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BUL.I.M. n°8 de la G.L.F.M.

Mes TT CC SS,

Mes TT CC FF,

La franc-maçonnerie repose sur trois piliers fondamentaux :

  • La morale à travers sa rituélie, son symbolisme, sa tradition qui résiste aux temps,
  • La philosophie et la modernité de ses visées,
  • La spiritualité dans toute sa diversité.



Philippe DHAINAUT
SGM de la Grande Loge Française de Misraïm

Le franc-maçon aspire à une amélioration de la société au sein de laquelle il évolue. Pour cela, deux grandes méthodes lui sont proposées. Celle dite « sociétale » et celle dite « spiritualiste ». Schématiquement, la première prétend qu’en améliorant la société elle améliorera l’Homme. La seconde pense qu’il faut améliorer l’Homme pour espérer améliorer la société.

L’éternelle opposition philosophique intérieure de Rousseau qui, adepte de Platon, s’interroge : « les hommes sont méchants » cependant « l’homme naît bon ».

Je me garderai bien de porter un jugement sur la pertinence, les qualités ou les carences de chaque méthode comme je me suis toujours refusé à juger les différents rites. Comme dit le proverbe « comparaison n’est pas raison » même si ma tendance naturelle serait d’affirmer avec humour que le rite que je pratique, le rite de Misraïm, est de loin le plus riche et le plus beau !

Le primordial est-il le rite ? est-il la méthode ? Une réponse est apportée par notre Frère Antoine de Saint Exupéry qui fait dire au petit prince : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Car, selon mes convictions profondes, la fraternité est le cœur de l’enseignement que nous recevons quel que soit notre choix. (D’ailleurs à ce sujet, il est intéressant de constater que ces certitudes se forgent par la pratique. Le profane, lorsqu’il intègre une loge ignore souvent à quelle obédience il adhère, quel rite et quelle méthode il va pratiquer).

Si par hasard nous croisons une sœur ou un frère en difficulté notre premier réflexe sera de le (la) dépanner ou de l’apaiser sans nous enquérir préalablement de son appartenance. Cet acte spontané m’amène à évoquer la chaîne d’union au sein de la franc-maçonnerie universelle.

Instant fort du rituel, traditionnellement positionné au moment de la fermeture des travaux, les Sœurs et les Frères forment une chaine symbolisant l’union de tous les francs-maçons du monde. Qu’elle soit longue ou courte, la gestuelle est immuable, la main gauche (celle du cœur) est ouverte pour donner, la main droite est fermée pour recevoir. Cet instant est propice à la méditation et l’altruisme. Selon le rite ou les coutumes des loges, les pratiques diffèrent, ainsi, au rite de Misraïm, le chant de l’au revoir est souvent entonné. Le chant et la musique sont des vecteurs d’amour, de rapprochement des êtres entre eux et envers le GADLU.

Mais me direz-vous, en quoi la chaîne d’union maçonnique diffère-t-elle des autres fraternités ou sociétés initiatiques ?

La chaîne d’union maçonnique comporte une multitude de spécificités : elle regroupe des Sœurs et des Frères de toutes cultures, de toutes opinions, de toutes confessions, de toutes classes sociales. Elle s’inscrit dans une symbolique issue d’une rituélie millénaire qui n’a pas changée sur le fond alors que les rituels évoluent sur la forme. Elle s’adapte à la pensée de ceux qui la composent, certains y verront une simple expression de la fraternité, d’autres la traduiront comme un projet utopique de société, d’autres enfin y verront une communion de vibrations qui permet un processus alchimique de recharge et une transmission des énergies.

La chaine d’union pratiquée en loge ne diffère pas des autres symboles. Elle trouve sa source dans un lieu sacralisé, le microcosme, pour s’épanouir dans le monde profane, le macrocosme. Elle provoque un phénomène vibratoire circulaire et spiritualisé qui a pour finalité de s’élever en empruntant le chemin du fil à plomb.

