enseignée par Pythagore à ses disciples était le silence, en conséquence il les maintenait sans parole pendant un cer­tain temps, afin qu’ils apprennent mieux à conserver les précieux secrets qu’il leur communiquait; il leur enseignait encore à ne parler que si nécessaire, exprimant par-là que le secret était la qualité la plus rare. Plût à Dieu que les Maîtres de nos loges actuelles en fissent autant! On demanda à Aristote ce qui lui paraissait le plus difficile; il répondit: le secret et le silence. À cette fin, St. Ambroise place parmi les principes premiers de la vertu le don de la patience silencieuse. Le sage roi Salomon dit au livre des Proverbes qu’un roi ne devrait pas boire de vin, car l’ivresse est ennemie du secret; et à son avis, n’est pas digne de régner qui ne sait garder ses propres secrets.» 

Le silence est la voie d’accès à un degré de conscience élevé. Il prend son ampleur au sein de la loge pour relier le franc-maçon à la partie la plus sacrée de son être.

Le silence est la voie qui mène à la révélation de soi-même et de l’autre, il est écoute ; «c’étaient des gens silencieux et toujours prêts à écouter les autres, au point que savoir écouter était pour eux un motif d’éloge» rapporte Jamblique à propos des initiés de l’école de Pythagore.

Le silence de l’apprenti dans les rites continentaux est son 5e voyage initiatique (après le cabinet de réflexion + les 3 voyages de la cérémonie d’initiation) ; il s’accomplit dans l’écoute mais consiste, aussi, en ce qui ne lui est pas encore accordé et qui lui sera donné, progressivement, pour avoir la plénitude des droits du maître (droit de parole, de vote, d’occuper un office…).

Le silence est d’essence métaphysique et dépasse, même s’il l’embrasse, le seul silence imposé à celui qui ne sait pas. Bien plus qu’un silence pédagogique, le silence maçonnique est une véritable disposition de l’être qui, seule, permet l’émergence et la prééminence du Soi sur le Moi. Le silence joue le même rôle que l’obscurité d’où naît la Lumière. Le silence, par le recueillement et la concentration qu’il procure, permet l’écoute de l’invisible. Nous sommes ici aux limites de l’intelligible, dans une recherche de l’ultime.

«La condition souveraine du savoir est le silence car seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse.» Alfred de Vigny

Le chemin de l’apprentissage vers le compagnonnage mène de la pensée silencieuse vers la parole retrouvée pour donner du sens au silence ; le substantif «mot» lui-même, sous sa forme latinisée motus, signifie le silence, comme le fait remarquer Lacan.

Comme le décline Cynthia Fleury, les 4 fonctions du silence sont spirituelles, cognitives, curatives et citoyennes 

L’ultracrépidarianisme (sutor, ne supra crepidam, le cordonnier ne doit pas parler au-delà de la chaussure) est le comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n’a pas de compétence et pour lequel le silence eût été meilleur.

Le silence absolu atteint à ce jour est environ de -10 décibels, insupportable au-delà de 45 mn !

Bien sûr, notre journal a souvent abordé ce sujet. En voici quelques souvenirs à consulter également : 450.fm/2022/08/06/le-silence-analytique-suite-et-fin-3-3/; 450.fm/2021/08/23/italie-le-silence-interieur-et-le-retrait-des-metaux/; 450.fm/2021/07/10/de-lautre-cote-du-miroir-le-monde-du-silence/


[1]. F. Dostoïevski : « Le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais l’indifférence. »

23/08/22 : Journée Internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition

La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition est célébrée le 23 août de chaque année. C’est dans la nuit du 22 au 23 août 1791 qu’éclate une violente insurrection à Saint-Domingue, colonie française des Antilles, aujourd’hui Haïti et République dominicaine. Esclaves noirs et affranchis revendiquent la liberté et l’égalité des droits avec les citoyens blancs. Celle-ci devait jouer un rôle déterminant dans l’abolition de la traite négrière transatlantique.

Esclaves sur le pont d’un navire, vers 1900

La route des esclaves

La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition vise à inscrire la tragédie de la traite dans la mémoire de tous les peuples. Conformément aux objectifs du projet interculturel « La route de l’esclave », elle doit offrir l’occasion d’une réflexion commune sur les causes historiques, les modalités et les conséquences de cette tragédie, ainsi que d’une analyse des interactions qu’elle a générées entre l’Afrique, l’Europe, les Amériques et les Caraïbes.

Le Directeur général de l’UNESCO invite les Ministres de la culture de tous les États membres à organiser des actions en associant l’ensemble des populations de leurs pays et en particulier les jeunes, les éducateurs, les artistes et les intellectuels.

La route des esclaves au Bénin

La route des esclaves au Bénin

Entre le 17e et le 19e siècle, Ouidah, aujourd’hui considérée comme la ville la plus touristique du Bénin, fut le principal port négrier de la région. Des millions d’esclaves, originaires de toute l’Afrique de l’Ouest, ont transité par cette ville afin d’y être vendus. Créée en 1994, « La route des esclaves » permet de parcourir les 3,5 derniers kilomètres qui séparaient le marché aux esclaves de l’embarcadère où ces hommes, ces femmes et ces enfants étaient entassés dans des bateaux en partance pour l’Europe ou les Amériques.

Conçue comme un lieu de mémoire, cette route est parsemée de mémoriaux qui racontent l’histoire de la traite négrière.

L’audio https://www.rts.ch/audio-podcast/2016/audio/la-route-des-esclaves-25457396.html

La traite orientale se caractérise par ses voies commerciales : d’une part les routes terrestres du Maghreb et des déserts (itinéraire transsaharien), d’autre part les routes maritimes de la Mer Rouge et de l’Océan Indien (itinéraire oriental).
La traite occidentale (ou traite atlantique) va enclencher la traite à grande échelle et la mise en place du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.

En 2016, message de Madame Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO

Nous vous invitons à lire le message de Madame Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO à l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, le 23 août 2016.

« Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, des hommes et des femmes arrachées à l’Afrique et mis en esclavage se sont insurgés contre le système esclavagiste pour obtenir la liberté et l’indépendance d’Haïti, obtenue en 1804. Cette révolte a marqué un tournant dans l’histoire humaine, dont l’impact fut considérable pour l’affirmation de l’universalité des droits humains, dont nous sommes tous redevables.

Leur courage nous impose des devoirs. L’UNESCO célèbre la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition afin de rendre hommage à tous ces combattants de la liberté, et perpétuer en leur nom l’enseignement de cette histoire et les valeurs qu’elle porte. L’aboutissement de ce combat, mené par les esclaves eux-mêmes, est une source inépuisable d’inspiration pour lutter aujourd’hui contre toutes les formes de servitude, le racisme, les préjugés, les discriminations raciales et les injustices sociales hérités de l’esclavage.

