Pour beaucoup « Matières à penser » est l’émission de fin de semaine de Antoine Garapon sur France Culture qui s’ouvre avec la désormais célèbre musique de « Requiem pour un con » de Serge Gainsbourg. Mais pas que…
Depuis le printemps 2016, MATIÈRES à penser est aussi une remarquable et belle revue, en couleur, traitant de thématiques qui ne peuvent laisser les Sœurs et les Frères indifférents.
Le sous-titre d’ailleurs « se repérer – analyser – se projeter – anticiper » éveille en nous curiosité, désir et envie d’aller plus loin.
Pierre Pelle Le Croisa (PPLC)
Ce dernier opus qui compte parmi leurs contributeurs des plumes bien connues du monde maçonnique dont, à titre d’exemple, Pierre Pelle Le Croisa – prix littéraire IMF 2019, catégorie « Symbolisme » pour Les langages symboliques de l’ésotérisme maçonnique (Éd. Dervy, 2018)
Jean-Claude Mondet
ou Jean-Claude Mondet – prix littéraire IMF 2018 catégorie « Symbolisme » pour La Genèse : Volume de la connaissance sacrée (Éd. Numérilivre, 2017), a pour thématique Apocalypse(s).
Cette belle collection, connue aussi sous l’abréviation MAP, qui possède déjà 28 numéros à son actif,
Georges Bertin (OE)
rend d’abord hommage à un auteur et un collaborateur discret et dévoué de la revue. Georges Bertin dont « les nombreux livres, études et séminaires témoignent de son regard sur notre société ».
Commençant par une tribune de l’animatrice d’ateliers d’écriture Nadine Auzas-Mille, coauteure avec Michel Auzas-Mille de l’ouvrage Les 22 Portes aux (Éd. Cosmogone, 2007), auteure d’Envol de Plumes – L’atelier d’Écriture, Une Co-Naissance (Édilivre, 2012) et de Ces Mots qui nous font Signe – Itinéraires d’Écriture (Éd. du Cosmogone, 2022), celle-ci nous définit ce qu’il faut entendre par apocalypse. Et d’en donner l ‘étymologie. Comme quoi partant de cette science de l’origine des mots et allant vers la langue des oiseaux cette révélation va nous mettre sur la voie. Et cette voie, c’est l’initiation…
Adoration du Christ. Noces de l’agneau. Ange appelant les oiseaux. Combat contre la bête. La bête et le faux prophète dans le feu., Apocalypse flamande, vers 1400.
S’il est vrai que l’apocalypse est un écrit du judaïsme ou du christianisme ancien contenant, généralement sous forme de visions, des révélations notamment sur la fin des temps, nous nous retenons, bien souvent, que l’Apocalypse de saint Jean, dernier livre canonique du Nouveau Testament, contenant les révélations faites à son auteur – selon la tradition, saint Jean l’Évangéliste, exilé dans l’île de Patmos.
Frontispice de l’Apocalypse de Jean de la Bible de Saint-Paul-hors-les-Murs, vers 875.
Mais, dans la Bible, il est vrai que les grands textes apocalyptiques sont rares et dans l’Ancien Testament, nous n’avons que le Livre de Daniel, texte écrit en hébreu et en araméen et décrivant les événements se déroulant de la captivité du peuple juif à Babylone sous Nabuchodonosor II, le roi de Babylone entre 605 et 562 av. J.-C., jusqu’à l’époque séleucide sous Antiochos IV, entre 175 et 163 av. J.-C.
Claude Guérillot
Pour le Maçon plus particulièrement, quand nous parlons d’apocalypse, comment ne pas faire référence à l’ouvrage de l’ancien professeur de l’université de Rennes Claude Guérillot (OE) dont Les Degrés de l’Apocalypse (Éd. Vega, Coll. Voies Traditionnelles, 2007, rééd. Dervy, 2021) où il abordait les XVII e et XIXe degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté, connus sous les noms de Chevalier d’Orient et d’Occident et de Sublime Écossais ou Grand Pontife.
La vision de saint Jean à Patmos, Les Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.17.
De ces révélations, de ces apocalypses – ne serait-ce pas d’ailleurs la révélation de secrets divins ? – chacun apporte sa pierre. À commencer par la publication de La Lettre du Crocodile de mars 2022 qui saluait le départ pour l’Orient Éternel de Georges Bertin. Un texte que nous devons à Sylvie et Rémi Boyer retraçant le parcours littéraire si riche que Georges Bertin nous a laissé en héritage. Ces nombreuses publications nous accompagnerons toujours. Puis vint les témoignages de Lauric Guillot, professeur émérite à l’université d’Angers et de Cécile Bryon-Portet, professeur de sociologie de l’université Paul Valéry Montpellier 3 qui nous apporte leurs regards qui restera à jamais dans nos cœurs. J’avais eu la chance et le bonheur de le rencontrer aux Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal…
L’Agneau sur le Mont Sion (Apocalypse XIV). Beatus de Morgan, vers 940-945.
Après le chapitre intitulé « Georges Bertin, pérennité de son œuvre », trois autres chapitres constituent l’ossature de cet ouvrage.
Le premier « Déclinaisons et réflexions sur le texte de Georges Bertin » dans lequel nous trouvons les apports de l’artiste peintre et écrivain Michel Auzas-Mille avec « L’initiation selon Georges Bertin dans l’Apocalypse de Jean », propos suivis d’« Une lecture croisée de l’Apocalypse de Jean et du Coran » de David Frapet, historien des institutions dans les domaines de la mystique et de la théologie comparée. Puis l’imam, écrivain, poète Hocine Atrous – diplômé en langue et études coraniques de l’université Abd el Kader de Constantine en Algérie et en Histoire des religions de l’université Lyon 2, impliqué dans le dialogue inter-religieux et auteur de Les 99 Noms de Dieu dans la tradition musulmane (Éd. du Cosmogone, 2017) – s’attaque aux « noms divins dans l’Apocalypse de Jean », où il n’en recense pas moins de dix-neuf : L’alpha et l’oméga, le Seigneur Dieu, celui qui est qui était et qui vient, le Puissant-sur-tout, le Maître, le Saint, le Véritable, Celui qui Siège sur le Trône, le Vivant, etc.
Saint Jean l’évangéliste à Patmos, par Domenico Ghirlandaio, Musée des beaux-arts de Budapest.
Le second chapitre intitulé « Exégèses du texte de saint Jean » nous vaut les très beaux papiers de Jean-Claude Mondet et sur « L’Apocalypse de Jean, un itinéraire spirituel », « Christologie de l’Apocalypse selon Jean » de Michel Armengaud, auteur entre autres de L’Atlantide : mythe ou réalité ? (Diffusion Rosicrucienne, 2017) – et enfin « La mystique des couleurs de l’Apocalypse » de Pierre Pelle Le Croisa.
William Blake Le grand Dragon rouge et la femme enveloppée de soleil.
Enfin « Apocalypse(e), sujet d’inspiration » clôt l’ouvrage. Nous y trouvons les contributions du professeur de philosophie de Guillaume Dreidemie, directeur adjoint du Campus Lyon St Irénée depuis septembre 2021, de Constantin Mihai, docteur ès lettres à l’Université Craiova et à l’Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, spécialisé en histoire intellectuelle roumaine et en anthropologie de l’Imaginaire, de Chaoying Durand-Sun, docteur ès lettres, du poète et peintre lyonnais Roland Dauxois et de Stéphane Grobost, chercheur indépendant (formation Science Po Droit et Sciences de l’Éducation) qui travaille dans la médiation culturelle et le webjournaliste, et, enfin, de l’ingénieur-géologue Claude Valsardieu, docteur ès sciences d’État. Tous nous apportent leurs lumières sur des sujets aussi divers qu’inspirants tel le poète franco-uruguayen symboliste Jules Laforgue (1860-1887), le poète romantique, emblématique en Roumanie, Mihai Eminescu (1850-1889) et l’image christique dans ses œuvres, le peintre et graveur allemand associé aux mouvements de l’expressionnisme Otto Dix (1891-1969) ou encore de l’artiste plasticien contemporain allemand Anselm Kiefer.
