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Regard sur… Psychologie du développement

La psychologie du développement est une branche de la psychologie. Son objet est de comprendre d’une part, comment l’humain se développe, d’autre part, pourquoi il se développe : comment et pourquoi les processus mentaux, les comportements, les performances et capacités changent (se développent ou se perdent) au cours de sa vie humaine. Cette discipline embrasse tous les aspects du développement psychologique (aspects cognitifs, langagiers, affectifs et sociaux) et tous les âges du développement humain, du développement prénatal à la mort.

La psychologie du développement a vu sa définition changer et évoluer au cours des décennies. Elle est plus théorique et moins appliquée que d’autres branches de la psychologie qui s’intéressent spécifiquement aux problèmes liés à un âge ou une période de la vie en particulier (ainsi, elle se distingue de la psychologie de l’enfant).

La discipline s’est construite au début du xxe siècle (histoire de la psychologie). Les approches des théoriciens fondateurs de la psychologie qui ont influencé ou fondé la psychologie du développement (Skinner, Piaget, Bandura, Freud, Erikson, Vygotsky, Eleanor Gibson) ont été très différentes et parfois même opposées. Les approches actuelles continuent de différer en fonction des types de processus ou de pathologies qu’elles étudient et en fonction des méthodes qu’elles utilisent, qui vont des observations cliniques individuelles aux modélisations informatiques, en passant par l’imagerie cérébrale.

Trois générations, la Havane, Cuba.

La discipline est très productive, ayant de nombreux champs de recherche, journaux et sociétés dans le monde entier. Les thèmes d’étude et les méthodes de la psychologie du développement ne cessent de se multiplier et se diversifier.

Les principaux débats et controverses de la discipline portent sur les périodes critiques ou périodes sensibles ; les interactions et l’importance respective de l’inné et de l’acquis ; les stades et leur modélisation (sérielles ou dynamiques). C’est une discipline hétérogène dans ses théories qui ne sont pas toutes intégrées entre elles.

La psychologie du développement est liée à de nombreux autres champs de la psychologie, à la fois pour les concepts qu’elle emprunte (psychologie cognitive, psychodynamique, béhaviorisme, psychologie humaniste, psychologie interculturelle, psychologie sociale, etc.), les thèmes dont elle traite (développement psychomoteur du nourrisson, psychologie de l’enfant, psychogérontologie, psychopathologie, etc.), et les méthodes qu’elle utilise (psychologie expérimentale, éthologie, psychanalyse, neurosciences cognitives, imagerie cérébrale, épidémiologie, etc.).

Histoire de la discipline et définitions actuelles

Antécédents philosophiques

Tandis que de nombreuses sources historiques indiquent que l’enfant a été généralement traité différemment de l’adulte, l’intérêt pour le développement de l’enfant et l’idée que le développement de l’enfant influence ou détermine le reste du développement humain, ne semble émerger qu’au xviiie siècle dans la littérature occidentale. De Condillac (1714-1780) écrit que le bébé naît sans connaissances et en acquiert au cours de son enfance par apprentissage. Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) jouera un grand rôle dans l’intérêt naissant pour l’enfance. Son livre Émile, ou De l’éducation, publié en 1762, influence durablement de nombreux pédagogues de l’époque en France et en Angleterre. Des monographies apparaissent alors, dans lesquels les auteurs expliquent ce qu’ils observent chez l’enfant, sans que cela relève d’une démarche scientifique.

Début de l’intérêt scientifique pour le développement de l’enfant

Premier livre de psychologie du développement de l’enfant, William Thierry Preyer (1882).

Charles Darwin fut le premier à reconnaître l’importance de l’enfance sur l’ensemble du développement humain ultérieur. Dans la perspective évolutionniste qui émerge alors, l’intérêt pour la psychologie de l’individu en développement va prendre son essor. Directement inspiré par la théorie de l’évolution, Ernst Haeckel développe la théorie de la récapitulation selon laquelle l’ontogenèse (développement de l’humain en tant qu’individu, de sa conception à sa mort) est une courte et rapide récapitulation de la phylogenèse (évolution des espèces). Sa théorie dont l’universalité a été invalidée, reste discutée et son principe (utiliser les connaissances en ontogenèse pour mieux comprendre la phylogenèse et vice versa) est utilisée comme modèle d’interprétation théorique dans plusieurs champs de la psychologie du développement (en particulier le développement de la perception, l’acquisition du langage, le développement de la pensée abstraite) ainsi qu’en neurosciences pour mieux comprendre le développement du cerveau humain (discipline du neurodéveloppement).

L’émergence d’un champ d’étude spécifique sur le développement de l’enfant est traditionnellement attribué à la publication du livre de Wilhlem ou William Preyer, physiologiste allemand, Die Seele des Kindes. Beobachtungen über die geistige Entwicklung des Menschen in den ersten Lebensjahren (publié en 1882, traduit en français sous le titre de L’âme de l’enfant). Preyer y décrit méthodiquement le développement de sa fille de sa naissance à l’âge de deux ans et demi. Il y décrit des procédures d’observations systématiques et se montre impressionné par la curiosité démontrée par les nourrissons.

Les premiers journaux scientifiques entièrement dédiés à la psychologie du développement de l’enfant apparaissent dans les années 1890 : L’Année Psychologique, fondée par Alfred Binet en 1894, et Pedagogical Seminary fondé par G. Stanley Hall aux États-Unis en 1891. Les premières chaires universitaires sur le sujet sont mises en place à la Sorbonne et à l’université Clark.

Le terme utilisé pour désigner la psychologie du développement de l’enfant (terme totalement abandonné ensuite) à la fin du xixe siècle est « Paedoskopie ».

La psychologie du développement au début du xxe siècle

Le mouvement amorcé au xixe siècle s’amplifie rapidement. Le début du xxe siècle voit l’émergence de nombreuses théories pédagogiques sous l’impulsion de personnalités comme Alfred Binet en France, Édouard Claparède en Suisse, Ovide Decroly en Belgique, Maria Montessori en Italie. En 1901, Ellen K. S. Key écrit un livre précurseur sur l’éducation et les relations parent-enfant « Barnets århundrade » en 1900 (traduit en français, « Le siècle de l’enfant »). Montessori dira de Key qu’elle avait prédit que le xxe siècle serait le siècle de l’enfant.

La psychologie devient une discipline des sciences humaines à la fin du xixe siècle (voir article détaillé Histoire de la psychologie). Les différents courants théoriques qui détermineront plus tard les courants de la psychologie contemporaine émergent avec Freud (la psychanalyse), Pavlov (le béhaviorisme), puis, avant la Seconde Guerre Mondiale, Piaget (le cognitivisme) et Skinner (le béhaviorisme).

Au début du xxe siècle, la représentation du développement de l’enfant est une représentation continue et régulière du développement, où pour chaque âge correspond un niveau de développement. On retrouve cette approche chez Alfred Binet (modèle du développement de l’intelligence) ou Arnold Gesell (développement général). Par la suite, la notion de stade va émerger. Cette notion de stade fait écho à un grand mouvement de pensée, le structuralisme, qui traverse, à partir des années cinquante, toutes les Sciences humaines et qui conçoit l’organisation du monde et des sociétés en termes de structures. La psychanalyse (avec Lacan), l’ethnologie (avec Lévi-Strauss), la philosophie (avec Barthes, Althusser, Foucault, Derrida, etc.), la sociologie et la psychologie en sont affectées.

Les représentations continues du développement (influencées par les théories évolutionnistes de l’époque) commencent à être remises en cause : Le développement de l’enfant semble en effet discontinu. Certes, les enfants progressent à mesure qu’ils maturent (différences observables sur différentes tranches d’âge), mais certaines performances semblent stagner pendant de longues périodes avant de poursuivre leur développement, et d’autres semblent même disparaître, donnant l’impression que les enfants régressent. Les modèles en échelle de développement (cf. Binet, ou Gesell) sont remplacés par des modèles en paliers, étapes ou stades. On parle de régressions possibles, de déstabilisations avant une nouvelle réorganisation des activités de l’enfant. La perspective diachronique (échelle continue du développement) devient une perspective synchronique (schéma de paliers, de stades).

« L’activité mentale ne se développe pas sur un seul et même plan par une sorte d’accroissement continu. Elle évolue de système en système. Leur structure étant différente, il s’ensuit qu’il n’y a pas de résultat qui puisse se transmettre tel quel de l’un à l’autre. »

Ces stades sont, pour certains auteurs, généraux lorsque l’individu entier est pris en compte (perspective synthétique avec Wallon) ou spéciaux (ou locaux) lorsqu’une seule sphère du développement est étudiée (par exemple Piaget s’intéresse uniquement au développement de la cognition, ou de l’intelligence).

Débuts de la recherche sur l’adolescence

Au début du xxe siècle, le passage de l’enfance à l’âge adulte se fait de plus en plus tard sous l’effet de changements sociaux et politiques. Les enfants passent désormais de plus en plus de temps à l’école et en formation. L’âge de la puberté n’est plus l’âge de l’entrée dans la vie professionnelle et dans la vie adulte. Ainsi au début du xxe siècle, le terme « adolescence » est introduit par le psychologue Stanley Hall, lors de la publication de son ouvrage Adolescence: Its Psychology and Its Relations to Physiology, Anthropology, Sociology, Sex, Crime and Religion (en 1904). Hall fut le premier président de l’American Psychological Association (APA) en 1892 et ses écrits eurent une grande influence sur les éducateurs de l’époque.

Débuts des recherches sur les âges de la vie adulte et le cycle complet de vie

Couple âgé, BrașovRoumanie – photo wikimedia

La psychologie du développement donne une large place à l’enfance puisque c’est la période de la vie où prennent place les principaux changement, ainsi que de très nombreux apprentissages et acquisitions de nouvelles habiletés. L’intérêt pour l’âge adulte est arrivé ensuite. L’étude du développement psychologique humain après l’enfance a débuté quelques décennies après les premières recherches sur le développement psychologique de l’enfant. Hall, mentionné ci-dessus pour ses écrits sur l’adolescence, a été un des premiers psychologues à s’intéresser au vieillissement. Il publie Senescence : The last Half of Life en 1922 alors qu’il a 78 ans. Aux États-Unis, le premier centre de recherche universitaire sur le vieillissement ouvre ses portes en 1928, à l’Université Standford, en Californie.

Le développement pendant l’âge adulte chez les jeunes adultes est étudié en 1930 à l’université de Harvard qui met en place la première étude longitudinale du genre étudiant ses étudiants de 18 ans à l’âge mûr. Dans les années 1950, les psychologues Bernice Neugarten et Warner Schaie étudient le développement humain chez les adultes dits d’âge mûr. Cette nouvelle discipline consacrée à l’étude du vieillissement humain prend pour nom la gérontologie. Désormais, la psychologie du développement ne se définit plus seulement par des modèles d’acquisition d’habileté, de gain, mais porte aussi sur les pertes. Durant le développement, une personne peut faire simultanément des gains dans un domaine mais subir des pertes dans un autre domaine.

Au début du xxe siècle, la psychologie du développement se différencie ainsi de la psychologie de l’enfant. Les psychologues, chercheurs et théoriciens, commencent à décrire le développement humain qui se poursuit tout au long de la vie (les auteurs anglophones utilisant l’expression lifespan development). De grandes études longitudinales allant de l’enfance jusqu’au vieillissement, se mettent en place dans de nombreux pays. L’une des premières étude longitudinale de grande envergure (sur une très large cohorte) est menée en 1921 à l’Université de Standford, sous la direction de Lewis M. Terman10. Cette étude, la Terman Study of the Gifted est (à la date de 2003) l’étude longitudinale la plus longue jamais entreprise au niveau international.

La psychologie du développement contemporaine (fin du xxe siècle et début du xxie siècle)

En 2009, Papalia et al., dans un manuel universitaire, définissent la psychologie du développement humain comme « l’étude scientifique des processus responsables des changements qui interviennent ou non tout au long de la vie des individus ». Cette définition réfère aux changements ainsi qu’à la stabilité au cours du développement. Le développement est défini comme « un processus dynamique, cohérent et organisé qui a une fonction adaptative ».

La plupart des scientifiques concentrent leurs recherches désormais sur des thèmes beaucoup plus spécifiques que leurs précurseurs (par exemple plutôt que l’étude de l’acquisition du langage dans son entier et du nourrisson à l’adulte, les chercheurs étudient l’acquisition de la syntaxe, ou la prosodie, et autres spécificités). Le défi que les chercheurs doivent relever dans les années qui viennent est de comprendre comment ces différentes fonctions se coordonnent, et transforment les activités et les niveaux cognitif et conatif des enfants.

La compréhension du développement intègre désormais le contexte d’apparition des comportements et/ou des conduites et des caractéristiques du milieu environnant dans lequel l’individu évolue. Cette approche s’accompagne d’un intérêt pour les différences individuelles. Bien que beaucoup de processus (ou stratégies) de développement soient universels, leur actualisation dépend de variables culturelles, sociales et environnementales. L’étude des différences individuelles renseigne donc également sur des phénomènes universaux, communs à toutes les cultures ou types d’environnement (chez l’enfant par exemple, le style parental).

