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La Rose et le Petit Prince

Ce qui est frappant dans le récit du petit Prince, c’est la solitude des personnages sur une si petite planète : le roi, le vaniteux, le buveur, le business man, le géographe, mais aussi celle du Petit Prince, quand soudain apparaît une rose.

Que vit le Petit Prince ?

A partir d’une graine venue on ne sait d’où avec toute sa beauté, la Rose s’installe sur la planète et le petit prince en prend grand soin. Tout émerveillé, il s’en occupe avec beaucoup de patience et beaucoup de soin, pensant avoir trouvé une amie. Puis le Petit Prince se rend compte qu’elle ne lui donne pas ce qu’il attendait et il décide donc de la laisser et de partir.

Il part alors pour un voyage loin de sa planète. Il s’agit d’un voyage qui l’amènera à comprendre le monde, les hommes, les grandes personnes, les liens entre eux, et les futilités de l’existence qui font détourner l’esprit de l’essentiel. Et le petit prince qui s’est illusionné sur sa rose, arrivera au terme de son voyage à comprendre comment se crée l’amour véritable. La rose dans le petit prince est le point de départ pour un voyage intemporel, universel.

En cheminant lors de son voyage, le Petit Prince apprivoise cette rose qui est devenue unique pour lui. Qui a apprivoisé qui ? Le petit prince a-t-il apprivoisé la rose, ou bien la rose l’a-t-elle apprivoisé ? Toujours est-il que le lien est ainsi créé entre lui et la fleur, et l’amour naît de ce lien. Un champ de roses toutes semblables n’émeut pas le Petit Prince car c’est l’amour qu’il porte à Sa rose qui lui importe. Le Petit Prince connaît sa rose mieux que personne, car il a pris le temps de s’occuper d’elle. Elle est devenue son amie, il l’a choisie. C’est le temps qu’il a passé à s’occuper de sa rose qui l’a rendue si importante à ses yeux. « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante » Dit le renard

C’est à travers ce que dit le renard que le Petit Prince arrive à comprendre ce qu’il ressent pour sa rose, il arrive à faire sortir de sa fleur un être qui devient, pour lui « unique au monde » et en apprivoisant sa rose, le Petit Prince a ouvert son cœur.

Pourquoi une rose pour raconter cette histoire ?

Le récit du Petit Prince met en scène un pilote perdu dans le désert, tombé du ciel avec son avion en passe. On pourrait alors penser à la rose des vents indiquant la direction ou à la rose des sables qui est une « fleur » du désert, façonnée par la rudesse des vents.

Mais l’histoire du Petit Prince est un récit initiatique qui mène le lecteur à réfléchir sur lui-même. Venue du ciel, elle aussi, la graine de la rose s’enracine sur la planète du petit prince. Elle prend son temps pour s’épanouir et s’ouvrir, dans l’obscurité protectrice de son bouton.

La rose est une fleur d’une grande beauté. Elle est la fleur qui s’épanouit avec ses multiples pétales. On la compare à la fleur de Lotus qui est pour les bouddhistes la fleur de l’épanouissement spirituel : prenant racine dans l’obscurité des eaux troubles, elle monte vers le ciel, resplendissante pour trouver la lumière.

La rose cache et protège la partie de ses organes reproducteurs. Cela fait de la rose une fleur secrète, pudique, sensible. De plus les épines qui s’alignent sur sa tige, découragent les herbivores, sauf les moutons… elle montre une certaine vulnérabilité. La rose aussi se pare de merveilles pour attirer les butineurs : couleurs et parfums sont un enchantement pour les sens. Elle incite à la tendresse, la douceur, la délicatesse et la volupté. Elle exprime l’amour et le bonheur, « Voir la vie en rose ». Par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est la fleur symbolique la plus employée en Occident. Il existe une multitude de variétés de roses. 

Rouge, elle est l’emblème de l’amour, de la passion, offerte par l’amoureux à sa dulcinée, blanche, emblème de la pureté.

Elle se compose de 3 parties : les pétales, la tige, les épines.

La tige qui fait que la rose est reliée à la terre, elle lui permet de se nourrir de s’abreuver, de vivre. Elle s’érige, au bout de cette tige vers le ciel, bien enracinée dans le sol, les pétales doux et soyeux. Cette tige qui fait naître de ses pétales les passions.

Sur cette tige les épines font partie du chemin pour s’élever, elles représentent les épreuves auxquelles nous allons nous piquer pour mieux continuer à nous élever. Les pétales, symbole de l’amour naissant, nous rappellent combien il nous faut vaincre les passions qui nous animent et que nous essayons de maîtriser pour accéder à plus d’amour.

Combien le symbole de la rose est présent dans la symbolique universelle : La Rose était la fleur des déesses de l’Amour Vénus pour les Romains et Aphrodite pour les Grecs.

A la mort d’Adonis l’amant d’Aphrodite son sang avait fait naître les premières roses rouges. La rose devint alors le symbole de l’amour qui parfois vainc la mort.

La rosace gothique et la rose des vents marquent le passage, du symbolisme de la rose à celui de la roue.

La rose, a aussi un rapport avec le sang répandu, elle paraît souvent être le symbole d’une renaissance mystique.  Elle fut utilisée par les rois avant même d’utiliser la fleur de Lys; elle est également utilisée en politique, synonyme d’un certain pouvoir, dans le christianisme, mais aussi par les païens et même par les prostituées.

Et pour nous Francs-maçons que nous révèle la démarche du Petit Prince ?

Elle nous rappelle les voyages effectués lors de notre épreuve initiatique. L’initiée reçoit une rose rouge au terme de la cérémonie car la rose et le rouge sont les symboles du premier degré de régénération et d’initiation aux mystères.

Les pieds dans la terre, liée au monde, nous devrons nous élever vers la spiritualité, maîtriser nos passions, afin de leur donner l’aspect de velours et de douceur que revêtent les pétales.

La rose éveille les sens, rentrant dans le VAKOG, méthode de » conditionnement  » par les effets qu’elle déclenche chez l ‘être humain. Elle réveille la passion en nous, passion qui nous rend vivant et nous détruit, comme pour nous rappeler que se côtoient sans cesse le bien et le mal, le beau et le laid, le noir et le blanc. La dualité est en nous.

A nous de travailler chaque jour pour équilibrer cette balance même pour un temps fugace et éphémère : le temps d’une rose.

Ce regard que le Petit Prince pose sur son environnement nous fait comprendre que nous ne pouvons connaître un individu par un seul regard, nous sommes enfermés dans notre apparence.  C’est en « apprivoisant » que nous pourrons connaître et apprécier les femmes et les hommes qui nous entourent.

Il faudra au Petit Prince un voyage d’un an pour comprendre ses sentiments envers sa rose. Il comprendra, aussi, que le bonheur d’une rencontre peut se terminer par la séparation et donc par la douleur. Apprivoiser un être, c’est accepter de le voir disparaître un jour ou l’autre, en accepter sa finitude.

Il faut du temps, de la persévérance, du travail, pour avancer, se construire pour devenir une belle fleur, construire son temple intérieur et le Temple universel.

Le Petit Prince est devenu responsable de sa rose. L’Amour les a réunis à travers le temps, l’espace. Nous, aussi, devenons responsables lorsque nous aimons ou que nous créons un lien amical ou fraternel. Tout lien implique alors une responsabilité envers l’être « aimé »

« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé… »

Le jardin des roses est un peu comme un groupe de personnes. Chaque membre du groupe est unique, pour la personne ou pour une autre personne, mais parfois comme dans un groupe, nous pouvons être semblables, avoir les mêmes directions, les mêmes envies. C’est en créant des liens particuliers avec une autre personne que nous devenons uniques. Tout au long de l’histoire, le Petit Prince découvre la profondeur de l’amitié, de l’amour, mais aussi ses failles, ses déceptions, la vanité, l’orgueil, ce qui rappelle souvent notre monde humain, ses valeurs, ses imperfections.

On vit les avancées du Petit Prince au fil des chapitres, on le voit passer par les épreuves, par les voyages, par les rites pour avancer et se connaître.

Au fil du temps, nous nous apprivoisons par nos rencontres et nos épreuves. La tige de la rose est notre chemin. Nous y rencontrons les épines, les embûches de la vie qui nous permettrons de nous améliorer, de comprendre, de grandir. Enfin, tout au bout de la tige, apparaissent les pétales, nos amis, notre entourage proche, nos sœurs, leur nombre forme notre groupe, notre bouton unique, notre univers propre. Comme le petit prince, nous souhaitons être aimés, apprivoisés et se connaître et se reconnaître.

La Rose : qu’évoque-t-elle pour nous ?

Elle évoque un délicat parfum émanant de pétales arrondis et réguliers : semblables à des cœurs liés les uns aux autres. « Mignonne allons-voir si la Rose… » et que nos regards se tournent vers la Lumière et puissent admirer les puits de lumière des édifices religieux qu’offrent les rosaces construites par les bâtisseurs de cathédrales.

28/02/24 : L’Occitanie en route pour la soie !

La respectable loge « Les Bâtisseurs Occitans » N° 1070, Loge Provinciale de Recherche de la Province d’Occitanie, Cercle Villard de Honnecourt, de la Grande Loge Nationale Française, vous convie à une remarquable conférence sur le thème de « La Route de la soie-L’orient des spiritualités ». Thierry Zarcone* sera le conférencier d’un soir.

La Province d’Occitanie a su toujours mettre en avant histoire , culture et spiritualité. Nous en voulons pour preuve son implication aux Estivales Maçonniques en Pays de Luchon en 2021. Cette belle Province, issue de la Grande Loge Provinciale Toulouse-Pyrénées, a toujours pris de nombreuses initiatives en matière de conférences (historiques, philosophiques) ouvertes aux profanes et aux sœurs et frères des autres obédiences.

Elle a pendant fort longtemps publié les très sérieux et instructifs Cahiers d’Occitanie, en coédition avec les Grandes Loges Provinciales de Septimanie et Alby-Quercy-Rouergue.

