E comme Écossisme en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’écossisme désigne l’ensemble des grades, des rites et de la sensibilité maçonnique dits « écossais », nés pour l’essentiel en France au XVIIIe siècle et non en Écosse. D’abord simple grade de « maître écossais » prolongeant la maîtrise, il s’est développé en systèmes de hauts grades, dont le plus répandu est aujourd’hui le Rite Écossais Ancien et Accepté et ses trente-trois degrés. Le mot renvoie aussi à une manière d’envisager le parcours initiatique comme une quête prolongée de la Parole perdue, mêlant héritage biblique, chevalerie et spiritualité. Comprendre l’écossisme, c’est entrer dans l’une des aventures les plus foisonnantes de l’histoire maçonnique.

Un nom, plusieurs légendes

Écossisme en franc-maçonnerie – Scottish Rite Masonry

Pourquoi « écossais » ? Les historiens écartent l’idée d’une origine écossaise directe de ces grades. Le qualificatif renvoie plutôt au prestige de l’Écosse, réputée conserver une maçonnerie plus ancienne, et peut-être à l’influence des milieux jacobites exilés en France autour des Stuarts. Le discours du chevalier de Ramsay (1736-1737), qui rattache la maçonnerie aux croisés et aux ordres de chevalerie, a nourri cet imaginaire. Dès les années 1730, des sources anglaises mentionnent des « maîtres écossais » (Scotch Masters), signe qu’un grade distinct de la maîtrise circulait déjà.

La floraison des hauts grades en France

Dans les années 1740-1760, les loges françaises voient se multiplier les grades au-delà des trois degrés symboliques : maîtres écossais, élus, chevaliers d’Orient, Rose-Croix, chevaliers Kadosh. Ces grades prolongent la légende d’Hiram : recherche des meurtriers, découverte d’un trésor caché sous les fondations du Temple, reconstruction après l’exil. Le thème central est celui de la Parole perdue et retrouvée. Des systèmes tentent d’ordonner ce foisonnement, comme le Rite de Perfection en vingt-cinq degrés, que le négociant bordelais Étienne Morin est chargé, par une patente de 1761, de propager en Amérique.

La naissance du Rite Écossais Ancien et Accepté

C’est en Amérique que l’écossisme prend sa forme la plus durable. Le 31 mai 1801 est fondé à Charleston, en Caroline du Sud, le premier Suprême Conseil du 33e degré, qui organise un système de trente-trois grades et se réclame de Grandes Constitutions de 1786 attribuées, sans fondement historique, à Frédéric II de Prusse. Le comte de Grasse-Tilly rapporte ce système en France, où un Suprême Conseil est constitué en 1804. Le Rite Écossais Ancien et Accepté s’impose ensuite dans le monde entier comme le principal rite de hauts grades.

Repères

Écossisme en franc-maçonnerie – SRNMJ Eagle Small Color
  • Vers 1736-1737 : discours de Ramsay sur les origines chevaleresques de la maçonnerie.
  • 1761 : patente remise à Étienne Morin pour propager les hauts grades en Amérique.
  • 1778 : Convent des Gaules à Lyon, naissance du Rite Écossais Rectifié autour de Jean-Baptiste Willermoz.
  • 1801 : fondation du Suprême Conseil de Charleston, matrice du REAA.
  • 1804 : constitution d’un Suprême Conseil en France.
  • 1894 : fondation de la Grande Loge de France, issue de la juridiction écossaise.

Les familles écossaises

L’écossisme ne se réduit pas au REAA. Le Rite Écossais Rectifié, fixé à Lyon en 1778 puis au convent de Wilhelmsbad en 1782, se rattache à la chevalerie chrétienne et aux doctrines de Martinès de Pasqually et de Willermoz. Le Rite Écossais philosophique et le Rite Écossais primitif témoignent d’autres branches. Le Rite Français lui-même a intégré dans ses Ordres de sagesse un grade d’« Écossais ». Partout, le mot désigne un dépassement de la maîtrise et un approfondissement de la légende du Temple.

Loges bleues et hauts grades

En France, le REAA se pratique aussi dans les trois premiers degrés, dits symboliques ou « bleus », au sein de plusieurs obédiences. Les degrés suivants, du 4e au 33e, relèvent de juridictions distinctes, les Suprêmes Conseils, qui confèrent la plupart des grades par communication et quelques-uns par cérémonie complète, comme le 18e (Chevalier Rose-Croix) ou le 30e (Chevalier Kadosh). Cette dualité entre loges symboliques et ateliers supérieurs nourrit régulièrement des débats sur la place et l’autorité des hauts grades.

Un esprit autant qu’un système

Au-delà de l’histoire institutionnelle, l’écossisme désigne une sensibilité : goût pour la richesse symbolique, pour la référence biblique et chevaleresque, pour l’idée d’une progression initiatique qui ne s’arrête pas à la maîtrise. Ses partisans y voient un approfondissement ; ses critiques, une inflation de titres et de cordons. Les deux lectures appartiennent à son histoire, qui reste celle d’une créativité rituelle exceptionnelle.

Pour approfondir

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd. 2006).
  • Pierre Mollier, travaux sur l’histoire des hauts grades publiés notamment dans la revue Renaissance traditionnelle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Suprême Conseil, Initiation du chevalier Ramsay à la loge Horn de Westminster, mars 1730 (date historique), Parole perdue, Rose-Croix, KadoshKadoshK comme Kadosh en Franc-maçonnerie.

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