La psychologie du développement du début des années 2000 s’intéresse aux changements quantitatifs (mesurables, par exemple : « nombre de mots de vocabulaire ») et qualitatifs (référant à la nature de la personne, par exemple : l’évolution de l’attachement chez l’enfant ; l’orientation vers une nouvelle carrière chez l’adulte). Ces changements touchent à tous les domaines du développement humain : développement physique (par exemple la surdité influence l’acquisition du langage ; les changements hormonaux de l’adolescence influencent l’estime de soi ; les modifications physiques accompagnant le vieillissement influencent les performances mnésiques) ; développement cognitif (perception, apprentissage, mémoire, langage, raisonnement, etc.) ; et développement affectif et social, ou socio-affectif (émotions, personnalité, relations aux autres). Tous ces aspects sont connectés, bien qu’ils aient souvent été étudiés séparément par les nombreux chercheurs en psychologie du développement afin de travailler sur des hypothèses pouvant être testées expérimentalement.

Changements d’appellation de la discipline et différence avec la psychologie de l’enfant

L’expression psychologie génétique a été utilisée dans un sens analogue, mais cette terminologie tombe en désuétude. Outre certaines différences conceptuelles, les termes de psychologie génétique ont été abandonnés, afin d’éviter l’équivoque du terme génétique, qui, dans ce domaine, était lié au concept de genèse, c’est-à-dire au processus de croissance de l’individu, et non pas aux gènes, supports admis de l’hérédité biologique.

La psychologie du développement (ou psychologie développementale) prend ses racines, historiquement, dans la psychologie de l’enfant, étudiant par exemple l’acquisition du langage ou la manière dont l’enfant apprend à compter. Cependant, elle s’en distingue désormais. On parle de psychologie de l’enfant lorsque le sujet d’étude est étudié en soi, et non pour comprendre et modéliser les processus de développement dans leur ensemble. La psychologie de l’enfant cherche à comprendre le fonctionnement de celui-ci à des différents âges, avec ses réussites, ses échecs, ses envies, ses besoins, et bien d’autres aspects qui représentent l’enfant en tant qu’individu, dans une perspective synthétique. La psychologie du développement a une approche analytique : il s’agit d’observer et de modéliser les changements à travers les âges, et pour cela, la plupart des chercheurs actuels étudient le développement de processus ou habiletés très spécifiques, pour parvenir à une analyse fine et détaillée des processus en cause.

Les grandes étapes du développement psychologique

Les périodes du développement humain sont toujours données de manière approximative. Elles ne peuvent être définies de manière absolue car les étapes du développement psychomoteur et psychologique varient beaucoup en fonction des individus et des populations étudiées. Cependant, les différentes disciplines des neurosciences et de la psychologie s’accordent pour catégoriser les grandes étapes du développement humain qui correspondent aux périodes suivantes (les âges peuvent varier légèrement selon les auteurs et les organisations) :

  • La vie prénatale, avant la naissance (vie embryonnaire, fœtus) ; et la période périnatale (de quelques semaines avant la naissance à quelques jours après)
  • Le nouveau-né (de la naissance à environ un mois) et le nourrisson (de 1 mois à environ 1 an, âge de la marche)
  • La petite enfance (de 1 an à environ 5 ou 6 ans, âge qui marque les débuts de la scolarisation qui diffère en fonction des pays); on parle aussi d’enfant d’âge préscolaire (de 3 à 6 ans environ)
  • L’enfant d’âge scolaire (de 5 ou 6 ans à 12 ou 13 ans ; bien que la scolarité ne s’arrête pas à cet âge, on parle ensuite d’adolescence)
  • L’enfance au sens large embrasse la période qui va de la naissance à la puberté (voir psychologie de l’enfant)
  • L’adolescence (de 12 ou 13 ans environ à 18 ans, âge de la majorité sur un plan légal) incluant la pré-adolescence (12 à environ 14 ou 15 ans) puis l’âge de puberté. On peut aussi utiliser des catégories évoquant le niveau scolaire, on parle de niveau d’enseignement secondaire avec l’entrée au collège.
  • L’âge adulte inclut toute la période de vie qui suit l’adolescence.
  • Certains auteurs différencient le jeune adulte (de 18 ans à 40 ans environ) et l’adulte d’âge mûr (40 à 65 ans environ).
  • La personne âgée et le 3e âge (de 60 ans à la mort, selon la définition de l’OMS15); on parle aussi d’adulte d’âge avancé (plus de 65 ans).
  • La mort et le deuil (voir thanatologie et soins palliatifs).

Courants théoriques et disciplines de la psychologie du développement

Tous les grands courants de la psychologie s’intéressent au développement humain : L’approche psychanalytique ou psychodynamique, l’approche béhavioriste (dite aussi comportementaliste), l’approche cognitiviste, l’approche humaniste, l’approche écologique, etc. Le développement psychologique intéresse également la médecine (la pédopsychiatrie ou psychiatrie de l’enfant, la pédiatrie), les sciences de l’éducation, et les neurosciences (voir neuroscience cognitive du développement). Chaque approche est différente parce que chacune pose des questions différentes, le développement étant trop complexe pour être modélisé dans son entier. Aucune de ces approches ou des théories (explosées en détail ci-dessous) ne peut à elle seule expliquer le développement très complexe de l’humain. Pour ces raisons, elles ont donc forcément toutes leurs limites et font ainsi l’objet de débats et de critiques (voir section ci-dessous sur les plus importants débats de la discipline).

Les approches diffèrent également parce qu’elles utilisent des méthodes différentes. Les approches méthodologiques sont différentes parfois pour des raisons théoriques (voir controverses ci-dessous). Mais surtout, les approches méthodologiques sont diverses car chaque question spécifique exige une technique spécifique pour y répondre : par exemple, la mesure de potentiels évoqués, qui est une technique de neuro-imagerie donnant des informations fines sur les changements physiologiques de l’ordre de la milliseconde, ne peut pas fournir des informations sur les émotions subjectives d’un individu comme le ferait une échelle de dépression qui est un questionnaire.

Elles différent enfin parce qu’elles s’intéressent souvent à certaines périodes du développement plutôt qu’à d’autres. Il est rare que les psychologues étudient ou modélisent tout l’empan de vie, ou lifespan. Pour une approche par grandes périodes du développement, nous renvoyons aux articles de psychologie traitant spécifiquement de ces périodes (voir section suivante). La partie qui suit présente les différentes disciplines de la psychologie du développement ainsi que les principales approches théoriques qui ont dominé et dominent encore dans la recherche du début du xxie siècle.

Le développement perceptif et les théories du développement perceptif (E. J. Gibson)

Eleanor Gibson (1993)

Le développement de la perception débute dès la vie intra-utérine. Les recherches expérimentales dans le domaine montrent que le fœtus perçoit la voix de sa mère, certaines mélodies, ou encore certaines odeurs, pour lesquelles il montre des réponses physiologiques différentes (ses battements de cœur montrent une accélération ou un ralentissement) dans des paradigmes d’habituation.

Le développement perceptif est très précoce. Les systèmes sensoriels primaires arrivent à maturation avant tous les autres : les aires cérébrales primaires visuelles et auditives, tout comme les aires motrices, arrivent à maturité bien avant les aires associatives et les aires cérébrales dédiées aux hautes fonctions cérébrales.

Chez le nourrisson, on peut étudier le développement perceptif en s’appuyant sur sa mémoire et son attention, c’est le principe des paradigmes d’habituation. Ainsi, un adulte (par exemple la personne qui s’occupe habituellement du nourrisson) expose le nourrisson de manière répétée à des stimuli (par exemple, un cercle jaune lui est montré pendant plusieurs minutes par jour sur une période de plusieurs jours). Lors de l’expérimentation finale, l’expérimentateur observe si les réactions du nourrisson sont celles d’une habituation (absence de réaction physiologique particulière, absence d’intérêt) ou celles d’une réaction à une nouveauté (augmentation de la succion, augmentation des battements de cœur, plus longue durée de fixation du stimulus nouveau par rapport au stimulus connu). Dans une telle expérience, Bushnell et al. (1984) ont montré que des nourrissons de 5 semaines et 9 semaines pouvaient ainsi discriminer des couleurs et des formes géométriques. Ce type d’expérience a permis de montrer que, bien que le système sensoriel telle que la vision, soit encore immature à la naissance, les habiletés perceptives du nourrisson sont assez sophistiquées.

La psychologue américaine Eleanor J. Gibson a étudié durant toute sa carrière le développement des systèmes perceptifs des nouveau-nés et des enfants. Elle fut une des pionnières dans la discipline : Son ouvrage de 1969 met en avant le concept d’apprentissage perceptif. Son approche, développée en collaboration avec son mari, le psychologue James J. Gibson, est la Gibsonian ecological theory of development avec pour concept nouveau, le concept d’affordance. Sur le plan méthodologique, elle est connue pour avoir mis au point l’expérience de falaise visuelle. La falaise visuelle est un dispositif expérimental qui permet de donner l’illusion d’une plateforme terminée par un trou, dont l’expérimentateur contrôle les caractéristiques, tout en assurant la sécurité des sujets sur la plateforme. Ce paradigme appliqué à des nourrissons de 6 à 14 mois a permis à Gibson et Walk (1960) de mettre en évidence que beaucoup de nourrissons refusent d’avancer devant ce qui leur apparaît comme un vide (alors qu’en fait ils peuvent sentir avec leurs mains le plexiglas), tandis que d’autres avancent sans paraître perturbés par l’illusion. Le paradigme renseigne les expérimentateurs sur le développement de la perception de la profondeur et de la vision en trois dimensions (ce paradigme a été également utilisé sur des animaux). Ce paradigme expérimental a ouvert un débat sur le caractère inné ou appris de la profondeur, Gibson et Walk concluant que la vision de la profondeur est une perception apprise et non innée .

Le développement des comportements sociaux (béhaviorisme et théorie de l’apprentissage social)

Pour les béhavioristes ou comportementalistes, la psychologie est l’étude observable du comportement animal et humain (behavior est un terme anglais qui signifie comportement). C’est une approche fonctionnelle du comportement : le comportement est fonction (au sens mathématique) d’un stimulus (quelque chose qui dans l’environnement, provoque, augmente ou diminue la réponse). La base du béhaviorisme (ou comportementalisme) repose sur le schéma stimulus-réponse (S-R). Selon les béhavioristes, les comportements innés sont peu nombreux. L’essentiel des comportements humains résulte d’apprentissages. C’est une approche déterministe du développement.

Les béhavioristes ont mis en évidence deux types d’apprentissage :

  • Le conditionnement répondant également appelé conditionnement classique ou pavlovien (du nom du physiologiste russe et prix Nobel, Ivan Pavlov) : un stimulus environnemental (neutre) entraîne une réponse apprise car il a été associé à un stimulus inconditionnel. Pavlov observe ce phénomène en étudiant des chiens. Lorsqu’une cloche (stimulus neutre) sonne quand un expérimentateur entre nourrir les chiens, les chiens salivent à l’arrivée de la nourriture (réponse inconditionnelle) ; et après quelques essais, les chiens salivent lorsque la cloche sonne (qui est au départ un stimulus neutre et devient un stimulus conditionnel).
  • Le conditionnement opérant ou instrumental : la probabilité qu’un comportement se répète diminue ou augmente en fonction de renforcements donnés par l’environnement.
    John B. Watson est le premier béhavioriste à appliquer ces principes au développement des enfants. Ainsi un enfant apprend à aimer ses parents lorsqu’il reçoit d’eux de l’affection (nourriture, chaleur, caresses…). Si un parent effraie son enfant et le fait à plusieurs reprises, l’enfant développe une peur ou angoisse de ce parent, même lorsque ce parent ne montre plus de comportements agressifs. C’est le principe de la réponse conditionnelle (qui est déterminée par des réflexes) du conditionnement répondant ou classique.

Burrhus F. Skinner applique les principes du conditionnement opérant au développement de l’enfant. Dans le conditionnement opérant, un comportement (qui n’est pas un réflexe ou une réponse automatique à un stimulus) est encouragé. Par exemple, si un enfant se met à rire et que ses parents montrent une réponse qui lui est agréable (lui sourient, lui prêtent attention), l’enfant continue à rire et répète son rire pour continuer à provoquer la réponse agréable : on parle de renforcement positif. Si un enfant enfile ses gants avant de sortir jouer dehors, pour éviter d’avoir froid, on parle de renforcement négatif (le comportement évite une sensation désagréable, ici la sensation de douleur due au froid). Le renforcement dit négatif est différent de la punition (infliger une conséquence désagréable pour voir un comportement disparaître). La punition par stimulus (en) peut être négative (au sens mathématique, parce qu’on enlève) quand on enlève un stimulus agréable (on reprend, on prive l’enfant de quelque chose qu’il aime). La punition peut être positive (positive parce qu’on ajoute), lorsqu’on ajoute un stimulus désagréable (réprimander).

