mar 06 décembre 2022 - 19:12

Cérémonies maçonniques et prêtres suspendus : où va l’Église ?

De notre confrère lospecialegiornale.it – Par Americo Mascarucci

Ces derniers jours, la participation de l’évêque de Terni, Mgr Francesco Antonio Soddu, à l’inauguration, dans la capitale ombrienne, de la nouvelle entrée de la Loge maçonnique du Grand Orient d’Italie a fait beaucoup parler. L’évêque était donc présent, aux côtés des autorités de la ville, à une cérémonie maçonnique, en contradiction avec le magistère de l’Église qui a toujours réitéré l’inconciliabilité entre être catholique et être maçon.

Americo Mascarucci, journaliste depuis les années 2000, a collaboré notamment à « Il Tempo », « Destra Italiana », « Il Borghese » et « Identità » et vaticaniste du journal en ligne « Intelligonews ». Son plus grand scoop : « la possible élection du cardinal Bergoglio comme pape. »

Plusieurs enquêtes journalistiques au fil des années ont mis en évidence les liens étroits entre les gros bonnets de la hiérarchie et les personnages liés à la franc-maçonnerie, notamment les liens commerciaux et spéculatifs. Et ce n’étaient pas des personnages mineurs, mais des cardinaux de l’ordre le plus élevé au sommet de l’Église, certains même appelés maçons à tous égards.

Au fil des ans, surtout après le Concile Vatican II, entre l’Église et la franc-maçonnerie, les signes de dégel et de dialogue n’ont pas manqué, mais malgré cela, l’Église a toujours reconfirmé l’inconciliabilité entre être catholique et franc-maçon, faire partie de l’Église et en même temps de toute Loge, comme en témoigne la dernière déclaration en la matière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sous le pontificat de saint Jean-Paul II, en date du 26 novembre 1983. Une déclaration rendue nécessaire précisément face à la grande incompréhension d’un dialogue qui s’était amorcé à la fin des années soixante entre certaines conférences épiscopales nationales et les loges maçonniques des pays respectifs et qui provoquait l’incompréhension d’une éventuelle réconciliation.

On y lit : « Or l’étude la plus approfondie a conduit la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi à se confirmer dans la conviction de l’incompatibilité fondamentale entre les principes de la franc-maçonnerie et ceux de la foi chrétienne. Aussi, laissant de côté la considération de l’attitude pratique des différentes Loges, hostile ou non à l’Église, la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, par sa déclaration du 26.11.83, entendait se placer au niveau le plus profond et d’autre part une partie essentielle du problème : c’est-à-dire au niveau de l’inconciliabilité des principes, c’est-à-dire au niveau de la foi et de ses exigences morales. Concernant l’affirmation sur l’inconciliabilité des principes, nous allons cependant maintenant quelque part en objectant que l’essentiel de la franc-maçonnerie serait précisément le fait de n’imposer aucun « principe », au sens d’une position philosophique ou religieuse qui s’impose à tous ses adhérents. , mais plutôt de rassembler, au-delà des frontières des différentes religions et visions du monde, des hommes de bonne volonté sur la base de valeurs humanistes compréhensibles et acceptables par tous. La franc-maçonnerie constituerait un élément de cohésion pour tous ceux qui croient en l’Architecte de l’Univers et se sentent attachés à ces orientations morales fondamentales qui sont définies par exemple dans le Décalogue ; cela n’éloignerait personne de sa religion, mais au contraire cela constituerait une incitation à y adhérer davantage. »

« Ici – a poursuivi la note – les nombreux problèmes historiques et philosophiques qui sont cachés dans de telles déclarations ne peuvent être discutés. Que l’Église catholique pousse aussi dans le sens d’une collaboration de tous les hommes de bonne volonté, il n’est certes pas nécessaire de le souligner après le Concile Vatican II. Cependant, l’association en franc-maçonnerie va bien au-delà de cette collaboration légitime et a une signification bien plus pertinente et décisive que celle-ci. Tout d’abord, il faut rappeler que la communauté des « francs-maçons » et ses obligations morales se présentent comme un système progressiste de symboles au caractère extrêmement exigeant. La discipline rigide de l’arcane qui vous domine renforce encore le poids de l’interaction des signes et des idées. Ce climat de secret comporte surtout pour les membres le risque de devenir l’instrument de stratégies à leur insu. Même s’il est affirmé que le relativisme n’est pas pris comme un dogme, une conception symbolique relativiste est cependant proposée, et donc la valeur relativisante d’une telle communauté moralo-rituelle, loin d’être éliminée, est au contraire déterminante. »