Trois volumes en un pour cette dernière livraison de MATIÈRES à penser. Qui est et reste une idée de revue, mais aussi et surtout pour tous les cherchants une revue d’idées structurantes… Si précieux par les temps qui courent !
MATIÈRES à penser – se repérer – analyser – se projeter – anticiper
La mélancolie comme une nature infinie qui vous submerge jusqu’à la félicité.
Lorsque le soir tombe, je suis souvent prise de mélancolie devant la beauté du monde ; un bonheur d’être triste comme dirait Victor Hugo, moi qui voudrais mourir en regardant la mer. Est-ce une passion triste ? Est-ce l’attente d’une compréhension du sens de la vie qui me procurerait la sérénité de notre finitude ? J’ai trouvé, dans une gravure d’Albrecht Dürer, l’expression vertigineuse de ces mêmes questionnements, une illustration qui réenchante mes souvenirs imagés de contes de fée. J’ai donc tracé ma planche en l’articulant autour de ces deux axes : Le 1er une approche dogmatique de la mélancolie, le second une approche analytique de Mélencolia, la fameuse gravure de Dürer.
Cette disposition d’âme a occupé l’Occident en touchant au cœur des problèmes auxquels l’homme est aujourd’hui sensible, en passant de l’histoire à la philosophie, de la médecine à la psychiatrie, de la religion à la théologie, de la littérature à l’art. L’iconographie de la mélancolie est d’une infinie richesse et il n’est donc pas étonnant que ce soit l’histoire de l’art qui ait su la première fournir les bases de cette nouvelle approche de l’histoire culturelle du malaise saturnien.
La mélancolie a fait, tout d’abord, l’objet, sous son appellation de «dépression», d’une approche médico-scientifique. Les médecins de l’antiquité n’y voyaient en général qu’une maladie ; mélancolie se traduisant par bile noire. Ils considéraient la mélancolie comme l’une des quatre humeurs (sanguine, cholérique, mélancolique, lymphatique), tempéraments qui affectent tous les êtres humains. Mais si une d’entre elles domine trop, elle peut conduire au vice et même à la folie, être une passion triste.
Du grec pathos, puis du latin patior, souffrir, pâtir, les passions tristes sont des états affectifs qui sont excités dans l’âme sans le secours de la volonté nous dit Descartes. Les passions se distribuent en sentiments positifs (affection, amour…) et négatifs (haine, envie ressentiment…).
Passions tristes, cette expression est employée par Spinoza dans L’Éthique. Les passions tristes, par opposition aux passions joyeuses, diminuent le pouvoir d’agir. Ce sont toutes les passions associées à l’idée de quelque chose qui va à l’encontre du conatus, c’est-à-dire de l’effort physique, intellectuel ou moral, telle la haine, la crainte, l’envie, la colère, la honte, la pitié. Par nature mauvaises, elles diminuent la puissance d’agir et tendent à rendre les hommes ombrageux et inconséquents. Nous éprouvons de la tristesse lorsque nous rencontrons un corps qui ne convient pas avec le nôtre, tout se passe comme si la puissance de ce corps s’opposait au nôtre. Notre puissance d’agir c’est-à-dire notre conatus en est empêché. Nous éprouvons alors de la tristesse.
Cette «torpeur de l’esprit qui ne peut entreprendre le bien» n’était pas une simple paresse au sens de fainéantise, elle était considérée par les chrétiens comme un grave péché. Pour les Réformés, la mélancolie est un piège diabolique, un péché. Les passions tristes sont reprises par le christianisme sous la forme des 7 péchés capitaux identifiés par Thomas d’Aquin comme : l’acédie (l’ennui) ou paresse spirituelle, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie. De l’ennui existentiel, Baudelaire poétisant le spleen, écrit : «Dans la ménagerie infâme de nos vices, Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris, Il ferait volontiers de la terre un débris Et dans un bâillement avalerait le monde ; C’est l’Ennui !»
Nietzsche trouve un remède à la mélancolie en assignant à la musique, non pas la gaieté à tout prix, mais la perfection, l’achèvement des états du corps et du désir, surtout des affects, sentiments et passions, y compris par le jeu cathartique et reposant (ou apaisant) de la mélancolie. Les passions doivent ainsi se «spiritualiser» ou se «sublimer» par les rythmes, les mélodies et les harmonies de la musique et pourquoi pas par des paroles tout aussi effectives. C’est ainsi que le corps et l’âme deviennent légers, «de belle humeur», autrement dit, la musique serait le moyen du dépassement de soi, de l’accomplissement physique et moral sans négation de soi et sans négation de la vie ni du corps. Cette paix de l’accomplissement, Nietzsche l’appelle parfois aussi le bonheur. De même, Rousseau fait-il dire à l’un de ses personnages, à propos d’un autre : «La musique remplira les vides du silence, le laissera rêver, et changera par degrés sa douleur en mélancolie.»
Cependant, la mélancolie, était, tout aussi, considérée depuis l’Antiquité comme le tempérament des hommes marqués par la grandeur ; sa désignation comme «maladie sacrée» induit cette dualité. Marsile Ficin, humaniste de la Renaissance, décrivait la mélancolie comme faisant alterner, voire coexister, des états de détresse et d’ardeur enthousiaste qui métamorphosent l’individu en être inspiré, sinistre à ses heures, à la fois angélique et démoniaque. Pour le romantisme, une seule constante : on fera du culte du cœur souffrant et mélancolique l’essence même de l’artiste maudit. Gérard de Nerval parlait du «soleil noir de la mélancolie», tandis que Victor Hugo écrivait pendant son exil : «La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste». La mélancolie n’est donc pas toujours vue comme une pathologie, elle est aussi un sentiment à la fois intense et ambigu, elle est une plénitude équivoque. Ainsi, chez les romantiques, coexistent, en elle, la tristesse et la joie, exaltation que l’on retrouve en particulier avec les personnages de Dostoïevski qui pleurent et rient à la fois.
Un tel ressenti conduit à une tentative de saisir ce qui a lieu dans cette intensité et à expliquer pourquoi c’est à la fois saisissant et insaisissable, comme une expérience initiatique. Ma mélancolie serait plutôt douce mélancolie, vague mélancolie, ineffable mélancolie ; elle ne peut être dite qu’en disant : elle est un je-ne-sais-quoi. Sans cause, la mélancolie est donc un questionnement sur soi.
Durer a transcrit ce «je-ne-sais-quoi» dans sa célèbre gravure sur cuivre.
La scène se situe sur un lieu en hauteur, offrant une vue… sur la mer et une petite côte urbanisée. Ce rivage m’évoque le port d’Ophalèse, ville où vécut pendant 12 ans le prophète de Kahlil Gibran ; les habitants viennent l’écouter une dernière fois avant son embarquement qui doit le ramener dans son pays d’origine.