Bien entendu, le franc-maçon ne manquera pas, par analogie, d’intégrer la chaine d’union à son moi intérieur. De réfléchir à cette chaine progressive qui met en action le monde émotionnel avec les mondes intellectuels et spirituels. Il prendra conscience de cette complémentarité des différents organes qui composent son corps et des énergies qui le traversent. De l’intérêt vital de prendre soin tant de son organisme que de son âme. En faisant le chemin inverse, de l’immanence à la transcendance, il découvrira la nécessité d’aimer les Hommes et les mondes qui l’entourent et de les respecter.

Il existe donc plusieurs chaînes d’union selon que l’on se situe sur l’un des piliers que j’évoquais dans mon propos liminaire mais un seul terme peut agréger les intentions, les énergies et les désirs des participants : l’égrégore.

A l’heure où beaucoup de valeurs semblent se déliter, la franc-maçonnerie brandit l’étendard de la fraternité et de l’union entre les êtres. A contrecourant diront certains, utopie diront d’autres. Rousseau et son « discours sur les sciences et les arts » est immortel. Je laisse ces réflexions à votre pertinence préférant adopter la position de Socrate : « je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ».

Dans l’attente de nous revoir assemblés physiquement dans notre chaine d’union.

Recevez, Mes Très Chères Sœurs et Mes Très Chers Frères, mon accolade la plus fraternelle.

J’ai dit.

Vie Force Santé

Philippe DHAINAUT

SGM Directeur de la publication

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Humanisme n°331 -La Commune de Paris

Humanisme n°331

Revue des francs-maçons du Grand Orient de France

Conform édtion, mai 2021, N° 331, 126 pages, 15 €

Le numéro 331 de mai 2021 de la revue des francs-maçons du Grand Orient de France Humanisme vient de paraître. Cette dernière livraison comprend le dossier « La Commune de Paris, une mémoire vivante » qui, avec l’anniversaire des 150 ans de la Commune de Paris et de la Semaine sanglante – du dimanche 21 au dimanche 28 mai 1871 – vient à point nommé. Nous trouvons au sommaire :

– Introduction par Philippe Foussier

– Les francs-maçons et la Commune par André Combes

– La Commune et la séparation de l’Église et de l’État par Gérard Delfau

– Le Sacré-Cœur, l’anti-commune par Thomas Collet

– L’amour recommence à 150 ans par Pascal Joseph

– La chambre des communards par Bruno Filigni

– Clémenceau et la Commune par Samuel Tomei

– La Commune de 1891. Louise Michel, l’histoire et le possible par Claude Rétat

– À l’origine de la Commune, Napoléon le petit par Marc Viellard

Source : https://conform-edit.com/humanisme.html

Pourquoi il faut commémorer la Commune

Les forces conservatrices et les forces émancipatrices s’affronteront toujours, que ce soit à l’échelle de la société ou à l’échelle de l’individu (et là, je vous ramène à mon vieil ami Freud : la pulsion de mort toujours en guerre contre la pulsion de vie).

En ces temps incertains, il est difficile de trouver des repères, ou à défaut, des occasions de communier. On parle du bicentenaire de la mort de Napoléon, mais avec le confinement et les restrictions diverses, je crains que les cérémonies ne soient quelque peu ajournées (sauf les grand hommages nationaux). De la même manière, il était question, encore que celle-ci fasse polémique, de commémorer la Commune de Paris, cette célèbre insurrection de 1871 qui suivit la capture de l’empereur Napoléon III par les prussiens et les troubles politiques associés.

En fait, la Commune est assez peu enseignée dans les « petites classes » du collège et du lycée, le programme d’histoire se cantonnant au fameux « roman national », celui qui met notre pays à l’honneur mais qui en omet les aspects les moins glorieux. Ainsi, la Commune est assez peu évoquée dans le programme d’histoire-géographie du secondaire. Il s’agit en effet d’un épisode de quelques mois, mais qui pourtant a un impact fort. D’ailleurs, les Francs-maçons y ont joué un rôle important. Je vous invite à lire à ce sujet l’excellent ouvrage de l’historien André Combes, Commune de Paris-La Franc-maçonnerie déchirée.

