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22/08/24 : « La Bienveillance Bouddhique » s’invite au Collège Maçonnique

Les Entretiens d’Été du Collège Maçonnique, qui se dérouleront le jeudi 22 août 2024 à 19h30, vous invitent à une conférence exceptionnelle. Cet événement se propose de questionner la pertinence et l’actualité des vertus dans notre société contemporaine, avec une attention particulière portée à la Bienveillance, une vertu centrale dans la tradition bouddhique.

Christophe Richard

Christophe Richard : Un passeur de sagesse bouddhique

Christophe Richard, Docteur en Philosophie, est un éminent enseignant de philosophie au lycée et intervient régulièrement dans plusieurs universités. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour le Bouddhisme, et devient l’un des disciples du Vénérable Nehnang PAWO Rinpotché, qui lui transmettra les enseignements bouddhiques ainsi que l’initiation à cette voie spirituelle profonde.

Centre d’études et de pratiques du Bouddhisme Tibétain Dachang Vajradhara-Ling
Stupa, Dachang Vajradhara-Ling

Fort de cette riche expérience, Christophe Richard consacre aujourd’hui une grande partie de son temps à transmettre la sagesse du Bouddha au Centre d’études et de pratiques du Bouddhisme Tibétain Dachang Vajradhara-Ling, un centre de l’école kagyupa ayant statut de congrégation, situé à Aubry-le-Panthou dans l’Orne, près de Mortagne-au-Perche, en Normandie.  

Auteur prolifique, il a rédigé plusieurs ouvrages, tous chez L’Harmattan, une maison d’édition française renommée fondée en 1975, qui explorent et vulgarisent les enseignements bouddhiques, parmi lesquels : D’un reflet à l’autre, Et si on méditait vraiment !, Ce que n’est pas le Bouddhisme, Bouddha, vie d’un homme, Pour une éducation matérialiste, Bouddha et Épicure, Le Bouddhisme, Philosophie ou Religion ?, Bouddhisme et franc-maçonnerie.

Ses interventions, tant dans la presse que sur Internet, sont nombreuses et toujours très attendues, contribuant à faire rayonner la pensée bouddhique auprès d’un large public.

« La Bienveillance Bouddhique » : Une réflexion pour notre temps

Lors de cette conférence, Christophe Richard nous invitera à réfléchir sur la Bienveillance Bouddhique en tant que vertu applicable et essentielle dans notre monde moderne. Ancrée dans la tradition du Bouddhisme, la Bienveillance est bien plus qu’une simple attitude ; elle constitue un véritable mode de vie, une voie vers la paix intérieure et la compassion universelle. Dans un contexte où les relations humaines sont souvent marquées par l’avidité, la colère et l’ignorance, cette vertu apparaît comme un antidote précieux aux maux de notre époque.

À travers l’analyse des Quatre Nobles Vérités et de l’Octuple Sentier, Christophe Richard exposera comment la Bienveillance Bouddhique peut être perçue non seulement comme un idéal éthique, mais aussi comme une réponse concrète aux défis actuels. Il mettra en lumière la manière dont cette vertu, lorsqu’elle est cultivée, contribue à la transformation personnelle et collective, rapprochant ainsi les enseignements millénaires du Bouddha de nos préoccupations contemporaines.

Les modérateurs de la soirée

Martine Leimbach

Martine Leimbach : Juriste de renommée internationale, avec une vaste expérience dans les domaines des droits de l’homme et des affaires internationales qui a exercé ses talents au sein d’un groupe possédant le plus grand réseau de banques coopératives et mutualistes au monde et 1re bancassureur européen.

Alain Boccard : Photographe de renom, Président de l’Académie Maçonnique de Provence, et Ancien Grand Orateur de la Grande Loge de France.

Les organisateurs   

Alain-Noël Dubart – Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France 

Marie-Thérèse Besson – Ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France

La prochaine conférence sera donnée le jeudi 29 août à 19h30. Avec, comme invité, Damien Mougin, sur le thème « Albert Schweitzer : Le courage au service de la fraternité. »

Nous vous invitons à rejoindre cette soirée de réflexion, d’échanges et de partage, qui promet d’être riche en enseignements.

Inscription   

Pour participer à cette conférence, l’inscription est obligatoire. Vous pouvez vous inscrire ICI. Le site du Collège Maçonnique.

Voyage littéraire au volant : les 10 romans jugés « dangereux »

Louella Boulland, dans son article « Livres audio au volant : les 10 romans jugés « dangereux », publié sur Actualitté le 16 août dernier, nous entraîne dans une réflexion sur les nouvelles habitudes de consommation littéraire à l’ère du numérique et de la mobilité.

Alors que le livre audio connaît une ascension fulgurante, éclipsant parfois la musique traditionnelle pendant nos trajets en voiture, une question se pose : ces récits, qui captivent nos esprits, ne risquent-ils pas de nous détourner de la route, de ce monde tangible qui défile sous nos yeux ?

Loin des récits ésotériques ou initiatiques qui peuplent parfois les classements littéraires, cet article se concentre sur des œuvres contemporaines, des fictions qui, par leur intensité narrative et émotionnelle, pourraient bien représenter une menace silencieuse pour les conducteurs. Avec une plume alerte, Louella Boulland expose les résultats d’une étude américaine qui a mesuré le rythme des livres audio les plus populaires, révélant ainsi que certains titres sollicitent une attention si intense qu’ils deviennent potentiellement dangereux pour ceux qui les écoutent en conduisant.

Les romans sentimentaux, souvent riches en rebondissements dramatiques et en émotions fortes, dominent ce classement. Des auteures comme Colleen Hoover et Sarah J. Maas, dont les œuvres ont déjà conquis des millions de lecteurs, se retrouvent en tête de cette liste de titres jugés « à risque ». Leurs histoires, captivantes à souhait, s’avèrent si immersives qu’elles peuvent détourner l’attention des conducteurs, les entraînant dans des mondes imaginaires au détriment de la réalité du trafic.

Louella Boulland décrit avec finesse comment la voix des narrateurs, portant ces récits à un rythme soutenu, peut devenir une douce mélodie hypnotique qui nous transporte, mais qui, paradoxalement, peut aussi nous éloigner de la concentration nécessaire à la conduite. Les mots, soigneusement choisis par les auteurs, sont ici des armes à double tranchant : ils enrichissent nos trajets mais peuvent aussi nous envoûter au point de nous faire oublier la route.

Ce phénomène n’est pas anodin. Avec le marché du livre audio en pleine expansion, atteignant des sommets inégalés tant en Europe qu’aux États-Unis, la popularité de cette forme d’écoute risque de transformer nos manières de voyager. Pourtant, à l’ère où la technologie permet de consommer la culture en tout lieu et en tout temps, il devient impératif de rappeler les dangers que cela peut entraîner.

Ainsi, cet article se veut autant un avertissement qu’une réflexion sur notre rapport à la littérature et à la technologie. Louella Boulland nous invite à savourer ces récits, mais avec prudence, nous rappelant que, même si les mots peuvent être des compagnons de route enchanteurs, ils ne doivent jamais nous détourner du chemin qui s’étend devant nous.

Les dix romans audios jugés « « dangereux »

Icebreaker est le premier tome de la série Maple Hills écrite par Hannah Grace et publiée par BMR (Hachette Livre). Ce roman, traduit en français par Madeleine Petit, s’inscrit dans le genre Young Adult. L’histoire se concentre sur Anastasia Allen, une patineuse artistique vedette de l’équipe de Maple Hills. Anastasia est décrite comme une athlète déterminée qui « vit pour gagner » et dont l’emploi du temps est extrêmement chargé.

À tout jamais est un roman de Colleen Hoover, traduit en français par Pauline Vidal et publié aux éditions Hugo Roman. Ce livre est la suite du roman Jamais plus et poursuit l’histoire de Lily. Désormais mère d’une petite fille nommée Emerson, Lily est déterminée à briser le cycle de la violence dans sa famille. Elle a pris la décision difficile de divorcer de Ryle, le père d’Emerson, pour protéger sa fille et elle-même.