Palazzo del Sant’Uffizio, à Rome, siège de la Congrégation pour la doctrine de la foi successeur de la Sacrée congrégation du Saint-Office qui, elle-même, a succédé à la célèbre Inquisition romaine

La note concluait : « La Déclaration de la Sacrée Congrégation affirme que l’appartenance aux associations maçonniques » reste interdite par l’Église  » et les fidèles qui y adhèrent « sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion ». Par cette dernière expression, la Sacrée Congrégation indique aux fidèles que cet enregistrement constitue objectivement un péché grave et, précisant que les adhérents à une association maçonnique ne peuvent accéder à la Sainte Communion, elle veut éclairer la conscience des fidèles sur une conséquence grave qu’ils doivent découlent de leur appartenance à une loge maçonnique ».

Que la franc-maçonnerie promeuve une spiritualité ésotérique totalement incompatible avec la foi chrétienne est clairement démontré par les symboles qui caractérisent les œuvres des maçons et qui ont des affinités évidentes avec le satanisme. Il suffirait de faire le tour de Turin et de voir les nombreux monuments créés par les artistes de l’époque du Risorgimento que le Maçon Cavour appela dans la capitale du Royaume de Savoie, œuvres à caractère fortement ésotérique, faisant l’éloge du « prince de la lumière » qui n’est autre que Lucifer, représenté dans des attitudes triomphantes, voire dans une attitude de défi ouvert devant des lieux sacrés. Cela a conduit Turin à être considérée comme une ville satanique, l’un des trois points du triangle du satanisme mondial avec Londres et San Francisco.

Mgr Francesco Antonio Soddu

La polémique contre l’évêque de Terni est donc inévitable, ce qui a poussé la Curie à apporter une clarification : « Concernant l’ouverture de la nouvelle entrée du siège du Goi à Terni – lit une note du diocèse – suscite étonnement, perplexité et amertume. instrumental , délibérément incompris et incompris, de la présence de Mgr Soddu en cette circonstance. La lecture des faits qui ne tient même pas compte du contenu des propos de l’évêque dénature totalement le sens de sa présence qui, ne s’identifiant pas à une pensée différente de la doctrine chrétienne, avait plutôt pour seul but de témoigner de la fidélité à l’Évangile. et à l’Église, surtout en ce moment du chemin synodal qui la caractérise ».

Cependant, cette précision semblait peu convaincante et pas du tout concluante de l’histoire. La présence d’un évêque à une cérémonie maçonnique est en soi une nouvelle destinée à faire du bruit, au-delà de la lecture instrumentale qui peut en être fournie. Monseigneur lui-même aurait dû s’en rendre compte, sachant parfaitement qu’il allait faire un geste perturbateur en soi. Quant au contenu communiqué par l’évêque, aucune trace n’en a été retrouvée dans aucun rapport journalistique et même la Curie n’en a pas rendu compte dans son communiqué, se bornant à dire que l’évêque n’était là que pour témoigner de l’Évangile. Mais comment? Avec sa présence ? Ou en invitant les francs-maçons à la conversion ? Quelles paroles le prélat a-t-il prononcées pour justifier sa présence dans un lieu au moins inapproprié pour un représentant de l’Église ? Il ne semble pas avoir dit quoi que ce soit d’important si, comme dit, aucun journaliste présent n’en a parlé et effectivement les francs-maçons se sont félicités dans leur communiqué de la présence de l’évêque, saluant la volonté de dialogue de l’autorité religieuse locale.

Blason et devise de Luigi Ernesto Palletti

Pendant que cela se passait à Terni, à La Spezia, l’évêque Luigi Ernesto Palletti a suspendu un divinis don Giulio Mignani, curé de Bonassola pour avoir pris des positions en opposition ouverte avec le magistère de l’Église, sur les thèmes de l’avortement, de l’euthanasie et des couples homosexuels. . . Et bien sûr il y a eu une protestation des associations arc-en-ciel qui ont fait de ce prêtre un héros pour avoir eu le courage, selon elles, de bénir les familles homosexuelles en allant à l’encontre de la même Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui a récemment reconfirmé l’interdiction de les bénir.

