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Le néolibéralisme, valeur antimaçonnique

J’étais en Loge hier soir, et avec la chaleur montante, je pensais aux factures d’électricité des utilisateurs de climatiseurs. Ce qui m’a amené immédiatement à penser à la manière dont nous utilisons l’énergie, pensées que ma bonne éducation m’empêche de reproduire telles quelles.
Afin de clarifier mon propos, je vous propose de faire l’approximation suivante (dérivée la relativité générale) : énergie et matière sont la même chose. Par extension, l’énergie est un bien. Avec ce prisme, on peut analyser différemment la situation, notamment de l’énergie électrique. Il existe différentes manières de produire de l’énergie électrique : nucléaire, fossile ou renouvelable. La production doit répondre à un objectif : approvisionner le réseau électrique avec une quantité d’énergie constante, voire croissante, étant donné que nos besoins en énergie croissent avec l’utilisation des nouvelles technologies de l’information. Ben oui, jouer à Fortnite, consulter Facebook ou poster une série de selfies sur Instagram , ça consomme de l’énergie. Beaucoup. Par rapport à nos voisins européens, nous avons la chance d’avoir un système de production qui nous offre de l’énergie à bon prix, en l’occurrence 27 réacteurs nucléaires de production d’énergie, installés dans les années 60-70. Je ne reviendrai pas sur les polémiques du nucléaires, ni sur les craintes que cette énergie peut susciter. Le problème que je vois est la libéralisation du marché de l’énergie. Celle-ci nous est présentée comme un progrès depuis plus de 20 ans : fixation automatique des prix par la « main invisible du marché », avantage pour le consommateur qui se verra proposer le meilleur prix grâce à la concurrence libre et non faussée, etc. Sauf que cet argumentaire est une vaste fumisterie et dissimule une réalité moins glorieuse.

En fait, le nucléaire rend le coût de la production d’énergie électrique faible. Si faible que les fournisseurs d’énergie ne peuvent pas rivaliser avec l’opérateur historique. Il a donc régulièrement été demandé au fournisseur d’énergie d’augmenter artificiellement ses prix pour que les concurrents puissent adapter leurs prix (et donc augmenter le profit). Autrement dit, on augmente artificiellement le prix d’un bien commun, dans un appareil de production créé par les investissements de l’Etat, donc de l’ensemble de la nation (autrement dit, nous tous depuis quelques générations) afin de permettre à quelques compagnies d’engranger les retours sur investissement. Profits pour quelques-uns financés par la communauté, qui n’en verra pas une miette. Je rappelle au passage que la théorie du ruissellement n’a aucun sens en physique et encore moins en sciences économiques…

A l’heure de l’écriture de ces lignes, il se déroule une affaire similaire, liée à la recherche française en génie génétique. Celle-là même qui est financée par les dons du Téléthon de l’Association Française contre les Myopathies. Après des années de travaux, une équipe française a trouvé un traitement susceptible de neutraliser les processus dégénératifs de l’amyotrophie spinale infantile (ou syndrome de Werdnig-Hoffman). Le problème est que pour d’obscures raisons de revente et d’achats de brevets, ce médicament a été racheté par une grande firme pharmaceutique qui va le vendre très cher aux patients. Cette firme va donc faire une plus-value très importante sans avoir investi le moindre sou dans la recherche. Le profit l’emporte sur l’intérêt public.
Peut-être que je me trompe, mais pour moi, ce sont des braquages.

On nous cite souvent en exemple les golden boys de la Silicon Valley : Steve Jobs, Mark Zuckerberg ou les fondateurs de Google. On nous raconte toujours la même histoire : une idée de génie qui a germé au fond d’un garage et qui a permis à son auteur de fonder un empire. Certes. Mais sans les investissements des Etats dans la recherche fondamentale qui ont amené cette teknè que nous glorifions, ces gens-là auraient-ils pu bâtir leurs empires ? Je n’en suis pas si sûr. Ces réussites individuelles n’ont pu être possibles que par les investissements collectifs réalisés quelques décennies avant. Il est ainsi regrettable que les tenants les plus extrêmes du néolibéralisme, celles et ceux en France qui sont passés par les universités et établissements publics, ont fait fortune (souvent grâce à héritage ou à défaut, un appui familial) soient les premiers à cracher sur les services publics, ou à refuser de les financer en utilisant l’optimisation, voire la fraude fiscale. Ceux-là ont oublié cette valeur fondamentale de la société du XXe siècle qu’est le solidarismei.

Le plus dramatique, c’est que les tenants du néolibéralisme disposent de tribunes ou d’outils de lobbying pour faire passer leurs idées. En fait, j’ai l’impression quand je lis la presse de relire l’histoire du prêtre ascétique de Nietzscheii, celui qui est minoritaire mais persuadé de détenir la vérité et qui va tenter de l’imposer par la force pour faire de son comportement individuel la norme. Je me demande si au fond, tous les idéologues du néolibéralisme, ceux qui nous polluent l’esprit avec leur alerte à la dette ou à la lourdeur des services publics (dont ils bénéficient pourtant des largesses) croient réellement à ce qu’ils clament. Et je me demande aussi, s’ils n’ont pas conscience de l’inanité ou du danger que représentent les idées qu’ils défendent et s’ils ne cherchent pas, par leurs think tanks à justifier leur occupation. Je me contenterai de regarder ça avec dédain si je ne me sentais pas un peu complice.

En fait, j’ai fait partie d’un think tank maçonnique, où je dirigeais un groupe de travail relatif à l’éthique et à l’économie. On m’a imposé de recevoir des invités médiatiques (e.g un enseignant d’HEC, un membre du cercle Jean-Baptiste Say, des représentants d’organisation patronales) qui présentaient un point commun : l’apologie du néolibéralisme et du profit.
Pour faire bonne mesure, j’avais pensé inviter d’autres représentants d’autres courants pour enrichir notre pensée mais je me suis fait opposer une fin de non-recevoir. Des membres du groupe et moi-même avions alors rédigé un recueil d’idées basées sur nos valeurs, mais il nous a été expliqué que nous devions nous contenter d’être les vecteurs des « experts » que nous recevions. Ce cahier est tombé dans l’oubli d’une corbeille à papier. Mon orgueil, le fait que je ne voulais pas faire la promotion d’idées que je combats (et qui vont à l’encontre de mes valeurs) et aussi le découragement et le manque de temps m’ont poussé à démissionner. J’ai pris le temps de réfléchir et je me suis rendu à l’évidence : le néolibéralisme et le national-libéralisme ne sont en rien des valeurs maçonniques, ni même humanistes. Je crois même que ce sont des valeurs profondément anti-maçonniques, en ce qu’elles sont réductrices de liberté en instaurant une nouvelle féodalité, factrices d’inégalités en accentuant les extrêmes riches et pauvres, et factrices de destruction de liens de fraternité en détruisant les institutions publiques, ou plus largement ce qui fait lien au-delà des marchés. Je ne reviendrai pas sur le racket et le vol induits par l’accaparation des ressources communes évoquée supra.
Plus largement, je pense que nous faire complices de la propagation des idées néolibérales est une trahison de ce que nous représentons, voire une trahison de nos valeurs fondamentales de liberté, d’égalité et de fraternité. Trahison d’autant plus perverse que le terme néolibéralisme désignerait plutôt la mainmise sur le bien commun par une oligarchie d’entreprises, qui reconstituent elles-même un ordre féodal. Un processus linguistique très orwellien. En fait, Proudhon n’a jamais eu autant raison : « la propriété, c’est le vol ».

