Accueil Blog Page 428

« Le Nom de la Rose » en BD… Tout un labyrinthe de mystères !

Présentons, dans un premier temps, Milo Manara, auteur et dessinateur italien de bande dessinée, né le 12 septembre 1945. Connu pour son talent dans l’illustration érotique, Manara a su se distinguer par un style artistique reconnaissable, caractérisé par un trait sensuel et des compositions soignées.

Sa carrière débute dans les années 1960, mais c’est dans les années 1970 qu’il se fait connaître avec des œuvres telles que Le Déclic et Le Parfum de l’invisible. Ces bandes dessinées, souvent teintées d’érotisme, explorent la sexualité et les relations humaines avec une approche à la fois audacieuse et esthétique.

Manara a également collaboré avec des auteurs de renom comme Hugo Pratt, avec qui il a créé El Gaucho, une œuvre mêlant aventure et histoire. Son travail ne se limite pas à l’érotisme ; il a exploré divers genres, y compris le fantastique et l’aventure, toujours avec son style distinctif.

Milo Manara, en 2015.

Au fil des années, Manara est devenu une figure emblématique de la bande dessinée italienne et européenne. Sa capacité à mêler art et érotisme avec une finesse narrative et graphique lui a valu une renommée internationale. Ses œuvres ont souvent suscité des débats sur la frontière entre l’art et la provocation, mais elles restent incontestablement une part importante du paysage de la bande dessinée contemporaine. En septembre 2023 est publié, en bande dessinée, Le Nom de la Rose, roman de l’écrivain italien Umberto Eco, auteur originel, publié pour la première fois en 1980. Ce livre est un mélange unique de fiction historique, de mystère policier, et de réflexion philosophique et sémiotique. L’histoire se déroule en 1327 dans une abbaye bénédictine italienne, où des moines meurent dans des circonstances mystérieuses…

Umberto Eco, en 1984.

Revenons à Umberto Eco (1932-2016), écrivain, philosophe, sémiologue – la sémiologie étant l’étude des signes – et universitaire italien. Il est surtout connu pour ses romans, notamment Il nome della rosa (1980), en français, Le Nom de la Rose (Grasset, 1980) et Le Pendule de Foucault (1988), qui allient érudition, intrigue complexe et exploration des signes et symboles dans la culture.

Le film.

Le roman policier médiéval Le Nom de la Rose se déroule dans une abbaye italienne, où le moine franciscain Guillaume de Baskerville enquête sur une série de morts mystérieuses. Le livre a été adapté au cinéma en 1986 sous le même titre par Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery et Christian Slater. Une autre adaptation, une mini-série de huit épisodes, a été créée en 2019 par Giacomo Battiato, avec John Turturro, Rupert Everett et Michael Emerson.

Sean Connery – Source Allo Ciné.

Le Nom de la Rose mélange habilement fiction, philosophie, et analyse sémiotique, reflétant l’intérêt profond d’Eco pour le Moyen Âge et la théorie des signes.

Eco était également un universitaire renommé, ayant écrit de nombreux essais sur la sémiotique, l’esthétique médiévale, la linguistique, et la philosophie. Son livre L’Œuvre ouverte (1962) et son essai Apocalittici e integrati (1964) sont considérés comme des textes fondamentaux dans le domaine de la culture moderne.

Son travail a eu un impact considérable non seulement dans le domaine littéraire, mais aussi dans les études culturelles et la théorie de la communication. Eco était connu pour sa capacité à transmettre des concepts complexes avec clarté et humour, rendant ses idées accessibles à un large public. Son héritage perdure à travers ses écrits influents et ses contributions significatives à la littérature et à la pensée contemporaines.

La signature d’Umberto Eco.

Umberto Eco a reçu plusieurs prix et distinctions au cours de sa carrière. Notamment, le Prix Strega (1981), le plus important prix littéraire italien, pour Le Nom de la Rose et le Prix Médicis étranger (1982), qui est la catégorie du prix Médicis destinée aux œuvres traduites en français, toujours pour Le Nom de la Rose. Ainsi que le Prix Prince des Asturies, catégorie « Communication et Humanités « (2000), le plus prestigieux prix espagnol, décerné en reconnaissance de ses contributions significatives dans le domaine de la communication et des sciences humaines. Il est aussi docteur honoris causa de diverses universités à travers le monde.

En 2001, un timbre du Collège de Pataphysique est dédié au Satrape Umberto Eco. Pour mémoire, la pataphysique est la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité.

La BD en elle-même est un reflet fidèle du roman qui mêle intrigue policière, érudition historique et réflexion philosophique.

L’histoire se déroule en 1327 dans une abbaye bénédictine du nord de l’Italie. L’abbaye, un centre intellectuel et religieux important, abrite une vaste et mystérieuse bibliothèque.

Guillaume de Baskerville est un moine franciscain intelligent et perspicace, ancien inquisiteur.   Quant à Adso de Melk, il est ce jeune novice qui accompagne Guillaume et sert de narrateur à l’histoire.

Castel del Monte, Italie, décor du film de Jean-jacques Annaud.

Une très mystérieuse intrigue…

Guillaume et Adso arrivent à l’abbaye pour participer à un débat sur la pauvreté du Christ. Peu après leur arrivée, un moine est retrouvé mort dans des circonstances suspectes. L’abbé de l’abbaye demande à Guillaume d’enquêter sur cette mort. D’autres meurtres suivent, chacun semblant être inspiré par des prédictions apocalyptiques. Guillaume utilise ses compétences en logique et en sémiotique pour enquêter sur les meurtres, avec l’aide d’Adso.

Bibliothèque et labyrinthe, deux lieux très étranges

La bibliothèque de l’abbaye, un labyrinthe complexe accessible à très peu de moines, est au cœur de l’énigme. Guillaume soupçonne que les meurtres sont liés à certains livres de la bibliothèque.

Quid de la thématique ? Philosophique et théologique ?

Le roman explore des thèmes tels que la foi, la raison, l’hérésie, le rôle de la connaissance et le pouvoir de l’Église. Des débats théologiques sur la pauvreté du Christ et l’autorité de l’Église sont entrelacés avec l’intrigue principale.

Le dénouement, ou les conclusions de l’enquête… Menée de main de maître !

Finalement, Guillaume découvre que les meurtres sont liés à un livre perdu d’Aristote sur la comédie, que le bibliothécaire de l’abbaye a cherché à cacher, croyant que son contenu pourrait inciter au rire et à l’hérésie. Et l’abbaye d’être finalement dévastée par un incendie, symbolisant la perte de connaissances et l’éphémère nature de la vérité.

Et à la fin…

Le Roman de la Rose se termine avec Adso, devenu vieux, méditant sur les événements passés et la nature éphémère de la connaissance et de la vérité.

Nous avons tout particulièrement apprécié le fait que la BD soit fidèle au livre original et dessinée avec maestria, offrant une reconstitution remarquable de l’œuvre originale.

Umberto Eco en 2007.

Une fidélité narrative car, au-delà du scénario, c’est vraiment l’esprit du livre original que nous retrouvons avec le respect de l’intrigue principale, des sous-intrigues, des personnages, des différents développements et des dialogues clés. Nous y retrouvons tous Les moments emblématiques du livre qui sont, ici aussi, capturés avec précision, conservant l’intensité émotionnelle et les points de tension narratifs. Le dessinateur, véritable artiste, a excellé dans la reconstitution des décors, des costumes et des objets de l’époque, en accord avec les descriptions du livre. Nous avons tout autant aimé, nécessitant sûrement une recherche approfondie et une attention méticuleuse, les détails historiques et culturels assurant ainsi toute l’authenticité visuelle.

Enfin, la mise en page de la BD reflète le rythme de l’histoire et nous situe en son cœur ! Avec de très belles planches dynamiques et fluides.

Pour conclure, avec cette adaptation fidèle et artistiquement riche, offrant aux lecteurs une expérience visuelle immersive qui complète et enrichit l’expérience de lecture du livre original, nous dirions que cette BD est de la belle ouvrage ! Nous restons dans l’attente du plaisir de lire le livre second.

Le Nom de la Rose-Livre premier

Milo Manara – Umberto EcoGlénat, 2023, 72 pages, 17, 50 € Format Kindle 12,99 €

Le mot du mois : « Réserve »

0

Droit ou devoir de réserve ?

Il s’agit toujours de faire attention. Le très ancien sémantisme *wer-/*swer- signifie diriger sa vue sur, surveiller. Les aléas phonétiques, très complexes, offrent une palette variée de mots grecs ou latins. Panorama, pylore. Et surtout le vaste champ latin de la vérité, crainte religieuse, respect. Tout ce qui est avéré, véridique, vérifiable, vrai, et leurs avatars lexicaux.

L’espace en est d’autant plus développé qu’il se combine avec un autre sémantisme proche, peut-être issu des Etrusques, *servus, initialement le gardien de troupeau, puis l’esclave serf auquel est confiée une telle tâche. Gardien de la porte qui voit tout, donc concierge. Esclave, donc asservi.

