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La doctrine initiatique du Régime Écossais Rectifié en dix leçons essentielles

Jean-Marc Vivenza – Éditions Dervy, 2022, 296 pages, 24 €

Notons tout d’abord, la beauté de la première de couverture représentant « Maître Hiram, cet ouvrier sublime, doué, selon les saintes Écritures, d’intelligence et d’un rare savoir » entouré des quatre vertus maçonniques – qui sont aussi, dans la doctrine morale chrétienne, les vertus cardinales, du latin cardo « charnière, pivot » –, inscrites ou figurées aux quatre angles du tableau et signifiant l’amour constant de la Justice, une exacte Tempérance dans nos désirs, paroles et actions, une sage habitude d’observer fidèlement les lois et les conseils de la Prudence ainsi que l’usage raisonnable que nous devons faire de la Force…

Tout pourrait être dit avec l’interprétation de ce troisième tableau du rituel de Maître Écossais de Saint André, quatrième grade du Rite/Régime Écossais Rectifié (RER) qui complète et termine l’initiation maçonnique dans les classes des symboles.

Avec ce dernier opus, le philosophe Jean-Marc Vivenza offre un remarquable ouvrage pour qui veut comprendre la démarche maçonnique de ce rite maçonnique et chevaleresque d’essence chrétienne mais surtout sa doctrine. Doctrine qui demeure mal ou très peu connue.

Origène

Pour la première fois, le lecteur a l’occasion, en dix leçons, d’entrer dans la doctrine du Régime Écossais Rectifiée, système constitué lors du Convent des Gaules réunis à Lyon en 1778 à l’initiative de son fondateur Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824). Un enseignement que l’on peut découvrir au fur et à mesure des instructions propres à chaque grade, à commencer par celui d’Apprenti jusqu’à cet état chevaleresque qu’est celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS), dernier de la classe dite ostensible, hors Profession et Grande Profession réservées à un tout petit nombre d’élus.

Martinès de Pasqually

Commençant par dresser l’origine et la source de la doctrine Initiatique du RER, la première leçon rapporte la rencontre fondatrice entre Martinès de Pasqually (c. 1710-1774), thaumaturge mystérieux, et Jean-Baptiste Willermoz. Sont bien évidemment abordées les thèses du Traité de la réintégration des êtres, le dépôt doctrinal de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers et sa proximité avec les thèses du théologien Origène (c. 185-c. 253), père de l’exégèse biblique. De leçon en leçon, l’auteur nous conduit des émanations des âmes spirituelles aux émancipations et prévarications, de la création d’un monde matériel à Adam et son « état glorieux » d’avant sa chute. La neuvième leçon fait état de l’évocation rituelle à Tubalcaïn remplacé par Phaleg. L’ouvrage comprend de nombreux appendices – présentation de l’Instruction particulière et secrète à mon fils de Willermoz, des éclaircissements sur l’émanation notion métaphysique fondamentale de la doctrine du Régime, des quatre « classes d’esprits émanés » selon l’enseignement de Martinès de Pasqually, de l’origine et source du mythe de la « révolte des Anges ».

Sceau des Élus Coëns

Une bibliographie et un index des noms propres jusqu’au XIXe siècle sont les compléments indispensables à cet ouvrage. Un indispensable à posséder dans toute bibliothèque maçonnique pour connaître tous les aspects de cet enseignement ésotérique qui offre tant de lumière.

Histoire de l’Alchimie – Histoire d’un grand malentendu ?

Christian Montésinos – Éditions Numérilivre, 2022, 376 pages, 25 €

Comment cette discipline mystérieuse appelée Sainte Science, Science des sciences, Art des dieux, Art d’Hermès ou encore Art Royal peut-elle donner lieu à des divergences d’appréciation, d’interprétation pouvant entrainer un désaccord ?

C’est justement ce que démontre Christian Montésinos qui a consacré la plus grande partie de son œuvre littéraire à l’art, au symbolisme religieux, à l’ésotérique et au Grand Œuvre – son ouvrage majeur étant le Dictionnaire de l’alchimie et des alchimistes – L’alphabet d’Hermès (Éditions de la Hutte, 2010, rééd. 2013).

Un livre différent répondant à cette difficile question concernant cette pseudo-science. Fort de plus de cinquante années d’expérience en tant que chimiste, physicien et pharmacien, l’auteur développe ses arguments à travers les études historiques faites sur le sujet par les précurseurs, tout en égrainant aussi les grands noms du XIXe siècle. De Pierre Borel (c. 1620-1671), médecin de Louis XIV et botaniste et érudit français, à Nicolas Lenglet Du Fresnoy (1674-1755) bibliographe de l’alchimie en passant par Dom Pernety (1716-1796), illuminé d’Avignon, bénédictin mauriste défroqué et alchimiste, Christian Montésinos retrace la vie et l’œuvre de Ferdinand Höfer (1811-1878) principalement connu pour ses travaux en histoire des sciences, du chimiste Chevreul (1786-1889) et du vulgarisateur scientifique Louis Figuier (1819-1894), etc.

Louis Figuier

Sans compter Marcelin Berthelot (1827-1907) qui redonna force et vigueur à l’alchimie.

Une étude détaillée et poussée nous décrit le processus alchimique vu par les adeptes à partir du XVe siècle. L’Œuvre au noir ou la putréfaction, correspondant à la mort symbolique, l’Œuvre au blanc, la purification et l’Œuvre au rouge, dernière transmutation couronnant le tout. La recherche de la Pierre philosophale restant le Graal de tout alchimiste.

Appareil à distiller de Zosime, Parisinus graecus 2325 fol. 81v, d’après M. Berthelot et C.E. Ruelle, « Collection des anciens alchimistes grecs »

Depuis Zosime de Panopolis, il s’agit d’une quête qui remonte à la nuit des temps, et a fasciné des savants aussi célèbres que reconnus tels Newton, Robert Boyle, Leibniz – même si son appartenance à une société secrète d’alchimie à Nuremberg est considérée comme une erreur de jeunesse. De cet univers aux symboles cachés et au langage secret, l’auteur passe en revue tant les écrits modernes (Fulcanelli, Dujols) que les manuscrits, traités et recueils qui se développèrent avec l’apparition de l’imprimerie, sans faire l’impasse sur les pseudos épigraphes et les confusions que cela peut entraîner. L’enquête est menée jusqu’au décryptage des sites, blogs ou encore revues de notre temps (La tourbe des philosophes, Atlantis). S’intéressant aussi à l’alchimiologie, aux allégoristes et aux francs-maçons… Offrant illustrations, références et index, cet ouvrage permet de mieux comprendre cette science chimérique qui permet sans doute à l’Homme, malgré lui, de se perfectionner.

