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Éloge de la Joie

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Sentiment, souffle et vertu

Annick Drogou parle du SENS, des SENSATIONS, du SENTIMENT en Franc-Maçonnerie dans le numéro d’octobre 2023 (Cahiers de l’Alliance N° 16) consacré à la joie maçonnique par laquelle le franc-maçon, « libéré de la servitude des passions, après être allé vers soi pour s’accorder avec soi-même » peut enfin «  être en mesure d’aller vers les autres. » C’est ce consentement total à la vie  qui permet d’atteindre une joie permanente tournée vers l’altérité au monde. Quel est le rôle du corps dans le processus initiatique ? Quelles sont les réminiscences corporelles qui suivent l’initiation ?  Doit-on être déçu en constatant que la fraternité n’est pas du domaine de la sensiblerie ou du « copinage »

Les sensations et sentiments peuvent-il faire appel à l’humour pour dépasser la « théâtralité » et la rigueur parfois excessives des rituels. L’auteure interviewée, membre d’une dizaine d’autres participants à ce cahier, répond à ces interrogations.

Annick Drogou : Spécialiste de Langues Anciennes, agrégation de Grammaire incluse. – professeur de Grec. – goût immodéré pour les mots. – curiosité inassouvie pour tous les savoirs. – écritures  variées, Grammaire, sectes, Croqueurs de pommes, ateliers d’écriture, théâtre, poésie en lien avec la peinture et la sculpture. – beaucoup d’articles et quelques livres publiés : Dictionnaire buissonnier de la Franc-maçonnerie – A quoi sert la grammaire ? et Soyez parfaites mes Sœurs, pionnières du Droit Humain. Tous deux disponible chez DETRAD.

29/11/23 : « Pourquoi être Franc-maçon de la Grande Loge de France aujourd’hui ? » par Alain-Noël Dubart, à Dieppe

Alain-Noël Dubart donnera une conférence publique sur « Pourquoi être Franc-maçon de la Grande Loge de France aujourd’hui ? », salle Ango, à Dieppe (Seine-Maritime, en région Normandie)

Ce mercredi 29 novembre 2023,

c’est the place to be here !

C’est bien l’endroit où il faut être ici ! Alain-Noël Dubart, chirurgien orthopédique originaire de la métropole lilloise, a été Grand Maître de la Grande Loge de France de 2009 à 2012.

Alain-Noël Dubart.

Pour nous, Alain-Noël Dubart est une belle personne, un frère, un vrai. Il répand la bonne parole et prend son bâton de pèlerin pour défendre la cause de la franc-maçonnerie spirituelle et de tradition. Nous le qualifierons, bien volontiers, de missionnaire ou d’apôtre de la franc-maçonnerie. Bien qu’il aime à dire qu’il est un laïc (cf. son interview à La Dépêche du Midi du 27.02.2010), déclarant que « … La République est une, indivisible, laïque et sociale et ne subventionne aucun culte. Nous sommes de vrais républicains… » Avec un engagement profond et actif dans la diffusion des valeurs et des enseignements maçonniques, mettant toujours les principes de fraternité et de recherche de la vérité, au cœur de la maçonnerie, note Frère Alain-Noël est un exemple pour tous..

La Grande Loge de France (GLDF) est une obédience qui cultive intelligemment histoire, culture et spiritualité. Elle compte actuellement près de 31 000 frères maçonnant au Rite Écossais Ancien et Accepté.

Salle Ango.

Salle Ango, port de Dieppe

Idéalement situé sur la Côte d’Albâtre en Normandie, les pieds dans l’eau à seulement 2 heures de Paris et 3 heures de Lille, la salle Ango du port de Dieppe est le lieu parfait pour accueillir les sœurs, frères et amis profanes pour ce bel événement.

La salle Ango est située 1er étage du bâtiment Ango en plein cœur de ville. Elle surplombe le port de plaisance, la vue y est magnifique à toutes les heures de la journée. Vous entrez par une tour en verre qui rappelle l’évocation d’un phare.

Mémorial du 19 août 1942.

Que les férus d’histoire en profitent aussi pour visiter le Mémorial du 19 août 1942, dédié à la mémoire des soldats canadiens tués lors de l’opération Jubilee désormais hébergé, depuis 2002, dans le théâtre à l’italienne construit en 1826.

Alors, « Pourquoi être Franc-maçon de la Grande Loge de France aujourd’hui ? »

Pour être ou devenir Franc-maçon de la Grande Loge de France aujourd’hui, l’obédience souligne l’importance de l’initiation maçonnique pour la construction personnelle et l’épanouissement dans la vie, en mettant l’accent sur la réflexion et l’action, la conception et la réalisation, ainsi que la contribution à une évolution positive du monde.

La Grande Loge de France met en avant la liberté de conscience religieuse et citoyenne, respectant toutes les croyances et idéologies sans en prôner ou en exclure aucune. Obédience de Tradition, elle propose un espace ordonné aux valeurs humanistes et spirituelles, permettant aux hommes de toutes origines et croyances de se construire, de s’améliorer et d’agir ensemble pour le bien commun, avec estime, respect et tolérance mutuels​​.

Mais venez nombreux écouter Alain-Noël Dubart qui vous en dira beaucoup plus !

Renseignements pratiques : Salle Ango, Port Jehan Ango, 76200 Dieppe

Inscription obligatoire ICI.

Salle Ango, ports de Dieppe.
Blason de la Normandie.
Plan de la ville.
Intérieur du Mémorial du 19 août 1942.

L’épopée alchimique des Maçons et Maçonnes

Patrick Carré est poète, philosophe et Franc-Maçon français. Son œuvre littéraire et artistique comprend un nombre considérable de poèmes et de textes philosophiques illustrant l’Initiation Traditionnelle à la vie spirituelle. Initié à 23 ans à la Grande Loge de France, il est membre de la Juridiction du Suprême Conseil de France, de Rite Écossais Ancien et Accepté. Patrick Carré est diplômé en philosophie (Faculté de Rennes), en gestion (IGR et Enass) et en arts plastiques (Institut Van der Kelen-Logelain à Bruxelles et CAP de potier tourneur).

Nous lui devons déjà, toujours chez le même éditeur, Francs-Maçons Alchimistes (2e éd.), Dürer, Alchimiste, Maître du Trait, Philosophe (2e éd. augmentée et illustrée par un cahier couleur) et Nous sommes tous androgyne, un livre illustré par un cahier couleur et relié à 22 vidéos YouTube gratuites sur les 22 cartes majeures du Jeu de tarot et leur 800 images symboliques créées par l’auteur.

L’épopée alchimique des Maçons et Maçonnes, un titre attrayant ? Oui, car accrocheur, mémorable et suscitant surtout la curiosité, voire l’émotion car faisant appel à l’imaginaire du lecteur. En effet, le titre fait référence à l’association historique et symbolique entre la franc-maçonnerie et l’alchimie et à tout ce qui invite à leur riche tradition de symbolisme, sans même parler du processus initiatique ! L’épopée peut également symboliser la quête continue de la connaissance et de la vérité, à la fois dans l’alchimie et dans la franc-maçonnerie, où les pratiquants cherchent à découvrir des lois cachées de la nature et de l’existence. Rien que cela ! L’expression peut donc être interprétée comme un hommage à la quête mystique et spirituelle partagée par l’alchimie et la franc-maçonnerie, et à leur rôle dans la recherche de la transformation personnelle et de la compréhension plus profonde du monde.

De plus, l’emploi du terme « Maçonnes » renvoie sans doute aussi à l’existence de loges d’adoption, féminines ou mixtes au sein de l’art royal. De nos jours encore, seules les obédiences dites « régulières et de tradition » continuent d’exclure les femmes, bien que les femmes constituent la moitié de l’humanité et, dans beaucoup de pays, dépassent numériquement les hommes… D’ailleurs la question pourrait se poser de savoir s’ils pratiquent une maçonnerie universelle ?

L’auteur a donc de bonnes raisons d’y inclure les Maçonnes. Il précise aussi que ses « 1000 vers et plus » porte la marque du Rite Écossais Ancien et Accepté, menant du premier degré au dix-huitième, celui de Chevalier Rose-Croix. Mais s’empresse d’ajouter qu’ils éclairent également les grades ou degrés des autres rites ou des side degrees. Et ce, quel que soit le rite ou l’obédience. Il nous rappelle aussi que douze poèmes, parmi les trente premiers, ont été mis en musique et interprétés par Gérard Berliner, composant ainsi l’album Le flambeau glissé dans le rabat de la quatrième de couverture. Rappelons que Gérard Berliner (1956-2010) était un acteur et un chanteur surtout connu pour son succès « Louise », grand succès de l’année 1982.

Rebis Theoria Philosophiae Hermeticae, 1617.

Par ailleurs, si la première de couverture reprend un joueur de lyre d’après une statue d’Apollon au Vatican, le lecteur est attiré plutôt vers la représentation du Rebis, symbole de l’accomplissement de l’Œuvre au noir, ce processus alchimique de purification et de transformation. Symbole que nous trouvons en page d’accueil de son site.

Chaque titre d’un poème, certains reprenant les différents degrés maçonniques ou évoquant des thématiques liées aux voyages, symboles, concepts, vertus, etc. , sont choisis pour capturer l’essence du poème lui-même, pour intriguer et nous donner envie de poursuivre notre quête, en tournant simplement la page et lisant celui du grade suivant, par exemple…

Alchimie sur la table de l'alchimiste

Nous avons aimé le schéma des « Trois échelles de croissance spirituelle et de pensées » qui peuvent être comprises à travers diverses traditions et écritures. Pour l’auteur. Ces pensées sont rationnelles, irrationnelles et cosmiques. Si nous les entendons dans une perspective gnostique, cette croissance spirituelle ne concerne pas la personne spirituelle mais la croissance de notre « Intime », notre Atman – terme ayant le sens de pure conscience d’être ou de pur « je suis », et désigne traditionnellement le vrai Soi – ou Bouddha intérieur, qui est le renforcement et l’expansion de notre essence spirituelle véritable​​. Chacun l’interprétant en fonction de son niveau de conscience et de connaissance.

Si le rôle de la poésie, pluriel et profond, sert à exprimer des émotions et des idées de manière artistique, elle est aussi, en matière maçonnique, un moyen de préserver cette culture si particulière, de provoquer la réflexion mais surtout de célébrer la beauté.

Alchimie laboratoire
Alchimie, laboratoire…

La poésie en général et maçonnique en particulier, une expérience unique qui stimule l’imagination et suscite une résonance émotionnelle et intellectuelle.

Bonne lecture et que la joie soit dans les cœurs ! Patrick carré nous faisant partager tout le bonheur qu’il a eu à écrire et ainsi de rayonner afin que ce bonheur soit partagé…

Patrick Carré.

L’épopée alchimique des Maçons et Maçonnes

Poèmes Maçonniques1000 vers et plus pour tous les Rites partout dans le monde

Patrick CarréLiberFaber, 2023, 228 pages, 25 €, accompagné du CD Le flambeau de textes de Patrick Carré dits par Gérard Berliner

En Franc-maçonnerie le Silence est d’Aur

En Franc-maçonnerie le Silence fait partie de l’Œuvre. Comme le silence révèle la musique, ici Il enlumine la transmutation en voie d’accomplissement. Le Littré nous explique que le silence est l’absence de bruit ; le fait de se taire ; l’action de ne pas exprimer sa pensée ; l’absence de mention d’une chose ; l’expression d’un manque ; l’interruption du son dans une phrase musicale, cette interruption est aussi nommée soupir. Mais comment définir le Silence puisque d’après les sciences physiques et spirituelles « tout est vibration » ?

Et si l’espace est cet endroit « où personne ne nous entend crier » le Silence absolu serait-il le lieu de inaccompli ? Ou bien encore serait-il une source où nous viendrions puiser cette « Eau d´Aur » dans laquelle l’Initiation nous plonge au cours de cet ultime baptême avant d’affronter l’immensité ? Cependant, les auteurs nous parlent parfois de ces endroits où règne un « silence de mort ». Le Silence serait-il alors la membrane révélant la musique plus ou moins harmonieuse de la Vie jusqu’à ce Soupir ultime nous menant vers l’insondable mystère ? Pourquoi le Bien ne fait-il pas de bruit ?

Quitter le bruit du monde : l'Initiation
Quitter le bruit du monde : l’Initiation – 09/11/2023 – Stefan von Nemau

Quitter le bruit du monde : l’Initiation

Dans le temps de l’avent, celui d’avant la Porte, tous les bruits du monde se percutent. Qu’ils soient médiatiques, vécus personnels, provocations au dissensus, les bruits plongent ce qu’ils recouvrent dans le brouillard de leur propre chaos ; même les concordes sont sujettes à la discorde dans cet immense test de Rorschach que dessine le brouhaha du monde. Arc-bouté sur les certitudes mouvantes de nos histoires personnelles percutant la grande Histoire, notre interprétation de ce bruit ne fait que rajouter du Chaos au chaos du monde. Que nous le voulions ou non, notre perception du monde n’est pas uniquement l’alpha et l’oméga d’une réalité proposée comme universelle. Le bruit se noie dans le bruit… sortir de ces remugles c’est l’épreuve de la Terre.

Le but des épreuves initiatiques est de nous élever à la possibilité du Silence. L’épreuve de l’air aère nos recoins des pestilences héritées du passé, l’épreuve de l’eau nous lave de celles qui nous appartiennent et l’épreuve du feu nous purifie et nous ramène à notre noyau indestructible.

Par leurs mises en situations, ces épreuves nous préparent à renaître dans l’amniotique voie ésotérique et initiatique du Silence de l’inaccompli au cœur du Souffle de l’accomplissement. Elles nous amènent au seuil de la Porte dont le sésame est notre Parole. Cette Parole créatrice est notre engagement premier : « Demandez et on vous ouvrira ! »… « demander » c’est répondre à l’appel du Coq.

