
La responsabilité cachée derrière le voile d’Isis
De notre confrère expartibus.it – Rosmunda Cristiano
Chaque franc-maçon que j’ai connu au cours de mes trente années de militantisme maçonnique s’est retrouvé à un moment donné à faire le bilan de son appartenance à l’Institution. Moi aussi je me suis souvent interrogé là-dessus, j’ai eu des crises d’identité, des remords, des doutes, des moments d’emphase et de découragement.
Mais je suis toujours là, parlant et écrivant d’une « foi » qui est devenue un style de vie, une façon d’être, de penser, d’être envers moi-même, mais surtout envers les autres.
Si je devais résumer la philosophie maçonnique vécue par un franc-maçon, je ne pourrais que la comparer au mythe du Voile d’Isis :
Je suis tout ce qui était, ce qui est et ce qui sera et aucun mortel n’a encore osé soulever mon voile.
Souvent, dans mes articles, j’ai écrit des mots visant à rappeler la « conscience » de nous « francs-maçons », essayant de les secouer là où il le fallait, de les réveiller, là où ils somnolaient profondément, de les piquer au vif, au cas où ils étaient trop imbus d’eux-mêmes.
N’oublions pas que nous avons juré d’être fidèles aux idéaux, de les défendre jusqu’à la mort.
Le voile d’Isis représente l’instrument qui sert à réveiller le sens des responsabilités inhérent à chaque franc-maçon, qui est appelé à répondre à un appel aux générations maçonniques, présentes et futures, et à la construction d’une société respectueuse de la dignité, de la justice et solidarité.
Héraclite a dit que rien ne reste le même et statique, tout coule, la même réalité que nous vivons quotidiennement est marquée par le changement. Sans parler de celle d’un franc-maçon qui vit sur le seuil de la porte du Temple, un pied dans le monde profane et un pied dans l’ésotérisme.
Dans cet équilibre difficile même le plus expert des Maîtres peut s’embrouiller et oublier, de fait, ses responsabilités, qui sont parmi les plus belles manières dont le Maçon expose son être dans l’Obéissance et dans le monde et qui font de lui le moteur qui génère la parole et l’action.

Être responsable, c’est répondre à un appel personnel indéniable, mais aussi s’exposer à ce que ce voile cache avec sa liberté d’évasion et qui, en même temps, attire l’identité humaine comme un aimant. Voulant paraphraser Rousseau, les francs-maçons sont des êtres humains libres et rebelles mais, « partout enchaînés« … de responsabilité !
La responsabilité qui se rallume devant ce voile mystérieux investit chaque Frère d’engagement et de conscience ; l’incarner, c’est lever le voile, sans crainte, conscient que vous avez choisi d’écouter son appel et décider de le lever pour découvrir ce qu’il y a derrière, comprendre que vous pouvez l’utiliser d’une manière différente pour ce qu’il contient et pour sa pouvoir immense à gérer de manière responsable, éthique et humaine.
La franc-maçonnerie est comme un troisième élément à la fois tremendum et fascinans : tremendum parce qu’il représente le risque pour l’individu de s’aliéner et de se perdre et fascinans parce qu’il peut représenter un moyen de se ressaisir, de retrouver sa propre valeur.
La franc-maçonnerie est ce voile de la déesse qui, soulevé par ceux qui, mus par la passion ou par une question existentielle, veulent s’approcher pour trouver la vérité, ne montre que l’image d’eux-mêmes.
Regarder en tremblant dans ce miroir vient la responsabilité : un sentiment désespéré qui plane, perturbe et montre la fragile nudité humaine et sa façon de se donner dans cette société.
Comment être franc-maçon de manière éthique, particulièrement dans le monde profane, lieu où l’on s’étouffe pour faire, où l’on se cache derrière une activité en perpétuel changement ?
En revenant réfléchir sur sa propre action, en l’universalisant, en la fondant personnellement, tout en l’ouvrant sur l’avenir de la vie de toute l’humanité, on dépasse soi-même et la réalité et instaure une nouvelle action ouvrière et sociale à partir de l’au-delà et du chaos.
Dans le mythe grec, le chaos était l’immensité et le vide et c’est précisément de ce dernier sens qu’il faut repartir. Le vide cosmique est un lieu de perdition où, paradoxalement, l’énergie et le mouvement sont générés et, par conséquent, la vie, et revendique justement la responsabilité.
Au travail, dans la vie privée et dans tous les domaines, l’être humain a besoin d’« être », d’être rempli de bruits et non de silence, d’un « maintenant » et non d’un « au-delà ». Pouquoi?
Car le vide fait peur car il secoue les consciences.
La responsabilité nous restitue l’image de la personne : un vide cosmique de plis d’existence qui a peur de sa faiblesse et cherche à « aller au-delà ».
« Le voile qui cache la beauté de la vérité » est un idéogramme que l’on retrouve dans toutes les traditions ; comme ce voile de « chair » couvre les yeux de l’enfant à naître au début de la vie et les yeux de l’ancien à l’approche de la fin, ainsi, le voile de l’illusion cache la vue de l’adulte jusqu’à la fin de sa vie profane, mais il tombe à l’occasion de sa renaissance initiatique.
Le temple de David retrouve sa splendeur d’antan
De notre confrère lagazette-yvelines.fr – Par Céline Crespin
L’inauguration du temple de David, restauré, a eu lieu le 24 septembre. Le public venu nombreux, malgré la pluie, semblait sous le charme de ce lieu historique.
« Un jour historique. » Cet avis est partagé par plusieurs personnes venues le 24 septembre au fond du parc du château épônois pour assister à l’inauguration du temple de David restauré. Ce jour-là, malgré la pluie, le public était nombreux à avoir fait le déplacement pour l’occasion. Parmi les personnes présentes se trouvaient de nombreux élus de vallée de Seine ainsi que le président LR du Département, Pierre Bédier. Cet intérêt envers ce temple maçonnique, l’un des plus anciens connus sur le territoire national, n’est pas anodin. Malgré sa petite taille, il fait effectivement partie intégrante du patrimoine historique de la commune et même de France.
« L’histoire veut que Robespierre et quelques révolutionnaires [comme] Danton et Saint-Just y aient rédigé la première constitution en 1791 », explique Pascal Dagory, maire-adjoint en charge notamment de la culture et du patrimoine. Il rappelle également que Marie-Jean Hérault de Séchelles (1759-1794), dernier seigneur épônois et un des principaux acteurs de la Révolution française, est à l’origine de la construction du temple en 1785 conçu par le peintre Jacques-Louis David pour célébrer la signature du traité d’alliance de 1778 entre la France et les États-Unis d’Amérique. Près de deux siècles après son édification, en 1958, Michel Debré et quatre autres ministres y sont même venus, sur demande du général de Gaulle, pour l’élaboration de la constitution de la cinquième République.
Pour que ce patrimoine historique perdure, sa restauration s’avérait nécessaire. Comme le confie l’architecte du patrimoine, Riccardo Giordano, le temple maçonnique en avait besoin. « Son état de délabrement était assez évident. Pour ceux d’entre vous qui l’ont connu avant ce jour, il était caractérisé par des tags à l’extérieur, des graffitis, des dégradations de toutes les parties […] et en plus on avait des infiltrations importantes par le toit qui avaient pourri la charpente », résume-t-il en insistant sur le fait que la restauration a nécessité un véritable travail d’archives pour redonner le plus fidèlement possible au temple de David son aspect originel.