Tout ce que je sais sur l’amour de Dolly Alderton. Ce livre autobiographique raconte avec humour et franchise les expériences amoureuses et amicales de l’auteure dans sa vingtaine. Dolly Alderton y partage ses réflexions sur les relations, l’amitié et la découverte de soi.

Un palais d’épines et de roses de Sarah J. Maas. Premier tome d’une série de fantasy, ce roman suit Feyre, une chasseuse humaine emmenée dans un royaume féerique après avoir tué un loup. Elle y découvre un monde magique et dangereux, ainsi qu’une romance interdite.

Un palais de cendres et de ruines, là aussi de Sarah J. Maas. Suite directe du précédent, ce deuxième tome poursuit l’histoire de Feyre alors qu’elle doit faire face aux conséquences de ses actes et naviguer les intrigues de la cour féerique.

Jamais plus de Colleen Hoover. Ce roman aborde le thème des violences conjugales à travers l’histoire de Lily, qui tente d’échapper à une relation abusive. Il explore les cycles de violence et le courage nécessaire pour y mettre fin.

Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams. Classique de la science-fiction humoristique, ce roman suit les aventures absurdes d’Arthur Dent à travers la galaxie après la destruction de la Terre. Il est rempli d’humour britannique et de situations loufoques.

Yellowface de Rebecca F. Kuang. Ce thriller littéraire suit une écrivaine blanche qui usurpe l’identité d’une auteure asiatique décédée pour publier son manuscrit. Il aborde les questions d’appropriation culturelle et d’éthique dans le monde littéraire.

Funny Story d’Emily Henry (non traduit). Roman de comédie romantique sur deux écrivains forcés de partager un bureau pendant un été, mêlant rivalité professionnelle et attirance personnelle.

Fairy Tale de Stephen King. Ce roman fantastique suit Charlie, un adolescent qui hérite d’une propriété cachant un portail vers un monde magique menacé par un tyran. Il mêle conte de fées et horreur typique de King.

« Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, je vous propose d’essayer la routine… Elle est mortelle. » Paulo Coelho

Abraham, la geste abrahamique, une interprétation symbolique

Du site blog-glif.fr – Du Frère Jean G. de la GLIF

Notre Très Cher Frère Jean G. s’est penché sur la geste du Patriarche Abraham. Il en a déduit une vision originale au travers le regard du mythe. Compte tenu de la richesse du contenu, son texte est publié en deux parties. Il écrit :

Giovanni Francesco Barbieri (1657).

Abraham est le premier des Patriarches. À ceux-ci, succéderont les Juges puis les Rois. Ces Rois sont ceux de la terre. Ils prennent possession de la matière, en véritables gestionnaires, au risque de perdre l’Esprit caché derrière l’image de la terre. Et les Rois s’éteindront. La suite des Patriarches et des Juges correspond à une longue période de maturation, de réflexion voire d’hésitation, même peut-être à un refus d’accepter notre appartenance à ce monde, dans la nostalgie de l’Au-delà. En parallèle il y eût des Prophètes. Dès le début Abraham est accompagné par « le dire » prophétique. C’est Sarah qui prophétise dans de nombreuses circonstances. Les Prophètes disent, sans répéter stricto sensu la Parole du Livre. Leurs propos sont inclus dans le Livre mais y échappent aussi. Le prophète est plus habité par son dire, qu’il ne le contrôle intellectuellement. D’une certaine manière il ne sait pas ce qu’il dit. Il évoque constamment un Monde au-delà de lui-même. La geste d’Abraham est une sorte de procrastination, devant la fatalité de prendre pied dans la manifestation, d’accepter de quitter la seule spiritualité, de fonder l’Histoire.

Abraham dans l’Histoire.

L’existence historique d’Abraham semble infirmée par toutes les recherches. Sa saga aurait été créée vers le VIèmesiècle av JC dans une perspective post exodique, alors que les Juifs étaient déportés à Babylone. Dans cette optique le long chemin d’Abraham, d’Ur à Haran vers les sources de l’Euphrate, puis vers Sichem, puis en Égypte et retour vers Canaan (environ 3 500 km) serait paradigmatique du destin des Juifs exilés.

                       

Le périple d’Abraham.

Quoi qu’il en soit, l’historicité d’Abraham est une énigme, dont la résolution est hors de portée. Mais que les textes en fassent une histoire est d’importance. Ce qui importe est la charge de sens inépuisable de cette aventure, qui se confond en fait avec le destin de chacun.

Nous ferons « comme si » Abraham avait existé (pour s’accorder respectueusement avec le dogme) et de toute façon, nous chercherons quelle est la signification (uniquement à notre avis) de la geste Abrahamique. Nous relèverons de très riches symboles qui pour avoir été cités sans doute bien avant nous, sont intéressants à repérer, répéter ou à souligner.

Le contexte géographique.

La naissance d’Abraham se situerait vers 1800 av JC, selon la tradition juive. Il est né en territoire sumérien à Ur (Our) près du delta de l’Euphrate et du Tigre, à 150 kms à l’ouest de la ville de Bassora actuelle, en Irak, dans une région à l’époque fertile, dépendant des crues très variables, voire tumultueuses, des deux fleuves, luttant contre des marées parfois envahissantes de la mer du Golfe Persique. L’origine des peuples sumériens est inconnue. Ils viendraient des Monts Zagros situés à l’Est du delta des deux fleuves. Les sumériens ne sont pas des sémites comme les akkadiens.

D’autres hypothèses évoquent une parenté avec les peuples de l’Indus, dravidiens dont sont issus les habitants actuels du sud de l’Inde. Certains parlent pour ces populations d’une ascendance homo sapiens africaine qui aurait migré vers cette région de l’Indus il y a 60 000 ans. D’autres parlent d’un peuplement Kousch, c’est-à-dire éthiopien, s’appuyant sur la citation de la Genèse en 10, 8-12 « Kouch engendra aussi Nemrod, celui qui le premier fut puissant sur la terre. » Sargon 1er akkadien qui vainquit les sumériens vers 3000 avant notre ère, se proclame en parlant de ces derniers comme « souverain des têtes noires », ce qui pourrait confirmer une origine lointaine africaine, soit par le détour de l’Indus, soit par celui de l’Éthiopie. De nos jours le sujet dépasse les débats de l’Ethnologie ou des sciences, pour n’être pas exempt de passion plus ou moins communautariste. 

Les Sumériens dépendaient intimement de l’eau. Ils avaient su drainer les terres par des canaux d’irrigation complexes. C’est sans doute la clef de leur prospérité. Mais c’est aussi une dépendance qui explique peut-être en partie leur chute. Le déluge qui apparaît pour la première fois dans une tradition écrite, en est un signe.

Le déluge narre une préoccupation vitale pour les sumériens, voire un événement en forme de catastrophe naturelle par submersion, inondation, tsunami, salinisation de terres fertiles par la montée des eaux de la mer ou au contraire retrait des eaux douces et des bassins d’alluvions.

Il est possible que la salinisation des eaux par la montée de la mer qui a dû se produire à cette époque géologique, ce qui semble attesté, entraîne une mise en danger de l’agriculture et de l’irrigation complexe à laquelle les sumériens devaient leur opulence.

La naissance d’un mythe.

Quand un sujet est tant évoqué par des hommes c’est qu’il les préoccupe et est imprimé profondément dans la mémoire collective même des siècles après. Un événement de type catastrophe écologique en rapport avec l’eau a possiblement marqué la vie des sumériens. Un mythe, est né, qui donne sens pour expurger toute la charge émotionnelle, mortifère et anxiogène. Les hommes ont vu dans le déluge la punition ou le courroux des dieux, justes ou pas, mais ils ont décidé de l’expliquer, sinon de le justifier.

            La XIème tablette de la version de Ninive de l’Épopée de Gilgamesh,

relatant le Déluge. British Museum.

