lun 27 septembre 2021 - 18:09

LE BOUDDHISME CHAN ET SES HISTOIRES….

Un bouddhiste de vieille date et néanmoins ami, a traduit du chinois un  recueil d’historiettes Chan (ou zen pour les japonisants). Une édition, augmentée d’une introduction plus étoffée, est en préparation aux éditions de La Tarente. Pour les plus pressés on pourra se procurer l’édition précédente sur le site Rakuten.

Nous avons eu l’idée d’en publier quelques bonnes feuilles et de l’interroger sur ses recherches. Le Chan est en effet méconnu en France, alors que son avatar, le Zen, bénéficie d’une assez bonne réputation. Alors, retour aux origines …

1. Q. Pourquoi ce sous-titre « Chan de Gushi »

R : C’est le titre original en chinois de ce recueil. « Gushi » veut dire « histoire(s) ». « Chan » c’est le caractère écrit sur la couverture, un Japonais prononcerait « zen », un chinois « tchann » (qui s’écrit « chan » en transcription officielle). « De » est la préposition, comme en français. Je lis de droite à gauche et cela fait « histoires de chan ».

 2.  Q. Que peux-tu nous dire de plus concernant le Chan qui devint, comme tu l’indiques dans ton livre, « l’interprétation chinoise du bouddhisme » ?

R : Le Chan est une des écoles bouddhistes chinoises. Il n’est pas très connu en France qui a plutôt entendu parler du zen. Le Bouddhisme est arrivé en Chine au Ier siècle mais il a commencé à se répandre au VIe. Au début, les Chinois considéraient les pèlerins bouddhistes comme une variété de taoïstes. De plus, en tant qu’étrangers, ils s’adressaient au public par le truchement d’interprètes. Ces derniers peinaient à traduire le vocabulaire métaphysique venu du sanscrit, aussi, ils empruntèrent le vocabulaire taoïste. Les prêches, tant ils étaient imprégnés de concepts chinois, devinrent presque familiers pour leur auditoire. Le Chan fut alors une façon originale et caractéristique de transmettre un bouddhisme à la chinoise. Le Bouddhisme et la culture chinoise avaient trouvé leur terrain d’entente.

3. Q. Quelles sont pour toi les grandes différences entre le taoïsme et le bouddhisme ?

R. Les similitudes sont plus nombreuses que les différences. Quand on lit Zhuang zi (Tchouang Tseu) ou Lie Zi (Le Vrai Classique du vide parfait) on découvre de nombreuses anecdotes qui s’intègreraient sans difficulté dans les histoires chan. Mais la réalité d’une religion ou d’un courant spirituel est beaucoup plus complexe que la représentation que l’on s’en fait. Je ne saurais dire ce qui sépare le christianisme de Maître Eckart de celui de nos évêques aujourd’hui. Je ne vois pas trop le rapport entre un islamiste et un Soufi. Le maître chan comme le maître taoïste est souvent à la marge de l’institution. Mais les pratiques comme la méditation, les rituels, la méthode pédagogique directe de Maître à disciple, les mantras, etc. sont des pratiques identiques. D’un autre côté, la mythologie taoïste avec son Empereur, ses ministres, ses postes officiels ressemble à la Cour Impériale des Tang alors que le panthéon bouddhiste chinois avec ses divinités et ses saints surhumains est plus proche des dieux et héros grecs ou tibétains (sans doute une influence du tantrisme indien). Mais en général, les pratiquants sérieux des deux courants se rassemblent pour dire que tout cela n’est, finalement, qu’illusion.

4.  Q. Qu’est ce qui t’a motivé pour écrire ces histoires chan et les diffuser ?

R. Le fait que le Chan soit si mal connu. C’est un courant passionnant. L’approche, par la traduction, de ces fabulettes est une bonne introduction ludique et intelligente. Très pédagogique en somme. Elle se rapproche beaucoup de l’enseignement réel transmis par le maître chan.

5. Q. Comment as-tu décidé de l’ordre dans lequel ces histoires sont présentées ?

R. J’aurais pu mettre bout à bout chaque recueil. Mais j’ai essayé de répartir les textes afin de maintenir l’attention du lecteur en alternant des anecdotes plus drôles ou plus faciles avec de véritables Koans énigmatiques à souhait et défiant toute logique. Une accumulation d’une sorte ou d’une autre au même endroit devenait vite indigeste. J’ai simplement précisé entre parenthèses l’origine du texte. Soit il provient directement de la source chinoise (chan), soit il provient d’un collectage japonais (zen). Mais je sais que beaucoup aimeront lire au hasard.  C’est toutefois une édition complète des recueils disponibles.

6. Q. Que pourrais-tu dire de ta retraite dans un monastère bouddhiste Chan en 1996 qui pourrait nous éclairer sur ces histoires ?