« Maintenant qu’on le voit restauré, on a vraiment du mal à croire dans quel état dégradé il était avant. Il faut l’avoir vu pour le croire. [Les restaurateurs] ont vraiment fait du beau travail », reconnaît un Epônois tout en insistant sur la durée particulièrement longue des travaux. Comme le relatait La Gazette en 2017, la municipalité qui avait pour objectif de restaurer cet édifice patrimonial avait effectivement voté dès le conseil du 2 février 2017 une demande de subventions pour permettre la restauration du temple maçonnique. « Après moult péripéties, nous arrivons à termes », concluent Pascal Dagory et l’édile, Guy Muller (LR).
Selon le site internet de la Ville, le montant des travaux a été estimé à « 271 074 euros hors taxes ». Il a été subventionné à hauteur de « 30 % [par] le Département des Yvelines » et de « 30 % [par] la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) ». La Région Île-de-France a, elle, contribué à hauteur de « 20 % ». Pour réduire la part communale, « estimée à 20 % », une cagnotte avait été lancée sur le site internet de la fondation du patrimoine. Toujours active, elle indiquait, le 28 septembre dernier, que sur les « 40 000 euros » espérés, « 3 200 euros » avaient été recueillis.
Marianne(s), l’expo au musée de la franc-maçonnerie (Paris)
Du 13 octobre au 22 décembre 2022, l’artiste peintre Enrique Etievan nous convie, notamment, à une « interprétation » picturale de Marianne par des œuvres sous 3 séries :

- Nakedness : Huiles sur papier ;
- Line 9 : Huiles sur toile ;
- Marianne : Huiles sur papier, sur toile, sur bois.
- Et un dessin au fusain sur papier.

Voilà trois décennies qu’Enrique Etievan passe sa vie avec un pinceau dans une main et un crayon dans l’autre. Il traverse le temps avec un seul engagement et un seul objectif : peindre ! Sa famille a toujours eu une relation étroite avec la peinture et l’art. Son grand-père maternel, Alexandre de Salzmann, était un peintre et un scénographe réputé à Paris et à Berlin au siècle dernier. Sa mère était, entre autres, un peintre naïf et a fait plusieurs expositions internationales et lui a également donné une éducation basée sur la connaissance ésotérique de l’être humain. Son grand-père paternel était un acteur de théâtre et sa tante une actrice de cinéma en France.
L’art d’Enrique Etievan a toujours été indissociable de sa recherche incessante de transmettre et partager un message positif. Il essaie d’indiquer un chemin vers l’intérieur de soi, à travers des images quotidiennes de son environnement et de son époque. Nous lui devons de multiples expositions dans différents pays : Venezuela – qu’il quitte en 2015 –, Pérou (Lima), Espagne (Madrid), Chine (Shanghai), États-Unis (New York, Miami, Palm Beach, Philadelphia, Chicago) et France (Paris, Cannes, Béziers).

Infos pratiques : Du 13 octobre au 22 décembre 2022
Musée de la franc-maçonnerie – Siège du Grand Orient de France
16 rue Cadet – 75009 Paris :Tél : 01.45.23.74.09

Métros : Cadet (ligne 7) ou Grands Boulevards (lignes 8, 9)
Station Vélib’ : Cadet (24-26 rue Cadet)
Contact : evenementmuseefm@godf.org
Horaires : Le musée est ouvert : du mardi au vendredi : 10h00-12h30 / 14h00-18h00 ; le samedi : 10h00-13h00 / 14h00-19h00 ; le dimanche : 10h00-12h30 / 14h00-18h00
Tarifs : Entrée : 7 €/Tarif réduit (sur justificatif) : 5 €/Gratuité (sur justificatif)
En savoir plus sur : Visite guidée du musée et d’un temple maçonnique, visite groupée (minimum 15 personnes), visite guidé en LSF (langue de signes française) sur demande
https://www.museefm.org/infos.htm

Stanislas de Guaita – Précurseur de l’occultisme
Collectif – Éditions du Cosmogone, 2019, 144 pages, 22 €

Le samedi 14 octobre 2017 a eu lieu à Paris un colloque international sur Stanislas de Guaita à l’occasion des 120 ans de sa disparition. Dans une perspective historico-critique, cette journée d’étude, organisée par Steeve Fayadas, regroupait des chercheurs, des historiens, des universitaires et des spécialistes de l’hermétisme de la fin du XIXe siècle. Ce sont les actes de ce colloque, retravaillés et augmentés, qui sont publiés.