Les groupes Stonehouse bénéficient de la générosité des francs-maçons du village

De notre confrère anglais dailyrecord.co.uk

Quatre groupes Stonehouse ont bénéficié de la générosité de la Loge maçonnique du village. Des représentants du Hope Cafe, de la Trust Jack Foundation et du Avondyke Scout Center ont tous reçu des chèques de 500 £, tandis que les équipes de football des jeunes de Royal Albert ont reçu un total de 600 £ des membres de Stonehouse’s Lodge Union.

Les dons exceptionnels étaient tous dus aux membres de la Loge qui ont recueilli des milliers de livres grâce à leur marche annuelle parrainée.

Le Vénérable Maître de la Loge, Michael Mathew, qui a remis les chèques aux bénévoles, a déclaré : « Nous avons été ravis d’accueillir les organisations dans la Loge. »

Ces groupes font un travail fantastique dans le village et nous espérons que nos dons les aideront à continuer à prospérer.

Stonehouse : panneau d’ entrée de la ville

« Notre marche parrainée est toujours bien fréquentée et nous recevons un grand soutien non seulement des frères mais aussi de leurs familles et amis qui viennent le jour. »

« Au cours des dernières années, nous avons fait des dons à un large éventail de groupes à Stonehouse et tout cela grâce au travail acharné de nos membres.« 

Ceux qui ont bénéficié de la générosité des francs-maçons ont rapidement remercié les membres de la Loge pour leur soutien.

Le pouvoir modifie le fonctionnement de votre cerveau

Les expériences scientifiques démontrent l’existence de modifications durables de votre manière de penser, dues à l’exercice du pouvoir. D’où la récurrence de comportements caricaturaux chez les dictateurs. Exemples et explications.

Ah le pouvoir, qui fait tant couler d’encre, qui va du roulage de mécaniques façon gorille au despotisme le plus sordide…Erdoğan, Poutine, Trump, Bolsonaro, Xi Jing Ping,  occupent les unes des journaux. Le pouvoir et ses dérives sont un des chouchous des sociologues depuis que l’historien John Dalberg-Acton, à la fin du 19e siècle, a lancé sa célèbre expression «  le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». Le dire, c’est bien, le prouver, c’est mieux, aussi les psychologues s’y sont employés, dans de très nombreuses expériences, aux 4 coins de la planète ( j’ai dit une bêtise ? ). En effet, on pourrait croire que les leaders politiques sont une entité minoritaire dans l’océan de profils différents endossés par les humains.

Il s’agit de dégager des invariants que l’on retrouve aussi chez des leaders religieux, dans le spectacle, le sport, la science, grands leaders comme chefaillons.

Une technique de préparation est commune à quasiment toutes les méthodes expérimentales : l’amorçage. Il s’agit que la personne étudiée se place, avant le test proprement dit, dans un état mental propice à la distinction pouvoir / impuissance. Pour ce faire, on demande à la personne de se remémorer une situation dans laquelle elle était investie du pouvoir d’initiative/décision/influence, ou non. Un des tests se nomme « le jeu du dictateur ». Il a été étudié à l’université de Lausanne en 2015. On démarre ainsi : «  voici 20 €. Définissez ce que vous prenez pour vous-même, puis le reste sera réparti entre tous les participants ». Résultat :  ceux qui sont en sentiment de pouvoir s’arrogent en majorité plus que la part ‘naturelle’ ( les 20€ divisés par le nombre de participants ) , ceux qui sont en sentiment de non-pouvoir s’arrogent souvent juste la part naturelle, et parfois moins. Voilà qui conforte la citation de Dalberg-Acton.

Autre expérience, décoiffante, celle-ci, dans les laboratoires du psychologue social Dacher Keltner, à Berkeley.

 L’amorçage était réalisé en désignant au préalable un participant en charge d’évaluer les autres participants en fin de test. Un ventilateur puissant est placé dans la pièce,  envoyant de l’air sur le visage des participants. On constate ensuite qu’il est déplacé par 2/3 des gens de pouvoir, et par 1/3 des autres seulement. C’est dans ce même labo qu’on a montré que manger la bouche ouverte et s’arroger plus que sa part des gâteaux est courant chez les gens de pouvoir. Ceux-ci deviennent plus sensibles aux récompenses et prennent plus volontiers des initiatives, alors que les autres sont sensibles aux problèmes des autres et aux punitions.

Les choix des personnes en situation de pouvoir s’accompagnent d’une tendance plus forte à synthétiser les situations et en prenant de la distance. Cela a pour conséquence d’éliminer de nombreux détails au profit d’une vision de la situation plutôt abstraite et exempte de sentiment . On observe aussi une propension à passer à l’action. Ceci me remémore un reportage d’il y a plusieurs années qui portait sur les psychologues canins, métier alors très peu répandu. On montrait une dame seule qui se laissait dominer par son chien. Celui-ci se sentait visiblement «  en charge », prenait une place stratégique au centre du logement, et aboyait à chaque mouvement « menaçant » la quiétude de la maison. Après intervention recadrante du psy, le chien était devenu cool, déchargé de toute responsabilité.

Tout n’est donc pas négatif chez celui qui éprouve le sentiment de pouvoir. Signalons tout de même une corrélation non négligeable entre ce sentiment et le taux de testostérone…

Et aussi que les comportements de pouvoir semblent, pour le moment, mieux tolérés de la part d’un homme que de la part d’une femme. Il reste malgré tout que chez ces personnes, la tendance à appliquer des règles différentes des règles applicables à tous est bien réelle. Il en va de même pour la compassion/empathie, moins élevée que chez les personnes sans sentiment de pouvoir.

Bref, beaucoup d’indices confirment que ceux qui sont en situation de pouvoir vivent dans un autre monde que celui des citoyens ordinaires . Cela peut virer au drame dans des situations telles que celles des prisons. En 1971 a été effectuée l’expérience «  Stanford Prison », interrompue suite à des dérapages vers des mauvais traitements. Comme dans d’autres cas, cela suivait un amorçage a priori innocent :  on désignait ceux qui endosseraient les rôles de gardien et de prisonnier par un pile ou face. La situation est malheureusement devenue réalité dans les exactions commises par les geôliers américains dans la prison d’Abou Ghraib en Irak en 2004.  

Philippe Zibardo de Stanford, qui avait conçu l’expérience Stanford Prison, a plaidé lors du procès d’Abou Ghraib, en faveur de l’accusé, assurant la cour que peu de gens peuvent résister à un tel environnement toxique.

Que pouvons-nous retenir de tout ceci ? D’abord, que le pouvoir exerce une grande influence désinhibitrice. Il pousse à l’action plutôt qu’à la passivité. On songe alors à une comparaison avec l’alcool qui faisait dire à Freud que le surmoi est soluble dans l’alcool. Donc oui, le pouvoir est une drogue. Comme pour toute drogue, un sevrage est nécessaire quand on veut mettre fin à l’addiction. Les francs-maçons ne se sont pas trompés, qui incluent dans leurs coutumes la prise, par le vénérable maître descendant de charge,  du poste le plus humble qu’est celui de couvreur.