Cette région prospère vit la naissance de l’écriture, dans un alphabet cunéiforme. Ainsi nous est parvenu le mythe de Gilgamesh créé à partir de l’histoire d’un roi attesté d’Ourouk dont la prospérité fut antérieure à sa voisine Ur vers 2500 ans av JC. L’Épopée de Gilgamesh nous livre une des premières théogonie et cosmogonie qui nous soient parvenues. La saga narre le passage de l’homme à la vie sédentaire, à l’agriculture, à la culture, à la fondation du concept de ville. En même temps s’organise un panthéon divin qui offre aux hommes une espérance face à l’angoisse de  mort qui torture le héros. Dans le récit est conté un déluge, fruit de la colère des dieux, dont est sauvé un ancêtre de Gilgamesh grâce à une embarcation qui protégera de l’extinction la vie humaine et animale en abritant des spécimens de chaque espèce.

Dans l’Épopée de Gilgamesh, les dieux anthropomorphes ne sont pas justes, ils sont capricieux, violents, lubriques et parmi eux règnent des figures exemptes de sagesse.

Généalogie d’Abraham.

Abraham est un sumérien, descendant de Noé par son père Terah. Il épousera Sarah, qui est, soit sa sœur, soit une demi-sœur (du même père) soit sa nièce, fille de Haran qui meurt dans un brasier, ayant refusé d’être idolâtre à l’instar de son père, haut dignitaire d’Ur.

Terah, dignitaire au service du roi d’Ur, adhère d’abord au culte local.

Si des exodes, d’Abram ou de peuples sumériens ont existé, quelles en sont les causes ? Autour de – 2500 ou – 2000, les cités sumériennes déclinent. Après Ourouk, Ur (ou Our), Éridou, les royaumes du sud s’affaiblissent. Babylone, plus au nord et Ninive s’affirment. Ces nouveaux peuples, dits akkadiens prennent le dessus sur les sumériens. Les Akkadiens viennent de Syrie, sont Amorites, peuple sémitique. Leur langue va se brasser avec le sumérien.

En tout cas les villes du sud sont supplantées par celles du centre du bassin de l’Euphrate, progressivement à partir du deuxième millénaire. Sont-t-elles balayées par la conquête militaire ? Il y a-t-il des changements écologiques importants ? Il y-a-t-il conjonction de plusieurs facteurs ?

Des envahisseurs ont peut-être profité de la situation. Ainsi les populations locales soumises à de nouveaux princes ou victimes de famines se sont-elles mises en marche pour chercher des terres plus hospitalières ou ont été déportées en esclavage ? Aujourd’hui nous parlerions d’immigration climatologique et de luttes ethniques de voisinage.

La conversion d’Abram.

Selon le Midrash Bereshit Rabbah 38 19, Abram n’adhère pas à la religion des idoles et du feu, à laquelle son père Thera et son ami et souverain Nemrod (ou Nimrod) adhèrent. Abram brise les idoles et son père le dénonce au roi. Ce dernier jette Abram dans le feu, qui en ressort miraculeusement indemne. Le frère d’Abram Haran[1] se jette dans le feu pour prouver qu’il partage les idées de son frère plus jeune. Il est brulé. Thera et Abram, Loth le fils d’Haran et leurs commensaux partent. Ils gagnent Haran (curieuse homonymie avec le nom du frère). C’est là que Thera mourra, faisant d’Abram, alors âgé de 70 ans, le chef de famille. À ce moment, Dieu se manifestera pour la première fois à Abram.

Dans la Genèse, Abram, « le Père est exalté » deviendra Abraham, « père d’une multitude de nations »

Le passage du nom : d’Abram à Abraham.

Le terme Abram est en rapport avec l’exaltation, soit pour lui-même soit vis-à-vis d’un Père exalté ou à exalter. Ce mot est d’une grande force et polysémique.  C’est à la fois élever, parfois au point de risquer, la démesure, le délire, voire la folie peut-être. « Contrôlée », l’exaltation a une dimension prophétique. Dans une acception chimique voire alchimique, c’est augmenter l’activité d’une substance sous l’action d’un catalyseur (cela n’identifie pas la nature de ce catalyseur, le divin peut-être). C’est aussi s’élever en esprit.

Abram devenant Abraham, le père d’une multitude, accède à un espace de réalité quasi matérielle. Il s’agit d’expandre sa « trace » sur la terre et de prendre possession de celle-ci. La réalisation est une nécessité, un passage obligé, mais ne constitue-t-elle pas une diminution de la dimension de notre héros ? D’Abram à Abraham n’y-a-t-il pas rétrécissement de l’amplitude des domaines, un passage de la puissance à la substance, du divin à l’humain ?

Ce passage de l’un à l’autre, longtemps refusé à Abraham par dieu lui-même comme s’il voulait le retenir ou nous faire comprendre que la vérité et la grandeur étaient dans Abram et non dans Abraham, dans l’esprit plus que dans la matière, se produit en plusieurs étapes et par l’entremise du féminin, dans sa dimension prophétique.

Alors qu’une grande descendance est promise à Abraham puis à Isaac, leur femme respective sont stériles. Alors qu’une terre est promise, ils restent nomades et plus ou moins chassés des pays qu’ils convoitent. Avant de devenir Abraham, l’homme est dans le manque (de terre, de descendance). Il n’est pas accompli, pas réalisé (au sens strict, c’est-à-dire pas de plein pied avec la réalité) ou plutôt a quitté paradoxalement la plénitude de l’exaltation.

Fin de la 1ère partie de la Geste abrahamique.

JG, 2024/07.

*

[1] Haran a été trouvé dans 6 verset(s) :

Gn 11 ; 26 : Térach, âgé de soixante-dix ans, engendra Abram, Nachor et Haran (Haran).

Gn 11 ; 27 :  Voici la postérité de Térach. Térach engendra Abram, Nachor et Haran (Haran). -Haran (Haran) engendra Lot.

Gn 11; 28 : Et Haran (Haran) mourut en présence de Térach, son père, au pays de sa naissance, à Ur en Chaldée

Gn 11 ; 29 : Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille d’Haran (Haran), père de Milca et père de Jisca.

Gn 11 ; 31 : Térach prit Abram, son fils, et Lot, fils d’Haran (Haran), fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils. Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Charan, et ils y habitèrent.

1 Chroniques 23 ; 9 : Fils de Schimeï : Schelomith, Haziel et Haran (Haran), trois. Ce sont là les chefs des maisons paternelles de la famille de Laedan.

Dessin de François Morel : « Le Tablier du cuisinier »

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Cette semaine, l’oeil avisé et taquin de François Morel nous conduit sur les parvis pour les Agapes. Nous pouvons même affirmer qu’il s’agit d’un moment particulier… puisque c’est le partage du vin. L’esprit curieux de certains Frères interroge sur la forme de certains tabliers inhabituels dans nos Loges…

À la quête du Saint Graal : Entre histoire et mythe

Dans le domaine de l’édition, le fait de mettre un petit dessin ou symbole à côté du numéro de bas de page est appelé une cul-de-lampe. Il s’agit d’un ornement graphique souvent utilisé pour embellir les fins de chapitres ou de sections dans un livre. Le cul-de-lampe peut prendre différentes formes, allant de simples motifs décoratifs à des dessins plus élaborés.

Logo EDIMAF

Ici, ce qui a retenu notre attention c’est que ce cul-de-lampe représente une main tenant un compas – logo de l’éditeur –, ajoutant une touche d’élégance et d’originalité à la mise en page du texte. Le compas ne symbolise -t-il pas des concepts comme la précision, la mesure ou la création, puisque le compas est un outil traditionnellement associé à ces idées, en évoquant également l’idée de la planification soignée ou de la géométrie. Il préfigure et donne une signification particulière à Le Saint Graal – Mythe et Genèse de Patrick Petitdidier. Après tout, la main tenant le compas peut être interprétée comme un symbole de l’art de la construction, non seulement au sens physique mais aussi au sens spirituel et moral. Rappelons qu’en franc-maçonnerie, les outils du bâtisseur (comme le compas, l’équerre, le niveau, etc.) sont des métaphores pour la construction de soi, l’amélioration personnelle, et la quête de la vérité et de la sagesse.

Ainsi, le cul-de-lampe évoque la quête de la perfection morale et spirituelle, des valeurs essentielles dans la philosophie maçonnique.