L’histoire de la traite négrière et de l’esclavage a fait couler un flot de rage, de cruauté et d’amertume qui ne s’est pas encore tari. Elle est aussi une histoire de courage, de liberté et de fierté de la liberté reconquise. Toute l’humanité s’y retrouve, dans ses errements et dans sa noblesse. Ce serait une faute et un crime de l’occulter ou de l’oublier. A travers son projet La Route de l’esclave, l’UNESCO entend puiser dans cette mémoire universelle la force de construire un monde meilleur et de montrer les liens historiques et moraux qui unissent les peuples.

Le commerce triangulaire

C’est dans ce même esprit que les Nations Unies ont proclamé la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024). L’UNESCO y contribue à travers ses programmes éducatifs, culturels et scientifiques, pour promouvoir la contribution des personnes d’ascendance africaine à la construction des sociétés modernes et garantir l’égale dignité de tous les êtres humains, sans distinction aucune. »

Les autres dates commémoratives

♦ 21 mars, Journée internationale pour l’Élimination de la Discrimination raciale

♦ 25 mars, Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique

♦ 2 décembre, Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage

♦ 16 novembre, Journée Internationale de la Tolérance

♦ 27 janvier, Journée internationale de Commémoration des Victimes de l’Holocauste

♦ 20 février, Journée mondiale de la Justice sociale

♦ 28 octobre, Journée internationale de la Langue & de la Culture créoles

♦ 2015-2024, décennie Internationale des Personnes de Descendance Africaine : Considération, Justice & développement

♦ 2004, Année internationale de Commémoration de la Lutte contre l’Esclavage et de son Abolition

Au GODF, la fraternité

« Si tu diffères de moi mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». C’est par cette phrase inspirée d’Antoine de Saint-Exupéry qui n’était pas franc-maçon (in « Lettre à un otage »,

1943), que le visiteur est accueilli au Grand Orient de France à Paris. Finalement, c’est « Apprendre sur soi, apprendre de l’autre et de sa différence, dans un idéal collectif républicain ».

Rappelons que dans l’Article 1er de sa Constitution, le Grand Orient de France affirme : « La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité […] La franc-maçonnerie a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle attache une importance fondamentale à la laïcité. […] »

Pour rappel, « La franc-maçonnerie travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité ».

À la GLNF, paix, amour et fraternité mais aussi aide et entraide

Quelques éléments de réflexion, tout d’abord dans les Constitutions (source Règlement Général, Principes Fondateurs, Statuts Civils, Règlement Intérieur, avril 2014)

« … La Franc-Maçonnerie est une libre association d’hommes indépendants, ne relevant que de leur conscience, qui s’engagent à mettre en pratique un idéal de paix, d’amour et de fraternité. […] Ils apprennent dans les Loges à aimer la Patrie, à se soumettre aux lois et à respecter les autorités constituées, à considérer le travail comme un devoir essentiel de l’être humain qu’il fortifie et rend meilleur ; à se souvenir qu’un Franc-Maçon doit sans cesse aider et protéger ses Frères, dans l’honneur, même au péril de sa vie ; à conserver, envers et contre tout, le calme, la réflexion, en un mot, la complète maîtrise de soi, quelles que soient les circonstances… »

– Dans la Règle en douze points, dont le texte fut successivement approuvé à l’unanimité, le vendredi 6 décembre 1968, lors de la séance de la Commission des Affaires Intérieures – Administration et Gérance, puis, le samedi 7 décembre 1968. Parce que le Franc-Maçon de la GLNF est soumis au strict respect de l’observance de cette Règle, rappelons simplement trois de ces douze points :

« 3- La Franc-Maçonnerie est un Ordre auquel ne peuvent appartenir que des hommes libres et respectables, qui s’engagent à mettre en pratique un idéal de paix, d’amour et de fraternité.

4- La Franc-Maçonnerie vise ainsi, par le perfectionnement moral de ses membres, à celui de l’Humanité toute entière. »

« 12- Les Francs-Maçons se doivent mutuellement, dans l’honneur, aide et protection fraternelle, même au péril de leur vie. »

– Dans les obligations du Franc-Maçon :

« … Ils s’engagent à respecter la Règle en Douze Points. Celle-ci, fixée constitutionnellement par l’obédience, se réfère aux Anciens Devoirs, Landmarks et Usages de l’Ordre qui sont à la base de toutes les Grandes Loges Régulières, lesquelles se reconnaissent entre elles comme telles. Ils s’engagent également à aimer leurs Frères, à les secourir et à leur venir en aide.

Les Francs-Maçons reconnaissent que tous les hommes, quelle que soit la différence de leurs talents, de leur position sociale, de leurs racines ou de leur religion, sont nés avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Il est de leur devoir d’entretenir et de fortifier, parmi eux d’abord puis parmi les autres hommes, des sentiments de fraternité et d’égalité… »

Sources : http://www.journee-mondiale.com/

http://www.unesco.org/

http://www.esclavage-memoire.com/

http://eduscol.education.fr/

– Grand Orient de France, « Le Grand Orient de France en 7 points »

– Grande Loge Nationale Française, Règlement Général, Principes Fondateurs, Statuts Civils, Règlement Intérieur, 2014

« Le mystère Mithra. Plongée au cœur d’un culte romain », au Musée Saint-Raymond de Toulouse (Haute-Garonne)

Le musée Saint-Raymond, musée d’Archéologie de Toulouse, a déjà consacré plusieurs expositions à de grandes thématiques de l’archéologie antique. En 2022, il nous invite à partir à la rencontre du dieu romain Mithra.

Mithra a en effet fait l’objet d’un culte très surprenant dans l’Empire romain entre le Ier et le Ve siècle. Méconnu du grand public, il interpelle les spécialistes depuis plus d’un siècle. Mais depuis quelques décennies, l’archéologie et le réexamen des sources anciennes ont permis de démonter certaines idées reçues. L’exposition permet de remonter aux origines orientales de Mithra, de pénétrer au cœur des sanctuaires qui lui étaient consacrés, de faire connaissance avec ses adeptes et de s’interroger sur les conditions de la disparation du culte. Fidèle à lui-même, le musée Saint-Raymond s’est aussi attaché à faire le lien avec la culture pop.

Tout au long du parcours, le visiteur découvre de nombreux objets et sculptures venant de toute l’Europe, dont les magnifiques sculptures de Sidon, exceptionnellement prêtées par le musée du Louvre ou l’impressionnant groupe sculpté de Nida venu du musée de Francfort. Certaines sculptures n’ont jamais été exposées en France et les récentes recherches sont illustrées par des objets issus des fouilles de 2010 à Angers.

Pour vous présenter cette exposition, le Musée Saint-Raymond s’est associé au Musée Royal de Mariemont (Belgique) et à l’Archäologisches Museum de Francfort (Allemagne). Elle a été présentée à Mariemont (du 20 novembre 2021 au 17 avril 2022) et le sera à Francfort (du 19 novembre 2022 au 15 avril 2023) dans des versions différentes mais complémentaires.