Steeve Fayadas, libraire spécialisé en ésotérisme, étudiant depuis de nombreuses années le mouvement occultiste de la Belle Époque autour de Stanislas de Guaita (1861-1897), introduit l’ouvrage et nous offre le premier exposé sur cet acteur majeur que fut le mage d’Alteville, ami d’Oswald Wirth (1860-1943) et cofondateur avec Joséphin Peladan (1858-1918) de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix (OKRC).
En sa qualité de spécialiste des mouvements ésotériques de la fin du XIXe siècle, Jean-Pierre Laurant, historien et ancien chargé de cours à l’École pratique des hautes études, présente un panel des occultistes amis et proches de Stanislas de Guaita fréquentant salons, cafés et librairies.

L’expert en livres anciens Alain Marchiset, désormais Président d’honneur du Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne, donne une vision claire des amitiés littéraires de jeunesse de de Guaita ainsi que des nombreux éléments concernant sa relation avec le Sâr Mérodack Joséphin Peladan, écrivain, critique d’art et occultiste.
Nous lirons aussi avec grand intérêt les interventions de Gilles Bucherie, féru d’histoire de l’ésotérisme tant oriental qu’occidental, sur Stanislas de Guaita et Albert Faucheux (1838-1921) – dont F.-Ch. Barlet est un de ses noms de plume – occultiste et astrologue et qui fut un des premiers membres de la branche française de la Société Théosophique. Le tout dans une perspective de renouvellement de l’occultisme et des pratiques secrètes qui en découlent.
Daniel Gueguen, auteur et professeur, spécialisé dans la relation entre ésotérisme et art en cette période de fin de siècle, traite du schisme ou, entre 1890 et 1897, l’art est à l’origine de la rupture Guaita/Péladan, pourtant si fraternellement si proches, qui peut être compris comme une rupture spirituelle et même d’ordre initiatique.

Quant à Serge Caillet, historien de l’occultisme et des sociétés initiatiques, il nous livre la clé de l’héritage de la Rose-Croix Kabbalistique retraçant son histoire de de Guaita à Robert Ambelain (1907-1997).
L’ouvrage s’achève avec l’intervention de Rémi Boyer, auteur et cofondateur avec Robert Amadou (1924-2006) du Centre International de Recherches et d’Études Martinistes (CIREM), avec La « restauration » ou le « réveil » de 1997, précisant ce que le colloque de l’OKRC, à la fin des années 90, a mis en place en matière de chantiers, de formation, mais aussi de transmission. De plus, cet ouvrage présente de très nombreux documents, parfois inédits, d’une grande richesse.