Le Saint Graal – Mythe et Genèse est une quête profonde dans l’univers mystérieux du Graal, symbolisant non seulement une recherche historique, mais aussi une exploration ésotérique et philosophique. Dès la préface, l’auteur nous immerge dans un questionnement sur la nature même du Graal : est-il une réalité tangible ou un simple mythe forgé par l’imagination humaine ? Cette interrogation traverse tout le livre et reflète une tension constante entre le besoin de croire en quelque chose de plus grand, et le scepticisme moderne qui cherche à déconstruire les légendes pour les ramener à des faits vérifiables.

La colonne vertébrale du livre donnée par la table des matières révèle une structure thématique riche, où chaque chapitre aborde un aspect différent du mythe du Graal. Les premiers chapitres s’attachent à explorer la genèse du roman arthurien, les sources d’inspiration, et les raisons probables de la création de ce mythe. On y trouve une analyse qui réconcilie la dimension littéraire et historique de l’œuvre avec une réflexion plus métaphysique sur la signification du Graal.

Arthur retirant l’épée Excalibur du rocher. Illustration de A. S. Forrest (1906)

Les chapitres suivants s’intéressent à des éléments précis du mythe arthurien, tels que les saintes reliques, les lances magiques, ou encore la figure emblématique du roi Arthur et son épée légendaire, Excalibur. Une découverte, tout aussi mythique sans doute, sera l’épée de Charles Martel, soi-disant récupérée par Jeanne d’Arc dans l’église de Sainte Catherine de Fierbois, en Indre-et-Loire.

Église de Sainte Catherine de Fierbois

Pour mémoire, cette épée reste entourée de mystères et de légendes. Elle est souvent associée à des récits légendaires, incarne le lien entre le passé glorieux de la France et la mission divine de Jeanne d’Arc. Une épée qu’elle aurait ensuite portée lors de ses batailles et qui reste une des nombreuses histoires qui entourent la figure de la Pucelle d’Orléans, ajoutant à son aura de sainteté et de mystère.

Ce choix de thèmes montre une volonté de l’auteur de décortiquer les symboles majeurs de la légende pour en extraire une compréhension plus fine de leur signification, tant sur le plan historique que spirituel.

Église Sainte Catherine de Sainte Catherine de Fierbois

L’inclusion d’un chapitre sur « Les nazis et le Graal » est une véritable incursion dans l’histoire plus contemporaine, où le mythe du Graal est récupéré par des idéologies modernes – Hitler, Himmler, Otto Ranh (1904-1939), écrivain et archéologue autodidacte allemand, également officier de la SS, et auteur de deux ouvrages sur la légende du Graal et la croisade contre les Albigeois –, ajoutant une couche supplémentaire de complexité à l’analyse. Cela témoigne d’un effort pour montrer comment les mythes anciens continuent de résonner et d’être réinterprétés dans des contextes culturels variés.

Le Grand Œuvre – Tableau alchimique GODF, détail

Patrick Petitdidier poursuit ensuite son exploration en se tournant vers l’alchimie et les traditions ésotériques, liant le mythe du Graal aux mystères de la transmutation et à la recherche de la pierre philosophale. Ce rapprochement avec l’alchimie place le Graal non plus seulement comme un objet sacré, mais comme une métaphore de l’élévation spirituelle, une quête intérieure de perfection et de connaissance.

L’ouvrage se distingue par son approche symbolique du Graal, le traitant non pas comme une simple relique, mais comme un symbole multiforme, capable de représenter des idéaux aussi divers que la sainteté, la connaissance, ou la quête d’une vérité transcendante. La récurrence des termes liés à l’alchimie, aux traditions orientales, et aux allégories mystiques montre une volonté de l’auteur de lier le Graal à un ensemble plus vaste de traditions spirituelles et philosophiques.

Tabula Smaragdina

L’un des points culminants de cette approche est sans doute la référence à la Tabula Smaragdina, la Table d’émeraude un des textes les plus célèbres de la littérature alchimique et hermétique, souvent attribué à Hermès Trismégiste, littéralement « Hermès trois fois le plus grand », personnage mythique de l’Antiquité gréco-égyptienne. La mention de ce texte dans le contexte du Graal souligne l’idée que la quête du Graal est en fait une quête de transformation intérieure, une recherche de l’unité entre le microcosme humain et le macrocosme divin.

Hermès Trismégiste

L’écriture de l’auteur est dense et introspective, chargée de références ésotériques et de réflexions philosophiques. Le style est à la fois érudit et accessible, capable de captiver l’attention du lecteur tout en le guidant à travers un labyrinthe de symboles et d’allusions culturelles. La prose est élégante, parfois ornementée, ce qui reflète bien l’ampleur du sujet traité. Patrick Petitdidier n’hésite pas à poser des questions ouvertes, incitant le lecteur à participer activement à la réflexion, plutôt que de simplement absorber un contenu prédéfini.

En conclusion, cet ouvrage se présente comme une exploration à multiples facettes du mythe du Graal, mêlant histoire, littérature, ésotérisme, et philosophie. L’auteur nous invite à un voyage intellectuel et spirituel, où chaque page est une nouvelle étape dans la quête de la vérité, que celle-ci soit historique ou intérieure. Le livre est non seulement une source d’informations, mais aussi une invitation à la méditation sur des thèmes éternels, transcendant les frontières du temps et de l’espace.

Pratiquant le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm au sein du Grand Orient de France dont il est membre depuis 2002 et du Grand Ordre Egyptien depuis plus de dix ans, Patrick Petitdidier, par son érudition et son style littéraire, réussit à transformer une simple enquête historique en une véritable quête de sens, une réflexion profonde sur la nature du sacré et sur la manière dont les mythes continuent de structurer notre compréhension du monde. Ce livre s’adresse à tous ceux qui cherchent à aller au-delà des apparences, à comprendre les symboles qui façonnent notre imaginaire collectif, et à trouver, peut-être, leur propre Graal dans les méandres de l’histoire et de la culture.

Le Saint Graal – Mythe et Genèse

Patrick Petitdidier – Édition Maçonnique de France, 2024, 108 pages, 21 €

Les mystères révélés de la franc-maçonnerie aux Journées européennes du patrimoine

Les 21 et 22 septembre 2024, à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, le musée de la franc-maçonnerie à Paris vous ouvre ses portes pour une expérience unique, gratuite et enrichissante. C’est une opportunité rare de plonger au cœur de cette organisation séculaire, souvent entourée de mystère, mais qui a façonné de manière significative l’histoire et la culture européenne.

Musée de la Franc-Maçonnerie
Musée de la franc-maçonnerie

Un voyage au cœur de la franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie, avec ses plus de 300 ans d’histoire, a profondément marqué l’évolution de la société, tant sur le plan politique que philosophique. Le musée de la franc-maçonnerie (Musée de France depuis 2003) vous invite à découvrir cette riche histoire à travers son exposition permanente. Vous y apprendrez comment l’art royal a contribué à l’avènement des idéaux des Lumières et à bien d’autres moments clés de l’histoire occidentale.

Les visiteurs pourront admirer une collection unique d’objets, de documents, et d’emblèmes qui retracent l’histoire et l’évolution de la franc-maçonnerie. Ces symboles, qui nourrissent à la fois fascination et curiosité, dévoilent les empreintes culturelles et iconographiques de cette organisation.

Thème 2024 : Patrimoine des itinéraires, des réseaux et des connexions

Cette 41e édition des Journées européennes du patrimoine met en lumière le thème des itinéraires, des réseaux et des connexions. La franc-maçonnerie incarne parfaitement ces concepts. De par sa nature, elle est un réseau d’hommes et de femmes unis par des idéaux communs, traversant les frontières et les siècles. La visite du musée sera l’occasion de comprendre comment ces réseaux ont forgé des connexions à travers le monde, influençant les sociétés de manière subtile mais profonde.

Un regard, aussi, sur le patrimoine maritime

Le thème du patrimoine maritime, également à l’honneur cette année, trouve un écho particulier dans l’histoire de la franc-maçonnerie. De nombreux maçons étaient marins, explorateurs ou commerçants qui ont porté les idéaux de la franc-maçonnerie aux quatre coins du globe. Cette dimension maritime de la franc-maçonnerie sera évoquée à travers certaines pièces de la collection, rappelant le rôle des loges maçonniques dans les grands ports et dans les échanges entre les continents.