J’ai dit.

i Un très bon billet, écrit par une personne très douée est disponible à cette adresse : https://blog.onvarentrer.fr/index.php/2018/12/26/du-solidarisme/

ii Généalogie de la Morale

Refoulement pulsionnel et violence routière

J’étais en Loge hier soir, bien content d’avoir pu y arriver en un seul morceau. Il est vrai qu’être piéton en ville devient plus dangereux que la traversée d’une jungle équatoriale en tongs et jogging. J’ai pu constater que l’arrêt au feu rouge devenait pour les automobilistes comme le latin pour les collégiens : une option. Et la priorité aux piétons semble avoir disparu au même titre que la courtoisie ou la galanterie. Pire, je me suis fait insulter pour avoir eu l’outrecuidance de traverser au passage piéton !
Je suis aussi obligé de faire attention aux deux-roues et aux trottinettes en tout genre qui ont décrété que le code de la route ne s’appliquait pas à eux. Rien que ce midi, j’ai failli être percuté par deux cyclistes qui ne s’estimaient pas concernés par le feu rouge…
Il sera important de noter qu’une fois sur deux, le cycliste est responsable de l’accident dans lequel il est impliqué. J’avoue avoir du mal à comprendre que l’on puisse traverser au feu rouge pour avoir l’illusion de gagner quelques secondes, et s’arrêter après au milieu du carrefour parce que la circulation est trop dangereuse…
J’ai pu aussi constater que des gens très bien au quotidien se transformaient en véritables barbares une fois au volant ! L’usage de la voiture semble visiblement cristalliser certaines de nos pulsions.

Dans la même veine, le passage des routes nationales de 90 km/h à 80 km/h a catalysé un certain nombre de frustrations. Une étude a montré une forte corrélation entre la participation au mouvement des gilets jaunes et les zones concernées par ce changement de vitesse. Au-delà de l’obligation mathématique de rallonger le temps quotidien de trajet, j’ai l’impression que cette réglementation est vécue comme une castration.
Plus largement, j’ai le sentiment que la voiture ou l’usage de la route devient le terrain d’expression d’un individualisme pathologique : « je suis important, donc au-dessus des lois et tant pis pour les autres ». Je vous dispense de ma blague habituelle (prise à Robin Williams dans Mrs. Doubtfire) : les hommes prennent de grosses voitures pour compenser la petitesse de leur sexe. Tout est là, en fait !

Freud expliquait dans son ouvragei Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci que le travail était « l’espace de sublimation de nos pulsions ». Il évoquait également un « report de l’énergie sexuelle sur la vie professionnelle ». A en juger par le comportement de mâle tout-puissant des usagers de la route, à en juger par le langage ordurier employé par certains, il semblerait que l’on puisse appliquer l’hypothèse de Freud à l’automobiliste moyen !
En allant plus, on pourrait construire un tout autre éclairage de l’irrespect du Code de la Route, que je vous propose. L’utilisation de la voiture est une métaphore de l’acte sexuel. Je ne reviendrai pas sur l’aspect phallique du levier de vitesse… Rouler en voiture devient alors comparable à une jouissance sexuelle, voire une jouissance sexuelle. Or, depuis la révolution de la libération sexuelle (un oxymore, selon Jacques Lacan), nous vivons dans un paradigme de « jouissance sans entrave » qui entraîne une sensation de toute puissance. Pour le chauffard moyen, il n’est donc pas concevable de se voir ainsi limité par des règles extérieures telles que le Code de la Route, qui sont autant d’obstacles à sa jouissance, à l’instar d’une autorité paternelle.

D’où la transgression du tabou ainsi créé et les comportements déviants au volant qui en découlent. Le petit problème qui se pose, c’est que l’instauration du tabou et de la limitation de la jouissance sont des éléments nécessaires participant de la construction de la civilisation, ce fameux « vivre ensemble », par création du refoulement pulsionnel. On l’oublie, mais la jouissance, le principe de plaisir ne sont pas forcément compatibles avec la vie en société. Refuser ou combattre les limitations imposées par le Code de la Route, c’est refuser la civilisation au nom d’un égoïsme et d’un égocentrisme déplacés, indécents, et meurtriers. Pour mémoire, très récemment, un enfant a été tué par un chauffardii à Rennes, une jeune fille a été fauchée par un chauffard à Schaerbeek (Bruxelles)…

Refuser les règles du Code de la Route, c’est tout simplement refuser de vivre ensemble, c’est refuser le refoulement pulsionnel nécessaire à la construction du sujet, c’est se ramener à une condition quasiment animale.
Petit rappel statistique issues du rapport de la Sécurité Routière: 61 224 accidents corporels et 3684 tués en 2017.

En Loge, nous avons un refoulement pulsionnel très puissant : le Rite, et son rituel. Les Rites maçonniques nous incitent à refouler nos pulsions (les fameux métaux, et les non moins fameux Mauvais Compagnons), ce qui doit nous amener à un plus haut degré de civilisation. Selon le vécu de chacun, le rituel peut être une forme de pulsion de mort (ici, dans le sens de l’attrait de l’inanimé) qui contrecarre une trop grande pulsion de vie, ou à l’inverse une pulsion de vie contrariée par la pulsion de mort que représentent la mise à l’ordre et le Signe Pénal (dont on connaît la signification). Il reste à savoir qui parmi nous, malgré cette construction culturelle puissante, parvient à rester civilisé au volant… Je crois utile de rappeler que nous travaillons avec les vertus de tempérance et de prudence. Peut-être devrait-on les appliquer au volant, voire partout dans l’espace public.