Mais cette fameuse Commune, qu’était-elle donc ? Sans rentrer dans les détails, elle était le résultat d’un mouvement populaire ayant chassé le pouvoir en place et le gouvernement provisoire suite à la défaite de Sedan et au siège de Paris par les prussiens. Notons que la Commune n’a d’ailleurs pas eu lieu qu’à Paris. D’autres grandes villes comme Nancy ou Lyon ont vécu leur Commune, avec la sanglante répression qui s’ensuivit… Pour ceux qui connaîtraient mal ce puissant épisode de l’histoire de France, je vous recommande l’excellent film de Raphaël Meyssan, diffusé sur Arte, les Damnés de la Commune. Si le format long-métrage vous rebute, vous pouvez aussi visionner le moyen métrage de Benjamin Brillaud (de la chaîne Nota Bene), La Commune de Paris – 1871. Et bien sûr, n’oublions pas le webinaire de la Grande Loge de France qui s’est tenu le 29 avril dernier pour les 150 ans de la marche des Francs-maçons. J’y reviendrai.

Je pense qu’il y a deux leçons à tirer de la Commune. La première est qu’une société plus juste, qui protège les plus faibles, où les hommes et les femmes sont égaux (même en salaire) et les politiques soumis à un mandat impératif (pour les énarques et autres ignorants : une personne dépositaire d’un mandat impératif doit accomplir le programme pour lequel elle a été élue, sous peine de révocation) est possible. Par les temps qui courent, on comprend que nos chers élus aient peur de cette disposition, qu’on tend à oublier dans l’éducation civique…

La deuxième, c’est que les forces contraires, celles du maintien de l’ordre social en vigueur se ligueront toujours contre la République sociale. Les Versaillais ont gagné en 1871, et leurs descendants, la pseudo-élite financière et leurs valets politiques font tout pour maintenir l’ordre social qu’ils ont toujours connu. Et ce phénomène existe, mais au niveau mondial. Avant de me faire traiter de marxiste pessimiste, je vous rappelle ces mots du milliardaire Warren Buffet en 2005 : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner ». C’est un fait : les forces conservatrices et les forces émancipatrices s’affronteront toujours, que ce soit à l’échelle de la société ou à l’échelle de l’individu (et là, je vous ramène à mon vieil ami Freud : la pulsion de mort toujours en guerre contre la pulsion de vie).

Nos prédécesseurs Francs-maçons ont aussi joué un rôle dans la Commune : les Loges (contre l’avis des Obédiences) organisèrent un événement, le défilé du 29 avril 1871, durant lequel ils arpentèrent Paris, pour enfin planter leurs bannières à Courbevoie. Les Loges marquèrent ainsi leur soutien à la Commune, face aux Versaillais, et ce, contre l’avis des Obédiences de l’époque. Il faut dire que les valeurs de la Commune de Paris sont très proches des valeurs humanistes que nous défendons (ou plus précisément, nous prétendons défendre).

Parallèlement à la commémoration de la Commune s’est tenue en plus grande pompe celle de la mort de Napoléon. Ah, l’épopée napoléonienne, la toute-puissance de l’État centralisé, la codification du droit via le Code Civil, la militarisation de la société, mais aussi les millions de morts, les guerres à répétition, le mépris du peuple et des corps intermédiaires, le rétablissement de l’esclavage (pourtant aboli par les régimes issus de la Révolution) et bien évidemment, son acte fondateur, le 18 Brumaire ! Dans le fond, il s’agit bien du même phénomène de forces conservatrices contre forces émancipatrices… Au fond, Napoléon et la Commune ? Mêmes combats !

En ces temps de désespoir, et de durcissement de nos sociétés, il me paraît important de rêver à la possibilité d’un autre monde, qui corresponde plus à nos volontés d’émancipation et nos désirs de liberté. Alors que le politique commence à décider de ce qu’il est juste de rêver ou pas (cf. la brillante sortie en conseil municipal à Poitiers d’une femme politique élue : « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants aujourd’hui »), alors que des puritains indignés se croient fondés à déterminer une vision politique de l’histoire (souvent fausse, d’ailleurs) au point de vouloir l’annihiler, plus que jamais il est important de se dire qu’un monde proche de nos idéaux humanistes, un monde plus juste a été possible. Et comme l’enseignement de l’histoire peut inciter à rêver, plus que jamais, rêvons de ce monde plus juste, pour en faire un jour une réalité.