Seconde leçon : les corrélations évoquées ci-dessus sont nettes mais non des causalités mécaniques. On ose en déduire que divers facteurs sont ici à l’œuvre, incluant des facteurs environnementaux et d’autres fonction des personnes concernées. On se prend alors à espérer, comme Max Weber avant nous, qu’il nous reste toujours un bout de libre arbitre pour faire notre choix de comportement.

Bref oui, le pouvoir corrompt souvent, à nous de faire en sorte que ce ne soit pas une fatalité. Vigilance et persévérance !

Le voyage de la rose

De l’églantine à la rose d’or, un chemin de lumière

Un matin ensoleillé de mai, dans une allée du marché aux fleurs de la Cité, un mendiant assis sur un cageot, agite tristement sa sébile vide, devant les badauds distraits. Près de lui, par terre, une pancarte précise « Aveugle de naissance ». Un passant, ému par l’infirme, s’arrête, dépose son obole et saisit discrètement l’écriteau en carton. Il le retourne et, en lettres capitales, trace quelques mots au stylo feutre avant de s’éloigner. Dès cet instant, l’aveugle stupéfait, ravi, entend une succession de pièces tinter dans sa sébile, soudain alourdie… …A la fin du marché, une fleuriste lui expliqua la raison de cette générosité inespérée : le passant avait juste écrit sur la pancarte : « c’est le mois des roses, et je ne les vois pas ! ».

Cette simple phrase, en rappelant aux promeneurs leur bonheur de voir, en les rendant conscients dans un environnement floral du plaisir de l’œil, que n’a pas ou plus un homme privé de la vue, cette simple phrase, ne pouvait que les émouvoir et aussitôt provoquer chez eux, compassion et élan charitable.

Parce que la rose, ce merveilleux cadeau de la nature, fleur parmi les fleurs, se distingue pourtant de toutes les autres : devant elle, l’œil devient soudain regard. Ce calice de pétales veloutés, aux couleurs volées à l’arc en ciel, aux senteurs délicates, est l’expression même de l’esthétisme et le régal de l’imaginaire. La rose, galbée et fière sur sa tige, fascine précisément par sa beauté, sa grâce, son parfum, ses couleurs et ses formes. Que vous la touchiez des yeux, que vous la preniez dans votre main, que vous la respiriez, et l’émotion vous gagne : la rose trouble vos sens. Sur le champ, montent en vous des sentiments d’amour, d’altérité, de paix, de pureté, une impression de mystère, aussi. La rose, qui sait, ne contiendrait-elle pas, inscrite dans les plis et les creux de sa corolle, un peu de l’épopée de l’univers ?!

L’histoire de la rose

Il est aujourd’hui attesté, par les fossiles composant les strates géologiques de l’époque tertiaire, que la rose existait déjà il y a quelque 20 millions d’années ! L’origine du rosier a d’ailleurs été localisée dans les montagnes du Caucase, d’où il aurait émigré vers la Chine, la Thaïlande, l’Inde, puis le bassin méditerranéen. Pour être plus précis, il s’agit de la famille des rosacées, composée au départ du rosier sauvage, c’est à dire de l’églantier, géniteur de la rose à cinq pétales, puis de l’aubépine, également nommée « épine blanche ». C’est ainsi que, par extension, on parle des « épines » de la rose, alors que ces excroissances piquantes sont au vrai des « aiguillons », comme l’indique le langage technique horticole.

Le parcours de la rose, d’Asie en Arabie, puis d’Egypte en Andalousie, est marqué par une suite d’hybridations, de croisements et de mutations, dus à la main de l’homme, qui aboutissent à une tige renforcée, des feuilles vernissées et à une fleur aux pétales développés. C’est une rose de plus en plus voluptueuse et odorante, aux teintes de plus en plus subtiles, qui, à la faveur des voyages commerciaux et militaires, va s’installer et prospérer en Europe occidentale, dès l’an 1000.

La véritable histoire de la rose en France, commence semble-t-il, d’abord avec le Chevalier Thibaut IV, comte de Champagne qui, au retour de Croisade, dans les années 1240, rapporte dans ses bagages une bouture de rose gallique : elle fera souche, sous le nom de « rose de Provins ». Puis, cette implantation se poursuit grâce à un autre Chevalier, Robert Comte de Brie, qui, quarante ans après, revenant à son tour de Terre sainte, est porteur d’une fleur, appelée à la célébrité, la « rose de Damas ».

Le parcours géographique de la rose nous fait traverser la Manche. En effet, l’Angleterre du XIIIème siècle n’échappe pas non plus, ni à la culture, ni au culte de cette fleur. Une vingtaine d’espèces botaniques (rosiers sauvages) y est alors implantée dans les dunes, sur les bords de mer. Et, preuve que le symbolisme de la rose émeut aussi les anglais, on la retrouve souvent gravée dans la pierre des premières cathédrales et abbayes, ou sous forme d’ouverture à la lumière, dans leurs superbes rosaces, précisément. Sur ce modèle originel, tous les monuments chrétiens d’Europe porteront ensuite l’empreinte de la rose, burinée à l’extérieur ou sculptée à l’intérieur, autour et sur les statues.

Au Moyen-Age, la rose est déjà chargée d’un passé mythique, qui côtoie le réel. Selon les fables de l’antiquité romaine et grecque, le premier rosier apparut sur terre à l’instant où la déesse Vénus (Aphrodite pour les grecs) surgit de l’écume des flots méditerranéens. La rose – anagramme d’Eros, notons ce beau jeu de mot au passage – symbolise de la sorte la créature aimée, la femme idéale, l’épanouissement, la splendeur, le merveilleux. Pour sa part, le poète français Pierre de Ronsard, plein de ferveur, écrit à la gloire de la femme et de la rose associées et les célèbrent en ces termes immortels :

« Mignonne allons voir si la rose

Qui ce matin avait éclose

Sa robe de pourpre au soleil

A point perdu cette vesprée

Les plis de sa robe pourprée

Et son teint au vôtre pareil »

Si l’on ajoute à ces mots-images, l’attribution par les moines-médecins de l’époque, de nombreuses vertus médicinales à la rose sous forme d’élixir, contre la douleur, l’inflammation, la fatigue et même la tuberculose, il est compréhensible que cette fleur, promue remède universel, fasse l’objet d’une vénération. Son contenu symbolique, son auréole de mystère, son discours secret en somme, entretiennent un lyrisme débordant, dont témoignera entre autres, au XIIIème siècle, le fantastique « roman de la rose », écrit par Guillaume de Lorris.