[NDLR : La Route de la soie

C’est un réseau historique de routes commerciales reliant l’Est et l’Ouest, principalement utilisé du IIe siècle avant notre ère au XVIIIe siècle. Elle doit son nom à la marchandise la plus précieuse qui y était transportée : la soie. Cette route permettait non seulement le commerce de biens précieux comme la soie, les épices, le thé et la porcelaine, mais elle a également facilité les échanges culturels, politiques et religieux entre les civilisations asiatiques, moyen-orientales et européennes. La Route de la Soie n’était pas une route unique, mais un réseau de chemins terrestres et maritimes interconnectés.

La Route de la Soie dans la diffusion des spiritualités et des religions

La Route de la Soie, au-delà de son rôle historique en tant que réseau commercial, a également joué un rôle crucial dans la diffusion des spiritualités et des religions. C’est un excellent exemple de la manière dont les routes commerciales peuvent influencer et transformer les paysages culturels et spirituels. Elle a permis aux croyances religieuses et spirituelles de voyager à travers les continents. Le bouddhisme, par exemple, s’est propagé de l’Inde vers l’Asie centrale et la Chine, influençant profondément les cultures locales.

Le christianisme a également emprunté la Route de la Soie pour atteindre l’Asie. Des communautés chrétiennes, comme les Nestoriens, se sont établies en Perse, en Inde, et même en Chine.

Avec l’expansion de l’islam, la Route de la soie est devenue un moyen important pour la diffusion de cette religion, notamment à travers l’Asie centrale.

D’autres croyances et pratiques spirituelles, comme le zoroastrisme et diverses traditions animistes locales, circulaient également le long de ces routes.

Les échanges sur la Route de la soie n’étaient pas limités aux marchandises. Ils incluaient également des idées philosophiques, des pratiques médicales, et des concepts artistiques, tous enrichissant les cultures qu’ils touchaient.

Les villes le long de la Route de la soie, comme Samarkand et Bukhara, sont devenues des centres d’apprentissage où se rencontraient des érudits, des moines, des philosophes et d’autres intellectuels.

L’interaction entre différentes traditions spirituelles et religieuses le long de la Route de la soie a souvent conduit à une synthèse et à l’évolution de nouvelles pratiques et croyances.

En somme, la Route de la soie a été un axe majeur pour le mouvement non seulement des biens, mais aussi des idées spirituelles et religieuses, façonnant de manière significative le paysage religieux et culturel de l’Eurasie.

Thierry Zarcone* est un historien spécialisé dans l’histoire intellectuelle et religieuse des mondes turc et iranien, notamment le soufisme, les confréries, et leurs interactions avec le politique. Né en 1958 à Tunis, il a fait ses études à l’Université d’Aix-Marseille avant de soutenir sa thèse à l’Université de Strasbourg en 1989. Il est actuellement directeur de recherches au CNRS, rattaché au Groupe sociétés religions laïcités (GSRL) et est aussi chargé d’enseignement à Sciences Po Aix-en-Provence depuis 2013. Thierry Zarcone a une riche carrière académique, ayant vécu plusieurs années en Turquie et en Asie centrale, notamment en Ouzbékistan, et effectué des missions régulières dans ces régions. Il a également été professeur invité à l’université de Kyoto et à celle de Fribourg.

Thierry Zarcone

Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels se trouvent :

« Mystiques, Philosophes et Francs-maçons en Islam » (1993, récompensé par l’Académie des sciences morales et politiques).

« La Route du Jade. Un Voyage de 20 siècles » (2001).

« Secret et Sociétés secrètes en islam. Turquie, Iran et Asie Centrale, XIXe-XXe siècles » (2002). « La Turquie moderne et l’islam » (2004). « Le soufisme : Voie mystique de l’islam » (2009). »Le Chamanisme de Sibérie et d’Asie centrale » (2011, avec Charles Stépanoff). « Le croissant et le compas. Islam et franc-maçonnerie, de la fascination à la détestation » (2015).

« Le mystère Abd el-Kader-La franc-maçonnerie, la France et l’islam » ( Les éditions du Cerf, 2019),Prix de l’Académie 2020 – Prix Diane Potier-Boès.

En plus de ses contributions littéraires, Thierry Zarcone est également consultant auprès de l’Office for Democratic Institutions and Human Rights depuis 2000 et codirige le Journal of the History of Sufism​.]

Infos pratiques : Grande Loge Provinciale d’Occitanie (GLPO) – Grand Temple GLNF, 32/34 rue Gabriel Péri 31000 TOULOUSE. Le mercredi 28 février 2024, à 19h30.

Inscription obligatoire, dans la limite des places disponibles, il est important de réserver rapidement Renseignements et réservation : Louis Lardies par mail de préférence louislardies@wanadoo.fr ou par sms au 06 77 15 16 23

Drapeau de l’Occitanie.
Blason « Les Bâtisseurs Occitans ».
Blason GLPO.

Lieu symbolique : La Synagogue Dohány, la plus grande d’Europe

Également connue sous le nom de Grande Synagogue de Budapest, est en effet la plus grande synagogue d’Europe et l’une des plus grandes au monde. Située dans la capitale hongroise, Budapest, elle est un monument historique et culturel d’une grande importance.

Blason de la ville de Budapest.

Une impressionnante architecture

Construite entre 1854 et 1859 dans un style mauresque, elle présente également des influences byzantines et romantiques.

Ludwig Förster.

Sa conception architecturale est l’œuvre de Ludwig Förster (1797-1863),  un architecte autrichien renommé. Né à Bayreuth, en Allemagne, il a joué un rôle significatif dans l’architecture du XIXe siècle, principalement dans l’Empire austro-hongrois. Son style est caractérisé par une combinaison d’éléments historiques et une utilisation novatrice des formes et des motifs. Il a eu un impact notable sur l’architecture synagogue, avec la Synagogue Dohány comme exemple principal de son approche innovante.

La synagogue peut accueillir environ 3000 personnes, avec 1 492 places assises pour les hommes et

1472 dans les galeries pour les femmes. Elle mesure 75 mètres de long et 27 mètres de large.

La Synagogue Dohány est riche en histoire, notamment en raison de son rôle central dans la communauté juive hongroise.

Theodor Herzl.

Elle a aussi une signification particulière en raison de sa proximité avec le lieu de naissance de l’écrivain, journaliste et théoricien politique austro-hongrois Theodor Herzl (1860-1904), un des fondateurs du mouvement sioniste moderne, visant à établir un foyer national pour le peuple juif en Palestine, alors partie de l’Empire ottoman.

Herzl était un écrivain, journaliste et théoricien politique austro-hongrois dont les idées ont profondément influencé l’histoire juive et la création de l’État d’Israël. Il est connu pour Der Judenstaat (L’État des Juifs) publié en 1896, où il expose sa vision d’un État juif indépendant comme solution au problème de l’antisémitisme, mais aussi pour être l’organisateur du premier Congrès Sioniste Mondial en 1897 à Bâle, en Suisse. Bien qu’Herzl soit décédé en 1904, bien avant la réalisation de son rêve avec la fondation de l’État d’Israël en 1948, son héritage en tant que visionnaire du sionisme reste profondément ancré dans l’histoire juive et israélienne.

À l’arrière de la synagogue se trouve le Mémorial de l’Holocauste, dédié à la mémoire des victimes juives hongroises de l’Holocauste, ainsi que le célèbre arbre de vie métallique, un mémorial aux Juifs hongrois tués pendant la Seconde Guerre mondiale.

Outre sa fonction religieuse, elle sert également de centre pour la communauté juive, avec des événements culturels et éducatifs.

La Synagogue Dohány est non seulement un lieu de culte mais aussi un symbole de la résilience et de l’histoire de la communauté juive en Hongrie.

Sa beauté architecturale et son importance historique attirent des visiteurs du monde entier.

Sources : TripAdvisor, Wikimedia Commons

L’enjambement du cercueil : une pratique rituelle spécifique à la franc-maçonnerie ?

L’enjambement d’un cercueil n’est pas une gestuelle fréquente dans les différents rites pratiqués par les êtres humains. En franc-maçonnerie, le contenu symbolique mérite notre attention !

Dans les rituels maçonniques, il est pratiqué trois fois lors des trois derniers pas de la marche du maître (ou de la maîtresse).

Il est généralement interprété comme l’évocation d’une dimension verticale.

En réalité cette pratique de l’enjambement dans un rituel maçonnique est particulière. D’autant plus que l’on ne retrouve pas, à ma connaissance, cette gestuelle dans d’autres rites chrétiens.

C’est en Afrique que l’on retrouve ce rituel d’enjambement dans les rites mortuaires; en voici une description :

 » Le rituel d’ »enjambement » consistait à prendre la parole devant tous les témoins pour dire ou réaffirmer sa loyauté et sa probité dont on a fait preuve envers un père ou une mère durant sa vie sur terre. En effet, lorsqu’il s’agissait d’une mort de vieillard(e), après l’annonce du décès et dès que les préparatifs sont terminés pour l’enterrement, outre les rites de lavage ou corps, de prise de dernier repas et d’abattage de chien (uniquement pour l’enterrement d’hommes chez certaines communautés moose), avant le rite du dernier tour de la concession mortuaire, intervient le rite d’enjambement du cadre. Les croque-morts apprêtent le cadavre et le posent sur sa terrasse. Tous les fils, filles et proches sont invités à venir rendre un dernier témoignage de leur loyauté et fidélité au(à la) défunt (e). Chaque candidat à l’exercice, s’arrête devant le cadre et prononce le discours du genre: « De ton vivant je ne t’ai jamais trahi ni dit des mensonges sur toi encore moins faire ce qui est interdit envers toi. Si je l’ai fait, toi qui es dans ta vérité, ne me laisse pas. Si je n’ai pas été loyal envers toi qu’en complicité avec les ancêtres, vous attrapez mon pied pour m’y amener ». Il enjambe le corps trois(3) et les femmes quatre(4) fois. Il faut dès lors, savoir que lorsque vous avez commis un forfait, mieux vaut ne pas s’aventurer. Les exemples de forfaits peuvent être l’infidélité dans le couple, le viol, le vol, la calomnie et la médisance ayant conduit à de graves préjudices sur la moralité et/ou sur la notoriété du défunt de son vivant. Lorsqu’un candidat est fautif et s’efforce d’accomplir ce rite, le signe avant-coureur de sa prochaine punition sera de trébucher ou de chuter en public, preuve que le défunt est en train d’« attraper son pied ».