De l’imaginaire à la foi
Les forces de l’esprit
La tradition orale – caractéristique originelle de la franc-maçonnerie – a bien entendu ses qualités et ses défauts. Si elle permet la transmission, par le bouche à oreille, de ce trésor qui constitue l’une des pratiques ancestrales de l’« humain » – dans la définition même de notre nature – elle est en même temps le véhicule des « idées reçues » qui traversent le temps et s’y inscrivent ! Comme la moule s’accroche au rocher !
En ce sens, la Psychanalyse et l’Analyse Transactionnelle, entre autres modèles et « théories de l’esprit » sont, à l’image de l’équerre et du fil à plomb, à la fois de précieux outils de « rectification » et de « complémentarité » en maçonnerie. Quoiqu’en disent les détracteurs des sciences de l’homme, dans nos rangs même, qui n’ont généralement qu’une approche par le « on dit », des théories en cause, donc sans implication personnelle. Et qui montrent ici, tout à la fois, intolérance, ignorance et vanité ! Les mauvais compagnons sont nombreux !
Par exemple, dire encore que les rituels maçonniques se suffisent à eux-mêmes, les prendre comme des vérités premières, voire des principes vitaux et sacrés – alors qu’ils sont des conducteurs cérémoniels et des véhicules de morales – est totalement abusif. Et faux ! Ils sont très utiles et respectables, certes, en termes de valeurs, mais absolument insuffisants à la compréhension de l’homme et son fonctionnement. Normal, puisque ce n’est pas leur fonction ! La méthode symbolique est méritoire mais elle a ses limites !
Autre exemple : Continuer d’affirmer de façon péremptoire – en fait par seul « ouï-dire » – que l’esprit est supérieur au corps…alors que les neurosciences ont prouvé leur interdépendance depuis longtemps déjà et qu’elles parlent aujourd’hui de « corps-esprit » jumelés ! Cette habitude du « dire, c’est croire », n’est pas que maçonnique ! L’homme est un animal fictionnel ! Depuis « la mise en place » de la pensée et de l’imaginaire, s’est enracinée dans notre cerveau, une disposition aux croyances. Le domaine du croire précité se décline en « tenir pour vrai », auto-persuasion, autosuggestion (cf. méthode la méthode Coué, moquée en France mais qui prouve son efficacité hors de nos frontières !) convictions, opinions, etc., autant de mots pour désigner les mécanismes « producteurs » de la certitude individuelle. Celle-ci établie – par adhésion personnelle, religieuse ou philosophique – peut s’exercer sans la preuve par le fait : les notions de Dieu, de divin, de divinités, d’Etre suprême, de Principe créateur, de Grand Architecte de l’Univers, ces créations humaines poétiques, en sont le meilleur exemple. Les « forces de l’esprit » peuvent même, à l’extrême, conduire le sujet, au gré de rites lancinants et répétitifs, à des « états modifiés de conscience », tels l’extase et la transe. Il s’agit de fait ici, d’une forme d’autohypnose, provoquée notamment par l’irruption dans le sang de diverses hormones, dont nos propres opiacés circulants (entre autres, les « endorphines » inductrices d’euphorie à fonction antalgique). Sans aller jusque-là, rappelons tout de même que la maçonnerie a elle-même bien « flirté » en son temps avec les pratiques magiques !
Nous le savons, les théories freudiennes (valorisées par Lacan) doivent beaucoup aux légendes de la Grèce antique et à ses philosophes. Lesquels nourrissent toujours la franc-maçonnerie actuelle. Ces derniers, pour leur part, avaient postulé les premiers, avec lyrisme, que nous sommes habités par trois fées turbulentes qui se disputent en nous, mais inséparables : raison, intuition, imagination. Elles sont toujours d’actualité et nous serions à même d’ailleurs de les masculiniser en trois lutins modernes, avec pour nom : le Logicien (rigoureux), l’Expert (averti) et le Poète (rêveur).
Constat : nous ne pourrions pas vivre sans notre imaginaire (siège de l’imagination, du rêve, de la création, de l’invention, de l’innovation, de l’enthousiasme). Et cet imaginaire n’est autre que l’irrationnel (à comprendre non comme le contraire de la raison mais n’en relevant pas : les mythes, les légendes et les religions relèvent évidemment de l’irrationnel !). Rêver en restant lucide n’est pas être irrespectueux !
Certes, l’irrationnel a son versant négatif, (superstition, passion excessive, violence, folies meurtrières dont les guerres, etc.), mais il est incontestable que ce même irrationnel a aussi la faculté “d’amplifier l’esprit”. Sans l’irrationnel, la raison s’assècherait : aucune grande réalisation (scientifique ou autre) ne peut faire l’économie de l’imagination et de l’intuition. Sans l’imaginaire, la franc-maçonnerie, campée sur son socle mythique, n’existerait pas ! Einstein le confirme : « l’imagination est plus importante que la raison ! ». Mais poétiser n’est pas raisonner.
Il n’est pas étonnant que de ce milieu psychique en « interactions » permanente, émerge en nous des doutes, des hésitations, des craintes. Alors même que nous devons gérer au quotidien notre peur existentielle, elle-même constitutive de notre Moi. Nous apprenons cette peur dès notre irruption au monde, avec l’intériorisation d’un dispositif de défense propre au vivant : l’instinct de conservation. Autant de choses que les rituels ne disent pas mais qu’il convient de se rappeler ou de savoir en maçonnerie, au XXIème siècle !
Vaincre la mort
En grandissant et adulte devenus, nous avons constamment peur, de la crainte de traverser la rue à celle de tomber malade, donc de souffrir, de mourir. Puis encore, nous avons peur de perdre nos proches : conjoint, enfants, parents, amis.
Nous sommes aussi taraudés par les peurs « modernes », autant d’éventualités qui vont du licenciement au manque d’argent, de la privation de nourriture à la disparition du confort matériel, de la perte de notre mémoire à celle de notre autonomie. Et partant, nous craignions de ne plus exister aux yeux des autres, toujours pour la même raison de sauvegarde : Indépendants par essence, nous sommes dépendants par force ! En vérité, l’être humain n’est pas conditionné à « la perte », comme le sont la plupart des animaux. Nous le constatons aussi, en loge, avec le « manque » soudain dans nos rangs, lorsqu’un de nos frères, l’une de nos sœurs, passent à l’Orient Eternel.
Dès lors, exposés comme tout un chacun aux aléas de l’existence, comment prétendre à quelque certitude, à une « vérité vraie » ? Même les modèles mathématiques les plus sophistiqués sont tous contestables et remplaçables par d’autres. Il vaudrait donc mieux parler de réduire la part d’incertitude (théorie du modèle et de l’écart).
Ainsi pour nous francs-maçons, qui nous inter-enseignons le doute, il convient de nous méfier et même de nous éloigner de toute “attitude de surplomb”. Qui consisterait (au fil de nos degrés encore trop souvent confondus avec des grades !) à nous donner hiérarchiquement en loge des leçons assorties de bons ou mauvais points, et en ville revenus, à vouloir y jouer à toute force l’exemplarité ! A une époque où est mieux accueilli le « passeur » de désirs que le « marchand » de formats ou de modèles. Pour faire image encore, je pense en matière de surplomb précisément, que « notre vérité », ne réside pas forcément dans l’aplomb du fil mais aussi dans ses oscillations « métaphoriques ». C’est-à-dire, au gré du balancier de la vie, dans notre comportement entre la frustration et la satisfaction, la maladie et la guérison, l’orgueil et l’humilité, de la colère à l’apaisement, de la haine à l’amour !
Tout comme notre lutte quotidienne pour devenir meilleur apparaît dans l’angle entre les deux branches mobiles du compas. Comme le chemin entre notre besoin éperdu d’être aimé et d’autres êtres à aimer que soi se situe dans l’espace séparant les deux branches de l’équerre. Ou encore, quand il est question de la recherche de l’âme sœur, le parcours menant de la solitude à la rencontre se dessine symboliquement dans la distance entre le maillet et le ciseau ! Pour créer l’œuvre ensemble. Bref, nos tentatives d’accès à la certitude sont dans l’interrogation permanente, dans la patiente recherche, le mouvement productif, dans la preuve par les faits. Non dans le « regardez-moi », la domination, la suffisance. Etre sûr de soi au sens vaniteux, rappelle que cet adjectif est issu du mot « vain » ! A preuve certains tabliers maçonniques : plus ils sont brodés de fils d’or et cousus de fioritures, plus ils nous éloignent de l’humilité (de humus, terre). C’est vraiment en sortant du paraître, que l’on parvient à être !
Ainsi, il s’agit, selon la règle psychologique des 3P, empruntée à l’Analyse Transactionnelle (Puissance, Protection, Permission) de se donner les moyens de penser et d’agir (Le gouvernement de soi-même) de prendre soin de soi (notre vie signifie la survie !) et de s’autoriser à être et à faire (Oser exister !). Ainsi, il n’y a pas meilleure autorité pour tenir les commandes, que soi-même ! Au nom de l’estime de soi et des autres.
Alors et seulement l’appréhension et l’angoisse font place à la confiance en soi, à la maîtrise de soi. La culpabilité s’efface devant la responsabilité, et le sens de la vie devient enfin le sens de ma vie ! Parce que la seule véritable certitude que nous ayons est celle de notre finitude. Donc un encouragement, un engagement, à vivre le mieux possible notre éternité sur terre. La mort des autres, bien entendu, nous renvoie sans cesse à la nôtre. Faut-il la craindre ? Rappelons-nous, en guise d’apaisement, la belle et noble formule d’Epicure : « La mort ne nous concerne ni morts ni vifs. Vifs, parce que nous sommes ; morts, parce que nous ne sommes plus ! ».
Philosopher, c’est apprendre à mourir, nous dit Platon et Montaigne après lui. C’est à dire accepter notre sort et vivre pleinement chaque jour comme s’il était l’ultime.
La franc-maçonnerie propose aussi sa voie pour vaincre la mort, à sa façon. Mais ce n’est certainement pas en créant une rivalité dans la « course aux tabliers » qu’entretiennent encore trop d’organisations maçonniques, qui se détournent de leur objectif spirituel. La compétition est un jeu profane qui les égare ! C’est en remettant à l’Orient de sa loge bleue son tablier blanc à l’Apprenti, qu’il demeurera à vie, que l’Art Royal s’honore et remplit sa vraie fonction initiatique. Et que l’initié devient ainsi éternel !
La création, hasard ou volonté ?
L’origine de la franc-maçonnerie – celle du « mestier » comme celle de réflexion – nous ramenant aux constructions religieuses et aux hommes d’église, il est logique que Dieu – ou l’hypothèse Dieu – soit évoqué ici. Aux bâtisseurs qui ont lancé les cathédrales vers le ciel, puis à leurs successeurs spéculatifs et à nous-mêmes, « penseurs d’aujourd’hui » dans nos loges, s’est posée et se pose toujours la même question : Y- a- t-il une volonté dans l’univers ? Formuler cette interrogation, après la classique question individuelle : Qui suis-je, d’où viens-je ? Où vais-je ? C’est déjà formuler une croyance. C’est se demander, avec l’intelligence dont nous sommes dotés, si l’univers est l’œuvre d’un constructeur et dans l’affirmative qui a créé ce constructeur ? Et si la théorie du big bang est recevable, c’est se heurter à une autre question vertigineuse : Comment quelque chose peut naître de rien ?
Ces questions « philosophiques » de tout temps se posent aujourd’hui à la science qui, devant l’horloge et son extrême précision ne conteste plus le postulat d’un horloger ! Mais si ses progrès fulgurants en termes cosmologiques (découverte de nouveaux univers, notamment) apportent toujours de nouvelles théories, elle reste dans l’incapacité de les démontrer ! Cette volonté à l’origine de l’Univers et son expansion aurait donc un sens. Et qui dit sens, dit conscience pour l’interpréter et en témoigner. Celle du philosophe Baruch Spinoza (1632-1677) l’analyse tel un principe panthéiste qui anime la Nature (comprenant tout ce qui existe) et nous en montre l’harmonie et la beauté. La franc-maçonnerie déiste ne dit pas autre chose quand elle affirme son adhésion à un Principe créateur qu’elle nomme Grand Architecte de l’Univers. Un emprunt au poète Philibert de l’Orme.
Rappelons au passage que les « promoteurs » de la franc-maçonnerie, James Anderson et Jean-Théophile Desaguliers, ont eu, pour leur part, le mérite de « mettre de côté » leur formation et exercice protestants, afin de proposer aux premiers adhérents une religion naturelle, (ou loi naturelle) croyance fondée sur les données de la raison et de la conscience individuelle, sans le concours des églises. Ce concept d’un dieu personnel, totalement éloigné du « socle biblique », a évidemment été vite déconsidéré par les courants théologiques…et les premiers francs-maçons français, qui ont installé au gré des loges, dès 1725, une maçonnerie chrétienne. Aujourd’hui, les notions précitées de « « Grand Architecte de l’Univers » ou de « Principe créateur », qui n’existaient pas à l’époque, ne sont guère éloignées de cette religion naturelle, quand elles sont proposées comme symboles à interpréter librement. Il nous revient d’ailleurs de réfléchir sur la différence entre un dieu symbolique et un dieu révélé, les deux relevant de la fiction, tout respect gardé pour les religions dites du « Livre ». Ce Livre étant celui de la religion considérée, mais en aucun cas le « grand livre de l’humanité », comme certaines obédiences persistent encore à l’affirmer, à propos de la Bible. Fiction n’est pas réalité, encore moins vérité !
On peut aussi s’étonner du désir des Obédiences et Suprêmes Conseils ayant opté pour un dieu symbolique et espérant fébrilement, malgré tout la « reconnaissance » de la Grande Loge Unie d’Angleterre qui exige de ses « délégations internationales », la croyance en un Dieu révélé ! Comme s’il était vital de recevoir cet « adoubement » d’une instance qui montre ici une belle intolérance et atteint le grandiose en s’identifiant à la main de Dieu ! Fiction, encore et toujours !
On ne peut toutefois pas parler de croyances et de religions sans aborder ce qui peut dans un pays, les faire cohabiter pacifiquement et les séparer de l’autorité publique : la laïcité. C’est ce principe de séparation de la société civile et de l’institution qui permet la liberté de conscience. Non seulement, la laïcité n’interdit pas les religions, mais elle en préserve l’existence. Tout comme, de la même façon, elle doit préserver les non-croyants et les agnostiques, de toute ingérence de la religion dans la vie civile. Il y a un droit à la croyance, comme il existe un droit à la non-croyance. A part le Grand Orient de France, les obédiences françaises sont bien trop silencieuses sur ce point !
Certes, il est clair que si les croyances se sont aujourd’hui diluées, le fait religieux ne peut être balayé d’un revers de main. Ce serait du même coup, geste impensable, rejeter les initiés (es) qui la fréquente : l’église, le temple, la synagogue, la mosquée, ont leur place dans la cité, comme la loge y a la sienne ! Les religions sont utiles depuis des siècles et le seront encore, qu’elles soient appréhendées comme moteur qui dynamise et aide à vivre ou « consolatum », qui apprend à mourir, deux aspects de la condition humaine. Priver l’homme de religion, serait l’amputer de lui-même, disent en chœur philosophes et poètes, après Benjamin Constant. Comme priver l’homme de franc-maçonnerie, serait le priver d’un outil puissant, producteur de liberté !
Nous venons en loge, ce lieu d’intelligence collective, pour nous transformer, avec l’idéal de transformer le monde. En clair, pour y cultiver ensemble une « raison raisonnable », intuitive, imaginative. Au total altruiste. N’est-ce pas là notre croyance même, puisque croire c’est aimer ?!
Sans être une religion la franc-maçonnerie est bien en soi, une forme de miracle ! Celui de traverser le temps, à son rythme, depuis le Moyen-Âge !
Cérémonies maçonniques et prêtres suspendus : où va l’Église ?
De notre confrère lospecialegiornale.it – Par Americo Mascarucci
Ces derniers jours, la participation de l’évêque de Terni, Mgr Francesco Antonio Soddu, à l’inauguration, dans la capitale ombrienne, de la nouvelle entrée de la Loge maçonnique du Grand Orient d’Italie a fait beaucoup parler. L’évêque était donc présent, aux côtés des autorités de la ville, à une cérémonie maçonnique, en contradiction avec le magistère de l’Église qui a toujours réitéré l’inconciliabilité entre être catholique et être maçon.