D’un côté, donc, il y a un évêque, celui de Terni, qui n’a pas hésité à scandaliser le peuple des fidèles, en participant à une cérémonie de la franc-maçonnerie bien que cela représente à certains égards une sorte d’hérésie ; de l’autre, l’évêque de La Spezia qui, au contraire, prend soin de ne pas scandaliser les fidèles et punit un prêtre qui, par ses déclarations publiques, va à l’encontre du magistère catholique. Deux événements qui photographient bien la confusion qui règne dans l’Église, partagée entre ceux qui sont fidèles à la doctrine et soucieux de la préserver et de la défendre, et ceux qui regardent plutôt l’étreinte avec le monde, y compris les plus hostiles et éloignés de la foi, comme principe non religieux, négociable. 

Cardinal Gianfranco Ravasi, président des Conseils pontificaux pour la culture, l’architecture sacrée et le patrimoine culturel de l’Église

Confusion qui a également été alimentée par des attitudes apparemment ambiguës de divers côtés, comme la lettre « aux chers frères maçons » écrite par le cardinal Gianfranco Ravasi et publiée il y a quelques années par les médias. Ce qui a contribué à générer le malentendu d’un changement d’attitude de l’Église envers la franc-maçonnerie qui en réalité n’a jamais eu lieu (et Ravasi lui-même l’a précisé sans exclure la possibilité d’un dialogue) ; ou comme certaines positions issues du monde jésuite, comme celles de l’Américain James Martin qui soutient la nécessité d’ouvrir les portes de l’Église aux couples LGBT en bénissant leur union. Peut-être est-il temps pour l’Église de s’exprimer clairement à nouveau sous la bannière du « oui oui, non non » et surtout de mettre fin à l’incompréhension d’un magistère qui n’est que théorique mais non traduisible en pratique, face à la prise de position de plus en plus fréquente de prélats et de prêtres modernistes qui semblent promouvoir une foi du « faites-le vous-même », sensible aux appels du monde mais de plus en plus vide de « christianisme militant ».

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4 Commentaires

  1. Que dire de plus quand on voit qu’il y a confusion volontaire entre participation à une cérémonie ouverte au public et qui ressort de bons rapports sociaux de voisinage et appartenance FM.
    Si un prélat serre la main d’un Franc-Maçon il est ou devient sataniste et luciférien? Comment peut on abrutir ses lecteurs à ce point?
    La réponse est dans la question.Il s’agit bel et bien de nourrir des fantasmes et de garder sous influence les esprits de la population chrétienne.On est encore loin de la décapitation mais les buchers ne sont pas si anciens.

  2. Le contentieux entre l’église catholique et la franc-maçonnerie est ancien.
    De 1738 à 1983, une trentaine de textes officiels du Saint-Siège sanctionnant l’appartenance de catholiques à la franc-maçonnerie.
    Succinctement, on peut les classer en trois étapes chronologiques les critiques de l’église.
    Au XVIIIe siècle, le secret ; puis, au XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle, le complot ; enfin, depuis les années soixante, le relativisme.
    Les choses changent en 1917 ou le Code de droit canonique confirme l’interdiction de la double appartenance en mentionnant «… ceux qui s’inscrivent dans une secte maçonnique ou dans toute autre association du même genre qui comploterait contre l’Église …»
    De fait les francs-maçons ne complotant pas contre l’église en seraient pas concernés.
    Cette interprétation est confirmée en 1974 par le cardinal Seper, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En 1977, le nouveau Code et son Canon 1374 ne mentionnent plus la franc-maçonnerie explicitement mais seulement « … celui joue un rôle actif ou qui dirige une association qui conspire contre l’Église ».
    C’est en 1983 que la Congrégation pour la doctrine de la foi revient en arrière et précise que « « le jugement négatif de l’Église sur les associations maçonniques demeure inchangé ».
    Et c’est la que se pose un problème de hiérarchie des normes dans le droit canonique. Selon la plupart des théologiens, le Code de droit canonique est supérieur aux recommandations de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
    Selon sa sensibilité, chaque catholique pourra choisir une interprétation ou une autre.
    Il faut noter que depuis plus de 50 ans, il n’y a eu aucune excommunication sur le fondement d’une appartenance maçonnique.
    Finalement nous somme dans un débat purement théologique ou conceptuel sans effet sur la pratique et le réel.
    Un peu comme lorsque certains ou certaines débâtent du droit des hommes à porter des enfants !

  3. « Les exigences morales » que n’auraient pas les Francs-maçons dit le Vatican ? Quand on voit les énormes problèmes de pédophilie dans le clergé de l’église catholique cela me fait bien rire ou ….pleurer. Par tous ses oukases anti-maçonniques l’église montre le visage du sectarisme et d’un dogmatisme étroit, effectivement contraires à la franc-maçonnerie.

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