(Sources : Dr Patrice KOURAOGO, Chargé de Recherche, Sociologue au CNRST-INSS)

Une pratique mortuaire également présente aux Antilles

« D’une part, « Les femmes rangeaient la maison, couvraient les miroirs de draps blancs et paraient le lit des plus beaux attributs après qu’une planche ait été posée sur le matelas afin de maintenir le corps bien droit. II était aussi de tradition de faire enjamber la dépouille par tous ceux qui avaient peur des morts ». (Source : Antilles : Les rites funéraires d’antan)

Pessa’h et l’enjambement

Chacun sait que Pessa’h est le nom d’une fête juive ; Bernard Marquier dans son livre « De Moïse à Hiram: Et si c’était cela la franc-maçonnerie ? » y fait allusion :

Pour mémoire, rappelons que l’enjambement, c’est aussi … une technique de versification utilisée en poésie : cf la définition :

« Rejet au début du vers suivant d’un ou plusieurs mots indispensables à la compréhension du sens du premier vers. » (Source CNRTL)

En conclusion :

Tout se passe comme s’il s’agissait d’une gestuelle magique de possession et de transmutation qui permet le transfert de l’âme du défunt vers l’âme de l’officiant. Cela ressemblerait plus à une pratique animiste populaire !

L’enjambement du cercueil vide dans le rituel d’élévation à la maîtrise est un symbole gestuel particulier qui ne semble pas avoir été très documenté  ; sauf ignorance de notre part, ce symbolisme ne se retrouve dans aucune tradition chrétienne de la fin du moyen-âge.

La seule explication logique fait référence à une relation virtuelle entre le corps supposé d’Hiram dans le cercueil et l’exécutant des huit pas de la marche du Maître (ou de la Maîtresse).

2024 année olympique

Dans l’esprit d’une célèbre chanson pour son jeu de mots et sa symbolique, l’expression « 2024, année olympique » pourrait être interprétée comme un hommage à une année marquante pour le sport, la fraternité internationale, et l’excellence humaine... Si toutes les loges du monde voulaient bien se donner la main. En voici la première strophe :

« 2024, année olympique/Où les rêves se tissent en or et en musique/Dans l’éclat de Paris, la ville lumière/S’entrelacent les espoirs, les défis, la fraternité sincère… »

Cette ode à l’année olympique de 2024 reflète l’esprit des Jeux Olympiques, mettant en avant des thèmes tels que l’excellence, la fraternité internationale, et le dépassement de soi, incarnant l’unité et la célébration de la diversité humaine à travers le sport.

Le moment de s’interroger sur valeurs de l’olympisme et nos valeurs maçonniques.

Les valeurs de l’olympisme et les valeurs maçonniques, bien que distinctes, partagent certaines similarités dans leur approche de l’amélioration personnelle et du bien-être collectif.

Commençons par les valeurs de l’olympisme…

Ces valeurs telles que définies par le Comité International Olympique (CIO), sont au cœur de l’idéologie et de la philosophie des Jeux Olympiques. Ces valeurs sont essentielles non seulement dans le sport mais aussi dans la promotion d’une société plus pacifique et inclusive. Elles comprennent : l’excellence, l’amitié, le respect.

The Olympic Museum (Musée Olympique), Lausanne (Suisse).

L’excellence encourage les athlètes et toutes les personnes impliquées dans le mouvement olympique à donner le meilleur d’eux-mêmes, tant sur le plan sportif que personnel. L’excellence ne concerne pas seulement la quête de médailles, mais aussi l’effort, le progrès et la réalisation de son potentiel.

L’olympisme favorise l’amitié entre les nations et les individus à travers le monde. Cela inclut la compréhension mutuelle, la solidarité et le fair-play. La camaraderie qui se développe entre les athlètes de différentes nations pendant les Jeux est un élément clé de cette valeur.

Le respect qui englobe le respect des règles éthiques, le fair-play, le respect d’autrui, de soi-même et de l’environnement. Cela inclut aussi le respect de la diversité, l’égalité des chances, et l’absence de discrimination.

En plus de ces trois valeurs fondamentales, le mouvement olympique intègre également d’autres principes et valeurs, tels que le respect de l’esprit sportif  – promouvoir un comportement éthique, honnête et juste pendant la compétition -, l’éducation par le sport – utiliser le sport comme un moyen d’apprendre des compétences de vie, de développer des qualités telles que la discipline, la confiance en soi et le travail d’équipe -, la contribution à un monde meilleur – utiliser le sport comme un outil pour le développement durable, la paix et la compréhension mutuelle entre les peuples.

Ces valeurs sont destinées à être universelles, transcendant les différences culturelles, sociales et politiques, et visant à unir le monde à travers le sport et l’esprit de compétition positive.

… Et continuons avec nos valeurs maçonniques

Les valeurs maçonniques sont au cœur de l’art royal et de sa pratique. Des valeurs visant à promouvoir le développement moral et spirituel des membres, ainsi qu’à contribuer au bien-être de la société en général. Est-il vraiment besoin de les rappeler ? Cela va sans dire mais cela va encore mieux en le disant !

Nos valeurs incluent :

  • la fraternité, pierre angulaire de la franc-maçonnerie, promouvant des liens forts de camaraderie et de soutien mutuel entre ses membres. Elle souligne l’importance de l’entraide, de la solidarité et du respect mutuel ;
  • la charité, aspect essentiel de notre pratique maçonnique. Elle se manifeste par le soutien aux membres dans le besoin, ainsi que par des actions philanthropiques et des œuvres de bienfaisance pour aider son prochain en dehors du temple ;
  • la recherche de la vérité qui reste notre idéal fondamental. Cela implique l’honnêteté, l’intégrité et la quête constante de la connaissance et de la sagesse, tant sur le plan personnel que spirituel.
symboles maçonniques muraux
mosaïque maçonnique murale.
  • l’idéal d’égalité reste un principe central. Il s’agit de traiter tous les membres avec équité et sans préjugés, reconnaissant la valeur intrinsèque de chaque individu.
  • la franc-maçonnerie encourage ses membres à travailler constamment à leur développement personnel et spirituel. Cela inclut l’autoréflexion, l’amélioration du caractère et le développement des vertus morales.
  • les francs-maçons sont encouragés à être des citoyens respectueux des lois et à contribuer positivement à la société dans laquelle ils vivent.

Les points communs

Ne seraient-ils pas l’amélioration de soi et des autres ? Tant l’olympisme que la franc-maçonnerie mettent l’accent sur le développement personnel et l’amélioration de la société.

Et le respect et la tolérance. Olympisme et maçonnerie valorisent le respect des autres, indépendamment des différences, et encouragent la tolérance et la compréhension.

timbres – Source https://www.theodorechampion.fr/jeux-olympiques-100-timbres-differents

Y aurait-il des différences ?

L’olympisme est principalement axé sur le sport et son rôle dans la promotion de la paix et de l’harmonie, tandis que la franc-maçonnerie est plus centrée sur le développement moral et spirituel à travers des rituels et des symboles spécifiques.

Les Jeux Olympiques aspirent à construire un monde meilleur et plus pacifique à travers le sport.

Au-delà du développement personnel, les maçons visent à contribuer positivement à la société, en œuvrant pour le progrès social, la justice et la paix. La franc-maçonnerie est une fraternité universelle qui aspire plutôt à une portée mondiale, cherchant à unir les personnes de toutes les horizons dans un effort commun pour un monde meilleur et plus éclairé.

Initié au sein de la « Horn Tavern Lodge », à l’orient de Westminster en 1730, le chevalier de Ramsay (1693-1743) n’écrivait-il aps dans son Discours qu’il prononça le 26 décembre 1736 à la loge de Saint-Jean, à l’orient de Paris :

« Le monde entier n’est qu’une république dont chaque nation est une famille, chaque particulier un enfant. »

Siège du CIO, Lausanne.

Vous pouvez aussi vous reporter à notre article du 23 juillet 2023 « Valeurs de l’olympisme, valeurs maçonniques ? »

The Olympic Museum (Musée Olympique), Lausanne (Suisse).

Une vie plus sobre, de Thoreau au Bouddhisme

Un texte de Sophie Solère

Plus de sobriété dans nos modes de vie : nous y sommes tous appelés pour préserver la planète. Et si elle prenait l’une de ses sources dans le bouddhisme ? Sur les pas des précurseurs d’une heureuse connexion.

Profiter de la crise sanitaire que nous venons de traverser pour changer vraiment, en réduisant notre empreinte carbone, notre consommation, nos déplacements, est le défi lancé par toutes les associations pro-environnement à la sortie du confinement, comme par de simples citoyens, conscients du lendemain. La sobriété pourrait être la clé. Une « sobriété heureuse » – pour citer Pierre Rabhi  – car choisie et riche de liens, avant qu’il ne soit trop tard et qu’elle nous soit imposée par d’autres épidémies, d’autres catastrophes naturelles. Comment ralentir, se défair1.e de nos désirs et attachements qui nous poussent toujours plus du côté de l’Avoir et nous éloignent de l’Être ? La méditation et la contemplation de la nature, ainsi que la réflexion forçant la prise de conscience et notre responsabilité, sont de précieuses ressources que le bouddhisme, notamment, peut mettre à notre disposition. Pas étonnant que les penseurs de référence d’un « éco-dharma » actuel, associant l’écologie et l’enseignement du Bouddha, aient à la fois prôné la sobriété et déclaré leur intérêt pour les spiritualités orientales dès le XIXe siècle. Retour sur une influence croisée porteuse de sens.