Souvenons ces deux expositions temporaires consacrées à cette thématique de la mer.

Le catalogue de l’expo à l’abbaye de Graville

Au musée de la franc-maçonnerie, du 1er juin au 24 octobre 2015, l’exposition « Les Francs-Maçons et la Mer » explorait le lien entre la franc-maçonnerie et le monde maritime à travers des objets historiques, offrant un voyage des ports coloniaux à l’Île de la Tortue. 

Et à l’abbaye de Graville située dans le quartier de Graville-Sainte-Honorine au Havre ( département de la Seine-Maritime en Normandie) du 11 mai au 30 septembre 2019.

Une invitation à la découverte

Que vous soyez un passionné d’histoire, un amateur de mystères ou simplement curieux, ces deux journées sont une invitation à la découverte d’un patrimoine unique. Le Musée de la Franc-Maçonnerie vous propose une immersion dans un univers symbolique et philosophique, dont les ramifications continuent d’influencer notre société moderne.

Marianne « maçonnique » © Musée de la Franc‑maçonnerie

Ne manquez pas cette occasion exceptionnelle de visiter gratuitement le Musée de la Franc-Maçonnerie lors des Journées Européennes du Patrimoine 2024. C’est une chance de lever le voile sur une organisation fascinante qui, bien que discrète, a laissé une empreinte indélébile sur le cours de l’histoire.

Infos pratiques

Musée de la franc-maçonnerie – Siège du Grand Orient de France/16 rue Cadet 5009 Paris – Tél : 01.45.23.74.09/Métros : Cadet (ligne 7) ou Grands Boulevards (lignes 8, 9)/Station Vélib’ : Cadet (24-26 rue Cadet)

Sources : Journées du Patrimoine 2024 ; Sortir à Paris – Journées du Patrimoine 2024 au musée de la franc-maçonnerie

L’architecture du sacré : Voyage au cœur de la géographie maçonnique

Henri Pornon, érudit du symbolisme et de la spiritualité, propose dans son ouvrage Géographie sacrée en loge maçonnique – Quel rôle ? Une intéressante exploration de la place de la géographie sacrée dans le symbolisme maçonnique, en particulier à travers les trois premiers grades des rites Écossais Ancien et Accepté, Français, et Écossais Rectifié. La réflexion initiée par Henri Pornon ne se limite pas à une simple exposition des faits mais nous plonge dans une analyse profonde, enracinée dans les traditions spirituelles du monde et dans le riche symbolisme maçonnique.

Dès les premières pages, Henri Pornon établit la distinction essentielle entre géométrie et géographie sacrée. Si la géométrie sert d’outil pour comprendre l’harmonie et l’ordre dans la construction de l’univers, la géographie sacrée se concentre sur la signification symbolique des lieux, leur rapport au sacré et leur rôle dans les rites et les traditions spirituelles. Henri Pornon insiste sur le fait que la géographie sacrée dépasse le simple tracé de lignes sur une carte; elle incarne une dimension spirituelle, un lien entre l’homme et le divin, entre la terre et le cosmos.

L’auteur approfondit cette idée en s’appuyant sur des exemples tirés de diverses civilisations. Dans chaque tradition, les lieux sacrés ne sont pas choisis au hasard mais répondent à une logique sacrée. Par exemple, les alignements de pierres des sites mégalithiques, les temples orientés en fonction des solstices, ou encore les villes saintes, sont autant de manifestations de cette géographie sacrée. Henri Pornon explore comment ces lieux, chargés de sens et d’énergie, sont intégrés dans le symbolisme maçonnique, en particulier dans les rituels et les déplacements des frères et sœurs au sein des loges.

L’ouvrage se déploie ensuite en une analyse détaillée des éléments de géographie sacrée présents dans les rites maçonniques. L’étude minutieuse des temples, des décors, et des mouvements en loge révèle des correspondances profondes avec les pratiques géographiques sacrées des anciennes civilisations. Les temples maçonniques, par exemple, sont conçus non seulement comme des espaces de réunion mais comme des microcosmes du monde, reflétant à la fois l’ordre terrestre et céleste. Les déplacements des initiés dans la loge suivent une chorégraphie qui n’est pas sans rappeler les pèlerinages ou les processions rituelles, visant à reproduire symboliquement le voyage spirituel de l’homme vers le divin.

Henri Pornon

La réflexion d’Henri Pornon s’étend également à la temporalité dans les rituels maçonniques. Il compare le temps cyclique, incarné par le mouvement du soleil d’est en ouest, au temps linéaire de la vie humaine, et montre comment cette dualité se reflète dans les rituels maçonniques. Le concept de temps sacré, distinct du temps profane, est ici essentiel pour comprendre l’importance des cycles naturels dans la construction symbolique du temps en maçonnerie.

Enfin, l’auteur aborde la question cruciale du rôle de la géographie sacrée en loge symbolique. Henri Pornon soutient que la géographie sacrée en maçonnerie ne sert pas seulement à ancrer les rituels dans une tradition symbolique, mais aussi à créer une connexion entre le microcosme de la loge et le macrocosme de l’univers. Cette correspondance entre l’homme, la loge, et l’univers est au cœur de la spiritualité maçonnique, où chaque geste, chaque mouvement, chaque objet a une signification sacrée.

Géographie sacrée
Géographie sacrée

Henri Pornon, la bio

Henri Pornon est un spécialiste reconnu des outils et techniques de géolocalisation, mais c’est son intérêt passionné pour le symbolisme, la spiritualité, et le sacré qui l’a conduit à explorer en profondeur la géographie sacrée. Auteur de Géographie sacrée – Le hasard, l’homme, le divin ? (EME Éditions, Coll. « Explorations maçonniques », 2022), Henri Pornon s’appuie sur les travaux des anthropologues et des historiens des religions pour développer une compréhension raffinée du sacré dans l’espace. Initié à la Grande Loge de France en 2010, il a pratiqué pendant dix ans le Rite Écossais Ancien et Accepté avant de rejoindre en 2020 la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra. Ses recherches en géographie sacrée, qu’il partage également à travers son site Internet font de lui une voix incontournable dans ce domaine.

Géographie sacrée en loge maçonnique – Quel rôle ? d’Henri Pornon est une œuvre dense, érudite, et indispensable pour quiconque s’intéresse à la dimension sacrée de la maçonnerie. L’auteur réussit à démontrer que la géographie sacrée, loin d’être une simple abstraction, est un outil fondamental pour comprendre le symbolisme maçonnique. À travers une analyse minutieuse des rites, des temples, et des pratiques maçonniques, Henri Pornon met en lumière les liens profonds qui unissent la loge au cosmos, l’homme à l’univers, dans une quête perpétuelle de sens et de sacré.

Géographie sacrée en loge maçonnique – Quel rôle ?

Henri Pornon Éditions Dervy, coll. Les outils maçonnique du XXIe siècle, 120 pages, 9,90 €

Moncrabeau (Lot-et-Garonne) : La capitale mondiale des Menteurs

Moncrabeau est un village pittoresque situé dans le Sud du Lot-et-Garonne (région Nouvelle-Aquitaine), en pleine Gascogne, dans le Pays d’Albret sur la Baïse entre Condom et Nérac à la limite du Gers, et à environ 35 km d’Agen. Avec ses 828 habitants, cette commune rurale se distingue par un titre unique et intrigant : celui de capitale mondiale des Menteurs.


 Roi des Menteurs

Depuis près de trois siècles, précisément depuis 1748, Moncrabeau a su cultiver et perpétuer une tradition particulière qui fait d’elle un lieu emblématique pour tous ceux qui s’adonnent à l’art du mensonge ou à l’art de travestir la vérité.

L’Académie des Menteurs, gardienne de la Tradition

L’Académie des Menteurs de Moncrabeau est l’institution phare qui assure la pérennité de cette tradition gasconne. Elle est le siège social et le lieu de ralliement de tous les menteurs du monde entier. Chaque année, elle organise un événement incontournable : le Festival des Menteurs.