Pourtant, nous ne pouvons ignorer que si la rose, image même de la non-violence, inspire trouvères et ménestrels dudit Moyen Âge, celui-ci ne se déroule pas comme un tapis de roses ! En France, les croisés de Simon de Montfort déciment des milliers de cathares à Béziers en 1209 et déshonorent du même coup la Chevalerie ; l’Eglise catholique qui, à partir de 1215 et pendant trois siècles, se dévoie en instituant les bûchers de l’Inquisition ; l’acharnement du clergé contre la science naissante, qui est fatal à Giordano Bruno, brûlé vif en 1600 à Rome, et humiliant pour Galileo Galilée qui doit abjurer en 1633 : autant d’actes répressifs et hégémoniques, parmi des centaines. Ils favorisent en réaction la naissance d’une véritable concurrence dans l’exploitation du surnaturel, sous forme de multiples courants occultistes et de sociétés secrètes parallèles ! Une mouvance mystique ininterrompue qui, à vrai dire, ne cesse pas d’exaspérer le monde ecclésiastique, de la magie à la sorcellerie, de l’hermétisme à l’alchimie, en passant par le guérissage et l’astrologie.

De la rose à la Rose-croix

Dans les sinistres années 1610, alors qu’en plus de l’Inquisition, la peste et la famine viennent ravager la population européenne, une petite lumière humaniste s’allume en Allemagne protestante, telle une rose rouge clignotante. Un jeune pasteur luthérien de Wurtenberg, Johann Valentin Andreä et quelques-uns de ses amis y révèlent soudain, l’existence d’une association secrète, « L’ordre fraternel de la Rose-Croix » qui, affirment-t-ils, aurait été fondé 120 ans plus tôt, par un lettré allemand, un certain Christian Rosenkreutz. Au vrai, ce personnage, au nom visiblement fabriqué autour du Christ, de la rose et de la croix, qui aurait écrit trois manifestes, est tout à fait mythique. Ces trois livres, Les échos de la fraternité, Les confessions de la Rose-Croix, et Les noces chymiques sont bel et bien l’œuvre d’Andrea et de ses compagnons !

Qu’importe ! Ces trois ouvrages développent une théosophie teintée d’alchimie qui, sous l’emblème de la rose rouge, alors symbole d’ascétisme, postule de rapprocher science et religion pour atteindre la paix universelle. Cette proposition – au passage résolument anti-catholique – soi-disant à même de transformer le monde, dépasse toutes les espérances de leurs auteurs, qui doivent assumer leur création. Adossée à la Bible, enjolivée par la métaphore d’une transformation alchimique de la matière, et promettant de la sorte la naissance d’une nouvel Homme paisible et rayonnant, la philosophie rosicrucienne connaît un immense succès. Elle se propage dans toute l’Europe continentale, grâce à l’essor de l’imprimerie, laquelle permet la diffusion de milliers d’éditions des trois livres fondateurs !

Au début, la prudente Angleterre, marquée par les affrontements religieux, boude le rosicrucisme. Il faudra près d’un siècle pour qu’il s’y implante. La célèbre académie des sciences, la « Royal Society » de Londres, accueille enfin dans ses rangs, occultistes, alchimistes et rosicruciens au début des années 1700. De fait, ils ont un allié de poids avec le savant Isaac Newton, Président de ladite académie et rationnel s’il en est, mais pourtant séduit par l’ésotérisme et le surnaturel, puisqu’il s’adonne lui-même à des expériences alchimiques, en cachette, dans sa cave ! Il soutient le rosicrucisme, comme avec le même enthousiasme, il soutiendra la franc-maçonnerie.

Il convient d’observer que l’Ordre de la Rose-croix se développe dans un XVIème – puis un XVIIème siècle – friands de symbolisme et véritablement saisis par la « fièvre initiatique » ! Les clubs pullulent en Angleterre et dans l’Europe entière se développent les associations, sociétés, confréries, plus ou moins secrètes, très poreuses entre elles, qui, aux titres les plus divers, intronisent, adoubent, illuminent ou initient des impétrants. Du paracelsisme au mesmérisme. De l’hermétisme au cabalisme. De l’illuminisme au martinisme. Et du compagnonnage à la franc-maçonnerie !

La symbolique rosicrucienne allemande, pour sa part, veut se démarquer de la religion. La croix, évoquant pour elle le corps humain, et la rose, l’âme en évolution, autrement dit, la vie et la mort, ces représentations ne peuvent pas mieux tomber en tant que « symboles forts », jusqu’à constituer l’appellation de l’Ordre en cause ! On dirait aujourd’hui qu’Andreä avait le sens du marketing ! Il n’a pourtant pas fait preuve d’une inventivité particulière puisque la croix et la rose, sont les armes de sa famille. Lesquelles, soulignons-le au passage, étaient déjà celles de Luther ! L’empreinte protestante est ainsi bien transmise.

« L’acceptation » d’un impétrant au sein de la confrérie rosicrucienne, est basée comme toutes les initiations, sur le principe précité de la vie et du trépas. L’initiation rosicrucienne d’alors est située à la Pâque : elle intervient donc tout naturellement, sur une symbolique de mort et de résurrection. L’impétrant, qui selon la tradition alchimique, représente un amalgame de vils métaux, est symboliquement « fondu » pour renaître sous les formes nobles de l’argent et de l’or. Ces deux métaux pouvant symboliser respectivement le mystère de la vie et la haute connaissance ésotérique. Selon le rite rosicrucien, c’est la princesse dite « Alchimie » qui fait de cet impétrant un initié. Elle est pour cela assistée de quatre jeunes filles représentant les quatre vertus cardinales : courage, tempérance, justice et prudence.

L’une des particularités du rosicrucisme est d’essaimer en multiples sociétés initiatiques autonomes. Il s’agit en fait, de marquer une forte opposition à l’Eglise catholique, dans tous les pays d’Europe, par l’expression d’une « reliance » indépendante, et en l’occurrence, par l’adhésion individuelle à des sectes ou fraternités, à l’effigie de la rose.

 Le Chevalier et la rose

Naissent ainsi en 1714, la Rose Croix d’Or qui couvre l’Europe de l’Est. Puis plus tard apparaîtront en 1866, à Londres, la société rosicrucienne anglaise, et en 1887 l’Aube dorée. Et enfin, en 1888, sera fondé à Paris, l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Parmi les personnalités marquantes qui ont permis le succès rosicrucien, citons le philosophe anglais Robert Fludd, les médecins allemands Michaël Maïer et Samuel Hahnemann, concepteur de l’homéopathie. Un art qui pourrait remonter à Paracelse – puisque l’idée que le semblable soigne le semblable est bien un développement de la tradition alchimique. Je n’oublie pas non plus, le grand écrivain-poète Johann Goethe qui, comme Hahnemann deviendra franc-maçon. Il montre dans son livre « les Mystères », combien l’union sacrée de la croix et de la rose l’a marqué ! A noter que le rosicrucisme, ou plutôt son esprit, a traversé le temps, puisqu’il existe de nos jours diverses sociétés rose-croix regroupant quelque 6 millions d’adeptes à travers le monde. Mais aucun de ces groupements, dont l’A.M.O.R.C, le plus important, ne sont véritablement souchés sur le modèle original.