Méditer avec Thoreau dans les bois

Point de départ outre-Atlantique, avec le développement d’une industrie qui forge peu à peu une nouvelle Amérique au XIXe siècle. Alors que tout s’accélère, un homme hausse la voix, condamne la société esclavagiste de son temps ainsi que la guerre du Mexique, pour se faire porte-parole d’une nature sauvage et de la simplicité volontaire. Il s’agit d’Henri David Thoreau, philosophe et poète proche du transcendantalisme, mouvement littéraire, philosophique et spirituel américain exaltant la bonté inhérente de l’homme et de la nature, tous deux reliés ensemble à une dimension transcendante. C’est un original qui peine à trouver sa place en tant qu’enseignant et finit par devenir naturaliste. Il explore les sommets, parcourt les forêts et choisit de vivre un temps retiré, comme il le rapporte dans Walden[1] , le récit de deux années passées dans les bois entre 1845 et 1847, sans rupture avec le monde.

De là, il clame, en rapportant son expérience a posteriori : « De la simplicité, de la simplicité, de la simplicité ! Oui, que vos affaires soient comme deux ou trois, et non cent ou mille ; au lieu d’un million, comptez par demi-douzaine, et tenez vos comptes sur l’ongle du pouce (…) simplifiez. Au lieu de trois repas par jour, s’il est nécessaire n’en prenez qu’un ; au lieu de cent plats, cinq ; et réduisez le reste en proportion. »  Non pas pour préserver une nature que l’on pouvait encore penser inépuisable à l’époque, mais par sagesse, en privilégiant le spirituel sur le matériel, comme il s’en explique : « Le luxe, en général, et beaucoup du soi-disant bien-être, non seulement ne sont pas indispensables, mais sont un obstacle positif à l’ascension de l’espèce humaine. Au regard du luxe et du bien-être, les sages ont de tout temps mené une vie plus simple et plus frugale que les pauvres. Les anciens philosophes, chinois, hindous, persans et grecs, représentent une classe que pas une n’égala en pauvreté pour ce qui est des richesses extérieures, ni en richesse pour ce qui est des richesses intérieures. »  C’est dire s’il a bien conscience que l’invitation à la sobriété n’est pas nouvelle, mais inscrite dans la plupart des grandes traditions philosophiques et religieuses. Si cela ne fait donc pas de lui un écologiste avant l’heure, l’objectif est donc déjà d’élever « l’espèce humaine » en la libérant d’une contingence matérielle fabriquée.[2]

De la sobriété à l’expérience de la réalité

C’est une quête de connaissance de soi et de la réalité telle qu’elle est, à laquelle nous pouvons accéder au contact de la nature en y méditant sans nous laisser distraire, comme Thoreau nous invite à le faire : « Passons un seul jour avec autant de mûre réflexion que la Nature, et sans nous laisser rejeter de la voie par la coquille de noix et l’aile de moustique qui tombe sur les rails. (…) Si la locomotive siffle, qu’elle siffle à en perdre la voix pour sa peine. Si la cloche sonne, pourquoi courir ? Nous réfléchirons à quelle sorte de musique elles ressemblent. Halte ! Et là en bas faisons jouer nos pieds et se frayer un chemin à travers la fange et le gâchis de l’opinion, du préjugé, de la tradition, de l’illusion, de l’apparence, cette alluvion qui couvre le globe, à travers Paris et Londres, à travers New York et Boston et Concord, à travers Église et État, à travers poésie et philosophie et religion, jusqu’à ce que nous atteignions un fond solide, des rocs en place, que nous puissions appeler réalité, et disions : voici qui est, et qui est bien ».  Et après ce temps d’observation, de discernement, Thoreau poursuit en proposant l’image du « Réalomètre », comme un étalon de réalité qui permettrait de mesurer la vraie nature des choses. L’expérience n’est pas sans rappeler celle que décrit Descartes dans Les Méditations Métaphysiques, tout comme certaines formes de méditation bouddhiste (ou « vision pénétrante »). Et il s’avère que le philosophe américain connaît les fondements de cette tradition, pour y avoir été initié par les transcendantalistes, tel Emerson. Il a lu et traduit des passages de la Bhagavad-Gîta et du Soutra du Lotus (publié sous le titre The Preaching of the Buddha). Il y est question de la même invitation à s’asseoir dans une forêt pour contempler la réalité et de l’enseignement du Bouddha semblable à une pluie bienfaisante tombant sur les disciples semblables à des plantes en croissance.

L’éco-bouddhisme entre Orient et Occident

De là à en faire un bouddhiste au sens strict… Pas plus qu’un écologiste au sens moderne et engagé du terme… S’il invite à l’introspection méditative, il ne renonce pas à un moi solide : « En la plupart des livres, il est fait omission du Je, ou première personne ; en celui-ci, le Je se verra retenu ; c’est, au regard de l’égotisme, tout ce qui fait la différence », prévient-il dès l’introduction de Walden. L’influence du romantisme reste forte. Cela n’empêche pas les partisans de l’éco-dharma actuel de voir Thoreau comme un de leurs penseurs de référence. Dans le livre Le Bouddha est-il vert ?, Michel Maxime Egger et Jean-Marc Falcombello reviennent tout de même sur un malentendu que pourraient justement entretenir les éco-bouddhistes sur un éventuel lien inhérent entre bouddhisme et écologie. Non, cette tradition religieuse ne serait pas en elle-même « verte » comme nous l’entendons, la notion même de nature étant moderne, et a fortiori le combat pour la défendre. Non, les précurseurs de l’écologie comme Thoreau n’étaient pas bouddhistes au sens orthodoxe du terme. Le Dharma nous invite avant tout à atteindre l’Éveil et à sortir du cycle des existences, à nous déconditionner individuellement de l’ego et de l’ignorance, plus qu’à vouloir transformer le monde.

« Passons un seul jour avec autant de mûre réflexion que la Nature, et sans nous laisser rejeter de la voie par la coquille de noix et l’aile de moustique qui tombe sur les rails. » Henry David Thoreau

Même si l’un peut mener à l’autre… et la connexion n’est pas fortuite malgré tout. Car bien sûr, les enseignements spirituels – à commencer par ceux du Dalaï-Lama ou de Thich Nhat Hanh – comme les expériences de méditation, favorisent la compréhension de la notion d’interdépendance entre l’homme, la société, la nature, pour induire un comportement responsable, encourager une simplicité volontaire salvatrice à tous les sens du terme. Une démarche au cœur de la pensée de Joanna Macy, fondatrice de l’écopsychologie et spécialiste du bouddhisme, évoquant un nécessaire « ressenti identitaire qui s’étend jusqu’aux confins de la vie et devient une motivation pour l’action » (citée ainsi par M.M. Egger).

Une connexion aux sources de l’engagement

De Thoreau aux éco-bouddhistes engagés d’aujourd’hui, la notion de sobriété a voyagé et influencé des hommes au rayonnement capital tout au long du XXe, tel Gandhi, également lecteur de l’essayiste anglais John Ruskin qui correspondait avec l’ermite de Walden. Ruskin est l’auteur d’une critique de l’économie de l’Angleterre en plein boom industriel, Unto the Last, où sont déjà décrits les dommages de la surproduction et de la consommation sur la nature. La lecture de ce texte a eu l’effet d’un électrochoc sur Gandhi, défenseur du droit des Indiens en Afrique du Sud à cette période. Il change alors son mode de vie radicalement pour aller vers toujours plus de frugalité, en commençant par réorganiser ses ashrams. Déjà essentiellement végétarien, dans le respect de la règle vishnouiste, il va se priver de toutes épices, réduire les portions alimentaires, comme tous ses besoins matériels (et l’imposer à ses proches !), dans une perspective de transformation de soi pour changer le monde sans violence, mais avec détermination. C’est l’un des déclics conduisant au Satyagraha (« étreinte de la vérité »), nom qu’il donnera désormais à son mode de résistance politique non-violente. Celui-ci n’a-t-il pas subi l’influence décisive de La Désobéissance Civile, l’autre grand livre de Thoreau. Certes, chez Gandhi, l’objectif n’est pas directement la préservation de la nature non plus, mais il y a là une vision du monde qui implique une écologie globale et responsable, portée par un mode de militance pacifique, particulièrement pertinente aujourd’hui.

À l’évidence, les idées et les valeurs circulent entre Orient et Occident, et réciproquement, dans un mouvement d’interdépendance fécond ! Thoreau, Gandhi et Joanna Macy inspirent ainsi les fondateurs de mouvements écologistes radicaux mais non-violents, tels Extinction Rébellion qui n’hésite pas à s’y référer. Est-ce un hasard si Thoreau « super star » est publié et lu plus que jamais, jusque dans les cafés parisiens publiquement ? L’urgence de la crise actuelle, environnementale, existentielle et de fait globale, souligne une connexion essentielle entre nature et spiritualité, écologie et Dharma pour ceux qui suivent la voie du Bouddha. À méditer dans les bois, les jardins, les plages et les parcs retrouvés cet été.

Sophie Solère est une journaliste économique et sociale qui s’intéresse depuis des années à l’environnement et à l’interdépendance. Elle travaille pour Bouddha News, une plateforme de médias dédiée à la spiritualité et à la sagesse bouddhiste. En pratiquant le yoga et la danse méditative, Sophie a découvert le pouvoir des voyages spirituels, qui offrent tant de chemins pour se (re)trouver. Elle se consacre à partager avec les lecteurs de Bouddha News des histoires inspirantes et des conseils précieux sur la pratique spirituelle et l’environnement.

Ce texte a été publié dans La Lettre Des Deux Voies pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son nom, prénom, tél, Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr


1. Pierre Rabhi Au nom de la terre

2. Henri David Thoreau Walden ou la vie dans les bois L’imaginaire.Gallimard.

3. Henry David Thoreau La désobéissance civile éd. Mille et une nuits

« La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique », le dernier Badila en souscription

Joseph Badila est une figure notable dans plusieurs domaines en République du Congo. Il est connu tout d’abord pour avoir consacré sa carrière, en sa qualité de haut fonctionnaire, à servir autrui à travers une multitude de rôles professionnels mais aussi pour son engagement indéfectible au sein de la franc-maçonnerie en Afrique.