Le making off de l’expo

Cette collaboration entre trois grands musées européens est cofinancée par le programme Europe Creative de l’Union Européenne qui a pour objectif de favoriser la circulation du patrimoine et sa valorisation auprès du plus grand nombre, tout en promouvant la créativité et l’innovation. Ainsi est né le projet MITHRA (Mobility and Intercultural dialogue for the Transmission of Heritage from Roman Antiquity) qui a permis la mise en place d’un grand consortium européen intégrant archéologues, historiens, artistes, collectionneurs et professionnels du monde muséal.

Entre 2021 et 2023, un riche programme d’activités scientifiques et culturelles, mobilisant tous ces acteurs et impliquant une vingtaine de pays, s’attachera à dévoiler les multiples facettes de Mithra et son culte de l’Antiquité jusqu’à nos jours.

Commissariat : Laure Barthet, conservatrice en chef du patrimoine et directrice du musée Saint-Raymond ; Margaux Bekas, conservatrice du patrimoine au musée Saint-Raymond ; Pascal Capus, attaché de conservation du patrimoine au musée Saint-Raymond

Commissariat associé : Nicolas Amoroso, musée Royal de Mariemont (Belgique) ; Laurent Bricault, université de Toulouse – Jean Jaurès ; Alexandra Dardenay, université de Toulouse – Jean Jaurès ;Wolfgang David, directeur du musée Archéologique de Francfort (Allemagne) ;Richard Veymiers, directeur du musée Royal de Mariemont (Belgique) ; Carsten Wenzel, musée Archéologique de Francfort (Allemagne)

Coordination du projet : Jean-Baptiste Cyrille-Lytras, musée Saint-Raymond

Muséographie : Laure Barthet, Margaux Bekas, Pascal Capus, Jean-Baptiste Cyrille-Lytras, Loussia Da Tos et Mathieu Scapin (médiateurs culturels)

Scénographie : Emmanuelle Sapet et Claire Van Der Boog, Direction de la communication – Mairie de Toulouse

Graphisme : Teddy Bélier Design

Années 1880 le presbytère de la basilique Saint-Sernin, devenu musée Saint-Raymond en 1892

Le Musée Saint-Raymond

Le musée Saint-Raymond, musée d’Archéologie de Toulouse, anciennement musée des Antiques, est le musée archéologique de Toulouse ouvert en 1892. Il est installé dans les murs de l’ancien collège universitaire Saint-Raymond datant du XVIe siècle qui voisine avec la basilique Saint-Sernin. Il conserve et présente des collections archéologiques de la protohistoire au haut Moyen Âge, essentiellement des périodes celte, romaine et paléochrétienne

Infos pratiques :

Une exposition reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture

Jusqu’au 30 octobre 2022

1 ter place Saint-Sernin, 31000 TOULOUSE

Horaires : https://bit.ly/3pwre3p

Tarif exposition seule – Plein tarif : 5 €/Tarif réduit : 3 € (étudiants, minima sociaux…)

Tarif exposition avec accès à la collection permanente : plein tarif : 8 €/Tarif réduit :  5 € et 3 € (étudiants, minima sociaux…)

« Éveil », le manga ésotérique ?

Manga, késako ?

Le mot japonais « manga » souvent traduit littéralement par « image dérisoire » ou « dessin non abouti », est composé de « ga » (画), qui désigne la représentation graphique (« dessin », « peinture » ou toute image dessinée — comme l’estampe), et « man » (漫), « involontaire », « divertissant », « sans but », mais aussi « exagérer », « déborder » (qui peut être interprété comme caricature), ainsi qu’« au fil de l’idée ». Ainsi on pourrait aussi bien traduire ce mot par « dessin au trait libre », « esquisse au gré de la fantaisie », « image malhabile » ou tout simplement caricature ou grotesque dans le sens de Léonard de Vinci.

En 2022, les ventes de manga battent un nouveau record pour la seconde année consécutive au Japon

Le manga est une bande dessinée japonaise. La plupart des mangas se conforment à un style développé au Japon à la fin du XIXe siècle, alors que la forme a une longue préhistoire dans l’art japonais antérieur. Les mangas se lisent généralement de droite à gauche. En raison du rythme élevé de parution et pour limiter le coût d’impression, la plupart des mangas sont dessinés en noir et blanc, mis à part la couverture. Les deux premiers pays les plus consommateurs de mangas sont le Japon et la France.

Magasin de mangas au Japon en 2004

Éveil

Taiyô Matsumoto – KANA, Illustrated édition, 2019, 88 pages, 18,50 €

Un très manga… Et pas seulement par ses dimensions : 23×1,3x 29,8 cm. À ne pas confondre avec la série L’Éveil.

Résumé de l’ouvrage traduit en français : Dans un futur où notre civilisation a disparu, au coeur des montagnes, vit un peuple profondément lié à la nature. Au sein de ce peuple, deux familles jouent un rôle important : les « danseurs » et les « sculpteurs » pour obtenir la protection des esprits de la nature.

Rayon de mangas

La relève du doyen des sculpteurs approche avec deux prétendants au titre. Qui sera choisi ? Yuri, l’aîné, doté d’un don exceptionnel mais qui, du fait de sa trop grande sensibilité n’est jamais sorti de chez lui ? Ou bien Tsubaki, le cadet, qui n’arrive pas encore à communier avec les esprits ?

Les thèmes abordés : ésotérique, montagne, mort, nature, poésie, poétique.

Quatrième de couverture : Tu seras un sculpteur mon fils !

Taiyou Matsumoto, en 2017

Biographie de l’auteur : Taiyou Matsumoto a déjà réalisé plusieurs séries mangas au Japon. Très influencé par le principe de la bande dessinée franco-belge et plus particulièrement par le travail de Moebius, Matsumoto a créé un style bien à lui. Il invente des univers extrêmement esthétiques et visuellement novateurs. Dans son oeuvre, rien n’est laissé au hasard, toutes les cases ont un sens caché, relevant souvent d’un monde totalement irréel, propre à l’imaginaire de l’auteur. Parmi ses séries les connues, « Amer Béton » et « Ping Pong » ou « Hana-Otoko » ont contribué à créer un public de fans. Il est aujourd’hui un auteur influent au Japon, en marge des succès populaires des mangas.

La vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=8C34OALRnrg&t=4s

Les points forts de la série : un récit poétique, empreint d’humanité qui aborde les questions de la vie et de la mort par le maître du manga contemporain, Taiyô Matsumoto. Mieux connaître ce mangaka https://bit.ly/3TfjOPU

Un manga à caractère ésotérique, certes oui. Alors, à quand un manga maçonnique ? Sauf à dire qu’il existe peut être déjà…

Sources : YouTube ; Wikipédia ; https://www.manga-news.com/

Napoléon 1er – Revue du Souvenir Napoléonien

Napoléon et Lyon au cœur de la stratégie politique – Collectif – Éditions Soteca, N° 105, Août-Septembre-Octobre 2022, 82 pages, 9,90 €

Présentation de l’éditeur : « Lyonnais, je vous aime ! » C’est par ces mots que Napoléon conclut son allocution en mars 1815. De retour dans la ville après sa chevauchée alpestre, il est accueilli dans l’enthousiasme général et répond donc en ces termes à la spontanéité lyonnaise. Cette fidélité s’explique aisément. Jeune officier, Bonaparte s’est rendu à différentes reprises entre Rhône et Saône, et le plus célèbre concours littéraire auquel il ait participé s’y est tenu. Devenu général, il a fait halte à Lyon plusieurs fois, notamment en route vers l’Égypte. Surtout, il s’y est rendu après Marengo puis, en janvier 1802, pour la Consulta proclamant la République italienne. Les habitants se souviennent aussi que, tout au long du régime napoléonien, les soutiens économiques et financiers se sont multipliés. L’industrie des soieries a été rétablie et il a posé la première pierre de l’actuelle place Bellecour. En 1804, il a même songé organiser les cérémonies du sacre et du couronnement à la cathédrale Saint-Jean, non seulement pour rappeler la capitale des Gaules (où officie son oncle, le cardinal Fesch) mais aussi pour symboliquement souligner l’extension de l’Empire. Le pape Pie VII lui-même y a fait halte à deux reprises lors de son voyage en France. Dix ans après ces journées fastueuses, on comprend aisément la phrase prononcée par Napoléon de retour au pouvoir : l’étape lyonnaise demeure cruciale. »

David Chanteranne, rédacteur en chef.

Le sommaire :

Actualités, par Emmanuelle Papot

Autour de l’Empereur, par Raphaël Lahlou

Dossier : Lyon sous le Consulat et l’Empire, par Jean-Philippe Rey ; Bonaparte devient, à Lyon, président de la République italienne, par Jean Étèvenaux ; Les visites du pape Pie VII à Lyon en 1804 et 1805, par Adrien Bostmambrun

Honneurs funèbres rendus au maréchal Lannes, par Vincent Rolin

Maida, déroute en Calabre, par Manuel Crifo

Comment Stendhal devint sous-lieutenant, par Michel Legat

Les courants spiritualistes mineurs sous le Premier Empire, par Philippe Lamarque

Le 37e régiment d’infanterie de ligne, par Jérôme Croyet

Les Provinces illyriennes (1809-1813), par Alain Pigeard

Souvenir Napoléonien

Fondation Napoléon

Publications

Passions impériales, par Valérie Valeix

[NDLR : David Chanteranne est rédacteur en chef de la Revue du Souvenir Napoléonien, des magazines Napoléon 1er, Napoléon III, Château de Versailles et Paris, de Lutèce à nos jours. Chargé de cours à l’université Paris-Sorbonne et de travaux dirigés à l’université Paris-Est Créteil Val-de-Marne, consultant pour France Télévisions, il est attaché de conservation du musée Napoléon de Brienne-le-Château et auteur et coauteur de très nombreux ouvrages et/ ou catalogues.

La rédaction nous annonce une « Nouvelle formule ». En toute franchise, ne connaissant pas l’ancienne, cette dernière livraison est de grande qualité tant dans la forme (remarquables illustrations couleurs) que sur le fond en s’assurant la collaboration d’historiens, spécialistes de l’histoire de Napoléon Ier et de l’époque napoléonienne.

Un dossier consacré à Lyon, anciennement Lugdunum, capitale des Gaules au temps de l’Empire romain, ne manquera pas de retenir notre attention. D’ailleurs, au Ier siècle, Tite-Live n’écrivait-il pas déjà « Lyon commandait les Gaules comme l’acropole domine une cité » … Mais entre Saône et Rhône, la ville peut aussi se prévaloir du titre de capitale de l’ésotérisme !

Avec des figures telles que celle du mystique Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) ou encore celle de l’aventurier sicilien Giuseppe Balsamo (1743-1795), connu aussi sous le pseudonyme de comte Pellegrini, Mélissa, Fenice, Hérat ou encore chevalier de la Sainte-Croix, mais passé à la postérité avec celui de « comte de Cagliostro », un bien charismatique et magnétique personnage, fondateur de la Franc-Maçonnerie « dite égyptienne », Lyon n’a pas usurpé ce qualificatif-là !

Philippe Lamarque

Cependant, c’est l’article sur « Les courants spiritualistes mineurs sous le Premier Empire » qui, commençant par « Outre les Églises et la franc-maçonnerie, il existe une foule de cercles mystiques et ésotériques. Très discrets, peu connus, comptant des effectifs limités, ils influencent la société plus qu’on ne pourrait le supposer » qui nous tient en haleine. Et nous le devons à la plume de l’essayiste et historien Philippe Lamarque, docteur en théologie, en droit, et en en histoire et philologie.

Costume d’un Théophilanthrope, gravure sur acier, XIXe siècle

Il nous fait (re)découvrir la théophilanthropie, Napoléon et la superstition, la visionnaire Juliane von Krüdener, le frankisme et son fondateur Jacob Frank, Bernard-Raymond Fabré-Palaprat, créateur d’un Ordre néo-templier ainsi que d’une Église johannite et enfin du Grand Sanhédrin.

En sept pages, Philippe Lamarque nous offre l’essentiel à connaître sur ces personnages et/ou mouvements spiritualistes.

Le culte naturel, estampe représentant un baptême d’enfant par une assemblée de théophilanthropes

Commençons par la théophilanthropie, du grec theos « Dieu », phílos « ami » et ánthrôpos « homme », qui est un culte établi sur deux idées principales : la croyance en Dieu et l’amour du prochain. Ce culte d’origine privée cherchait à offrir une conformité à la religion naturelle. Il fut soutenu par le Directoire entre le coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) et la loi du 22 floréal an VI (11 mai 1798), notamment par le directeur La Révellière-Lépeaux. En soutenant ce culte, le Directoire pensait parvenir à affaiblir le catholicisme et ainsi affermir les institutions républicaines.

Quant aux superstitions de l’Empereur, il nous suffit de lire ce qu’écrivait déjà le docteur Poumiès de la Siboutie dans Souvenirs d’un médecin de Paris… (Plon, 1910, p. 99) : « Napoléon était, de plus, très superstitieux, intraitable sur le nombre treize et sur le vendredi. Ainsi, pour un déplacement, le quantième du mois avait été fixé sans tenir compte du jour. Ce jour-là était un vendredi. L’Empereur en étant informé, avança son départ et partit le jeudi. »

Pour en savoir plus, nous pouvons consulter fort utilement quelques extraits de l’ouvrage du rédacteur en chef de la « Revue de l’Institut de Napoléon » Georges Mauguin Napoléon et la superstition. Anecdotes et curiosités (Carrere, 1946) https://bit.ly/3PvHR9X

La baronne Krüdener avec son fils Paul – Angelica Kauffmann – Musée du Louvre

Pour beaucoup, Beate Barbara Juliane von Kruedener, en allemand moderne von Krüdener, (1764-1824) est une inconnue. Elle est toutefois une femme de lettres allemande de la Baltique, sujette de l’Empire russe et d’expression française, connue en France sous le nom de Madame de Krüdener.