R. Je pratiquais déjà les arts martiaux depuis des années et j’avais aussi été initié au zazen et à d’autres méditations. J’étais à l’endroit idéal dans ce coin du Yunnan. Un jour, j’ai débarqué au monastère pour rencontrer le Supérieur. « J’aimerais apprendre ce que vous savez ». Le Supérieur s’est tourné vers le Responsable des enseignements. « Qu’est-ce que tu en penses ? » « Il a un signe ». C’était parti ! Il m’a expliqué assez rapidement comment méditer et m’a donné rendez-vous chaque jour à la même heure. Chaque fois, il y avait un événement inattendu et nouveau. Un jour, on a gouté des pommes, une autre fois je l’ai aidé à faire ses calligraphies et j’ai dû donner mon avis sur chacune d’elles, puis je suis rester à écouter les entretiens du maître avec des tas de gens aux préoccupations diverses, j’ai assisté à des cérémonies funéraires, des prières de dédicaces. Il me donnait parfois des conseils pour ma méditation. Tout cela a pris sens progressivement par une sorte de dialectique entre l’événement lui-même et le mûrissement en moi au cours des méditations. Par exemple, la séance de calligraphie : après un travail dans la concentration et le plaisir mêlés, j’ai dû prononcer des jugements sur les résultats alors que j’étais un béotien. Après une formule d’humilité, je disais « j’aime beaucoup », « c’est beau » et le maître répondait « c’est nul, je balance » ou « oui, c’est potable » etc. Le sens de cette leçon m’est apparu après coup, confirmé par le Maître. Ce qui compte, s’est de faire de son mieux, en étant complètement dans ce que l’on fait. Contempler le résultat ne changera pas grand chose à l’affaire. Sauf si l’on n’hésite pas à recommencer. Cette situation avait été concoctée par le Maître parce que je m’interrogeais sur ma pratique. La réponse à une question vient d’une situation concrète, vécue, plus que d’un discours.

7. Q. Comme tu as vécu en Chine et également au Japon, quelles sont pour toi les différences rencontrées dans le bouddhisme Chan ?

R. Le Zen pratiqué au Japon est très formel. Les temples sont très ordonnés, très esthétiques. Le Zen n’est pas très « cool » comme on pourrait l’imaginer.

Ma posture chan est assez précise bien entendu. Elle permet le passage des souffles. Mais parfois au Japon, au temple zen, le moine qui dirigeait la séance passait un temps fou à rectifier les postures des pratiquant en se servant de son kosaku, son bâton, comme d’un mètre d’instituteur. Pourtant, j’ai beaucoup appris aussi au Japon.

C’est un peu comme si les Japonais travaillaient sans cesse sur la rectitude de la posture, du geste et les Chinois sur la justesse du mouvement. Mais il ne faut pas prendre tout cela au pied de la lettre, ce serait réducteur.

On sent qu’il y a une origine commune à ces deux conceptions mais que chacune a pris une forme qui convenait le mieux à sa terre d’accueil. Le Chan et le Zen ont un goût propre que l’on peut savourer.

Merci à Serge de s’être prêté au jeu des questions-réponses qui nous éclaire un peu plus sur le chan. Avec la permission de l’auteur nous vous donnons ci-dessous une des succulentes histoires :

« Tan Shan et un condisciple cheminaient de conserve par un chemin boueux. Il pleuvait tant que des flaques gigantesques se formaient sous les pas des deux moines.

A un tournant du chemin, ils rencontrèrent une jolie femme, qui de plus était habillée avec élégance. Celle-ci cherchait un moyen de contourner une étendue d’eau, d’aspect peu engageant.

Tan Shan galant, se proposa de l’aider et celle elle acquiesçait, il la prit dans ses bras et la porta de l’autre côté de l’obstacle aquatique.

Son collègue ne dit rien, mais son visage disait qu’il n’en pensait pas mois.

Ils reprirent leur route et parvinrent au monastère.

Le soir venu, ils s’installèrent pour dormir.

Alors le second moine demande à Tan Shan :

« Nous sommes des moines ! Comment peut-on ainsi porter de jolies femmes dans ses bras ? »

« Comment ? de quoi ? Ah oui ! Cela fait déjà un moment que je l’ai déposée à terre et toi tu la portes encore dans ta tête. ».

L’auteur a bien eu raison de nous faire partager ces histoires chan dont il vient de faire un recueil que je vous encourage à lire.

Ces histoires sont remplies d’humour, de sagesse et je dirais même de tendresse car elles démontrent nos travers humains. Nous pouvons nous y reconnaître c’est pourquoi elles sont intemporelles. Les noms des personnages sont chinois ou japonais mais nous pouvons très souvent nous identifier aux personnages, nous imaginer dans telle ou telle situation.

Ces histoires sont à déguster comme des « mignonettes gourmandes »….

Merci Serge pour ce délice….

Ida Radogowski

Pour se procurer le livre de Serge :

  • Ma librairie en ligne : L’oie sauvage.
    Passer commande à reqleselgrec11@orange.fr
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sur Amazon (14€50 et frais d’envoi). 

S’inscrire à la newsletter LDDV – mail : lesdeuxvoix@orange.fr

Ida Radogowskihttps://forms.gle/jqqZUgXG4LN6vv9aA
Pratiquante bouddhiste depuis plus d’une trentaine d’années, continue de suivre régulièrement des enseignements auprès de maîtres du bouddhisme Theravada-moines de la forêt (bouddhisme de l’Asie du sud-est) et pratique la méditation régulièrement. Ida a pratiqué pendant longtemps le hatha-yoga, s’est imprégnée d’une certaine philosophie hindouiste moderne (Swami Prajnanpad et Krischnamurti). Je guide depuis plusieurs années des séances de yoga-nidra (yoga relaxation) auprès de différents groupes. Ses thèmes de réflexion sont : l’éthique – le travail sur soi, la cohérence et rassembler ce qui est épars. Elle travaille dans le milieu du spectacle vivant depuis de nombreuses années en qualité d’administratrice de compagnies de théâtre et d’ensembles musicaux (gestion-administration). Ida a crée avec d’autres personnes LA LETTRE DES DEUX VOIES pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçons(nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme. La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoix@orange.fr

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