Il signe, chez DETRAD, un troisième ouvrage sur le francs-maçons africains… En souscription.

Présentation de l’éditeur

« Après plus de soixante années de doute, l’Afrique lance un vrai cri de détresse. Au-delà de l’alternance politique, le continent africain a soif de nouvelles perspectives, mais d’incessantes luttes de pouvoir ne cessent de tirer la société vers le bas. Les Francs-maçons Africains apparaissent aux yeux des occidentaux comme des hommes et des femmes qui ne sont pas à leur place dans leur démarche maçonnique. Pourtant, devant ce problème sociétal de fond et l’urgence de prendre un tournant constructif, certains font appel à leur bagage initiatique et leurs qualités d’apprentissage, de connaissance de soi et d’émancipation. La Franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes propose une vision humaniste de la future société africaine et fait appel au sens du devoir des Frères et des Sœurs, dont on attend qu’ils incarnent dans la cité les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de tolérance, qu’ils trouvent en loge. Le défi est immense, mais l’enjeu vital.

Année après année, voyage après voyage, l’auteur a rencontré, écouté, lu, appris, avide de s’instruire. Il réunit ici ses observations nourries de l’expérience de ses prédécesseurs, Africains ou Français, gouvernants ou Francs-maçons, imprégnés des valeurs du siècle des Lumières. Ses réflexions gagnent à être connues, partagées et mises en pratique. »

Joseph Badila.

La biographie de l’auteur

Haut fonctionnaire congolais à la retraite, Joseph Badila a travaillé à la Télévision congolaise puis dans l’agro-industrie. Il a été aussi Directeur des Cabinets ministériels. Parallèlement à son engagement maçonnique, il a été amené à participer à la création des GOLAC, première obédience maçonnique mixte en Afrique (1987) et du GOCB, première Obédience africaine à fonder une loge à Paris, la Respectable Loge République (2000). Passé Grand Maître des GOLAC. Grand Commandeur ad vitam du Suprême des GOLAC et du GOCB (1990-2005). Cet élargissement de connaissances lui a permis de mieux appréhender bien des aspects sociaux et politiques, comme l’importance du rôle de la Franc-maçonnerie au Congo. Il a conscience qu’il faut être de toutes les rencontres maçonniques et actif, avec pour objectif d’œuvrer à une société plus juste, plus fraternelle, où la paix se construit. Membre actif de la Société Européenne d’Études et de Recherches Écossaises ([S.EU.RE](http://s.eu.re/)). Président de l’Association pour la Préservation du Patrimoine Architectural et Culturel en Afrique Centrale. Il est également l’auteur de deux ouvrages sur la Franc-maçonnerie en Afrique noire.

« Un livre captivant qui explore le rôle des Francs-maçons Africains dans la quête d’une renaissance continentale. »

[NDLR : La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique », ouvrage à paraître en janvier 2024, mais dès maintenant en souscription chez DETRAD, de cette figure notable qu’est Joseph Badila, auteur de La franc-maçonnerie en Afrique noire: un si long chemin vers la liberté, l’égalité, la fraternité (DETRAD, 2004) et de Les Francs-Maçons & l’Afrique, une rencontre fraternelle (DETRAD, 2008), coécrit avec Daniel Béresniak (OE) avec la collaboration de Jean Moreau, enseignant et franc-maçon du GODF, aborde les défis auxquels l’Afrique est confrontée, notamment les luttes politiques et le besoin de nouvelles perspectives pour le continent. Cela suggère que l’auteur explore comment ces défis affectent et sont affectés par la franc-maçonnerie.

Il y a une tension apparente entre la perception occidentale des francs-maçons africains et leur rôle potentiel dans la société africaine. L’auteur semble plaider pour que les francs-maçons africains jouent un rôle plus actif et positif dans le développement de leurs sociétés.

L’auteur, du moins nous semble-t-il, souligne une vision humaniste pour l’avenir de la société africaine, en lien avec les principes maçonniques de liberté, d’égalité, de fraternité et de tolérance. Cela suggère que le livre examine comment ces idéaux peuvent être incarnés dans la pratique sociale et politique africaine. Joseph Badila puise aussi dans les valeurs du siècle des Lumières, souvent associées à la franc-maçonnerie, pour envisager des solutions aux problèmes contemporains de l’Afrique.  Et sa méthodologie inclut des rencontres, des écoutes, des lectures et un apprentissage continu, indiquant une approche approfondie et diversifiée pour comprendre la situation. Il y a un appel clair à ce que les idées et les réflexions de l’auteur soient non seulement connues mais aussi mises en pratique, suggérant un désir de changement tangible dans les sociétés africaines. Il semble rappeler aussi l’importance de l’apprentissage, la connaissance de soi et l’émancipation reflète l’importance de l’éducation et de l’initiation maçonnique dans le développement personnel et social.

Un livre d’une juste et parfaite actualité qui offre une perspective profonde sur la franc-maçonnerie en Afrique, en lien avec les défis politiques et sociaux contemporains du continent, tout en plaidant pour une application pratique des idéaux humanistes et des Lumières dans la société africaine.

Alain de Keghel.

Quant au préfacier Alain de Keghel, diplomate de carrière, il a occupé notamment les fonctions de consul général de France à Tokyo puis à Washington après avoir dirigé la sous-direction de l’information du quai d’Orsay. Il a, en outre, représenté la France auprès des organismes multilatéraux interaméricains, puis a présidé le Suprême Conseil du Grand Orient de France de 2002 à 2008.

Il a publié de nombreux ouvrages et/ou articles relatifs à la diplomatie ainsi qu’à l’Ordre maçonnique, notamment dans Humanisme-Revue des francs-maçons du Grand Orient de France et dans La Chaîne d’Union, revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III qui est la plus ancienne revue maçonnique encore éditée à ce jour.]

La franc-maçonnerie à l’épreuve des particularismes en Afrique

Joseph Badila-Préface de Alain de KeghelDETRAD, Coll. Rencontres

En souscription chez DETRAD (19 € + 5,50 € de port). Après le 31 janvier date de sortie le prix sera de 23 €. Téléchargez le bon de souscription.

De la laïcité : Théorie et pratique

Savoir de quoi on parle, implique ici de revenir à la source. Le mot « laïque » vient du latin ecclésiastique laïcus et du grec laïkos, signifiant « à propos du peuple », « volonté, expression du peuple ».

Un peu d’histoire

En France, ces volonté et expression du peuple se sont notamment manifestées en 1905 (avec une loi votée précisément le 9 décembre 1905 par le gouvernement d’Emile Combes, alors symbole de l’anticléricalisme maçonnique) pour considérer la religion comme une manifestation individuelle d’ordre privé, et lui laisser sa liberté, sous le droit commun (liberté de conscience, liberté de culte). En d’autres termes, l’Etat et les églises (toutes les églises) se sont séparés à cette date, rompant ainsi le concordat de 1801. Résultats : Le pape Pie X a condamné cette loi à l’époque, ce qui n’a pas empêché la suppression de toutes subventions publiques aux cultes dans les quatre années suivantes. Seule concession, le clergé a gardé à sa disposition les édifices religieux, mais sans titres juridiques.

Au vrai la conception et l’organisation de la société, excluant les églises de l’exercice du pouvoir politique et administratif, fut un « réflexe de défense » de la IIIème République naissante. Une opposition à la menace du retour de la royauté menée par les républicains, mais aussi par les protestants et les israélites, très inquiets de la pression catholique par le biais du « dogme d’infaillibilité ». L’exclusion visa notamment l’organisation de l’enseignement sur le territoire, qui aboutit à l’application de la formule célèbre de l’homme politique Crémieux : « le prêtre à l’église, l’instituteur à l’école », suite aux lois scolaires précédemment initiées par Jules Ferry (1881-1882).

Cette séparation ne s’est pas faite sans résistance. Le laïcisme militant s’est heurté aux ligues confessionnelles, et la franc-maçonnerie de l’époque a clairement manifesté son anti-cléricalisme. Cette lutte s’est apaisée entre les deux guerres mondiales mais s’est régulièrement réveillée ( à plusieurs reprises sous les IVème et Vème Républiques). Des stigmates subsistent encore, notamment en franc-maçonnerie, dans certaines loges du Grand-Orient. La formule, à mon sens de bien mauvais goût, « A bas la calotte » est lancée en choeur à la fin des tenues, signant là un combat d’arrière-garde !

Aujourd’hui, hors ce type d’écart, et les esprits relativement calmés, on pourrait définir la laïcité avec la formule d’Ernest RENAN : « l’Etat neutre entre les religions »…si n’existait le fait que celui-ci participe au fonctionnement des établissements confessionnels et accorde des aides financières à l’enseignement privé (loi Barangé, promulguée sous la IVème République).

Vous avez dit « religion » ?

Il n’est pas inutile de revenir également aux signifiants de ce vocable, communément défini comme un attachement aux rites cultuels. Nous répétons à l’envi sur nos bancs que « religion » vient du latin religare, relier. Une racine plus ancienne indiquerait qu’il vient en fait de relegere, à traduire par »relire », « relever » (allusion à la bible glorifiant Dieu), mais qui a signifié ensuite « recueillir », « rassembler » au sens de réunir les êtres humains.

L’étude de l’homme par lui-même (anthropologues, médecins, philosophes) l’a conduit au fil du temps à admettre (à défaut de prouver) qu’il possède dans son psychisme une « zone » où s’enracine un questionnement métaphysique depuis l’origine de sa pensée (Pourquoi y a -t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi suis-je conscient ? Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? etc, etc). Cette réflexion a lentement induit l’idée d’une probabilité de « reliance » à une intelligence supérieure. Un lien primordial qui est devenu « un attribut essentiel, une qualité inhérente à notre nature », selon le philosophe-écrivain Benjamin CONSTANT. Les diverses religions seraient ainsi les résultats successifs du développement de ce fait premier. FREUD, athée notoire, avance pour sa part, la thèse de la « horde primitive » : les enfants du chef de tribu (dans l’antique Polynésie) l’ayant tué pour s’accaparer ses femmes, pris de remords, l’ont ensuite vénéré par le truchement d’un totem. Ainsi auraient été inventé Dieu, et les cultes, au fil du temps. Nous sommes là, d’évidence, dans le symbolique et le légendaire.