Il a été affirmé, et c’est encore le cas aujourd’hui par nombre d’historiens, que non seulement la Franc-maçonnerie spéculative est née du rosicrucisme, sous l’impulsion des ésotéristes Robert Fludd et Elias Aschmole, du physicien Newton et du pasteur Désaguliers, mais encore qu’elle y a puisé son ésotérisme, notamment la légende d’Hiram. Ce qui est certain, c’est que dans une Angleterre divisée par les courants opposés du christianisme, des hommes de bonne volonté décident de fonder en 1717, à la suite des bâtisseurs de cathédrales, non une nouvelle corporation, non une nouvelle religion, mais un grand mouvement de réflexion fédérateur susceptible de relier tous les hommes, frères humains sur la planète. Il s’agit d’abord : pour chacun, par la méthode symbolique – à même d’amplifier la pensée individuelle et de la transformer en actes positifs – de devenir l’architecte de soi-même, c’est à dire de s’autoconstruire ; Il s’agit ensuite, sublime projet, de construire ensemble, avec le groupe, le temple de l’humanité ! C’est le passage de la franc-maçonnerie matérielle à une franc-maçonnerie philosophique : elle s’étend dans toute l’Europe des années 1720.

Dans ce processus initiatique de construction de la personne, en tant que temple vivant – et en quelque sorte temple du Un dans le temple du tout – la symbolique des instruments du bâtiment, les nombres et les figures géométriques y tiennent une place majoritaire. A tel point qu’on a pu reprocher à la franc-maçonnerie – en dehors même de l’acceptation des femmes dans les loges – on a pu lui reprocher de fonctionner sur une dynamique complexe, typiquement masculine ! Ce serait précisément oublier les valeurs androgynes du soleil et de la lune, celles de l’étoile flamboyante ou encore les anciens mystères d’Egypte avec la légende d’Isis et Osiris. Ce serait enfin occulter la rose, thème et fil conducteur de cet exposé, la rose, symbole de la féminité par excellence. N’oublions tout de même pas qu’elle tient sa place dès le grade de l’apprenti, à qui elle est offerte, en signifiant l’amour, la beauté et le secret, pour véritablement s’épanouir au degré de Chevalier Rose-Croix, où elle se veut alors symbole de la connaissance la plus haute.

Tout a été dit…et tout reste à dire sur l’origine de ce 18ème degré, puisque les versions se prétendant autorisées sont multiples, très sûres d’elles, chacune se voulant la première et l’authentique ! Je laisserai donc momentanément de côté ses appellations de Chevalier de l’Aigle Noir, Chevalier du Pélican et Chevalier d’Hérodom ou de Saint André, non qu’elles soient fantaisistes ou manquent d’intérêt, surtout pas, mais parce que porteuses d’autres métaphores, elles m’éloigneraient de mon sujet, ici le Chevalier Rose-Croix. Encore aujourd’hui, on ne peut d’ailleurs affirmer si l’Ordre mystique de la Rose-Croix de 1614 a une relation quelconque avec le degré de Chevalier Rose-Croix, né en 1760, pour devenir d’abord le summum des Hauts Grades puis positionné ensuite dans la nouvelle échelle des 33 degrés, que présentera le Rite Ecossais Ancien et Accepté, en 1804. L’histoire et la légende se confondent au sujet d’un certain Raymond Lulle, grand maçon et philosophe hermétiste qui, ayant réussi à enfin composer l’or, à partir du mélange de six métaux, aurait à ce titre été fait premier « Chevalier Rose-Croix » par le roi d’Angleterre au XIVème siècle. Rien de moins sûr !

Quoi qu’il en soit, le thème du 18ème degré étant la solidarité et la fraternité universelles, il implique le chemin à ouvrir, donc le voyage à effectuer, cette idée de déplacement amenant elle-même l’image des pasteurs que nous sommes, censés garder et guider le troupeau. C’est à dire notre entourage profane en mouvement, en constante transhumance. Hommes en marche donc, nous sommes directement renvoyés au symbole de la croix, que, en dehors même de son évocation christique, nous pouvons voir comme la croisée répétée des chemins qui ponctuent toute vie, tel une suite de carrefours directionnels en somme, proposant sans cesse à chacun une ou des orientations. La rose, à l’intersection du vertical et de l’horizontal, dans sa personnification de l’Homme-Christ coiffé d’une couronne d’épines, évoque bien entendu la souffrance du supplicié, mais aussi, mais aussi, « maçonniquement » parlant, l’idée majeure à entretenir comme la fleur, à propager comme la bonne parole, à savoir que l’homme, le commun des mortels, doit toujours être placé au centre de toute réflexion, tout projet ou réalisation terrestres.

Le chemin et la voie

Allumons ensemble notre imaginaire et contemplons cette rose, quand elle est posée devant nous sur une table : elle devient alors pour notre regard, à la fois l’itinéraire et la boussole. Sa tige figure le chemin, et les épines, les cailloux à éviter. Pour ainsi dire la prudence à observer et l’effort à effectuer, le dépassement de soi, pour parvenir au but, et atteindre enfin la récompense qui prolonge la tige, cette sublime fleur de lumière offerte à nos yeux ! Il est intéressant de remarquer que depuis qu’il possède un langage intelligent, l’homme emploie la métaphore du cheminement pour mesurer, précisément sa capacité de progression. Comme si son départ originel du berceau africain, lorsqu’il s’est redressé pour conquérir lentement le monde, était toujours inscrit dans ses gènes ! N’en a t-il d’ailleurs gardé l’empreinte physique : visage profilé, corps incliné en avant, bras et jambes synchronisés pour progresser devant lui. C’est un fait, il n’est pas équipé d’une marche arrière ! Il est donc logique que ce nomadisme programmé entretienne en lui le goût du voyage, du déplacement d’un point à un autre, qui caractérise, si je puis dire, l’homo pelegrinus, curieux insatiable, et appétent de mystère.

Ainsi en témoigne, parmi beaucoup d’autres, la fable « Le Philosophe et la Rose », rapportée dans un livre ésotérique de l’abbé Stéphane, – et citée par notre sœur Irène Mainguy dans son ouvrage sur la symbolique des Chapitres :

 Le philosophe ayant cueilli une rose, se pose la question : « Qu’est-ce que la rose ? » S’il avait entendu le langage de la rose, il ne se poserait plus la question, mais il est devenu sourd et n’entend plus le langage de la rose.

Il rencontre alors son collègue le mathématicien, et lui pose la question « Qu’est-ce que la rose ? Le Mathématicien, plongé dans ses structures, répond au Philosophe : « Ta rose ne m’intéresse pas, à moins que je puisse la regarder comme élément d’un ensemble, et que je puisse lui appliquer mes opérations ».