En attendant, histoire de laisser s’exprimer mes pulsions diverses en automobile, je m’en vais brancher ma console de jeux et jouer à un jeu de course futuriste que j’adore. Au moins, mon retour de refoulé et ma jouissance ne blesseront personne, à part la décence et la bonne éducation.

J’ai dit.

i Redde Caesari quae sunt Caesari, j’emprunte cette interprétation au journaliste Christophe Lacroix, du média en ligne Philonomist

ii L’individu, âgé de 20 ans, est mis en examen pour délit de fuite, conduite sans permis ni assurance, refus d’obtempérer et homicide et blessures involontaires aggravés.

A partir de quarante ans, on a la gueule qu’on mérite

Regardez-bien chacun des membres de votre Loge et jurez moi la main sur le cœur que vous seriez devenus amis avec tous ces gens là, du moins si la Loge n’avait pas fait le travail de présélection ?

Allons, allons, un peu d’honnêteté ! Nous nous retrouvons dans un espace fermé avec des caractères différents que nous n’avons pas choisi et c’est cela qui est à la fois la solution et le problème de notre voie initiatique. Je vais partager avec vous mon avis sur la question, mais permettez-moi avant de vous dire comment cette idée d’article m’est venue.

J’étais en Loge il y a quelques heures, comme orateur occasionnel. Je me suis retrouvé à quelques mètres de deux espèces de harpies en tablier qui me lançaient avec leurs yeux des éclairs et qui trépignaient sur leur chaise sans que je comprenne très bien ce qui pouvait déclencher chez elle autant d’animosité contre moi ? Bon… Il faut dire que j’étais en campagne électorale et je n’étais pas leur gourou préféré. Mais cela n’explique pas tout. Comment peut-on arriver à autant de manifestation haineuse dans un Temple maçonnique après des décennies de pratique ?

Lorsque j’y repense, je souris de bon cœur, car tout cela n’est qu’un jeu sans conséquence auquel nous nous prêtons tous. Avouons que nous ne risquons pas notre vie ou la santé de nos proches. Nous parlons là de position dans un Temple et de fonctions symboliques quelques heures par mois. Or là ! J’avais sous les yeux 4 sœurs d’une même Loge. Les 2 jeunes me regardaient avec douceurs et fraternité, les 2 moins jeunes (le fraternellement correct reste de mise), me fusillaient du regard comme si j’avais égorgé leur chat.

Je me suis alors dit : « Tout ce travail, tout cet investissement personnel en Loge, pour en arriver à un tel niveau d’acariâtreté, que gâchis. A quel moment le train a-t’il déraillé pour elles ? » Accessoirement, je me suis inquiété aussi pour les 2 jeunes sœurs qui vont forcément souffrir de l’influence de leurs aînées avec leur contact nocif.

Il me semble que la première étape du travail initiatique est de comprendre qu’on ne ressortira pas vivant de la vie et qu’il faut la prendre sans trop de sérieux.

Le deuxième point, tel que le disait Edgar Degas « A partir de quarante ans, on a la gueule qu’on mérite ». D’où l’intérêt de cultiver le bonheur intérieur qui se voit à l’extérieur.

Le troisième point et pas des moindres, nous n’entrons pas en Loge pour nous planquer des dangers ou des agressions du monde extérieur. Au contraire, celles et ceux qui se réfugient dans des Ateliers mono esprits, tellement on a éliminé les différences, finissent par ressembler à ce qu’ils essaient de fuir. Ces Loges deviennent l’enfer des acariâtres, qu’on lit d’ailleurs sur leurs visages agressifs ou désabusés. Cela existe autant chez les hommes que les femmes. Toutes les Obédiences et tous les Rites en possèdent des échantillons pour nous servir de miroir.

Vous connaissez peut-être ce vieux conte Cherokee :

Un vieil homme veut apprendre à son petit-fils ce qu’est la vie.

« En chacun de nous, il y a un combat intérieur » dit-il au jeune garçon. « C’est un combat jusqu’à la mort et il se tient entre deux loups. »

« Le premier est ténébreux. Il est la colère, l’envie, le chagrin, le regret, l’avidité, l’arrogance, l’apitoiement sur soi-même, la culpabilité, le ressentiment, l’infériorité, la supériorité, les mensonges, la fausse fierté et l’égo. »

« Le second est lumineux. Il est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la sérénité, l’humilité, la gentillesse, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité, la compassion et la foi. »

Le petit-fils réfléchit pendant un long moment. Puis, il demande à son grand-père : « Quel est le loup qui gagne ? »

Le vieil homme sourit et lui répond : « Celui que tu nourris. »

Je crois très fermement que chaque être est en mesure de cultiver le meilleur comme le pire de lui même. Son libre arbitre ou sa pleine conscience lui donne l’orientation choisie. Il n’existe aucune circonstance atténuante selon moi. Tout ce qui arrive n’est qu’expérience neutre pour grandir et trouver la Lumière. C’est pourquoi, il n’existe pas de Loge ou d’Obédience parfaite, il n’existe que des moments, des situations si vous préférez. Ensuite, les maçons choisissent individuellement de travailler sur la Lumière ou de laisser les Ténèbres gagner la bataille. Si tout était plat, comment pourrions-nous apprécier les monts et les vallées ? Il en est de même dans la Loge, c’est par la nuance de la manifestation des vertus ou des vices qu’on peut savourer la progression du travail maçonnique.

C’est d’ailleurs pourquoi, je ne vous affirmerai certainement pas que j’ai trouvé très agréable la proximité des 2 harpies dont je vous parlais plus haut. Cependant, je peux vous assurer que je leur manifeste ma totale gratitude. C’est en effet grâce à elles et toutes leurs congénères que je progresse. Si je ne suis pas encore certain de ma direction finale, je sais où je n’ai surtout pas envie d’aller. Tel que l’enseignait un ami très sage: « Une boussole qui montre le sud est très utile, car même si ce n’est pas la bonne fonction, elle te permet de situer les choix profonds de ton cœur ».

Comme quoi, si tout est symbole en Loge, tout est aussi très formateur… il reste à être attentif et surtout, Maître de ses passions.

De Guy Debord à Black Mirror

Je n’étais pas en Loge hier soir, mais chez moi, bien tranquillement. Les ponts de mai ont en effet perturbé le travail et forcé les Frères à prendre du repos, bien qu’ils n’aspirent pas à celui-ci. J’ai donc mis à profit ces jours de vacances pour visionner cette excellente série qui parle de notre futur, j’ai nommé Black Mirror. J’attends avec impatience un épisode sur les phénomènes d’évaluation permanente, un peu comme ce qui se passe en Chine voire chez nous en Europe.