Un personnage ailé occupe une moitié diagonale de l’espace, captant le regard par l’importance spatiale de sa représentation ; la robe, dont il est vêtu, et son visage évoquent une femme, sa silhouette massive le rende étrangement masculin, ni homme, ni femme, forcément, parce que c’est un ange. Assis devant un bâtiment sans fenêtre, le coude gauche appuyé sur son genou, l’ange tient sa tête dans une pose triste ou pensive, tête couronnée de plantes, cresson et renoncule d’eau, traditionnellement utilisées pour lutter contre l’asthénie. Walter Benjamin attire l’attention sur le poing fermé de la silhouette mélancolique de Dürer : «alors que le motif lui-même est antérieur à Dürer, ce poing, maintenant pressé contre la tête comme le siège de la pensée, se confond avec le visage pensif en une seule étendue de puissance concentrée, qui est aussi l’endroit où l’on obtient le plus fort contraste d’ombre et de lumière, absorbant toute la vie physique et mentale de la figure immobile de Dürer».
Dans sa main droite il tient un compas, l’avant-bras prenant appui sur une tablette, l’esprit ailleurs, le regard perdu dans le lointain. Le regard sérieux, la créature a dû écrire quelque chose sur cette tablette avec la pointe du compas, maintenant le regard est pensif, peut-être même triste. À l’arrière-plan, le rivage au soleil couchant est couronné d’un arc-en-ciel blanc et sur un phylactère, présenté dans le ciel par une créature ailée, genre chauve-souris ou dragon volant, on peut lire en latin : Melencolia § I.
Aux pieds de l’ange, un chien, un lévrier, est allongé, semblant s’ennuyer.
À côté, traversant la gravure en diagonale, comme pour séparer le premier plan du second, une échelle repose contre le mur de la bâtisse.
Et voici un second personnage, un angelot, un putto, assis sur une roue de meunier recouverte d’un tapis qui s’appuie à cette échelle et, par opposition à la rêverie de l’ange, lui, il est concentré car il est en train d’écrire. Fait-il des devoirs donnés par l’ange ? Écrit-il parce que plus inspiré, plus savant que l’ange qui s’est arrêté dans la perplexité, faute de savoir poursuivre ? L’ange lui a-t-il confié quelque chose qu’il serait en train d’enregistrer ? Parce qu’enfantin, le putto est-il disciple de l’ange adulte ?
Et surtout, des objets posés au sol ou accrochés au bâtiment proposent un décor énigmatique. Aux pieds des personnages, oh les beaux outils éparpillés ! Un soufflet, des clous, une scie, un rabot, un marteau, une règle, une sphère, des pots en étain, une tenaille dépassant à peine de dessous des plis de la robe de l’ange, tous objets de bois et métal.
Derrière l’ange, un énorme bloc, peut-être de marbre, d’une pierre taillée à 8 faces irrégulières, dont 4 visibles, empêche l’accès à l’échelle en étant levé contre elle. Si on tente de construire physiquement ce polyèdre, on a l’impression qu’il s’agit d’un volume «impossible», qui n’existe qu’à la limite d’un rhomboèdre partiellement tronqué avec un art consommé de stéréotomie. L’importance de ce volume vient de ce qu’on ne peut dire, de prime abord, si la direction du regard interrogatif et pensif du personnage central est orientée vers le phylactère ou vers cette énorme pierre.
L’ange, pour moi, n’est pas dans un état de somnolence mais bien plutôt en état de super-éveil. Son visage sombre et son regard fixe expriment une interrogation intense. Il a suspendu son travail, non par indolence, mais parce qu’il est devenu en attente de sens. Il médite.
Dans sa Septième lettre, Marsile Ficin reprend la métaphore de Platon où il conte que «notre âme, après avoir contemplé les idées (justice, beauté, sagesse, harmonie) à l’état pur dans les cieux, se retrouve dégradée par les désirs des choses terrestres. Pour y échapper, l’âme peut s’envoler grâce à deux ailes, deux vertus : la justice qu’on obtient grâce à un comportement moral actif représentée sur le mur de la gravure par une balance à fléau, et la sagesse, comportement contemplatif. Le fait que Dürer représente sa Mélancolie avec des ailes pourrait en être un écho.
Sur le mur de la bâtisse, un sablier, une cloche, un cadran solaire et un carré magique de 4×4. Le carré magique est situé dans le coin supérieur droit de la gravure. Le carré chiffré n’est pas accroché au mur comme le sont la cloche, le sablier ou la balance, il en fait partie, construit comme une fenêtre selon les plans de l’architecte. Ce carré montre que Dürer connaissait la quadrature surfacique du cercle entourant la boule en bas à gauche de la gravure.
Selon la remarque d’un proche de Dürer, qui traduisit en latin sa Théorie de la proportion humaine : «il faut observer à la presque fenêtre la toile des araignées», ainsi les nombres, comme des araignées dont le rôle est de tisser un diagramme à l’aide d’un fil, vont de 1 à 16 structurant un gnomon carré magique[1]. Les sommes dans chacune des lignes, colonnes et diagonales, ainsi que la somme des quatre nombres du milieu, sont toutes de 34. En outre, toute paire de nombres placés de façon symétrique par rapport au centre du carré conduit à la somme 17, une propriété qui rend le carré encore plus magique. Et je vous passe toutes les combinaisons possibles donnant une somme magique. Les astrologues de la Renaissance pensaient que le carré magique, aujourd’hui des sodokus, pouvait servir de traitement contre la mélancolie perçue comme état dépressif.
Les numéros 15 et 14 apparaissent dans le milieu de la rangée du bas, indiquant la date de la gravure, 1514, mais qui peut être aussi la date de la mort de la mère de l’artiste à laquelle il était attaché. Le 5, placé la tête en bas, peut s’expliquer par le fait que les chiffres arabes, d’abords utilisés dans l’abaque, n’étaient pas encore stabilisés, mais cela ne peut s’appliquer au 9, gravé à l’envers comme vu dans un miroir, d’autant qu’il existe un second état de la même gravure plus largement diffusé, où la position du 9 a été rectifiée.
Peut-être est-ce un hommage à Léonard de Vinci qu’il a certainement rencontré lors de son séjour à Florence en 1505. Aurait-il aussi rencontré à Florence, à cette époque, son aîné, Sandro Botticelli, dont les personnages à la beauté mélancolique, comme ceux de l’ange de la Vierge à l’enfant, ou de Vénus ou du printemps, auraient pu le toucher, voire l’inspirer pour le visage de son ange ?
Cet être ailé est donc entouré d’une collection d’objets et d’instruments qu’il semble avoir délaissés. Ils ont un rapport à la géométrie (un compas, une règle, une sphère, un polyèdre), au travail artisanal ou alchimique (un rabot, un gabarit pour moulures, un marteau, des clous, des tenailles, une scie, un creuset, une échelle, une balance, un sablier avec un cadran solaire), aux nombres (un carré magique), à la littérature (un encrier, un livre fermé, une tablette) et à la musique (une cloche), collection d’objets qui donnent à penser aux arts libéraux. Symboliquement, Dürer a réuni tout cela dans une image qui donne à penser ; symboliquement je suis submergée de questions.
Mais que signifie cela ?
Selon ses propres notes accompagnant un dessin préparatoire du putto, Dürer nous apprend que, dans Melencolia I, «les accessoires sont tous chargés d’un sens emblématique». Une courte inscription en allemand[2], que l’on peut traduire par «la clef désigne le pouvoir, la bourse la fortune», est le seul commentaire qu’il fit. Cela est à déchiffrer dans la gravure avec le ruban, qui pend de la ceinture de l’ange, avec, à son bout, un trousseau de clefs et dans les replis de la robe, comme tombée, une bourse. Mais, aussi laconique qu’elle puisse paraître, cette note confère à chaque objet une signification symbolique et nous livre la formule qui commande à leur répartition. Dürer considère la richesse comme revenant de droit à l’artiste. Dans ses instructions à l’usage des peintres il affirme : «Si tu es pauvre tu peux atteindre à beaucoup de pouvoir par cet art», et : «Dieu donne un grand pouvoir aux hommes de talent».