Son père, le baron Otto Hermann von Vietinghoff (1722-1792), ancien colonel, est premier conseiller d’État, sénateur, gouverneur de Riga et directeur général du collège médicinal (ministre de la santé) de toutes les Russies. Il est aussi l’un des deux conseillers pour la Livonie et un homme riche, puissant et… Franc-Maçon !

Houdon Otto Hermann von Vietinghoff 1791, franc-maçon

Juliane von Krüdener découvre le martinisme et toute une littérature ésotérique vont nourrir ses « visions » et son imagination.

Puis c’est au tour de Jacob Frank (1726-1791) d’être passé au crible. Ses disciples firent sécession avec le judaïsme, et créèrent un mouvement religieux avec quelques emprunts de façade au christianisme : le frankisme.

Jakob Frank

Jacob Frank estun prétendant juif à la messianité à la suite de Sabbataï Tsevi, considéré de son temps comme le Messie par un grand nombre de Juifs. Il est l’inspirateur de la secte turque des Sabbatéens ou Dönme ainsi que de celle des frankistes.

Juifs de Pologne occupés à la comptabilité, coiffés de schtreimels, spodiks et kolpiks.

Le développement du frankisme, mouvement religieux juif sabbatéen hérétique des XVIIIe et XIXe siècles, fut permis et facilité, d’une part, par les mouvements messianiques qui secouèrent le judaïsme après Sabbataï Tsevi, et, d’autre part, par les changements qui affectèrent les conditions socio-économiques du judaïsme polonais.

Le docteur Fabré-Palaprat. Lithographie de Llanta, 1836.

Quant à Bernard-Raymond Fabré-Palaprat (1773-1838), il est le créateur en 1804 d’un Ordre du Temple et d’une Église johannite.

Il rejoint la Franc-Maçonnerie au sein de la Loge des Chevaliers de la Croix, du Grand Orient de France. Il en est exclu en 1841. Une façon, peut-être, d’ensavoir davantage sur Fabré-Palaprat qui soutient avoir trouvé (en 1804 ?) une « Charte de transmission », dite « Charte de Larmenius », datée de 1324, et qui donne des successeurs à Jacques de Molay, admettant ainsi une filiation néo-templière de grands maîtres du Temple, dont…

Grand Sanhédrin des Israélites de l’Empire français et du royaume d’Italie

L’article se termine avec une approche du Grand Sanhédrin, cour suprême juive créée le 10 décembre 1806 et comprenant soixante-et-onze rabbins et notables.

1806 Napoléon rétablit le culte israélite

Un nom qui fait référence au Sanhédrin, le principal corps législatif et judiciaire du peuple juif jusqu’à l’Antiquité tardive.

La troisième de couverture annonce la parution du N° 106, le 18 novembre 2022, sur « Surcouf et les corsaires ». Pour mémoire, Robert Surcouf, né le 12 décembre 1773 à Bénic près de Saint-Malo et passé à l’Orient Éternel le 8 juillet 1827 à Saint- Malo. Il a été initié en 1796 au sein de la Respectable Loge La Triple Espérance, à l’Orient de Port-Louis (Isle de France de 1717 à 1814, dénommée île Maurice, Moris en créole mauricien) – une des plus anciennes loges du Grand Orient de France au cœur de l’océan Indien qui a célébré son 240e anniversaire en 2018 – et membre, de 1809 à 1811, de la Loge malouine La Triple Essence. Nous ne savons pas si le magazine abordera son appartenance à la Fraternité…]

Pierre Biarnès, « l’autre M. France-Afrique », membre du GODF, passe à l’Orient Éternel

De notre confrère mondafrique.com

Lorsque les deux journalistes, Pierre Biarnès et Philippe Decraene, quittent Le Monde, au début des années 1980, l’écrivain camerounais Mongo Beti raille la « virtuosité » dont ils ont fait preuve dans l’art de la « désinformation ». Philippe Decraene et Pierre Biarnès, note-t-il, « furent en quelque sorte les Bob Denard de la rotative ».

Ce texte est tiré de l’ouvrage L’Empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Françafrique, publié au Seuil en 2021 (1 008 pages, 25 euros), dont Thomas Deltombe, auteur de cet article, est l’un des quatre codirecteurs avec Thomas Borrel, Amzat Boukari-Yabara et Benoît Collombat.

D’une tout autre inspiration sera l’hommage rendu en juillet dernier par « le Monde » à son ancien journaliste: » C’est un confrère loyal et un hôte attentionné pour les envoyés spéciaux de la rédaction. Sa maison dakaroise leur est ouverte, avec le bon accueil de sa femme, Monique, autrice d’un livre sur la cuisine sénégalaise. Ses confidences servent parfois pour des articles signés par d’autres que lui.

En 1982, Pierre Biarnès fait son entrée au Conseil supérieur des Français de l’étranger, instance consultative devenue assemblée en 2004. En partie grâce à une appartenance maçonnique dont il ne fait pas mystère, il se sert de ce Conseil comme tremplin pour son élection de sénateur des Français établis hors de France, sur la liste de l’Association démocratique des Français de l’étranger, située à gauche, en septembre 1989. Une ambition politique qui l’a amené à quitter Le Monde dès 1985. »

La société d’édition profitait des largesses de l’ambassadeur du Zaïre à Paris, écrivait que Mobutu n’avait « rien à voir avec les caricatures qu’en faisait la presse de gauche européenne »

Couvrant l’actualité africaine depuis Dakar, où il est établi comme correspondant du Monde depuis 1959, Pierre Biarnès sillonne l’Afrique francophone dans les années 1960 et 1970 et en connaît intimement toutes les figures marquantes : Senghor, Houphouët, Bongo, Ahidjo, Mobutu, Bokassa, etc. En parallèle à son travail au Monde, il dirige la Société africaine d’édition (SAE), qu’il a fondée en 1961 et qui publie des revues spécialisées, comme Le Moniteur africain du commerce et de l’industrie (1961-1974) et Le Mois en Afrique (1966-1987). Pour animer ces revues, Pierre Biarnès fait appel à son collègue Philippe Decraene, autre spécialiste « Afrique » du journal Le Monde.