Quand je parle d’évaluation permanente, je pense à l’entretien annuel d’évaluation en milieu professionnel, qui ressemble de plus en plus à un procès stalinien, un peu comme dans l’Aveu, de Costa-Gavras. En milieu professionnel, nous sommes ainsi toujours évalués, jugés, sanctionnés par une note etc. Il en est un peu de même en Loge. J’ai vu un candidat à un degré supérieur relativement jeune dans son grade, mais motivé, et ayant du potentiel. Sa planche de passage était très intéressante, mais très scolaire. C’est d’ailleurs ce qui a été reproché par les Maîtres en conseil s’improvisant jury d’examen. Un frère avait pris la défense du candidat en arguant du fait que le candidat était jeune, et vivait dans ce paradigme de jugement perpétuel, comme à l’école, d’où sa planche scolaire. La génération des 30-40 ans vit ainsi dans une perspective d’évaluation permanente, ce qui se retrouve en Loge. Au point que nous en sommes à nous créer un « maçonniquement correct », nous empêchant d’être lucides. C’est très regrettable, puisque notre devoir de Franc-maçon est la quête de la Vérité, et que dans notre quête, nous n’acceptons aucune entrave. Aucune, à part celles que nous créons et nous imposons nous-mêmes, dans notre crainte du jugement par nos pairs et frères. Pas de dispute, dans le sens étymologique du terme : disputer, c’est penser mais différemment de son interlocuteur. Donc nous uniformisons notre pensée pour plaire ou obtenir un avantage. On est loin du « loin de me léser (…), ta différence m’enrichit » gravé dans l’escalier de l’hôtel du Grand Orient de France…
A force d’être évalué, nous n’agissons plus que pour plaire à l’évaluateur, dans le monde profane comme dans le monde maçonnique. Au prix de notre liberté de pensée, et de notre créativité.

En fait, avant le Black Mirror, il existe un autre miroir de notre société : les influenceurs.
Eux, qui vivent du suivi des internautes qui prennent connaissance de leurs créations diverses (un peu comme un franc-maçon blogueur…), n’ont pas d’autre choix que de rester dans la zone de confort de leur audience, s’ils tiennent à la conserver. A moins de disposer d’une communauté très forte. Ce faisant, ils se mettent en spectacle, tout en étant spectateurs. En fait, nous sommes réellement dans les prédictions de la Société du Spectacle, de Guy Debord. Chacun est acteur, en quête de like à mettre dans son chapeau, et chacun est spectateur, consommateur du spectacle produit par l’influenceur. L’influenceur a donc besoin du regard des autres pour exister. Peut-il s’en émanciper ? Je ne sais pas. A se demander si la dialectique du Maître et de l’Esclave est toujours d’actualité… En attendant, cette tendance à n’exister que par le spectacle de nos vies, que nous affichons sur les réseaux sociaux ne présage rien de bon pour le futur. Un type d’humain particulier est en train de devenir le dominant : le courtisan. Un courtisan n’agissant jamais de manière désintéressée, n’ayant pas d’idées ou de valeurs propres, toujours propre à courtiser non l’homme de pouvoir, mais son prochain, ce dernier ayant le pouvoir de le liker… Charmant, n’est-ce pas ?

Pour en revenir au propos initial, ma compagne et moi avons mis au point un système en droite ligne de la Loi Salique avec des amendes sous forme de points de socialisation, attribués en fonction de notre comportement. Prenons quelques exemples : jeter un mégot ou un papier dans la rue serait sanctionné d’un retrait de points. De la même façon, utiliser son portable au cinéma serait sanctionné d’un retrait de point, avec, en deça d’un certain seuil, un panel de sanctions, allant de l’éviction du cinéma au visionnage obligatoire de l’oeuvre de Tommy Wiseaui. De la même façon, un homme harcelant une femme serait sanctionné aussi, avec des travaux d’intérêt général. Ou encore un homme politique élu sur un programme prenant des décisions à l’encontre de son programme voire à l’encontre de l’intérêt général serait sanctionné de retrait de points, d’inéligibilité, avec travaux d’intérêt général dans les services publics qu’il aura préalablement contribué à dégrader…

Dans un souci d’impartialité et de justice, les sanctions seraient attribuées par une intelligence artificielle bien programmée, et ne reflétant surtout pas les biais de pensée de ses créateurs. Donc pas de circonstance aggravante si le fautif n’est pas un mâle blanc dominant hétérosexuel cisgenre ! Merveilleux, n’est-ce pas ?

Ah, en fait, un tel système a déjà été envisagé dans la littérature : Nous Autres, de Zamiatine, rédigé dans les années 1920. Bon ben, comme la création de Jeff Bezos ne me l’a pas suggéré, je vais en commander la toute nouvelle traduction chez mon libraire, et ainsi gagner des points de civisme.

J’ai dit.

iCinéaste, auteur de The Room, film expérimental, considéré à juste titre comme le pire film de l’histoire du cinéma…

 

La guerre des compas

Nous avons tous rencontré certains maçons qui affirment qu’untel est un mauvais Frère et qu’il ne lui pardonnera jamais le préjudice subit. Ce dernier l’a trahi ou l’a volé et le délit est trop insupportable pour être passé sous silence. Ainsi, naissent les discordes et les disharmonies qui conduisent à des conflits parfois tenaces dans les Loges.

Pourtant, nous avons tous entendu la séquence de texte suivante :

Le Vénérable Maître : « – Néophyte, je vous poserai une dernière question. Vous avez connu beaucoup d’hommes ; vous avez peut-être des ennemis. Si vous en rencontriez dans cette Assemblée ou parmi les Frères Maçons, seriez-vous disposé à leur tendre la main et à oublier le passé ? »

Le Néophyte : « – Oui, Monsieur »

Tout cela partait d’un bon sentiment, surtout que ce jour là, tout le monde était plein d’amour dans les yeux et dans les cœurs. Le problème a commencé lorsque ce mauvais Frère à qui j’avais fait confiance en lui prêtant 5000 €, n’a pas tenu sa parole quand l’heure du remboursement fut venue !

Ce genre d’exemple existe à foison, si les Loges pouvaient parler, il s’en dirait des choses, car chacune garde ce genre d’histoire en mémoire. La cause est souvent différente, mais le schéma est toujours le même.

Généralement, on entre en maçonnerie pour être en confiance et en fraternité. C’est probablement pourquoi ce type de mésaventure amplifie la déception des victimes. Pourtant, il faut relativiser et rappeler que nous sommes tous venus en Loge pour travailler sur nous même. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? Nous y reviendrons plus tard. Tout d’abord, soulignons que l’assemblée que nous nommons des Frères (ou des Sœurs), n’a pas été choisie sciemment et rationnellement par nous. Si vous aviez du faire une sélection préalable individuelle, la composition actuelle de votre Loge serait totalement différente. C’est précisément le point de départ du travail maçonnique. Toutes ces personnalités différentes, réunies dans le même Atelier, c’est le seul moyen de nous faire sortir de notre zone de confort pour un parfait travail sur la Légende d’Hiram à tous les degrés.