Le Philosophe, déconcerté, s’en va trouver le Biologiste qui s’empare aussitôt de la rose, la coupe en petits morceaux, qu’il examine au microscope, et répond au Philosophe : « Je ne vois rien ! »

Le Philosophe, consterné, ramasse en pleurant les débris de la rose, et s’en va trouver l’Artiste : « Qu’est-ce que la rose ? » lui demande-t-il.

« Je ne sais pas, répond l’Artiste, mais je vais t’indiquer le chemin qui te conduira à la réponse. Va en un lieu qui s’appelle Chartres, et là tu trouveras une cathédrale, et sur cette cathédrale, il y a trois Roses, et ces trois Roses racontent l’histoire de la Rose éternelle ».

« Est-ce loin ce pays ? » demande le Philosophe.

 « Je ne sais pas répond l’Artiste, mais si tu veux y arriver, n’emporte aucun bagage et surtout aucun livre. Sinon tu n’arriveras jamais ! »

 « Et si je ne trouve pas mon chemin ? » demande le Philosophe.

 « Tu interroges les Oiseaux, ce sont les amis de la Rose ».

 « Mais je ne comprends pas le langage des Oiseaux », dit le Philosophe.

« Cela ne fait rien, répond l’Artiste ; il suffit que tu leur demandes, car eux te comprendront, et ils te conduiront à la Rose, tu n’auras qu’à les suivre »…

 Outre le mystère de la rose qui reste traditionnellement entier, apparaît avec cette belle histoire toute la différence pour le voyageur, entre le chemin à trouver, qui indique une progression libre mais lente et laborieuse, à parcourir dans le questionnement, le doute, donc en toute humilité, et la voie, qui, elle, peut générer l’orgueil, le sentiment de supériorité, lorsqu’elle est tracée directement jusqu’au but, par une certitude, notamment religieuse.

Le langage de la rose

Il ne fait pas de doute que l’importance symbolique donnée à la rose dès l’Antiquité, puis perpétuée successivement par l’Eglise, les sociétés secrètes et autres mouvements mystiques, l’a magnifiée jusqu’à la doter de pouvoirs magiques, chantés par les troubadours ! De la rose gravée dans la pierre ou peinte sur les vitraux des cathédrales, est ainsi née au XVIIIème siècle, la rose spirituelle, qui s’est vite déclinée dans toute l’Europe, en multiples symboles et autant de lectures du monde. La France de la Belle Epoque a même institué ensuite un langage de la couleur des fleurs, où la rose occupe une place centrale. En attendant la fantasmatique rose noire et la rose bleu ciel, l’imaginaire collectif continue aujourd’hui de jouer avec le sens attribué aux coloris existants :

  • Le blanc symbolise l’innocence, le secret, la pureté
  • Le jaune indique la joie, l’amitié, la fraternité
  • Le rose foncé renforce les liens relationnels
  • Le rose pâle accompagne la joie d’une naissance, d’un mariage
  • La couleur pêche souligne la modestie
  • La nuance corail indique le désir amoureux
  • L’orange révèle la fascination
  • Le rouge enfin, représente l’amour et le respect.

De la sorte, de symboles en métaphores, la rose s’est enrichie dans le temps d’une poétique singulière. Niaiseries de midinettes pour les uns, système de signes et phénomènes sensibles pour les autres. Eau de rose, dira le faiseur de mots, ou art de l’interprétation rectifiera l’homme de lettres : à chacun ses croyances ! La Franc-maçonnerie pour sa part, en même temps que la symbolique minérale et animale, n’ignore pas la symbolique végétale et florale, en nous invitant à y projeter une pensée productrice de sens, à même de déboucher sur l’action. En cela, mythes, allégories, légendes et symboles, constituent pour le franc-maçon spéculatif, homme de réflexion, non un simple répertoire anecdotique mais une suite de balises, qui font de lui un « poète ouvrier » et même « oeuvrier » à sa manière, au fil de son trajet.

La légende nous dit que la précitée Vénus – courant au secours d’Adonis menacé par la jalousie de Mars – eut le pied percé par une épine. Son sang colora alors de rouge toutes les roses autour d’elle, blanches à l’origine. C’est cette rose rouge qui est offerte à chaque impétrant, lors de son initiation maçonnique, depuis le dix-huitième siècle. Elle signifie en la circonstance, pour les maçons allemands, les « 3 L » de Licht, Liebe, Leben, pour les maçons anglais Light, Love, Life, et pour les maçons français, la traduction de ces trois mots, à savoir, Lumière, Amour et Vie. Autant de signifiants et de signifiés incitatifs, qui peuvent nous conduire du rêve au réel. C’est à dire au déroulement même du quotidien!

La rose d’or

Nous savons que l’épine de la rose est un aiguillon, j’y reviens un instant. Celui-ci concerne le franc-maçon, homme charnel. Sa piqûre éventuelle peut être appréhendée à la fois comme un frein aux tentations vaniteuses et comme une stimulation, toute blessure corporelle, même légère, correspondant à la prise de risque nécessaire, sur le chemin de l’homme libre. Il n’y a pas de rose sans épines ! Le franc-maçon se souvient que la première rose, fleur de l’églantier, avait et a toujours cinq pétales. Selon les rites maçonniques, cette rose est associée aux quatre éléments, air, terre, eau, feu, composants de la nature, le cinquième élément étant le maçon lui-même, dont le courage doit lui permettre de faire face aux débordements possibles des quatre autres. La beauté de la rose inspire l’harmonie, la douceur, l’équilibre, la joie de vivre. Elle est ainsi associée au discernement, au savoir, à la connaissance, à la sagesse. Autant de qualités à acquérir ou à entretenir, devant inciter le maçon à l’écoute, à la patience, à l’apprentissage permanent, à la raison, dans son rapport à l’autre.

La rose, enfin, par sa forme même évoquant un cœur, que l’on peut imaginer palpitant, est le symbole de l’épanouissement de la nature humaine, quand celle-ci exprime la bonté, la générosité, le souci du semblable, le désir de lui être agréable. Autant de vertus que le franc-maçon doit cultiver dans et au sortir de la loge !

A l’instant d’arriver au terme de ce voyage de la rose, il est intéressant de rappeler qu’un bouquet de roses en or – clin d’œil à l’alchimie ! – a depuis des siècles été remis par les papes aux épouses des souverains européens prenant leur charge. Et qui comme eux, se sont succédés. Une coutume qui a duré jusqu’en 1937, faisant ainsi de la rose un symbole royal de transmission.

Pour l’anecdote et en conclusion, je ne veux pas manquer d’honorer un homme de cœur français et amoureux des roses, Jules Gravereaux. Après s’être retiré des affaires, il créa la roseraie de l’Haÿ (Val de Marne) en 1894, sur l’espace qui domine le vallon de la Bièvre et la ville voisine de Bourg la Reine. Pour le ravissement de visiteurs par milliers depuis cette date !