Une alliance lexicale aussi avec *servare,garder, diversement préfixé.

On conserve, observe, préserve, réserve.

Les divers parlers germaniques utilisent le même sémantisme sous la forme *war-/ward-. D’où sont issus la garantie, la garde,la gare, le lapin de garenne, la garnison. Et aussi tout ce qui relève de la guérison, des égards envers autrui.

En somme, le regard sur le monde alentour, l’attention soutenue.

La phonétique historique réserve toujours bien des surprises pour le lecteur contemporain !

Alors droit ou devoir de réserve ?

La question mérite d’être posée, surtout dans nos sociétés de délitement démocratique et d’individualisme forcené, où chacun y va de son commentaire, de sa dénonciation, de sa hargne physique et verbale. Sociétés du tac-au-tac, sans attention ni prévention.

Qui, en privé ou en public, prend vraiment le temps de la réserve avant de s’emparer de la parole ? « Je réserve mon commentaire, mon jugement « , c’est-à-dire je reste sur mon quant-à-moi, je revendique le droit de ne pas savoir, le droit de me taire, de ne pas me prononcer sur un sujet qui n’est pas de mon ressort, dont je ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants.

Ce droit à la discrétion s’assortit du devoir de réserve imposé déontologiquement aux fonctionnaires, aux commis de l’Etat, qui suppose le respect, de l’intimité, de la chose publique, des décisions confidentielles utiles au bien commun, en refusant le déballage et l’indécence médiatiques.

C’est ainsi que se constitue une salutaire réserve, de réflexions, d’arguments, de nourritures du corps comme de l’esprit.

De souffle et de respiration, comme cette outre en vessie animale à réserve d’air, ancêtre de la cornemuse.

Au chapitre des étranges réserves, on ne saurait se priver du plaisir d’évoquer Saparmyrat Niyazov (1940-2006), éminent despote au panthéon des délirants de tout poil, qui promulguait sans frein les interdits qui frappaient le Turkménistan : interdit de porter des dents en or, de doubler les films étrangers, de fréquenter toute bibliothèque, entre nombre d’autres aussi excentriques. Il allait jusqu’à proscrire l’emploi du mot « vieux », puisque selon lui, dès 61 ans, on entre dans « l’âge prophétique » et, à 73 ans, dans l’âge « inspiré ». Mais il manqua sûrement d’air puisqu’il mourut à 66 ans, non sans avoir résolu d’installer une réserve de pingouins dans le désert du Karakum…

Annick DROGOU

Avec ou sans réserve ? Sous toute réserve en attendant d’apporter sa réponse définitive. Sur la réserve, en arrêt avant d’oser agir. Tout cela pourrait bien n’être qu’habileté, prudence de chat ou pusillanimité. Mais c’est toujours un empêchement provisoire qui porte en lui la méfiance, le soupçon.

Alors agissons sans réserve. Pourquoi toujours mettre des conditions, fixer des clauses restrictives ? Qu’avons-nous à perdre ? Tout à gagner, sans exclusion, ni exclusive. Sortez-moi des réserves, dit l’œuvre d’art oubliée par le conservateur du musée. Bannissez les enfermements et les réserves d’Indiens, clament ceux qu’on exclut pour mieux les protéger.

Soyons définitivement courageux, sans le prétexte du devoir de réserve.

Mais pensons avec réserve. Comme avec crainte. La crainte, qui n’est pas la peur mais seulement la pudeur et le respect, la circonspection et la retenue. Avec réserve, pour ne pas être indiscret, pour ne pas être l’éléphant dans le magasin de porcelaine. C’est ce qu’on appelle le tact, toucher sans maltraiter. Et puis toujours réserver le meilleur, non pour le cacher mais pour bien le montrer, tant de réserves de bonté dont nous sommes les réservataires. Plus abondantes que les réserves de la Banque de France qu’il ne tient qu’à nous de partager.

Jean DUMONTEIL

Laurent Ridel enquête sur une sculpture mystérieuse

Du site de Laurent Ridel decoder-eglises-chateaux.fr

Mon plaisir dans les églises est d’arriver à identifier un personnage qui n’est pas légendé. Aujourd’hui je vous soumets un cas particulièrement retors à l’entrée de la cathédrale de Senlis (Oise). Ensuite, je vous demanderai votre aide car malheureusement, je ne sais pas tout. 

Sur le portail occidental de la cathédrale de Senlis, je n’arrivais pas à identifier le 3e personnage parmi ces statues-colonnes de part et d’autre de la porte.
Il s’agit à l’évidence d’un roi au regard de sa couronne. Il semble tenir une échelle. Mais dans le détail, on devine plutôt une colonnette sculptée. Regardez la base.  Sous la colonnette apparaissent deux animaux difficilement identifiables à cause de leur état dégradé. Tout au plus, on peut deviner des quadrupèdes.  Prise de Veies, enluminure du manuscrit Fr 365
Enfin, le bras droit du « roi » fait un geste indéfini, à cause de sa main amputée. Voici les indices pour avancer dans notre interprétation.  Heureusement, les personnages voisins sont plus facilement identifiables (du moins quand on a l’habitude) :  Eglise néogothique de Vimoutiers
– Au premier plan, saint Jean-Baptiste qui baptise Jésus à ses pieds (pas facile à deviner car cassé)– Aaron qui sacrifie un agneau, symbole du Christ– Au fond, Abraham qui s’apprête à sacrifier son fils avec une épée comme Dieu sacrifiera son fils. Leur point commun ? Ce sont tous des précurseurs du Christ, autrement dit des personnages bibliques qui préfigurent le Christ. Notre inconnu doit donc en être un.  Il y a deux précurseurs du Christ qui sont souvent représentés en roi : Salomon et David, rois d’Israël. Éliminons David, car il est de l’autre côté de la porte. On ne peut pas le représenter deux fois sur le même portail. Reste Salomon mais les attributs collent imparfaitement. Certes la colonne peut représenter la construction du temple de Jérusalem entreprise par lui. Mais en général, on représente le temple en entier. Enfin cette piste ne m’aide à comprendre les deux animaux sous la statue de Senlis.   Peut-on trouver ailleurs un personnage possédant comme attribut une colonne et un quadrupède ? Oui ! En parcourant mes photos, j’ai trouvé une statue ressemblante.
Elle se trouve sur le portail nord de la cathédrale de Chartres parmi 5 personnages. C’est l’homme au centre qui nous intéresse.  Cathédrale Saint-Patrick à New York (Wikimedia Commons)
Vous le connaissez tous et toutes. Il tient une tablette, symbole des Tables de la loi que Dieu lui a remises sur le mont Sinaï, les fameux Dix commandements. Il s’agit de Moïse. Nous tenons un suspect pour la statue-colonne de Senlis.  Tout s’agence ensuite. La mystérieuse colonnette sculptée renvoie en fait à un épisode du Livre des Nombres dans l’Ancien Testament : les Hébreux, lassés d’errer dans le désert, murmurent contre Dieu et leur guide Moïse. Dieu les punit en leur envoyant des serpents venimeux (dans l’Ancien Testament, Dieu est souvent ombrageux). Après de nombreux morts, le peuple se repent. Sur ordre divin, Moïse fait dresser un serpent d’airain au sommet d’une perche. Tous ceux qui avaient été mordus sont sauvés par un simple regard en direction du serpent d’airain. Ce détail d’un vitrail dans la cathédrale d’Auxerre illustre l’épisode. 

