mer 17 avril 2024 - 14:04

« Le Nom de la Rose » en BD… Tout un labyrinthe de mystères !

Présentons, dans un premier temps, Milo Manara, auteur et dessinateur italien de bande dessinée, né le 12 septembre 1945. Connu pour son talent dans l’illustration érotique, Manara a su se distinguer par un style artistique reconnaissable, caractérisé par un trait sensuel et des compositions soignées.

Sa carrière débute dans les années 1960, mais c’est dans les années 1970 qu’il se fait connaître avec des œuvres telles que Le Déclic et Le Parfum de l’invisible. Ces bandes dessinées, souvent teintées d’érotisme, explorent la sexualité et les relations humaines avec une approche à la fois audacieuse et esthétique.

Manara a également collaboré avec des auteurs de renom comme Hugo Pratt, avec qui il a créé El Gaucho, une œuvre mêlant aventure et histoire. Son travail ne se limite pas à l’érotisme ; il a exploré divers genres, y compris le fantastique et l’aventure, toujours avec son style distinctif.

Milo Manara, en 2015.

Au fil des années, Manara est devenu une figure emblématique de la bande dessinée italienne et européenne. Sa capacité à mêler art et érotisme avec une finesse narrative et graphique lui a valu une renommée internationale. Ses œuvres ont souvent suscité des débats sur la frontière entre l’art et la provocation, mais elles restent incontestablement une part importante du paysage de la bande dessinée contemporaine. En septembre 2023 est publié, en bande dessinée, Le Nom de la Rose, roman de l’écrivain italien Umberto Eco, auteur originel, publié pour la première fois en 1980. Ce livre est un mélange unique de fiction historique, de mystère policier, et de réflexion philosophique et sémiotique. L’histoire se déroule en 1327 dans une abbaye bénédictine italienne, où des moines meurent dans des circonstances mystérieuses…

Umberto Eco, en 1984.

Revenons à Umberto Eco (1932-2016), écrivain, philosophe, sémiologue – la sémiologie étant l’étude des signes – et universitaire italien. Il est surtout connu pour ses romans, notamment Il nome della rosa (1980), en français, Le Nom de la Rose (Grasset, 1980) et Le Pendule de Foucault (1988), qui allient érudition, intrigue complexe et exploration des signes et symboles dans la culture.

Le film.

Le roman policier médiéval Le Nom de la Rose se déroule dans une abbaye italienne, où le moine franciscain Guillaume de Baskerville enquête sur une série de morts mystérieuses. Le livre a été adapté au cinéma en 1986 sous le même titre par Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery et Christian Slater. Une autre adaptation, une mini-série de huit épisodes, a été créée en 2019 par Giacomo Battiato, avec John Turturro, Rupert Everett et Michael Emerson.

Sean Connery – Source Allo Ciné.

Le Nom de la Rose mélange habilement fiction, philosophie, et analyse sémiotique, reflétant l’intérêt profond d’Eco pour le Moyen Âge et la théorie des signes.

Eco était également un universitaire renommé, ayant écrit de nombreux essais sur la sémiotique, l’esthétique médiévale, la linguistique, et la philosophie. Son livre L’Œuvre ouverte (1962) et son essai Apocalittici e integrati (1964) sont considérés comme des textes fondamentaux dans le domaine de la culture moderne.

Son travail a eu un impact considérable non seulement dans le domaine littéraire, mais aussi dans les études culturelles et la théorie de la communication. Eco était connu pour sa capacité à transmettre des concepts complexes avec clarté et humour, rendant ses idées accessibles à un large public. Son héritage perdure à travers ses écrits influents et ses contributions significatives à la littérature et à la pensée contemporaines.

La signature d’Umberto Eco.

Umberto Eco a reçu plusieurs prix et distinctions au cours de sa carrière. Notamment, le Prix Strega (1981), le plus important prix littéraire italien, pour Le Nom de la Rose et le Prix Médicis étranger (1982), qui est la catégorie du prix Médicis destinée aux œuvres traduites en français, toujours pour Le Nom de la Rose. Ainsi que le Prix Prince des Asturies, catégorie « Communication et Humanités « (2000), le plus prestigieux prix espagnol, décerné en reconnaissance de ses contributions significatives dans le domaine de la communication et des sciences humaines. Il est aussi docteur honoris causa de diverses universités à travers le monde.