Lorsque nous étions sur la colonne du Septentrion en silence ou à écouter religieusement le Second Surveillant, c’était bien confortable, car nous étions réceptifs. Ensuite, en passant sur la Colonne du Midi, nous avons commencé à nous exprimer et à voyager… mais nous ne prenions pas encore part à la gestion de la Loge. Nous étions toujours dans l’éducation qui devait nous conduire à la Maîtrise.

Puis cela s’est gâté quand nous sommes devenus Maîtres. L’autre est souvent le miroir de nous même et comme la vie est parfois taquine, elle nous place devant le miroir un Frère ou une Sœur qui vient réveiller nos démons anciens. C’est alors que les tensions naissent et les conflits prennent corps. On oublie très vite la réponse à la question de notre Initiation lorsque nous avons dit « – Oui, Monsieur. »

En général, les litiges ou les simples agacements sont à la hauteur du travail que nous avons besoin d’accomplir pour grandir. En résumé, il est bien possible que chaque facette de cette maudite Loge soit une partie de nous même avec laquelle nous avons besoin de nous harmoniser. Entrer en conflit avec un Frère, c’est comme exciter avec une aiguille le nerf d’une dent sensible en se disant que ça ira mieux ensuite. La tentation est forte et pourtant, le seul moyen pour désamorcer la situation est de prendre du recul et de travailler sur soi ce problème d’apparence extérieure.

L’aspect social de mise en harmonie dans la Loge s’exerce à chaque conflit en prenant conscience que l’autre est un « nous-même » à l’extérieur. Dans le litige en question, nous ne sommes pas forcément coupable, mais nous sommes toujours responsable. Le piège vient souvent de la confusion que nous faisons entre ces deux notions. L’enfer n’est pas l’autre, l’enfer c’est nous même lorsqu’on nourrit et cultive les passions sans mesure ni fraternité. Cela ne veut aucunement dire que nous devons tout supporter et nous faire humilier. Bien au contraire, nous devons être droits et courageux pour communiquer, échanger et travailler au retour de l’harmonie. Croyez-vous que Mandela aurait grandi s’il avait passé 27 ans à préparer une guerre à sa sortie de prison ? Après avoir commis plus de 200 actes de violence, il a choisi de travailler sur lui pour se pacifier. On en connait le résultat.

Il faut pour cela parfois passer par des phases transitoires qui nécessitent beaucoup de courage et de patience. Mais, ne sommes-nous pas là pour glorifier le travail ? Ce chemin commence souvent par se pardonner à soi même la situation insupportable du moment. Une fois la paix faite avec soi-même, l’autre devient souvent moins gênant car on comprend qu’il n’est bien souvent qu’un bouc émissaire. S’il disparaît, un autre viendra le remplacer dans un cycle sans fin, du moins tant que notre conscience n’évolue pas.

C’est pourquoi les Loges sont rarement des lieux de paix et de méditation. Elles sont des athanors où nous venons nous frotter aux autres pour nous aider à trouver notre centre, notre enracinement. En fait, on pourrait presque affirmer qu’une Loge c’est un élevage de compas ou chaque pointe essaie de trouver sa juste place dans la terre et chaque crayon tente de tracer sa route circulaire dans le ciel. C’est par le croisement avec les autres compas que nous pouvons grandir. Ainsi, le problème ne vient pas du conflit, mais bien de la manière que nous avons à en tirer une richesse, une leçon. Lorsque je disais plus haut que nous sommes responsables, bien souvent le travail commence par cette prise de conscience. Il est tellement plus facile d’affirmer que le responsable c’est l’autre, le Frère, le chef, ou la société. Si nous sommes maçons, c’est bien parce que les autres nous reconnaissent comme tel. Nous devons donc admettre que nous grandissons ensemble grâce à la responsabilité de nos pensées et de nos actes. L’un ne va pas sans l’autre. Si notre société essaie quotidiennement de nous convaincre qu’elle peut nous vendre de la sécurité et du rêve à tous prix, la Franc-maçonnerie quant à elle, nous vend de la responsabilisation sans aucun prix… mais avec beaucoup de valeur. Les problèmes sur la voie initiatique commencent à naître lorsqu’on essaie de faire des mélanges des genres. Il suffit de lire les articles de nos blogs maçonniques pour s’en convaincre.

Sans possibilité de se désinitier que vaut réellement l’initiation maçonnique ?

Une question me taraude depuis quelques temps. Lors de l’initiation, on prête un serment sur l’éternité. Comme le rappelle très justement Woody Allen, « L’éternité, c’est long, surtout vers la fin ». Lorsque je vois le nombre de maçons aux trois grades qui repartent déçus (pour certains, ils l’étaient déjà en arrivant), je me demande dans quelle mesure, la valeur d’une initiation ne se mesure pas à la capacité à nous désinitier ?

Cette idée peut sembler saugrenue et pourtant elle est fondamentale. Imaginez ce que vaut le oui sans autorisation de dire non, le mariage sans possibilité de divorce ou la vie… sans la mort ? Est-il utile de rappeler qu’initier vient du latin initio qui signifie commencer un chemin ? Lorsqu’on démarre un voyage, qu’est-ce qui empêche le pèlerin de faire demi-tour ? En somme, on peut démarrer une route et naturellement on devrait pouvoir revenir au point de départ et se libérer de son obligation si on le souhaite. Toute voie initiatique enfermante, qui cloître pour toujours ses adeptes, annihile définitivement toute idée d’élévation de ses membres par le pacte d’éternité qu’elle instaure avec ses « initiés ».

La Franc-maçonnerie aurait-elle peur de la valeur de son initiation ou de la fidélité de ses participants pour les enchaîner à perpétuité dans l’initiation éternelle ?

Vous ne le savez peut-être pas mais chaque année, plus de 1000 personnes se font débaptiser[1]. Je ne parle pas d’apostasie, mais bien de débaptême. Pourquoi ne pas instaurer une désinitiation chez les Maçons ? Nous nous plaisons à affirmer que la différence entre la maçonnerie et une secte, c’est que la secte fait entrer ses membres sans difficulté et les emprisonne pour la sortie, alors que la Franc-maçonnerie fait précisément le contraire. Cela pourrait-être totalement vrai si l’adepte est en mesure de se purifier des engagements pris initialement !