De nombreuses études se sont mises en place pour modéliser et augmenter l’efficacité de ce type d’apprentissage. Les questions posées sont celles des durées et fréquences des schémas S-R, la nature du renforcement (ce qui est un renforcement pour une personne peut être vécu comme une punition par une autre, par exemple des éloges publics), et l’efficacité des punitions (beaucoup de théoriciens pensent que la punition n’est pas un bon moyen de modifier le comportement). Les punitions posent aussi des problèmes éthiques.

L’approche béhavioriste a ses points forts et ses limites. Le béhaviorisme est une approche expérimentale et scientifique (objective). Le conditionnement est « un outil puissant, utilisé pour former ou modifier les comportements », qui a donné lieu à des thérapies comportementales ou thérapies cognitivo-comportementales basées sur des approches d’observation objectives des changements de comportements indésirables. Skinner est le psychologue le plus cité au xxe siècle. Cependant, le béhaviorisme du début du xxe siècle ne donne aucune importance au vécu subjectif des personnes durant l’apprentissage. Il sera, dès ses débuts, fortement critiqué à l’extérieur de la discipline (par le courant psychanalytique d’abord). Beaucoup de chercheurs, dit néobéhavioristes (en), s’inspirent des théories du conditionnement mais y ajoutent l’étude de la pensée subjective dont ils reconnaissent l’importance dans l’apprentissage (cf. néobéhaviorisme).

L’apprentissage social ou apprentissage par observation

Telle mère, telle fille (Rotterdam, 2016)

Dans la lignée de l’approche expérimentale et des béhavioristes, Albert Bandura a montré que l’enfant peut apprendre sans renforcements directs et de manière beaucoup plus active que ne le montraient les modèles béhavioristes classiques. Il a décrit l’apprentissage par observation. Dans une de ses premières études, il a démontré (avec Richard Walters) que des enfants observant un comportement agressif ont plus de risques de répéter ce comportement, ou ce modèle (dans son exemple : frapper une poupée) lorsqu’ils l’observent directement mais aussi si le comportement est présenté sur un support médiatique (télévision). Un tel apprentissage s’explique par l’observation simultanée des conditions d’apparition du comportement (stimulus) et des conséquences renforçatrices (au sens béhavioriste). Bandura parle de renforcement par substitution ou renforcement vicariant : si le modèle est récompensé (ou puni) après l’exécution de son comportement, l’observateur aura tendance à reproduire (ou éviter) le comportement. Il s’agit d’un apprentissage social que Bandura nommera la théorie sociale cognitive en 1993. Cette approche est donc néobéhavioriste car elle reconnaît l’importance de la pensée dans l’apprentissage. Ainsi, l’enfant peut choisir ses modèles. Les processus cognitifs en jeu sont la capacité d’attention, l’organisation mentale de l’information sensorielle, et la mémoire. À partir de ses observations et des réactions de l’environnement dans divers contextes lorsque l’enfant imite les comportements (par exemple, s’habiller comme une célébrité qu’il admire), l’enfant forme peu à peu ses jugements et affine sa sélection des modèles. Il développe ainsi son sentiment d’efficacité personnelle. Concept important de la théorie d’apprentissage social, l’efficacité personnelle (self-efficacy en anglais) est, pour un humain, « sa conviction de détenir les capacités nécessaires pour réussir ce qu’il entreprend« .

Au début du xxie siècle, la vaste majorité des chercheurs considère l’apprentissage, non plus comme un simple conditionnement, mais, comme l’a fait Bandura, comme un processus complexe où la cognition intervient dans un contexte social et culturel qui contribue à la diversité des apprentissages. Les recherches et théories de Bandura ont eu une influence énorme sur de nombreux champs de la psychologie et sur l’éducation. Ses recherches ont permis de mieux comprendre l’acquisition de pratiques sociales, culturelles et politiques, l’acquisition du langage, l’acquisition des comportements reliés au genre, le développement du sens moral, entre autres.

Modèle béhavioriste de développement

Le courant béhavioriste a considéré qu’il y avait une continuité phylogénétique et ontogénétique du comportement : l’étude de l’animal et celle de l’homme ne pouvaient être disjointes. Dans les modèles de Skinner ou de Bandura, le développement humain en tant que tel n’est pas modélisé. Sidney W. Bijou (en) (1984) fut un des pionniers des psychologues développementaux s’appuyant sur les recherches béhavioristes. Il a travaillé à des méthodes éducatives et des thérapies de l’enfant qui avaient pour principe de renforcer les comportements souhaitables (par compliment, embrassade, bonbon, par exemple) et d’ignorer (plutôt que de punir) les comportements posant problème. Il a proposé un modèle théorique béhavioriste du développement de l’enfant comportant trois phases principales :

  • la phase des fondations : de la naissance à 2 ans. L’enfant est sous la contrainte de son immaturité organique. Mais, en fonction de ses apprentissages progressifs, il explore son environnement. Des comportements opérants élémentaires se mettent en place (i. e., contractions de l’estomac – pleurs – préparation du biberon – prise du biberon – satiété ; puis, à force de répétition, l’enfant comprend que ses pleurs font intervenir l’adulte) ;
  • la phase dite de base : de 2 à 6 ans. Le développement organique s’opère et permet à l’enfant d’interagir plus facilement avec son environnement physique et familial. Les bases des répertoires comportementaux (habileté motrice, intelligence, langage, personnalité) sont mises en place et se développeront jusqu’à l’âge adulte ;
  • le stade social : de 6 ans à l’âge adulte. Il permet l’évolution des répertoires comportementaux de la phase précédente. L’enfant sort de son milieu familial et son environnement social s’en trouve modifié (école, centre de vacances, amis, etc.).

Le développement cognitif

La psychologie cognitive s’intéresse surtout au développement de l’intelligence et des processus cognitifs (la perception, la mémoire, le langage, le raisonnement, etc.) qui sont inférés par l’observation des comportements. Parmi les grands théoriciens de cette branche, les plus cités sont Jean Piaget, qui a jeté les fondements d’une théorie sur le développement de l’intelligence (voir Histoire de la psychologie cognitive), et Lev Vygotsky, qui a observé le développement de l’intelligence chez l’enfant en interaction avec son contexte socioculturel. Par ailleurs, une autre approche s’est également développée, la théorie du traitement de l’information, rendant compte de processus spécifiques, comme la rétention d’information, ou la reconnaissance des visages ou du langage. À la fin du xxe siècle, d’autres théories ont émergé.

Dieudonné serait Franc-maçon… les preuves évidentes

Comme vous pouvez le constater, cet article trône dans la rubrique « Tablier Déchainé » tant il est édifiant. Son auteur se surnomme « Enfant du Dieu Saint ». Il faut avouer qu’il est assez gratiné ce garçon. Les deux vidéos ci-dessous sont la démonstration de son inculture de la Franc-maçonnerie et son besoin de trouver un bouc émissaire. Le plus drôle de cette affaire est que ce dernier est Dieudonné, qui a justement fait parler de lui il y a quelques jours avec sa lettre de demande de pardon.

30/03/23 : Les Entretiens Pic de la Mirandole (GLDF-GLNF)

Lors de l’émission « Divers aspects de la pensée contemporaine » du dimanche 20 novembre 2022 sur France Culture, station de radio culturelle nationale publique française du groupe Radio France, Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France, annonçait « les Entretiens ». Une information que nous reprenions, le 7 décembre dernier, dans notre article « GLDF : De Pic de la Mirandole à TikTok ».

Aujourd’hui, c’est sur son site que la Grande Loge diffuse, sous cette forme, cet événement : « 30/03/23 : Les entretiens Pic de la Mirandole (GLDF-GLNF)

LES ENTRETIENS PIC DE LA MIRANDOLE 2023

Le 30 mars 2023 de 19h30 à 22h,  la Grande Loge de France et la Grande Loge Nationale Française organisent les 2ème Entretiens Pic de la Mirandole autour de conférences portant sur le thème « Les Temps de la Renaissance ».

L’événement aura lieu à la Maison des Maçons de la GLNF au 12 rue Christine de Pisan à Paris 17 (métro : Pont Cardinet). Les « Entretiens » nous offriront quatre conférences de :

Jean-Luc Leguay, Maître enlumineur
  • Bruno Pinchard, écrivain, philosophe
  • Pascal Brioist, professeur à l’Université de Tours et membre du Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance
  • Jean-Luc Leguay, Maître enlumineur
  • Pascal Lardellier, professeur des Universités à l’Université de Bourgogne

Inscription obligatoire »

27/01/2023 : Soirée retrouvailles à Vitry sur Seine (94)

Maçons et profanes sont invités vendredi 27 à partir de 19h30

Pour échanger, et partager « le pain et le sel », chacun amène au buffet de la fraternité.

CONFERENCE INTERACTIVE :

« Que disent vos mains et vos empreintes digitales sur vos aspirations innées » Par Jean de Bony, expert en biotypologie et conseil en évolution personnelle, co-auteur de l’ouvrage :

« Vos mains disent tout de vous ».

Son livre sera dédicacé en fonction de vos empreintes digitales.
Ripailles, rire et danse et bonne humeur.

cocktail au travail discussion
cocktail au travail discussion rencontre

Pour participer inscription (gratuite) obligatoire :

Jocelyne : 06 99 24 19 48, en compagnie de Marie : 06 46 62 30 28,

Accueil dès 19h30 au :
64 Avenue du groupe Manouchian – 94400 Vitry sur seine (Grand portail bleu).
Par le RER C : les Ardoines.
Par LE RER D : Maison Alfort bus 172 descendre à Gabriel Peri.
Ou métro ligne 7 mairie d’Ivry et bus 182 descendre à Daniel Casanova.

25/01/23 : Burns Supper, pour les Écossais répandus sur toute la surface de la Terre…

Robert Burns (1759-1796) est un poète écossais, l’un des plus connus à avoir écrit en scots. Considéré également comme un précurseur du romantisme, il devient une source d’inspiration pour le libéralisme et le socialisme. Son influence générale sur la littérature écossaise est considérable.

Robert Burns, Depute Master, Tarbolton Lodge Kilwinning St James No. 135 (Musée de Robert Burns)

Son œuvre, inspirée de la vie à la campagne, de la nature et de culture populaire est aussi nourrie de nombreuses références à la poésie classique et contemporaine. Son audace naturelle l’amène à refuser les normes critiques de son époque. Sa poésie d’une grande sensibilité a contribué à l’éclosion du romantisme.

Il fut un critique acide de l’Église calviniste et de l’aristocratie, ce qui lui valut de grandes inimitiés.

Robert Burns, « Scotland’s favourite », est le

« fils préféré de l’Écosse ».

La Burns Night et le Souper

La Burns Night marque l’anniversaire de la naissance de Robert Burns, tous les ans, le 25 janvier. Tenu dans le monde entier à l’occasion de la Burns Night, où aux alentours de celle-ci, un souper de Burns traditionnel est un événement se déroulant en soirée pour célébrer la vie et l’œuvre du poète.

Au commencement

Le premier souper de Burns fut organisé en juillet 1801, lorsque neuf proches amis de Burns se réunirent pour marquer le cinquième anniversaire de sa mort. La soirée, qui se déroula au Burns Cottage à Alloway, inclut un repas savoureux, avec du haggis, des représentations des œuvres de Burns et un discours en l’honneur du grand barde, désormais connu sous le nom de Souvenir inoubliable.

La soirée connut un tel succès qu’ils décidèrent de célébrer à nouveau l’événement, cette fois-ci en l’honneur de la naissance de Robert Burns. C’est ainsi que débuta cette tradition que l’on célèbre toujours aujourd’hui.

Haggis

Une agape bien ordonnancée

Tous les convives dégustent un repas copieux, qui comprend du haggis, des navets et des pommes de terre, accompagnés d’une goutte de whisky, des poèmes et des chansons de Burns sont récités et l’on rend hommage au grand barde.

Chaque souper de Burns est unique, mais se déroule généralement de la manière ci-dessous :

Robert Burns

Pour commencer : tout le monde se rassemble, l’hôte prononce quelques mots, tout le monde s’assied et la Selkirk Grace est dite.

Le repas : l’entrée est servie, le haggis est introduit au son des cornemuses, les hôtes récitent Address to a Haggis, tout le monde trinque à santé du haggis et le repas principal est servi, suivi du dessert.

En fait, dire «santé» en trinquant est une tradition qui remonterait au Moyen-Âge, et même de l’Antiquité selon d’autres historiens. Nos ancêtres de l’époque médiévale croyaient vraisemblablement pour leur part que boire de l’alcool et que l’ivresse étaient bénéfiques pour notre corps. D’après leurs croyances, l’alcool aurait permis à notre organisme de se purifier et à récupérer (en tout cas, à bien dormir). À l’Antiquité, nous aurions plutôt dit « santé » en référence à un rite religieux qui invitait à boire la boisson de la vie, en l’honneur des dieux et des morts.