Désireux de diversifier les activités de la SAE, les deux hommes mettent leurs épouses à contribution. Paulette Decraene, embauchée par la SAE en 1965, s’occupe du bimestriel L’Afrique littéraire et artistique. Elle quitte cependant l’entreprise en 1973 lorsqu’elle est recrutée comme secrétaire particulière de François Mitterrand, qu’elle connaît depuis les années 1950 et auprès duquel elle travaillera pendant plus de vingt ans. Monique Biarnès publie pour sa part deux livres de recettes pour la SAE, La Cuisine sénégalaise (1972) et La Cuisine ivoirienne (1974), et devient rédactrice en chef d’une revue destinée aux expatriés, Français d’Afrique, lancée en 1979.

D’une façon générale, Pierre Biarnès et Philippe Decraene ne brillent pas par la radicalité de leur critique, ni à l’égard de la politique africaine de la France, ni à l’égard des satrapes africains alliés à Paris. 

Pierre Biarnès confirme à sa manière la moquerie de Mongo Beti dans le livre qu’il publie, bien des années plus tard, aux éditions L’Harmattan : Si tu vois le margouillat. Souvenirs d’Afrique (2007). Ce livre étrange, à la fois informé, bourré d’inexactitudes et particulièrement graveleux, donne un aperçu saisissant des mœurs journalistiques françafricaines dans les années 1960-1970.

Biarnès ne le cache pas : son statut de correspondant du Monde lui attire bien des sympathies. Il est à tu et à toi avec les présidents africains, auxquels il rend visite comme à de vieux amis.

Pour Ahidjo, précise le journaliste, il valait mieux le voir chez lui, en fin de journée. Pendant qu’il prenait une douche, un de ses serviteurs vous offrait du champagne; puis il arrivait, prenait une bière, se tapait sur les cuisses et commençait à parler. Il était souvent un peu ivre.

Le journaliste boit également pas mal de champagne avec Omar Bongo et fréquente la boîte de nuit privative du palais présidentiel gabonais.

Joignant l’utile à l’agréable, Biarnès bénéficie des petits coups de main de ses amis africains. Sa société d’édition profite par exemple des largesses de l’ambassadeur du Zaïre à Paris, qui ponctionne quelques grosses coupures dans ses « énormes valises bourrées de billets » pour régler les factures impayées. Une faveur qui explique peut-être l’onctuosité avec laquelle le journaliste dépeint l’autocrate zaïrois, un « homme très intelligent » qui a réussi la prouesse de « rétablir l’ordre » dans l’ex-Congo belge. Mobutu, jure-t-il, n’avait « rien à voir avec les caricatures qu’en faisait la presse de gauche européenne, dont les plumitifs n’avaient d’ordinaire jamais mis les pieds au Zaïre ».

COLONEL D’HONNEUR DE L’INFANTERIE DE MARINE

Le correspondant du Monde entretient également des liens étroits avec les services de renseignement français. Plutôt difficiles avec le responsable du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) de Dakar, auquel le journaliste rend pourtant « bien des services », ses relations sont en revanche très cordiales avec Gérard Bouan, son homologue à Abidjan.

Quant au chef de poste de Yaoundé, il missionne carrément le correspondant du Monde pour une opération d’espionnage lorsque Goukouni Weddeye prend le pouvoir au Tchad au tournant des années 1980. Objectif : repérer pour le compte de l’armée française les activités libyennes à l’aéroport militaire de N’Djamena.

De retour à Dakar, mon petit exploit m’avait valu un diplôme de colonel d’honneur de l’Infanterie de marine, que m’avait remis l’attaché de défense, se félicite le journaliste. Puis, quelques mois plus tard, j’avais reçu les insignes de la Légion d’honneur.

CE MÉLANGE DES GENRES SE RETROUVE DANS SES ACTIVITÉS AU SEIN DE LA FRANC-MAÇONNERIE. MEMBRE DU GRAND ORIENT DE FRANCE, PIERRE BIARNÈS ENTRETIENT D’ÉTROITES RELATIONS AVEC SES « FRÈRES DE LUMIÈRE »

dignitaires africains ou diplomates français – à l’image de Fernand Wibaux, ambassadeur au Tchad puis au Sénégal. Envoyé par Mobutu en mission informelle à Bangui, pour humer l’ambiance dans les couloirs de la présidence centrafricaine au lendemain de la victoire des socialistes français en 1981, Biarnès ne se contente pas de « rendre compte » au dictateur zaïrois (qui met, pour l’occasion, un avion à sa disposition). Il fait aussi son rapport à Guy Penne, membre éminent du Grand Orient et conseiller Afrique de François Mitterrand.

« LES TRENTE GLORIEUSES DU CUL »

Ce qui frappe dans le récit de Pierre Biarnès, c’est l’omniprésence d’anecdotes sexuelles et de formules salaces. Le titre même de son livre, dérivé d’un refrain du chanteur ivoirien Daouda, est une métaphore phallique : le margouillat, lézard africain bien connu, se glisse où il lui plaît… Tous les ragots y passent. Celui, célèbre, prêtant à Valéry Giscard d’Estaing une liaison avec la femme de Bokassa (accusation lancée par l’ex-empereur lui-même peu après son éviction). Ou celui, plus trouble, accusant Houphouët-Boigny d’avoir assassiné « d’un coup de revolver sa maîtresse Bintou, la fille du grand écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, qu’il avait surprise en train de se faire un chauffeur » (confidence que Biarnès dit tenir de Gérard Bouan).

Étalant ad nauseam ses obsessions libidineuses, Biarnès raconte par le menu ses expéditions dans les « boîtes à filles » et les « bars à putes », qu’il fréquente assidûment aux quatre coins du continent.

Un soir, j’étais sorti en boîte avec Yves Khun, que j’avais connu à Dakar et qui faisait fonction de chargé d’affaires à l’ambassade de Belgique. Nous avions ramassé deux putes et nous projetions d’aller les tringler dans le lit de l’ambassadeur. Mais au dernier moment, j’avais changé d’avis et je n’avais pas consommé. Bien m’en avait pris. Trois jours plus tard, Khun avait popol en chou-fleur. Il me l’avait montré, tout larmoyant, la goutte au nez. Quand il le pressait, la morve venait.

« Mais y avait-il un seul bar en Afrique qui ne soit pas à putes ? » s’interroge le journaliste en s’amusant de la facilité avec laquelle il s’attire les faveurs des jeunes Africaines. « Pas besoin de se mettre en frais pour lever une fille, note-t-il, une bouteille de Samba (le Lion), la célèbre bière du Katanga, suffisait. La chtouille était à chaque coup assurée. » Mais, ajoute-t-il plein de nostalgie, « nous vivions en des temps bénis, entre la vérole et le sida. C’étaient les Trente Glorieuses du cul ».