Plusieurs enquêtes journalistiques au fil des années ont mis en évidence les liens étroits entre les gros bonnets de la hiérarchie et les personnages liés à la franc-maçonnerie, notamment les liens commerciaux et spéculatifs. Et ce n’étaient pas des personnages mineurs, mais des cardinaux de l’ordre le plus élevé au sommet de l’Église, certains même appelés maçons à tous égards.
Au fil des ans, surtout après le Concile Vatican II, entre l’Église et la franc-maçonnerie, les signes de dégel et de dialogue n’ont pas manqué, mais malgré cela, l’Église a toujours reconfirmé l’inconciliabilité entre être catholique et franc-maçon, faire partie de l’Église et en même temps de toute Loge, comme en témoigne la dernière déclaration en la matière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sous le pontificat de saint Jean-Paul II, en date du 26 novembre 1983. Une déclaration rendue nécessaire précisément face à la grande incompréhension d’un dialogue qui s’était amorcé à la fin des années soixante entre certaines conférences épiscopales nationales et les loges maçonniques des pays respectifs et qui provoquait l’incompréhension d’une éventuelle réconciliation.
On y lit : « Or l’étude la plus approfondie a conduit la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi à se confirmer dans la conviction de l’incompatibilité fondamentale entre les principes de la franc-maçonnerie et ceux de la foi chrétienne. Aussi, laissant de côté la considération de l’attitude pratique des différentes Loges, hostile ou non à l’Église, la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, par sa déclaration du 26.11.83, entendait se placer au niveau le plus profond et d’autre part une partie essentielle du problème : c’est-à-dire au niveau de l’inconciliabilité des principes, c’est-à-dire au niveau de la foi et de ses exigences morales. Concernant l’affirmation sur l’inconciliabilité des principes, nous allons cependant maintenant quelque part en objectant que l’essentiel de la franc-maçonnerie serait précisément le fait de n’imposer aucun « principe », au sens d’une position philosophique ou religieuse qui s’impose à tous ses adhérents. , mais plutôt de rassembler, au-delà des frontières des différentes religions et visions du monde, des hommes de bonne volonté sur la base de valeurs humanistes compréhensibles et acceptables par tous. La franc-maçonnerie constituerait un élément de cohésion pour tous ceux qui croient en l’Architecte de l’Univers et se sentent attachés à ces orientations morales fondamentales qui sont définies par exemple dans le Décalogue ; cela n’éloignerait personne de sa religion, mais au contraire cela constituerait une incitation à y adhérer davantage. »
« Ici – a poursuivi la note – les nombreux problèmes historiques et philosophiques qui sont cachés dans de telles déclarations ne peuvent être discutés. Que l’Église catholique pousse aussi dans le sens d’une collaboration de tous les hommes de bonne volonté, il n’est certes pas nécessaire de le souligner après le Concile Vatican II. Cependant, l’association en franc-maçonnerie va bien au-delà de cette collaboration légitime et a une signification bien plus pertinente et décisive que celle-ci. Tout d’abord, il faut rappeler que la communauté des « francs-maçons » et ses obligations morales se présentent comme un système progressiste de symboles au caractère extrêmement exigeant. La discipline rigide de l’arcane qui vous domine renforce encore le poids de l’interaction des signes et des idées. Ce climat de secret comporte surtout pour les membres le risque de devenir l’instrument de stratégies à leur insu. Même s’il est affirmé que le relativisme n’est pas pris comme un dogme, une conception symbolique relativiste est cependant proposée, et donc la valeur relativisante d’une telle communauté moralo-rituelle, loin d’être éliminée, est au contraire déterminante. »