Quelle qu’en soit l’articulation exacte, le concept de religion relève donc bien d’un processus qui a pris forme avec la construction de la civilisation. On peut avancer qu’il s’est constitué sur une ou des peurs entraînant le respect et le devoir (crainte de la puissance et de la violence des éléments, pouvant indiquer un « existant fondamental » régissant l’univers et les hommes). Ledit processus a d’abord été constitué par des actes particuliers : adorations, rites, observances, règles, cérémonies, le tout assorti d’interdits qui ont débouché sur la notion de sacré. Les études occidentales (menées par les historiens des religions) soutiennent que la première religion serait l’animisme, qui aurait été suivi par le polythéisme, le monothéisme, et depuis le XIXème siècle, par l’hénothéisme, désignant un monothéisme « national » et relatif (à l’image des peuples primitifs qui adoraient le dieu de leur clan, sans exclure celui ou ceux des autres clans)

 Rappelons au passage que les pères fondateurs de la franc-maçonnerie ont eu le mérite de « mettre de côté » leur formation et exercice protestants, pour proposer aux premiers adhérents une religion naturelle, (ou loi naturelle) croyance fondée sur les données de la raison et de la conscience individuelle, sans le concours des églises. Ce concept d’un dieu personnel, totalement éloigné du « socle biblique », a évidemment été vite déconsidéré par les courants théologiques…et les francs-maçons, qui ont installé au gré des loges, une franc-maçonnerie chrétienne. Aujourd’hui, les notions de « Grand Architecte de l’Univers » ou de « principe créateur » ne sont de fait guère éloignés de cette religion naturelle – largement oubliée comme leurs initiateurs! – quand elles sont proposés comme symboles à interpréter librement.

Croyance et foi

« Dieu », ce mot à la fois incomplet, flou, mais pratique pour désigner une entité supposée créatrice et aux commandes de l’univers et de l’humanité, ce mot implique dès sa prononciation, la croyance. Croyance directe en cette entité ou indirecte par le biais d’une religion. Dès lors, que veut dire « croire en Dieu » ? : c’est une expérience d’amour personnelle qui peut certes faire lever les yeux aux ciel, mais qui, de fait, conduit, par la transcendance, à ce que l’on a de plus profond en soi.

Si cette croyance passe par le « filtre religieux », et non plus par un Dieu personnel, croire c’est donc en l’occurrence, faire – comme PASCAL – la distinction entre le cœur et la raison (à la différence de la religion naturelle). On peut ainsi dire que la religion est une double relation, d’une part à l’entité « Dieu », d’autre part, à un groupe religieux. Il est intéressant de considérer ces groupes et leur répartition en France et dans le monde.

Si l’on retient que l’homme éprouve un besoin de croire, on peut se demander aussi s’il a besoin d’une religion. Une réponse nous est donnée par les statistiques : en France, il y a 45 millions de catholiques (76% des français), pour 4 millions 200 000 musulmans (7,1 %), 1million de protestants (1,7%), 525 000 juifs (0,8%), 150 000 orthodoxes (0,2%), 150 000 divers (0,2%) et quelques 8 millions d’athées (14%). Le bouddhisme, qui n’est pas une religion, mais plutôt une philosophie, compte 600 000 adeptes. Dans le monde, le christianisme est majoritaire sur quatre continents et l’islam l’est en Asie. Un habitant de la planète sur trois est chrétien, mais pour la première fois dans l’histoire les musulmans (1 milliard 207 millions) dépassent les catholiques (1milliard 67 millions). Les athées et agnostiques représentent aujourd’hui 1/5ème de l’humanité.

Ces chiffres posent d’eux-mêmes une autre question : peut-on, comme le prétendent les athées, éliminer Dieu de sa vie, ou son concept même ? C’est bien difficile en France, où nous baignons depuis deux mille ans dans une culture judéo-chrétienne, dont les signes à type de clochers d’église ou de saints et de jours fériés sur le calendrier, ne sont pas les moindres ! C’est bien difficile aussi en maçonnerie, où il en est sans cesse question, preuve que le « fait déiste » est fondamental.

Attention : croyance ne veut pas dire foi. Si 45 millions de français s’annoncent catholiques, ils le sont, comme beaucoup le formulent, « par formation ». C’est à dire qu’ils sont baptisés, qu’ils ont fait leur communion solennelle, mais ont abandonnés l’église ! (Une église de France mal en point, précisons-le, constituée de 25 000 prêtres actuellement, et qui en a perdu autant en 30 ans !).

Celui qui a la foi, en revanche, – c’est valable pour tout culte – n’est pas « statique ». Il pratique sa religion avec dévotion, (respect des exigences du rite, instruction religieuse, assistance aux offices) et en se livrant éventuellement au prosélytisme. La passion l’anime et comme toute passion, elle est exclusive. L’important est qu’elle ne devienne pas excessive et n’emporte pas l’individu dans le fanatisme.

Problème posé

 Deux grandes questions se posent à propos de la laïcité.

1) Quels en sont les principes fondamentaux

  • Comment garantir l’épanouissement de la liberté de conscience et d’expression des convictions individuelles et communautaires dans le respect des principes généraux d’une société démocratique et laïque.

1. Les principes fondamentaux de la laïcité

La laïcité, nous l’avons vu ci-dessus, ne signifie pas une entreprise républicaine « contre la religion », mais au contraire la possibilité, pour les croyants, de pratiquer la leur en toute liberté, dans un contexte privé. Partant, non seulement la laïcité n’interdit pas la religion, mais elle en préserve l’existence. Tout comme, de la même façon, la laïcité doit préserver les non-croyants et agnostiques, de toute ingérence de la religion dans la vie civile.

Jusqu’à la fin du XXème siècle, la République et les Eglises séparées, ont de la sorte fait « bon ménage », l’une n’empiétant pas sur les prérogatives des autres, et inversement. En 2003, nous n’en sommes plus toutefois, au seul principe de cette séparation « consensuelle » de l’Eglise et de l’Etat.

Il n’est pas étonnant que les gouvernements consultent la Franc-maçonnerie. C’est toujours une sage mesure que demander des avis et de l’aide aux sociétés de pensées devant des circonstances nouvelles, telle, précisément que la laïcité.

Si nous sommes consultés, c’est qu’effectivement quelque chose a changé, que quelque chose ne va plus, dans le domaine des religions. Ne nous le cachons pas, parlons directement, ce « quelque chose », c’est l’activité hexagonale de la religion islamique. L’islam, deuxième religion en France, nous venons de le dire, s’y distingue maintenant par les actions néfastes d’une frange arrogante de ses effectifs.

Le militantisme de cette dernière se traduit par un développement inquiétant de réseaux, le ton agressif de nombre de ses prédicateurs, le climat conflictuel entretenu par ses leaders prosélytes, aussi bien contre l’Etat français que les autres religions. Sans oublier le problème permanent engendré, notamment, par le port du « foulard islamique », qui empoisonne littéralement la vie scolaire, dans un nombre important d’établissements. On ne peut d’ailleurs qu’être étonné par la faiblesse des gouvernements successifs sur ce sujet : Les suites de compromissions auxquelles on assiste autour de ce foulard, ne font qu’entretenir le foyer allumé au lieu de l’éteindre !

L’intrusion du religieux dans le laïque met ainsi la République, non seulement en difficulté, mais en danger : Il y a confusion des droits individuels avec les Droits de l’Homme. Il n’est donc plus question de tolérance mais d’intolérable ! Du coup, le problème religieux ne peut plus être traité comme relevant de la sphère privée. Il convient alors de faire barrage aux pressions, et pour cela, engager un véritable combat. Car c’est bien d’une nouvelle guerre de religions dont il s’agit, avec devant soi un fondamentalisme qui, en devenant politique, va jusqu’à l’assassinat en déclenchant des attentats terroristes, partout dans le monde.

La franc-maçonnerie doit-elle s’engager dans un tel combat ? Et si elle le fait, que signifierait son engagement ? Sa seule arme, qui est aussi son outil, est la parole. La laïcité s’apprenant d’abord à l’école, c’est donc sur ce lieu même que, en tant que force de proposition, la maçonnerie peut judicieusement conseiller une action d’information à mener. Avec l’enseignement des principes fondamentaux de la laïcité (où, mieux qu’à l’école, s’apprennent les principes fondamentaux d’une matière ?!). Avec la généralisation de l’instruction civique (autrement dit son retour !) pour connaître ce que sont République, démocratie, droits et devoirs. Avec enfin, cela tombe sous le sens, l’interdiction formelle du port d’insignes religieux, quels qu’ils soient. Donc un interdit sans compromis.

A conseiller également, dans le cadre de l’école laïque et de la laïcité (comprenant les universités) : un apprentissage « contrôlé » de l’histoire des religions. Si ce savoir est nécessaire, dans la mesure où le fait religieux semble relever de caractéristiques anthropologiques, il ne doit pas toutefois se substituer à la religion, et devenir en soi un cours d’instruction religieuse. La substitution a pu être vérifiée. C’est bien pourquoi, j’opte en ce qui me concerne pour la prudence en matière de diffusion des thèses universitaires sur ce sujet qui, par essence, ne sont pas forcément porteuses de laïcité, en première intention. Quant à celles qui le sont, elles éludent trop souvent « la montée intégriste » et ses causes, plus importantes à analyser pourtant, que la désaffection actuelle (ca peut changer) des français pour la religion. Il est clair en effet, que si les clergés voulaient tout simplement « réenchanter le religieux » avec un discours actualisé, réaliste (en phase avec la modernité) et non-culpabilisant (débarrassé de la notion de faute et de rachat de la mort du Christ) les églises retrouveraient leurs fidèles.