La colonnette de notre mystérieuse statue supportait donc le serpent d’airain. On comprend alors son geste : il désigne de sa main cassée le serpent disparu. 
Écrasé par la colonnette et les pieds, l’un des quadrupèdes de Senlis correspond sûrement au veau d’or, une idole que les Hébreux avaient fabriquée pendant l’absence de Moïse et qu’ils adoraient comme Dieu. L’autre animal pourrait être un mouton puisqu’un épisode de l’Ancien Testament nous décrit Moïse berger. Il est dit aussi qu’il commande aux Hébreux de sacrifier des agneaux lors de la fuite d’Égypte.  Reste une dernière énigme à résoudre. Pourquoi Moïse est-il couronné ? Il n’a jamais été roi. Mon hypothèse avance une erreur de restauration. En 1793, lors de la Révolution, les têtes des statues-colonnes ont été décapitées. En 1845-1846, le sculpteur Robinet est chargé de les reconstituer. Comme nous, il peine à identifier les personnages. Il prend Moïse pour le roi Salomon à cause de la colonne (la colonne du temple de Salomon). Résultat, il reconstitue une tête couronnée. Le portail de Senlis montre à la vue de tous une aberration biblique : un roi Moïse. Votre aide est demandée. À l’image de l’exemple précédent, je suis content quand j’arrive à décoder une sculpture. C’est d’ailleurs le principe de cette infolettre hebdomadaire : vous aider à identifier les personnages, les symboles ou les éléments architecturaux d’une église. Parfois des choses me résistent. Une abonnée, Laure, me soumet justement cette énigme : Dans une église de Dordogne, Plazac, à l’entrée du chœur, proche de la grille de communion, est accrochée au mur une structure en bois fermée par un rideau. – avez-vous déjà rencontré ceci ailleurs ? – comment s’appelle cet élément ? – à quoi sert-il ? (statue à l’intérieur, forme de dais ?) 
Pour ma part, je n’ai jamais vu cela. Et vous ?  Vos propositions pertinentes ou loufoques seront publiées dans la prochaine infolettre.  L’œil de la providence (suite). La semaine dernière, je vous soumettais ce symbole : un œil rayonnant, souvent inséré dans un triangle. 
Quelques-uns d’entre vous m’ont montré en images ses multiples réutilisations en dehors des contextes chrétien et franc-maçon. Les exemples sont étonnants.  Fé me signale un œil rappelant celui d’Horus à la proue des bateaux maltais appelés Luzzu. 
Selon Wikipédia, ce symbole est censé les protéger contre les aléas de la mer et favoriser la pêche.  Un autre abonné, Lionel, nous emmène jusqu’au Vietnam. Là-bas, est née dans les années 1920 une religion : le caodaïsme. Elle synthétise des éléments du bouddhisme, du taoïsme, du confucianisme et du christianisme. L’œil de la providence fait partie des symboles repris. 
Mais c’est Pascal dont l’image m’a le plus amusé. Sur les murs des bistrots flamands, on peut rencontrer cette affiche à l’attention des clients incorrects. 
« God ziet mij, her vloekt men niet ». Bien qu’ayant des origines flamandes, je suis incapable de traduire l’inscription mais Pascal m’a soufflé la réponse : « Dieu me voit, ici on ne jure pas ».  En Flandres, on ne plaisante pas avec le blasphème. 

Les Martiens sont-ils nos frères ?

Bien sûr, il n’y a pas de “Martiens” sur Mars, ni aucune créature vivante, n’en déplaise à David Bowie. Mais y’a-t-il d’autres formes de vie ailleurs dans l’univers, semblables à nous, comparables aux hommes ? La Science Fiction l’a imaginé depuis longtemps. Et la Science ? Si c’était le cas, cela pourrait bien remettre en cause notre conception de la fraternité.

Y’aurait-il suffisamment de choses en commun avec ces hypothétiques créatures pour qu’on puisse parler de fraternité? Y’a-t-il d’autres formes de vie quelle qu’en soit la forme?

On a longtemps considéré que l’apparition de la vie sur Terre était due à une telle conjonction de hasards que la probabilité pour que ces hasards se soient produits deux fois était pratiquement nulle. C’est ce qu’on a enseigné longtemps dans les écoles. Mais depuis, la Science a progressé. En 2019, des astronomes de l’Université de Göttingen ont découvert deux planètes apparemment semblables à la Terre et situées à 12,5 années-lumière seulement. Il s’agit de Teegarden b et de Teegarden c. Si près ? 

Dès 1964, Stephen H. Dole avait calculé, grâce à l’équation qui porte son nom, que le nombre de planètes habitables par l’Homme au sein de la Voie Lactée devait se situer aux alentours de 35 millions. Rien que dans notre galaxie, on estime le nombre d’étoiles entre 100 et 300 milliards. Dans ce que nous appelons l’Univers, ce nombre monte à 1021, c’est à dire  1000 milliards de milliards.

Pour chaque étoile, au moins une ou deux planètes et on ne parle que de celles que nous sommes en mesure de détecter, ne serait-ce que par le calcul. Pour dire les choses autrement, la probabilité pour que nous soyons seuls dans l’Univers peut être considérée comme nulle. D’après Adam Frank, c’est une chance sur 10 milliers de milliards. On peut donc partir de l’idée que les “Martiens”existent, mais où ? Même à 12,5 années-lumières, ça fait loin. Pour autant la question est d’ores et déjà posée : s’il existe de la vie ailleurs, en quoi cela modifie-t-il notre conception de l’humanité ? S’il existe d’autres créatures intelligentes, pouvons- nous instaurer avec elles une relation empreinte d’une forme de fraternité? 

La fraternité ou la guerre ? Dans les histoires de science fiction, les rencontres du 3ème type, celles où des humains sont confrontés à des créatures extraterrestres, se terminent presque toujours par des affrontements. Soit que ces créatures viennent pour envahir la Terre, soit que, par la peur qu’elles engendrent, les Terriens cherchent à les combattre ou à les chasser. C’est la transposition exacte dans l’imaginaire (celui des humains, car ce sont eux qui écrivent les histoires de SF) de ce qui a été vécu au cours des âges. A chaque fois que deux populations se rencontrent et ne se reconnaissent pas comme semblables, elles se combattent. Sans fraternité, c’est la guerre, le plus fort réduit le plus faible en esclavage ou l’extermine. 

Les femmes sont-elles nos frères ? 

L’idée d’accorder ou non la fraternité n’est pas nouvelle. Les hommes se la sont même posée vis-à -vis des êtres qui leur sont le plus semblables : les femmes. Lors du Concile de Macon en 586, la légende raconte que les prélats se seraient interrogés pour savoir si les femmes avaient une âme. La question était d’importance, car si la réponse était négative, il aurait fallu les rétrograder au rang d’animaux. Heureusement,  l’histoire est fausse, elle est un réécriture déformée au XIXème siècle d’un évènement qui s’est réellement produit. Car le Concile de Macon a bel et bien existé.

Mais on y aurait plutôt posé la question de savoir si le mot latin homo englobait également les hommes et les femmes, bref, si les hommes et les femmes étaient frères à égalité. En latin l’homme masculin se dit vir et la femme mulier. Homo est censé désigné indifféremment tous les membres du  genre humain. Au-delà de la controverse, la question de l’égalité homme-femme traverse toute la tradition chrétienne, la femme ayant été créée, à la lecture de la Genèse, comme un “sous-produit” de l’homme, la conclusion la plus généralement admise, jusque tard, étant que oui, elle a une âme, mais pas tout à fait de même nature que l’homme, puisqu’elle est, dans l’Ancien Régime comme à partir de la Révolution, un sujet mineur. Or la fraternité suppose qu’on puisse écrire un signe “égal” entre deux personnes. Est-on sûr, même dans notre République d’aujourd’hui, et même en franc-maçonnerie, que la fraternité soit exactement la même quand il s’agit de deux frères ou quand il s’agit d’un frère et d’une sœur ?

Les Noirs sont-ils nos frères ? 

S’ils n’ont pas d’âme, ils ne peuvent pas être nos frères. Concernant les indiens d’Amérique, la question est tranchée par ce qu’on a appelé la controverse de Valladolid qui s’est déroulée entre août 1550 et mai 1551. Sous le pontificat de Jules III et sous le règne du roi espagnol Charles Quint, c’est-à-dire dans le monde catholique. Depuis Paul III cette âme leur est reconnue mais la controverse portait sur le fait de savoir s’ils sont ou non des “esclaves naturels”, c’est-à-dire des peuples qui ont besoin d’être mis sous tutelle. Non, ils ne sont pas des esclaves naturels selon Bartolomé de Las Casas et c’est son point de vue qui a triomphé sur celui de son contradicteur Juan Ginés de Sepúlveda.

Les Indiens ne peuvent donc pas être réduits en esclavage. On lui reprochera, par contrecoup, d’avoir favorisé l’esclavage d’Afrique, si on ne pouvait pas esclavagiser les Indiens, il fallait bien faire venir de la main d’œuvre de quelque part.

Or en ce qui concerne les Noirs, sa position était différente :”S’il est clair que les Indiens sont nos frères en Jésus Christ, doués d’une âme raisonnable comme nous, et capables de civilisation, en revanche il est bien vrai que les habitants des contrées africaines sont beaucoup plus proches de l’animal…” “Frères en Jésus Christ” signifie que la fraternité se comprend au sein de la même religion et va dépendre de la capacité des populations à accepter la conversion. Et même dans ce cas, elle n’empêchera pas, -voire même : elle justifiera-, la colonisation qui est la mise en pratique d’un racisme systémique selon lequel les populations les plus avancées dans l’évolution ont vocation à dominer les autres et à les exploiter. Témoins : les zoos humains qui ont existé jusque dans les années 40.

Est-ce sur la verticale ou sur l’horizontale que se joue la fraternité ? On est frères parce qu’on est nés du même père. Ou de la même mère. Dans la tradition chrétienne, nous serions tous descendants d’Adam, créé par Dieu, et donc par contrecoup : enfants de Dieu : “Dieu le Père”, “Notre Père”. Mais la formule consacrée est “frères en Jésus-Christ”, qui n’est pas une figure du père mais une figure du fils, donc du frère.