La note concluait : « La Déclaration de la Sacrée Congrégation affirme que l’appartenance aux associations maçonniques » reste interdite par l’Église » et les fidèles qui y adhèrent « sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion ». Par cette dernière expression, la Sacrée Congrégation indique aux fidèles que cet enregistrement constitue objectivement un péché grave et, précisant que les adhérents à une association maçonnique ne peuvent accéder à la Sainte Communion, elle veut éclairer la conscience des fidèles sur une conséquence grave qu’ils doivent découlent de leur appartenance à une loge maçonnique ».
Que la franc-maçonnerie promeuve une spiritualité ésotérique totalement incompatible avec la foi chrétienne est clairement démontré par les symboles qui caractérisent les œuvres des maçons et qui ont des affinités évidentes avec le satanisme. Il suffirait de faire le tour de Turin et de voir les nombreux monuments créés par les artistes de l’époque du Risorgimento que le Maçon Cavour appela dans la capitale du Royaume de Savoie, œuvres à caractère fortement ésotérique, faisant l’éloge du « prince de la lumière » qui n’est autre que Lucifer, représenté dans des attitudes triomphantes, voire dans une attitude de défi ouvert devant des lieux sacrés. Cela a conduit Turin à être considérée comme une ville satanique, l’un des trois points du triangle du satanisme mondial avec Londres et San Francisco.