Dürer dessine un ange qui est familier de l’esprit des mathématiques et de la géométrie ainsi que des possibilités techniques qui en découlent mais qui se fige dans la contemplation face à l’infini. Nous savons, aujourd’hui, que Dürer exprimait aussi sa propre résignation devant l’impossibilité de pouvoir trouver le secret de la beauté avec les seuls moyens de la rationalité, des mathématiques et des mesures. Dürer s’interroge sur les limites des actions et du savoir humains avec le doute d’un artiste, perpétuellement inquiet ; il écrivait : «il n’appartient qu’à Dieu de soumettre, à la mesure, la beauté absolue». Lucidité, scepticisme ou pessimisme de Dürer dans un temps qui affirme au contraire un humanisme triomphant.
«Dans le dédale de ces interprétations», comme le dit si bien Hartmut Böhme, aucun commentateur n’a encore réussi à donner une explication qui fasse l’unanimité. Pourtant cette réponse existe. Elle correspond au génie plus géométrique que mathématique de Dürer dont le dessin suit toujours un plan précis. Ceci est vrai non seulement pour Melencolia §I mais aussi pour trois autres de ses gravures : Adam et Ève ; Le Chevalier, la Mort et le Diable et Saint Jérôme dans sa cellule. Ensembles, elles constituent une tétralogie fondée sur l’ancienne théorie des quatre humeurs comme l’atteste le titre inscrit par son auteur sur les ailes déployées du petit dragon volant : Melencolia §I, attribuée à Saturne parce que cet astre était alors considéré comme la première et la plus haute des planètes. L’anagramme de Melencolia, limen caelo, ou «porte vers le ciel», est l’image que l’on retrouve sur le blason familial de Dürer.[3]
Alors j’ai tiré des traits, une échelle s’est dressée sur le corps du personnage principal, parallèle à celle contre le mur ; l’ange, qui est bien en train de lire le phylactère, a son regard pointant sur le O de Melencolia ; j’ai trouvé des contours de cercles de rayon identique à celui de la sphère, délimitant ainsi des régions d’importance, le visage de l’ange, sa main qui tient le compas, le visage du putto, le cœur de la pierre, le soleil, quadrature surfacique du carré magique ; j’ai articulé le carré pour qu’il devienne carrés longs. Pour moi, dans une mélancolie imaginative, l’ensemble des symboles, ceux de la pierre, des outils, les références aux nombres, la présence d’un astre, les mystères, font de cette gravure une hypostase d’un tableau de loge maçonnique.
Cela a enchanté ma rêverie, ma recherche m’a donné un peu plus d’intimité avec l’ange avec qui je me suis mise à dialoguer, il me dit alors :- Tu vois le dragon là-bas, il ricane dans la lumière, il croit que ma mélancolie est de n’avoir pu réaliser plus de beauté, de n’être que ce dont je suis capable, de n’être pas un ravissant et studieux putto, de n’être qu’un rêveur qui ne sait même pas guérir. – Mais non, lui dis-je, le dragon n’est qu’une chauve-souris, il nomme seulement ce que tu ressens, ce n’est qu’un élément de langage. Il ne sait pas ce qu’il en est d’être inconsolable à la vue de ses propres imperfections ; et cependant, de se tenir face à face avec elles ; sans les flatter ni les tolérer, cherchant à se corriger sans devenir irritable, en désirant ce qui est bon en soi. – C’est vrai, poursuivit l’ange, dans le fond, pourquoi écouter le ciel, ici tout peut être sagesse, force et beauté.
J’étais avec l’ange qui avait fait une pause dans son travail. Le regard trop plein regardait au loin sans voir, il n’était pas dans la vacuité, il vivait charnellement le temps présent qu’il avait saisi, se demandant comment s’accomplir, et quoi offrir à cette quête dans la chambre nuptiale de la matière et de la lumière. Peu à peu, je devenais lui, mon âme-double, dans son regard qui ne cherche pas à posséder, ni à être possédé. J’en fus vivifiée comme une abeille future de son miel, j’ai quitté le pays d’Ophalèse, le temps s’est arrêté et j’ai vu l’innombrable sourire de l’onde de la mer.
MELENCOLIA a probablement inspiré le tableau de Lucas Cranach l’Ancien (1532)
[1] Pour comprendre les carrés magiques The magic, myth and math of magic squares par Michael Daniels
La question a le mérite d’être encore et toujours posée. Pour quoi et pourquoi s’engage-t-on ? Comprendre qu’un jour un être humain franchisse le pas et décide de consacrer une partie de son temps – de sa vie – à la Franc-Maçonnerie, cert art qui dit-on est royal. Même si de nombreuses conférences, débats, tables rondes ont éculé ce sujet…
Citons, par exemple, les Rendez-vous Maçonniques de Blois en 2019, organisés par l’association interobédientielle Culture et Patrimoine Maçonnique en Région Centre (CPMRC), qui, en sa conférence de clôture, eut pour thème « Les raisons de l’engagement en franc-maçonnerie ». Chaque réponse est, bien naturellement, personnelle et intérieure. Une affaire de conscience.
Lucien Millo, dont le 1er novembre 2022 nous présentions, ici-même, son dernier opus intitulé Petit manuel de symbolisme écossais dans les Hauts Grades du 4e au 30e degré, nous livre ses réflexions quant à l’engagement. Un beau cadeau en ce début d’année 2023 ! Lucien Millo, un Frère précieux. Ainsi va la Franc-Maçonnerie !
À lire, le travail de notre Bien-Aimé Frère…
L’engagement en Franc-Maçonnerie : un acte libre, responsable et juste
Dans un monde où tout se délite et s’accélère, où les valeurs morales et éthiques paraissent désormais désuètes et pire, inefficaces, la Franc-Maçonnerie propose une réponse qui s’apparente aujourd’hui à une riposte à l’éclatement de la société. Mais pour ce faire, il faut s’engager.
Les outils du « Craft », le « Métier ».
Dans des temps aujourd’hui révolus, l’engagement, qui pouvait être militaire, religieux, missionnaire ou sanitaire, était toujours communautaire. Il avait un goût de vocation. On se disait alors « appelé ». Mais autres temps, autres mœurs ! L’engagement connaît aujourd’hui sa dévaluation. Les colonnes d’engagés se sont peu à peu clairsemées. Dans cette modernité, l’engagement est passé du collectif à l’individuel. Ne croyant plus aux effets de l’engagement sur le monde, on en attend les effets pour soi. Dans ce monde dit « moderne », plein de contradictions, chacun de nous éprouve souvent le besoin de se retirer du jeu et de se mettre à l’écart, en spectateur détaché. Le motif d’une pareille fuite du monde n’est pas forcément du ressort de l’égoïsme, mais plutôt le désir de pouvoir constituer une vie pleine de sens dans sa sphère individuelle et privée en se repliant sur soi-même.
Affiche militaire d’engagement dans l’armée.
