mer 19 mai 2021 - 00:05

La pensée magique, si humaine. Vous influence-t-elle ?

Nous passons tous par la pensée magique, et elle ne nous quitte jamais totalement. Que pensez-vous de l’âme ? Les neurosciences nous éclairent. Etes-vous intuitif ou analytique ? Désormais cela se mesure !

Pas de doute pour nous les adultes, il y a autour de nous des entités inertes et d’autres douées d’une intention. Dès  l’âge de 6 mois, donc bien avant le langage, le bébé distingue l’être vivant d’un jouet mécanique, et avant sa première année il est capable d’interpréter les émotions des humains et de suivre leur regard. Il en va de même pour l’animal sauvage croisé au coin du bois.  

Se sentant porteur d’une intention, le petit enfant attribue cette même propriété à plein d’autres entités, se rapprochant ainsi des peuplades animistes dont nous sommes tous les descendants . Avançant en âge, il restreindra progressivement l’attribution de cette propriété à de moins en moins d’entités, en fonction des expériences vécues et de l’éducation reçue.

Enfants, nous passons tous par la pensée magique.

Plusieurs invariants jalonnent le parcours de la pensée des enfants :  parcourons les brièvement.

Le premier est la loi de contagion : la croyance qu’il suffit d’un contact avec un objet pour qu’un effet se produise, et se maintienne après la fin du contact, même avec grande distance. Nous savons que cette loi est valable dans les cas d’infection biologique. Certains adultes conservent cette croyance : parmi eux on trouvera des hommes qui refusent du sang ou un organe provenant d’une femme, de peur de perdre leur virilité. Quand aux implications racistes, inutile de vous faire un dessin.

Autre loi : l’essentialisme psychologique. Les chiens ne font pas des chats, expression qui exprime qu’il existe, bien cachée derrière le matériel, une essence « chien », « chat » ou « humain ». Le père Platon portait évidemment cette loi bien haut, les enfants aussi, c’est une production naturelle de notre envie d’établir un classement du monde. Mais elle prépare à l’idée que l’immatériel est présent, et distinct du matériel : l’existence de l’âme est une croyance présente chez tous les peuples, qui combine l’essence immatérielle avec l’intention.

Le désir de comprendre a encore une autre conséquence : la loi magique de similarité. Hermès trois fois grand l’aurait gravée sur sa table d’émeraude : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Paracelse l’a appliquée dans sa théorie des signatures : par exemple,  les plantes à racines rouges traitent les maladies du sang.

Qu’en est-il chez les adultes actuels ?

Psychosociologues et neuroscientifiques ont massivement soumis nos populations occidentales à des batteries de tests pour traquer l’évolution de nos pensées magiques, de l’enfance à l’âge adulte, et ont obtenu des résultats remarquablement cohérents.

Le premier est que nous conservons quasiment tous un sérieux fond de superstitions, mais la plupart du temps nous refusons de l’admettre. Juste un exemple : difficile de faire prononcer, même aux plus farouches rationalistes, la phrase «  je souhaite que ma mère meure », même dans un cadre explicitement désigné comme purement expérimental.

Tout de même, il existe une corrélation négative très marquée entre le niveau de croyances magiques et le niveau d’éducation, et ce pour toute la population mondiale.

Le test discriminant quant au niveau de croyances magiques est celui qui recherche les confusions catégorielles, c’est-à-dire attribuer aux objets des pouvoirs mentaux et à l’esprit des pouvoirs physiques. Cette intuition est tellement puissante et ancienne dans notre développement qu’elle résiste à tous les contre-arguments et se déploie dans toutes les cultures alors qu’aucun fait empirique ne permet de la valider.

Si les univers physique, biologique et mental ne sont pas nettement distingués, alors tout est dans tout, et tout peut interagir avec tout d’une manière surnaturelle.

Si les hommes sont méchants avec la nature, cette dernière ne manquera pas de se venger puisqu’elle dispose d’intentions comme nous-mêmes.