La figure de la mère est curieusement escamotée, Marie étant considérée comme mère de Jésus mais pas revendiquée comme mère des Chrétiens. Chez les francs-maçons c’est un peu l’inverse, Hiram ne reçoit jamais le nom de “père” mais sa femme est vue comme mère, puisque les francs maçons se désignent par la formule : “Les Enfants de la Veuve”.

La fraternité des Humains n’a pas nécessairement besoin de revendiquer un père mais elle se réclame néanmoins de la même mère, la Terre-mère, ou plutôt la terre-mère car il ne s’agit pas de la planète mais de l’humus qui a engendré la vie et qui a donné “homo”, l’homme générique. Concevoir que nous partageons la même source de vie que les créatures qui nous ont précédés depuis le Précambrien et jusqu’à aujourd’hui : végétales, animales, humaines, est-ce reconnaître entre nous une certaine forme de fraternité ?

Une communauté de destin par exemple ou une communauté de nature ? C’est un jeu du même et du différent. Si je considère l’autre comme trop différent, j’en fais un objet, je le réduis à l’état de ressource, d’instrument. Je ne vois plus le signe égal qui marque entre nous une forme de fraternité. Si au contraire, je ne vois plus de différence entre lui et moi, si la singularité s’efface, nous ne sommes que des robots sans conscience, capables d’obéir à toutes les injonctions : troupes fanatisées, militants exaltés, extrémistes religieux…

Et les Martiens dans tout ça ? Nous aurons du mal à nous trouver un père en commun, car nos grands récits n’ont pas prévu le coup. Il reste difficile de représenter le Big Bang assis sur un nuage avec le doigt en l’air. Pour autant la question d’étendre la notion de fraternité au-delà de la communauté humaine reste posée, même sous des formes différentes, car sinon, il sera impossible d’éprouver de l’empathie pour le reste du Vivant. 

Le pot d’encens en Franc-maçonnerie

De notre confrère thesquaremagazine.com

« Le Pot d’Encens est l’emblème d’un cœur pur ; c’est toujours un sacrifice acceptable pour la Divinité ; et comme cela brille d’une chaleur fervente, nos cœurs devraient continuellement briller de gratitude envers le grand et bienfaisant auteur de notre existence pour les multiples bénédictions et conforts dont nous jouissons.

On ne peut pas dire avec certitude à quel moment le pot d’encens est devenu un emblème de la troisième section du Degré Sublime. 

Il s’agit apparemment d’une invention ou d’un ajout américain ; McKensie et Kenning disent tous deux qu’il n’est pas utilisé dans l’ouvrage anglais. 

Le Moniteur de Thomas Smith Webb, qui a opéré des changements si ingénieux et astucieux dans l’œuvre prestonienne, donne la formulation communément acceptée :

Le Pot d’Encens est l’emblème d’un cœur pur ; c’est toujours un sacrifice acceptable pour la Divinité ; et comme cela brille d’une chaleur fervente, nos cœurs devraient continuellement briller de gratitude envers le grand et bienfaisant auteur de notre existence pour les multiples bénédictions et conforts dont nous jouissons.

Jeremy Cross l’imprime parmi les illustrations délicieusement pittoresques du « True Masonic Chart » – des illustrations qui provenaient du crayon pas tout à fait dénué d’inspiration d’un certain Amos Doolittle, de New Haven.

Quelle que soit la manière dont le pot d’encens est entré dans les rituels américains, il est présent dans presque tous, et sensiblement sous la même forme, à la fois picturale et monétaire.

Si l’encens n’a pas une grande antiquité dans le système maçonnique, son usage date des premiers temps et s’y accroche des temps bibliques ultérieurs, et en Egypte et en Inde il a une antiquité encore plus grande.

Dans les tout premiers temps, comme le raconte la Bible, l’encens était davantage associé à l’idolâtrie qu’au véritable culte ; par exemple:

Parce qu’ils ont abandonné les hommes et ont offert de l’encens à d’autres dieux, afin de m’irriter par toutes les œuvres de leurs mains ; c’est pourquoi ma colère se déversera sur ce lieu et ne s’éteindra pas. (II Chroniques, 25-34). 

A quoi me servent l’encens de Saba, et la canne douce d’un pays lointain ? Vos holocaustes ne me sont pas agréables, et vos sacrifices ne me sont pas doux. (Jérémie 6-20). 

Et je ferai cesser en Moab, dit l’Éternel, celui qui offre dans les hauts lieux et celui qui brûle de l’encens à ses dieux. (Jérémie 35-48).

Cependant, lorsque le culte de JHVH (que nous appelons Jéhovah) fut complètement établi, brûler de l’encens passa d’une coutume païenne et idolâtre à une grande respectabilité et une place dans le Saint des Saints. Lévitique 12-16, 13 fait entendre cette note clé :

Et il prit sur l’autel devant l’Eternel un encensoir plein de charbons ardents, et ses mains pleines d’encens doux battus en petits morceaux, et il l’apporta dans le voile.

Et il mettra l’encens sur le feu devant l’Éternel, afin que la nuée d’encens couvre le propitiatoire qui est sur le témoignage, afin qu’il ne meure pas.

IMAGE PARMATTHIAS GRIESSHAMMER DE PIXABAY

Plus tard, l’encens fut associé à la richesse et à une vie luxueuse, comme dans le Cantique des Cantiques :

Qui est-ce qui sort du désert comme des colonnes de fumée, parfumées de myrrhe et d’encens, avec toutes les poudres du marchand ? (3-6)/ Jusqu’à ce que le jour se lève et que les ombres s’enfuient, je me conduirai à la montagne de myrrhe et à la colline de l’encens. (406). 

Tes lèvres, ô mon épouse, descendent comme un rayon de miel : le miel et le lait sont sous ta langue ; et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban. Nard et safran ; le caslamus et le cinnamome, avec tous les arbres à encens ; myrrhe et aloès, avec toutes les principales épices. (4-14).

Dans l’Egypte ancienne, l’encens était très utilisé ; des sculptures et des monuments de dynasties lointaines témoignent de sa popularité. 

Beaucoup de Pharaons sont représentés avec un censeur dans une main, et l’autre y jetant les oastils ou osselets d’encens. 

Pour l’embaumement, les Égyptiens utilisaient toutes les gommes et épices diverses « à l’exception » de l’encens, qui était mis à part et spécialement consacré au culte des Dieux. 

CRÉDIT : PHARAON PTOLÉMAÏQUE OFFRANT DE L’ENCENS À HORUS, RELIEF MURAL.CAROLE REEVES.ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

En Inde, l’encens a toujours fait partie du culte des milliers de dieux et de déesses de cette terre étrange. Le bouddhisme a continué à être utilisé jusqu’à ce jour dans le cadre des cérémonies de culte – comme d’ailleurs dans certaines églises chrétiennes – et au Népal, au Tibet, à Ceylan, en Birmanie, en Chine et au Japon, il est courant dans de nombreux temples. 

La liste des matériaux pouvant être incorporés dans l’encens est très longue ; l’encens de la Bible est de plus d’une variété, il y a une distinction entre l’encens et l’encens, bien qu’une lecture occasionnelle de ces deux termes dans de nombreuses références bibliques les fasse ressembler à une fumée sacrificielle d’une odeur agréable. 

Habituellement, il était composé de diverses substances végétales très piquantes ; l’opobalsamun, l’onycha, le galbanum et parfois aussi l’encens pur, mélangés en proportions égales avec du sel. 

L’encens, une gomme rare, est souvent associé à la myrrhe comme cadeau coûteux et donc très admiratif et complémentaire ; rappelez-vous les mages devant l’enfant Jésus :

Et lorsqu’ils furent entrés dans la maison, ils virent le jeune enfant avec Marie, sa mère, et se prosternèrent et l’adorèrent ; et lorsqu’ils ouvrirent leurs trésors, ils lui présentèrent des cadeaux ; de l’or, de l’encens et de la myrrhe. (Matthieu 2-11).

ENCENS VENDU DANS UN SOUK. WIKIMÉDIA CC BY-SA 2.0

L’origine et la manière dont l’utilisation de l’encens est apparue reste bien sûr un mystère scellé en ce qui concerne les preuves. La science moderne permet cependant de faire une estimation raisonnable.

Parmi les cinq sens, l’odorat est le plus étroitement associé à la mémoire et à l’humeur. Ni à la vue ni à l’ouïe, la partie émotionnelle de la personnalité ne réagit comme à l’odeur. 

Le parfum de certaines fleurs est si sûrement douloureux pour beaucoup qu’ils quitteront une pièce dans laquelle des roses en tube ou des lys remplissent l’air de parfum. 

Certaines odeurs s’identifient si intimement à certaines expériences qu’elles deviennent à jamais agréables, ou l’inverse ; rares sont ceux qui ont senti l’éther ou l’iodoforme grâce à leur expérience personnelle dans les hôpitaux, qui apprécient ces odeurs, qui en elles-mêmes ne sont pas désagréables ; tout homme qui a aimé la vie en plein air et le camping ne peut pas sentir la fumée du bois sans avoir le mal du pays pour les ruisseaux et les champs ; celui qui a fait l’amour avec sa dame au temps des lilas est toujours sentimental lorsqu’il renifle à nouveau ce parfum, et le fidèle de la haute église est soulevé par l’odeur de l’encens.