Entrer dans le lieu du Souffle
Entrer dans le lieu du Souffle : oublier Icare – 09/11/2023 – Stefan von Nemau

Entrer dans le lieu du Souffle : oublier Icare

Ainsi le récipiendaire, adoubé par La Lumière, devient Apprenti. Comme il est plongé au cœur de l’Antremonde dont il ne connait encore rien, il est contraint rituellement au Silence. Certains le vivront comme un cadeau, d’autres comme un cocon, ou bien encore comme un carcan ou tout cela à la fois. Il faut du temps pour développer en soi les épreuves concentrées dans la cérémonie.

Une des découvertes est la manière dont circule la parole afin de la rendre féconde. Elle est toujours entourée de pauses, de silences, afin d’en concentrer l’essence. La mosaïque des arguties est ordonnée, tesselle après tesselle, jointées par le silence du ternaire.

Dans cette perception de ce que j’appelle l’Antremonde les symboles sont là. Ils attendent dans le silence de l’inaccompli que le souffle de l’Initié les féconde en leur donnant vie . Mais ces explications de ce Silence ne sont qu’une partie émergée de l’iceberg.

Une autre explication, immergée dans les eaux du Mystère, serait que l’Initié n’est qu’au départ de son Voyage. Nous entrons alors en transmutation vers notre Idéal. C’est en voyageant au cœur de la « Taire » que notre chaos intérieur va s’ordonner peu à peu et s’apaiser. Les limons de notre existence vont alors se déposer dans son sol en fertilisant le son à notre portée. Lorsque l’eau se sera retirée nous renaîtrons en terre fertile à l’accueil de la parole de l’autre dans ce « Delta d’une-il ».

Nous aurons enfin appris à écouter et réappris à nous écouter. Nous pourrons alors commencer à comprendre l’autre sans nous dénaturer nous-mêmes , sans nous confondre avec lui. Le Silence transmuté, transcendé, donnera naissance au Souffle révélant l’immanence du phénix. Initiés réalisés nous sortirons alors de notre labyrinthe par l’autre bout de notre fil de Soi(e).

Le Temple du Souffle
Le Temple du Souffle – 10/11/2023 – Stefan von Nemau

Transcender l’inaccompli

Dans ma pratique artistico-spirituelle, j’ai nommé intuitivement Antremonde l’Intermonde théorisé par Henry Corbin. Je le situe entre le monde intelligible et le monde sensible. Si nos Rituels sont une porte qui sépare le monde Intelligible de l’Antremonde , il en existe une autre marquant la frontière entre l’Antremonde et le monde Sensible.

Par delà cette autre porte donc, il existe l’espoir d’une autre dimension : celle de l’Idéal, celle de l’Inaccompli. Nous ne savons pas si ce monde là est accessible à l’humain. Certains écrits nous content les aventures de quelques uns dans les confins du Mystère de la Création. Qu’y a-t’il par delà le Rubedo, par delà la lave de l’Œuvre au Rouge ? Qu’y a-t’il au cœur des « six-lances » délimitant ce Tout dont l’Un serait le Centre ?

Ces « six lances » sont les supports des voiles de notre tente que nous plantons à chaque Tenue pour nous rassembler dans le silence du désert, autour de l’Aur du Feu sacré, axis-mundi tendu entre le noyau ultra dense de la « Taire » et l’espoir transfigurant de la Lumière. C’est autour de ce feu qui nous rassemble que nous nous racontons nos quêtes, guidés par l’inaccessible Étoile et la flamboyance de notre Désir.

Derrière le Voile
Derrière le Voile, les 6 lances – 10/11/2023 – Stefan von Nemau

Si le Verbe est à l’origine de la Création, le bruit serait-il né le jour où la Connaissance a été séparée de l’Œuvre ?

C’est ce que pourraient nous suggérer symboliquement beaucoup de textes sacrés. Ce qui est écrit dans nos Rituels c’est que le but avoué du Franc-maçon est de « rassembler ce qui est épars ». C’est par le Silence que l’on transmute la discorde en concorde. Cela commence par s’apaiser, se pacifier soi-même pour pouvoir accueillir l’Autre en pleine conscience de ce que ce « nous » est la « somme ».

Faire Silence en soi c’est réveiller la vitalité du Souffle créateur, c’est apaiser notre vibration pour laisser passer la Lumière en la perturbant le moins possible. L’accompli et l’inaccompli deviennent l’expire et l’inspire de l’ordonnancement du Monde. C’est de cette respiration que renaît le Verbe et c’est en notre Silence que nous pouvons espérer le « perce-voir ».

C’est dans le Silence de l’espérance en l’immanence de leurs retrouvailles qu’Ish et Isha s’uniront de nouveau. Leurs noces alchimiques sera dans le battement du Cœur Sacré de la transcendance de l’Inaccompli. L’Accompli irradiera alors La Paix, L’Amour et La Joie.

On dit que « Le Bien ne fait pas de bruit ». Ce pourrait-il alors que le Silence soit l’expression du Souffle créateur, l’expression d’un Tout qui serait Harmonie ? Se pourrait-il alors que pour percevoir cette Harmonie du Silence ce soit notre dualité, symbolisée ici par nos deux oreilles, qui doit être accouplée pour que du Chaos du « terne-ère » renaisse l’Harmonie édénique supposée de l’Unité ?

Clefs de compréhension

En Franc-maçonnerie le Silence est d’Aur 

Le récit graphique rassemblé et décodé

Le Silence, un récit graphique
En Franc-maçonnerie le Silence est d’Aur. Un récit graphique de Stefan von Nemau

Page de gauche

Les quatre premières images présentent les quatre épreuves initiatiques menant vers la Porte, au cœur du Mystère représenté par un trou noir. Au travers de la Porte les raies de Lumière attirent et guident le pèlerin vers le centre de « l’uni-vers ». Les plus observateurs d’entre vous auront remarqué que celui qui accompagne « celui en devenir » porte une canne en lieu et place d’une épée. C’est à dessein car celui qui nous guide sur notre chemin est d’abord celui qui chemine avec nous en nous apportant soutien et expérience, et ce quel que soit notre âge, nos rites et rituels. Il s’appuie lui-même sur son bâton de pèlerin reliant la terre au ciel.

Page de droite

Une fois la Porte franchie, nous entrons dans la représentation symbolique de ce que nous construisons à chaque Tenue. Dans ce carré ou s’équilibrent nos dualités se trouvent représentés l’alpha et l’oméga de notre démarche ainsi que les étapes pour y parvenir. Le Silence initiatique se trouve symbolisé par le Souffle de couleur or (le soupir musical).

Cela ne se voit pas sur l’image mais les quatre carreaux noirs et blancs sont collés sur le magma en fusion de notre noyau ontologique. Ceci symbolise qu’ils forment une représentation intelligible symbolique de notre caisse de résonance.

Les nombres (3,5,7,9) indiquent les proportions de notre chambre secrète, la dualité et le fondement (2 et 4) sont déjà présents autrement.

Géométriquement, si l’ont parcours le 3 de la surface en explorant les profondeurs du 2 nous arrivons au rayonnement du 5. Pour revenir dans l’axe central il faut revenir à la moitié arithmétique de 5. Celle-ci est 2,5 soit la dualité explorée par la quintessence. Une fois cette opération réalisée elle donne naissance au 7 (2 + 5). Le 7 nous propose une trajectoire descendante nous permettant de revenir au Ternaire qui est la base, le moyen et le but de notre réalisation humaine.

Pour revenir au centre de l’édifice, il nous faudra diviser ce qui a été réuni par 2 ce qui nous donne 1,5 (3/2). Découvrir l’Unité par l’exploration de la quintessence c’est la réalisation du 6 (1+5) dont la forme évoque l’expansion vers le haut.

L’axe médian reliant le 3 de l’horizon du début au 3 du fondement du Ternaire de la base donne un édifice d’une hauteur de 9.

Dans la Guematria ce chiffre symbolise l’accomplissement final permettant d’ouvrir les consciences. C’est de sa dynamique que nait le Souffle qui s’exhale vers le haut dans une renaissance flamboyante.

Enfin, nous plongeons au travers de la lave (lien graphique avec la photographie de l’Eau d’Aur), jusqu’à la plus fine couche possible du voile propitiatoire.

Au travers et en transparence apparaît une représentation du Tout telle que je peux l’imaginer : un sceau de Salomon contenu dans un premier cercle de points épars (macrocosme). Cette étoile est tracée par 6 lances (les silences). En son centre, au centre d’un autre cercle de points épars (microcosme) se trouve le tout premier Adam de la Genèse.

Les chiffres indiqués dans les triangles du sceau précisent l’ordre d’allumage de nos Étoiles. Les nombres sont impairs pour la création de ce lieu éphémère et pairs pour son démontage.

Chaque rituel ayant des mots différents lors de cet allumage, c’est pour laisser libre et secrète cette dimension incantatoire qu’ils sont représentés par des nombres, charge à chacun de les remplacer par ses mots.

Echangeons !

Giuseppe Cambareni (1901-1972), rosicrucien, franc-maçon, espion et magicien

n° 3 suite et fin de notre confrère katholisches.info – Par le Père Paolo M. Siano*

Dans les parties précédentes, j’ai retracé les principales étapes de la vie de Giuseppe Cambareni : il fut rosicrucien, franc-maçon, magicien, agent secret opérationnel, d’abord dans les milieux militaires du fascisme, dont la passion était l’ésotérisme, puis pour les Alliés, promoteur de l’Europe. unification et mondialisme – et enfin il se consacre entièrement à son utopie gnostique de la Fraternité Blanche Universelle de l’Archange Michel, dans laquelle son ton autoritaire ressemble plus à celui d’un régime (fasciste) qu’à celui d’une démocratie (européenne ou anglo-américaine). .

J’examine maintenant quelques écrits de Cambareri, d’où ressortent clairement sa pensée ésotérique, sa formation gnostique et rosicrucienne, qui correspondent essentiellement à la culture initiatique des cercles ésotériques de la franc-maçonnerie.

7. L’unité du monde à travers un gouvernement économique mondial (1944)

Giuseppe Cambareni à Huiricocha, Brésil

En 1944, les éditions Mithras de Rome publient le livre de Giuseppe Cambareni  » L’Unità del Mondo attraverso le Federazioni Continentali e il Governo Economico Mondiale «  (  » L’ unité du monde à travers les fédérations continentales et un gouvernement économique mondial « , 235 pages avec tableaux à titre d’illustration). Le nom de l’éditeur, Mithra , donne une idée de la pensée ésotérique de l’auteur. Le frontispice représente Mithra, le dieu du soleil et de la lumière, un dieu mystérieux indo-persan également vénéré dans la Rome impériale, tuant le taureau sacré avec un poignard.

Dans le livre de Cambareris, nous trouvons des citations de la  » Divine Comédie » de Dante Alighieri, des citations de l’Évangile (voir p. 29, 184), la louange à Jésus, le christianisme, le Notre Père (voir p. 90), saint Paul. François d’Assise, missionnaire « moniale vulnérable de la charité » (voir pp. 15, 30), une déclaration de foi en Dieu, Père et Créateur du monde et de l’humanité (voir pp. 30, 42, 77, 182). Malgré ces références théistes, chrétiennes et catholiques, le livre véhicule une mentalité ésotérique que l’auteur a acquise dans l’école rosicrucienne et la franc-maçonnerie.

7.1 Éternité et unité du monde

Cambaréni parle de :

  • « Terre », « l’infinité de la création », « la loi qui soutient tous les systèmes », « l’atome »… « vous êtes les symboles éternels de la continuité et de l’unité du tout » (p. 7).
L’unité du monde, livre de Cambaréri (1944)
  • « Flux éternel de l’espace, dans cette continuité harmonieuse et sans fin de l’action créatrice […] éternelle, se renouvelant des systèmes solaires et stellaires, des mondes et des lunes […] le sage royaume de la loi, éternel et omniscient, créant tout a [… ] » (p. 7).
  • « Éternité des origines et récupération » (p. 8), « substance différente et unique » (p. 8), « phénomène éternel de changement » (p. 8), « loi d’airain » (p. 8) de « l’unité » (p. 9)
  • « Du fini à l’infini, du microcosme au macrocosme, uniques sont la parole et la loi ; unité inséparable, unité invincible » (p. 9), unité du monde, y compris entre les nations, en harmonie avec « le fiat créateur » (cf. p. 10).
  • La base de toute création est « l’unité », « la loi insurmontable », « la volonté créatrice de la plus haute intelligence » (p. 25) ; « rien ne se détruit dans le mouvement créateur infini » ; les mondes se détruisent et se régénèrent, « le cosmos se renouvelle dans un échange constant, dans une raison expansive et reconstructrice constante » (cf. p. 25).
  • Il existe une analogie continue entre cosmos-humain-famille-nation-continent ; « une seule volonté […] un même élan énergique et unifié » (cf. p. 26) ; « Le changement et l’immobilisme […] l’attraction et la répulsion ne sont que l’expression phénoménale de leur immuabilité » (p. 26) ; tout cela est « l’essence éternelle » (p. 26), est « un appel éternel et indélébile au reflux en elle de ce qu’elle irradie elle-même » (p. 26).
  • « La loi elle-même, qui règle tout et qui se révèle dans une manifestation constante de mouvement, de transformation, d’expansion » (p. 41).
  • Dans le ventre de la terre existent de « mystérieuses alchimies » (p. 41), « tout ce qui est infini est en mouvement, car sans mouvement il n’y a pas d’équilibre et il n’y aurait pas de vie » (p. 41).

7.2 Égalité, fraternité, guerre et utopie contre toutes les barrières…

Cambareni parle d’égalité, de fraternité et de civilisation contre « l’obscurantisme » (voir p. 15). Il considère la guerre comme « un mal nécessaire » (p. 17, italique dans l’original).