En un mot, l’homme moderne, profondément individualiste, ne veut plus s’engager. La motivation, clairement manquante, l’empêche de le faire. Pour autant, l’engagement n’a pas totalement disparu. En effet sincère sur le plan individuel, mais sceptique collectivement, l’engagement a changé d’expression. Pour être humanitaire, il ne veut plus être communautaire et pour être solidaire, il refuse d’être collectivement prédéfini. Ainsi il se personnalise, s’individualise, s’atomise. Mais que l’on entre dans l’engagement par la porte de la vocation ou par celle de la motivation, l’engagement n’en demeure pas moins l’expression la plus haute de la liberté humaine.
Mais au fait qu’appelons-nous « engagement » ? C’estle fait d’assumer concrètement la responsabilité d’une œuvre à réaliser dans l’avenir. L’étymologie rappelle que l’engagement suppose de « mettre quelque en chose en gage ». L’engagement n’est donc pas gratuit et son prix n’est rien d’autre que la mobilisation de sa liberté. En tout cas, force est de constater qu’il s’est creusé un fossé entre l’atonie des initiatives imposée par la mondialisation et les forces que peut mobiliser l’engagement individuel.
La Franc-Maçonnerie qui n’échappe pas à ce « désenchantement » comme l’explique le sociologue Michel Maffesoli, va devoir « réenchanter le monde »
I. L’engagement : un acte libre pour faire progresser notre humanité
Malgré cette démobilisation, on constate toutefois que l’existence humaine est pourtant totalement investie dans un destin commun et que la vie n’a de sens qu’en participant à l’histoire des collectivités auxquelles l’homme appartient. C’est du reste la brièveté de l’existence qui exige l’engagement comme condition de notre humanité. Il est un fait : nous avons beaucoup de mal à nous désolidariser de l’avenir collectif. L’avenir possible pour l’individu dans un moment donné n’est envisageable que par la mobilisation des forces collectives dans la transformation de la société. Dans ce contexte, l’engagement se définit comme un acte total et libre que l’on ne doit confondre ni avec une opération purement intellectuelle ni avec un embrigadement aveugle.
Affiche militaire d’engagement dans l’armée, détail.
L’engagement est un acte total parce qu’il ne s’agit pas d’une activité de l’intelligence qui opère isolément, pas plus que de l’activité de la seule volonté, mais l’œuvre d’un homme intégral, en qui intelligence et volonté se confondent. L’engagement est aussi un acte libre parce qu’il traduit une décision de la personne qui prend conscience de sa responsabilité propre. Il se distingue en cela de certains actes qui proviennent soit de la faiblesse soit du désespoir, actes qui tendent à détruire la personne : il en est ainsi de l’embrigadement. C’est la raison pour laquelle l’engagement n’est en rien une abdication de la personne. L’homme engagé reste un homme libre, c’est-à-dire qu’il se libère perpétuellement dans son processus d’humanisation. En cela, celui qui s’engage ne peut être pris ni pour un esclave ni pour un désespéré, car ces derniers perdent leur liberté de jour en jour. Loin d’être un obstacle dans la recherche de la vérité, l’engagement permet d’influencer valablement les avancées dans les sociétés. Car l’attitude de ceux qui se mettent en dehors du monde comme de ceux qui se contentent de tout commenter, est devenue un véritable fléau. On peut, comme tout un chacun, constater les ravages des réseaux sociaux. L’engagement s’effectue dans l’acte de se solidariser et de s’identifier à une cause. Tout engagement présuppose une réflexion préalable où le pour et le contre ont été pesés. Ce n’est qu’à cette condition que l’engagement devient un acte libre.
On remarque encore que l’engagement répond à la fois à une envie d’agir et à une raison d’agir.
Photo « source : de nombreux albums d’Astérix… », tirée du LinkedIn ‘Alexandre Amiot, Automation Evangelist
Pas d’engagement sans envies ni raisons. C’est pourquoi l’engagement oppose une approche intellectualiste et une approche volontariste. Pour la première, l’engagement pensé suppose des raisons et de la délibération, comme le choix délibéré chez Aristote. Pour la seconde, on est engagé avant même d’en avoir délibéré, la délibération ne faisant à l’extrême que rationaliser un coup de tête. La force de la volonté, l’envie d’agir ou l’énergie du désir excède la justification : l’engagement est ici pensé en termes de motivations. Les envies d’agir se situent plutôt dans l’intériorité de l’être alors que les raisons d’agir relèvent plus de l’extériorité. Ainsi, les envies sont-elles la matière de l’engagement, mises en forme par des raisons d’agir. Les raisons tirent ainsi les envies vers le haut, à savoir la liberté et l’humanité. Inversement, les envies donnent une véritable impulsion à ce choix délibéré de s’engager. Ce qui signifie que se retrouver « embarqué », au sens où l’entendait Pascal, ne fait pas encore un engagement comme en atteste l’exemple du « volontaire désigné d’office », qui révèle dans ce cas la passivité de l’être engagé. C’est que l’engagement suppose une mobilisation de soi, une forte capacité d’innovation, une puissance vitale, le « conatus », c’est-à-dire l’effort tel que Spinoza le définissait !
Affiche militaire d’engagement dans l’armée, détail.
On mesure la force de l’engagement dans une mise en œuvre. L’engagement est ainsi pris entre une spontanéité mal contrôlée, celle de l’impulsif ou du fougueux qui ne manque pas d’énergie ni d’envie de se mobiliser, et l’expertise raisonnable et raisonnée du précautionneux. L’engagement relève d’une logique du risque. Il y a une audace de l’engagement, celle qui ose provoquer un commencement (dont on rappelera qu’il se dit « initium » en latin). L’engagement est un exercice volontaire qui doit se situer entre l’hésitation et l’entêtement. Il faut de la constance, de la persévérance, et parfois de l’opiniâtreté pour tenir un engagement. Ce dernier suppose d’être volontaire mais il se parodie lorsque, prenant la forme pour le fond, l’engagé se fait obstiné, entêté ou pire borné. La volonté se fait alors tyrannique et déraisonnable. S’il y a de la beauté dans l’engagement tenu, en tant que témoignage de la constance et de la fidélité à la parole donnée, il y aurait en revanche une véritable erreur lorsqu’il s’assimile à une simple habitude ou à une obsession.
La Chaîne d’Union
Par ailleurs, l’engagement se refuse à la faiblesse, qui est littéralement un manque de volonté, que l’on trouve dans l’irrésolution, l’indécision, l’atermoiement voire le fatalisme. Ces défauts, qui ne sont pas à proprement parler des fautes morales, le deviennent lorsqu’ils sombrent dans la veulerie et la lâcheté. À l’évidence, l’engagement présuppose un exercice de la volonté.
Enfin, sur le plan de l’action, l’engagement ne saurait se confondre ni avec l’emportement qui en fait un activisme, ni avec une agitation aux limites du divertissement, ni non plus, mais cela va de soi, avec la nonchalance de l’indifférence ou l’apathie du léthargique. S’engager n’est pas simplement s’occuper, ni même s’affairer.
L’engagement se situe clairement dans le domaine de l’action, là où l’emportement en désigne la part involontaire. Bien sûr, l’engagement capte les énergies involontaires de l’être. Mais alors que ces énergies cassent, chez celui qui est emporté, ce qu’il voudrait construire, elles sont, chez l’engagé, coordonnées, unifiées et orientées. L’engagé est un décidé parce qu’il s’est décidé. Il met un terme au calcul dans le choix d’une option comme le prônait Pascal qui affirmait :
« Il faut choisir » !
Choix que le Franc-Maçon a fait résolument en commençant son aventure initiatique.