2. Garantir l’épanouissement de la liberté de conscience

Il apparaît au quotidien que dans un pays comme le nôtre, de tradition majoritaire « catholique bon enfant », c’est à dire de pratique tranquille, non assidue mais très tolérante pour les autres religions, la tentative d’auto-imposition de l’une d’elles dans la vie sociétale, est très mal ressentie. D’autant que Dieu est ici un alibi ! Ce « donné à voir » féminin, par le truchement d’un élément vestimentaire particulier qu’est le foulard islamique (plus exactement un voile) est assimilé à un passage en force, et constitue en soi une « violence désarmante ».

La manœuvre est essentiellement politique, je le répète, dans la manipulation même des jeunes filles, transformées en « femmes-sandwichs ». La réaction ne peut donc être que politique. On voit bien que tous les essais de règlement du problème par les voies humanistes (douceur, apprivoisement, sentimentalisme) ne fonctionnent pas. Pourquoi ? Parce que l’humanisme est une morale : il ne peut régler les problèmes sociaux. L’humanisme ne peut tenir lieu de politique. C’est donc précisément « le politique », ici opposé au « politique » d’une autre rive, qui doit régler le problème.

On peut comprendre notre gouvernement quand il nous approche pour, sinon régler le problème, demander notre avis. Notre lieu de rencontre, où cohabite en fraternité souriante devant le symbole en partage, le chrétien et l’athée, le juif et le maghrébin, l’arménien et le turc, etc. La Franc-maçonnerie est précisément symbolique de l’entente, de l’harmonie possible, sans provocation ni négation de l’autre.

La question à nous posée trouve sa réponse dans notre temple même : l’épanouissement de la liberté de conscience et d’expression des convictions individuelles, y est garanti. Oui, garanti, pour la bonne raison évidente, qu’il n’y a pas d’enjeux. La loge maçonnique, parenthèse dans la vie sociale, n’est pas une banque, encore moins un puits de pétrole ! Comme dit notre frère GOETHE : « Qu’est-ce qui est plus brillant que l’or : la parole échangée ! ». C’est là tout notre secret. Et toute notre réussite, dans le rapprochement désintéressé des hommes.

A l’heure où, dans certains lieux, la politique est devenue religion, avec toutes ses conséquences dramatiques, le monde peut être étonné qu’il demeure avec notre mouvement cet oasis de paix, cette station-service où l’on vient chaque quinzaine faire le plein d’amour, où tous les dieux sont admis, où l’étoile de David, le croissant, la croix, se fondent en un seul symbole du travail en commun : le tablier maçonnique !

Alors, puisque nous sommes « un modèle social », étonnons-le davantage encore ce monde, notre monde, en nous y ouvrant toujours plus. Il est certain que nous devrions être en France 1 million d’hommes et de femmes ceints de ce tablier fédérateur, et non pas 150 000 seulement, si nous ne stagnions pas à plaisir dans un secret aujourd’hui discutable, pour ne pas dire dépassé !

Il ne manque pas de donner de notre mouvement une image de « machine mystérieuse et compliquée » qui n’incite pas forcément à l’approcher et à la connaître. C’est une opinion personnelle, elle-même discutable !

Telle que la seconde question nous est posée, avec le développement qui la suit, on pourrait croire qu’il nous demandé de voler au secours des religions qui peinent à se faire mentionner dans la Constitution européenne ! Certes, il clair que si les croyances se sont diluées, si nombre d’individus ont perdu leur « foi active » au profit d’un « arrangement personnel » avec une spiritualité déiste ou laïque, le fait religieux ne peut être balayé d’un revers de main.

La religion est utile, qu’elle soit appréhendée comme moteur ou simple « consolatum » de la condition humaine. Priver l’homme de religion serait l’amputer, le priver de lui-même, avancent certains théologiens et philosophes. Mais alors, on peut aussi avancer que priver l’homme de Franc-maçonnerie, serait le priver de liberté tout court ! Pourquoi ne serait-elle pas inscrite, elle aussi, dans la Constitution en cause, comme organisme d’utilité publique ?! Je pose la question. Bref, à l’époque de la communication tous azimuts, le message qui s’impose à nous est : mettons-nous en lumière !

Pour cela, multiplions les opérations de « loges portes ouvertes ». Organisons encore des colloques, comme ceux sur « la Dignité », entre autres qui furent une réussite. Pourquoi pas un prochain symposium maçonnique, précisément, sur « la laïcité »? Nous répondrions ainsi à la fois à l’invitation du gouvernement à l’aider, et aux provocations religieuses malvenues.

Il faut se distinguer, propose le Saint-Siège. Le propos est ambigu. Se distinguer, qu’est ce à dire ? Si la religion catholique entend par là, dominer les autres religions, c’est une catastrophe et la guerre sainte officiellement annoncée par l’une d’elle. Si se distinguer, c’est rechercher au contraire le dialogue avec les autres, francs-maçons compris, alors oui, nous sommes preneurs ! Il fut un sombre temps où l’Etat et la religion catholique pourchassaient les maçons. Aujourd’hui, semble venir enfin, celui du rapprochement. On a besoin de nous. Qui s’en plaindrait ?! Il vaut mieux avancer les uns vers les autres les mains ouvertes que les poings fermés.

« La grande révolution dans l’histoire de l’homme, passée, présente, future, est la révolution de ceux qui sont résolus à être libres » (J.F. KENNEDY)

La franc-maçonnerie, laboratoire de l’idée européenne

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Du site canal-u.tv – Présenté par Pierre Yves Beaurepaire

Depuis 3 siècles, la franc-maçonnerie nourrit tous les fantasmes, à coup de centaines d’ouvrages, de milliers d’articles aux titres plus racoleurs les uns que les autres. Pourtant, elle est aussi objet d’histoire et il est très difficile de comprendre le projet à la fois cosmopolite, pacifiste et humanitaire du 18ème siècle, du siècle des lumières, sans prendre en compte la franc-maçonnerie.

Il est nécessaire de l’étudier en historien, à partir des sources et des archives de la franc-maçonnerie pour comprendre l’extraordinaire essor qu’elle a connu au 18ème siècle, malgré les répressions et les obstacles ; et ainsi comprendre comment elle a réussi à porter un projet à la fois cosmopolite, aristocratique et mondain, qui a été véritablement le laboratoire de la conscience européenne.

30/03/24 : « Les rites en Amérique », LA conférence internationale sur la franc-maçonnerie à l’Université de Californie, Berkeley (USA)

La 12e Conférence internationale sur la franc-maçonnerie revient sur le campus de l’Université de Californie à Berkeley le 30 mars 2024, avec pour thème « Les rites en Amérique ».

Cet événement annuel passionnant et instructif rassemble des chercheurs et des universitaires d’un large éventail de disciplines pour présenter de nouvelles recherches sur des sujets d’intérêt pour les francs-maçons.

Le thème de cette année, « Les rites en Amérique », examine les innombrables formes et itérations de la maçonnerie qui ont vu le jour de ce côté-ci du Pacifique, souvent dans le contexte particulier des communautés d’immigrants ou d’autres mouvements sociaux plus vastes.

Susan Sommers.

Selon Susan Sommers, organisatrice de l’événement et professeur d’histoire au St. Vincent College, « la franc-maçonnerie est l’une des sociétés fraternelles et initiatiques les plus anciennes et les plus prospères du monde occidental. Malgré sa réputation de secret, elle est bien connue et bien documentée ».

Les différents groupes maçonniques et quasi-maçonniques qui se sont formés dans les Amériques se sont souvent appuyés sur le cadre rituel de la franc-maçonnerie tout en y ajoutant leurs propres caractéristiques.

« Pourquoi réinventer les roues quand on peut simplement changer les enjoliveurs ? » Au fil des siècles, surtout depuis 1750, les francs-maçons ont ajouté, modifié et inventé des ordres, des rites et des rituels avec un abandon presque sauvage, tout en affirmant que les repères sont immuables, et ce depuis Adam.

Les intervenants

Jonathan Awtrey, Professeur assistant invité, Université de Fairfield

« Moses Michael Hays et la franc-maçonnerie en Amérique du Nord britannique

Résumé de la présentation : L’adhésion des juifs à la franc-maçonnerie nord-américaine a atteint son apogée après 1768, principalement grâce aux efforts d’un maçon juif, Moses Michael Hays, qui a joué un rôle essentiel dans la création de loges à New York, Newport, Boston et Philadelphie. La participation des Juifs à la maçonnerie, qui met l’accent sur l’égalité et l’émancipation, intervient au moment où l’activisme politique juif est à son apogée en Amérique du Nord britannique. Les rites et rituels publics de la franc-maçonnerie ont également aidé les Américains juifs dans leurs efforts pour se forger une image publique de leaders communautaires. Pour les activistes juifs qui militaient en faveur de l’acceptation sociale, de la liberté religieuse et de l’émancipation, la franc-maçonnerie a joué un rôle important de pierre de touche culturelle à cette fin.

Biographie du conférencier : Jonathan Awtrey est professeur adjoint invité au département d’histoire de l’université de Fairfield, où il donne des cours sur la révolution américaine, les débuts de l’Amérique et l’histoire mondiale. Les travaux du professeur Awtrey portent sur les migrants juifs en Amérique du Nord et montrent les méthodes culturelles pratiques par lesquelles les Juifs ont élargi les frontières de la liberté religieuse. Des bourses et des subventions de recherche de la LSU, de l’American Jewish Historical Society, des American Jewish Archives, de la Southeastern American Society for Eighteenth-Century Studies et de l’American Philosophical Society ont soutenu ses recherches et ses écrits.