Cambareni dénonce les maux sociaux, les injustices sociales et les dictatures (voir pp. 18-21, 65), espère un « règne de justice, de liberté, de fraternité » (p. 22), espère une nouvelle humanité, une nouvelle civilisation qui vient d’Amérique Latine (voir p. 24).

L’unité des nations signifie l’abolition des barrières douanières, des passeports (voir p. 31), du « régime policier » et de l’armée (voir p. 32) ; la protection de la liberté de croyance, de culte, de gouvernement et de pensée (voir p. 38f).

Cambaréni dénonce la dictature du fascisme et du national-socialisme (voir p. 58) et le capitalisme d’État (voir p. 98) ; il défend les « idéaux chrétiens de liberté, d’égalité, de fraternité » (p. 58). Il faut « reconstruire la nouvelle humanité, le peuple du Nouvel Âge » (p. 58).

« Un bien-être économique solide et réel ; la jouissance des biens naturels dans la mesure exacte permise par la Loi suprême ; […] » (p. 59).

Représentation graphique par Cambaréri d’un gouvernement économique mondial dans son livre publié en 1944

7.3 Illuminati (comme Garibaldi) contre les dogmes et le cléricalisme

Cambareni fait l’éloge de Giuseppe Garibaldi (1807-1882, patriote, franc-maçon, anticlérical) comme « le chevalier de l’humanité » (p. 62)… Cambareni révèle son anticléricalisme contre les « dogmes » et les « intérêts ecclésiastiques » (voir p. 124). Il affirme qu’il faut briser les barrières douanières, raciales et religieuses (voir p. 165).

7.4 Le salut de l’humanité : le gouvernement économique mondial

Cambareni appelle à « un gouvernement économique mondial » (p. 169) car cela correspond à « l’unité du tout », la « Grande Loi » (voir p. 170). Cambaréni loue « l’amour des saints et des illuminés » (p. 181f). Oui, « de la part des Illuminati » (p. 182) ! Puis il explique : « N’oublions pas que tous les peuples de la terre sont les enfants égaux d’un seul Père céleste et que l’humanité représente un tout indissociable, donc le problème à résoudre est un, total et indivisible, celui du monde en sa totalité et non celle des différentes nations. Ce n’est qu’ainsi que le problème de la paix, de la sécurité, de la liberté et de la civilisation sera résolu » (p. 182).

La référence à la paternité de Dieu (mais à un Dieu que chacun interprète selon ses propres croyances) et à la fraternité humaine est également typique du milieu maçonnique anglo-américain, cf. JD Carter 33° – B. Clarke 33° : « Voulons -nous une médiocrité planifiée ou une excellence planifiée pour notre pays ? » , dans The New Age, Organe officiel du Conseil suprême du rite écossais ancien et accepté de la franc-maçonnerie de la juridiction du Sud, Washington DC, États-Unis, No. 1, janvier 1971, p. 23-25)

Dans le livre  » L’Unità del Mondo » ( » L’ unité du monde ») , Cambareni espère : « la constitution immédiate d’un gouvernement économique mondial, qui seul, au-delà des vicissitudes et des contradictions internes des États, puisse réaliser cette œuvre de rédemption, de rajeunissement du sang, de régénération de l’humanité, sans laquelle il est inutile de parler d’un avenir d’égalité et de fraternité » (Cambareni, op. cit. p. 185).

Le gouvernement économique mondial est nécessaire pour que l’humanité puisse échapper à la « dépendance » dans laquelle l’ont jetée « l’impérialisme aveugle des dictateurs et l’égoïsme des peuples riches » (cf. 185).

Cambareni n’a aucune confiance dans la Charte de l’Atlantique ( voir 188 ; acte diplomatique entre les USA et l’Angleterre 1941. A noter que Cambareni était encore au service du fascisme en 1941, puis passa aux Alliés après le 8 septembre 1943…

Cambaréni affirme que le Gouvernement Économique Mondial (« GEM ») permet « la reconstruction du monde et le salut économique et social de l’humanité » (p. 189). Le GEM assurera une « solidarité fraternelle », un « régime parfait de justice et d’équilibre » ainsi que « la prospérité » et la « liberté » (voir p. 213).

« Ainsi la liberté, l’égalité et la fraternité, fusionnées dans l’unité indissoluble de toutes choses, seront véritablement mises en œuvre dans le monde, et la devise un pour tous et tous pour un sera celle de la nouvelle humanité » (p. 213).

7.5 Tout dans l’unité : Dieu, le mouvement, la loi, le monde…

Regardons le dernier chapitre : « La loi du futur : l’unité du monde » (pp. 215-223).

Seul le Créateur, seule la créature, seul le mouvement, seule la vie, seule la loi universelle de l’unité (cf. p. 215), donc les nations et les continents doivent être réunis dans l’unité (cf. . 216)… Au lieu de cela , mène à l’opposé de l’unité, la séparation, mène à la mort (voir p. 216).

« La loi est invincible », elle veut « l’amour, la vie, la cohésion », elle est « l’unité » (voir p. 221).

Cambaréni poursuit : « Dans l’essence de Dieu qui est en vous et qui est lumière, harmonie, vie, nous espérons que vous y reconnaîtrez les paroles de vérité. Unité, amour, harmonie, telles sont les paroles de Dieu, ce sont les paroles de vie et de loi. […] La reconstruction de l’humanité nous attend, le renouveau de la nouvelle civilisation, le début d’une nouvelle ère » (p. 221).

Cambareni dit : « Nous avons tous commis des erreurs, certains par orgueil, certains par égoïsme, certains par cupidité, d’autres par désir de pouvoir, nous avons tous commis des erreurs » (p. 221). Mais maintenant nous devons écouter « la voix impérieuse de la loi de la vie, qui nous pousse avec un élan irrésistible à unir tous les hommes dans une fraternité universelle » (p. 221).

Giuseppe Cambareni (au centre) au Brésil, lors de la construction du Temple de la Fraternité Blanche Universelle dans le cercle rosicrucien

« Une Loi Suprême indestructible conduit tous les États à l’unité mondiale ; car une force divine et insurmontable, contre laquelle toute résistance serait insensée et fatale s’y opposer, lierait tous les pays, grands et petits ; car de cette unité, comme nous l’avons montré, rien d’autre ne surgira que le bien-être, l’harmonie, la paix, un niveau de vie plus élevé et une civilisation plus élevée. Alors pourquoi devrait-on résister ? » (p. 222).

Cambaréni veut nous faire croire que « ce concept unifié, qui lie les États du monde en un seul gouvernement économique mondial » (p. 222), n’enlève rien à la liberté politique des États individuels (voir p. 222). )… Il répète que « le gouvernement économique mondial », « l’unité mondiale » est « la loi future de demain » (voir p. 222) ; « personne ne peut arrêter le chemin de l’évolution car la lumière triomphe toujours des ténèbres » (p. 222).

« Tout nous invite à l’unité, Dieu et la nature, le ciel et la terre, l’esprit et le corps. L’unité est Dieu, l’unité est le tout, l’unité est harmonie, paix, bien-être, amour. Soyons là, personne ne manque à ce renouveau de la fête de l’amour. Sous l’égide du gouvernement économique mondial, dans l’union de tous les États en une seule fédération mondiale, sous les régimes politiques que chacun veut se donner, toutes les barrières douanières seront détruites, les ressources communes du territoire seront ouvertes à tous. des peuples et un nouvel élan seront donnés aux flux migratoires, dans une nouvelle conception d’équilibre, de justice, vers un objectif commun d’harmonie et de fraternité, avec une nouvelle échelle de pouvoir et de production qui redonnera à l’humanité sa lumière royale – la valeur d’être humain. Les gens avanceront vers un avenir avec un cœur calme et confiant, sur le nouveau chemin qui les attend sous l’étoile brillante de la source des temps nouveaux » (p. 223).

Cambaréni termine poétiquement son utopie gnostique et mondialiste avec une citation de Dante, exprimant l’espoir que l’amour éclairera les gens :

« Que l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles les illumine, les fortifie, les guide, et que l’amour qui caresse les hautes étoiles du ciel, fasse éclore les fleurs sur les tiges et chante dans la voix des Cœurs purs. , soit dans leurs esprits, dans leurs maisons, dans leurs familles, qu’elle, guide de bénédiction, descende sur toute l’humanité. Que l’amour, la paix et l’harmonie règnent pour tous les hommes de bonne volonté, que le but béni de l’unité mondiale brille dans le cœur de tous » (p. 223).

A la fin de ce livre de Cambareni, on se demande :

qui décide et qui dirige l’unité du monde et le gouvernement économique mondial ? Un collège d’initiés, comme Cambaréni ?
Comment concilier la liberté et la démocratie réelles des États individuels avec l’unitarisme mondialiste proposé par Giuseppe Cambareni, les rosicruciens et les francs-maçons ?
Pour des initiés comme Cambaréni, Dieu est-il une loi ?

7.6 Éléments communs entre le texte de Cambaréni et la franc-maçonnerie (REAA)

La référence (apparemment chrétienne) de Cambareri à l’Intelligence Suprême, au Dieu Créateur et Père et à la Fraternité Humaine Universelle peut être facilement réconciliée avec la pensée ésotérique et gnostique. Exotériquement (ou extérieurement), on professe une doctrine qui est similaire ou identique à celle du « peuple » chrétien et catholique, mais ésotériquement (intérieurement ou parmi les initiés), la même doctrine est comprise différemment. C’est la dualité exotérique/ésotérique typique de la Gnose, mais aussi de la Rosicrucianisme et de la Franc-Maçonnerie.

7.6.1 Infinité du monde, nécessité des contraires

Le 21 janvier 2017 a eu lieu à Rome la conférence « Vita oltre la morte » (« La vie après la mort ») , organisée par la Franc-maçonnerie de rite écossais ancien et accepté – Palazzo Giustiniani (AASR). Réservé aux Maîtres Maçons du Grand Orient d’Italie (GOI ).

Baracco Gabrieli comme Grand Commandeur de l’AASR dans le Grand Orient d’Italie

Parmi les intervenants figuraient Corrado Balacco Gabrieli 33° (ancien Souverain Grand Commandeur de l’AASR), Leo Taroni 33° (Souverain Grand Commandeur), Don Luigi Berzano (Université de Turin), Stefano Bisi (Grand Maître du Grand Orient d’Italie), Roberto Giacobbo (journaliste, sous-intendant Rai 2), Ginella Tabacco (écrivain et voyante).

La vidéo complète de la conférence peut être visionnée sur Radio Radicale, divisée en deux parties. En introduction, le Professeur Corrado Balacco Gabrieli 33° explique que le Rite Écossais Ancien et Accepté « représente certainement le fer de lance et l’université de l’institution » (Fichier 1/2, Min. 4:30-4:37), c’est-à-dire la franc-maçonnerie.

A la fin du discours de la voyante Ginella Tabacco, une femme dans l’assistance (fichier 2/2, min. 54:26), qui est apparemment une clairvoyante ou qui a au moins des expériences paranormales, dit à Tabacco : « Bien sûr [le mal] a un sens, car dès que le mal existe, je sais que le bien existe aussi. Si le mal n’existait pas, je ne saurais pas ce qu’est le bien » (58 :26-58 :29). Tabacco répond : « Sans aucun doute » (min. 58 :29).

(Nous avons ici la théorie ésotérique de la nécessité des contraires, du bien et du mal, de la nécessité du mal pour connaître le bien…)

Tabacco croit à la réincarnation (1:01:25ff), puis demande si elle a dit les bonnes choses, et Balacco Gabrieli 33° répond « Oui » (1:01:27). Enfin, Balacco Gabrieli 33° explique que nous sommes faits d’énergie et qu’une partie de nous est une énergie indivisible et éternelle (min. 1:02:00-1:02:53). Balacco Gabrieli explique :

« L’univers, constitué dans son origine et son fondement essentiel d’énergie pure, est éternel, n’a jamais commencé et ne finira jamais » (1 :03 :00-1 :03 :12), « nous sommes éternels et serons éternels tout au long de notre vie. le temps que nous avons devant nous, et c’est l’éternité de nous tous » (Min. 1:03:59-1:04:15).

7.6.2 Un gouvernement mondial…

La 44ème Conférence européenne des Souverains Grands Commandeurs (SS .GG .CC.) des Conseils Suprêmes de l’REAA s’est tenue à Istanbul du 23 au 27 mai 2001 sous le thème « La mission de l’ REAA dans le contexte dynamique de l’avenir . » L’ancien SGC du Conseil Suprême du REAA pour l’Italie, Corrado Balacco Gabrieli 33° (1938-2017), a déclaré :

« La population ne cesse de croître. Dans cinquante ans, si rien n’est fait, la planète comptera 15 milliards d’habitants. Il n’y aura plus d’espace pour tout le monde, plus de ressources énergétiques, plus de nourriture adéquate et plus d’eau » [C. Balacco Gabrieli 33° : La tâche du REAA dans le contexte dynamique du futur. 44e Conférence européenne des Souverains Grands Commandeurs, dans : Logos, n° 2, 2001, Inspection régionale du Latium REAA, Rome, p. 34 (33f)].

Salle de réunion du Conseil Suprême (du 33ème degré) du Rite Écossais Ancien et Accepté du Grand Orient d’Italie. Contrôle de la population à tout prix par les « élus ».

Balacco Gabrieli 33°, SGC 2001-2009, plus loin :

« Le REAA doit également hausser la voix et intervenir sur cet enjeu majeur qui nous concerne tous. Les religions traditionnelles sont toutes, sans exception, opposées à un véritable contrôle des naissances, pour des raisons de foi et de respect des principes dogmatiques qui les imprègnent toutes. Les francs-maçons en général et les francs-maçons écossais en particulier sont des prêtres de la raison et de l’amour universel, de la liberté et de la fraternité et peuvent également dans ce cas proposer aux États et aux sociétés des solutions pratiques pour aborder ce terrible problème et le résoudre dans un délai raisonnable et pour éviter cela. abîme effrayant vers lequel l’humanité semble se diriger inconsciemment. Il est nécessaire de diffuser avec la plus grande détermination tous les contraceptifs que la science et la médecine mettent aujourd’hui à notre disposition. Il est nécessaire de financer des campagnes d’information dans les pays en développement d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. Il est nécessaire que le REAA participe à ce travail de connaissance et de diffusion aux niveaux européen et mondial. Le REAA a des tâches importantes et d’énormes responsabilités devant lui. L’avenir de l’humanité, son bien-être, son intégration, sa croissance sont aussi entre nos mains » (p. 34).