Après le repas : la première récitation de Burns a lieu, le Souvenir inoubliable, le discours principal en hommage à Burns, est prononcé, la deuxième récitation de Burns a lieu. Elle est suivie d’un Toast aux dames, puis d’une Réponse au Toast aux dames, avant que la dernière récitation de Burns ne soit prononcée.

Signature du poète

Pour finir la soirée : les hôtes remercient les participants, tout le monde se lève et chante « Auld Lang Syne » bras dessus bras dessous et en se donnant la main lorsque les mots « Voici ma main, mon cher ami ! » sont prononcés.

Le « Auld Lang Syne » accompagne certaines cérémonies maçonniques

C’est une chanson écossaise plus connue des francophones sous le nom de « Ce n’est qu’un au revoir », signifie en scots, dialecte Lallans, « Depuis longtemps », « Les jours passés d’il y a longtemps », « Les jours d’antan », ou aussi « l’Amitié de vieille date ». En français et en anglais, ce chant est souvent repris à la nouvelle année ou à la fin de réunions amicales ou de certaines cérémonies maçonniques. Cette chanson, dans sa version Chant des Adieux, est parfois chantée à la fin des tenues maçonniques, lors de la « chaîne d’union », c’est-à-dire juste avant que les francs-maçons ne se séparent.

Une taverne à son effigie.

On doit la transcription et la publication de cette ancienne ballade écossaise à Robert Burns à la fin du XVIIIe siècle, à partir de fragments d’une chanson écossaise plus ancienne. En 1920, c’est le Père Jacques Sevin qui en écrivit les paroles françaises.

Elle fait également partie des nombreux et variés Volkslieder, Chants populaires, ré-harmonisés par Beethoven dans son recueil Douze chants écossais, WoO 156 (1818), dans une harmonisation pour soprano, ténor et basse, avec accompagnement de violon, violoncelle et piano.

Le 1er Janvier 2022, nous avions publié « Analyse d’un chant maçonnique très connu »

Pour l’écouter, en anglais

Pour mémoire, Robert Burns a été initié au sein de Lodge St. David, Tarbolton le 4 juillet 1781, à l’âge de 23 ans. Affilié à Lodge St. James Burns, le 27 juillet 1784, il y est élu « Depute Master » à 25 ans.

Sources : Wikipédia, Wikimedia Commons, visitscotland.com, robertburns.org.uk, babelio.com

Monument au square Dorchester, Montréal, Québec.

Société secrète… P2 ou Propaganda Due

Propaganda Due (prononciation italienne) ou P2 est une loge maçonnique dépendant du Grand Orient d’Italie de 1945 à 1976, puis une loge pseudo-maçonnique (également qualifiée de loge « noire » ou loge « clandestine ») dont l’existence était illégale (au regard de la constitution italienne interdisant les loges secrètes et l’appartenance de représentants de l’État à des organisations secrètes) de 1976 à 1981. La rédaction avait déjà traité ce sujet en août 2021, grâce à une émission de France-Inter.

Licio Gelli

Durant les années pendant lesquelles la loge était dirigée par Licio Gelli, P2 a été impliquée dans plusieurs affaires criminelles italiennes, dont la faillite de la banque Ambrosiano étroitement liée au Vatican, les assassinats du journaliste Mino Pecorelli et du banquier Roberto Calvi et des affaires de corruption reliées au scandale des pots-de-vin de Tangentopoli. Les agissements troubles dans le cadre de la P2 ont commencé à être révélés au début des années 1980, avec les enquêtes sur la faillite de l’empire financier de Michele Sindona, un banquier lié à la mafia et au Vatican.

La P2 a parfois été qualifiée d’« État dans l’État », ou de « gouvernement de l’ombre ». La loge comprenait parmi ses membres des journalistes influents, des élus parlementaires, des industriels et des officiers militaires de haut rang. Les noms de Silvio Berlusconi, de l’héritier du trône d’Italie et des chefs des trois branches des services secrets italiens sont notamment apparus dans les listes de membres de la loge.

En perquisitionnant la villa de Licio Gelli, la police a trouvé un document baptisé « Plan de la renaissance démocratique », qui appelait à la concentration des médias, à la suppression des syndicats et à la réécriture de la Constitution de la République italienne.

En dehors de l’Italie, la P2 a également été active en Amérique latine pendant la période de la guerre sale.

Création

La loge Propaganda a été fondée en 1877 à Turin, sous le nom de « Propaganda Massonica » (Propagande maçonnique). Cette loge était fréquentée par des politiciens et des hauts-fonctionnaires de toute l’Italie qui ne pouvaient pas participer aux réunions de leur propre loge et incluait des membres importants de la noblesse piémontaise.

Lino Salvini

Cette loge n’était pas vraiment secrète car des personnages éminents en faisaient partie comme Zanardelli, ministre de la Justice ou le poète Carducci. La « propagande » de cette loge consistait à diffuser les valeurs maçonniques (progrès, laïcité et liberté) à travers les institutions politiques et citoyennes. Cette loge a été créée dans la mouvance insurrectionnelle de l’époque pour permettre que des frères comme Garibaldi échappent aux devoirs de maçons et puissent se réunir entre eux, en dehors des temples et des rites maçonniques. Cette organisation élitiste, en dehors de la légalité maçonnique, ne communiquait pas toujours le nom de ses membres à l’obédience.

Le nom a été changé en « Propaganda Due » après la Seconde Guerre mondiale, quand le Grand Orient d’Italie a numéroté ses loges. Dans les années 1960, la loge était moribonde, organisant peu de réunions. La loge originelle n’avait plus grand-chose à voir avec celle que Licio Gelli a développée après y être entré en 1966, deux ans après avoir été lui-même initié comme franc-maçon.

Benito Mussolini

La franc-maçonnerie italienne avait été interdite par le régime fasciste de Benito Mussolini, mais a pu renaître après la Seconde Guerre mondiale dans l’Italie sous influence américaine. Cependant, sa tradition de libre-pensée de l’époque du Risorgimento a été supplantée par un anticommunisme fervent. La progression de l’influence politique de la gauche à la fin des années 1960 a profondément inquiété les francs-maçons italiens. En 1971, Lino Salvini, le Grand Maître du Grand Orient d’Italie, la principale obédience maçonnique du pays a confié à Licio Gelli, Vénérable Maître entre 1970 et 1981, la mission de réorganiser la Loge P23.

Gelli a récupéré une liste de « membres dormants », des membres qui n’étaient plus invités à prendre part aux rituels maçonniques, car la franc-maçonnerie italienne était sous la surveillance étroite des démocrates-chrétiens au pouvoir. À partir de ces relations réactivées, Gelli a pu étendre son réseau à travers tous les niveaux de l’élite italienne.

Radiation par le Grand Orient

Grand Orient d’Italie

En 1974, il est proposé en interne d’effacer la P2 de la liste des loges maçonniques du Grand Orient d’Italie. Cette décision est acceptée à une écrasante majorité. Cependant, en 1975, le Grand Maître Lino Salvini émet un mandat pour une nouvelle loge P2. En 1976, à la demande de Gelli, le Grand Orient la suspend sans la radier. Gelli étant toujours actif dans les instances nationales du Grand Orient deux ans plus tard, finançant la réélection de Lino Salvini comme Grand Maître. En 1981, un tribunal maçonnique confirme que le vote de 1974 signifiait que la loge P2 avait cessé d’exister et que la loge de Gelli fonctionnait depuis cette date de manière illégale.

Révélations

La loge P2 a été découverte par les procureurs enquêtant sur le banquier Michele Sindona, sur la faillite de sa banque et ses liens avec la mafia. Une liste de membres de la loge a été découverte dans la villa de Gelli à Arezzo lors d’une perquisition en mars 1981 et contenait 962 noms, parmi lesquels d’importants représentants de l’État, plusieurs grands officiers militaires dont les chefs des trois branches des services secrets italiens. Le futur président du Conseil Silvio Berlusconi, qui n’était pas encore entré en politique, était sur cette liste. Victor Emmanuel, le fils du dernier roi d’Italie, y figurait également.

Le président du Conseil Arnaldo Forlani (dont le chef de cabinet était lui-même un membre de la P2) a nommé une commission d’enquête parlementaire présidée par la démocrate-chrétienne indépendante Tina Anselmi. Néanmoins, en mai 1981, Forlani a été obligé de démissionner, le scandale ayant causé la chute de son gouvernement en éclaboussant plusieurs membres des partis au pouvoir, dont Démocratie chrétienne et le Parti socialiste italien (PSI).

Aldo Moro

En juillet 1982, de nouveaux documents ont été découverts cachés dans le double-fond d’une mallette appartenant à la fille de Gelli, à l’aéroport de Rome-Fiumicino. Les deux documents étaient intitulés « Memorandum sulla situazione italiana » (Memorandum sur la situation italienne) et « Piano di rinascita democratica » (Plan de renaissance démocratique), et ont été considérés comme le programme politique de la P2. Selon ces documents, les principaux ennemis de l’Italie étaient le Parti communiste italien (PCI), second parti politique italien en nombre de voix, et les syndicats. Ils devaient être isolés, et la coopération avec les communistes, qui avait été proposée dans le « compromis historique » d’Aldo Moro (assassiné par les Brigades rouges en 1978) devait être empêchée.

Licio Gelli

L’objectif de Gelli était de former une nouvelle élite politique et économique pour diriger l’Italie, dans une forme de démocratie de droite et autoritaire, guidée par une préoccupation anticommuniste. La P2 défendait un programme de vaste corruption politique : « Les partis politiques, les journaux et les syndicats peuvent être les objets d’éventuelles sollicitations qui pourraient prendre la forme de manœuvres économiques et financières. La mise à disposition de sommes n’excédant pas 30 à 40 milliards de lires devrait être suffisante pour permettre à des hommes soigneusement choisis, agissant de bonne foi, de conquérir des positions clés pour un contrôle global ».

Influence de la P2

Les opinions divergent sur l’influence et la portée de la P2. Certains commentateurs perçoivent la P2, dans le contexte des années de plomb en Italie, comme un gouvernement de l’ombre réactionnaire, prêt à renverser le pouvoir en cas de victoire électorale du PCI. D’autres pensent que ce n’était rien de plus qu’une sordide association de personnes avides de pouvoir et désireuses de faire progresser leurs carrières en tissant un puissant réseau. Quoi qu’il en soit, la P2 a été impliquée dans nombre de scandales et d’affaires mystérieuses en Italie.

Relations internationales

Juan Perón entre 1945 et 1955

En dehors de l’Italie, la P2 était également très active en Uruguay, au Brésil, et en Argentine, pendant la période de la guerre sale. Licio Gelli insinuait fréquemment qu’il était un ami proche de Juan Perón. Raúl Alberto Lastiri, président par intérim de l’Argentine en 1973, était un membre de la loge, de même qu’Emilio Massera, membre de la junte militaire argentine dirigée par le général Videla de 1976 à 1978, ainsi que José López Rega, ministre des Affaires sociales dans le gouvernement de Perón et fondateur de l’Alliance anticommuniste argentine, et le général Guillermo Suárez Mason.

Organisation criminelle

Commission d’enquête parlementaire

Tina Anselmi

La commission d’enquête parlementaire présidée par Tina Anselmi a conclu que la loge P2 était une organisation criminelle secrète. Des allégations de relations internationales clandestines ont été en partie confirmées. Il s’agissait principalement de relations avec l’Argentine et certaines personnes suspectées d’être liées à la CIA.

Mais rapidement, un débat politique a pris le pas sur la partie judiciaire de l’analyse. Le rapport majoritaire indique que les activités de la P2 résultaient de « la pollution de la vie publique de la nation. Elles visaient à altérer, souvent d’une façon décisive, le fonctionnement correct des institutions du pays, en fonction d’un projet qui avait pour but de saper notre démocratie. » Un rapport majoritaire rédigé par l’universitaire Massimo Teodori conclut que la P2 n’était pas seulement une excroissance anormale d’un système globalement en bonne santé, comme le supposait le rapport de la majorité, mais un symptôme inhérent au système lui-même.

Nouvelle loi italienne sur les loges secrètes

Malgré leur interdiction sous le régime fasciste depuis 1925, les institutions maçonniques avaient été tolérées en Italie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une loi spéciale avait cependant été promulguée pour prohiber les « loges secrètes ». Le Grand Orient d’Italie, après avoir pris des mesures disciplinaires contre des membres ayant eu des relations avec la P2, a pris ses distances avec la loge elle-même. D’autres lois ont depuis interdit l’appartenance à des organisations secrètes pour certaines catégories d’employés de l’État (en particulier les officiers militaires). Ces lois ont été remises en cause par la Cour européenne des droits de l’Homme. En se basant sur la jurisprudence d’une action en justice d’un officier de la Royal Navy britannique, la Cour européenne a établi l’illégalité, de toute tentative d’interdire l’appartenance à la franc-maçonnerie à des officiers militaires, ce qui constituerait un manquement aux Droits de l’Homme.

