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Aristocrate catholique anglais et jacobite intransigeant, Charles Radclyffe (1693-1746), comte titulaire de Derwentwater, fut l’une des chevilles ouvrières de la maçonnerie parisienne. Associé à la fondation des premières loges de la capitale, il dirigea les loges de France de 1736 à 1738, au moment du célèbre discours du chevalier de Ramsay. Capturé en 1745, il mourut sur l’échafaud à Londres.
Une famille fidèle aux Stuarts

Né le 3 septembre 1693 à Little Parndon (Essex), Charles Radclyffe est le plus jeune fils d’Edward Radclyffe, deuxième comte de Derwentwater, et de Lady Mary Tudor, fille naturelle de Charles II. Sa famille appartient à la gentry catholique du Northumberland, liée de longue date aux Stuarts.
En 1715, il prend les armes avec son frère aîné James pour le prétendant Jacques François Stuart. Pris à Preston, les deux frères sont condamnés à mort ; James est décapité en février 1716, tandis que Charles s’évade de la prison de Newgate en décembre 1716 et gagne la France. Il vit ensuite entre Paris et Rome, où siège la petite cour des Stuarts, et épouse en 1724 Charlotte Maria Livingston, comtesse de Newburgh.
Aux origines des loges parisiennes
La tradition maçonnique fait de Derwentwater, avec d’autres exilés tels que Maskelyne et Heguerty, le fondateur vers 1725 d’une loge réunie rue des Boucheries, à Paris, dont les membres sont pour l’essentiel des jacobites. Les historiens soulignent la fragilité documentaire de cette date, mais s’accordent sur le rôle central des milieux jacobites dans la diffusion de la maçonnerie en France. Un correspondant parisien du Daily Advertiser compte dix-neuf loges constituées en septembre 1737.
Grand maître des loges de France (1736-1738)
Successeur de Hector MacLean, Derwentwater est élu grand maître en 1736. C’est sous sa grande maîtrise qu’André-Michel de Ramsay prononce à Paris, fin décembre 1736, son discours qui rattache la maçonnerie aux chevaliers des croisades. Ce texte, plusieurs fois remanié, nourrira l’essor des hauts grades chevaleresques au cours des décennies suivantes ; il n’établit toutefois aucune filiation historique avec l’ordre du Temple, que la légende maçonnique ne développera que plus tard.
Cette période coïncide avec la méfiance croissante du pouvoir royal et de l’Église envers les loges, que Rome condamne en 1738. Le 24 juin 1738, une assemblée de maçons élit le duc d’Antin « grand maître général et perpétuel » : la direction des loges passe ainsi des exilés britanniques à la haute aristocratie française.
La dernière aventure jacobite
En novembre 1745, Derwentwater s’embarque à Dunkerque avec son fils pour rejoindre le soulèvement de Charles Édouard Stuart, porteur d’armes et de subsides. Leur navire est intercepté en mer du Nord par le HMS Sheerness. Bien qu’officier au service de la France, il est exécuté en vertu de sa condamnation de 1716 et décapité à Tower Hill le 8 décembre 1746. Il est inhumé à St Giles in the Fields. Sa mort a fait de lui, dans la mémoire jacobite comme dans celle de l’Ordre, une figure de fidélité jusqu’au bout.
Repères
- Naissance : 3 septembre 1693, Little Parndon (Essex, Angleterre)
- Décès : 8 décembre 1746, Tower Hill, Londres
- Profession : Aristocrate, officier jacobite
- Obédience : Loges de France (ancêtres du Grand Orient de France)
- Fonction : Grand maître des loges de France
- Mandat(s) : 1736-1738
- Loge(s) : Loge de la rue des Boucheries (Paris), selon la tradition
- Distinctions : Comte titulaire de Derwentwater
Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître, Écossisme, Templiers (légende templière), Grande Loge.
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