Le 21 septembre 2001, à l’Aula Magna de l’Université « La Sapienza » de Rome, a eu lieu une conférence sur « Surpopulation – Mondialisation – Intégration », organisée par le Conseil Suprême de l’REAA-Palazzo Giustiniani . Corrado Balacco Gabrieli 33° a ouvert l’événement ; Le professeur Giuseppe D’Ascenzo (Recteur de la Sapienza) et Gustavo Raffi (Grand Maître du Grand Orient d’Italie) ont accueilli les intervenants de la conférence et le public qui a rempli l’auditoire universitaire (cf. Incontro culturale tra università e RSAA, dans Logos : n° 2 – 2001, Inspection régionale REAA Latium, Rome, p. 35f). A la fin de l’événement, Balacco Gabrieli 33° a déclaré : 

« Il est essentiel que, dans un délai raisonnable, soit établi un gouvernement mondial doté de pouvoirs efficaces d’intervention, de direction et de contrôle sur les politiques démographiques et socio-économiques des États-nations. Je crois qu’une partie de cette tâche doit également être accomplie par la franc-maçonnerie internationale. À mon avis, notre institution abrite bon nombre des meilleurs esprits et des consciences les plus saines que possède l’humanité. […] Une institution comme la nôtre, qui rassemble en son sein des hommes de culture, de spiritualité et d’honnêteté supérieure, effrayera peut-être certains, mais je crois que notre institution doit aujourd’hui s’offrir comme un point de référence incontournable pour toutes les personnes de bonne volonté. , qui croient en l’avenir de l’humanité. Nous sommes convaincus que la Franc-maçonnerie et l’AASR peuvent et doivent également assumer cette tâche. Parce que c’est comme ça que ça a toujours été, de manière subtile, et c’est comme ça que ça sera toujours. Pour le bien de l’humanité et pour la gloire de GADU » [Grand Architecte de l’Univers] (p. 36).

* * *

De ce qui précède, il est clair que tant le cas Cambaréni que l’identité et les opérations ésotériques et gnostiques de la franc-maçonnerie, en particulier le rite écossais ancien et accepté, montrent clairement la fausseté de la théorie suivante (qui est même apparue récemment dans… Catholique camp) : après 1945, la franc-maçonnerie avait épuisé sa fonction, elle était devenue inutile à l’œuvre de la révolution, puisqu’elle avait atteint ses objectifs et était remplacée par d’autres « agences »… Mais c’est une théorie qui ne correspond pas à celle-ci. à la réalité.

(La suite suit.)

Le Père Paolo Maria Siano appartient à l’Ordre des Franciscains de l’Immaculée (FFI) ; Le docteur en historien de l’Église est considéré comme l’un des meilleurs experts catholiques en matière de franc-maçonnerie, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages de référence et de nombreux essais. Dans sa publication la plus récente, il vise à prouver que la franc-maçonnerie contenait dès le début des éléments ésotériques et gnostiques, qui justifient encore aujourd’hui son incompatibilité avec la doctrine de l’Église.

Traduction : Giuseppe Nardi
Image : FRA/GOI/ritoscozzese.it (captures d’écran)

De la bible au volume de la loi sacrée

2

La Bible est le seul document existant dans lequel est relatée l’histoire du temple du roi Salomon. Ce qui a pu faire douter certains historiens de sa réalité. La franc-maçonnerie ou Art Royal (en référence à ce souverain) a fait à la fois de cet édifice une allégorie centrale et du Livre des trois religions monothéistes, un support de réflexion majeur (pour les obédiences qui l’ont intégré dans leur symbolique). Qu’est-ce que la Bible en soi ? Quels éclairages les maçons et maçonnes trouvent-ils dans sa lecture philosophique ?

 Allumons ensemble notre imaginaire…

Nous sommes en 1250 avant Jésus Christ, au pied du Mont-Sinaï, dans le djebel Mousa, où les Hébreux sortis d’Egypte ont installé leur camp. Ce matin-là, alors que le soleil levant incendie la voûte céleste, soudain le son strident d’une batterie de trompettes déchire l’air. Suivent éclairs, coups de tonnerre ! Un fracas qui réveille en sursaut les nomades réunis, couchés à même le sable, serrés les uns contre les autres dans leurs bourgerons, sous des pans de toile bigarrées.

Comme s’il attendait de Dieu ces signes forts, Moïse, leur imposant chef charismatique, surgit de sa tente plantée sur un promontoire. Le torse nu, il lance au ciel un regard d’acier. Puis, rejetant derrière ses épaules sa longue chevelure blonde, il saisit à bout de bras une grande outre remplie du sang d’un mouton sacrifié. Le colosse en asperge les bergers massés à ses pieds, pour sceller symboliquement l’alliance avec le Seigneur. Surpris, le visage éclaboussé par le liquide vermeil, ils fixent leur libérateur de leurs yeux agrandis par la peur ! La terre tremble. Qu’arrive-t-il ?!

« Viens jusqu’à moi ! » Moïse reconnaît la vibrante voix divine qui résonne au-dessus de sa tête. D’un geste de la main, il intime à son peuple l’ordre de ne plus bouger. « Viens jusqu’à moi ! », répète le Seigneur. Alors, seul, altier, Moïse s’avance, maintenant ceint de sa tunique blanche et chaussé de ses sandales de cuir à hauts lacets croisés sur ses mollets puissants. Il commence à monter d’un pas lent vers le sommet de la montagne, peu à peu enveloppée d’un épais nuage de fumée, couleur d’encre. La voix du Dieu d’Israël s’élève à nouveau et son écho retentit jusqu’au creux de la vallée : « Approche ! Voici les tablettes de pierre sur lesquelles j’ai écrit les Commandements de la Loi, pour que tu les enseignes aux Israélites ! ». A cet ordre, Moïse se retourne une fois vers son peuple, puis pénètre le rideau de fumée noire et s’enfonce, vite absorbé par l’ombre épaisse qui s’élargit.

Il en ressortira 40 jours plus tard, dans le triangle d’une lumière éblouissante, brandissant les deux pierres plates noires gravées, afin de donner les consignes divines à son peuple de fugitifs qui l’a patiemment attendu. Pour partir avec lui vers un destin commun…

De la Torah à la Bible

…En remettant à Moïse ces tables de la Loi, Dieu vient d’indiquer à l’humanité que son outil de communication est le Verbe. Mais ce Dieu qui est descendu sur le Mont-Sinaï pour transmettre au peuple d’Israël les premiers éléments de la Torah, c’est à dire de la Bible naissante, ce Dieu qui a pris la parole humaine pour se faire comprendre, est absent de la terre des Hommes, il n’habite pas parmi eux, parmi cette foule bruissante qui s’étire dans le désert ! En quelque sorte, il a abaissé le ciel d’où il vient et il en est descendu pour se mettre au niveau de l’homme. Ce qui signifie, à l’inverse, que l’homme, lui, peut tenter de s’élever vers le ciel, dont la courbure le désigne comme royaume de la perfection. Il pourra s’élever, paradoxalement, en se penchant avec humilité sur le texte sacré ! Dieu représentant cette perfection même, l’homme est donc invité à la verticalité mystique pour se parfaire. Et à l’horizontalité sociale pour communiquer avec ses semblables.

Ainsi nous dit l’histoire, vont naître puis s’ancrer dans l’inconscient collectif, deux archétypes universels : la symbolique du carré, image de la terre et de la matérialité, et celle du cercle, image du ciel et de la spiritualité. Ainsi apparaîtront du même coup dans les mythologies méditerranéennes, les premiers outils pour tracer, l’un la ligne droite, l’autre la courbe : l’équerre et le compas. Deux outils qui, entrelacés, formeront une autre figure, le triangle, que s’appropriera bien plus tard la franc-maçonnerie et qui constitueront son emblème universel.

Avec le symbole, viendront ensuite les métaphores, dont celle du sang et de l’encre. Le sang, c’est le ciel rougeoyant au-dessus de Moïse sur le Sinaï, c’est celui du mouton sacrifié, c’est aussi celui des hommes, guerriers par nature, qui ne cessent de s’entretuer. L’encre, c’est le nuage sombre enveloppant la montagne, lors de la réception par Moïse des tables de la Loi. L’encre, c’est aussi les milliers de pages qui seront noircies au fil du temps par l’écriture des « massorètes », les scribes savants, rédacteurs des livres de la Bible.

Le sang, c’est la vie quand il est contenu dans un corps, et la mort quand il est répandu. En revanche, l’encre, répandue dans les signes tracés, c’est la vie consignée par écrit, mais c’est aussi la mort quand l’encre reste contenue dans un flacon, puisque la page, sans signes, reste blanche et muette…

Le sang et l’encre, le rouge et le noir, ce sont bien à la fois, les deux couleurs originelles de la transmission divine supposées et les deux métaphores susdites, mémorisées dans le volume sacré. Cette dualité suit « les fils d’Adam » depuis Moïse. Après lui, Saül, premier roi des Hébreux sera aussi le premier conservateur des tables de la Loi, puis David le second. Salomon, son fils, le troisième, lequel nous permet de faire un bond en arrière de 3500 ans ! Et en même temps, par un saisissant raccourci, de diriger notre regard vers cette bible. Notons que, dans les loges dont le rite en requiert la présence sur « l’autel des serments », elle est ouverte à la page de l’Evangile de Saint-Jean (Au commencement était le Verbe). En souvenir de la création de la Grande Loge de Londres, le jour de la Saint-Jean, le 24 juin 1717.

De fait, la bible en franc-maçonnerie procède d’une histoire très ancienne. Comme en attestent les manuscrits anglais Regius et Cooke, ces règlements en forme de viatiques à l’usage des ouvriers du bâtiment religieux – respectivement écrits en 1390 et 1410 – la bible était déjà présente dans les loges opératives d’Outre-Manche. Pour la raison essentielle que les commanditaires des cathédrales et abbayes étaient les membres du clergé et qu’ils imposaient à la corporation, avec des rituels de circonstance, la prestation sur cette bible d’un serment de dévotion à Dieu et d’allégeance aux autorités religieuses et civiles. De la sorte, toute réception d’un apprenti, voire toute réunion d’instruction des maçons de l’époque, étaient assimilées à un office cultuel. Le document en cause se composait alors des textes religieux ancestraux, comme les règlements de chantiers, soigneusement recopiés par des clercs sur des peaux tannées. A la plume d’oie, trempée dans l’encre de suie. Et ces mêmes ecclésiastiques catéchisaient tailleurs et poseurs de pierre, charpentiers et vitriers, en leur apprenant à lire du même coup.

Ce n’est que dans les années 1450, à l’avènement de l’imprimerie, que, si je puis dire, des vrais bibles – reliées et protégées par des couvertures de cuir bovin – commencèrent à trouver place en loge, d’abord sur une table ou une chaise, puis enfin exposées en majesté sur un lutrin, près du Maître d’œuvre, également maître des lieux.

A noter que ce livre, compilé et sacralisé au fil des millénaires par les religions monothéistes dans leurs lieux d’exercice, a connu en loge diverses attributions selon les rites de la maçonnerie spéculative, qu’il devienne le livre de la Révélation divine ou de l’expression de la gnose, autrement dit de la Connaissance. Ou encore, qu’il soit considéré dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté, en tant qu’outil symbolique non religieux : à savoir une histoire écrite traditionnelle de la condition humaine, sur le modèle de la civilisation méditerranéenne antique. A remarquer aussi qu’après la naissance de la maçonnerie spéculative, coïncidant avec l’avènement du « philosophisme » – siècle des Lumières oblige – la bible a perdu dans les loges françaises des années 1750, son statut de texte sacré, pour devenir conjointement une source d’informations doctrinales et un répertoire d’allégories judéo-chrétiennes. Bref une sorte de livre de références au plan moral. Elle a même pu constituer un temps, de ce fait et paradoxalement, un moyen de contestation anticléricale !

Au regard de toutes ces attributions, il est utile de se poser ici la question : Qu’est-ce au juste que la bible ? Qu’est-ce que ce « Maître-livre », qui est en fait composé d’un recueil de 66 autres : 39 livres pour l’Ancien Testament, la Torah, qui signifie « Révélation » en Hébreu et 27 livres pour le Nouveau Testament. Autant d’ouvrages additionnés, et rédigés sur plus d’un millénaire. Cette « écriture verbale » devenue littéralement une bibliothèque, a précisément commencé au désert avec Moïse : « Etoile du berger » pour des générations de croyants, la bible constitue en même temps le grand « reportage » de multitudes d’histoires d’hommes et de femmes. Donc des récits de rencontres, d’alliances, d’amours, de trahisons, de ruptures, de guerres, de morts. Témoignage grandiose de la foi monothéiste, elle demeure aujourd’hui un modèle de vie pour des millions de gens sur la planète, dévots ou non.