Vive la Commune, vive la Sociale !

Je vous embrasse.

La Chaîne d’Union – avril 2021

La Chaîne d’Union

Collectif

Conform édition, 2021, N° 96, 96 pages, 12 €

La Chaîne d’Union est la revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Une revue entièrement vouée à la réflexion maçonnique.

Créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III. Au sommaire du dossier de ce numéro d’avril 2021, nous avons « Matières à débat », le « Dossier », « Études et recherches, ainsi que les « Notes de lecture ».

Le dossier de ce numéro est consacré à « Qu’est-ce que le secret maçonnique ? ». Nous y trouvons les articles suivants :

  • Au sujet des secrets de métier par Jean-Michel Mathonière,
  • La culture du secret en franc-maçonnerie par Daniel Comino,
  • Secrets et mystères en franc-maçonnerie, pour quoi faire ? par Fabrice Maurice,
  • Paradoxes du secret par Daniel Beaune,
  • Le secret au risque de la transparence par Jacques Le Disez,
  • Faut-il démystifier le secret maçonnique ? par François Cavaignac.

La bible & la loge

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Le symbolisme de la construction du Temple prend sa forme par les textes biblique tout en conservant l’héritage de la culture classique et ses moyens d’action.

Il y a dans les rituels une fusion intime entre les outils de la culture païenne, classique, hellénistique romaine et ceux importés de la culture orientale. Comment ce «  melting pot » de culture peut-il bénéficier à l’initié tant dans sa transformation personnelle que dans l’élévation de son esprit ? L’auteur suggère que la manière d’utiliser les outils symbolique est primordiale dans l’acquisition des résultats.

Philippe Langlet a suivi une formation universitaire initiale en anglais puis continué en science du langage (thèse de doctorat en 2009). Son travail porte principalement sur les textes fondateurs de la Franc-maçonnerie ou les premiers rituels maçonniques. Il collabore régulièrement à des publications dans des périodiques universitaires ou maçonniques.  Il donne parfois des conférences à l’Académie maçonnique de la Grande Loge de France. Il est officier des palmes académiques.

Don Juan le profane I

Il faut s’intéresser au mythe de Don Juan parce que c’est un mauvais modèle. Et de même que les bons modèles sont des exemples de ce qu’il est conseillé de faire – à l’instar d’Hiram ou des grands initiés : Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus, Confucius -, les mauvais modèles le sont de ce qu’il faut éviter –

I – L’ÉGOTISTE

Un profane non-initiable

Dans l’étude des trois visages de Don Juan, , j’explorerai « le triple destin de l’être humain : profane, initié, saint, en me fondant sur une seule figure mythique, monumentale, qui a traversé les siècles jusqu’à nous, Don Juan[1]. »

Irène Mainguy ajoute : « La confusion intérieure dans laquelle vit Don Juan, sa dispersion dans les formes et la matière s’accompagne d’une haine cachée, d’un besoin qui est devenu un plaisir, celui de profaner, de détruire. […] La question se pose [alors] : Pourquoi s’intéresser au personnage de Don Juan ? En fait, ce récit dramatique est complexe car il pose des questions d’ordre moral, social, philosophique et spirituel. Ce personnage, dans les versions initiales, est le prototype du profane non-initiable, celui qui se dilue dans la multiplicité, à l’opposé de l’initié qui, reconnu libre et de bonnes mœurs de l’apprentissage à la maîtrise, a la possibilité et le devoir de rassembler ce qui est épars. […] Ainsi le pire des exemples peut être le meilleur enseignement pour nous inviter et nous encourager dans notre quête à persévérer sur le chemin de la Lumière[2]. »

C’est dans cet esprit que le créateur de Don Juan, Tirso de Molina, a créé ce personnage au théâtre : en montrant ce qu’il ne faut pas faire (le mal), éduquer les hommes à faire le bien…

Le renversement des valeurs

« Pourquoi s’intéresser au mythe de Don Juan ? », s’interroge Irène Mainguy. Tentons de répondre à la question.

