Paru chez Trajectoire en avril 2026, Lire le Tarot avec l’Oswald Wirth prolonge le patient compagnonnage de Régine Brzesc-Colonges avec une œuvre symbolique majeure. L’auteure y restitue au tarot wirthien sa vocation profonde, non pas distraire l’avenir, mais éclairer la conscience et remettre l’être en travail.
Il y a des ouvrages qui n’ajoutent pas une glose de plus au vacarme ésotérique contemporain, mais rendent à un langage ancien sa densité perdue.
Tel est le mérite rare du livre de Régine Brzesc-Colonges

Sous sa plume, le tarot d’Oswald Wirth cesse d’être un accessoire de prédiction pour redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, un appareil de connaissance, une discipline de déchiffrement, une ascèse du regard. Nous ne sommes pas conviés à chercher dans les lames une réponse de commodité, mais à consentir à l’épreuve du symbole, c’est-à-dire à cette forme d’intelligence qui ne sépare pas l’image de l’âme, ni la figure du destin intérieur qu’elle met en mouvement.
Le mérite le plus profond de Régine Brzesc-Colonges est de ne jamais appauvrir ce tarot

Elle le maintient dans sa double noblesse, hermétique et humaine. Hermétique, parce qu’elle le relie sans relâche aux grands courants de la Tradition, à la Kabbale, à l’alchimie, aux archétypes, à la pensée jungienne, à cette science des correspondances où rien n’existe à l’état isolé. Humaine, parce qu’elle montre que chaque lame parle aussi de nos désordres, de nos nœuds, de nos responsabilités, de nos hésitations à agir, de notre difficulté à tenir ensemble l’élan intérieur et la nécessité du réel. Le tarot devient alors moins un théâtre de révélations qu’un miroir exigeant, parfois sévère, mais juste.
Cette lecture a quelque chose de profondément maçonnique.
Non parce qu’elle plaquerait artificiellement un lexique initiatique sur les cartes, mais parce qu’elle épouse un même mouvement de rectification intérieure

Ici, comprendre revient à tailler, à dégrossir, à ordonner. Le Bateleur n’est plus seulement l’ouvre-porte du jeu, il devient l’homme au seuil de son propre chantier. L’Ermite ne relève pas d’une humeur crépusculaire, il désigne le temps du retrait nécessaire pour que la lampe intérieure éclaire enfin ce que l’agitation recouvrait. La Justice, l’Amoureux, la Maison-Dieu, le Monde, toutes ces lames cessent d’être des images réputées connues pour redevenir des puissances de discernement. L’auteure les fait parler avec méthode, en les reliant à la lettre hébraïque, aux signes visibles sur la lame, aux strates symboliques qui s’y nouent, puis à ce qu’elles exigent de nous dans la vie concrète. Elle pose alors les seules questions qui importent vraiment. Quelle est notre juste place. Savons-nous bâtir sur le réel. Pouvons-nous harmoniser nos contradictions. Acceptons-nous le prix du choix et la charge de ses conséquences.

Nous aimons aussi la manière dont l’auteure tient ensemble la hauteur spéculative et la gravité vécue
Elle convoque Jung, la synchronicité, la profondeur archétypale, l’unité secrète du monde, mais sans quitter le sol. Sa pensée demeure habitée par le concret de l’existence. Le symbole n’y flotte jamais dans une brume doctrinale. Il agit. Il tranche. Il avertit. Il oblige. C’est là que cette lecture prend toute sa portée spirituelle. Le tarot n’y est pas présenté comme un refuge contre l’existence, mais comme une voie d’intensification de la présence. Nous y recevons moins des réponses toutes faites qu’une pédagogie de l’attention.

La trajectoire de Régine Brzesc-Colonges éclaire d’ailleurs admirablement ce livre Psychothérapeute jungienne, journaliste, conférencière et créatrice d’émissions de radio, elle étudie depuis des décennies le tarot d’Oswald Wirth. Ce volume s’inscrit dans un parcours déjà nourri par Le tarot Science de l’être, paru chez Trajectoire en 2007, puis par Le tarot Symbolique d’Oswald Wirth. Cette bibliographie n’a rien d’ornemental. Elle dit une fidélité, une lente maturation, une parole acquise par fréquentation assidue plutôt que par pose d’auteure.

Au fond, ce que Régine Brzesc-Colonges nous rappelle avec une force tranquille, c’est que le symbole ne ment pas, mais que nous nous mentons souvent devant lui. Tout l’art consiste alors à devenir assez disponibles, assez silencieux, assez loyaux envers nous-mêmes pour entendre ce qu’il révèle. Lire le Tarot avec l’Oswald Wirth vaut ainsi bien davantage qu’un manuel. C’est une école de lucidité, un exercice de verticalité, une invitation à reprendre en nous ce travail de conjonction que l’alchimie appelait jadis le Grand Œuvre.

À l’heure où tant de publications réduisent le tarot à une consommation de réponses, Régine Brzesc-Colonges rend à l’œuvre d’Oswald Wirth sa rigueur, son épaisseur et sa flamme. Un livre qui ne flatte pas la curiosité, mais réveille la conscience. Voilà une parution qui mérite pleinement l’attention des lecteurs attachés aux voies symboliques, initiatiques et à cette lente science de l’âme que la modernité oublie trop vite.

Lire le Tarot avec l’Oswald Wirth
Les significations des arcanes – Les clefs du tirage et de l’interprétation
Régine Brzesc-Colonges – Édition TrajectoirE, 2026. 176 pages, 19 €
Le site de l’éditeur ICI ou encore ICI