Le Festival des Menteurs : Une célébration annuelle

Le Festival des Menteurs, qui se tient chaque premier dimanche d’août – cette année un 4 août, et pas que la nuit comme en 1789 ! –, est un moment fort de la vie culturelle de Moncrabeau. Cet événement festif attire des participants et des spectateurs venant des quatre coins du monde. Au cours de cette journée, l’Académie des Menteurs procède à l’élection et au sacre du Roi des Menteurs, une distinction prestigieuse qui récompense la personne ayant le plus brillamment manié l’art du mensonge.

Ce festival est une véritable célébration de la créativité, de l’humour et de l’esprit d’invention, valeurs chères à la tradition gasconne. Il s’agit d’un concours où les participants rivalisent d’ingéniosité pour raconter les histoires les plus incroyables et les plus invraisemblables, le tout dans une ambiance conviviale et bon enfant.

Qui peut être candidat ?

Toute personne majeure dont le texte de la menterie a été sélectionné par l’Académie des Menteurs peut se porter candidate au titre de Roi ou Reine des Menteurs.

Qu’est-ce qu’une menterie ?

Une menterie est un savant mélange de vérité, mensonge et humour. Elle doit durer de cinq à huit minutes et doit être entendue par tout public.

Ce n’est en aucun cas une tribune politique, ni confessionnelle. On pourrait même donner le terme de Gasconnade à la définition de la menterie.

Sacre de la Reine des Menteurs, aussi !

Les hommes politiques, les avocats, les chirurgiens-dentistes, les météorologues, et les journalistes reçoivent automatiquement le Diplôme de Menteur. Cependant, pour officialiser ce titre, ils doivent se rendre à Moncrabeau le premier dimanche d’août et le valider en s’asseyant sur le célèbre fauteuil des menteurs. Une simple formalité !

Depuis quarante ans, de nombreux Rois des Menteurs ont été sacrés, mais des Reines également, prouvant ainsi que l’art de la menterie n’est pas réservé aux hommes ! Les couronnes de Moncrabeau ne connaissent pas de frontières : Belges, Allemands, Québécois, et même des candidats venus de Colombie, des États-Unis, de Nouvelle-Zélande, et d’Espagne ont été honorés, illustrant ainsi le caractère universel de cette tradition.

Comment postuler au titre de Roi des Menteurs ?

Pour prétendre au titre de Roi des Menteurs, chaque candidat doit soumettre son texte à l’Académie des Menteurs avant le 1er juillet. La menterie, une histoire habilement tissée de vérité, d’humour, et de mensonge, doit durer entre cinq et huit minutes et sembler suffisamment vraisemblable pour que les académiciens, membres du jury, puissent la croire réelle. Cette menterie doit impérativement être rédigée en français ou en gascon.

Les candidats dont les menteries auront été retenues par la docte assemblée viendront les raconter, assis sur le célèbre fauteuil des menteurs, devant un public toujours plus nombreux lors du Festival des Menteurs de Moncrabeau. Envie de tenter votre chance et de devenir le prochain Roi ou Reine des Menteurs ? Pour être candidat, c’est ICI.

L’élection du Roi des Menteurs

Le vote répond à un rituel du XVIIIe siècle : chaque académicien, muni d’une salière et d’une cuillère en bois, attribue de deux à dix cuillères de sel en fonction de sa perception de la menterie ; deux petits pages recueillent le sel auprès du jury à l’aide d’un sac de jute qui est remis aux « Ingénieurs des poids et mesures » pour la pesée.

C’est la candidate ou le candidat qui récolte le plus de poids de sel qui est sacré Roi des Menteurs de l’année. Chaque candidat reçoit, uniquement le jour du festival, un Brevet des Menteurs (BAC +10) qui lui permet de « travestir la vérité en tout temps et en tous lieux ! »

Le Patrimoine culturel de Moncrabeau

Moncrabeau, par son statut de capitale mondiale des Menteurs, s’est forgé une identité unique, attirant les curieux et les passionnés d’histoires rocambolesques. L’Académie des Menteurs est non seulement un symbole de cette tradition, mais aussi un vecteur de rayonnement culturel pour la commune.

À la suite des circuits menteurs…

Ne manquez pas de découvrir le Fauteuil du Roi des Menteurs et partez à la découverte de Moncrabeau à travers ses circuits menteurs, adaptés pour les adultes et les enfants.

Ces parcours uniques au monde vous plongent dans l’univers singulier du village, où chaque coin de rue raconte une histoire extraordinaire. Vous y découvrirez notamment le célèbre fauteuil des Menteurs, un emblème incontournable. Le circuit vous dévoilera aussi l’incroyable histoire de FUJIYO LAPUCE, l’informaticien du Roi Louis XVI, ainsi que la rue au nom évocateur, Cocu Saute, et son insolite Monument au Cocu Inconnu. La visite se poursuit par la porte de la Mentherie, où est conservé le crâne d’Henri IV enfant dans l’ancienne prison royale du XVIe siècle.

Ces découvertes, parmi tant d’autres, vous permettront de vous immerger dans l’histoire de Moncrabeau, une histoire riche en humour gascon, où la frontière entre légende et réalité, mensonge et vérité, se brouille à merveille. Cette visite libre et gratuite, d’une durée d’environ une heure, est une invitation à chacun de se faire sa propre opinion sur ce que cache vraiment ce village hors du commun.

Les Cabris d’Albret, le groupe folklorique de l’Académie des Menteurs

Moncrabeau et son Académie des Menteurs sont les gardiens d’un patrimoine immatériel qui allie humour, tradition et convivialité. Le village, avec son festival annuel, continue de célébrer l’art du mensonge sous toutes ses formes, tout en renforçant son titre de capitale mondiale de cette discipline si particulière.

« Alchimie » de Melan, un rappeur ésotérik ?

C’est le commentaire de G.A.S posté le 16 août courant à la suite de notre article « « No Pasarán » : Quand le rap français vise les francs-macs ! Côté obédiences, silence radio ! » qui nous a inspiré cette analyse de cette chanson intitulée « Alchimie » de Melan.

Plongeons dans les thèmes, les paroles, et l’atmosphère générale de la chanson

Melan*, un artiste français souvent associé à la scène rap underground, est connu pour ses textes introspectifs et poétiques. Dans « Alchimie », il aborde des thèmes profonds et personnels, caractérisés par une réflexion sur la vie, la condition humaine, et les luttes internes.

Le titre « Alchimie » renvoie à l’idée de transformation, un processus central dans l’alchimie traditionnelle où l’on cherche à transformer le plomb en or. Ici, Melan semble utiliser cette métaphore pour parler de transformation intérieure, d’évolution personnelle. Il explore comment les expériences de vie, souvent difficiles, peuvent être transformées en quelque chose de précieux.

Une grande partie des paroles reflète une lutte interne, un conflit entre le désir de s’améliorer, de transcender ses propres limites, et les obstacles qui se dressent en chemin. Cette lutte est un thème récurrent dans le rap de Melan, qui utilise souvent ses chansons comme une forme de catharsis.

La chanson met en lumière la dualité de la vie – la coexistence du bien et du mal, du bonheur et de la souffrance. Melan évoque cette dualité pour illustrer comment elle est une part intégrante de l’expérience humaine.

L’analyse des paroles…

Melan se distingue par sa capacité à jouer avec les mots, créant des images riches. Les paroles de « Alchimie » sont imprégnées de symbolisme, souvent évoquant des idées philosophiques et spirituelles. Le ton est à la fois mélancolique et déterminé, comme si l’artiste se battait contre des forces extérieures tout en cherchant à trouver un sens à sa propre existence.

Melan utilise un langage à la fois poétique et brut, une combinaison qui permet de capturer la réalité dure de la vie tout en l’élevant à un niveau plus symbolique. Ses rimes sont souvent serrées, créant un rythme hypnotique qui soutient le poids émotionnel des paroles.

Il utilise des jeux de mots complexes et des métaphores élaborées et ses rimes sont riches et souvent multisyllabiques.

Les métaphores alchimiques sont omniprésentes, soulignant l’idée de transformation personnelle. Par exemple, la transformation du « plomb en or » peut être vue comme une métaphore pour transformer les aspects les plus sombres ou les plus pesants de la vie en quelque chose de positif et de lumineux.