La polémique contre l’évêque de Terni est donc inévitable, ce qui a poussé la Curie à apporter une clarification : « Concernant l’ouverture de la nouvelle entrée du siège du Goi à Terni – lit une note du diocèse – suscite étonnement, perplexité et amertume. instrumental , délibérément incompris et incompris, de la présence de Mgr Soddu en cette circonstance. La lecture des faits qui ne tient même pas compte du contenu des propos de l’évêque dénature totalement le sens de sa présence qui, ne s’identifiant pas à une pensée différente de la doctrine chrétienne, avait plutôt pour seul but de témoigner de la fidélité à l’Évangile. et à l’Église, surtout en ce moment du chemin synodal qui la caractérise ».
Cependant, cette précision semblait peu convaincante et pas du tout concluante de l’histoire. La présence d’un évêque à une cérémonie maçonnique est en soi une nouvelle destinée à faire du bruit, au-delà de la lecture instrumentale qui peut en être fournie. Monseigneur lui-même aurait dû s’en rendre compte, sachant parfaitement qu’il allait faire un geste perturbateur en soi. Quant au contenu communiqué par l’évêque, aucune trace n’en a été retrouvée dans aucun rapport journalistique et même la Curie n’en a pas rendu compte dans son communiqué, se bornant à dire que l’évêque n’était là que pour témoigner de l’Évangile. Mais comment? Avec sa présence ? Ou en invitant les francs-maçons à la conversion ? Quelles paroles le prélat a-t-il prononcées pour justifier sa présence dans un lieu au moins inapproprié pour un représentant de l’Église ? Il ne semble pas avoir dit quoi que ce soit d’important si, comme dit, aucun journaliste présent n’en a parlé et effectivement les francs-maçons se sont félicités dans leur communiqué de la présence de l’évêque, saluant la volonté de dialogue de l’autorité religieuse locale.

Pendant que cela se passait à Terni, à La Spezia, l’évêque Luigi Ernesto Palletti a suspendu un divinis don Giulio Mignani, curé de Bonassola pour avoir pris des positions en opposition ouverte avec le magistère de l’Église, sur les thèmes de l’avortement, de l’euthanasie et des couples homosexuels. . . Et bien sûr il y a eu une protestation des associations arc-en-ciel qui ont fait de ce prêtre un héros pour avoir eu le courage, selon elles, de bénir les familles homosexuelles en allant à l’encontre de la même Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui a récemment reconfirmé l’interdiction de les bénir.
D’un côté, donc, il y a un évêque, celui de Terni, qui n’a pas hésité à scandaliser le peuple des fidèles, en participant à une cérémonie de la franc-maçonnerie bien que cela représente à certains égards une sorte d’hérésie ; de l’autre, l’évêque de La Spezia qui, au contraire, prend soin de ne pas scandaliser les fidèles et punit un prêtre qui, par ses déclarations publiques, va à l’encontre du magistère catholique. Deux événements qui photographient bien la confusion qui règne dans l’Église, partagée entre ceux qui sont fidèles à la doctrine et soucieux de la préserver et de la défendre, et ceux qui regardent plutôt l’étreinte avec le monde, y compris les plus hostiles et éloignés de la foi, comme principe non religieux, négociable.

Confusion qui a également été alimentée par des attitudes apparemment ambiguës de divers côtés, comme la lettre « aux chers frères maçons » écrite par le cardinal Gianfranco Ravasi et publiée il y a quelques années par les médias. Ce qui a contribué à générer le malentendu d’un changement d’attitude de l’Église envers la franc-maçonnerie qui en réalité n’a jamais eu lieu (et Ravasi lui-même l’a précisé sans exclure la possibilité d’un dialogue) ; ou comme certaines positions issues du monde jésuite, comme celles de l’Américain James Martin qui soutient la nécessité d’ouvrir les portes de l’Église aux couples LGBT en bénissant leur union. Peut-être est-il temps pour l’Église de s’exprimer clairement à nouveau sous la bannière du « oui oui, non non » et surtout de mettre fin à l’incompréhension d’un magistère qui n’est que théorique mais non traduisible en pratique, face à la prise de position de plus en plus fréquente de prélats et de prêtres modernistes qui semblent promouvoir une foi du « faites-le vous-même », sensible aux appels du monde mais de plus en plus vide de « christianisme militant ».
Peut-on voir dans l’au-delà ? …ARTE répond presque à tout
Et si le paradis existait ? Ceux qui ont vécu une expérience de mort imminente sont persuadés d’avoir vu ce qui se trouve de l’autre côté. Mais pour les médecins, ces phénomènes s’expliquent souvent de manière scientifique. Alors, qui a raison ? Avons-nous désormais la véritable preuve qu’un au-delà nous attend ? Ou n’est-ce là qu’un simple mirage ? Documentaire d’Alexander Steininger (Allemagne, 2022, 28mn) disponible jusqu’au 18/06/2023
15 septembre 2022, en campagne électorale pour sa réélection à la présidence, Bolsonaro chez les Francs-maçons
De notre confrère jornalistaslivres.org
Le 15 septembre 2022, déjà en campagne électorale pour sa réélection à la présidence, Jair Bolsonaro a participé à la 2e Rencontre du leadership des entreprises maçonniques à São Paulo. Peu d’informations sur l’événement ont été publiées.
Un autre cas impliquant des personnalités bolsonaristes à la franc-maçonnerie est l’ouverture de la 48e Assemblée générale ordinaire de la Confédération de la franc-maçonnerie symbolique du Brésil (CMSB), à laquelle Flávio Bolsonaro et le général Hamilton Mourão ont assisté. Accédez ici pour obtenir des informations: https://www.gob.org.br/grande-oriente-do-brasil-se-faz-presente-na-48a-assembleia-geral-ordinaria-da-cmsb/
Ce mardi matin (4), une vidéo du président Jair Bolsonaro (PL) demandant du soutien à la franc-maçonnerie est devenue virale sur les réseaux. Il n’y a aucune confirmation sur la date de l’enregistrement du discours. Cependant, selon le magazine Veja , il est probable que la vidéo date d’avant les élections de 2018.
Par des journalistes libres
Le discours du désormais candidat PL se tient dans un temple maçonnique, où l’on peut voir des symboles typiques de l’organisation. De plus, des images de Bolsonaro aux côtés de membres de la franc-maçonnerie sont également devenues virales et ont suscité la controverse sur les réseaux sociaux.
Bien qu’ancienne, la vidéo a suscité la polémique, puisque la franc-maçonnerie est considérée comme interdite par l’Église catholique et mal vue par les évangéliques. Les deux groupes représentent des piliers importants pour l’électorat de Bolsonaro, en plus d’être désignés comme une partie décisive du résultat du second tour des élections présidentielles.