Dans les cérémonies de l’ancien Israël, la première utilisation de l’encens était sans doute la protection contre les odeurs désagréables associées à l’abattage du bétail et au brûlage de la chair lors de l’holocauste.

Au début, mais comme une assurance contre l’inconfort, l’encens s’est rapidement associé aux rites religieux. Aujourd’hui, les hommes ne tuent ni n’offrent de chair sur un autel, mais seulement le parfum de « l’encens et de la myrrhe ».

POT D’ENCENS, « TRUE MASONIC CHART », JEREMY CROSS, PHILADELPHIE, MOSS & CO., 1867.
IMAGE LIÉE : WIKIMEDIA ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

Le pot d’encens maçonnique est intimement associé à la prière, mais sa signification symbolique n’est pas une invention maçonnique. 

Le Psaume 141-2 dit : « Que ma prière soit exposée devant toi comme de l’encens ; et le lever de mes mains comme sacrifice du soir.

Apocalypse 8-3 dit : « Et un autre ange vint et se tint près de l’autel, ayant un encensoir en or ; et on lui donna beaucoup d’encens, afin qu’il l’offre avec les prières de tous les saints sur l’autel d’or qui était devant le trône.

L’association d’une douce odeur dans l’air, qui s’est dispersée après avoir donné du plaisir avec des prières à une Présence Invisible, est facile à comprendre, même si elle est née dans les esprits primitifs. 

La prière était offerte et montait en haut – c’est ce que espéraient ceux qui l’exprimaient. On n’en a jamais vu d’hommes. Il n’est pas revenu. C’était très généreux et cela faisait plaisir. 

Ces déclarations sont aussi vraies pour brûler de l’encens que pour prier. Ce qui est moins évident, bien que le rituel soit assez clair sur le sujet, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’encens, mais d’un « pot » qui est le symbole maçonnique. 

Si la douce odeur de l’encens est semblable à une prière, le pot d’où il sort est semblable au cœur humain qui prie.

Or, la prière peut venir d’un cœur impur aussi bien que d’un cœur pur. Mais l’encens a toujours une odeur douce, et le pot d’où il provient est donc l’emblème d’un cœur pur, doux et intact. Ce qu’est la « pureté » appliquée à un cœur est une question sans objet. 

Bien malheureusement le mot « pure » a été dégradé – le mot est utilisé à bon escient – ​​dans certains dogmes pour signifier « ignorante » – en tant que jeune fille « pure » ; une femme « pure ». 

Selon cette définition, une femme peut être une virago, une tricheuse, une menteuse, calomnier ses voisins, voler, voire commettre un meurtre ; mais si elle est vierge, elle est « pure ».

DIEU APPARAÎT RADIEUX DERRIÈRE UN NUAGE NOIR TANDIS QUE MOÏSE AGITE UN BRÛLE-ENCENS ; QUATRE PERSONNES SE LAVENT LES PIEDS ET LES MAINS EN PRÉPARATION. GRAVURE.
IMAGE LIÉE : COLLECTION DE BIENVENUE ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

Maçonniquement, le mot ne veut rien dire de tel. En 1921, MW George H. Dern, ancien grand maître de l’Utah (aujourd’hui secrétaire à la Guerre), a formulé quelques réflexions sur le « symbolisme monitorial du troisième degré et son application à la vie quotidienne » dans les colonnes de « The Builder ». 

Initialement écrits pour le Comité sur l’éducation maçonnique de la Grande Loge de l’Utah, ces paragraphes étaient à la fois si pratiques et si piquants que le grand Journal maçonnique (d’alors) leur a donné une plus large diffusion.

Citant le Rituel du Pot d’Encens, MW Frère Dern a dit :

« Un sentiment aussi noble ne s’applique pas facilement aux événements pratiques et prosaïques d’une journée bien remplie. Avoir un cœur pur, c’est être fidèle à soi-même, fidèle à ses meilleurs idéaux et honnête avec ses pensées. Être fidèle à toi-même. . . Tu ne peux donc pas tromper qui que ce soit. 

Vivre une vie de tromperie et de double jeu n’a jamais rendu personne heureux. Les richesses ou les plaisirs ainsi acquis n’apportent que des remords, et finalement l’âme réclame avec angoisse cette tranquillité d’esprit qui est le bien le plus précieux de l’homme et qui est la compagne d’un cœur pur.

« La pureté du cœur signifie la conscience, et cela signifie la sincérité. Sans sincérité, il ne peut y avoir de véritable caractère. Mais la sincérité seule ne suffit pas. 

Cela doit aller avec un degré approprié d’intelligence et d’amour pour ses semblables. Par exemple, un homme peut croire que l’émotion de pitié et le désir de soulager les nécessités des autres sont intrinsèquement nobles et édifiants, et il se livre à des dons aveugles, sans se rendre compte des conséquences néfastes, sous forme de fraude, de paresse et d’inefficacité et dépendance habituelle que ses actes inconsidérés produisent à l’égard de ceux à qui il entend bénéficier. 

Encore une fois, un homme peut être parfaitement sincère lorsqu’il parle des défauts d’un autre, et il peut se justifier en disant qu’il ne dit que la vérité.

Mais ce n’est pas parce qu’elles sont vraies qu’il faut raconter des choses désagréables et nuisibles. Détruire une réputation n’est pas une façon d’aider un frère qui a commis une erreur. Mieux vaut ignorer ses erreurs et lui tendre la main.

« Sans multiplier les exemples, il faut comprendre que l’homme véritablement consciencieux ne doit pas simplement être sincère, mais qu’il doit avoir des idéaux et des normes élevées, et qu’en outre, il ne doit pas se contenter de ces normes.

Il doit plutôt les réviser de temps en temps, ce qui signifie un examen de conscience, pour voir s’il possède l’amour et le courage qui doivent accompagner la sincérité pour progresser dans la construction de son caractère. 

Car dans cette direction encore, il faut un progrès constant. Se contenter de ce que nous avons accompli est fatal.

Comme l’a dit un jour James A. Garfield : « Je dois faire quelque chose pour garder mes pensées fraîches et grandir.

Je ne redoute rien tant que de tomber dans une ornière et de me sentir devenir un fossile. De nombreux mots du rituel ont changé de sens depuis leur première utilisation. 

Le terme maçonnique « profane », par exemple, signifiait à l’origine « sans temple » – quelqu’un qui n’est pas initié, qui n’est pas du métier. 

Aujourd’hui, cela signifie blasphématoire, ce qui ne fait pas partie de la définition maçonnique du mot. Le « sacrifice » dans notre Moniteur semble relever de cette classification.

L’AUTEL DES ENCENS. DÉTAIL DE « LE TEMPLE DE SALOMON, SON TERRAIN ET CERTAINS DE SES INTÉRIEURS ». GRAVURE.
IMAGE LIÉE : COLLECTION DE BIENVENUE ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

Dans l’Ancien Testament, un sacrifice devant l’autel était l’offrande de quelque chose – de la chair brûlée, de l’encens brûlant, de l’huile ou du vin pur – ce qui impliquait que le sacrifiant lui donnait quelque chose de précieux ; le sacrifice était une preuve devant tous les hommes que le sacrificateur accordait plus d’importance à sa parenté avec le Très-Haut qu’à la possession de ce qu’il offrait.

Dans notre rituel, le mot a perdu cette signification. Le pot d’encens en tant qu’emblème d’un cœur pur « qui est toujours un sacrifice acceptable pour la Divinité » peut difficilement évoquer l’idée qu’un maçon désire garder son « cœur pur » pour lui, mais que, par amour pour Dieu, il est prêt à le faire. Cela signifie plutôt que celui qui abandonne les plaisirs du monde, les idées mondaines et les désirs égoïstes qui peuvent interférer avec « la pureté de la vie et de la conduite » comme indiqué dans d’autres parties du rituel, fait ce qui est acceptable pour le Grand Architecte.

Maçonniquement, « pur » semble signifier honnête, sincère, authentique, réel, sans prétention et « sacrifice » pour désigner ce qui plaît au plus haut.

Ainsi lu, le pot d’encens maçonnique devient partie intégrante de la philosophie de la franc-maçonnerie, et non une simple interjection morale dans les emblèmes du troisième degré. 

Malgré tout le magnifique corpus d’enseignement qui se révèle lui-même, à moitié caché dans le symbolisme de la franc-maçonnerie, rien ne ressort plus clairement, ni n’appelle plus fort que son insistance sur ces vertus simples mais profondes du cœur humain regroupées dans une phrase comme « un homme de caractère supérieur ». . .en d’autres termes, quelqu’un avec un « cœur pur », « pur », c’est-à-dire non souillé par les défauts et les fragilités de tant d’enfants des hommes.