Liste de Gelli

La liste découverte dans la villa de Licio Gelli le 17 mars 1981 doit être considérée avec précaution, car elle est censée être une compilation de membres de la P2 et le contenu du carnet d’adresse Rolodex de Gelli. Beaucoup de ceux qui figurent sur cette liste n’ont apparemment jamais été sollicités pour faire partie de la P2, et il n’est pas possible de connaître le nombre exact de personnes sur la liste formellement initiées. Depuis 1981, certains d’entre eux ont pu faire valoir à la Justice italienne qu’ils se sont tenus à l’écart de la P2.

Arnaldo Forlani

Le 21 mai 1981, le gouvernement italien d’Arnaldo Forlani a publié cette liste, ce qui a provoqué le suicide d’un colonel et la tentative de suicide d’un dirigeant démocrate-chrétien, la destitution des chefs des services de renseignement, la retraite anticipée de dizaines de banquiers et d’industriels, le licenciement de cinq directeurs de grands journaux et des centaines d’enquêtes de police portant sur des fonctionnaires. La commission d’enquête parlementaire présidée par Tina Anselmi a considéré que cette liste était fiable et authentique. Elle a décidé de publier cette liste dans son rapport final intitulé Relazione della Commissione parlamentare d’inchiesta sulla Loggia massonica P2.

La liste compte 962 noms dont celui de Gelli. Certains exégètes ont prétendu qu’au moins 1 000 noms étaient toujours tenus secrets, car la numérotation des membres commençait avec le nombre 1 600, ce qui pouvait laisser croire que la liste complète n’avait pas été trouvée3. La liste comprend tous les chefs des services secrets italiens, 195 officiers des différentes armes militaires (12 généraux des carabinieri, 5 de la Guardia di Finanza, 22 de l’armée de terre, 4 de l’armée de l’air et 8 amiraux), ainsi que 44 députés ou sénateurs, 3 ministres, un secrétaire de parti politique, des magistrats, quelques préfets et commissaires, des banquiers et des hommes d’affaires, des hauts-fonctionnaires, des dirigeants de la presse et de chaînes de télévision3, et un dirigeant de la Banca di Roma (troisième banque du pays), ancien directeur général de la Banca Nazionale del Lavoro (la plus grande.

Parmi les personnalités notables figurant sur la liste :

Silvio Berlusconi
  • Silvio Berlusconi, homme d’affaires, futur président du Conseil ;
  • Roberto Calvi, surnommé le « banquier de Dieu » ;
  • Fabrizio Cicchitto, député du Parti socialiste italien (PSI), futur transfuge dans le parti Forza Italia de Berlusconi ;
  • Maurizio Costanzo, animateur de télévision populaire sur les chaînes de télévision de Berlusconi ;
  • Franco Di Bella, directeur du Corriere della Sera, commanditaire de l’entretien de Licio Gelli ;
  • Publio Fiori, membre de Démocratie chrétienne, cible d’un attentat des Brigades rouges, futur ministre du parti Alliance nationale dans le gouvernement Berlusconi ;
  • Orazio Giannini, général commandant la Guardia di Finanza de 1980 à 1981, qui, le jour de la découverte de la liste, aurait téléphoné au responsable policier de l’opération pour lui dire (selon le témoignage du responsable en question devant la commission d’enquête parlementaire) : « Vous devriez savoir que vous avez trouvé des listes. Je suis sur ces listes. Faites attention, car il en est de même aux échelons les plus élevés. Prenez garde, vous allez être dépassés par tout cela. » ;
  • Raffaele Giudice, général commandant la police financière (Guardia di Finanza) de 1974 à 1978, nommé par Giulio Andreotti, coupable de complicité de fraude fiscale pour un montant de 2,2 milliards de dollars avec le magnat du pétrole Bruno Musselli ;
  • Giulio Grassini, directeur du Service des renseignements et de la sécurité démocratique (SISDE) ;
  • Pietro Longo, secrétaire national du Parti social-démocrate italien (PSDI) ;
  • Guillermo Suárez Mason, général argentin condamné pour des crimes (tortures, enlèvements) commis pendant la guerre sale ;
  • Emilio Massera, membre de la junte militaire argentine dirigée par Jorge Videla de 1976 à 1978 ;
  • Pietro Musumeci, directeur adjoint du Service des renseignements et de la sécurité militaire (SISMI) ;
  • Vito Miceli, directeur du Service des renseignements opérationnels et situationnels (SIOS), arrêté en 1975 pour conspiration contre l’État dans le cadre de la stratégie de la tension, futur membre du MSI, parti néofasciste ;
  • Carmine Pecorelli, journaliste controversé, proche des services secrets et maître-chanteur, assassiné le 20 mars 1979, qui avait établi des relations, entre les lignes, dans un article de mai 1978, entre l’enlèvement et assassinat d’Aldo Moro et l’opération Gladio ;
  • José López Rega, ministre argentin des Affaires sociales de 1973 à 1976 et fondateur de l’Alliance anticommuniste argentine ;
  • Angelo Rizzoli, éditeur, propriétaire du Corriere della Sera, dit « Angelone » pour le distinguer de son grand-père Angelo Rizzoli ;
  • Giuseppe Santovito, chef des services de renseignement de l’armée (SISMI) ;
  • Michele Sindona, banquier lié à la mafia, empoisonné en prison ;
  • Bruno Tassan Din, directeur général du Corriere della Sera ;
  • Giovanni Torrisi, amiral et chef d’État-major de l’armée italienne.

Loge Athanor : rebondissement dans l’affaire criminelle

De notre confrère RTL – Thomas Prouteau – édité par Joanna Wadel

D’après les informations de RTL, le tentaculaire dossier du réseau de francs-maçons à l’origine d’une série de contrats criminels – dont l’assassinat du pilote de rallye Laurent Pasquali en 2018 et la tentative d’assassinat d’une chef d’entreprise à Créteil en 2020 – vient de s’enrichir d’une mise en examen particulièrement sensible.

Un policier en poste au sein la DGSI, le prestigieux service de renseignement intérieur, a été mis en examen à Paris le 9 décembre dernier pour « association de malfaiteurs », en vue de commettre un meurtre en bande organisée. II est soupçonné de s’être procuré l’adresse privée du pilote et de l’avoir transmise à l’officine criminelle contre rémunération. L’agent de renseignement de 49 ans, en poste depuis 2011 et également passé par la DGSE entre 1996 et 2007, a assuré à plusieurs reprises devant les enquêteurs de la Brigade criminelle qu’il n’était « pas au courant du projet criminel ». 

Mais d’après nos informations, celui-ci a reconnu avoir obtenu l’adresse grâce à une recherche policière dans des fichiers administratifs, fin 2017. « Pendant des mois, je me suis réveillé à six heures du matin en pensant que vous alliez venir me chercher », a-t-il confessé devant les enquêteurs de la police judiciaire parisienne. Le suspect affirme n’avoir appris la mort du pilote qu’en février 2021, lorsque le démantèlement du réseau criminel lié à la loge maçonnique Athanor de Puteaux (Hauts-de-Seine), a fait la Une des journaux.

D’après le policier de la DGSI, c’est l’un des deux cerveaux du groupe criminel, le « vénérable » Frédéric V., un ancien communiquant de PSA reconverti dans la sécurité privée et les contrats de recouvrement de dettes violents, qui l’a sollicité pour trouver l’adresse privée du pilote Laurent Pasquali fin 2017. Frédéric V. avait lui-même été missionné, selon le dossier d’enquête, par un couple de notables, afin récupérer une dette de 100.000 euros due, selon eux, depuis des années par le pilote de rallye. 

Pour ce service tout à fait illégal de recherche dans des fichiers de police, que les policiers appellent « la tricoche », l’agent de la DGSI a touché « deux ou trois cent euros », selon ses déclarations aux enquêteurs. Ce n’était pas la première fois : l’homme a reconnu devant la Brigade criminelle avoir effectué plusieurs consultations illégales, notamment dans le TAJ (Traitement des antécédents judiciaires) ou dans CRISTINA, le fichier secret-défense de la DGSI, dont certaines déjà pour le compte de Frédéric V. 

Les deux hommes s’étaient rencontrés au cours de formations de sécurité privée, organisées par une connaissance commune, Daniel B., l’autre cerveau de l’officine criminelle, lui-même ancien agent des renseignements intérieurs. Ce qui n’étonne plus dans ce dossier, où grouillent espions et ex-espions de petit calibre reconvertis dans les activités mafieuses. 

Le 6 décembre dernier, les deux juges d’instruction en charge du dossier se sont d’ailleurs rendus, d’après les informations de RTL, dans les locaux de la DGSI afin de perquisitionner le bureau et l’ordinateur du policier mis en cause. Une opération plutôt rare.

Un assassinat entouré de zones d’ombres

La suite, tragique, est connue. L’adresse de Laurent Pasquali est transmise à l’équipe « opérationnelle », qui travaille pour Frédéric V. et Daniel B. Fin novembre 2018, le pilote de rallye est froidement abattu dans le parking de sa résidence et transporté en Auvergne où son corps est brûlé et enterré. Les restes du corps ne seront retrouvés qu’un an plus tard par un promeneur. 

Si l’exécution ne fait à ce jour plus de doute, la nature du contrat initial fait aujourd’hui l’objet de versions contradictoires entre les suspects : Frédéric V. affirme avoir uniquement demandé à Daniel B. que son équipe passe au peigne fin l’appartement et récupère toutes les valeurs possibles, mission qui aurait été confiée par les commanditaires. Daniel B., lui, a certifié à plusieurs reprises devant les enquêteurs que c’est un contrat d’élimination « homo » en bonne et due forme qui lui a été passé et qu’il a transmis à l’équipe opérationnelle. 

Ces nouvelles révélations sont accueillies avec stupéfaction par Maître Sandrine Pégand, l’avocat de la mère et du frère de Laurent Pasquali : « Je suis totalement choquée de me rendre compte qu’il y a un policier de la DGSI dont le secret doit faire partie de son ADN, qui est impliqué de manière directe dans la mort de mon client, puisque sans la communication de l’adresse il serait peut-être encore avec nous », tonne le conseil. Et de poursuivre : « Délivrer l’adresse personnelle à des gens peu recommandables, ce n’est jamais anodin, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer derrière, et qu’on me dise pas ‘je ne savais pas c’était pour arrondir mes fins de mois’ ». 

Le policier « dépassé » et interdit d’exercer

Athanor d’alchimiste

Selon nos informations, au cours de sa garde à vue, le policier impliqué a répété à trois reprises, dans des propos parfois accompagnés de larmes, qu’il ne savait pas ce qui allait se passer. Frédéric V. lui avait indiqué, selon ses déclarations, qu’une personne lui devait beaucoup d’argent et qu’il n’arrivait pas à le retrouver. Il n’aurait plus eu de nouvelles après coup. Lorsqu’il a appris l’assassinat du pilote de rallye dans la presse, en 2021, il a préféré ne rien dire « par peur ». 

En tout, d’après le dossier d’enquête, il a perçu près de 80 000 euros de la part de Daniel B. pour divers missions entre 2014 et 2018. Devant les enquêteurs de la brigade criminelle, l’agent s’est dit « dépassé par l’ampleur » de ses actes et prêt à en « assumer la responsabilité ». Son avocat, contacté par RTL, n’a pas souhaité faire de commentaire de même que celui de Frédéric V. Le policier a été placé sous contrôle judiciaire, et interdit d’exercer par la justice. Une procédure disciplinaire est engagée par le ministère de l’Intérieur.

Tous les soirs pendant deux ans et demi, il y a une mère qui a mis une assiette en plus à table, persuadée que son fils allait rentrer. C’est tout simplement inhumain. Maître Sandrine Pégand, avocate de la mère et de frère de Laurent Pasquali

Par ailleurs, le dossier de l’assassinat de Laurent Pasquali va connaître une autre évolution dans les prochaines semaines. D’après les informations de RTL, la mère et le frère du pilote souhaitent en effet déposer plainte contre l’État pour faute lourde, affirme leur avocate, Me Sandrine Pégand. Car les ossements de Laurent Pasquali, découverts par un promeneur dans une forêt près de Cistrières en septembre 2019, ont été identifiés dès novembre 2019, et ce grâce à l’ADN de sa mère, prélevé dans le cadre de l’enquête pour « disparition inquiétante », ouverte à Nanterre.

Athanor d’alchimiste ancien

Mais la famille n’a jamais été informée de cette identification. C’est par la presse, en février 2021, lorsque parait l’information sur les crimes avoués par le réseau des « francs-maçons criminels », que les proches de Laurent Pasquali apprennent sa mort violente. « Tous les soirs pendant deux ans et demi, il y a une mère qui a mis une assiette en plus à table, persuadée que son fils allait rentrer. C’est tout simplement inhumain », déplore Sandrine Pégand. « On nous a dit que c’est parce que la famille était soupçonnée, mais il n’y a pas un seul acte d’enquête en ce sens au dossier », a-t-elle ajouté. La plainte doit être déposée dans les prochaines semaines.