Il est établi que cette roseraie est la première créée au monde. A partir de son conservatoire, recelant plus de 3000 espèces et père de toutes les roseraies existantes, elle entretient aujourd’hui des rapports privilégiés, non seulement avec toutes les roseraies françaises, mais avec de nombreux parcs floraux étrangers. De la sorte, on peut aisément comprendre que la commune, fière de cette richesse locale, ait demandé dès 1910, à s’appeler l’Haÿ les Roses !

Je ne résiste pas au plaisir de penser – même si la comparaison est hardie – qu’une loge maçonnique, ressemble à une roseraie. Ne sont-elles toutes les deux un réservoir de gènes, pour concevoir de nouvelles roses, de nouveaux francs-maçons, et essaimer l’amour dans le monde entier ?

Echanger, c’est donner et recevoir, but même de la franc-maçonnerie. « Celui qui offre une rose, en garde le parfum sur sa main », dit le poète.

Un nouveau livre sur Franco et la franc-maçonnerie

De notre confrère espagnol elmirondesoria.es

Publié dans la collection « Historiens de la Maçonnerie » le livre « Franco et la Maçonnerie. Un ennemi terrible qui n’abandonne jamais » du professeur d’Histoire contemporaine de l’Espagne au Centre UNED de Calatayud, a été présenté à l’Ateneo de Cádiz.

La présentation a été faite lors de la célébration du II Séminaire international sur l’histoire de la maçonnerie, organisé par le Centre d’études historiques de la maçonnerie espagnole (CEHME) de l’Université de Saragosse.  

« Francisco Franco Bahamonde – écrit Juan José Morales –  le généralissime, le caudillo, le dictateur : il n’a jamais été franc-maçon, mais il était obsédé par la franc-maçonnerie et les francs-maçons. En fait, il était le seul chef d’État qui a signé une loi implacable pour la persécution des francs-maçons. Au lendemain de la guerre civile et tout au long de sa vie, il a répété avec insistance dans de nombreux discours et dans plus d’une centaine d’articles – curieusement signés de différents pseudonymes – qu’il fallait se méfier des pièges d’un étrange complot judéo-maçonnique-communiste, basé principalement sur des théories du complot obsolètes, mais très efficaces. en Espagne, la vision la plus sombre de la franc-maçonnerie prévaut toujours ; comme celle d’une entité secrète, satanique et infernale, cause de tous les maux. Cette vision était si ancrée dans l’esprit de nombreux Espagnols – et l’est probablement toujours – que pour cette raison, les francs-maçons ont dû attendre quelques années après la mort de Franco, afin de revenir d’exil. Et quelque chose qui semble aussi très significatif : la franc-maçonnerie n’a été légalisée que deux ans après le Parti communiste d’Espagne (PCE). Franco ne pouvait pas dormir paisiblement car il était convaincu que la franc-maçonnerie est un ennemi terrible qui n’abandonne jamais. C’était le pire de ses cauchemars.

Le professeur Juan José Morales Ruiz s’est spécialisé dans le sujet du discours anti-maçonnique et de la répression de la franc-maçonnerie pendant la guerre civile et sous le régime de Franco. Il est membre du Centre d’études historiques de la franc-maçonnerie espagnole (CEHME) de l’Université de Saragosse.

Dans la même maison d’édition (Masónica.es), il a publié « Des mots qui tuent. Le discours anti-maçonnique dans la guerre civile espagnole ».

Une histoire de l’Ésotérisme à Lyon : Les sociétés secrètes

Troadec naît en 1957 à Toulon (Var). De formation universitaire, il est titulaire d’un 2d cycle d’études en sciences politiques et d’un 2d cycle en communication. Il devient journaliste économique et politique, puis Directeur de la Communication dans un organisme Consulaire et Collaborateur territorial en charge de questions de stratégie, d’information et de politique.

14-15-16/10/22 : Journées nationales de l’architecture

Organisées à l’initiative du ministère de la Culture, les Journées nationales de l’architecture vous accueillent pour une 7e édition, consacrée au thème « Architectures à habiter ». Leur objectif est de raconter l’histoire du bâti qui nous entoure, développer la connaissance architecturale du grand public, éveiller les curiosités et les sensibilités artistiques, valoriser l’apport culturel, technique et social de l’architecture et dévoiler ses multiples richesses.

Ces journées sont aussi l’occasion de valoriser le métier d’architecte et d’inviter le grand public à rencontrer et échanger avec les professionnels. C’est dans cette optique que la manifestation a renouvelé son partenariat avec le Conseil national de l’ordre des architectes.

Pour la 4e année consécutive, les éditions À Vivre organisent « Les Journées d’Architecture À Vivre » lors des Journées nationales de l’architecture les 14, 15 et 16 octobre, ainsi que le week-end suivant des 21, 22 et 23 octobre 2022. Ces Journées « À Vivre » donnent l’occasion au grand public de découvrir des appartements et des maisons de particuliers, en compagnie de leurs architectes et maîtres d’ouvrage.

Plus de 1200 événements organisés dans toute la France

Cette année encore, plusieurs centaines de rencontres, débats, visites d’agences d’architecture, de bâtiments et de chantiers, balades urbaines, expositions, projections de films et autres ateliers pédagogiques seront proposés au grand public.

La première journée de la manifestation sera réservée au public scolaire grâce à l’opération « Levez les yeux ! », en partenariat avec les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale et de la Jeunesse​​​​​​. Cette journée hors les murs se tiendra le 14 octobre et permettra aux élèves accompagnés de leurs enseignants de visiter des édifices et des quartiers pour apprendre à lire l’architecture et déchiffrer la ville et les paysages.

Le thème « Architectures à habiter » au cœur de cette 7e édition

À l’heure où nos sociétés sont soumises à de multiples défis (énergétique, climatique, sanitaire, social, etc.), nos modes de vie et nos façons d’habiter doivent être réinventés. Les architectes sont en première ligne pour penser le monde de demain et concevoir des logements plus agréables à vivre, plus confortables et modulables, combinant des espaces d’intimité et des espaces de convivialité, harmonieusement intégrés à leur environnement bâti et naturel.

Concevoir des espaces où bien vivre, de façon durable, nécessite de développer des pratiques architecturales alternatives. Ces dernières passent par exemple par le recours à des matériaux plus sains et plus sobres en ressources, tels que le bois, la terre et la paille, mais aussi par la généralisation du réemploi et du circuit court ou encore par le développement des démarches de co-conception et de co-construction avec les futurs occupants pour créer des espaces plus en phase avec leurs attentes et les réalités économiques.

C’est pour soutenir le travail des architectes, diffuser ces nouvelles pratiques architecturales et sensibiliser le grand public au rôle et à l’impact de l’architecture dans la redéfinition du monde de demain, que le ministère de la Culture a choisi de placer le thème « Architectures à habiter » au cœur de cette 7e édition des Journées nationales de l’architecture !