Ce bon docteur Hippolyte Baraduc, parfois surnommé le « Paracelse parisien »…

Le Dr. Hippolyte Baraduc, en vérité Ferdinand Hippolyte Baraduc (1850-1909), parfois surnommé le « Paracelse parisien », était un médecin et parapsychologue français du XIXe siècle connu pour ses recherches et ses théories à la frontière de la médecine, de la psychologie et du paranormal. Ses travaux ont notamment porté sur le biomagnétisme et la photographie de ce qu’il appelait les fluides humains, une pratique qu’il a nommée iconographie…

Le docteur Baraduc.

Alors que la définition exacte de ce terme est l’étude méthodique des représentations plastiques (peintures, sculptures, gravures) d’un sujet donné (personne, époque, thème, symbole, lieu, civilisation, religion), avec leurs sources, leurs significations et leur classement.

Hippolyte Baraduc a été une figure controversée, en partie à cause de ses idées qui étaient considérées comme ésotériques ou occultes par ses contemporains. Il a tenté de combiner la science et la spiritualité en explorant des concepts tels que l’aura humaine et l’énergie vitale, des idées qui étaient en avance sur son temps, mais qui n’étaient pas largement acceptées dans la communauté scientifique traditionnelle.

Sa comparaison à Paracelse (1493-1541), un médecin et alchimiste suisse du XVIe siècle connu pour ses approches non conventionnelles de la médecine, est probablement due à ses tentatives de fusionner la science et l’occultisme, ainsi qu’à sa volonté de repousser les limites de la compréhension médicale de son époque.

Bien que les méthodes et les théories de Baraduc aient été largement rejetées ou ignorées par la médecine conventionnelle, il reste une figure intéressante dans l’histoire de la recherche psychique et de l’étude des phénomènes paranormaux. Ses travaux préfigurent certains aspects des recherches modernes sur la conscience, l’énergie humaine et la psychologie transpersonnelle.

Nous lui devons un certain nombre d’ouvrages tels que Des Indications dans le traitement de l’attaque de l’hémorrhagie cérébrale (Impr. de A. Parent, 1877), La Biométrie appliquée à l’électrothérapie (G. Carré, 1893), L’Âme humaine, ses mouvements, ses lumières et l’iconographie de l’invisible fluidique (G. Carré, 1896), ou encore, en 1907, La Force curative à Lourdes et la psychologie du miracle.

Portrait présumé de Paracelse. Copie anonyme du XVIIIe siècle, probablement d’après une gravure d’Augustin Hirschvogel (1503-1553).

Quant à Paracelse, de son vrai nom Philippus Aureolus Theophrastus Bombastus von Hohenheim, il était un médecin, alchimiste, astrologue et occultiste suisse, souvent considéré comme l’un des fondateurs de la médecine moderne pour ses approches révolutionnaires et ses contributions dans divers domaines. Il a été l’un des premiers à promouvoir une approche holistique de la médecine, en insistant sur l’importance de considérer le corps, l’esprit et l’âme dans le traitement des maladies. Paracelse est connu pour avoir rejeté la théorie médicale dominante de son époque, la théorie des humeurs, qui était basée sur un équilibre des quatre humeurs dans le corps (sang, phlegme, bile jaune et bile noire).

Alchimie laboratoire
Alchimie laboratoire

Mais il a aussi introduit l’usage de minéraux et d’autres substances chimiques en médecine et est souvent crédité d’avoir établi les fondements de la pharmacologie moderne. Mais en sa qualité d’alchimiste, Paracelse croyait en la transformation des substances et était influencé par l’hermétisme, une tradition philosophique et spirituelle qui cherche la purification de l’âme.

Horloge du zodiaque
Horloge du zodiaque

De plus, intégrant l’astrologie dans ses pratiques médicales, en soutenant que les mouvements et positions des astres pouvaient avoir des effets sur la santé humaine, les méthodes de Paracelse étaient souvent controversées et mal comprises de son vivant. Malgré cela, l’héritage de Paracelse réside dans son approche novatrice et son désir de remettre en question les idées reçues. Ses idées ont influencé de nombreux domaines, y compris la médecine, la chimie, et même la philosophie.

Paracelse reste une figure importante dans l’histoire de la médecine et de l’occultisme, célèbre pour son audace à remettre en question les normes et à intégrer une perspective plus large dans la compréhension de la santé et de la maladie.

Les écrits du docteur Baraduc.

Connaissez-vous la baraja española, le tarot divinatoire ?

Le baraja est un art divinatoire utilisant un jeu de cartes à enseignes espagnoles. La spécificité de ce jeu, la baraja española, est d’être composé de 40 ou 48 cartes réparties respectivement en dix ou douze cartes : copas, « coupes » ; espadas, « épées » ; bastos, « bâtons » et oros « ors ». Ces quatre catégories sont les équivalents hispaniques des deniers du tarot dit de Marseille ou des denari des jeux italiens.

Un jeu sans reine, ni 10 ou sans 8 et 9 !

Pour les jeux de 48 cartes, ces dernières vont de l’as au 9, puis passent directement au valet et au cavalier et à nouveau du cavalier au roi, car la reine n’existe pas. Les cartes sont donc au nombre de 48. Comme vous le remarquez, ni la carte 10 ni la carte représentant la reine n’existent ! Pour les jeux de 40 cartes, ce sont les cartes 8 et 9 qui sont absentes du jeu.

Un jeu venu d’Orient et remontant au Moyen Âge

Contrairement aux “naipes” (cartes à jouer) actuels, ces cartes servaient plus à des pratiques divinatoires ou magiques qu’au jeu. C’est d’ailleurs sur le jeu de cartes espagnol que se baserait le tarot, aujourd’hui encore une référence mystique. Un mystère demeure : comment ces cartes sont-elles passées du lointain Orient à l’Espagne ?

La réponse se trouve sur les Routes de la Soie, des voies commerciales très fréquentées entre l’Antiquité et le Moyen-Âge et qui reliaient l’Orient au sud de l’Europe. Les cartes du Proche-Orient sont d’abord arrivées dans le sud de l’Italie, où la couronne aragonaise dirigeait le Royaume de Naples. On trouve d’ailleurs encore aujourd’hui en Italie un jeu de cartes très semblable à la baraja española.

Les cartes sont donc arrivées par la Catalogne, et se sont ensuite étendues à toute la péninsule jusqu’au Portugal, où on connaît ce type de cartes encore aujourd’hui. Par ailleurs, le nom “naipe” vient du catalan “naip”, possiblement une déformation de l’arabe “ma’ib” qui signifie ‘censurable’, compréhensible étant donné que certains jeux où il faut miser de l’argent sont prohibés par l’islam.

Autre preuve pour appuyer l’entrée des cartes par la Catalogne : c’est dans cette région que se conserve la plus ancienne mention du jeu de cartes, dans un document de 1378 conservé par les archives municipales de Barcelone

Séville, 1390.

La plus ancienne baraja española vient de Séville, en 1390 ; une preuve qu’elle s’est rapidement étendue à toute la péninsule. On y distingue déjà les quatre familles, bâtons-épées-pièces d’or-coupes, toujours présentes aujourd’hui.

Pour l’anecdote, certains attribuent aux familles de cartes espagnoles une symbolique de la société de l’époque. Ainsi, les épées pourraient faire référence à la noblesse et aux militaires, et les pièces d’or aux métiers du commerce et à l’argent. Les coupes peuvent symboliser le clergé, notamment avec l’image du calice, et enfin les bâtons représenteraient les paysans.

Représentation des lames selon les pays.

La signification des cartes de la baraja

D’une manière générale, les cartes coupes et bâtons sont dites « lames bénéfiques » . Les ors et les épées seraient porteuses de présages plus négatifs… Toutefois, dans chacune de ces catégories, la couleur peut jouer sur le sens des cartes.

On peut se servir de la classification suivante pour interpréter les grandes lignes de la baraja española.

En ce qui concerne la signification des cartes, les coupes et les bâtons étaient considérés comme des lames bénéfiques tandis que les ors et les épées seraient plus négatifs. Certes, il y a de bonnes et mauvaises cartes sur chaque couleur.

Les coupes : Représentent des personnes au teint clair et aux cheveux blonds alors que les personnes grossières sont représentées par des épées et des cheveux foncés. Il est important de savoir que les coupes font référence aux problèmes d’amour, à vos sentiments ou vos problèmes de couple. Cela peut être votre vie amoureuse, familiale, vos relations personnelles dans l’ensemble. Elles représentent les signes d’eau comme les Poissons, Cancers et Scorpions.

Un exemple d’interprétation

Les bâtons : Font référence aux problèmes liés au travail, au mouvement, à l’énergie et à l’action. Les voyages peuvent également être représentés par les bâtons. Ils représentent les signes de feu comme les Sagittaires, Lions ou Béliers.