Désormais 19 personnes sont mises en examen dans le dossier fleuve de la loge « Athanor », qui compte un assassinat, une tentative d’assassinat, une surveillance en vue d’un assassinat, plusieurs agressions crapuleuses… le tout sur fond de barbouzeries privées d’une ampleur absolument inédite.

Du 7 au 11 février, une grande manifestation maçonnique mondiale à Oyo

Comme chaque année les Puissances Maçonniques Africaines se réuniront en présence des représentants de nombreuses obédiences du monde entier !

L’organisation est confiée à la Conférence des Puissances Maçonniques Africaines et Malgaches – CPAMM) qui réunit 14 obédiences :

  1. GRANDE LOGE SYMBOLIQUE DU GABON ( GLSG)
  2. GRANDE LOGE DE LA REPUBLIQUE DU BENIN (GBRB)
  3. GRANDE LOGE UNIE DU CAMEROUN (GLUC)
  4. GRAND ORIENT ET LOGES ASSOCIES DU CONGO (GOLAC)
  5. GRANDE LOGE UNIE DE COTE D’IVOIRE ( GLUCI)
  6. GRANDE EBURNIE ( COTE D’IVOIRE)
  7. GRANDE LOGE SYMBOLIQUE MASCULINE D’AFRIQUE (GLSYMA)
  8. DROIT HUMAIN DU CAMEROUN
  9. GRAND ORIENT DU CONGO BRAZZAVILLE  (GOCB)
  10. GRAND ORIENT DU CONGO DEMOCRATIQUE (GOC)
  11. GRAND RITE MALGACHY (GRM)
  12. GRAND RITE MALGACHY FEMININ (GRMF)
  13. GRANDE LOGE DU MAROC (GLM)
  14. GRANDE LOGE DE LA CARAIBE (MEMBRE OBSERVATEUR)

Au programme :

  • Les 7, 8 et 9 février : Conférence des Puissances Maçonniques Africaines et Malgaches en présence des Grands Maîtres et des Grandes Maîtresses des obédiences libérales
  • Les 10 et 11 février : Rencontres Humanistes et Fraternelles Africaines et Malgaches sur le thème des « solidarités et valeurs maçonniques ».

L’événement, cette année, prend une tournure très particulière comme le relève l’organe de presse « Africa Intelligence » :

Le lieu de la réunion n’est pas anodin, car si Oyo n’est pas la capitale de la République du Congo (qui est Brazzaville) c’est le fief familial du Président de la République, Mr Denis Sassou-Nguesso ; voilà comment un confrère marocain présente Oyo :

Trop fort Denis !

Le Président de la République du Congo, Mr Denis Sassou-Nguesso a la particularité d’être un frère, Grand Maître de la Grande Loge du Congo, un essaimage de la Grande Loge Nationale Française. Le Grand a réussi à devenir , par personnes interposées, l’organisateur de cette manifestation internationale de la maçonnerie libérale !  Bien que des échos laissent entendre que certains membres du GODF aient tiré la sonnette d’alarme, cela n’a semble-t-il pas affolé Georges Sérignac qui a prévu de faire la totale !

Les grandes Puissances Maçonniques Africaines encouragées par le DH, le GODF, en passant par la GLFF et la GLTSO, et d’autres, vont donc, par leurs présences, faire allégeance à celui que certains considèrent comme le type même de chef d’Etat corrompu et illibéral !

Trop fort Denis d’avoir su mettre dans ta poche des femmes et des hommes qui savent faire vibrer leurs assemblées en évoquant la Commune de Paris, les Droits de l’Homme, et que sais-je encore ! (voir ci-dessous un extrait de l’interview de Georges Sérignac à l’Humanité)

Guy Penne, le fidèle serviteur de la Francafrique, Grand Maître en coups tordus, doit être aux anges !

Un Grand Maitre du GODF sur les terres d’un dictateur comme un petit mouton bien sage !  Roger Leray doit être content !

Soyons positifs !

Tout cela a au moins un intérêt : A la question « A quoi sert un grand maître d’une obédience libérale ? » , vous pourrez répondre poliment « Cà dépend ! » et comme dirait Jacques Chirac, la référence en la matière, les belles paroles cela ne mange pas de pain !

Merci de remplir ce très bref questionnaire anonyme sur cet article

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La République du Congo en quelques titres

Samedi, le vicaire général de Besançon fait annuler le colloque des Francs-maçons

De notre confrère estrepublicain.fr – Par Romuald PONZONI 

Selon notre confrère de l’Est Républicain de ce week-end, le GPDG (Grand Prieuré des Gaules) tenait une conférence sous forme de colloque ce samedi. Ils avaient loué auprès du centre diocésain de Besançon (Doubs) un salle pour accueillir les profanes et autres maçons intéressés par le sujet. mais voilà, le vicaire général en avait décidé autrement…

Depuis plus de 150 ans et la lettre encyclique du pape Léon XIII condamnant le relativisme philosophique et moral de la franc-maçonnerie , la position du Vatican n’a pas changé. Les fidèles qui se rapprocheraient des frères des obédiences risquent l’excommunication. Et le grand maître du Grand Prieuré des Gaules, un courant maçonnique se revendiquant chrétien en a fait les frais ce samedi lors de sa venue à Besançon.

Gilles Ducret avait décidé de tomber le tablier et les décors, pour lever le voile sur son organisation. Il devait animer une conférence ouverte à tous au centre diocésain de la ville. Sauf qu’à la dernière minute, le vicaire général a fait volte-face en refusant de mettre à disposition ses locaux pour ce type de rencontre.

Un jugement sans appel qui a failli faire capoter à la dernière minute le colloque. Mais, au final, une solution de repli a été trouvée ce vendredi.

La rencontre a été déplacée au temple maçonnique bisontin, situé rue Emile-Zola dans une ancienne chapelle des Antonins de 1720. Ce qui a permis aux profanes de pénétrer dans ce lieu habituellement fermé et réservé aux « initiés ». Le grand maître s’en réjouit et y voit là un signe de bon augure. Une occasion unique de rappeler que la franc-maçonnerie n’est pas cette société secrète qui dirige le monde. Mais un espace capable de s’ouvrir aux autres.

Des temples au Temple et du Temple au temple maçonnique

Templum signifiait le secteur du ciel observé par l’augure qui délimitait ainsi une surface bien déterminée. Puis le mot a désigné le lieu (ou l’édifice) à partir duquel on pratiquait l’observation du ciel.

Les mots «temple» comme «temps» ont tous deux la même étymologie indo-européenne tem (en grec τεμνω) qui veut dire couper. Le temps est en effet une coupe (un espace) dans la durée ; le temple était dans les sociétés occidentales antiques, une coupe (clairière naturelle ou travaillée) dans la forêt, où se tenaient des rituels sacrés ; cette coupe correspondait à une division délimitée à l’aide d’un bâton ou d’un sceptre ; une façon de séparer du monde naturel un espace et un moment, par un procédé de sacralisation. Le mot temple dérive, plus probablement, de la racine sanscrite temp (étendue, espace) qui donna le latin templum, un espace confiné normalement dessiné dans l’espace par le bâton de l’augure ou aruspice, prêtre qui en interprétant les présages (représentés par des phénomènes naturels tels le vol des oiseaux, la lecture d’organes d’animaux sacrifiés, etc) et prévoyait l’avenir. D’où le terme latin de contemplor (contempler), regarder le ciel, pour éventuellement en chercher des présages. Il s’agit donc d’un volume d’espace ouvert entre ciel et terre d’où l’une des raisons qui explique pourquoi le plafond du temple maçonnique est étoilé.

Le temple est donc entendu ici au sens le plus large comme centre du monde, distribuant l’espace entre les sphères du sacré et du profane, et comme construction figurant le parcours initiatique de l’homme. Mais une place privilégiée est faite au Temple de Salomon, archétype du lieu sacré repris comme modèle dans toute la civilisation judéo-chrétienne, et dont la Franc-maçonnerie utilise encore aujourd’hui la symbolique.

Le temple peut être considéré sous plusieurs angles, il est à apprécier comme :

Lieu secret. Le temple égyptien, entouré d’une enceinte qui interdit l’accès de l’édifice au profane, n’est pas comparable à une église où le public et les fidèles sont librement admis. Le temple abrite la puissance créatrice qui organise les mondes. Une telle énergie ne saurait être approchée que par des spécialistes avec à leur tête pharaon. C’est pourquoi, la structure du temple est un axe qui part de l’extérieur, de la lumière apparente, pour aboutir jusqu’au cœur  du sanctuaire, siège de la lumière secrète, celle du divin. La puissance divine n’est pas seulement cantonnée au Ciel ou à l’au-delà. Sa présence se manifeste aussi sur Terre parmi les humains. Les temples, pour les dieux, et les nécropoles, pour les ancêtres, sont des lieux où les prêtres exercent leurs rôles de médiateur entre le genre humain et les forces de l’invisible. Ce sont des lieux à part, tenus à l’écart de la majorité des vivants, leur accès étant soumis à des restrictions de toutes sortes comme la pureté corporelle, le jeûne, l’obligation de silence.

Lieu sacré. Dans la Grèce antique, tout lieu peut revêtir un caractère sacré à condition qu’un dieu s’y soit manifesté ou qu’un héros y soit mort. Le terme grec désignant l’espace sacré, temenos, s’applique aussi bien à un modeste autel, simple monticule de terre ou espace sacré placé près d’une rivière ou au cœur d’un bois, qu’au vaste édifice entouré d’une colonnade érigé en l’honneur d’un des grands dieux de l’Olympe. À l’origine, le temple est simplement l’espace du ciel délimité par les augures pour y observer le vol des oiseaux. Par la suite il est devenu l’édifice lui-même, à partir duquel, selon des règles strictes, s’effectuait cette observation. Fermé à la population il abrite la statue de la divinité et son trésor.

Lieu central. Le Temple de Salomon, construit au 1er millénaire avant notre ère, formait probablement une série de cours communicantes s’inspirant des formules architecturales des temples syriens. Le Saint des saints, le sanctuaire central était si sacré que seul le grand prêtre pouvait y pénétrer. Là se trouvait l’Arche d’Alliance, contenant les tables de loi données à Moïse par le Dieu des Hébreux. Après sa destruction, il demeure une centralité pour le judaïsme, les croyants se tournant dans sa direction pour leurs prières. Les musulmans le considèrent comme un de leurs hauts lieux de pèlerinage.

Observatoire céleste. Il semble évident que certains sites mégalithiques aient été à la fois temples et observatoires astronomiques. C’est le cas du cercle de mégalithes de Stonehenge en Angleterre. Ce temple solaire et lunaire était probablement dédié au cosmos.

Réplique du cosmos. Les textes sacrés égyptiens expliquent que le temple est à l’image du cosmos : en pénétrant dans le naos, le pharaon franchit les «portes du ciel». La très vieille conception du temple comme l’imago mundi, l’idée que le sanctuaire reproduit l’univers dans son essence, s’est transmise à l’architecture sacrée de l’Europe chrétienne : la basilique des premiers siècles de notre ère, comme la cathédrale du Moyen Âge, reproduit symboliquement la Jérusalem terrestre.

Le temple maçonnique peut-être perçu comme un syncrétisme de tous ces aspects, à la fois sacré, central, cosmique et spirituel auquel s’ajoute l’idée que le temple c’est lorsque les francs-maçons sont rassemblés (ce n’est pas l’endroit qui honore l’homme, c’est l’homme qui honore le temple). Le temple est la réalisation et la figure du règne hiérarchique de la vérité et de la raison sur terre.

Dans les rites de la Franc-maçonnerie, inspirée par les bâtisseurs du Temple de Salomon, le temple adopte très clairement une dimension cosmique ; sa voûte est constellée d’étoiles, lune et soleil y sont présents, les références aux points cardinaux ordonnent l’espace du temple, les circulations se font par rapport au mouvement des planètes. L’espace initiatique, c’est-à-dire l’endroit où s’accomplissent les rites, est en opposition classique avec le village, lieu social, lieu culturel, habité par des humains. La construction mythique de la Franc-maçonnerie est une cosmogonie et ceci non seulement parce que le sanctuaire représente le monde et son archétype céleste, mais aussi parce que le temple permet de vivre les divers cycles temporels exprimés par les rites.

Remarquons que le Temple de Jérusalem n’a pas été construit pour être visité par des hommes comme le seraient une église, une synagogue ou une mosquée. Il est littéralement la Maison de D.ieu, un lieu pour Lui seul.

Consulter l’article de Gérard Foy, Une histoire du Temple, dans le n°4 de 2021 de la Revue L’Initiation, p.2.