Il faut pourtant admettre que cette toujours jeune Bible, traduite en quelque 2000 langues et continuel « bestseller » de librairie, est une bien lointaine parente des textes originaux, d’abord traduite de l’hébreu puis écrite en grec – langue universelle du bassin méditerranéen et des juifs en diaspora – pour être lentement diffusée ensuite dans le monde entier. Le « Livre » s’est ainsi mis à vivre de nouvelles vies ; avec toutes les métamorphoses, tous les changements de sens que l’on peut imaginer, selon les éditeurs, les traducteurs, les cultures, les nations…et les volontés correspondantes ! Ainsi la Bible, n’est en aucun cas, ni le livre de la Vérité, ni « Le Grand Livre de l’humanité », comme on l’entend parfois, fort abusivement. D’autant qu’elle ne reflète que la traversée d’une époque – fut-elle d’un millénaire, courte durée à l’échelle du temps – sur une infime partie de la planète. C’est à dire un petit pays de l’Orient antique, Canaan, encore appelée « terre d’Israël », situé entre l’Egypte et la Mésopotamie. Un lieu de passage, à la fois champ de bataille et carrefour de civilisations.

Or, c’est un fait avéré, la bible, ce recueil de fictions et de réalités – tel un papillon multicolore au vol arrêté et comme figé dans un cristal éternel – ce recueil est connu dans le monde entier ! De la même manière que sont connus de toutes les nations, grâce à la Bible – puisque nous ne disposons pas d’autres sources – le roi Salomon et son temple, monument plusieurs fois détruit, reconstruit et détruit à nouveau ! Peu importe d’ailleurs si cette royauté n’a jamais existé, comme le soutiennent encore certains historiens soupçonneux, à juste ou mauvais titre. Pour que les mythes, allégories, légendes et symboles vivent – la franc-maçonnerie le sait bien – il faut toujours les réinventer et les actualiser ! Parce que ce sont eux, par les constantes métaphores qu’ils permettent, qui donnent de l’amplitude à notre pensée, donc à notre raisonnement au présent, dans notre « ici et maintenant ».

Un premier survol de cette bible nous met d’entrée sous les yeux des scènes de fureur et d’horreur, avec des meurtres et du sang, tout au long des chapitres d’une longue histoire, qui commence en Canaan, passe par l’Egypte, la Mésopotamie, puis la Palestine, pour se terminer en Judée. Impression paradoxale devant le spectacle des plus bas instincts de l’homme en action – dominance, jalousie, rancœur, revanche, xénophobie, cruauté, crime – alors même que ce livre saint est donné pour un modèle d’amour et de paix ! Une lecture plus lente, plus approfondie, plus réfléchie aussi, rétablit son véritable propos : de fait, nous pénétrons au gré des feuillets, dans plus d’un millénaire de la vie tumultueuse d’un peuple. Si l’on veut bien emprunter le regard et l’oreille du psychosociologue, la Bible devient alors un fantastique lieu de « mises en présence » les plus variées, des rois vaniteux aux gens de peu, des prêtres en adoration aux prophètes dénonçant l’injustice, des sages les plus éclairés aux révoltés les plus décidés, des femmes dévouées à la cause familiale aux enfants porteurs de lumière et d’espérance…

…Au final, autant de photographies émouvantes, des vérités et contradictions mêlées de la condition humaine ! Autant d’époques traversées qui nous montrent que d’évènements tragiques peuvent naître des périodes de bonheur, à sans cesse entretenir. Que de la peur, la colère et la tristesse peuvent surgir la joie d’être, de penser et de faire, pour bien vivre ensemble. Avec au fil de ces textes, une figure centrale, à la fois lointaine et étonnamment proche, vivante et présente : celle du Dieu d’Israël, qui a révélé son nom en apparaissant à Moïse, sur le Mont Sinaï. Ce nom de Yahvé…que le croyant ne doit pas prononcer.

Le Royaume de Salomon

Depuis cette révélation, les innombrables rédacteurs de la Bible, des premiers littérateurs israélites, eux-mêmes formés à la tradition orale, jusqu’aux derniers auteurs et témoins de la primitive Eglise chrétienne, tous sont animés d’une même foi : ils ont la certitude que Dieu, le « seigneur » tel qu’ils le nomment, cet invisible créateur de l’Univers et de l’humanité, veut que ce peuple méditerranéen vive et se multiplie, se dépasse dans l’action héroïque et lui soit fidèle. De la sorte, avec cette croyance monolâtre qu’ils entretiennent, ces rapporteurs comme tout le peuple d’Israël officialisent le monothéisme. Ils ne croient effectivement qu’en ce dieu unique, contrairement aux peuples voisins, souvent polythéistes.

Puisque Dieu est vivant, descendu du ciel, il est là, présent, parmi les hommes qui souffrent, qui luttent et qui pleurent, qui rient et qui sont heureux aussi. Puisque ce Dieu est adoré, sanctifié, puisque le peuple a fait « alliance » avec lui sur le mont Sinaï, alors il faut lui consacrer une terre, un espace. Cette ferveur institue la notion « d’espace sacralisé », qui a pu faire évoquer le « royaume sacré de Salomon », dont nous traitons ce soir. Quel est ce royaume ? Après leur temps nomade avec le patriarche Abraham, puis leur sortie d’Egypte avec Moïse, les israélites ont rejoint « la terre promise » de Canaan. Là, ils s’y organisent en royautés successives, avec Saul, David puis Salomon. Sous le règne de ce dernier, le territoire comprendra Israël au nord, avec pour capitale Samarie et Juda au sud, avec Jérusalem. C’est tout ce royaume qui devient sacré, c’est à dire dédié à Dieu. On peut l’inscrire dans 10 cercles concentriques puisque sont sacralisés, de l’extérieur vers le centre : le pays d’Israël tout entier, ses cités fortifiées, la ville de Jérusalem, le mont Moriah sur lequel sont construits le palais et le Temple, l’enceinte de ce Temple, le parvis des femmes, le parvis des israélites, le parvis des prêtres, le sanctuaire. Et enfin, au centre de l’ensemble, le saint des saints, lieu de conservation de l’Arche d’alliance, abritant les tables de la loi.

Cette notion de centre géographique et même « théographique » si je puis dire, est essentielle au temps du roi Salomon. Elle sera reprise par les bâtisseurs de cathédrales, qui n’ont pas posé celles-ci n’importe où, mais bien au milieu de la cité. Ce n’est bien sûr pas par hasard, si les dites cathédrales ont le plus souvent deux tours, à l’image des deux colonnes du Temple de Salomon. Et ce n’est pas un hasard non plus, si anciens tailleurs de pierre, maçons opératifs, ont choisi le Temple de Salomon, construit à Jérusalem en 967 avant Jésus-Christ, comme « symbolique centrale ». Et si, après eux, les maçons « spéculatifs » la perpétuent aujourd’hui, avec la présence de deux colonnes stylisées à l’entrée de leur loge, qui symbolisent celle du temple de Salomon !

Le mont Sinaï est en soi un centre initiatique, le mont Moriah, un autre : deux centres de ralliement autant que des bases de départ, d’ailleurs. Les Constitutions d’Anderson, désignant la franc-maçonnerie comme « centre de l’union » ne disent pas autre chose : rassembler d’abord ce qui est épars, en un point central, et rayonner ensuite. Alors que le Temple de Salomon est la maison de Dieu, la loge maçonnique elle, est la maison des hommes. Au vrai, le point central d’un cercle, d’où ils prennent leur départ vers la cité.

Ce centre est en soi une force, bien sûr par sa position axiale même, fédératrice parce qu’elle regroupe, et protectrice parce que, dans l’esprit humain, elle porte en elle la sécurité et l’espérance. En termes de construction monumentale, la combinaison du point central et de la surélévation, à l’image du mont Moriah, confirme le prestige et la durée, œuvre des bâtisseurs. N’oublions pas qu’au temps salomonien, la terre est pensée comme une plate-forme ronde dont le centre est le jardin d’Eden, près de Jérusalem et le ciel imaginé telle une calotte sphérique. Soit deux cercles superposés. Dans la fantasmatique humaine moderne qui a toujours besoin de « reliance », la verticalité est restée en quelque sorte, l’échelle galactique permettant de passer du royaume terrestre au royaume céleste, demeure attribuée à la force suprême. De ce point de vue, la verticalité fonctionne avec la croyance. Dieu est toujours désigné par les hommes, instinctivement, non en fixant le sol, mais les yeux et les bras levés vers le ciel, vers la voûte céleste, cercle à la fois indéfini et infini.

Le Volume de la Loi Sacrée

Ce détour en forme de rappel historique par le Temple du Roi Salomon n’est pas inutile. A la fois parce que la loge maçonnique est une représentation de celle qui, dit-on, jouxtait le Temple et parce que ledit Roi est l’un des personnages principaux de la chronologie biblique. Il est ainsi omniprésent dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté, au gré des mythes et légendes qui structurent ce dernier.

Nous constatons le rôle « primordial » – c’est le mot – de la bible en maçonnerie, dont elle est la source allégorique et le fil rouge dans le temps. D’abord considérée comme « meuble » en loge, puis « référence théologique » chez les maçons opératifs, elle devient « lumière » au sens de « guide moral » durant le siècle du même nom puis « Volume de la Loi Sacrée », synthèse de l’ensemble, chez les maçons spéculatifs, adhérant à une religion révélée ou à une symbolique déiste.

Pourquoi cette appellation : « Volume de la Loi Sacrée » en maçonnerie ? Une trilogie sémantique à analyser. « Volume » d’abord : le mot vient du latin volumen explicare, « déployer et décrypter un rouleau de manuscrit ». Il rappelle qu’après l’écriture sur des peaux, parchemins et papyrus, les textes religieux furent écrits sur des bandeaux tendus et enroulés entre deux bâtons. La Torah, se présente rituellement, toujours de la sorte. « Loi » ensuite : En 1804, le Rite Ecossais Ancien et Accepté apparaît et se répand progressivement sur tous les continents avec toutefois une modification dans la reprise textuelle des manuscrits anglais premiers. La phrase « La Bible règle et gouverne notre foi » devient ainsi « La Bible règle et gouverne notre loi ». Incontestablement, il y a changement de sens, dans le champ maçonnique moderne : à la croyance en un principe religieux déterminé se substitue l’idée de l’interprétation libre – laïque, entre autres – des métaphores bibliques.

Cette notion et ce mot « Loi » seront d’ailleurs repris cinquante ans plus tard par les juridictions maçonniques anglo-saxonnes, aux Indes, avec l’introduction de l’expression « Volume de la Loi sacrée » qui y désigne, non seulement la bible, mais de façon générale, l’ensemble et par là-même chacun des livres saints, sur lequel prêtent serment les initiés, chrétiens, juifs, hindous, sikhs, parsis et musulmans. Qu’il s’agisse de la bible donc, des Védas, des doctrines du Taoïsme et du Zoroastrisme ou du Coran. Dès lors, cette bible prendra au moins deux sens distincts en maçonnerie, selon les options des obédiences mondiales : soit elle devient en loge le Livre historique et imposé d’une religion révélée, en l’occurrence chrétienne, soit elle y est considérée comme un outil symbolique, laissant à chacun sa liberté de conscience tout en exprimant néanmoins parmi les autres livres, les trois mêmes concepts généraux : le fini et l’infini, le contingent et le permanent, le matériel et le spirituel. C’est à dire, tout à la fois, « le visible et l’invisible », « le mesurable et l’incommensurable », « l’autrefois et ailleurs », « l’ici et maintenant, « le demain et plus loin », « le naturel et le surnaturel ». Autant de vocables, et de mises en mots, pour tenter, à titre individuel, d’approcher les mystères du monde et de la condition humaine. Et de la sorte pour chacun, autant de « Lois » de l’univers qui nous dépassent, à essayer de comprendre, à accepter, à respecter au final : elles deviennent alors une seule et même Loi, « sacrée » par définition, au sens où naît un sentiment de révérence devant la puissance absolue et d’interrogation devant l’inconnaissable, l’intouchable, le séparé, l’interdit à l’homme en quelque sorte. Le mot « sacré », dernier de la trilogie, trouve ici sa définition même, certes librement interprétable.

Partant, la Grande loge de France, reconnait pour sa part un principe créateur et organisateur dans le symbole du Grand Architecte de l’Univers et perçoit les valeurs culturelles et traditionnelles d’une civilisation, dans ledit Volume de la Loi Sacrée. Certaines instances maçonniques pratiquant ce même REAA ou d’autres rites, estiment de leur côté, qu’une telle symbolique à composante déiste n’a pas sa place en loge et ont un point de vue essentiellement humaniste de la tradition. C’est le cas du Grand Orient de France qui a « évacué » le Grand Architecte de l’Univers et toutes références religieuses de ses rituels, en 1887. C’est le fait aussi du Droit Humain, dont certains ateliers ont remplacé la bible par les Constitutions de leur Ordre. Ce qui est bien entendu leur droit absolu. Et ce, au nom même de la liberté de penser et d’une tolérance qui se doit d’être réciproque entre toutes les obédiences.

Les psaumes de David

Mais au-delà du regard, comment vraiment communiquer avec le divin ? Très tôt, semble-t-il, l’homme, a éprouvé le besoin de parler aux dieux supposés, ensuite au Dieu unique inventé, afin d’ « échanger » avec lui. Certainement après qu’il se soit dressé sur ses deux jambes, qu’il ait pu lever les bras, puis possédé un langage articulé. Ainsi, au cours des siècles a pris forme la prière, témoignage d’adoration, mais encore, conjuration de la peur et du doute. Croire en Dieu, n’est-ce pas une tentative désespérée pour refouler une idée insupportable…Croire ne serait-ce pas finalement un refus de croire : Que nous sommes seuls, abandonnés et emportés par notre vaisseau, dans l’immense océan cosmique…Un tragique accident dans l’histoire de l’univers en marche… ? Non, au temps biblique, ce doute n’existe pas ! En témoignent dans le Livre saint en début d’écriture, les psaumes qui vont y prendre progressivement une place particulière. Puisque toute divinité impose une idée d’élévation, traduite matériellement par de hauts édifices lancés vers le ciel – telles les Pyramides d’Egypte et tous les temples sur les montagnes, dont le temple de Salomon et les cathédrales plus tard – il s’agit donc d’élever aussi l’esprit de l’homme jusqu’au Seigneur ! La parole humaine permet de remplir cet office : ainsi vont naître les psaumes (littéralement des airs joués sur des instruments à cordes et chantés) attribués au roi David, parce qu’il était poète et musicien, mais de fait composés tout au long de l’histoire d’Israël. Autant de textes poétiques d’abord « psalmodiés », c’est le terme, par les israélites, au temps de l’Ancien Testament, puis ensuite par les chrétiens, à l’époque venue des évangiles et des épîtres.