Les épées : Symbolisent la santé physique et mentale du consultant. Il fait appel aux signes d’air tel que les Gémeaux, Balance et Verseau.

Les ors : Représentent les problèmes économiques et les biens matériels : les dettes, les dépenses. Ils correspondent aux signes terrestres des Taureaux, Vierges et Capricornes.

Heraclio Fournier.

Heraclio Fournier, premier fabircant de Barajan

En Espagne, les “naipes” que l’on connaît aujourd’hui datent de la fin du XIXe siècle et sont l’idée d’un seul homme : Heraclio Fournier. D’origine française, Fournier ouvre son imprimerie à Vitoria, au Pays basque, en 1870 et fait vite fortune. Il présente un jeu de cartes plus moderne, avec un nouveau design tout en conservant les quatre familles.

Usine Fournier.

Et celui-ci rencontre un franc succès : les cartes remportent plusieurs prix lors de l’Exposition universelle de Paris en 1889. Depuis, la marque Naipes Heraclio Fournier est devenue le leader du marché espagnol dans l’impression des traditionnelles cartes à jouer, et le design a très peu changé depuis.

La baraja española, jeu de cartes traditionnel en Espagne

Les jeux de cartes espagnols modernes reprennent principalement le portrait castillan, mais il existe d’autres portraits encore produits aujourd’hui, le portrait spécifique de l’aluette – jeu de la vache ou la vache, jeu de cartes pratiqué dans l’ouest de la France –, le portrait de Cadix qui s’est répandu en Amérique latine, etc. Ce type de cartes a été utilisé, du fait de l’influence espagnole, en Afrique du Nord (Algérie et Maroc).

Jeu Fournier.

La baraja española est donc un jeu de cartes traditionnel en Espagne. Des cartes qui depuis l’origine, sont souvent ornées de motifs et de dessins colorés, reflétant la riche histoire culturelle de l’Espagne. La baraja est parfois aussi utilisée comme jeu de stratégie, et est également populaire dans d’autres pays hispanophones. Toutefois, contrairement au Tarot, spécifiquement conçus pour la divination, il contient des cartes aux images et symboles riches en signification, y compris les arcanes majeurs et mineurs, les cartes de la baraja sont moins centrées sur la symbolique ésotérique.

Sources : Dico voyance – Glossaire de la voyance et de l’ésotérisme, Mon Site Voyance

12/01/24 : « Être Franc-maçon à la GLDF : Pourquoi ? » par Pierre-Marie Adam, à Hyères (Var)

Hyères, commune située dans le département du Var, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, station balnéaire appelée « Hyères les Palmiers » par la municipalité et l’office du tourisme, accueille le grand maître de la Grande Loge de France de 2018 à 2022, Pierre-Marie Adam.

Pierre-Marie Adam - Grand Maître de la GLDF
Pierre-Marie Adam – Passé Grand Maître de la GLDF

« Être Franc-maçon à la GLDF : Pourquoi ? » tel est le sujet de la conférence publique qui se tiendra dans le magnifique écrin du Park Hôtel.

Bâtiment de 1866, le Park Hôtel est situé dans les anciens jardins du roi. Le Grimm’s Park Hôtel, palace de style néo-classique, est acheté par la ville en 1934, pour devenir un établissement public.

Sa rotonde abrite aujourd’hui l’Office de Tourisme, et dans l’aile principale du bâtiment se trouve le service Culturel et patrimoine de la ville, les archives municipales, l’école municipale d’Art Plastique, ou le conservatoire TPM… ces nombreuses salles abritent des ateliers artisanaux, des permanences d’associations, des cours de langues, de photographie, de théâtre, de musique, de danse, et bien d’autres…Des expositions y ont lieu toute l’année au rez-de-chaussée ainsi que des conférences.

[NDLR : Un conférence qui permettra aux nombreux profanes désireux de franchir le pas d’en savoir beaucoup plus. Notamment sur le pourquoi de choisir de devenir franc-maçon à la Grande Loge de France (GLDF). Un pourquoi qui peut être motivé par diverses raisons, liées à la fois à la nature de la franc-maçonnerie en général mais aussi aux spécificités de la GLDF. La franc-maçonnerie est souvent recherchée par ceux qui souhaitent explorer des questions spirituelles et philosophiques dans un cadre structuré. La GLDF offre un environnement où l’on peut s’engager dans une réflexion profonde sur la vie, la morale, l’éthique et la spiritualité. La GLDF encourage ses membres à travailler sur eux-mêmes, à améliorer leur caractère et à développer leurs compétences intellectuelles et morales. Elle est aussi une des plus anciennes et des plus respectées obédiences maçonniques en France. Rejoindre la GLDF, c’est donc s’inscrire dans une longue tradition historique et culturelle. Ne doutons pas aussi que sera abordé le comment ! Nous souhaitons à tous une belle conférence.]

Infos pratiques : Vendredi 12 janvier 2024 à 18 h 30 à Hyères (83)

Salles Groult – Park Hôtel avenue de Belgique – 83400 HYERES

Inscription obligatoire  

Hyères, panoramique.

Tubal-Caïn : le père de la forge

De notre confrère freemasonscommunity.life – Par William Régal

Tubal-Caïn(Tubalcain)est reconnu pour avoir inventé le métier de forgeron. Son nom est mentionné dans la Bible en relation avec le travail des métaux. Tubal-Caïn n’était pas seulement un maître forgeron, il était aussi un inventeur et un artisan. Sa marque a été retrouvée sur de nombreuses pièces de ferronnerie anciennes. Ce n’étaient pas non plus de simples objets de décoration ; il s’agissait d’outils pour chasser et écorcher les animaux, d’armes, d’outils agricoles, d’ustensiles ménagers et de bijoux. Apprenez-en davantage sur ce personnage intéressant en poursuivant votre lecture !

« Et le troisième frère, Tubal-Caïn, fonda la forge de l’or, de l’argent, du cuivre, du fer et de l’acier… – Albert Mackey, The Legend of the Craft

Le symbolisme principal de la franc-maçonnerie remonte aux enseignements des religions hébraïque et chrétienne. Le développement de la maçonnerie spéculative en Europe au XVIIIe siècle, époque où le christianisme dans toutes ses manifestations était important dans la vie quotidienne, est compréhensible. Les frères de l’époque aspiraient à s’améliorer eux-mêmes et à améliorer leur communauté par le biais de rituels, et quel meilleur endroit que les Écritures pour tirer ces leçons ?

Les cérémonies maçonniques, ainsi que celles de leurs nombreux corps affiliés, ont évolué au fil du temps, même si beaucoup continuent d’utiliser leurs origines judéo-chrétiennes pour exprimer des vérités universelles. En ce qui concerne les croyances maçonniques, de nombreuses personnes pensent que les histoires et les symboles de la Bible sont le meilleur moyen de les expliquer. Cependant, il est tout aussi important de souligner que la fraternité accepte dans ses rangs des hommes de toute race, religion ou croyance.

Tubal Caïn

Une sculpture d’Andrea Pisano représentant Tubal Caïn travaillant dans sa forge, vers 1334-36

Les francs-maçons croient que Tubal-Caïn , qui apparaît dans Genèse 4 : 22, est une figure biblique incluse dans la franc-maçonnerie. Tubal-Caïn, descendant d’Adam et Ève et fils de Lamech et de Zillah, est connu comme le premier forgeron. Bien que l’on ignore quand Tubal Caïn est apparu pour la première fois dans le rituel maçonnique spéculatif, Albert Mackey, le grand auteur et historien maçonnique, le décrit comme le « premier à travailler avec le fer et le laiton » dans son livre A Lexicon of Freemasonry. Mackey a écrit que Tubal Caïn dans ce passage :

… a introduit de nombreux arts dans la société qui tendaient à son amélioration et à sa civilisation. Tubal-Caïn est le Vulcain des Païens et on pense qu’il a été étroitement lié à l’ancienne franc-maçonnerie. Faber dit que « tous les bâtiments anciens les plus remarquables de la Grèce, de l’Égypte et de l’Asie Mineure ont été attribués aux maçons cabiréens ou cyclopéens », les descendants de Vulcain, Dhu Balcan, le dieu Balcan ou Tubal -Caïn. Oliver dit : « Plus tard, Tubal-Caïn, sous le nom de Vulcain et de son Cyclope, figura comme ouvriers en métaux et inventeurs de mystères ; et il est donc probable qu’il était à son époque le hiérophante d’une institution similaire, copiée du système précédent de Seth, et appliquée à l’amélioration de projets plus adaptés aux activités physiques de la race à laquelle il appartenait.

Mackey pense que Tubal-Caïn peut être considéré comme notre ancêtre maçonnique en raison de ses contributions substantielles à la science de l’artisanat.

Le troisième degré

Parce qu’il fut le premier à enseigner aux autres comment travailler le métal et les outils forgés, Tubal-Caïn est vénéré dans la franc-maçonnerie comme l’ancêtre de tous les maîtres artisans. En tant qu’enseignant, il démontre l’importance que les maçons accordent à la transmission de leurs connaissances à leurs semblables.