Deux systèmes de pensée :  l’intuitif et l’analytique.

Dans nos pays la majorité dispose des deux systèmes, mais avec préférence pour un des deux. Vous pouvez vous situer aisément en vous posant la question «  suis-je plutôt intuitif ou plutôt analytique » ?

Si on sépare la population en deux groupes, en fonction de leur système préféré :  les intuitifs et les analytiques, ils se distinguent aisément en neurologie par le phénomène nommé « onde 400 » ( Lindemann 2008 ), très corrélée avec les confusions catégorielles.

Nous avons enfin la preuve que la pensée est « lisible » dans le cerveau, puisque les idées sceptiques se distinguent des intuitions par une mesure physique de l’onde 400 :  l’animation de l’esprit est donc bien une production du cerveau matériel et non d’une (hypothétique) âme immatérielle.

On retrouve là en fait les « système 1 et système 2 » qui ont permis à Kahnemann et Tversky de devenir nobélisés en 2002.

Les intuitifs sont rapides, font beaucoup appel à la mémoire et aux expériences du passé. Leur pensée se déroule sans effort, ils pensent global et utilisent fréquemment le raisonnement analogique. Le système intuitif est en fait le système par défaut, en partie inconscient, lié aux émotions, mais aussi résistant au changements, insensible aux arguments objectifs, générateur de certitudes.

Par opposition, les analytiques ne lancent leur système que de manière consciemment décidée, la progression de la pensée est laborieuse, suivant un schéma de déductions et inductions logiques, entrecoupées de doutes . Ce système nécessite un niveau d’éducation certain .

Au global, le système intuitif reste néanmoins prédominant pour la prise de nos décisions.

Et dans nos loges ? Difficile de ne pas voir une similitude ( loi magique de similarité ? ) entre les « intuitifs/analytiques » et notre paysage maçonnique francophone  «  pôle traditionnel/pôle libéral »…

Du côté des maçons traditionnels, tout à l’inlassable recherche des sagesses contenues dans les anciens textes sacrés, on baigne évidemment dans un univers dominé par l’intuition, les confusions catégorielles, l’essentialisme, la loi magique de similarité et tous les stades que la pensée humaines a parcourus dans sa recherche de compréhension.

La recherche de compréhension était un besoin impérieux : la réduction des incertitudes était bien sûr une question de survie de l’espèce dans ces temps anciens, d’où l’ancrage si puissant du si rapide mode de pensée intuitif.

Les maçons libéraux se centrent plus fréquemment sur le « reste-à-faire » au présent et au futur  :  nous avons certes appris que l’homme nouveau ne se décrète pas, et que les progrès technologiques n’apportent pas automatiquement le bonheur, l’homme et la société d’aujourd’hui restent des pierres hérissées d’imperfections douloureuses qu’il nous revient de connaître et traiter.

Bref le système analytique reste un outil indispensable de tous les maçons, et il s’agira d’équilibrer cœur ( intuitif et émotionnel )  et raison ( analytique ).

La preuve que tout ceci est bien actuel et dynamique:  toutes les découvertes majeures évoquées dans le présent papier ont moins de 30 ans ; un merveilleux état des lieux se trouve dans le «  Pourquoi croit-on » de Thierry Ripoll.

Dans un autre billet nous nous pencherons sur la similarité potentielle entre la dualité intuitif/analytique et la dualité croyant/sceptique.

Je vous laisse avec ces lancinantes interrogations :  suis-je intuitif ou analytique ? Et est-ce mon choix ou le fruit involontaire de mon vécu ?

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Patrick Van Denhove
Patrick Van Denhovehttps://www.lebandeau.net
Après une carrière bien remplie d' ingénieur dans le secteur de l'énergie, enfin je puis me consacrer aux sciences humaines ! Heureux en franc-maçonnerie, mon moteur est la curiosité, et le doute mon garde-fou.

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