Je dirai que, comme l’a voulu son créateur, il faut s’y intéresser parce que c’est un mauvais modèle. Et de même que les bons modèles sont des exemples de ce qu’il est conseillé de faire – à l’instar d’Hiram ou des grands initiés : Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus, Confucius -, les mauvais modèles le sont de ce qu’il faut éviter – comme un reflet-miroir des valeurs qu’ils condamnent. Karl Popper appuie la vérification d’une proposition scientifique sur le principe de réfutabilité. Adoptons cette position.

Nos coutumes sont la mémoire de nos ancêtres, et nos morts survivent dans nos mœurs. En référence à ces tables de valeurs, la société juge nos pensées et nos actes.

Don Juan, lui, les nie. Il inverse les valeurs de la société. Il s’oppose à celles qui sont codifiées par la loi, gouvernées par le roi et inspirées par la foi. Á ses yeux, ce ne sont que des idées, des “eidôlon”, c’est-à-dire des idoles, de vaines images, des statues de pierre – comme le Commandeur -. Il les récuse,  refusant nos principes et nos institutions. Avec le Bourgeois, le Père et Dieu qui représentent successivement le pouvoir économique, l’équilibre social et l’autorité religieuse, il rejette les symboles qui les accompagnent : l’argent (Monsieur Dimanche), la famille (Dom Louis, son père) et la religion (le pauvre et le Commandeur).

Dom Juan et la statue de pierre

« La nature nous a créés méchants »

Refusant tout ce qui pourrait le contraindre, Don Juan s’entête dans le refus – refus de la femme, qu’il rabaisse à n’être que son image ; refus de la famille, de son père, dont il bafoue l’autorité ; refus de la société, dont il érige les vices en vertus. En butte à toutes les manifestations du sacré, il se dévoile par son manque de transcendance. Négateur de toute symbolique, il s’affirme comme seul symbole. La transgression est sa règle d’exception[1].

Don John pousse cette conception de l’existence à ses dernières extrémités pour s’en faire un système de vie : “A chacun sa nature. Nous sommes ce que nous sommes, vous êtes ce que vous êtes. Si nous faisons le mal, c’est la faute de la Nature qui nous a créés méchants.” Et il explique : “La Nature ordonne que nos sens guident notre raison, puisque toute connaissance commence par la sensation[2].”

Don Juan oppose son “moi et mes sens” à toute essence. Il intériorise l’animalité qui transmigre en lui. Il ne s’interroge pas sur l’existence, il la vit. Il n’est pas homme de pensée, mais d’action. “Ici-bas il n’est rien d’immuable[3]”, décrète-t-il. Il n’intellectualise pas ses pulsions – c’est le tropisme de Casanova -, il les accomplit. Comme Lorenzaccio, il est une “force qui va[4]”. Tout est permis. L’insolence prime et le désordre s’installe.Dans un monde où il faut donner un sens à sa vie,il a choisi… de n’être rien ! Il est proprement in-sensé. Dans le miroir de l’autre, il contemple son double. La duplicité et le double langage sont l’expression de son double jeu.

Le contre-sens et l’immanence

Ainsi, face aux“ i-déités” de la société, à ses mythes et à ses images mentales, Don Juan oppose le mirage de son individualité. Il inverse le sens ordinaire de la vie, qui est d’avoir une vie droite : il va à contre-sens. Il transforme la réalité en mascarade, la belle ordonnance civile n’est plus que licence et folie, et la sagesse qu’elle prescrit devient objet de dérision. Il ré-introduit dans l’existence le dérèglement des mœurs et le chaos absolu de la violence. Il les impose par la domination, l’intimidation ou l’agression, en usant de la force s’il convient. En rébellion contre la société et ses normes, il fait reconnaître sa valeur d’homme et ses contre-valeurs dans l’intransigeance de sa révolte, dans le déchaînement de ses passions et dans sa transgression de l’ordre.