Pour atteindre le troisième degré, un Frère doit apprendre à utiliser les outils de travail de l’Artisanat pour exécuter les desseins de l’Artiste Divin. Il ne peut acquérir le rang de Maître Maçon, vivant pleinement sa vie à la lumière de la Franc-Maçonnerie, qu’en apprenant les principes moraux et philosophiques donnés en loge par des Frères connaisseurs et expérimentés qui marchent sur les traces de Tubal-Caïn.

Le Paris G.O.-Histoire des adresses successives du Grand Orient de France 1773-2023

Conçu avec soin et attention, le nouvel ouvrage de Jean-Luc Le Bras, en mettant l’accent sur les aspects visuels, la qualité de fabrication, et l’attrait esthétique, indique clairement qu’il s’agit d’un beau livre, englobant à la fois tant la beauté physique du livre que la qualité de son contenu.

L’auteur, agrégé de géographie, a servi de 1973 à 2012 au ministère de la Coopération et du Développement et au ministère des Affaires étrangères, comme assistant technique, puis dans les fonctions de Conseiller Culturel, enfin en tant que Chef de Service de Coopération et d’Action Culturelle.

Jean-Luc Le Bras est membre de l’Institut d’Études et de Recherches Maçonniques (IDERM) et de l’Aréopage « Sources », Aréopage de Recherche du Grand Collège des Rites Écossais Suprême Conseil du 33e degré en France du Grand Orient de France. Il est aussi l’auteur de nombreuses bibliographies et de l’ouvrage L’étoile occidentale – Une loge européenne à Dakar (1899-1960) (Éd. Dervy, 2019). Dans son Paris G.O., il nous conduit à travers les adresses successives et emblématiques du Grand Orient de France. Notons que la rue Cadet est devenue, dans l’esprit du grand public, synonyme de Grand Orient de France. Un lieu où l’obédience s’y installe en 1852, soit il y a 171 ans. Mais, avant cela, le GODF a beaucoup pérégriné.. Un aspect des choses souvent mal connu et que l’auteur nous dévoile avec talent.

Georges Sérignac.

Due à la plume de Georges Sérignac, grand maître du GO de 2020 à 2023, la préface, en servant de point d’entrée pour le lecteur, expose le contenu du livre, établit le contexte et ne manque pas d’éveiller l’intérêt. Voix de l’auteur avant que l’histoire ne débute, elle situe aussi « Cadet » comme un lieu de mémoire.

Notons déjà qu’à la lecture du titre « Paris G.O. », nous pouvons nous poser la question de savoir si Jean-Luc le Bras n’utilise pas la langue des oiseaux, forme de jeu de mots et de symbolisme linguistique qui joue sur les sons et la phonétique des mots pour trouver des significations cachées ou alternatives, souvent associées à l’alchimie, à la mystique et à l’ésotérisme. En prononçant les lettres « G.O. » de manière continue et fluide, cela ressemble phonétiquement à parigot, un terme familier désignant de manière affectueuse, parfois moqueuse, un habitant de Paris.

L’ouvrage s’appuie sur une variété de sources fiables et reconnues, clairement citées et référencées, permettant au lecteur de suivre, pour son plus grand profit et plaisir, le parcours de recherche de l’auteur à travers les différentes et successives adresses du GODF dans Paris depuis 1773, date de la formation du GODF, jusqu’à nos jours.

D’entrée, la frise chronologique en double page, bien conçue et illustrée, transmet efficacement les lieux où s’est réuni le GO : du 12/14 rue du Pot-de-Fer (actuelle rue Bonaparte) de 1774 à 1794, en passant par le 8 rue du Vieux-Colombier (1796-1802), le 47 rue du Four (1802-1843), le 10 rue de la douane (1843-1846), le 10, rue Mathurin (1846 à 1853) et, à partir de 10 juillet 1852, date de l’achat de l’immeuble au 16 de la rue Cadet dans le 9e arrondissement de Paris par le prince Lucien Murat (1803-1878), Grand Maître du Grand Orient de France de 1852 à 1861, au siège désormais emblématique du Grand Orients, traitant avec moult détails des différentes constructions, rénovations et reconstructions.

Gravure vers 1660 représentant l’ancien noviciat des Jésuites à Saint-Germain-des-Près à Paris (détruit au XIXe siècle). 

Nous y apprenons que rue du Pot-de-Fer, première adresse située sur la rive gaude, le GO occupait des bâtiments libérés par l’ancien Noviciat des Jésuites, partie d’un couvent où résident les novices, correspondant à un temps probatoire à l’engagement dans la vie religieuse, après lequel on est admis à prononcer les vœux de religion…

De même que pour les locaux de la rue du Vieux-Colombier où les bâtiments étaient ceux du couvent des religieuses de Notre-Dame-de-la-Miséricorde,  établi dans cette rue au 17e siècle et fondé pour l’éducation des jeunes filles, mais aussi, dans le tissu social du quartier et dans le domaine de la charité, fournissant de l’aide aux nécessiteux.

Jean-Luc Le Bras détaille, pour chaque adresse, la façon dont les lieux sont loués, parfois même avec l’utilisation de prête-noms, aménagés et utilisés. Pour cela, il puise aux meilleurs sources.

Portrait du Prince Lucien Murat (1803-1878),- Source musée Carnavalet.

Il enrichit aussi son propos de la vie maçonnique de grands personnages comme Voltaire, initié le 7 avril 1778, le prince Murat,  Émile Littré, Jules Ferry, Honoré Chavée, Charles Cousin ou Arthur Groussier, père du Code du travail et Président du Conseil de l’Ordre à de nombreuses repises entre 1925 à 1945.

De l’emblématique adresse du « 16 Cadet », comme aiment à le dire les membres du GO, l’auteur couvre l’ensemble des domaines : la rue et sa riche histoire tout d’abord, sa spécificité, le musée, l’histoire de ses façades, les évènements majeurs, avec les réceptions de grands personnages,  l’accueil d’activités profanes et philanthropiques, de la grande salle des fêtes, du rôle politique du GODF.

Rue Cadet devant la librairie DETRAD à côté du GODF
Rue Cadet devant la librairie DETRAD à côté du GODF.

Nous retenons que la rue Cadet a joué un rôle notable dans le domaine de l’édition et de la librairie, du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Notamment avec la librairie Gloton qui édita, dès 1934, La Chaîne d’Union, la plus ancienne revue maçonnique encore publiée qui fut créée à Londres en 1964 par des francs-maçons en exil. Par ailleurs depuis 2004, la librairie Detrad (éditeur et fabricant de décors) installée au 18, joue un rôle primordial dans la diffusion des connaissances, des idées et de la culture maçonnique.

L’auteur ne manque pas aussi de dresser la liste des autres commerces ou activités – côté pair : coiffeur, synagogue, Bourse des diamantaires ; côté impair : restaurants, école, ateliers photographiques – participant à l’animation de ladite rue.

Musée de la Franc-maçonnerie
Musée de la Franc-maçonnerie

Jean-Luc le Bras nous instruit quant à l’histoire du musée de la franc-maçonnerie, fondé en 1889 et reconnu Musée de France depuis 2003. Situé au sein de l’Hôtel du GO, sa mission a pour but de préserver et de présenter des objets et des documents relatifs à l’histoire de l’art royal.

Ancienne grille d’entrée.

Deux illustrations retiennent plus particulièrement notre attention. Celle de la coupe longitudinale, suivant le grand axe, de l’immeuble du GODF et celle de l’ancienne grille de la porte d’entrée du Grand Orient de France, ouvrage d’art exceptionnel, témoin de son histoire et de son patrimoine. Fabriquée en fer forgé, illustrant le savoir-faire artisanal et la finesse de la ferronnerie , la grille présente des motifs décoratifs incorporant des symboles maçonniques. Elle se trouve désormais dans la salle du Conseil de l’Ordre. Et celle de la coupe longitudinale, suivant le grand axe, de l’immeuble du GODF.

Temple Groussier
Temple Groussier – Source GODF officiel.

Avant la bibliographie (ouvrages, articles, journaux contemporains, plans de Paris), l’ouvrage présente les vingt-et-un temples de la rue Cadet, avec illustrations pour quinze d’entre eux.

L’analyse approfondie de l’ouvrage quant aux différents sièges de l’obédience depuis 250 ans, sa méthodologie rigoureuse et son langage clair et précis apportent une contribution significative à la connaissance du passé de la plus ancienne et première institution maçonnique de France.

Le Paris G.O.-Histoire des adresses successives du Grand Orient de France 1773-2023

Jean-Luc Le Bras – Préface de Georges Sérignac

Éditions DETRAD aVs, 2023, 116 pages, 27 €

En vente chez l’éditeur.

Carte de Cassini en couleur (feuilles gravées et aquarellées), issue de l’exemplaire dit de « Marie-Antoinette » du XVIIIe siècle.