Jesse David Chariton, Candidat au doctorat, Département d’histoire, Université d’État de l’Iowa

« Les Américains d’origine allemande et le baptême maçonnique dans les États-Unis de l’époque Antebellum »

Résumé de la présentation : En 1859, la Grande Loge de l’État du Wisconsin a suspendu la charte de la Concordia Lodge, qui s’était formée seulement deux ans auparavant et était composée d’immigrants germano-américains, après que cette loge ait tenu une réunion spéciale appelée « Loge des sœurs » au cours de laquelle elle a conféré un rite de baptême aux fils de ses membres, en présence de leurs épouses et de leurs enfants. Les membres de Concordia ont fait valoir que le baptême était une pratique normale dans les loges européennes. Cet épisode illustre un chapitre intéressant de l’histoire de l’immigration allemande aux États-Unis, où les Américains d’origine allemande ont participé activement à des associations bénévoles religieuses et laïques afin de rétablir des liens culturels. Le cas de la Concordia Lodge montre que la participation à de telles organisations américaines était parfois un processus en plusieurs étapes.

Biographie du conférencier : Jesse David Chariton est doctorant au département d’histoire de l’université d’État de l’Iowa. Il est titulaire d’une licence en études archéologiques et en histoire de l’université du Wisconsin à La Crosse et d’une maîtrise en histoire de l’université d’État de Columbus. Spécialisé dans l’histoire américaine du XIXe siècle, Chariton étudie l’immigration, la race et l’ethnicité sous l’angle de la religion et des associations bénévoles. Il a récemment présenté ses recherches à l’American Academy of Religion, à la Lutheran Historical Conference et à la Society for German American Studies, qui l’a soutenu en lui attribuant une bourse de recherche Albert Bernhardt Faust.

Robert A. Gross, Professeur émérite d’histoire des débuts de l’Amérique, Université du Connecticut

« Fermée et de retour ! Comment une loge a surmonté l’antimaçonnisme et regagné une place dans la vie publique ».

Résumé de la présentation : La Corinthian Lodge of Freemasons a occupé une place prépondérante dans la vie publique de Concord, Massachusetts, depuis sa création en 1798 jusqu’au début des années 1830. Mais le mouvement antimaçonnique s’est enflammé au début des années 1830, inspirant un mouvement populiste qui a brisé le consensus politique, déstabilisé une élite bien établie et contraint la loge à ne tenir que des réunions sporadiques jusqu’en 1845 et à n’introniser que peu de membres. Puis, en janvier 1845, les réunions régulières ont repris sans opposition et se sont poursuivies jusqu’à aujourd’hui. Comment les francs-maçons de Concord sont-ils revenus et comment ont-ils évité un renouveau de l’antimaçonnisme ? La fraternité a-t-elle modifié ses politiques pour rassurer un public méfiant ? Ou bien la société dans son ensemble avait-elle changé de manière à atténuer les inquiétudes concernant la loge ? Dans cet exemple, nous voyons une étude de cas de ce que c’était que d’être « annulé » dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre – et comment il était possible de revenir.

Biographie du conférencier : Robert A. Gross est le James L. and Shirley A. Draper Professor of Early American History Emeritus à l’université du Connecticut. Spécialiste de l’histoire sociale et culturelle des États-Unis, de la Révolution à la guerre civile, M. Gross s’intéresse particulièrement à la Nouvelle-Angleterre. Son premier livre, The Minutemen and Their World (1976), a reçu le prix Bancroft d’histoire américaine en 1977 ; il a été réédité dans une édition du 25e anniversaire en 2001. Une édition révisée et augmentée est parue en 2022 chez Picador Books, en commémoration du 250e anniversaire de la révolution américaine. Le dernier livre du professeur Gross est The Transcendentalists and Their World (Farrar, Straus & Giroux, 2021), choisi par le Wall Street Journal comme l’un des 10 meilleurs livres de 2021. Le professeur Gross a également joué un rôle actif dans le développement du domaine interdisciplinaire connu sous le nom d’histoire du livre. Ancien directeur du programme d’histoire du livre dans la culture américaine à l’American Antiquarian Society, il a coédité avec Mary Kelley An Extensive Republic : Print, Culture, and Society in the New Nation, 1790-1840 (2010), deuxième volume de la série A History of the Book in American Culture. Il a également enseigné au Amherst College, à William and Mary, à Brandeis et à Brown. Actif dans les organisations historiques, le professeur Gross est administrateur du Concord Museum et directeur de la Thoreau Society of America ; il a également siégé aux conseils de l’American Antiquarian Society et de la Colonial Society of Massachusetts. Il vit à Concord depuis 2014.

Alexander Towey, Chargé de cours, département d’histoire, California State University, San Marcos

« Ebb & Flow : L’ascension, le déclin et la renaissance de la franc-maçonnerie dans la société américaine ».

Résumé de la présentation : Au cours des années 1960, les clubs de service aux États-Unis, dont les francs-maçons, ont commencé à diminuer le nombre de leurs membres. D’éminents chercheurs ont tenté de comprendre pourquoi les Américains ont décidé de ne pas adhérer à ces divers clubs sociaux, en se concentrant principalement sur des facteurs externes, notamment l’évolution de la géographie des communautés et un changement dans les modèles de sociabilité plus larges. Pratiquement aucun n’a examiné comment les francs-maçons eux-mêmes ont changé en réponse à ces forces extérieures. Les recherches de Towey portent sur la façon dont les loges maçonniques ont réagi au cours du XXe siècle, depuis les périodes d’essor qui ont suivi les deux guerres mondiales jusqu’à l’accent mis plus tard sur la qualité plutôt que sur la quantité et sur l’importance croissante accordée à la philosophie, à l’éducation et au symbolisme maçonniques.

Biographie du conférencier : Alex Towey est professeur d’histoire des États-Unis à l’université d’État de Californie à San Marcos. Son principal domaine d’étude est l’histoire des États-Unis, les organisations fraternelles, la franc-maçonnerie et leur impact sur la société. Son dernier ouvrage, « The Rise, Decline, and Renaissance of Freemasonry in the United States during the 20th and 21st Century » (2022), a été publié par The Philalethes Society. Towey est le lauréat du prix de littérature 2022 de la Philalethes Society. D’autres de ses recherches, notamment « Freemasonry and the Middle East » (2014) et « The Chinon Parchment » (2015) ont été publiées dans Living Stones Magazine. Towey est franc-maçon depuis 2006.

Dr. María Eugenia Vázquez Semadeni

La franc-maçonnerie mexicaine : Le Rite national mexicain ».

Résumé de la présentation : Dans les années 1820, le Mexique a obtenu son indépendance et est rapidement passé d’une monarchie à une république. Les rites maçonniques York et Écossais au Mexique ont été profondément impliqués dans cette transformation et ont joué le rôle de partis politiques. Mais en 1825, un petit groupe fonde un troisième ordre maçonnique : le Rito Nacional Mexicano, ou RNM, pour « préserver » les « vraies » valeurs fraternelles et rationnelles de la franc-maçonnerie et la tenir à l’écart des luttes politiques. Paradoxalement, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le Rite national est devenu le principal outil politique des libéraux mexicains. Dans les années 1860 et 70, le rite avait modifié son discours, ses rituels et ses pratiques internes pour « séculariser » la franc-maçonnerie et contribuer ainsi à la sécularisation de la société mexicaine. Il utilise la constitution mexicaine au lieu de la Bible à l’autel ; il abandonne l’exigence de la foi en un Être suprême (sept ans avant que le Grand Orient de France ne fasse de même) ; il change la liturgie de ses degrés ; et il admet les femmes. Même si l’utilité de la maçonnerie en tant qu’outil politique a diminué après la révolution, la RNM est restée un véhicule de transformation sociale et culturelle, œuvrant pour « le triomphe de la vérité et le progrès de la race humaine ».

Biographie de l’orateur : María Eugenia Vázquez Semadeni est historienne, auteur et spécialiste de la franc-maçonnerie mexicaine, de l’histoire politique du Mexique et du parlementarisme hispano-américain. Elle est coauteur, avec Margaret Jacob, de Freemasonry and Civil Society : Europe and the Americas (2023, Peter Lang). Après avoir obtenu son doctorat et sa maîtrise en histoire au El Colegio de Michoacán, elle a été professeure invitée et professeure adjointe au département d’histoire de l’UCLA de 2011 à 2016. En 2014, elle a reçu le titre de professeur invité Tinker à l’université de Stanford. Ses recherches portent sur la franc-maçonnerie, la culture politique, les langues républicaines, la formation de la société civile laïque et les partis politiques du Mexique des XIXe et XXe siècles. Elle est également membre du Centro de Estudios Históricos de la Masonería Española et du Centro de Estudios Históricos de la Masonería Latinoamericana y Caribeña.

S. Brent Morris

« Le Rite Écossais Rectifié ».

Résumé de la présentation : Robert Benjamin et la plus ancienne version en langue anglaise du Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte – alias le Rite Écossais Rectifié.

Biographie du conférencier : Brent Morris a pris sa retraite en 2021 en tant que rédacteur en chef du Scottish Rite Journal, le magazine maçonnique le plus diffusé au monde, et en 2020 en tant que rédacteur en chef fondateur de Heredom, les transactions de la Scottish Rite Research Society. Auparavant, il a travaillé comme mathématicien et informaticien pendant vingt-cinq ans, en tant que gouverneur de la Mathematical Association of America et Distinguished Lecturer de l’Association of Computing Machinery. Il a donné des conférences dans plus de 100 universités américaines, ainsi qu’au Magic Circle et à la Worshipful Livery of Makers of Playing Cards à Londres. Il a publié deux brevets, huit documents techniques, un livre sur les mathématiques du mélange des cartes, The Complete Idiot’s Guide to Freemasonry, et plus de 50 livres sur la franc-maçonnerie.

Pour s’inscrire, c’est ICI.

Infos pratiques

La 12e Conférence internationale sur la franc-maçonnerie revient sur le campus de l’Université de Californie à Berkeley le 30 mars 2024. Entrée : 30 $ ; déjeuner facultatif : 20 $

Source : Grande Loge de Californie

Université de Berkeley, bâtiment inscrit aux monuments historiques de Californie.
La Doe Library, bibliothèque principale du campus.