Les architectes, avec les Conseils régionaux et le Conseil national de l’Ordre des architectes

Ils se joindront à l’ensemble des acteurs de l’architecture pour permettre à tous les intéressés de découvrir la richesse et la diversité de l’architecture partout où elle se trouve, et en savoir plus sur le métier d’architecte.

Le tableau de l’ordre, c’est 30 400 architectes inscrits dont 30 % de femmes.

À Paris, l’ordre des architectes Île-de-France se situe au 148, rue du Faubourg Saint-Martin dans le 10e arrondissement, au sein du centre international d’accueil et d’échanges des Récollets.

L’ancien couvent des Récollets est un bel exemple de l’architecture religieuse des XVIIe et XVIIIe siècles. Longtemps utilisé comme hôpital militaire, cet ensemble immobilier est aujourd’hui géré par Lerichemont, filiale de la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP).

Pour mémoire, les récollets, issus à la fin du XVe siècle d’une réforme de l’ordre des Franciscains, s’appelaient initialement « frères mineurs de l’étroite observance de saint François ».

Source : www.architectes.org

Découvrez les coulisses de la franc-maçonnerie au MUMONS dans une nouvelle exposition

De notre confrère belge sudinfo.be

Le MUMONS dévoile sa nouvelle exposition « Franc-maçonnerie, en toute discrétion » dès le 23 octobre. Les visiteurs découvriront les coulisses d’un monde discret mais pas secret de la franc-maçonnerie de 1717 jusqu’à nos jours.

L’exposition « Franc-maçonnerie, en toute discrétion » révélera les mythes, légendes et mystères qui planent autour de cette association (discrète, mais pas secrète !) et dissipera tout le flou pour satisfaire votre curiosité.

Depuis la nuit des temps, hommes et femmes se rassemblent pour échanger, se nourrir, se protéger, philosopher et même conspirer. Appartenir à un groupe est rassurant. Un groupe qui agit discrètement voire clandestinement…

C’est le cas des francs-maçons. Et c’est pourquoi ils sont l’objet de nombreux fantasmes tant elle semble entourée de mystères. Mais au fond, que connaissons-nous de leur obédience ? Quelle est sa nature profonde ? Quelle empreinte laisse-t-elle au cœur de la société ? Qui sont les francs-maçons ? Et enfin, peut-on dire qu’ils dirigent le monde ?

Depuis les origines

On remontera le temps pour vous faire découvrir les origines de la franc-maçonnerie, depuis les chantiers des cathédrales jusqu’à sa déclaration officielle en 1717. Mythes, légendes et symboles permettront de lever le voile sur la franc-maçonnerie et sur les francs-maçons. Valeurs, organisation interne, cérémonies, décorum et temples seront abordés tant au travers d’archives historiques, objets usuels, reconstitution que de véritables œuvres artistiques. Des témoignages de francs-maçons, déçus ou convaincus, permettront de nuancer les propos.Lire aussiun-nouveau-musee-ouvre-ses-portes-mons-le-mumons

L’influence et l’héritage laissé par les francs-maçons

Au-delà de ses aspects plus historiques, l’exposition soulignera aussi l’influence des francs-maçons sur notre société. Elle montrera comment les actions menées par ces derniers, parfois à titre personnel, ont pu la bouleverser. La franc-maçonnerie a également fait face à de nombreux détracteurs, parfois à l’origine de théories complotistes. Quelles sont les raisons avancées par ces « ennemis » ? Témoignages poignants sur des actions antimaçonniques ou d’oppositions religieuse et politique permettront d’éclaircir le flou autour de cette société discrète.

Finalement, quelle image en avons-nous de nos jours ? Quel héritage lui devons-nous ? Laïcité, féminisme, enseignement sont autant de sujets qui font encore aujourd’hui notre actualité.

En pratique

Quand ? Du 23 octobre 2022 au 10 septembre 2023.

Où ? MUMONS, 24 place du Parc à Mons.

Cet événement est payant.

Plus d’infos sur le site https ://mumons.be/

Origine, Recrutement, Membres, Symboles et Croyances de la Franc-Maçonnerie

De notre confrère ke.opera.news – Par yator enock kipkorir

Origine : Les termes « franc-maçonnerie » et « maçonnerie » font référence à des organisations fraternelles qui ont leurs racines dans les guildes locales de tailleurs de pierre qui, à partir de la fin du XIIIe siècle, régissaient les références des tailleurs de pierre et leurs interactions avec les clients et les autorités.

Son recrutement et ses règles

En général, il existe deux principales reconnaissances dans la franc-maçonnerie moderne : un groupe n’admet pas les femmes et interdit les discussions sur la religion et la politique, tandis qu’un autre groupe n’a pas de telles interdictions.

Les rangs à trois degrés des guildes d’artisans médiévaux sont les apprentis inscrits, les compagnons et les maîtres maçons. La signification des symboles de la franc-maçonnerie est progressivement enseignée aux candidats à ces trois degrés, qui reçoivent également des prises, des gestes et des déclarations pour indiquer aux autres membres qu’ils ont été correctement initiés. Les diplômes consistent à la fois en conférences et en une pièce de théâtre allégorique sur la moralité. Il existe également d’autres diplômes, qui diffèrent selon la région et la juridiction et sont généralement gérés par leurs organismes.

Membres

Les hommes de toutes les religions peuvent rejoindre la franc-maçonnerie. La nature intime, privée et sacrée de la relation de chaque personne avec son Dieu est quelque chose de cher aux francs-maçons. La franc-maçonnerie s’oppose à toute idéologie ou comportement sectaire.

Chaque membre de la franc-maçonnerie doit adhérer à ses propres croyances et mettre sa responsabilité envers Dieu au-dessus de toute autre obligation. La franc-maçonnerie représente les idéaux qui sont primordiaux dans la vie de l’église.

Symboles

Les allusions maçonniques semblent également présentes dans des domaines inattendus. Vous ne connaissez peut-être pas la signification profonde de chacun de ces symboles, qui va au-delà du désir des francs-maçons d’imprimer leur marque sur tout ce qu’ils construisent ou touchent.

L’équerre et le compas sont les emblèmes francs-maçons les plus connus ou les plus reconnaissables, malgré la représentation de l’œil qui voit tout. Bien qu’il n’ait pas été créé par des maçons, le groupe a utilisé «l’œil qui voit tout» ou «l’œil de la providence» pour symboliser l’omniscience de Dieu.

Croyances

Les principes de la franc-maçonnerie encouragent la moralité, l’altruisme et le respect de la loi. Mais malgré les idées fausses populaires à l’effet contraire, ce n’est pas une institution chrétienne. En réalité, la franc-maçonnerie a fait face à de nombreuses critiques de la part des religions organisées, en particulier de l’Église catholique romaine.

N/B Cet article a été compilé et publié par Yator Enock de Kapkimolwa, comté de Bomet.