Quand je parle de communication avec Dieu, le terme est d’évidence impropre, puisque, par définition, il s’agit d’un monologue. Mais cette expérience personnelle d’amour, conduit chaque « être priant » à la transcendance, à ce qu’il a de plus profond en lui, là où il est censé recevoir les réponses divines et éventuellement dialoguer en secret. A partir de ces psaumes, expression même du sentiment mystique, il est intéressant de considérer les variantes de cette relation humaine avec l’absolu. Qu’il s’agisse de la prière, manifestation parlée ou chantée de dévotion, issue desdits psaumes, ou des états spirituels, comme la méditation ou la contemplation, ou encore des productions spectaculaires de cette vie spirituelle, telles les extases et les visions. Tels encore les dons surnaturels, dits « charismatiques », permettant à certaines personnes, à l’aide de prières spécifiques généralement transmises, de guérir les brûlures ou autres maladies d’autrui.

Les psaumes, pour y revenir – textes traduits en vers libres, chacun de la longueur d’un feuillet dactylographié en moyenne – sont au nombre de 150. Ils ont été regroupés dans l’Ancien Testament, sous l’intitulé « d’écrits », et placés entre la trilogie « genèse – exode – prophètes » et la suite « cantiques – lamentations – chroniques ». Avec un psaume vite repéré, chantant la vigne et le vin (psaume 80), l’humoriste dira ici que ces textes ne peuvent être que sympathiques ! En fait, l’ensemble demeure d’une étonnante actualité. Parce que les attitudes religieuses décrites développent la large gamme des émotions et sentiments humains, de la confiance à la frayeur, de la tristesse à la colère, de la joie à la paix du cœur. Parce qu’aussi les prières décrivent le passé comme le bon temps, et le futur, comme celui des catastrophes inévitables. Parce qu’enfin, on y entend les accusés à tort protester de leur innocence, les fautifs faire repentance et les démunis demander un secours. Emouvants tableaux exposant l’angoisse existentielle du fils d’Adam…

Certains ordres monastiques n’ont pas hésité, pour leur part, à faire des cent cinquante psaumes une seule et longue prière au lyrisme surprenant, que les moines récitent trois fois par jour ! Sans aller jusque-là, quelques phrases méritent notre attention :

Titre du psaume Ier : « Le chemin du vrai bonheur » : « Heureux celui qui ne suit pas les conseils des gens sans foi ni loi, qui se tient à l’écart du chemin des coupables et qui ne s’assied pas avec ceux qui se moquent de Dieu ! …Cet homme ressemble à un arbre planté près d’un cours d’eau, il produit ses fruits quand la saison est venue et son feuillage ne perd jamais sa fraîcheur. Tout ce que fait cet homme est réussi. Mais ce n’est pas le cas des méchants : ils sont comme brins de paille, dispersés par le vent… ».

Que nous propose cet extrait du premier psaume, sinon une recette de bonheur, en distinguant le bien du mal. Le bien reste, le mal s’envole. Malgré son apparente naïveté, ce psaume pourrait être lu aujourd’hui dans une classe, telle une maxime d’instruction civique !

Ecoutons le début du psaume 32, intitulé « La joie du pardon » : Heureux celui que Dieu décharge de sa faute, et du mal qu’il a commis. Heureux l’homme que le Seigneur ne traite pas en coupable, et qui est exempt de toute mauvaise foi…Je t’ai avoué mes fautes, je ne t’ai pas caché mes torts, je me suis dit : je suis coupable ! … »

Ecoutons aussi les premières lignes du psaume 51, intitulé « Appel au pardon » : « O Dieu, toi qui es si bon, aie pitié de moi ; toi dont le cœur est si grand, efface mes désobéissances, lave-moi complètement de mes torts, et purifie-moi de ma faute, je t’ai désobéi, je le reconnais… ».

Que nous évoquent ces deux derniers psaumes, en forme de cri, de supplication même, sinon le sentiment de culpabilité, ce mal bien humain, trop humain, très antérieur au christianisme, on le voit, qui ronge l’homme depuis des millénaires et qui, avec la même constance, remplit aujourd’hui les cabinets des psychanalystes !

De quelle faute s’accuse l’homme à travers ces psaumes, une autoaccusation que l’on retrouve sous diverses formes exprimées, de la soumission à la détresse, de la souffrance à l’espérance ? S’accuse-t-il d’être fautif du seul fait de se juger de naissance imparfaite dans une aussi belle nature qu’il glorifie ? Ou bien pense-t-il que Dieu s’est éloigné et l’a rejeté parce que, précisément, il renie son œuvre finale, la race humaine, devenue si méchante ? C’est ce constat de solitude soudaine qu’exprime au Seigneur, le Christ agonisant sur sa croix, en citant les premiers mots du psaume 22, écrit mille ans plus tôt : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, pourquoi restes-tu si loin de moi ? ».

Ce qui est frappant, à la lecture de ces psaumes, c’est l’évidence, je dirais, d’un « ordre surnaturel », qui a pu exister il y a trois millénaires, et de plus, hiérarchiquement bien supérieur à « l’ordre naturel et rationnel ». C’est clair, l’homme autoconditionne alors sa vie dans une relation triangulaire, submergé qu’il est par sa subordination : « Dieu-Moi-l’Autre ». Moi, je suis le pécheur, l’autre peut être mon persécuteur, Dieu, lui, est mon sauveur, dont j’attends tout. A travers les prières, les louanges, les suppliques que je lui adresse à tout moment…La pensée magique est bel et bien au pouvoir, en chaque individu ! D’ailleurs, à propos de pouvoir, ne nous y trompons pas : les rois, Salomon compris, contrairement aux pays voisins, ne sont pas au royaume d’Israël, le fils de Dieu. Le roi en cour, n’en est que le fils adoptif. Il n’est donc de ce fait que son représentant auprès du peuple, c’est à dire une simple créature, louable ou critiquable. A preuve, le psaume 72, titré « prière pour le roi », une supplique pour que le monarque en place soit parfait dans son exercice et qu’il vive autant que le soleil brillera ! C’est bien Dieu qui, dans la tête des hommes, reste aux commandes suprêmes !

Une autre lecture des psaumes

Issus de ce qu’on peut appeler « le culte du temple », les psaumes, qui constituent une sorte de bible dans la bible – puisqu’au fil de leur écriture, ils racontent aussi l’histoire d’Israël – ces psaumes vont tenir également après Jésus-Christ, une place centrale, à la fois dans la liturgie de la Synagogue, dans l’Eglise chrétienne, aussi bien que dans le Coran. Cette unanimité des trois religions du Livre en faveur des psaumes, signant l’inféodation totale de l’homme au divin, finira toutefois par lever une opposition intellectuelle. Précisément lorsque la cité démocratique viendra concurrencer la cité sacrée. Et opposer les hommes de raison aux gens de foi. De la sorte naîtra dans l’antiquité judéo-grecque, un débat théologique complexe, toujours pas clos aujourd’hui : celui du libre-arbitre et de la grâce divine ! Un débat qui en a ouvert un autre, devenu plus que jamais au XXIème siècle, une bataille idéologique, c’est à dire politique : le créationnisme contre le darwinisme !

Bien avant Darwin et sa thèse de l’évolution naturelle et non surnaturelle, c’est la toute jeune philosophie grecque qui a ouvert le feu avec Epictète, il y a plus de deux millénaires. Pour ce philosophe, le « divin », c’est l’Univers constitué et non un Etre suprême. Beau joueur, il en accepte l’hypothèse mais en soulignant qu’elle n’est pas nécessaire puisque, dit-il, « il a été donné à l’homme toutes les ressources pour se diriger à travers ce qui arrive ». Pour sa part, le philosophe juif Maïmonide, affirme au XIIème siècle que tout homme, de son propre fait, a la possibilité d’être un juste, un méchant, un sage ou un sot. A la même époque, le philosophe arabe Averroès distingue à son tour les vérités rationnelles et révélées. Dès lors, à l’instar de ces philosophes, qui proposent un monde pensé sans Dieu, pourquoi ne pas opérer aujourd’hui avec la raison, une autre lecture des psaumes bibliques ?!

Si l’on veut bien sortir du contexte religieux, il est certain que ces psaumes dégagent une riche symbolique que tout citoyen, franc-maçon ou non, croyant ou pas, a intérêt à explorer pour sa réflexion personnelle. Augustin pensait que le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien et l’Ancien dévoilé dans le Nouveau ! Sans aller jusqu’à rechercher moi-même un sens caché dans chaque psaume, comme l’a fait ce saint, je me contenterai de pointer à nouveau dans le sillage du théologien, la puissance évidente de ce qui envahit la totalité du champ d’observation « psalmique » : à savoir, le discours ! Au commencement était le Verbe, dit précisément le bible. Ici, ces 150 prières, écrites au présent, nous mettent aussi en permanence en relation avec le passé mais également le futur, grâce au langage. Sans celui-ci, je ne peux pas penser mon rapport au temps. Avec les mots, en effet, il m’est loisible de rendre présent hier et demain ! Nommer, c’est faire exister. Je peux ainsi structurer ce qui est absent !

Grande Loge du Texas - Crédit photo Franco Huard
Autel des serments – Crédit photo Franco Huard

La lecture d’un psaume – qui est en soi une histoire mais correspond aussi à une durée inscrite dans le temps – me demande une disponibilité mentale, laquelle, au fil de chaque thème exploré, me met en relation avec un passé qui est révolu : c’est le souvenir. Cette même lecture me connecte à un futur qui n’est pas encore : c’est l’attente. Et elle me met en rapport avec le présent que je vis : c’est l’attention. Alors et seulement, j’assimile le contenu du psaume et m’en nourris vraiment jusqu’à le faire vivre en moi, qu’il s’agisse d’un cri de souffrance morale ou de l’expression d’une colère contre les méchants, d’un élan de reconnaissance pour le Créateur ou d’un hymne à la beauté de la nature ! Comme la bible, il n’est donc pas nécessaire d’être croyant pour lire et apprécier les psaumes. Ils ne sont la propriété de personne, et de la sorte, offerts à chacun. L’important est la façon individuelle de les appréhender. En toute liberté.

Avec cet « esprit psalmiste », je ne fais pas que réciter un texte biblique. En le lisant, je me dois d’être triplement attentif : attentif au souvenir de ce que j’ai déjà lu, attentif à l’attente de ce qui suit sur mon feuillet, et d’évidence attentif à ce que je vous dis en ce moment, si je souhaite obtenir votre concentration. Les trois temps sont donc par moi à penser ensemble, pour que je communique au mieux, à la fois avec moi-même et avec vous, mon lectorat momentané. Ce processus vaut autant pour la forme que pour le fond : communiquer, c’est s’installer dans le cœur de l’autre.

Au risque d’opérer un rapprochement hardi, les psaumes me renvoient ici aux rites et rituels maçonniques. Attention, je ne confonds pas les deux textes : dans leur « verticalité » les psaumes, le plus souvent déclamatoires, s’adressent à Dieu, avec davantage de points d’exclamation que de points d’interrogation. Dans leur « horizontalité », rites et rituels, eux, sont basés sur un système questions-réponses, entre interlocuteurs humains, identifiés en loge. Mais, en osant une métaphore, je pense que les psaumes, en forme de branche verticale d’une équerre dressée, peuvent rejoindre et nourrir la pratique rituelle, elle-même en forme de branche horizontale de cette même équerre. Précisément, aux plans de l’interprétation et l’assimilation des paroles prononcées, dans les deux cas. Une tendance naturelle, accentuée par l’utilisation d’un langage fleuri d’hier, est à même d’entretenir « le présent maçonnique » dans ce confortable passé. C’est à dire un film tourné, sans surprise, dans la projection duquel se complaisent un peu trop parfois les « récitants ». Or, de mon point de vue, ils ont à faire l’effort d’inclure le futur dans leur vécu rituélique. C’est à dire d’ouvrir de nouvelles portes, grâce aux multiples évocations symboliques. Pour chercher ensemble des idées neuves, pour ensemencer d’autres jardins à transmettre aux suivants. C’est cela aussi la tradition d’avenir. Produire et non seulement reproduire. Au vrai, le futur, c’est avant tout, une durée variable pour chacun, qui en cela même peut effrayer et suggérer son évitement par le silence ! Le futur, c’est aussi dans nombre d’esprits, le rêve, la chimère, l’illusion, l’utopie. Cet Art qui est appelé « Royal » (en référence au roi Salomon) peut être aussi perçu comme l’utopie précitée. C’est pourtant son entretien qui a permis à l’homme de réaliser l’un de ses plus beaux exploits, en faisant atterrir une fusée habitée sur la lune !

Moïse recherchant le Créateur sur le Mont Sinaï, David jouant pour lui de la lyre, Salomon récitant un psaume, sur le Mont Moriah, les yeux levés vers le ciel…ces prophètes successifs ne pouvaient pas savoir que quelque 3 300 ans après eux, un homme de Dieu, le Pape Paul VI, prolongerait leurs gestes révérencieux de façon spectaculaire. Le 20 juillet 1969, l’astronaute et franc-maçon Eldwin Aldrin, dépose sur le sol lunaire – à côté du drapeau américain et d’un fanion orné de l’équerre et du compas – un étui mystérieux. Que contient-il ? Le texte enroulé du psaume 8 « Grandeur de l’homme aux yeux de Dieu » que le Pape lui a confié, afin qu’il l’emporte dans l’espace sidéral, à la gloire du Seigneur !