Certains vont se demander si je ne suis pas tombé sur la tête avec cette idée étrange. Voici quelques points d’argumentation qui méritent une réflexion :

– Tout d’abord, il me semble fondamental qu’une pratique initiatique tende à libérer ses fidèles. Comment prétendre les émanciper si la porte est verrouillée pour toujours ? La démission dès la moindre déception devient alors la seule option possible.

– Beaumarchais dit : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». Cela s’applique à la Franc-maçonnerie, « Sans liberté de désinitiation, point de fidélité sincère et durable ». Prendre conscience à tout moment de notre liberté de quitter l’Ordre rend notre présence plus intense par notre choix intégral.

– Sachant que chaque année, des milliers de Francs-maçons qui avaient prêté le fameux serment quittent la maçonnerie et démissionnent de leur Loge, ils deviennent de fait des parjures. Comment peut-on permettre d’hypothéquer ainsi le futur de ses Frères qui démissionnent sans leur donner la liberté de se dégager de leur serment en cas de changement de leur conscience vis à vis de la Fraternité ? Cette condamnation à perpétuité est-elle réellement conforme à l’idéal maçonnique ?

– Bon nombre de pratiquants croient en une vie après la vie, sous une forme de paradis pour les uns, ou de réincarnation pour les autres. Qu’en est-il de l’énergie des serments éternels passés dans les Loges ?

Nous comprenons tous qu’à l’époque où nous vivions 40 ans, le mariage éternel à 20 ans, nous engageait pour une vingtaine d’années. Il était donc concevable de passer 2 décennies avec son conjoint ou sa conjointe. Si l’on retire à cela, les périodes de grossesse, 14 heures de travail quotidien, le temps passé sur les champs de bataille dans les périodes guerres… le mariage éternel était bien supportable. En réalité, sa durée de vie effective était aussi longue que celle d’aujourd’hui. Le Franc-maçon avait le même souci dans sa durée et son assiduité dans sa pratique. Un pacte d’éternité était nettement moins engageant qu’à l’époque ou l’humain s’apprête à vivre plus de 1000 ans grâce aux GAFA[2] qui nous préparent au rêve d’éternité transhumaniste.

Pour conclure, je propose que nos serments soient révisés au plus tôt afin de remplacer certaines clauses léonines :

– Celle en l’occurrence qui permettrait d’écrire, buriner, graver, sculpter ou reproduire car avec plus de 11 000 ouvrages maçonniques en circulation, ce serment n’a plus aucun sens.

– Une autre clause s’est vidée de son essence : « Je promets d’aimer mes Frères, de les secourir et de leur venir en aide… ». Lorsqu’on voit la faible motivation à la solidarité fraternelle, je suggère qu’elle soit purement et simplement retirée car une minorité de Francs-maçons ne la respectent, ou ne s’en souviennent plus aujourd’hui.

– Et enfin, il serait important de clarifier le point de l’appartenance à la Fraternité. Le maçon ne change pas d’identité, il change de groupe d’appartenance. Cette notion est rappelée très justement par Michel Serre[3]. Ce denier avait clarifié ce point de confusion générale avec brio en répondant à la question :

– « Faites le point sur la différence entre identité et appartenance, une confusion quotidienne qui conduit au racisme ».

– « Etre un individu de sexe masculin, caucasien, mesurant 1,80 mètre, et s’appelant Michel Durand ne correspond pas à votre identité. Tout ceci est un carrefour d’appartenances. Mais en aucun cas il ne vous donne votre identité.

Ainsi, parler d’identité nationale, religieuse, culturelle conduit le plus souvent à des dérives. Si nous devions qualifier notre identité, elle se résumerait à notre code ADN, unique à chacun. »

Nous pouvons réfléchir à l’idée que nous ne sommes peut-être pas maçons par l’Initiation… mais que nous le devenons enfin au passage à l’Orient Eternel, grâce à une pratique assidue et respectueuse. En attendant… nous faisons de la maçonnerie, et nous nous initions au quotidien par notre travail.

Franck Fouqueray

[1] https://tinyurl.com/debaptiser

[2] Google / Amazon / Facebook / Apple

[3] https://tinyurl.com/MichSerre

Pourquoi être exemplaire dans un monde qui ne l’est pas ?

Quel est le sens des valeurs, du perfectionnement, de l’élévation spirituelle, en un mot de l’exemplarité dans le monde où nous vivons qui, lui, n’est certainement pas exemplaire ? Fanatisme religieux, totalitarisme idéologique, matérialisme technologique et individualisme sociétal font bon ménage pour repousser tout système de valeurs. Dans un monde qui mêle culture et culturalisme, égalité et égalitarisme, identité et identification, communautarisme et vie en communauté, différence et divergence, démocratie et médiocratie, sans doute est-il bon de rappeler que la vérité d’un homme n’est pas dans la « face » de « book » de ses réseaux sociaux, mais dans ce visage de chair dont l’expression lumineuse reflète la lumière de ses pensées. Et Tort-Nouguès, philosophe, conclut : « L’homme d’aujourd’hui a l’impression de vivre dans le chaos et dans les ténèbres, d’être le frère du prisonnier de la caverne platonicienne. »

« Ordo ab Chao », c’est justement contre le chaos, le désordre que nous devons lutter. Lutter contre l’abandon des valeurs. Rejeter la bien-pensance. Refuser le prêt-à-penser. Récuser l’intolérable. La résignation remplace trop souvent l’indignation et la contestation. Saint Augustin nous rappelle que « l’espérance a deux enfants très beaux : ils s’appellent le courage et la colère ». Nous devons résister. Résister contre ce qui sépare, décompose, éparpille. Et « rassembler ce qui est épars ».

Dans la « Synthèse de la question à l’étude des loges » de la « Grande Loge de France » en 2002, les Frères apportaient déjà une belle réponse à ces questionnements : « À la violence économique, à l’insatisfaction des besoins primaires, au non-respect de la dignité humaine, à la désespérance, à l’égoïsme, opposons la solidarité, la redistribution équitable des richesses, la reconnaissance, le respect des différences, la générosité. À l’obscurantisme, aux dogmes, au fanatisme, aux pouvoirs illégitimes, à l’inégalité des chances, opposons l’instruction pour tous, la connaissance, le sens du devoir, l’amour des autres. Face à la violence, opposons maîtrise de soi, civilité, valeurs morales, justice et partage ».

D’autres questions, cependant, restent en suspens. Je vous les pose pour examiner avec vous comment la Franc-maçonnerie y répond :

– D’abord les rites[1], qui codifient des modèles de comportements, ont-ils encore un sens… à l’époque d’Internet ?