II.L’engagement maçonnique : un acte juste pour influencer le monde
Nous avons expliqué pourquoi l’acte d’engagement en général est libre et nécessaire, il nous faut à présent dire en quoi, dans le contexte maçonnique, il peut être qualifié au surplus de « juste ». Là un premier constat s’impose : le Franc-Maçon est avant tout un homme bien dans son temps et qui le revendique. Afin de peser sur le monde dans lequel il évolue, il a pris le parti de se transformer pour transmettre les vertus qu’il a acquises dans son enseignement initiatique. À cette fin, il doit agir.
C’est dans cette perspective que l’engagement maçonnique prend tout son sens.
Dans une première analyse, l’engagement maçonnique n’est en rien différent à toute autre forme d’engagement. Il consiste à s’intégrer, en l’occurrence, à une communauté pluriséculaire, aux origines ancestrales. L’accès à cette communauté suppose un certain nombre d’obligations de la part de l’impétrant qui sont matérialisées au travers de serments. À cet égard, l’engagement du Franc-Maçon ne se distingue pas des autres prestations de serment, à ceci près que dans le cadre maçonnique, ces serments sont mis dans une perspective psychodramatique afin de les rendre plus solennels et de les sacraliser. En seconde analyse, l’engagement maçonnique revêt une dimension particulière parce qu’il a pour mission rien de moins que la transformation de soi et du monde ! C’est la nature même de sa mission, particulièrement noble, ambitieuse et en même temps utopique, qui lui confère ce caractère spécifique.
L’on peut distinguer trois formes d’engagement chez le Franc-Maçon.
C’est tout d’abord un engagement envers soi-même. Dans une représentation symbolique, le Franc-Maçon devient un ouvrier sur le chantier d’œuvre qui a pour objectif de construire un Temple qui n’est rien d’autre que lui-même. Le Franc-Maçon a compris que c’est dans ce Temple intérieur, que se situe l’essence spirituelle. Sa mission devient alors lumineuse : malgré la présence toujours active de ses passions, de ses préjugés et de ses vices, il poursuit la lutte au plus profond de lui-même pour les maîtriser et peut être, demain, les transformer pour en faire de véritables vertus. Même si le chemin s’annonce difficile, certainement semé d’embûches, la volonté du Maçon est intacte pour agir en justice ici et maintenant.
C’est ensuite un engagement envers l’Ordre, sous-entendu l’Ordre initiatique maçonnique. On rappellera qu’un Ordre est une association de membres, frères (religieux ou maçonniques) ou de confrères comme les avocats, les médecins. S’agissant de l’Ordre, cet engagement sous-tend loyauté et fidélité. Ce que confirment les « Constitutions d’Anderson » qui stipulent :
« Les personnes admises comme membres d’une Loge doivent être des hommes de bien et loyaux, nés libres et d’âge mur, circonspects, ni serfs, ni femmes, ni hommes sans moralité ou de conduite scandaleuse, mais de bonne réputation. »
L’engagement s’assimile alors à une marque d’allégeance. Loyauté et fidélité deviennent des engagements irréversibles et donc de véritables obligations, fondements mêmes de l’éthique maçonnique.
Dans le cadre de l’Ordre, l’engagement prendra aussi la forme du travail. Le travail initiatique consiste, par la pratique du Rituel, à analyser mythes et symboles, fondateurs de l’identité de la Franc-Maçonnerie pour en dégager des valeurs essentielles pour soi et la collectivité et que chacun, individuellement, pourra se réapproprier dans sa vie quotidienne.
C’est enfin un engagement envers le monde. Le Franc-Maçon a pour mission de répandre à l’extérieur ce qui lui a été enseigné à l’intérieur de la Loge. Son chantier d’œuvre ne se limite plus à sa seule personne mais à l’entièreté du monde et de l’humanité. En transmettant ses valeurs éthiques et ses idéaux, il contribuera à influencer le monde pour le placer sur la voie du Bien. L’humanité a en effet plus que jamais besoin d’un système de valeurs qui prenne racine dans le terreau de la Tradition, tout en tenant compte de la dimension spirituelle des sagesses des origines.
Tapis de Loge.
Conserver pour soi les trésors de sagesse acquis en Loge serait totalement vain.
Conclusion
Alors, lorsque le Franc-Maçon s’engage, perd-t-il sa liberté ou l’affirme t-il ?
Exercice de la liberté, l’engagement en est en fait une de ses plus hautes formes en ce qu’il concerne la puissance d’agir et la capacité d’initiative de l’être.
L’engagement n’est pas un renoncement à la liberté, comme le pense l’inconséquent, le versatile ou le capricieux. Au contraire, il participe d’une véritable volonté, se renforçant au fur et à mesure que le temps passe. Non seulement l’engagé rêve d’un autre monde mais il l’invente en s’engageant. En cela, il est une réponse à la résignation désespérée et défaitiste. C’est précisément ce que le Franc-Maçon a compris et pourquoi son engagement est à ses yeux si exaltant. Son acte d’engagement est libre, responsable et juste. C’est la raison pour laquelle il va s’employer à exhorter les profanes à s’engager dans les rangs de la Franc-Maçonnerie. Car grâce à son engagement le Franc-Maçon poursuit sa mission qui consiste à exercer son influence dans le monde en faisant prévaloir les enseignements acquis à l’intérieur de l’Ordre.
Ce faisant, il s’efforce de créer les conditions favorisant l’évolution harmonieuse et équilibrée de la société, profondément et sincèrement convaincu que la construction d’un monde meilleur fait partie du domaine du possible attestant que la Franc-Maçonnerie reste une espérance pour l’humanité.
Comme chaque semaine, nous faisons un tour d’horizon des antimaçons et autres faiseurs de buzz autour de la Franc-maçonnerie. Cela va du farfelu qui dénonce le satanisme, à la journaliste « officielle » qui pointe les dérivent de notre art. Chacun appréciera.
Quelle meilleure façon de célébrer les fêtes que de donner aux autres ?
C’est ce que les membres du programme de bénévolat maçonnique de quatre loges maçonniques – Flushing n ° 298 à Flushing, Amitié n ° 89 à Barnesville, Point Pleasant n ° 360 à Pleasant City et Harrison n ° 219 à Cadix – font chaque année pour les veuves et les membres seniors de la loge. Le programme de bénévolat maçonnique fait partie de la sensibilisation communautaire du centre de ressources à domicile maçonnique de l’Ohio et est coordonné par DeAnna Kinney en partenariat avec les loges maçonniques locales et les chapitres Eastern Star.
Cette année, 96 paniers de fruits ont été emballés et distribués. Les bénévoles peuvent témoigner de la satisfaction qu’ils ressentent en assemblant et en livrant les paniers. Ils savent qu’il vaut vraiment mieux donner que recevoir.
De nombreux récipiendaires ont exprimé leur gratitude pour le geste et ont accueilli une visite amicale pendant la période des Fêtes. C’était encore plus significatif cette année, car beaucoup ont été forcés de rester à la maison et de limiter les contacts avec les autres pour une troisième année, en raison de la pandémie de COVID-19 et de la grippe.
Un principe important de la franc-maçonnerie est que les veuves et les orphelins doivent être pris en charge. Ces francs-maçons profitent des vacances non seulement pour offrir un cadeau à ces veuves, membres de l’Étoile de l’Est et maçons supérieurs, mais surtout pour les rassurer qu’ils ne sont pas oubliés et qu’on prend toujours soin d’eux.
Les paniers contiennent des fruits, des bonbons et d’autres friandises. Le projet est financé par des dons de particuliers, des Loges et des collecteurs de fonds. Le Scio Sportsman’s Club offre également un soutien généreux chaque année.