Qu’entendre dans cette symbolique en mouvement, sinon le message ultime des psaumes bibliques, tant pour le religieux que le laïque, maçon ou non, que nous murmure notre voix intérieure : « Prends de la hauteur, retrouve ton contact perdu avec l’univers, élargit ta pensée, ton regard et ton cœur !». Nous rejoignons alors l’écrivain Marcel Proust quand il dit :« Le véritable voyage de découverte consiste moins à chercher de nouveaux paysages qu’à nous offrir de nouveaux yeux ! ».

Les origines de la Franc-maçonnerie à la lumière des sources documentaires

David Taillades, franc-maçon lyonnais initié dans une loge pratiquant le Rite Anglais de Style Émulation de la GLNF depuis bientôt 23 ans, est un auteur qui s’est spécialisé dans l’étude de la franc-maçonnerie, en particulier en réexaminant les origines et l’histoire de cette sociabilité à travers une perspective traditionnelle et historique.

Parmi ses principales publications figurent Franc-maçonnerie, l’histoire retrouvée (Dervy, Coll. Bibliothèque de la Franc-Maçonnerie, 2019), préfacé par Louis Trébuchet et postfacé par John Belton,  où il propose un réexamen des sources maçonniques et, dans Hiram, Le Mystère de la Maîtrise et les origines de la franc-maçonnerie (Dervy, Coll. Bibliothèque de la Franc-Maçonnerie, 2017), il explore les origines et le mystère entourant la maîtrise dans la franc-maçonnerie. Il a également contribué à des articles pour l’Ars Quatuor Coronatorum, une publication consacrée à la recherche maçonnique​​​​​​.

L’ouvrage débute avec trois épigraphes qui introduisent le thème, l’ambiance ou la tonalité de l’ouvrage : celles de Frances A. Yates (1899–1981), une éminente historienne britannique reconnue pour ses travaux sur la Renaissance et sur l’histoire des idées, d’Andrew Prescott, Professeur en humanités numériques à l’Université de Glasgow et directeur du Centre de recherche sur la Franc-Maçonnerie à l’Université de Sheffield (Yorkshire du Sud, Angleterre) de 2000 à 2007 et de Patrick Boucheron, historien spécialiste du Moyen Âge et de la Renaissance, dont le parcours académique et ses publications font de lui une figure centrale dans le champ des études historiques en France et à l’international.

Regius.

Pour cet ouvrage conséquent de 672 pages, nous n’emploierons pas, à dessein, l’expression fort volume qui souligne simplement sa taille physique importante mais plutôt celle de somme qui désigne, compte tenu du sujet, une œuvre exhaustive et fondamentale dans ce domaine très spécifique.

Dès son introduction, David Taillades nous explique pourquoi le sujet de l’origine de la franc-maçonnerie est toujours très controversée. Personnellement, nous relevons que les premières loges maçonniques n’ont pas laissé beaucoup de documents écrits. Ceux qui existent sont parfois cryptiques et ouverts à interprétation, laissant ainsi place à différentes théories sur les origines exactes de la franc-maçonnerie.

Manque de documents historiques donc. Par ailleurs, les influences de l’art royal sont variées et incluent des éléments de l’histoire médiévale des guildes de maçons, des traditions ésotériques, du christianisme, du judaïsme, de l’humanisme de la Renaissance et d’autres courants de pensée, ce qui rend difficile la traçabilité d’une origine unique. D’autre part, la franc-maçonnerie elle-même a évolué au fil du temps, avec différentes branches et interprétations de ses enseignements, ce qui rend difficile de pointer vers une origine unique et incontestable.

Ces éléments contribuent notamment à un débat continu et parfois passionné sur l’histoire et les racines de la franc-maçonnerie, qui est souvent entourée de mystère et de fascination. L’auteur, fort justement, met un peu d’ordre dans le chaos de tout cela. En rappelant tous les chercheurs qui ont travaillé sur ce sujet des origines. Travaux antérieurs qui, comme une pierre angulaire de la recherche scientifique, ont contribué au développement d’une compréhension riche et nuancée. Cela donne ainsi du crédit à son étude (intégrité académique, diversité des interprétations, évolution de la recherche, approche interdisciplinaire de la franc-maçonnerie, etc.).

Définissons ce que sont les Old Charges (les Anciens Devoirs). C’est un ensemble de manuscrits et de documents qui constituent les textes fondateurs de la franc-maçonnerie. Ces documents, cent trente environ, datant du XIVe au XVIIIe siècle, décrivent les devoirs, les responsabilités et les comportements attendus des corporations de maçons et de bâtisseurs, mais également l’historique mythique de la création du métier. Histoire et règlements de ces organisations souvent considérés comme des sources essentielles pour comprendre les principes et les pratiques historiques de la franc-maçonnerie, bien avant la formalisation des premières grandes loges au début du XVIIIe siècle.

Old Charges comprenant plusieurs textes célèbres : le Manuscrit Regius, poème écrit vers 1390 en 794 vers de 8 pieds chacun dont nous devons la traduction à Halliwel qui le publie en 1840 ; le Manuscrit Cooke (environ 1410),  un texte plus détaillé qui fournit une histoire mythique de l’art de la maçonnerie et des devoirs d’un maçon, le Manuscrit Dumfries No. 4, datant probablement du XVIIe siècle, et fournissant des détails sur les rituels et les traditions de la franc-maçonnerie de l’époque dont le contenu inclue des éléments de nature ésotérique et des références à des pratiques occultes, les Statuts de Schaw – du nom du Maître des Travaux du Roi Jacques VI d’Écosse, responsable de la surveillance des maçons et des tailleurs de pierre –, rédigés en 1598 et 1599 établissant les règles concernant l’organisation des loges, l’admission des apprentis, et les qualifications des maçons.

Il visait à standardiser les pratiques à travers les loges et à s’assurer de la qualité du travail et de la formation et les deuxième Statut de Schaw (1599) se concentrant davantage sur les aspects opérationnels des loges, y compris la conduite des maçons et l’importance de la loge de Kilwinning, qui était désignée comme le chef de file des loges en Écosse, ou encore les registres de Mary’s Chapel à Édimbourg, également connus sous le nom de Lodge of Edinburgh (Mary’s Chapel) No. 1, sont parmi les plus anciens documents d’archives relatifs à la franc-maçonnerie. La loge de Mary’s Chapel, qui existe encore aujourd’hui sous le numéro de loge 1 sur le rôle de la Grande Loge d’Écosse, a des enregistrements remontant au XVIe siècle car contenant des détails sur les membres de la loge, les procédures d’initiation, les activités de la loge, ainsi que les interactions entre les maçons de cette époque, etc.

Quelques exemples donc, ne pouvant analyser tous les Old Charges. David Taillades, et c’est d’ailleurs son sous-titre « à la lumière des sources documentaires », emploie cette métaphore « à la lumière de … » signifiant « en prenant en considération », introduisant en cela des faits, des informations ou des éléments de contexte, des études qui éclairent, clarifient cette source abondante des origines. C’est donc bien une manière de dire que l’on a pris en compte les dernières données disponibles pour former un jugement ou prendre une décision.

Et de nous présenter une analyse critique de ladite origine, en suivant une démarche structurée qui permet de questionner les sources, les interprétations et les théories existantes.

Étudiant plus de vingt Old Charges, David Taillades suit quasiment toujours le même schéma explicatif très structurant, tel que l’analyse du contenu, la datation et l’utilisation de tableaux chronologiques. Une méthode éprouvée dans la recherche historique et critique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle apporte clarté et cohérence, facilitant la compréhension pour le lecteur.

Puis cette analyse du contenu permet une exploration détaillée du manuscrit, assurant que tous les aspects importants sont couverts et évalués de manière systématique. D’autre part, sa proposition de datation est essentielle pour placer les événements ou les documents dans leur contexte historique, ce qui est crucial pour comprendre leur signification et leur impact sur leur temps.

Les tableaux chronologiques usités permettent de visualiser les événements dans le temps, facilitant la comparaison et la mise en relation des faits historiques, ce qui peut révéler des tendances, des motifs et des causalités. Cette méthodologie de recherche que nous pourrions qualifier de standardisée est rigoureuse. Ces écrits pourront toujours, de toute façon, rendre plus facile pour d’autres chercheurs de suivre, vérifier et critiquer les conclusions d’une étude

Le grand intérêt d’un tel ouvrage est aussi de nous faire découvrir l’ensemble des principaux Old Charges et toute leurs richesses. Particulièrement pour ceux qui étudient l’histoire de la franc-maçonnerie, mais aussi pour comprendre plus largement l’évolution de notre fraternité, ainsi que leur impact sur la culture et l’histoire occidentale. Ou encore à ceux qui croient encore que Regius est juste l’Intranet d’une structure administrative maçonnique…

Compréhension historique,  perspective sur les traditions maçonniques, étude du symbolisme, contexte social et culturel, droit et gouvernance, interdisciplinarité – ces documents intéressant diverses disciplines académiques : histoire, sociologie, anthropologie, études culturelles et même la théologie – développement des idées, patrimoine culture, éducation maçonnique, etc.

C’est dire l’importance du dernier opus de David Taillades. L’étude des Old Charges enrichissant non seulement la connaissance de l’histoire maçonnique mais contribuant aussi à une meilleure compréhension des courants de pensée et des pratiques maçonniques.

Notons aussi que le livre qui comprend des annexes détaillées, des tableaux, des schémas et des illustrations en couleur. Utiles et riches, elles permettent un approfondissement, témoignant ainsi d’une exploration en profondeur du sujet par son auteur.

David Taillades souligne que l’histoire est un domaine constamment revu et réanalysé à la lumière de nouvelles découvertes et connaissances. Cela reflète une approche dynamique et évolutionnaire de l’historiographie maçonnique, indiquant que ses travaux s’inscrivent dans une tradition académique de longue date qui cherche à éclairer les origines de la franc-maçonnerie à partir de diverses perspectives et thèses​.Un monument diront certains, mettant en exergue l’importance de l’œuvre.

Les origines de la Franc-maçonnerie à la lumière des sources documentaires

Old Charges, ordonnances, comptes-rendus de registres, catéchismes, divulgations

David Taillades.

David TailladesÉditions Ubik, Coll. Fondations-Sources et recherches, 2023, 672 pages, 42 €. À commander chez Ubik

Illustrations Wikimedia Commons ; Notre-Dame-de-l’Assomption de Bagnères-de-Luchon, chapelle Saint-Bertrand de Comminges, détail – Photo © yonnel ghernaouti, YG

Mais qui est Anderson ?

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La culture, pour qui veut s’instruire, réclamerait de lire le dernier ouvrage proposé par Yonnel Ghernaouti concernant : l’Europe des Lumières. Et si le candidat dessiné par JISSEY l’avait lu, confondrait-il encore le créateur des Constitutions Maçonniques avec un spécialiste des contes pour enfants ? Mieux vaut, peut-être en rire.

Les Francs-Maçons sont-ils les fils des Lumières ou les fils de la lumière ?!

Voilà une question qui ne cesse de hanter la Maçonnerie. L’histoire ou la tendance au roman familial y jouent toujours un rôle important en tentant de faire la discrimination entre ce qui relève d’un regard sur un petit groupe de réflexion, né en Grande-Bretagne, ayant été créer pour tenter de faire cohabiter des courants religieux antagonistes (Anglicans et calvinistes) et ainsi ne pas entraver le développement du commerce ; ou comme en France, y voir la naissance d’un mouvement de pensée qui accompagnerait (ou même précéderait!) la Révolution Française de 1789.

Sans jamais vraiment évoquer cette question, Guy Chaussinand-Nogaret, professeur à l’Ecole des Hautes-Etudes en Sciences Sociales, grand spécialiste de l’Ancien-Régime, y répond avec clarté dans une écriture fluide et élégante. Il nous dit que la demande d’une évolution de la monarchie s’effectuera avant ce qu’on appelle la période des Lumières et ne sera jamais une remise en question du système monarchique lui-même, mais plutôt une lente et prudente demande d’aller vers une monarchie constitutionnelle, « à la britannique ». La remise en cause du roi est impensable, car il est présenté comme l’intermédiaire entre Dieu et le peuple. L’auteur nous rappelle un arrêté de la Cour du 21 avril 1643, où le Parlement déclare :

« La sagesse et la conduite qui se rencontrent dans les conseils ordinaires des hommes, en la personne des Souverains, sont une espèce de divination, la prévoyance dont ils usent dans leur gouvernement et leurs Etats, participant du privilège des prophéties et de la certitude des oracles ».

Le roi, dans les esprits, est une incarnation et c’est pourquoi les philosophes des Lumières se réclameront en permanence comme opposés aux Eglises. La monarchie constitutionnelle britannique était possible car les protestantismes du Royaume allaient vers une plus grande souplesse et aussi, qu’historiquement le « corps sacré du roi » avait été désacralisé par la décapitation de Charles I avant la dictature de Cromwell et de ses puritains. Il convient d’ajouter à cela la présence d’une importante bourgeoisie d’affaires qui contrebalancera tout pouvoir monarchique, faisant du roi un représentant symbolique, sans importance réelle sur un plan politique ou économique.

Exposition sur le développement précoce de la franc-maçonnerie

En fait, la Maçonnerie naissante, ne sera que l’un des éléments (peu important !) de la révolution bourgeoise qui se met en place et qui, précisément, prendra la place de la noblesse en s’installant dans ses meubles ! Partant des critiques qui ont lieu déjà sous Louis XIV, nous assistons à l’exécution d’un régime et à la naissance d’un homme nouveau, ce fameux « Citoyen des Lumières » et nous suivons les étapes de la transmutation qui s’effectuent dans l’athanor philosophique et qui produisent Diderot, Voltaire, Boulainvilliers, d’Holbach, Montesquieu et Mably.

Une occasion de faire la lumière sur nos imaginaires !