… Et de la musique

La production musicale de « Alchimie » renforce l’atmosphère introspective des paroles. Les sonorités sont souvent sombres, avec des beats lourds qui ajoutent au sentiment de gravité. Les instrumentations subtiles, parfois teintées de mélodies mélancoliques, créent une ambiance qui invite à la réflexion. Côté technique de rap, Melan démontre une maîtrise technique impressionnante ! Son flow est fluide et varié, s’adaptant aux nuances du beat

« Alchimie » de Melan est une œuvre riche en significations, où l’artiste explore des thèmes de transformation, de lutte intérieure, et de dualité. À travers une poésie urbaine et un langage symbolique, Melan, qui utilise cette métaphore pour décrire son parcours artistique et personnel, invite l’auditeur à réfléchir sur sa propre vie, ses propres luttes, et les moyens par lesquels il peut transformer ses défis en quelque chose de précieux. C’est une chanson qui, à l’image de l’alchimie, vise à élever l’âme en transcendant les épreuves de l’existence.

*Melan, de son vrai nom Manel Foulgoc, est un artiste dont le parcours reflète une vie en mouvement, tant sur le plan géographique qu’artistique. Né en région parisienne, il quitte la capitale à l’âge de 14 ans pour s’installer dans le quartier Belfort de Toulouse, une ville qui deviendra le terreau fertile de son épanouissement artistique.

Blason de la ville de Toulouse
Toulouse, pont Saint-Pierre et le Dôme de la Grave enneigés en février 2012

C’est dans les cités toulousaines qu’il fait ses premiers pas en tant qu’animateur, une expérience qui le plonge dans la réalité des quartiers populaires et nourrit sa créativité. Cette période est marquée par son intégration au collectif Omerta Musik, où il affine son style et trouve sa voix.

En 2020, Melan fait une incursion remarquée dans le septième art avec son rôle dans « La Fine Fleur » de Pierre Pinaud, aux côtés de Catherine Frot et Vincent Dedienne. Cette transition vers le cinéma témoigne de la polyvalence de l’artiste, capable de s’exprimer avec autant de force à travers le micro que devant la caméra. Deux ans plus tard, il confirme son statut d’artiste accompli en rejoignant le jury du Festival Montmirail, marquant ainsi une nouvelle étape dans sa carrière.

Sur le plan musical, Melan se distingue par une discographie riche et évocatrice. Dès 2012, avec « Vagabond de la rime, vol. 1 », il pose les bases de son univers poétique et introspectif, poursuivant avec « Vagabond de la rime, vol. 2 » en 2014, et « La vingtaine » en 2015. Chaque album, du triptyque « Vagabond de la rime » jusqu’à « Abandon sauvage » en 2018, témoigne de son évolution artistique et de sa capacité à capter les nuances de la vie.

Son œuvre s’enrichit encore avec des projets comme « Pragma » en 2019, « Déconfinement » et « Angle mort » en 2020, avant de revenir en force avec « La Tr3ntaine » en 2023 et son intégrale en 2024. La même année, il sort « Havana », un album qui marque une nouvelle étape dans sa carrière musicale.

Parallèlement, Melan continue de s’investir dans le cinéma, avec des rôles dans « J’mange froid » de Romain Laguna en 2017, « J’ai tué mon mari » en 2021, et dans la saison 4 de « Capitaine Marleau » en 2022, où il incarne le personnage d’Erwan. Chacune de ses apparitions à l’écran confirme son talent et sa capacité à explorer différents registres artistiques.

Melan est un véritable vagabond de la rime et de l’image, un artiste en perpétuelle évolution, dont la quête d’expression ne connaît aucune limite.

YouTube : Titre issu de l’album « La Tr3ntaine l’intégrale », disponible partout. Clip réalisé par Théo Di Malta & Antoine Di Malta beatmaker: NiNETY8 Mix Master: El Gaouli Distribution: Addictive Music Produit par Surround Production. Illustrations Facebook Melan

La carte postale ancienne (CPA) maçonnique du dimanche 18 août 2024

Cette carte postale ancienne intitulée « Il pleut (de la boue) sur le temple » par A. Lemot se présente comme une satire mordante et riche en symbolisme, visant à dénoncer une institution ou un groupe spécifique, très probablement les francs-maçons, ce qui était un sujet fréquent de caricature en France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Au centre de l’image, un homme robuste, aux traits sévères, est représenté en train de balayer avec force le toit d’un bâtiment qui ressemble à un temple, marqué de l’inscription Grand Orient de France (GODF).

Ce temple, à l’architecture symbolique et austère, évoque clairement une loge maçonnique, le Grand Orient étant la plus ancienne obédience maçonnique française. L’homme, dont le visage exprime une détermination implacable, tient un balai sur lequel est inscrit « Interpellation Guyot de Villeneuve », indiquant que son action est celle d’une remise en question ou d’une critique vigoureuse. Le geste de balayer, dans ce contexte, est lourd de signification : il s’agit d’un nettoyage, d’une purification, voire d’une tentative de dévoiler ou de détruire ce qui est considéré comme corrompu ou secret.

Le balayeur

Le nom inscrit sur le balai dans la caricature, « Interpellation Guyot de Villeneuve », fait référence à Jean Guyot de Villeneuve, un personnage marquant de la Troisième République française, connu pour son rôle dans la révélation du scandale de l’affaire des fiches en 1904. Cette affaire a secoué les fondements de la vie politique française en exposant un système de surveillance politique et religieuse orchestré par le ministère de la Guerre en collaboration avec le Grand Orient de France.

Jean Guyot de Villeneuve, issu d’une famille aristocratique avec des liens profonds dans l’administration et la politique françaises, a choisi la carrière militaire avant de se lancer dans la politique. Patriote et nationaliste convaincu, il se distingue rapidement par ses positions tranchées et son intégrité rigoureuse. Ce sont ces qualités qui l’ont conduit à devenir une figure emblématique de l’opposition aux réformes républicaines de son époque, notamment celles visant à républicaniser l’armée.

Jean Guyot de Villeneuve (1864-1909) – Source Wikimedia Commons

La mention de son nom dans la caricature est lourde de sens. Elle évoque son action à la Chambre des députés lorsqu’il a révélé au grand jour le système des fiches, un réseau clandestin de surveillance des opinions politiques et religieuses des officiers de l’armée. Les informations recueillies par les francs-maçons du GODF étaient transmises au ministère de la Guerre pour influencer les promotions et les affectations, excluant systématiquement les catholiques et les opposants politiques. Guyot de Villeneuve, par son intervention, a précipité la chute du ministère Combes, bien que la politique anticléricale de ce dernier ne soit pas totalement interrompue.

La caricature le représente ainsi, balayant symboliquement la boue qui se déverse sur le temple maçonnique, une allégorie de la purification et de la dénonciation des pratiques jugées corrompues. Son acte de balayage devient un symbole de sa lutte pour exposer ce qu’il percevait comme une conspiration contre les valeurs traditionnelles françaises. Par cette interpellation, il a incarné la voix d’une partie de la société française qui voyait dans les actions du gouvernement et des francs-maçons une menace pour l’ordre moral et la liberté de conscience.

En fin de compte, Jean Guyot de Villeneuve, par son engagement et sa détermination, est devenu une figure incontournable dans l’histoire politique de la France de la Troisième République, laissant une empreinte durable par son rôle dans l’affaire des fiches et sa défense intransigeante de ses convictions nationalistes. La caricature, en le représentant ainsi, rend hommage à son combat tout en soulignant la violence symbolique de son action contre une institution qu’il considérait comme profondément pernicieuse.

Les personnages fuyant le temple

Les personnages qui fuient précipitamment le temple sous cette pluie de boue – symbolisant sans doute les scandales ou les accusations – sont présentés de manière grotesque et caricaturale. À gauche, un vieil homme à la barbe hirsute semble trébucher, tentant désespérément de s’échapper. Il est suivi d’un personnage affublé d’une tête d’animal (probablement un chien ou un bouc, souvent symboles d’obéissance aveugle ou de diablerie dans l’imaginaire populaire) et portant un chapeau où l’on peut lire VADE CAR...