Dans la France d’aujourd’hui, des relations de la Vème République avec la Franc-Maçonnerie, le grand public ne retient trop souvent que les marronniers tentant de démontrer le pouvoir fantasmé, supposé ou réel de cette honorable institution discrète et vieille de plus de trois cents ans.
Jean-Michel Reynaud, auteur notamment de Chroniques d’un citoyen ordinaire (Bruno Leprince Éditeur, 1997) et de République et franc-maçonnerie (Bruno Leprince Éditeur, 2001) mais aussi de multiples articles de presse, porte un regard lucide et précis sur les éventuelles influences de la Fraternité sur la res publica à travers franc-maçonnerie au cours de ses soixante-cinq dernières années. Et s’il est bien une Obédience, telle une vigie, qui s’inscrit comme dans la vie politique du pays et qui a fait de la liberté absolue de conscience et de la laïcité les clés de voûte d’une République indivisible, laïque, démocratique et sociale, c’est bien le Grand Orient de France.
Philippe Foussier, grand maitre du GODF de 2017 à 2018, posant devant la Marianne maçonnique
Préfacé par Philippe Foussier, Grand Maître du GODF, de 2017 à 2018, celui-ci nous décrit tout le mérite de l’auteur à « suggérer des pistes concrètes pour que les francs-maçons parviennent à faire triompher l’idéal émancipateur pour lequel ils ont prêté serment ».
L’abstract/introduction se fait l’écho d’une Maçonnerie toujours persécutée par les fascismes. L’auteur pose ensuite la question, primordiale s’il en est, de savoir aujourd’hui quel est le rôle des Francs-Maçons ?
Source : Atlas historique, Stock, coll. Le Grand Livre du Mois
Travaux et réflexions qui animent les Sœurs et Frères concernent des sujets sociaux et/ousociétaux tels les droits de l’homme, l’état de droit et les libertés, les mœurs, la paix dans le monde, les conflits armés, l’environnement et le climat, pour l’essentiel. Il aborde aussi la Fraternelle parlementaire, la célèbre frapar, retraçant même par la suite les travaux de 2007 à nos jours…
Toutefois, Jean Michel Reynaud retrace la vie de l’Ordre depuis les guildes de métier jusqu’aux loges d’aujourd’hui nous conduisant à travers ces derniers siècles du 24 juin 1717 à la première République (1780-1804), de la seconde (1840-1851), de l’Empire (1852-1870), de la troisième (1870-1914), de la Commune de Paris – écrasée durant la « Semaine sanglante » à son après sous forme de monarchie parlementaire, aux actions des républicains et des avancées des socialistes,
Armoiries de la France : « D’azur, au faisceau de licteur posé en pal, sur deux branches de chêne et d’olivier passées en sautoir, le tout d’or lié par un ruban du même, chargé de la devise : Liberté-Égalité- Fraternité en lettres de sable. »
jusqu’à la Société des Nations, créée pour « développer la coopération entre les nations et pour leur garantir la paix et la sécurité » jet la lutte contre le fascisme. Une Franc-Maçonnerie encore et toujours présente. De même après la Seconde Guerre mondiale et l’horreur nazie, la IVe République jusqu’à l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir. Ce sont ensuite des influences des Francs-Maçons sur les institutions de la Cinquième République, régime politique en vigueur depuis le 4 octobre 1958. Couvrant les événements de 68 et jusqu’aux présidences de François Mitterrand et d’Emanuel Macron…
François Mitterrand (1916-1996), président de la République française du 21 mai 1981 au 17 mai 1995.
Mais comment et de quelle manière l’influence d’une sociabilité comme la Fraternité peut-elle exercer autorité, ascendante ou encore pouvoir. L’auteur y voit tout d’abord la Fraternelle parlementaire en défense des valeurs républicaines, puis les différents communiqués de presse communs, de 2011 à 2022, des principales Obédiences françaises, avec comme point de mire, a défense de la République. Mais c’est surtout à travers la défense de la laïcité – Laïcité elle-même inscrite dans la Constitution du GODF, dont elle est l’ADN – donnant ainsi vie au ternaire Liberté-Égalité-Fraternité que s’exprime pleinement la laïcité qui, en droit, est le « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse » et « d’impartialité ou de neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses ». C’est la source de notre démocratie.
Emmanuel Macron, président de la République française depuis le 14 mai 2017.
Rappelant le prix de la Laïcité du Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF, la conclusion de l’ouvrage stipule qu’il est encore temps de changer le monde et pour cela la Franc-Maçonnerie se doit d’être dans l’engagement social et les réalisations concrètes.
Déjà disponible chez Conform édition, l’éditeur, bien que ce numéro 26 de la collection Pollen maçonnique soit annoncé en sortie officielle le 15 janvier 2023.
Chroniques d’un citoyen ordinaire (Bruno Leprince Éditeur, 1997).
République et franc-maçonnerie (Bruno Leprince Éditeur, 2001).
[NDLR : /!\ Il semble toutefois qu’il s’agisse d’une fausse information, d’une infox, d’une information fallacieuse, en deux mots d’une fake news ! Cette nouvelles mensongère semble avoir fait l’objet d’une large diffusion… Question : à qui profite-t-elle ?]
La Grande Loge Nationale Marocaine, d’obédience maçonnique et fidèlement et entièrement dévouée à sa Patrie, le Maroc et à son Souverain, le Roi Mohammed VI, a exposé dans sa dernière réunion sa vision très critique de la diplomatie « arrogante et bornée » du Président français Emmanuel Macron.
La réunion discrète de la Grande Loge Nationale Marocaine, la structure qui regroupe les francs-maçons du Maroc, dans un hôtel au centre de Rabat a tourné au procès du président français, Emmanuel Macron, rapporte Maghreb Intelligence.
«Les francs-maçons du Maroc, comme partout ailleurs, sont très déçus par Emmanuel Macron dont ils avaient fortement soutenu la candidature», indique le site d’information citant une source proche de la Grande Loge Nationale Marocaine à Rabat.
«Jour après jour, nous remarquons que la France est très mal gouvernée. De plus, la diplomatie française, sous Macron, part dans tous les sens», fustige la même source.
Les membres de la La Grande Loge Nationale Marocaine constatent les échecs à répétition du président français dans sa politique étrangère en globalité et plus encore au Maghreb et en Afrique.
«Les francs-maçons marocains avaient émis de sévères critiques quant à la politique maghrébine de Macron, mais également dans tout le continent africain où la France enchaîne les déboires depuis plusieurs années», souligne la source de Maghreb Intelligence.
Jamais les relations entre Paris et Rabat n’ont été aussi exécrables. Si le Maroc a toujours fait preuve de retenue et de sagesse vis-à-vis son partenaire historique, la France sous Macron a montré son visage diabolique.
La crise des visas à travers l’Elysée voulait faire pression sur le Maroc a fait pschitt. Car le Maroc regardait ailleurs. Et comme l’a si bien dit Nasser Bourita à l’occasion de la toute dernière visite de la Chef de la diplomatie française : « Au sujet des visas, des mesures unilatérales ont été prises. Le Maroc c’est interdit de les commenter par respect à une décision souveraine et unilatérale prise par les autorités françaises. Aujourd’hui la décision de reprise est une décision encore une fois unilatérale que le Maroc encore une fois respecte et nous confrontera pas officiellement ».