LE PETIT COIN DE LA LECTURE

Guy Chaussinand-Nogaret
Le citoyen des lumières
Editions Complexe. 1994
220 pages

Philosophes dévots au temps des Lumières

Giuseppe Cambareni, rosicrucien, franc-maçon, espion et magicien

Partie n°2 de notre confrère katholisches.info – Par le Père Paolo M. Siano* – Découvrir la partie 1

4. De la chute du fascisme à l’après-guerre (1943-1948)

Après le 8 septembre 1943 (jour où l’Italie du maréchal Badoglio conclut l’armistice avec les Alliés), Giuseppe Cambareni, civil mais agent du Service de renseignement militaire (SIM), devient une référence importante pour les services secrets britanniques SIS  et bien plus encore pour l’ Office américain des services stratégiques ( OSS). Les Britanniques et les Américains ont utilisé Cambareni pour établir leur propre réseau de renseignement en Italie (voir Corvisieri, op. cit., p. 147).

Deux groupes se constituent au sein de l’OSS opérant en Italie :

(a) le groupe de Peter Tompkins (1919-2007), jeune démocrate progressiste qui préférait recruter des éléments issus du cercle des socialistes et des antifascistes de gauche.

b) le groupe d’agents du SIM dirigé effectivement par Cambaréni. Ce dernier combat aux côtés des forces de gauche contre les fascistes et les troupes d’occupation allemandes.

En fin de compte, c’est la direction « de droite » qui l’emporte au sein de l’OSS, qui est prêt à utiliser des fascistes connus (et même dans l’après-guerre des fascistes extrémistes de la République sociale italienne de Salò) pour des « opérations spéciales » (voir p. . 149f)… Cambareni est au service de la direction « droite » de l’OSS (voir p. 150f).

Cambareni préfère l’OSS aux renseignements britanniques (qui se concentrent sur la famille royale savoyarde et le général Badoglio), reconnaissant que les Américains auront une grande influence dans l’Italie post-fasciste. Cambareni est prêt à travailler avec les parties de l’OSS qui veulent barrer la route à la gauche italienne et recycler l’appareil du régime monarchique-fasciste de 1922 à 1943 (voir p. 153).

Habilement, Cambareni ne rompt pas avec les services britanniques, mais souligne ses bonnes relations avec les services secrets britanniques après la libération de Rome (1944) (voir p. 154).

Le général franc-maçon Bencivenga

De nombreux dirigeants de l’OSS, de James Angleton (1917-1987) à André Bourgoin, sabotent le groupe OSS de Peter Tompkins, considéré comme prosocialiste, afin de favoriser les structures appartenant à la gauche, composées à l’époque de communistes et de socialistes. le Parti d’action libéral de gauche a été adopté, mais rejeté (cf. p. 160f).

Le 5 juin 1945, Cambareni reçoit la Médaille d’argent de la bravoure des mains du général Roberto Bencivenga (1872-1949) en récompense à ses activités antifascistes depuis 1942… Après quelques mois, Cambareni reçoit également un certificat de remerciement de William Donovan (1883-1959), directeur général de l’OSS, pour son soutien aux États-Unis dans la libération de l’Italie du fascisme nazi (voir p. 201)… Corvisieri écrit à juste titre que Cambareni a fourni une grande preuve de « maîtrise caméléon » (p. 204).

À l’été/automne 1944, Giuseppe Cambareni, déjà dirigeant en Italie de la Fraternitas Rosicruciana Antiqua ( FRA) de l’allemand Krumm-Heller, 33e degré de la franc-maçonnerie, président de l’Union démocratique, agent du SIM italien et de l’OSS américain , a fondé le mouvement pour les États-Unis d’Europe, un mouvement antibolchevique qui lutte pour une confédération européenne dans laquelle les États membres aboliraient les barrières douanières entre eux tout en préservant leur indépendance politique (voir p. 204).

En septembre 1945, grâce au financement et à l’engagement de Cambareni, est lancée la revue « Umanesimo » ( « Humanisme »), se présentant comme une « revue de pensée universelle »… Parmi les auteurs figurent les francs-maçons Dunstano Cancellieri [Grand Orient d’Italie ], Umberto Gorel Porciatti [Grande Loge d’Italie] et Giuseppe Cambareni lui-même, qui a signé « Cagliostro ». Les thèmes du magazine incluent également les relations entre Giuseppe Mazzini et la Carboneria, la magie (voir p. 211)…

Depuis 1945, Dunstano Cancellieri est une figure marquante de la réorganisation de la franc-maçonnerie italienne, même appréciée par les dirigeants de la franc-maçonnerie américaine de rite écossais. Ce fait ne semble pas plaire à Cambareni, qui, du moins en apparence, décrit sa Fraternitas Rosicruciana Antiqua comme la seule véritable fraternité rosicrucienne, capable d’influencer même la franc-maçonnerie (voir p. 223).

En 1946, Cambaréni se rendit compte que la droite politique n’aurait aucune place pertinente dans l’Italie d’après-guerre et que l’avenir serait chrétien-démocrate (le Parti chrétien-démocrate DC était apprécié à la fois par le Vatican et par les Américains). Cambareni a de grandes ambitions qui ne sont en aucun cas démocratiques : il veut être le leader d’un grand mouvement spirituel et une ville sainte… Il cherche donc des terres lointaines pour réaliser son utopie. En 1946, il commence une série de voyages en Afrique, en Asie et en Amérique, voyages qu’il entreprend parfois dans le cadre de missions économiques et diplomatiques ou pour les services secrets italiens ou américains, ou directement pour rechercher le lieu où il a trouvé sa ville sacrée pour l’Universel . Confrérie blanche de l’archange Michel (voir p. 224).

Le couple Cambareni (Iole Fabbri était l’intermédiaire par lequel parlait « Maître Ergos »), à droite l’insigne des services secrets américains OSS, dont Cambareni était un agent.

En avril 1946, il reçut un laissez-passer de service du ministère des Affaires étrangères et put échapper au questeur de Rome (ministère de l’Intérieur) et se rendre en Suisse, en Angleterre, en France, en Espagne, au Portugal, au Brésil, en Argentine, au Chili, au Mexique et à Saint-Domingue. , les États-Unis, se rendant en Égypte, en Australie et en Nouvelle-Zélande pour accomplir une mission qui lui a été confiée par le ministère des Affaires étrangères, notamment pour financer certaines industries italiennes et établir des relations pour la fourniture de biens et de matières premières (voir p. 224f). ).

En septembre 1946, Cambaréni se rend également à Cuba et au Canada pour le compte du ministère italien des Affaires étrangères. Il veut se rendre à Washington pour parler avec le président américain Harry Truman, mais (selon Vincenzo Lanzone, membre de la Fraternité Michaelienne de Cambareri) le FBI ne lui permettra d’entrer aux États-Unis. A l’issue de ces voyages, Cambareni décide de retourner au Brésil en 1948, d’où il était parti 14 ans plus tôt (voir p. 225).

5. Retour au Brésil

En 1948, Giuseppe Cambareni voyage au Brésil et en deux ans, grâce au soutien de frères rosicruciens et d’autres amis influents, il devient :

  • un grand et riche fazendeiro qui investit beaucoup d’argent ;
  • Conseiller en chef (c’est-à-dire magicien, « psychologue ») du gouverneur de l’État de São Paulo, l’État le plus important de la fédération brésilienne ;
  • Agent payeur d’un réseau de « chasseurs de pots-de-vin » ;
  • Chef d’une secte petite mais influente, la Fraternité Blanche Universelle de l’Archange Michel ( voir pp. 227-236).

En 1949, Cambareni fut expulsé de la Fraternitas Rosicruciana Antiqua ( FRA) brésilienne car, bien que les rosicruciens affirmaient le développement du potentiel intérieur, Cambareni et ses partisans (la Fraternidade Branca Universal do Arcanjo Mickael) qui se rassemblaient autour de sa fazenda, mais le « nouveau Jérusalem  » ou vouloir construire la  » ville sainte  » et prétendre suivre Maître Ergos , qui parle par la bouche de l’épouse de Cambaréri, Iole Fabbri… Cela domine tous les membres de la secte michaélienne, même son mari Giuseppe (voir pages 235 à 237). La religiosité de Cambareris Fraternidade est un mélange d’éléments chrétiens, gnostiques, bouddhistes et égyptiens… De nombreux enfants des Disciples reçoivent les sacrements des prêtres catholiques. Mais en même temps, Cambareni développe son « propre » rite, par exemple pour le mariage. Ergos Iole se révèle, qui en transe régule le fonctionnement de la fazenda mais aussi la vie privée des familles et des membres individuels de la confrérie, par exemple en prescrivant ou en interdisant les mariages (voir p. 240).

Symbole de la Cité de Michel du Saint-Esprit

En 1950, les activités économiques de Cambarení étaient déficitaires. Une catastrophe économique se profile. Fin 1958, toutes les fazendas de Cambarenda furent hypothéquées. Ses élèves se rendent compte trop tard qu’Ergos /Iole a provoqué la catastrophe avec ses mauvais conseils. Cambareni a également suivi aveuglément Ergos/Iole dans ses investissements et ses projets (voir pp. 240-243). Vers 1964, d’anciens élèves de la Fraternidade (dont Vincenzo Lanzone) écrivaient que le couple Cambareni-Fabbri/Ergos n’était pas des personnalités éclairées, mais simplement des aventuriers qui s’enrichissaient dans leur dos et sur leur crédulité (voir p. 244f). Les activités du Fazendeiro n’ont pas seulement échoué : en 1958, des rumeurs circulaient dans la presse brésilienne selon lesquelles la « ville sainte » de Cambareris était impliquée dans des ventes d’armes et de mèche avec des criminels et des agents péronistes qui voulaient organiser une milice au Brésil et en Amérique latine pour lutter pour le retour de Péron au pouvoir en Argentine. Ce message vient d’Antonio Osorio Pinheiro, un agent de contre-espionnage de la marine brésilienne qui a infiltré la secte Cambareni et en est même devenu le secrétaire spécial. Osorio envoie plusieurs rapports à ses supérieurs, mais l’enquête est bloquée par deux amiraux amis de Cambareni (voir pp. 246-249).

Pose de la première pierre du Temple rosicrucien de la Fazenda São Roque au Brésil (Cambareris Ville de Michel du Saint-Esprit) 

6. Comme Lopez-Rega et Licio Gelli ?

L’auteur Silverio Corvisieri voit certaines similitudes entre Cambarení et l’Argentin José Lopez Rega (1916-1989), surnommé le « brujo » (sorcier).

Lopez Rega et Cambareni ont passé leur enfance et leur jeunesse dans les bidonvilles de Buenos Aires ; Ils avaient une passion pour le théâtre (Cambareni comme imprésario, Lopez Rega comme chanteur d’opéra amateur) et pour l’ésotérisme, l’astrologie, la franc-maçonnerie et les complots politiques (voir p. 250).

Lopez Rega rejoint la police. Il fréquente l’école d’une secte spiritualiste, entretient des contacts étroits avec une association rosicrucienne, est membre d’une « Loge Anael » dédiée à l’occultisme et entretient des contacts avec l’extrême droite. Giancarlo Elia Valori (franc-maçon) rapporte qu’après la destitution de Péron, Lopez Rega se rendait fréquemment au Brésil pour participer aux rites d’une secte religieuse. C’est Valori qui présente Lopez Rega à Licio Gelli. Lopez Rega rejoint donc la Loge P2 (Propaganda 2) de Gelli (voir p. 250). Compte tenu de son passé au sein de la police argentine et de son rôle ultérieur dans l’escadron de la mort de l’AAA (Alliance anticommuniste argentine), il est probable que Lopez Rega ait travaillé au Brésil pour organiser une milice péroniste. Dans son livre « Astrologie ésotérique » (1962), Lopez Rega écrit qu’il voulait se préparer au nouvel âge… Comme Cambareni (et Krumm-Heller), Lopez Rega est aussi un amateur de senteurs magiques. Lopez Rega achète un terrain au Brésil pour le développer plus tard à des fins touristiques. Magie, affaires politiques et économiques : telles sont les passions communes de Cambarení et Lopez Rega. Corvisieri rapporte la présence de Licio Gelli au Brésil, à São Paulo, en 1950, lorsque Gelli était le représentant de la Banco Financeiro en Italie (voir pp. 250f). Je cite Corvisieri :

Juan Domingo Péron avec sa seconde épouse Isabel et Lopez Rega (à droite)

« Pendant deux décennies, Cambareni, Lopez Rega et Licio Gelli ont souvent opéré dans les mêmes environnements et dans les mêmes lieux, avec des modalités et des objectifs très similaires. Tout cela ne suffit pas pour conclure que les trois appartenaient à la même organisation, mais cela fournit un contexte politique et sectaire ésotérique qui sous-tend les révélations du Diario de Noticia et d’Onorio Pinheiro sur l’implication de Cambareri dans le recrutement . des milices péronistes clandestines au Brésil dans les années 1950 le rend, au moins en partie, crédible » (p. 252).

En octobre 1972, Cambareni meurt d’une crise cardiaque dans un hôpital de São Paulo. Le 17 novembre 1972, un vol spécial d’Alitalia transporte le caudillo Péron, son épouse Isabel, Lopez Rega, Licio Gelli et 150 amis vers l’Argentine (voir p. 252).

(La suite demain…)

Le Père Paolo Maria Siano appartient à l’Ordre des Franciscains de l’Immaculée (FFI) . Le docteur en historien de l’Église est considéré comme l’un des meilleurs experts catholiques en matière de franc-maçonnerie, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages de référence et de nombreux essais. Dans sa publication la plus récente, il vise à prouver que la franc-maçonnerie contenait dès le début des éléments ésotériques et gnostiques, qui justifient encore aujourd’hui son incompatibilité avec la doctrine de l’Église.

Traduction : Giuseppe Nardi
Image : Wikicommons/MiL/Facebook/HRCB (captures d’écran)