Les Temples de Jérusalem

Lorsque le Temple fut construit à Jérusalem, il ne s’agissait que d’un lieu sacré parmi beaucoup d’autres, ce n’était pas le seul lieu de vénération pour YHVH Élohim. Les hauts lieux étaient tous envisagés comme légitimes en termes cultuels jusqu’à la réforme de Josias en 621. La multiplicité des sanctuaires était d’ailleurs expressément autorisée par la parole de Dieu[1] qui prescrit même la manière de construire un autel[2]. On trouve de nombreux textes dans notre sainte Bible qui illustrent de telles pratiques[3]. Jacob n’avait-il pas à Sichem bâti un autel[4] et élevé une pierre dressée à Béthel[5],  et c’est dans le même endroit, à Sichem que Josué avait élevé une grosse pierre sous un arbre justement ![6] (voir l’article Les hébreux ne furent pas toujours monothéistes).

Jérusalem ne fut pas choisi au hasard. Jonathan Smith résume les traditions juives et note :

  • C’est là que les eaux de la «Profondeur» furent bouchées au premier jour.
  • C’est la source de la première lumière de création.
  • Le site du Temple fut le premier lieu qui soit, et il est donc le «centre» du monde.
  • C’est de la que la poussière fut prise pour former Adam.
  • C’est le lieu du premier sacrifice d’Adam.
  • C’est le lieu du tombeau d’Adam.
  • C’est là que Caïn et Abel sacrifièrent, et la donc qu’Abel fut tué.
  • Le Déluge fut occasionne en soulevant la pierre de fondation du Temple et libérant les eaux de la Profondeur.
  • C’est sur le site du Temple que Noé sacrifia en premier après le Déluge.
  • C’est sur les lieux du Temple qu’Abraham fut circoncis.
  • C’est sur le site du Temple que se dressait l’autel de Melchisedech.
  • C’est sur ce site que se trouvait l’autel pour le sacrifice d’Isaac.
  • C’est sur le site du futur Temple, que Jacob eut sa vision de Béthel.
  • La Pierre de Fondation fut le rocher d’où Moise fit jaillir l’eau.
  • Yahve se tenait sur le site du Temple pour arrêter le fléau

Le Temple doit incarner la paix, le repos et la pérennité. Il est le service de D.ieu, l’une des trois enceintes, éléments du fondement des valeurs juives, avec la Thora dans le Saint des saints et la charité qui fait le lien au monde. Pour comprendre L’importance du temple :


Flavius Joseph dans Antiquités judaïques rapporte à propos du symbolisme du Temple de Jérusalem : «les trois parties du sanctuaire correspondent aux trois régions cosmiques (la cour représente la Mer – c’est-à-dire les régions inférieures- , la Sainte Maison figurant la Terre et le Saint des Saints le Ciel ; les 12 tranches qui se trouvent sur la table symbolisent les 12 mois de l’année ; le candélabre avec 70 branches représente les Décans (c’est-à-dire la division zodiacale des sept planètes en dizaines) – le chariot de l’âme, la Merkéva».

Le Temple n’était pas construit sur un terrain plat, mais par degrés successifs à flanc du mont Moriah (pour une histoire géologique de la construction du Temple de Jérusalem, monographie du Haram-ech-Chérif).

Lorsque Jérusalem est devenue une ville chrétienne, le site même du Temple, ruiné, fut laissé en l’état mais, selon certains (Anonyme de Plaisance, Cyrille de Scythopolis, Grégoire de Tours), une église, commémorant la présentation de Jésus au Temple, fut construite par Justinien, entre 531 et 543, au bord de l’esplanade, Sainte-Marie-la-Neuve ; elle sera détruite par les Perses lors du siège de Jérusalem en 614.

Selon le Coran, la construction du Temple fut commencée par le prophète Daoud (David) et terminée par son fils, Souleymane (Salomon). Souleymane l’aurait construit à l’aide des djinns qui étaient sous ses ordres. C’est en hommage à son père qu’il aurait fini les travaux.

Le Temple de Jérusalem fut tour à tour rempli et abandonné par la foule inconstante des Hébreux; un roi d’Égypte le pilla, un roi d’Israël trouvant que l’exemple méritait d’être suivi l’imita, un autre en ferma les portes et appela d’autres dieux sur d’autres autels. Ézéchias lui rendit un moment son éclat, mais son fils Manassé brisa le tabernacle de Jéhovah. Après quatre siècles d’existence et de fortunes diverses, il s’écroula dans l’incendie allumé par l’armée babylonienne. Rebâti après la captivité, devenu tout à la fois temple et forteresse, il fut renversé de fond en comble le 10 août 71 de l’ère chrétienne par l’armée de Titus. Sur ses ruines se sont élevés d’autres sanctuaires, tour à tour églises et mosquées, suivant que domine à Jérusalem la fortune de l’Orient ou celle de l’Occident.

Les destructions du temple annoncent les temps messianiques. Dans le fond, n’est-ce pas une idole qui fut détruite ?

Aujourd’hui, il ne reste  du Temple, comme vestiges, que les murs de soutènement de l’esplanade construite par Hérode et les restes des arches qui permettaient l’accès à l’esplanade. Pour Bob Cornuke, explorateur biblique, l’emplacement réel du Temple ne se situerait pas sur le mont (en fait emplacement de la garnison romaine)  mais en bas, plus au sud, dans la ville de David.

La mosquée Al-Aqsa, la lointaine, est l’un des principaux lieux saints de l’islam. Entre 1969 et 1983, le dôme de la mosquée Al-Aqsa était recouvert d’aluminium par anodisation, ce qui lui donnait un aspect argenté. En 1983, par souci d’authenticité, on lui a redonné son revêtement d’origine en plomb, de couleur gris foncé.

À Venise, chaque synagogue n’est qu’un substitut du Temple de Jérusalem détruit. Pour rappeler cette faille, elle comporte un signe d’imperfection tel un petit défaut dans son pavage noir et blanc pour le rappeler.

 Le Temple de Salomon

C’est le premier temple de pierre construit en l’honneur du Dieu des Hébreux. Avant la quatrième année du règne de Salomon, c’est en nomade que les Hébreux célébraient le culte de YHVH, dans une simple tente démontable et transportable, dans le Temple du désert pendant l’Exode, puis à Jérusalem en attendant la construction en dur (à Ælia Capitolina comme l’appela l’empereur romain Hadrien). Voir l’article Les résidences de l’Arche.

Selon Thomas Römer, ce sont les deutéromistes qui auraient inventé la construction rapportée dans la Bible. En fait, il considère d’après les sources, qu’il s’agirait d’une rénovation qui aurait été installée dans le temple d’une divinité solaire, une chapelle annexe pour le dieu tutélaire des rois hébreux.

Le temple agissait comme un foyer de la vie religieuse et culturelle, étant le lieu des sacrifices décrits dans la Torah sous le nom de korbanot. La date supposée de son achèvement se situerait aux alentours du Xe siècle av. J.-C., celle de sa destruction par les Babyloniens en -586 sous Nabuchodonosor.

Le Premier Temple ou Temple de Salomon a été construit, d’après la Bible, par le roi Salomon au Xe siècle av. J.-C. On le date d’après I rois, 6, 1 : «ce fut la 480ème année après la sortie des enfants d’Israël d’Égypte, la 4ème  année de son règne sur Israël, au mois de ziv, qui est le second mois, que Salomon commença à bâtir la maison de l’Éternel.» Diodore de Sicile, cependant, en attribue, de façon erronée, sa construction à Moïse («Cette colonie avait à sa tête celui qu’on appelle Moïse, homme très remarquable par sa sagesse et par son courage. Ce Moïse, ayant pris possession du pays, y fonda diverses villes et -en particulier- celle qui est aujourd’hui la plus célèbre et qu’on appelle Jérusalem. Il fonda aussi le temple qui est l’objet chez eux d’une très grande Vénération», livre I de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile).

Les ressemblances avec d’autres temples de la région apparaissent dans l’ornementation et la construction. D’inspiration phénicienne, moabite et syrienne, construit avec l’aide de Tyr, ce Temple atteste du syncrétisme et du cosmopolitisme du roi Salomon.

La vraie nature de l’édifice est avant tout d’ordre spirituel, l’art n’existe que pour traduire l’idée ; pour les deux civilisations, d’Israël et d’Égypte, on parle de sacralisation de l’art.

L’accès au Temple était réservé aux Cohen (les prêtres). Une structuration des autorisations d’accès de l’espace autour du temple était très stricte.

En voici une autre représentation de la structure de l’enceinte délimitant les zones d’accès.

http://fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/3393923/jewish/Les-gardes-du-Temple-et-leur-signification-mystique.htm

À travers le Temple, Salomon veut édifier une société ouverte sur la transcendance. Il veut opérer une transformation spirituelle du monde, le mener vers la voie de la perfectibilité, transmuter l’humain en divin : le Temple doit être l’image symbolique de l’homme et du monde démontrant qu’il faut d’abord vivre en esprit, réaliser en soi même sa reconstruction afin d’accéder à la connaissance du temple céleste. «Le temple de Salomon n’était point simplement la reliure du livre  saint, il était le livre saint lui-même. Sur chacune de ses enceintes concentriques les prêtres pouvaient lire le verbe traduit et manifesté aux yeux, et ils suivaient ainsi ses transformations de sanctuaire en sanctuaire jusqu’à ce qu’ils le saisissent dans son dernier tabernacle sous sa forme la plus concrète, qui était encore de l’architecture l’arche. Ainsi le verbe était enfermé dons l’édifice, mais son image était sur son enveloppe comme la figure humaine sur le cercueil d’une momie.» (Victor Hugo, Notre dame de Paris, Livre V, Ceci tuera cela, 1865). L’entrée de l’édifice est à l’orient tandis que l’Arche d’Alliance est à l’occident (selon Ézéchiel, Ez 42,4 «La gloire de l’Éternel entra dans le temple par la porte qui est tournée du côté de l’Est». Cette orientation évoque le chemin qui provient de la lumière, chemin qui passe par une loi du devenir intérieur, par une transformation spirituelle, quête de l’intégrité personnelle

  Le Temple est le point de convergence entre Dieu et  sa création, entre la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste.

 Les cabalistes se servent de la configuration du Temple pour y inscrire ce qu’ils appellent les quatre états de l’univers à travers quatre états de sacralisation. Partant des parvis on trouve ainsi :

  • Le monde de l’action : Asiah, le parvis.
  • Le monde des formes : Yetsira, lieu des émotions ; le vestibule ou oulam (A).
  • Le monde des idées : Briah, lieu des pensées intellectuelles ; le palais ou hekhal (B).
  • Le monde de l’émanation spirituelle : Atsilout, lieu des sentiments ; le debir, qui a la même racine sémantique que dabar, la parole en hébreu (C). L’obscurité du Saint des saints ne doit pas être entendue en tant qu’absence de lumière, mais comme son principe non manifesté, la source invisible à l’origine de son aspect manifesté ou visible.

Ces mondes représentent un itinéraire à parcourir en partant du  monde profane, visible, matériel, tangible vers un monde sacré, subtil, caché qui se dévoilera peu à peu  à celui qui aura su se mettre en route.

Dans les ouvrages religieux médiévaux, les représentations des chantiers d’église s’intitulent «construction de Temple de Salomon». La grande basilique Sainte-Sophie à Istanbul, le Dôme du Rocher à Jérusalem, le siège des Templiers et de nombreuses cathédrales médiévales furent tous conçus comme la réaffirmation symbolique de l’original.

Le Temple de Zorobabel

Le deuxième Temple, le Temple de Zorobabel,fut construit au retour de la captivité des Juifs à Babylone, vers 536 av. J.-C. Il fut terminé le 12 mars 515.Suite à la déclaration de Cyrus appelant Israël à revenir et à reconstruire la Maison de D.ieu à Jérusalem, la première chose que les Hébreux ont faite a été de construire l’autel de pierre, afin qu’ils puissent commencer à faire des offrandes le plus rapidement possible.

Le nouvel autel a été construit 52 ans après la destruction du premier temple, par Josué et Zorobabel à Jérusalem. Comme l’avait fait Salomon, les constructeurs louèrent les services de Sidoniens et de Tyriens pour apporter les bois du Liban. «C’est la seconde année de leur arrivée au Temple de Dieu à Jérusalem, le deuxième mois, que Zorobabel, fils de Shéaltiel, et Josué, fils de Yoçadaq, avec le reste de leurs frères, les prêtres, les lévites et tous les gens rentrés de captivité à Jérusalem,  commencèrent l’ouvrage, et ils confièrent aux lévites de vingt ans et au-dessus la direction des travaux du Temple de Yahvé» (Esd 3:8). Cependant on trouve en II Chroniques 34,12 c’est le roi Josias qui le rebâtit et que les travailleurs étaient sous la surveillance de Yahat et d’Obadyahou, Lévites de la famille des Merarites ; et Zacharie et Mechoullam de la famille des Kehatites chargés de les diriger.

Le second Temple ne pouvait avoir le lustre du premier. De plus, certains éléments avaient été définitivement détruits ou perdus, et ne purent être remplacés : l’Arche d’Alliance, les Ourim et Thoummim, l’huile sainte, le feu sacré, les tables du Décalogue, le pot de manne, et le bâton d’Aaron.

