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Officier, archéologue, voyageur et parlementaire, le comte Alexandre de Laborde (1774-1842) a été premier Grand Maître adjoint du Grand Orient de France de 1835 à sa mort en 1842. Membre de loges parisiennes prestigieuses, des Neuf Sœurs aux Trinosophes, il incarne cette génération de notables libéraux qui ont dirigé l’obédience sous la monarchie de Juillet, à une époque où la grande maîtrise restait sans titulaire.
Un parcours entre l’épée, l’érudition et la politique
Fils du banquier de cour Jean-Joseph de Laborde, guillotiné en 1794, Alexandre de Laborde naît à Paris. Tout jeune, il sert dans l’armée autrichienne, d’abord dans l’infanterie à Olmütz puis dans la cavalerie, qu’il quitte avec le grade de chef d’escadron. Rentré en France, il est attaché en 1800 à l’ambassade de Madrid auprès de Lucien Bonaparte.
L’Espagne devient l’objet de sa grande œuvre : le Voyage pittoresque et historique en Espagne (1807-1818), monument éditorial en quatre volumes in-folio auquel il consacre une large part de sa fortune, complété par un Itinéraire descriptif de l’Espagne (1809). Suivront les Monuments de la France, une Collection de vases grecs et Versailles ancien et moderne. Membre de l’Institut dès 1813, il siège ensuite à l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
Auditeur puis maître des requêtes au Conseil d’État, il est élu député de la Seine sous la Restauration et siège au centre gauche ; il sera réélu à plusieurs reprises, à Paris puis à Étampes. Préfet de la Seine pendant quelques jours en 1830, il devient ensuite aide de camp de Louis-Philippe. Il démissionne de la Chambre en 1841 au profit de son fils Léon et meurt à Paris en 1842.
Un maçon des loges savantes
Alexandre de Laborde fréquente plusieurs ateliers parisiens marquants : Sainte-Caroline, les Neuf Sœurs, loge des Lumières illustrée au siècle précédent par Franklin et Voltaire, les Trinosophes, foyer intellectuel animé de la Restauration, et Les Trois Jours, dont le titre fait écho aux journées révolutionnaires de juillet 1830.
Ce parcours dessine le profil d’un maçon homme de culture, attaché à la sociabilité savante et aux idées libérales, très représentatif des élites qui gouvernent alors l’obédience.
Premier Grand Maître adjoint (1835-1842)
Depuis l’Empire, la direction effective du Grand Orient n’est pas assurée par un Grand Maître en titre : le poste reste vacant et l’autorité s’exerce par des Grands Maîtres adjoints ou des dignitaires faisant fonction. Après le maréchal Macdonald puis le général Rampon, Alexandre de Laborde est appelé à cette charge en 1835.
Il l’exerce jusqu’à sa mort en 1842, dans une France de Juillet où la maçonnerie, tolérée et surveillée, recrute largement dans la bourgeoisie libérale. Les sources accessibles détaillent peu les actes propres de son administration ; son nom reste associé à la continuité d’un Grand Orient dirigé par des notables proches du régime orléaniste.
Postérité
Commandeur de la Légion d’honneur en 1832, Alexandre de Laborde est surtout passé à la postérité comme l’auteur du Voyage pittoresque et historique en Espagne, encore consulté par les historiens de l’art. Son passage à la tête du Grand Orient rappelle combien la franc-maçonnerie du premier XIXe siècle s’est appuyée sur des figures de l’érudition et du service public.
Repères
- Naissance : 1774, Paris
- Décès : 1842, Paris
- Profession : Officier, archéologue, haut fonctionnaire, député
- Obédience : Grand Orient de France
- Fonction : Premier Grand Maître adjoint
- Mandat(s) : 1835-1842
- Loge(s) : Sainte-Caroline, Les Neuf Sœurs, Les Trinosophes, Les Trois Jours
- Distinctions : Commandeur de la Légion d’honneur (1832) ; membre de l’Institut
Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître Adjoint, Grand Orient, Dignitaires.
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