Son idéal, c’est lui, ici et maintenant : “Je vis de tout ce qui est au présent”, avoue-t-il à Hortensia. Créateur de sa propre vie, il cherche à la perpétuer en la recréant toujours. La plénitude du présent rejette la certitude d’un passé sur lequel on ne peut plus agir et l’incertitude d’un avenir qui contraint à réagir. Alors le temps se referme : c’est le cercle vicieux de l’instant qu’on refuse de laisser passer en le renouvelant dans l’instant qui suit, éternellement, à l’infini. Le monde s’achève en lui à chaque seconde. Acte. Actuel. Actualité d’une histoire qu’il fait. Action. Actuation. Actualisation d’une légende qu’il parfait. Chez lui tout est mouvement, transformation, métamorphose. Le temps qui se découpe d’instant en instant segmente le flux de son vécu, il balise son déroulé. Il n’y a pas d’écoulement, tout est césure ; il n’y a pas de continuation, mais sempiternel recommencement. Sans souvenir, car dès qu’un événement a eu lieu, tout se passe comme s’il n’avait jamais été : “Je reste toujours entravé par la même contradiction. Je sais que je l’ai vue, mais je sais aussi que de nouveau je l’ai oubliée”, reconnaît-il. Sans avenir non plus, car il ne se projette sur rien. Il se contente de jouir du moment dans des moments de jouissance : “Oui, Sganarelle, ce soir je dois en jouir !” Et Musset écrit: “C’est ainsi qu’il en était venu à croire, à vingt ans, qu’une femme ici-bas n’était qu’un passe-temps[5].” Enfin, Johannes déclare : “Je recherche l’immédiateté. Le fond éternel de l’amour, c’est que les individus ne naissent l’un pour l’autre que dans son instant suprême[6].” Tout doit donc s’accomplir dans le présent : “Si pour jouir de votre chair, vous me fixez un tel délai, puisque à vivre il me reste encore, laissez-moi passer du bon temps[7]”, se plait-il à répéter…

Pierre PELLE LE CROISA, le 10 mai 2021


[1] MOLIÈRE, Dom Juan ou le Festin de Pierre.

[2] SHADWELL J.-E., The Libertine.

[3] ZORRILLA J., Don Juan Tenorio.

[4] MUSSET A., Lorenzaccio.

[5] MUSSET A., Namouna (poème).

[6] KIERKEGAARD S., Le Journal d’un Séducteur.

[7] TIRSO DE MOLINA, L’Abuseur de Séville.

[1] TRÉBUCHET L., recension de Don Juan le Profane ou le défi du Diable de Pierre PELLE LE CROISA (revue Points de Vue Initiatiques).

[2] MAINGUY I., recension de Don Juan le Profane ou le défi du Diable de Pierre PELLE LE CROISA (revue Les Travaux de Villard de Honnecourt).

Une autre manière de lire Confucius

Par Georges Charles – Fondateur des Arts Classiques du Tao

Ceux qui découvrirent Confucius au Siècle des Lumières furent impressionnés par le fait qu’il s’agissait d’un Homme, d’un Etre Humain, s’adressant aux autres Êtres Humains et non d’une parole révélée attribuée à une divinité. Ce qui valut à Voltaire cette terrible parole « Faut-il croire la Chine ou Moïse ? ».