Il sera profané quand, sur ordre d’Antiochos IV, on dressera dans le Temple un autel dédié à Zeus et on force les Juifs à sacrifier de la viande de porc au dieu grec. Il sera reconsacré avec l’épisode de l’huille qui brûle 7 jours et qui donnera la fête de Hanoucca.

Le Temple d’Hérode

En l’an 37 avant notre ère, le sénat romain remet la couronne du Royaume de Judée à Hérode Ier le Grand qui retire le pouvoir politique aux prêtres. Le temple d’Hérode de Jérusalem est le nom donné aux extensions massives du Temple de Zorobabel et  aux rénovations du mont du Temple, réalisées par ce roi paranoïaque et sanguinaire. Ce projet débuta vers 19 av. J-C. Le bâtiment avait quarante-cinq mètres de haut et il fallut plus de quarante-six ans pour le construire (Jn 2, 20). Flavius Josèphe écrit que lorsque le soleil l’éclairait, on ne pouvait le fixer longtemps du regard tant on était ébloui par la blancheur de sa pierre et par l’or de ses décorations. La destruction de ce temple par les troupes romaines de Titus en 70 de l’ère chrétienne est relatée dans La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe.

Temple de Jérusalem, période d’Hérode

Le temple d’Ézéchiel

 ‘Voici ce que je vis : un mur extérieur entourait le Temple de tous côtés, et l’homme tenait en main une règle d’arpenteur longue de six coudées, en prenant la coudée longue, un peu plus grande que la coudée ordinaire. Il mesura l’épaisseur des murs de cette construction : elle correspondait à la longueur de sa règle. Il trouva la même dimension pour la hauteur.» (Ézéchiel;40,5 ). Le temple de la vision d’Ézéchiel est celui de la Jérusalem céleste.

On trouve dans la vision d’Ézéchiel le tétramorphe qui fera l’objet d’un autre article.

Du Temple au temple maçonnique

En Franc-maçonnerie, on appelle temple le lieu où se tiennent les tenues. Comme les cathédrales et tous les temples dignes de ce nom, les temples maçonniques sont orientés, au moins symboliquement : selon l’orient d’abord, d’où vient la lumière, puis le midi, où brille le soleil, le septentrion, domaine de la lune, enfin l’occident, où se trouve la porte qui conduit à l’extérieur de l’espace sacré. C’est un champ sémantique de symboles où « tout en assumant une dimension esthétique, l’ornemental aurait une vocation épistémique ».

Les diverses sociétés de compagnonnage qui existent en France font remonter leur origine à la construction du Temple de Salomon ; la plupart d’entre elles ont adopté le mythe d’Hiram, bien qu’elles se donnent des chefs particuliers. Quelques-uns des tailleurs de pierre s’appellent enfants de maître Jacques, qui était sculpteur et architecte, collègue d’Hiram, et auquel la légende attribue une vie et une mort assez semblables à celles de ce dernier. Le père Soubise, également employé dans les travaux du temple, est le patron des charpentiers.

Le Temple apparaît pour la première fois en 1637 en Écosse, mentionné dans le Mot du maçon, dans le milieu calviniste presbytérien.

La présence du Temple de Salomon dans la légende maçonnique s’inscrit dans le cadre des énigmes non résolues. Des 150 versions manuscrites des Old Charges, deux seulement en parlent, le Régius, 1390, et le Cooke peu après. Pourquoi après un silence total qui dura 300 ans ?

Y a-t-il eu cause à effet de ce que, en 1665 à Londres, un rabbin juif espagnol, Jacob Jéhu de Léon, exposa, sur requête du roi Charles II, une fort jolie maquette du Temple de Salomon conçue en Hollande, qui attira une énorme attention, exposition qui se poursuivit avec le même succès jusqu’en 1765, soit pendant un siècle ? Ou par la parution en 1688 d’un ouvrage Le Temple de Salomon spiritualisé de l’écrivain anabaptiste John Bunyan, auteur connu et réputé ?

Desaguliers, en bon pasteur anglican pensa, peut-être, que les réunions des FM devaient se tenir dans un temple, pour promouvoir le déisme newtonien car la construction d’un nouveau temple sur un ancien est une pratique bien commune chaque fois qu’une « religion » prend le dessus sur une autre. Ainsi les temples des anciennes divinités sont détruits et ceux des nouvelles sont bâtis généralement en dessus, pour ensevelir l’erreur et rendre les archéologues heureux. Par exemple cela fut répétitivement le cas dans l’implantation de la religion catholique : la Basilique de Saint Pierre, à Rome, fut bâtie sur un ancien temple de Zeus ; l’église de Saint Nizier à Lyon sur un temple d’Attis ; le Saint Sépulcre à Jérusalem est bâti sur un temple de Jupiter que les Romains avaient construit sur le Golgotha et ainsi de suite, les exemples sont très nombreux et les raisons très simples. D’une part on voulait imposer la nouvelle religion sans laisser trace du lieu de vénération de la précédente et ensuite on savait que le lieu était sacré et il restait toujours un espace sacré. Mais quel temple choisir ? Forcément ce devait être un temple biblique, mais lequel choisir ? Le premier temple de Salomon, celui de Zorobabel ou celui d’Hérode ? Le premier, bien sûr, le seul dont les mesures sont si bien décrite dans plusieurs livres des Saintes Écritures.

Esquisse parfaite de l’univers pour Willermoz, hiéroglyphe universel pour Louis-Claude de Saint-Martin, le Temple de Salomon est au cœur de la Franc-maçonnerie lithocentriste. «La mesure mathématique de l’édifice dont il est dit qu’il est l’expression de la volonté divine exécutée par Salomon en regard des plans donnés à Moise par Dieu lui-même est à la base de toute recherche sur les lois fondamentales de l’univers. Cette relation directe entre la matière et la volonté divine ne pouvait qu’être une source et un modèle universel pour Newton. Ce modèle universel sera celui d’une spiritualité rationnelle rejetant le trinitarisme au profit du déisme, ce qui débouchera sur la recherche d’explications scientifiques et symboliques, établissant l’influence croisée entre l’homme et la grande nature en vue d’une nouvelle alliance.» Appelé aussi le Beth Hamikdach, la maison de la sanctification, le Temple de Salomon occupe une place prépondérante dans les rites de la Franc-maçonnerie comme toile de fond allégorique, symbolique et spirituel.

Le Temple maçonnique se veut être une image du cosmos ; de ce point de vue, le Temple de Salomon est l’Univers Solaire, et Hiram Abif, le Grand Maître bâtisseur du Temple, est le Soleil qui voyage à travers les douze signes du zodiaque, où il exécute le drame mystique de la légende maçonnique.

Il n’est pas sacré en lui-même, mais il le devient par la direction donnée à la pensée. Les francs-maçons viennent s’y parfaire par un travail sur soi, prenant comme modèle sa construction.

Pour le RER : D- Que représente la Loge ? R- Le temple de Salomon réédifié mystiquement par les francs-maçons.

Construit à l’image de l’homme et à l’image de l’univers, étudier les symboles du temple, c’est étudier l’un et l’autre (Willermoz). Une analyse des symboles du «temple» maçonnique est donnée par Rebold dans Histoire Générale De La Franc-Maçonnerie de 1850 (à partir de la p. 318).

Pour le REAA, le Temple maçonnique, à l’image de la Loge des Bâtisseurs de cathédrales, n’est pas le Temple lui-même dans lequel Dieu est censé venir résider selon la description qu’en donne le Livre des Rois, il est en construction à l’Occident et peut se confondre avec la cité.

Dans les rituels, par déformation, on emploie le mot temple de la même façon, alors qu’il ne devrait se rapporter qu’aux temples de la mythologie biblique et maçonnique (Temple de Salomon, d’Hérode, de Zorobabel, d’Énoch, etc.) Le terme juste est «loge» quand la loge est ouverte rituellement, «local de loge» ou «chambre de loge» quand il désigne le bâtiment (lodge room). En Écosse et en Irlande, on emploie aussi «chapelle» (chapel) et, bien souvent, cela en est une…Même si le décor du temple maçonnique évoque par certains aspects le Temple de Salomon, les travaux ne commencent ni se terminent dans le temple, mais dans la loge. L’espace dans lequel on représente les rituels n’est donc pas plus le Temple que la cathédrale ou la synagogue. Son apparence n’est qu’un paradigme soutenant le mythe, un décor de théâtre changeant avec les degrés des travaux, «un système de pensée complet et autonome, à l’intérieur de ses propres limites».

Le temple, en tant que local permanent consacré aux travaux maçonniques, fait l’objet d’une cérémonie de consécration spécifique.

RSE/RÉÉ. Le local, en tant que tel, distinctement de la loge (groupe humain), fait l’objet d’une cérémonie de consécration spécifique, de même pour le tablier du très Vénérable et de son collier (les deux étant transmis de successeur en successeur), ainsi que pour la Bible de la loge et, éventuellement, pour le glaive et la bannière.

Pour qu’il y ait œuvre d’architecture, il faut qu’il y ait conception.

Pour créer le temple maçonnique, il suffit que 7 maçons régulièrement initiés (il y a de nombreuses variantes pour en faire une juste et parfaite loge, (Voir l’article Singuliers pluriels) se réunissent sous la voute étoilée (l’édifice serait donc, plutôt, un hypèthre), tracent sur le sol le tableau de loge, matérialisent les colonnes, le soleil, la lune, l’équerre, le compas. Il n’est même pas nécessaire que le volume de la loi sacré soit là, il suffit que les présents le mentalisent, que ceux-ci se placent aux postes des offices et ouvrent les travaux pour que le temple existe et devienne cet endroit sacré qui disparaitra à la fermeture des travaux. En Franc-maçonnerie, il est entendu que le temple ne préexiste pas : ce sont les maçons qui l’édifient à la fois collectivement (temple humanitaire) et individuellement (personnalité humaine, pierre cubique dite philosophale en hermétisme). Le temple maçonnique est reconstruit à chaque ouverture des travaux et abattu à chaque fermeture de ceux-ci. La tenue est le lieu et le temps d’un chantier. Cette construction ne peut se réaliser que lorsque sont respectés et vérifiés, par les rituels sous forme de questions et réponses, les éléments d’espace, de temps et de qualité des participants : la loge couverte, l’âge des membres selon le degré d’ouverture. Les francs-maçons sont la présence du temple vivant, dont les édifices ne sont que les symboles. En ce temple vivant, anthropomorphisé, qui a son image en chacun des francs-maçons, s’accomplissent les vrais Mystères, autrement dit ceux de la vie. Le symbolisme du temple maçonnique est une incitation à élaborer notre propre projet, notre propre architecture, en nous rappelant toutefois que le temps du projet, celui de la réflexion et de la conception, est un préalable nécessaire à celui du chantier, qui est le temps de l’action et de la réalisation .

Comme l’écrivait Oswald Wirth : sachons nous transformer en temple et nous préserver de toute profanation afin que les Mystères qui s’accomplissent en nous soient ceux du véritable art royal ! C’est le pouvoir contemplatif qui construit le Temple, et le Temple, dressé dans l’imaginal, devient, ainsi, réelle Porte du Ciel (La pensée d’Henry Corbin et le temple maçonnique).

Les rituels peuvent-ils à eux seuls fabriquer cet espace sacré? Cette architecture-là, immatérielle par nature, reste à construire, ou plutôt à reconstruire à chaque Tenue, à la fois à l’extérieur du temple et à l’intérieur de soi (François Gruson).

[1] Exode (20 : 20) : Tu [Moïse] feras pour moi un autel de terre, sur lequel tu sacrifieras tes holocaustes et tes victimes rémunératoires, ton menu et ton gros bétail, en quelque lieu que je fasse invoquer mon nom, je viendrai à toi pour te bénir ; Ibidem (24 : 4) : Moïse écrivit toutes les paroles de l’Éternel. Le lendemain, de bonne heure, il érigea un autel au pied de la montagne; puis douze monuments, selon le nombre des tribus d’Israël.

[2] Exode (20 : 21) : Si toutefois tu m’ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes. Ibidem (20 : 22) Tu ne dois pas non plus monter sur mon autel à l’aide de degrés, afin que ta nudité ne s’y découvre point.

[3] Josué sur le mont Ébal (Jos 8:30-32), Gédéon à Ophra (Jug 6:11,24), Manoah à Tsoréa (Jug 13:15,20), Mica sur la montagne d’Éphraïm (Jug 17:5), Samuel à Mitspa (1Sa 7:9 et suivant) Samuel à Rama (1Sa 9:12-18 7:17), les Hébreux à Guilgal (1Sa 11:15), Samuel à Bethléhem (1Sa 16:5), David sur l’aire d’Arauna (2Sa 24:25), Salomon à Gabaon (1Ro 3:4), Élie sur le Carmel (1Ro 18:30 et suivants).

[4] Ge 33:20

[5] Ge 28:18 ; 35:14

[6] Jos, (24: 26) : Puis Josué consigna ces choses dans le livre de la loi divine; il prit aussi une grande pierre qu’il dressa en ce lieu, sous le chêne qui était dans le lieu consacré à l’Éternel.