Plusieurs internautes ont réagi à cette vidéo : « Je me sens trahi. J’ai défendu Bolsonaro contre l’indéfendable. J’ai toujours été du côté du président. Et maintenant je découvre ses liens avec la franc-maçonnerie. Malheureux. Malheureusement, je voterai pour Nine Fingers lors de ce second tour. « Juste bizarre, j’ai eu la chair de poule en regardant cette vidéo. Quelle horreur de voir le Brésil entre les mains de cet homme. Mon vote n’aura jamais. « Quelle déception, mes frères ! Je suis désolée ! Que deviendra notre Brésil ? Ce sont quelques-uns des commentaires des utilisateurs des réseaux.
La polémique pourrait affecter les électeurs qui décideront le 30 octobre du nouveau dirigeant du Brésil, puisque le facteur religieux tend à être crucial pour le résultat.
La doctrine initiatique du Régime Écossais Rectifié en dix leçons essentielles
Jean-Marc Vivenza – Éditions Dervy, 2022, 296 pages, 24 €

Notons tout d’abord, la beauté de la première de couverture représentant « Maître Hiram, cet ouvrier sublime, doué, selon les saintes Écritures, d’intelligence et d’un rare savoir » entouré des quatre vertus maçonniques – qui sont aussi, dans la doctrine morale chrétienne, les vertus cardinales, du latin cardo « charnière, pivot » –, inscrites ou figurées aux quatre angles du tableau et signifiant l’amour constant de la Justice, une exacte Tempérance dans nos désirs, paroles et actions, une sage habitude d’observer fidèlement les lois et les conseils de la Prudence ainsi que l’usage raisonnable que nous devons faire de la Force…
Tout pourrait être dit avec l’interprétation de ce troisième tableau du rituel de Maître Écossais de Saint André, quatrième grade du Rite/Régime Écossais Rectifié (RER) qui complète et termine l’initiation maçonnique dans les classes des symboles.
Avec ce dernier opus, le philosophe Jean-Marc Vivenza offre un remarquable ouvrage pour qui veut comprendre la démarche maçonnique de ce rite maçonnique et chevaleresque d’essence chrétienne mais surtout sa doctrine. Doctrine qui demeure mal ou très peu connue.

Pour la première fois, le lecteur a l’occasion, en dix leçons, d’entrer dans la doctrine du Régime Écossais Rectifiée, système constitué lors du Convent des Gaules réunis à Lyon en 1778 à l’initiative de son fondateur Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). Un enseignement que l’on peut découvrir au fur et à mesure des instructions propres à chaque grade, à commencer par celui d’Apprenti jusqu’à cet état chevaleresque qu’est celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS), dernier de la classe dite ostensible, hors Profession et Grande Profession réservées à un tout petit nombre d’élus.

Commençant par dresser l’origine et la source de la doctrine Initiatique du RER, la première leçon rapporte la rencontre fondatrice entre Martinès de Pasqually (c. 1710-1774), thaumaturge mystérieux, et Jean-Baptiste Willermoz. Sont bien évidemment abordées les thèses du Traité de la réintégration des êtres, le dépôt doctrinal de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers et sa proximité avec les thèses du théologien Origène (c. 185-c. 253), père de l’exégèse biblique. De leçon en leçon, l’auteur nous conduit des émanations des âmes spirituelles aux émancipations et prévarications, de la création d’un monde matériel à Adam et son « état glorieux » d’avant sa chute. La neuvième leçon fait état de l’évocation rituelle à Tubalcaïn remplacé par Phaleg. L’ouvrage comprend de nombreux appendices – présentation de l’Instruction particulière et secrète à mon fils de Willermoz, des éclaircissements sur l’émanation notion métaphysique fondamentale de la doctrine du Régime, des quatre « classes d’esprits émanés » selon l’enseignement de Martinès de Pasqually, de l’origine et source du mythe de la « révolte des Anges ».

Une bibliographie et un index des noms propres jusqu’au XIXe siècle sont les compléments indispensables à cet ouvrage. Un indispensable à posséder dans toute bibliothèque maçonnique pour connaître tous les aspects de cet enseignement ésotérique qui offre tant de lumière.