La réponse est : oui. Car les hommes ont besoin d’un minimum de transcendance. Il est important de préserver des lieux (les loges) et des cérémonies (les rites) pour les relier par une symbolique qui les fédère autour des mêmes valeurs de vie.

– Ensuite, à quoi bon se donner des êtres exemplaires[2] pour modèles dans un temps où la starisation les rend éphémères ?

Parce que l’homme a besoin d’idéal pour vivre et parce qu’il a besoin que cet idéal soit incarné de façon pérenne pour pouvoir l’incarner lui-même. Aujourd’hui il existe encore de grands philosophes pour nous faire réfléchir, de grands humanitaires pour se dévouer à la cause des pauvres et des initiés exemplaires pour faire rayonner la Franc-maçonnerie dans la société.

– Mais encore, dans un monde qui dépersonnalise et standardise de plus en plus, le Franc-maçon ne risque-t-il pas d’être un Candide, un Don Quichotte ou le dernier des Mohicans avec son sens de la vie et ses valeurs issues du passé ?

Qui sait ? Au pire, s’il est un Candide qui cultive son jardin intérieur, il en répand aussi les fleurs autour de lui. S’il est un Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent, il sert toujours d’exemple à d’autres hommes pour bien conduire leur vie. Et si, comme le dernier des Mohicans, il est un peu isolé dans un monde qui ne croit plus ni au sens ni aux valeurs, tant qu’il transmet sa foi maçonnique il perpétue l’œuvre de ses prédécesseurs… et la sienne !

– Enfin, l’exemplarité est-elle vouée à disparaître dans un monde qui s’en désintéresse ?

Non, car tant qu’il y aura un Mohican (Franc-maçon ou pas) pour transmettre à un autre Mohican un sens[3], des valeurs, des archétypes d’êtres exemplaires, des modèles de comportements, une méthode, des symboles, des outils, des mythes, des rites et une tradition, la lumière de la Franc-maçonnerie continuera de rayonner et d’éclairer ceux qui s’en inspirent.

 

Pierre PELLE LE CROISA, le 27 avril 2015

[1] Voir l’article « Pourquoi faire appel à des rites ? » publié par les « Illustrissimes Blogueurs » dans la rubrique « Le champ des rites ».

[2] Voir l’article « La Franc-maçonnerie : Exemplarité ? Valeurs ? « Grands initiés » ? » dans la rubrique : « La Franc-maçonnerie actuelle et de demain éclairée par celle d’hier ».

[3] Voir l’article « Faut-il donner un sens à sa vie ? » dans la rubrique « Des clés pour hier et aujourd’hui ».

Deux frères (?) s’écrivent

Mon TCF Untel, j’ai sursauté quand j’ai lu, en quatrième, de ton livre chez Dervy : « La franc-maçonnerie est-elle une mystique ou bien une gnose spécifique? »Le concept est fort, original mais…il figure dans mes ouvrages depuis plusieurs années. Je me suis écrié : « Plagiaire » d’autant plus que tu ne me cites pas. Il faut dire, penses-tu sans doute qu’il y a une telle différence entre les deux écrivains que nous sommes que situer ton inspiration était dérisoire. C’est vrai : Tu es un écrivain-philosophe de grande notoriété, qui vend beaucoup, à la pensée qui t’attache de très nombreux lecteurs… Moi, je suis sans doute plus prolifique que toi dans le domaine maçonnique (plus de 40 ouvrages) mais je reste un quasi inconnu hors d’un petit cercle de lecteurs.
Alors j’ai lu ton ouvrage et, à par le titre et cette phrase malheureuse, à mon sens, je n’ai rien vu de près ou de loin avec mes conceptions de notre Franc-maçonnerie. Plus, nos représentations de l’Ordre sont passablement différentes voire opposées. Aussi je ne te chercherai pas noise, si tant est qu’en tant qu’initié, j’en eusse été tenté.
Pour autant ,nos convictions sur le désastre socio-environnemental sont jumelles. À preuve cette phrase que je soussigne, sans ciller : « L’homme moderne sous le nom et prétexte d’humanisme, s’est pris pour le centre, le but et le sommet de l’univers. Et l’on voit le résultat :une planète pillée, saccagée et ravagée de toutes part, le plus souvent de façon irréversible. Cet humanisme n’était qu’un narcissisme nombriliste, un anthropocentrisme arrogant ». Je suis tellement d’accord que je la citerai dans mon prochain ouvrage ; en précisant bien sûr que que ces lignes sont de mon Frère Untel
Continue joyeux sur ton chemin de gloire.
Je t’embrasse fraternellement et affectueusement. £
Jacques Fontaine

Bonjour Monsieur.
Je ne pense pas être votre « Frère » et votre message m’interloque.
Jusqu’à ce courriel de vous, j’ignorais absolument tout de votre existence et de vos livres. J’ai donc été voir sur Amazon et ai décidé de continuer sur cette voie de totale ignorance.
Alors, de là à vous « plagier » … vous ne manquez pas de toupet. Vous devriez revoir votre modestie à la hausse, cela vous ferait du bien.
Comme une notice l’indique sur Amazon, vous appartenez à deux obédiences, semble-t-il, … et vous êtes ami de Jissey du GO ; donc vous ne semblez pas être un Franc-maçon régulier et reconnu, membre de la (obédience régulière) (il faut dire qu’en France avec les 220 « obédiences » qui se disent maçonniques, vous n’êtes pas un cas isolé … bien malheureusement).
Dans le cas contraire, faites-vous dûment reconnaître.
Bien à vous,
UA

Bonjour Untel,
mais pourquoi donc me répondez-vous sur ce ton qui me blesse à chaque ligne? Moi je vous estime, quand je regarde vos vidéos. Vraiment je me sens méprisé et rabaissé. Heureusement, mes 50 années de maçonnerie, l’âge aidant, m’ont aidé à gagner un peu de sagesse et à accuser les coups tels que ceux que vous me portez. Être un inconnu, en comparaison de votre notoriété, ne me rend pas humainement plus indigne.
Je suis fort content d’apprendre que nous avons eu la même idée : gnose et non mystique. Et, si vous en êtes d’accord, je citerai votre phrase sur l’anthropocentrisme arrogant.
Vous voyez, Marc, j’essaie toujours de regarder les émotions qui niassent en moi, à mon insu d’abord, bien évidemment. A la lecture de votre réponse, je viens de vous le dire, j’ai été atterré. Alors pourquoi? C’est ma question et je ne vous inflige pas mes hypothèses de réponse.Mais je fais tous mes efforts pour être, autant que faire se peut, un militant actif de la paix. À ce titre je suis Libre penseur, Citoyen du monde, d’ Amnesty international;;;e je ne supporte pas que 10 000 enfants environ meurent de faim chaque jour; alors, là aussi, je me bats.
Enfin je ne cherche ni gloire, ni pouvoir, du moins ce qui pourrait être à ma portée.
Alors, je vous demande de ne pas vous fâcher et si je l’ai fait, je le regrette; je ne cherchais pas du tout à vous vexer et j’ai du être maladroit, croyant manier l’humour et …l’estime.
Si vous désirez vous faire une idée, j’ai fait plusieurs conférences sur Baglis TV. Je me permets de vous joindre ma présentation d’auteur.
Je vous souhaite,Untel, beaucoup de sourires d’affection dans la vie, ceux que vous recevez et ceux que vous envoyez. Je vous souhaite d’aller toujours plus loin sur le chemin de réalisation que vous avez choisi.
Avec mes sentiments cordiaux.
Jacques Fontaine