De retour de mission, le journaliste du Monde retrouve les plaisirs quotidiens de Dakar. Il apprécie notamment l’atmosphère du Chez-Vous, « le bordel le plus chic de la ville […], où plusieurs années après l’indépendance on trouvait encore des putes blanches ». Biarnès offrira à la tenancière de l’établissement un exemplaire dédicacé d’un de ses nombreux ouvrages : « À Solange, qui, elle aussi, défend vaillamment les positions françaises sur les côtes d’Afrique. »

DES BORDELS DE DAKAR AU SÉNAT FRANÇAIS

Biarnès ne précise pas si Solange a eu le temps de lire sa prose : « Elle sera assassinée d’une balle dans la tête, probablement parce qu’elle en savait trop. » Il ne précise pas non plus que cet assassinat – en réalité deux balles dans la tête – fait suite à l’ouverture d’une enquête lancée par la police française et Interpol en 1989. Le Chez-Vous, note alors une dépêche AFP, est la « plaque tournante d’un réseau de proxénétisme, mis en place en 1955-1956 par Alexandre et Solange Nemeti », entre Bordeaux et Dakar. Le couple « a “traité” en trente ans, selon les policiers, plusieurs centaines de jeunes femmes » (françaises, africaines, colombiennes).

Pendant que Pierre Biarnès vaque à ses occupations, sa femme Monique poursuit ses activités à la Société africaine d’édition. Son magazine est rebaptisé Revue des Français d’Afrique au moment où son mari quitte Le Monde et entame une seconde carrière. Encarté au Parti socialiste depuis les années 1960, il est élu sous cette étiquette au Conseil supérieur des Français de l’étranger (CSFE) en 1982. Sept ans plus tard, il entre au Sénat. Il y représentera les expatriés français jusqu’en 2008.

Présentation

Pierre Biarnès est né le 17 janvier 1932 à Tulette (Drôme) et mort le 18 juillet 2022, à Vaison-la-Romaine (Vaucluse). il était journaliste et homme politique français, membre du Parti socialiste puis du Mouvement républicain et citoyen, ancien sénateur et membre du groupe ADFE à l’Assemblée des Français de l’étranger.

Journaliste de profession, il est de 1962 à 1985 le correspondant Afrique du journal Le Monde et est installé à Dakar. Délégué des Français du Sénégal au Conseil supérieur des Français de l’étranger, il est élu sénateur des Français établis hors de France le 24 septembre 1989, et réélu le 27 septembre 1998 sous l’étiquette socialiste. Membre du Parti socialiste (PS) depuis 1966, Pierre Biarnès le quitte en 2001, profondément déçu du « désintérêt total du gouvernement de Lionel Jospin pour [ses] deux millions de compatriotes vivant à l’étranger et pour leurs difficultés, très souvent considérables ». En 2002, il prend position en faveur de Jean-Pierre Chevènement à l’élection présidentielle et rejoint le Pôle républicain, puis le Mouvement républicain et citoyen. Il ne se représente pas aux élections sénatoriales de 2008.

Il était par ailleurs franc-maçon au GODF, et officier de la Légion d’honneur

Ses publications

  • L’Afrique aux Africains : 20 ans d’indépendance en Afrique noire francophone, Armand Colin, 1980 – réédition numérique FeniXX en 2019
  • Le xxie siècle ne sera pas américain, éditions du Rocher, 1998, (ISBN 978-2-268-02977-1)
  • Les États-Unis et le reste du monde : Les Chemins de la haine (Chroniques de la dernière décennie), (préface de François Thual), L’Harmattan, 2002, (ISBN 978-2-7475-2150-5)
  • Pour l’Empire du monde : Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003 (ISBN 978-2-7298-1732-9)
  • La Fin des cacahouètes (Graveurs de Mémoire), L’Harmattan, 2005 (ISBN 978-2-7475-9266-6)
  • Une enfance provençale, L’Harmattan, 2007, (ISBN 978-2-2960-3321-4)
  • Si tu vois le margouillat : Souvenirs d’Afrique, L’Harmattan, 2012 (ISBN 978-2-2960-3320-7)
  • La Route de la Soie : Une histoire géopolitique (préface de François Thual), Ellipses, 2008 (ISBN 978-2-7298-3791-4) 2e édition (coll. Ellipse Poche), 2014 (ISBN 978-2-7298-8597-7)

Daria Douguina, fille de l’ultranationaliste A. Douguine, proche des milieux ésotériques et mystiques russes, décède dans l’explosion de sa voiture

Diplômée de la Faculté de philosophie de l’université d’État de Moscou, Daria Douguina (1992-2022) était une animatrice de radio, chroniqueuse politique du Mouvement international eurasiatique, rédactrice en chef du média United World International (UWI) et militante d’extrême droite russe.

Daria Douguina en avril 2022

Elle décède le samedi 20 août dernier dans l’explosion de sa voiture à Moscou. Très contestée, elle est la fille d’Alexandre Douguine, théoricien ultranationaliste russe, proche de Poutine et cible potentielle de l’attaque qui a tué sa fille.

Les fréquentation et idéaux des deux personnages sont de plus troubles.

Mais qui est vraiment son père, le sulfureux Alexandre Douguine, polyglotte parlant dix langues ?

Aleksandr Dugin, at the Civilizations of the Eurasian Area meeting on February 26, 2018 at the Faculty of World Studies, University of Tehran

Alexandre Guelievitch Douguine, né à Moscou le 7 janvier 1962, est un intellectuel, idéologue et théoricien politique nationaliste russe. Il est l’auteur de nombreux essais.

Il a mis sur pied le Parti National-Bolchévique (PNB), puis le Front national-bolchévique et enfin le Parti Eurasie. Il a été le conseiller du président de la Douma d’État Guennadi Selezniov, ainsi que de Sergueï Narychkine, membre dirigeant du parti Russie uni, pour les questions stratégiques et géopolitiques.

Ses idées

Il estime que la Russie est culturellement plus proche de l’Asie que de l’Europe. Sa théorie du néo-eurasisme et ses ouvrages de géopolitique en ont fait un intellectuel influent dans les cercles nationalistes et il est parfois considéré comme un des inspirateurs de la politique étrangère de Vladimir Poutine.

Sa biographie

En 1979, Douguine commence des études d’ingénieur à l’Institut d’aviation de Moscou. Il fréquente des cercles intellectuels moscovites traditionalistes (« cercle Ioujinski »), versés dans l’ésotérisme et le mysticisme et hostiles aussi bien à la culture officielle soviétique qu’à l’« Occident décadent ». Les trois membres les plus importants de ce groupe étaient le poète Evgueni Golovine (ru), le philosophe orthodoxe Iouri Mamléïev et le mystique musulman azéri Gueïdar Djemal (qui fonda le Parti de la renaissance islamique de Russie en 1991).

L’ésotériste et mystique Douguine ? Ce que personne ne vous a encore dit sur lui…

René Guénon en 1925

Douguine fut très influencé par ces trois hommes, qu’il décrivit plus tard comme les « vrais maîtres de l’élite ésotérique de Moscou ». « L’une des activités du cercle consistait à lire et à traduire en russe les livres (empruntés à la Bibliothèque Lénine) d’auteurs étrangers comme René Guénon,

Ernst Jünger in First World War uniform from Storm of Steel 1922

Julius Evola et Ernst Jünger ». Membre actif de ce groupe, Douguine fait une traduction d’Impérialisme païen de Julius Evola, qu’il diffuse, dès 1982, sous forme de samizdat. Evola eut aussi une grande influence sur Douguine, en lui transmettant une vision-du-monde centrée sur la « Tradition » et sur les « racines hyperboréennes ».