Bien que n’ayant pas trouvé de locutions latines commençant par ces mots, nous imaginons volontiers qu’ils pourraient renvoyer, quand même, à cette injonction latine Vade retro qui signifie « va-t’en« , renforçant l’idée de rejet ou d’exorcisme. En vérité, ce Vade retro satana, soit « Retire-toi, Satan ! » provient de la Bible, Nouveau Testament, Évangile de Marc, 8, 33 (traduction : Louis Segond, 1910) : « … Mais Jésus, se retournant et regardant ses disciples, réprimanda Pierre, et dit : Arrière de moi, Satan ! car tu ne conçois pas les choses de Dieu, tu n’as que des pensées humaines… »

Un autre homme, en rouge, chute également, un livre sous le bras, peut-être une référence à des textes sacrés ou à des secrets dévoilés.

Les insectes volants qui sortent du temple peuvent être vus comme des métaphores des rumeurs, des mensonges ou des esprits corrompus. Les insectes sont souvent associés à la pestilence ou à la décomposition, et leur fuite précipitée du temple suggère que quelque chose de pourri ou de sale est en train d’être révélé ou exorcisé.

L’ensemble de la scène est marqué par une atmosphère de chaos et de déshonneur, où les individus sont littéralement balayés hors du temple, leur dignité et leur pouvoir réduits à néant. Le texte en bas de l’image « N’êtes-vous pas d’avis, Frère Vadecard, que voilà un vilain coup pour la fanfare ? » ajoute une touche d’ironie amère, s’adressant à un certain Frère Vadecard,

« N’êtes-vous pas d’avis, Frère Vadecard, que voilà un vilain coup pour la fanfare? »

C’est bel et bien une remarque plus qu’ironique adressée à Vadecard, qui était à l’époque le secrétaire général du GODF. Ce texte, aussi bref soit-il, est chargé de sous-entendus et de moqueries subtiles, visant à commenter de manière acerbe la situation représentée dans la caricature.

En s’adressant à Narcisse-Amédée Vadecard avec cette appellation, le caricaturiste souligne non seulement son rôle important au sein de l’organisation, mais aussi son implication directe dans les événements critiqués dans l’image. Narcisse-Amédée Vadecard, en tant que secrétaire général, aurait été responsable non seulement de la gestion quotidienne du GODF, mais aussi potentiellement impliqué dans les affaires controversées, telles que l’affaire des fiches.

Le mot fanfare est ici employé de manière métaphorique

Une fanfare, par définition, est un ensemble de musiciens jouant ensemble, souvent dans un esprit de célébration et d’organisation. Dans ce contexte, elle pourrait symboliser le GODF lui-même, perçu comme une organisation orchestrant, à la manière d’une fanfare, ses activités et ses influence dans la société française. L’expression « vilain coup pour la fanfare » pourrait alors être interprétée comme une attaque directe contre l’harmonie et la façade organisée du GODF. La révélation des scandales, des manipulations ou des intrigues internes vient dissoner cette fanfare, brisant l’image d’une organisation impeccable et ordonnée.

En posant la question « N’êtes-vous pas d’avis… », le caricaturiste invite Narcisse-Amédée Vadecard à reconnaître l’évidence : le coup porté à l’organisation est sévère, embarrassant, voire dévastateur. Ce ton faussement poli et inquisiteur renforce l’ironie mordante de la scène. L’auteur de la caricature ne cherche pas réellement à susciter l’accord de Narcisse-Amédée Vadecard, mais plutôt à souligner son impuissance face à l’exposition publique des pratiques douteuses de son organisation. C’est une manière de piéger l’interlocuteur dans une situation où toute réponse, qu’elle soit affirmative ou négative, ne ferait qu’accentuer la honte et la désapprobation.

Ainsi, cette simple phrase résume de manière cinglante la chute de l’institution maçonnique sous les coups de boutoirs de ses adversaires. Elle marque le désarroi et l’humiliation subis par Narcisse-Amédée Vadecard et ses semblables, désormais exposés aux yeux du public comme des figures centrales d’une « fanfare » démasquée et discréditée. L’ironie est donc ici utilisée comme une arme pour tourner en ridicule une institution autrefois redoutée et respectée, mais maintenant accablée par le scandale et la critique publique.

Pour mémoire, le système Vadecard

Vadecart, Secrétaire Général du Grand-Orient – Source Wikimedia Commons

Narcisse-Amédée Vadecard, né le 1er décembre 1866 à Saint-Saëns en Seine-Inférieure, incarne une figure majeure de la franc-maçonnerie française du début du XXe siècle, notamment en tant que secrétaire général du GODF au moment de l’affaire des fiches. Issu d’un milieu modeste, fils d’un cocher et d’une repasseuse, Narcisse-Amédée Vadecard parvient à gravir les échelons au sein de cette institution, consacrant toute sa carrière au service du GODF. Entré dans l’organisation en 1889, il commence modestement en tant qu’employé au secrétariat. Son dévouement et son zèle lui valent une ascension rapide : il devient chef du secrétariat par intérim en 1899, puis est officiellement nommé secrétaire général en 1901. Cette position lui confère un pouvoir exceptionnel, surpassant même celui des membres élus du Conseil de l’Ordre, car contrairement à eux, il occupe un poste permanent, lui assurant une continuité d’influence rare.

L’affaire des fiches, qui éclate sous son mandat, reste l’épisode le plus marquant de sa carrière. Narcisse-Amédée Vadecard joue un rôle central dans la mise en œuvre de ce système de surveillance politique et religieuse des officiers de l’armée française. Bien qu’il n’en soit pas l’initiateur, il en devient le principal exécutant, recevant et transmettant les informations recueillies par les loges maçonniques aux autorités militaires. Cette collaboration secrète entre le GODF et le ministère de la Guerre, visant à écarter systématiquement les officiers catholiques et non républicains, provoque un scandale majeur lorsqu’elle est révélée au grand jour.

Le système mis en place sous la direction de Narcisse-Amédée Vadecard est méticuleux et bien rodé : les fiches contenant des renseignements détaillés sur les opinions politiques et religieuses des officiers sont centralisées à la rue Cadet, siège du GODF, puis transmises au ministère. Narcisse-Amédée Vadecard, en contact direct avec le capitaine franc-maçon Henri Mollin, veille à ce que ces informations soient utilisées pour influencer les promotions et les affectations au sein de l’armée, favorisant ainsi les candidats républicains.

Blason GODF

Outre ses activités au sein du GODF, Narcisse-Amédée Vadecard s’engage également dans la vie intellectuelle et politique en tant que publiciste. Il rédige des articles pour le Journal de Seine-et-Oise et contribue aux « Notes républicaines » de La Revue du siècle, un périodique dirigé par son adjoint au secrétariat du GODF, Jean-Baptiste Bidegain. Sa contribution à la cause républicaine est reconnue en 1903, lorsqu’il est décoré de la Légion d’honneur, une distinction qui lui est remise au sein même d’une loge maçonnique.

La carrière de Narcisse-Amédée Vadecard s’étend au-delà de l’affaire des fiches, marquant durablement l’histoire du GODF. Toujours en vie en 1941, son nom figure dans une liste des dignitaires de la franc-maçonnerie publiée sous le régime collaborationniste de Vichy, témoignant de sa longévité dans les cercles de pouvoir maçonnique. Cependant, sa figure reste à jamais liée à l’affaire des fiches, symbole de l’influence et des dérives possibles du pouvoir maçonnique dans la République française…

Cette carte postale est donc plus qu’une simple caricature

Elle est une attaque frontale, un pamphlet visuel qui utilise l’humour et l’exagération pour critiquer et dénigrer une institution qui, à l’époque, était souvent accusée d’influencer la politique française dans l’ombre. Les éléments visuels, combinés au texte incisif, forment un ensemble cohérent où chaque détail contribue à renforcer le message d’opposition et de désaveu, faisant de cette œuvre une pièce marquante de la propagande antimaçonnique de son époque.

Afin de connaître l’auteur de cette CPA, si tel est votre désir vous pouvez(re)lire le chapitre « Qui était A. Lemot, auteur de cette CPA ? » dans notre article du 7 juillet La CPA maçonnique du dimanche 7 juillet 2024.