Le Vénérable Maître efficace

LE VENERABLE MAÎTRE EFFICACE

Le VM a en charge trois missions, qu’il met en œuvre dans les tenues de loge, en dehors des moments rituels et sans s’y mélanger. Il ne se préoccupe pas de QI mais de QE, de l’intelligence émotionnelle. D’où pas de planches philosophique, historique, érudite pendant les tenues de loge. Pendant les tenues de comité, sont bienvenues les apports politique, social. Pendant les tenues d’instruction, c’est l’imagination (en partie) et l’intuition pour avancer dans l’introspection ; les réflexions pour l’étude de la morale. Bon ça n’empêche pas que la réflexion à partir de l’émotion est recommandable, mais pas pour rationaliser, justifier ; pour formuler ce que l’on découvre en soi car reformuler c’est prendre la maîtrise de la vraie raison, le motif, la cause. Les maçons vont à la cause des phénomènes sociaux comme la misère. Ne vont pas à la cause de leurs comportements, aux scenarios, trame, empreinte, sentiment océanique. Oui et non ; je dois creuser . Par exemple, la fraternité est une trame voire une empreinte. Elle calme les effets de l’angoisse, la dépression, la culpabilité, l’agressivité qui se situent au niveau de la trame. Les mythes sont des conduites (ici, des trames) à tenir, celui d’Hiram en particulier. Qui débouchent sur des scénarios : parricide, homosexualité et inceste autorisés.

A) La motivation. Elle est triple :
1) motivation à écouter l’autre pour entrer en empathie (donc une composante de la fraternité).Ne pas écouter ce qu’il dit seulement mais ce qu’il est en disant, pour favoriser des émotions en nous qui font miroir : je lui ressemble parce que mais il est unique parce que je diffère de lui. L’attitude est plutôt spontanée si l’environnement n’est pas troublé.
2) Motivation à descendre en soi, après une planche et pendant les échanges. Notamment faire de vrais silences.
3) Et la motivation pour agir sur le forum, en plus du » laisser-aller » les choses en soi en espérant que l’on s’améliore d’une part et que cette amélioration servira d’exemples aux autres.
La méditation libère le mental, nous rend disponible

B) L’attention/concentration
La méditation aide à faire le vide pour pouvoir mieux se concentrer.

C) L’expression des émotions et en particulier dans les émotions positives celles dites de transcendance de soi, la fraternité au premier chef. Renvoyer à mon guide. La méditation favorise-t-elle l’expression des émotions. ?Je ne sais pas.

Des mots pour qualifier son rôle : Liturgiste ( étymologiquement « au service du peuple), Harmoniste, Compositeur, Ensemblier

Le VM fait vivre l’autorité que confère l’office et s’efforce d’être un leader ; la loge s’en portera mieux. Pour cela il ne s’exprime pas en nom propre, en tenue, mais en tant que VM. C’est pourquoi il ne prend pas la parole en donnant son avis, comme les autres, sur un travail. Et qu’en loge de table et sur les parvis, il ne s’exprime pas en tant que VM

Il était une fois l’Homme…

IL ÉTAIT UNE FOIS L’HOMME…

  • Parce qu’en sortant de la caverne, tu as eu peur…tu as inventé l’arme : la lance, puis l’arc et les flèches pour tuer des animaux dits « sauvages », mais aussi tes frères, les autres hommes !
  • Parce que tu as eu froid…tu as fait de la pierre des cabanes, mais aussi des projectiles pour te défendre ou attaquer !
  • Parce que tu as eu faim…tu as inventé l’outil et volé le feu à la terre pour cuire tes aliments, mais aussi incendier ton environnement !
  • Parce que tu as eu envie d’aller plus loin par curiosité, tu as inventé la roue, pour te transporter, mais aussi, de brouette en charrette, pour fabriquer le char qui deviendra char d’assaut.
  • Parce que tu as eu soif, tu as inventé Dieu pour, entre autre, lui demander la pluie, mais aussi la noyade de tes ennemis !
  • Parce que tu as voulu vénérer ce Dieu, tu as inventé les Livres saints, mais aussi, de ce fait, plusieurs Dieux. Et malheur à qui ne croit pas comme toi !

…Alors, avec la croyance, tu as inventé la guerre puis ces armes qui crachent la mort. Alors, avec cette pulsion destructrice de ton cerveau reptilien qui ne t’as pas encore quittée depuis l’âge des cavernes. Alors malgré le commandement biblique « Tu ne tueras point », tu t’es laissé emporter par la barbarie !… Ainsi pourrait se résumer aujourd’hui l’histoire de l’Homme, lequel, le 21ème siècle venu, prouve bien qu’il est encore un être inachevé sur cette fragile boule de porcelaine qu’est la planète et qu’il peut détruire. Et lui avec! Ainsi pourrait-on désespérer de cette créature, si parallèlement à son agressivité native, n’existait dans sa profondeur une petite lumière : la raison éducatrice. Elle peut, un jour proche souhaitons-le, le faire passer de sa nature à la culture ! Matière flottante, matière rampante, matière levante, matière pensante, telle a été la lente progression de l’Homme. Il ne lui reste plus qu’à devenir vraiment matière aimante !!

C’est bien la mission que s’est donnée la franc-maçonnerie, invention humaine et lieu de l’intelligence collective. Puissions-nous frères et sœurs « rayonnants » que nous sommes, – au vu de ces actuels défilés protestataires soi-disant pacifiques et joyeux qui nous font « rire jaune » – répandre autour du Temple, que le chemin de l’autre, ne doit pas conduire, de villes en villes, à s’entre-tuer mais à s’entr’aimer !

Gil GARIBAL