Julius Evola

Il est l’auteur notamment de l’almanach Mily Angel (Cher Ange), essentiellement consacré au mysticisme orthodoxe. La même année, Douguine fait de nouveaux voyages en France pour participer aux

Logo GRECE

colloques du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, également connu sous l’acronyme GRECE et l’appellation médiatique « Nouvelle Droite »

et de l’association Politica Hermetica.

Un seul intellectuel français a eu le courage de débattre avec lui.

À lire, l’excellent article d ’ Emily Hamilton. Extrait : « C’est la première fois qu’un intellectuel démocrate et libéral affronte ainsi, sans concession, un idéologue appartenant au premier cercle des Poutiniens. Compte rendu… »

Le directeur de La Règle du Jeu, Bernard-Henri Lévy, par ailleurs écrivain, philosophe, cinéaste, homme d’affaires et chroniqueur débattait avec le controversé Douguine…

C’était le samedi 20 septembre 2019, à Amsterdam lors d’un débat organisé par Nexus Institute – centre international indépendant de recherche et d’élaboration de politiques sur les droits de la personne – à l’Opéra national d’Amsterdam.

Les maçons vont enfin pouvoir sauver leur âme grâce à l’exorcisme

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De notre confrère italien it.aleteia.org – Gelsomino Del Guercio

Une fois de plus, nous rappelons que la rédaction de 450.fm prend le parti de couvrir tous les pans de l’information maçonnique. C’est ainsi que celle qui va suivre peut choquer quelques âmes Francs-maçonnes puristes. Si certains pensaient passer à l’Orient Éternel avec une âme damnée, rassurez-vous, il existe un remède infaillible. L’Édition de ce samedi 20 août du magazine italien Aleteïa titre : « Vous avez des chapelets ou des médailles avec des symboles sataniques et maçonniques ? » Fort heureusement, deux prêtres exorcistes expliquent quoi faire. Ils nous rassurent en précisant : « Mais ne créons pas un climat de terreur pour ceux qui les possèdent ». A la rédaction, nous pensons qu’il faut mieux en rire.

Chapelets sataniques et maçonniques, petites images aux prétendues vertus curatives qui reproduisent des allusions au diable. Et surtout de fausses versions avec d’étranges symboles de la médaille Miraculeuse, dans lesquelles la médaille présente des « anomalies » – par exemple l’étoile à 6 branches comme celle de la photo (et non 5 comme celle d’origine) -, les symboles de Franc-maçonnerie (épée et compas) bien camouflée, formes étranges de la Croix et de l’Épée du Cœur de Marie.

Faut-il jeter ces symboles ?

Est-il juste de porter ces symboles « déviants« , qui font référence à Satan et à la franc-maçonnerie ? Faut-il les conserver ? Jeter ? Ou béni et utilisé régulièrement ? L’exorciste Père Françoise Dermine, président national du Groupe de recherche et d’information religieuse (GRIS) , crée : « J’ai souvent entendu parler de ces chapelets maçonniques. Lorsqu’une personne me le dit », je réponds simplement : « Veux-tu réciter le chapelet ? Faites-le avec ça aussi. La valeur de la prière dépasse toute allusion diabolique. »

SATANIQUE

Une vérification très difficile

« De la même manière – poursuit l’exorciste – j’entends parler de médailles miraculeuses qui ne sont pas conformes aux originaux et qui présenteraient des symboles déviés d’inspiration satanique . Je dis d’abord qu’il y a toujours des orientations différentes pour établir si les changements par rapport à l’original correspondent bien à des symbologies anti-chrétiennes. Personnellement je ne suis pas d’accord avec ceux qui vous invitent à jeter ces symboles ».

CŒURS MÉDAILLES MIRACULEUSES

Ne faites pas peur aux gens

Selon le Père Dermine, « ils peuvent être bénis et utilisés qu’il y ait une étoile de plus ou de moins. Nous ne devons pas créer un climat de terreur. Ici, je tiens à souligner ceci : ce n’est pas en faisant peur que nous rendons un service équitable. Il n’y a rien de sérieux à donner la bénédiction à un symbole qui est ensuite conservé. Il n’y a pas d’implications diaboliques qui puissent affecter le possesseur ».

Directement ou indirectement?

Même l’exorciste Père Gianni Sini s’engage à ne pas créer « d’alarmisme inutile« . « Il faut cependant partir du principe – ajoute-t-il – qu’il est différent d’être en possession d’un chapelet ou d’une copie de la Médaille Miraculeuse non conforme à l’original, s’il est reçu directement ou indirectement. Lorsqu’il y a une responsabilité directe, c’est-à-dire qu’elle a été reçue par l’adhésion à la franc-maçonnerie, aux sectes, aux groupes sataniques, alors le premier commandement échoue : Vous n’aurez pas d’autre Dieu que moi ».

VERSO DE LA MÉDAILLE MIRACULEUSE
La médaille miraculeuse « originale ».

Réconciliation

Dans ce cas, poursuit l’exorciste, « on cherchait un substitut à la foi au vrai Dieu. Il faut alors que la personne reçoive le sacrement de réconciliation et en même temps que la médaille ou le chapelet soit béni. Après cela, ils peuvent être conservés avec eux et priés régulièrement à travers eux. Peu importe si les pointes de l’étoile sont cinq ou six, ou si le « m » de Marie est décalé plus à droite ou à gauche ».

PAPE FRANÇOIS IRLANDE

La bénédiction

Lorsque, au contraire, la responsabilité est indirecte, c’est-à-dire qu’on s’est trouvé en possession involontaire d’un de ces symboles, par exemple qu’ils ont été donnés, « alors il suffit qu’ils soient bénis par le prêtre parce qu’en de cette façon, nous les supprimons de leur utilisation abusive. Il n’est pas nécessaire, comme certains l’ont dit, de les jeter dans l’eau ou de les éliminer. Tout doute sur leur authenticité est simplement répondu par une bénédiction ».

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Consacrez-les à Dieu

Le père Sini explique : « Lorsqu’ils nous demandent de bénir un magasin, une voiture, des équipements sportifs, cela signifie qu’ils sont soustraits à l’usage profane et consacrés à Dieu. Il en est de même pour les chapelets, les images et les médailles. Alors pas d’alarmisme, pas de peur, et contactez le prêtre sans aucune crainte » .

Nous, les Francs-maçons, nous voilà donc rassurés !

Décidément, la période obscurantiste est toujours d’actualité. Au prochain article que la rédaction dénichera.