Dans une analyse de l’Institut Montaigne en date du 18 novembre 2019, publiée sous le titre «Macron ou les dangers de l’arrogance en diplomatie», Dominique Moïsi, politologue et géopoliticien français a écrit : « Un de mes amis allemands qui fut membre du gouvernement d’Angela Merkel, il n’y a pas si longtemps de cela, me faisait remarquer récemment que la chancelière commençait à s’irriter de l’assurance, frôlant l’arrogance, avec laquelle elle était traitée par le jeune président français. Elle allait presque jusqu’à regretter son prédécesseur, François Hollande. »
Et de conclure : « En dépit de ses limites nombreuses, la « vieille diplomatie », faite de modération, de nuances, de recherche de compromis, a aussi du bon. Il est difficile d’avancer le multilatéralisme de manière unilatérale. »
De notre confrère italien expartibus.it – Par Chrétien de Rosemunda
« Rappelez-vous que la franc-maçonnerie est une institution, et que nos institutions ne se mesurent pas à la vie des hommes ; rappelez-vous que, récemment réorganisée et moins acceptée comme une force civile vivante et vigoureuse, elle doit justifier son existence devant l’histoire par une vie industrieuse et civile, rappelez-vous, enfin, que comme nos aînés dans les Loges, ils ont accepté la tâche de reconstruire matériellement le pays, alors nous, si nous voulons être dignes d’eux, devons accepter celui de le reconstruire moralement. » (Ernest Nathan)
La vie profane m’a fait rencontrer beaucoup de personnes qui pour différentes raisons m’ont appris ou ont toujours voulu m’apprendre quelque chose ; beaucoup m’ont certainement transmis beaucoup, mais d’autres se sont arrogé un droit qu’ils n’avaient pas, soit parce qu’ils n’avaient rien à éduquer – je suis sérieux ! – et parce que pour éduquer il faut d’abord « savoir ».
La vie laïque est pleine de gens qui ont toujours quelque chose à proposer, il y a toujours quelqu’un prêt à vous dire quoi faire.
Des mots, des mots, des mots… des centaines, des milliers de mots. Des concepts lancés là-bas, des théories farfelues, des points de vue simples.
Oh mon dieu, combien de gens parlent!
Jamais personne ne se demande si l’autre veut vraiment écouter et apprendre.
Le monde profane a un bavardage de fond, parfois agaçant. Je voudrais mettre mes mains sur mes oreilles, comme le font les enfants !
Vous ne pouvez pas toujours le faire, mais parfois vous faites semblant de prêter attention à ce que le « maître » de service essaie de vous inculquer avec force.
Mais alors, vous arrivez sur le seuil de la Loge, vous vous apprêtez à entrer dans le Temple et… soudain tout change, quel que soit votre rang, au Temple vous êtes Apprenti pour toujours.
Quelqu’un pourrait ne pas être d’accord et prétendre que l’on est un Maître pour toujours, car c’est le 3e degré qui compte, mais moi qui ai atteint le 3e et au-delà, je sais avec certitude que je serai toujours un Apprenti.
Dès qu’on franchit la porte et qu’on met le pied dans le Temple, il se passe quelque chose qui n’arrive pas dans le monde profane… c’est le franc-maçon qui a soif d’apprendre. De tout et de tous.
J’aime ce que j’ai appris sur le parcours initiatique que j’ai fait.
Tu apprends du silence qui t’entoure dans le Temple quand tu t’y retrouves seul, quand tu te retrouves avec tous tes Frères, que ce soit en plein travail ou à la récréation.
Vous apprenez toujours. Vous venez d’apprendre. Vous apprenez à apprendre.
Avec les bruits de fond des ouvriers travaillant dans l’atelier, j’ai entraîné mon oreille à écouter, à saisir les sages paroles de mes frères, surtout les plus âgés, en distinguant ce qu’il fallait vraiment assimiler, avant tout pour mon enrichissement spirituel et maçonnique, une sorte d’« écoute sélective ».
Je crois que la merveilleuse expérience d’être un apprenti est très formatrice pour le reste de son parcours maçonnique.
Chacun de nous devrait avoir son son personnel et l’écouter devrait le rendre euphorique et vivant, ou calme et paisible… En fait, l’un des sons les plus importants – et pour moi le son par définition – est le silence total, absolu. , André Kostelanetz, a donné cette définition au silence.
J’aime à penser qu’il en est de même pour nous francs-maçons. J’imagine que chaque Frère dans ce Silence rituel, connu de nous seuls, trouve la force, l’énergie, le désir, l’enthousiasme, l’obstination et la constance de puiser en lui pour toujours faire ressortir ce qu’il a de meilleur et les mots qu’il aimerait jamais pensé à prononcer
Silence à entendre.
Se taire pour savoir quoi dire.
Etre Apprenti dans le Temple pour être un digne Maître dans la vie profane.
En Inde, l’astrologie bénéficie d’une véritable reconnaissance officielle. Un phénomène accentué depuis l’arrivée au pouvoir du BJP. En effet, l’usage de l’astrologie participe au rayonnement de l’hindouisme.
Avec
Caterina Guenzi Maîtresse de conférences en anthropologie à l’EHESS
Emmanuel Grimaud anthropologue
Pierre Le Roux ethnologue, professeur à l’Université de Strasbourg.
Qu’ils soient politiciens en campagne, investisseurs soucieux de faire le meilleur placement, stars du cricket, ou amoureux transi voulant faire valider son choix pour envisager une vie commune… en Inde, de quel milieu qu’il soit, tout le monde ou presque demande à l’astrologie védique de l’aider à trouver la route à suivre.
Cette astrologie est très différente de celle pratiquée en France puisque la discipline, certes issue de la religion hindoue, y est néanmoins considérée comme une science. Entre croyance en un ordre cosmique et analyse basée sur des lois astronomiques, les astrologues indiens sont à la fois prêtres et chercheurs, astrophysiciens et devins.
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Cete industrie de la destinée fonctionne à plein. Or, au-delà de cet enjeu économique indéniable, l’astrologie védique est aussi un marqueur identitaire fort pour les Hindous, et plus encore pour le BJP, le parti nationaliste du Premier ministre Narendra Modi.
Pour répondre à ces questions, Julie Gacon reçoit Caterina Guenzi, maîtresse de conférences en anthropologie à l’EHESS et Emmanuel Grimaud, anthropologue et directeur de recherche au CNRS.
Seconde partie : le focus du jour
Chez les Jawis de Thaïlande : les pratiques divinatoires pour orienter le cours de sa vie
En Asie du Sud-Est, l’influence des pratiques divinatoires hindouistes comme celle de l’astrologie s’est ressentie depuis plusieurs siècles. Mais si la modernité a eu tendance à réduire le recours à ces pratiques, ce n’est pas terminé. En Thaïlande du Sud, les Jawis, des anciens Malais, construisent tous leurs choix quotidiens grâce aux pratiques augurales. Souvent, c’est aux chamans qu’ils font appel pour leur indiquer les rites à suivre afin de mener à bien leurs différents projets, que ce soit pour entreprendre un voyage ou pour la rentrée à l’université.
AVec Pierre Le Roux, ethnologue, professeur d’université à Strasbourg et membre du laboratoire Sage.
Une émission préparée par Barthélémy Gaillard et Julie Ducos.
Références sonores et musicales
Viswanandana Swami , docteur en physique et promoteur de l’astrologie védique et , Youtube, 15 septembre 2015
A. C. Bhaktivedanta SwamiPrabhupada , fondateur de la société internationale pour la conscience de Krishna et commanditaire du plus grand temple védique au monde, Youtube , 15 septembre 2015
Bhakti Svarupa Damodara Swami, docteur en chimie, Youtube , 15 septembre 2015
Abhigya Anand, astrologue de 14 ans, Tone News, 16 avril 2020