En 2001, un timbre du Collège de Pataphysique est dédié au Satrape Umberto Eco. Pour mémoire, la pataphysique est la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité.

La BD en elle-même est un reflet fidèle du roman qui mêle intrigue policière, érudition historique et réflexion philosophique.

L’histoire se déroule en 1327 dans une abbaye bénédictine du nord de l’Italie. L’abbaye, un centre intellectuel et religieux important, abrite une vaste et mystérieuse bibliothèque.

Guillaume de Baskerville est un moine franciscain intelligent et perspicace, ancien inquisiteur.   Quant à Adso de Melk, il est ce jeune novice qui accompagne Guillaume et sert de narrateur à l’histoire.

Castel del Monte, Italie, décor du film de Jean-jacques Annaud.

Une très mystérieuse intrigue…

Guillaume et Adso arrivent à l’abbaye pour participer à un débat sur la pauvreté du Christ. Peu après leur arrivée, un moine est retrouvé mort dans des circonstances suspectes. L’abbé de l’abbaye demande à Guillaume d’enquêter sur cette mort. D’autres meurtres suivent, chacun semblant être inspiré par des prédictions apocalyptiques. Guillaume utilise ses compétences en logique et en sémiotique pour enquêter sur les meurtres, avec l’aide d’Adso.

Bibliothèque et labyrinthe, deux lieux très étranges

La bibliothèque de l’abbaye, un labyrinthe complexe accessible à très peu de moines, est au cœur de l’énigme. Guillaume soupçonne que les meurtres sont liés à certains livres de la bibliothèque.

Quid de la thématique ? Philosophique et théologique ?

Le roman explore des thèmes tels que la foi, la raison, l’hérésie, le rôle de la connaissance et le pouvoir de l’Église. Des débats théologiques sur la pauvreté du Christ et l’autorité de l’Église sont entrelacés avec l’intrigue principale.

Le dénouement, ou les conclusions de l’enquête… Menée de main de maître !

Finalement, Guillaume découvre que les meurtres sont liés à un livre perdu d’Aristote sur la comédie, que le bibliothécaire de l’abbaye a cherché à cacher, croyant que son contenu pourrait inciter au rire et à l’hérésie. Et l’abbaye d’être finalement dévastée par un incendie, symbolisant la perte de connaissances et l’éphémère nature de la vérité.

Et à la fin…

Le Roman de la Rose se termine avec Adso, devenu vieux, méditant sur les événements passés et la nature éphémère de la connaissance et de la vérité.

Nous avons tout particulièrement apprécié le fait que la BD soit fidèle au livre original et dessinée avec maestria, offrant une reconstitution remarquable de l’œuvre originale.

Umberto Eco en 2007.

Une fidélité narrative car, au-delà du scénario, c’est vraiment l’esprit du livre original que nous retrouvons avec le respect de l’intrigue principale, des sous-intrigues, des personnages, des différents développements et des dialogues clés. Nous y retrouvons tous Les moments emblématiques du livre qui sont, ici aussi, capturés avec précision, conservant l’intensité émotionnelle et les points de tension narratifs. Le dessinateur, véritable artiste, a excellé dans la reconstitution des décors, des costumes et des objets de l’époque, en accord avec les descriptions du livre. Nous avons tout autant aimé, nécessitant sûrement une recherche approfondie et une attention méticuleuse, les détails historiques et culturels assurant ainsi toute l’authenticité visuelle.

Enfin, la mise en page de la BD reflète le rythme de l’histoire et nous situe en son cœur ! Avec de très belles planches dynamiques et fluides.

Pour conclure, avec cette adaptation fidèle et artistiquement riche, offrant aux lecteurs une expérience visuelle immersive qui complète et enrichit l’expérience de lecture du livre original, nous dirions que cette BD est de la belle ouvrage ! Nous restons dans l’attente du plaisir de lire le livre second.

Le Nom de la Rose-Livre premier

Milo Manara – Umberto EcoGlénat, 2023, 72 pages, 17, 50 € Format Kindle 12,99 €

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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