Confucius, alias Maître Kong ou Kongzi, (551 av. J.C. 479 av. J.C. ) passe généralement pour un parangon de vertu qui représente l’ordre social et que l’on oppose naturellement à Lao Tseu, alias Laozi, prétendument chef de file et Maître à penser des Taoïstes. Confucius est censé représenter un modèle social basé sur le système pyramidal qui caractérisait l’Empire de Chine puis la Chine. On oublie alors de se demander pourquoi il fut si souvent, au cours des âges et encore récemment, critiqué par ce même pouvoir et même interdit et que ses descendants ou lointains disciples pourchassés et exilés sinon exécutés. C’est tout simplement parce qu’il est le plus violemment critique envers ce fameux pouvoir politique qu’il semble encenser mais qu’il combat avec force et conviction. Et ceci depuis plus de deux millénaires. Mais il utilise pour ce faire une méthode qui nous est inhabituelle. Il décrit simplement un mode idéal presque parfait où chacun est à sa place et exerce sa vertu pour le bien du peuple. Et il le fait avec une constance irréprochable. Si on se met à la place d’un brave homme il semble indiquer le chemin à suivre pour devenir un exemple et obtenir une réussite sociale enviée.

Si on modifie quelque peu l’angle du regard on se rend rapidement compte qu’il décrit volontairement un idéal qui est très éloigné de celui qui motive en fait ceux qui dirigent la Chine. En montrant la perfection il révèle l’imperfection notoire de la réalité. Lorsqu’il dit « Un prince devrait être comme-ci ou comme ça et agir de telle manière pour obtenir tel résultat… » la simple observation du prince en question démontre qu’il agit tout autrement et que son comportement est loin d’être exemplaire. Donc que le résultat escompté ne peut être au rendez-vous. Et qu’il y a tromperie manifeste. Le prince est un escroc. Mais dit d’une autre manière, plus policée et surtout plus chinoise. Un prince lui demandait justement « Si vous étiez à ma place que feriez-vous donc ? » et Kongzi répondit simplement « Zheng Ming ». Ce qui signifie « rectifier (Zheng) (les)noms (Ming) ». Ce qui signifie encore « remettre droit les mots ».

Les commentateurs expliquent doctement « Lorsqu’on ne se comprend pas (si les mots sont faux) cela engendre de la méfiance et la méfiance est la racine de l’incompréhension qui peut engendrer la violence ». Mais Zheng Ming pour le Peuple c’est simplement le « bon sens ». « Que feriez-vous à ma place ? » réponse cinglante « Du bon sens ».

Tout est presque dit. Wangbi (Wang Pi) (226 249) considéré comme l’un des plus brillants commentateurs des Classiques a pu dire de Confucius « Le Doctrine du Maître Kong tient en deux caractères qui sont Zhong et Shu. Zhong c’est s’élever au plus haut de soi-même. Shu c’est s’ouvrir vers les autres. Tout le reste n’est que laçage de sandales. » Ce qui est évidemment quelque peu lapidaire. Par « laçage de chaussures » Wangbi considère le Rituel (Li) décrit par ailleurs dans le « Traité du Rituel » (Liji) qui est un des grands classiques liés au confucianisme et qui serait la base de la politesse et du savoir-vivre. Donc du « vivre ensemble ».  

Zhong, originellement, représente une cible qui surmonte un Cœur. Pas uniquement l’organe mais le « Cœur conscience » qui « engendre l’Esprit ». Zhong c’est « le Cœur/droiture ». C’est ce qui permet à l’Esprit (Shen) donc à l’Etre Humain (Ren ou Jen) de s’élever bien au-dessus de sa condition d’origine. C’est, en quelque sorte aussi l’Initiation. Suivant Confucius comme il faut rectifier les mots, il convient avant tout de rectifier de cœur. C’est simplement la droiture. Le dictionnaire classique de la langue chinoise, le Ricci (caractère 1272) donne les traductions suivantes : Fidèle, loyal, dévoué, sincère, honnête -l’aspect intérieur de la droiture et de la loyauté. Shu (caractère 4429) de ce même dictionnaire c’est : Juger et traiter autrui comme on souhaiterait l’être soi-même. On retrouve la clé du Cœur surmonté par une bouche et la racine ancienne Etre Humain (Ren). C’est « un Etre qui s’exprime avec son cœur ». On retrouve cette notion de verticale (s’élever) et cette notion d’horizontale (s’ouvrir) qui dans la cosmologie chinoise classique représentent le Yang (un trait vertical unique) et le Yin (deux traits horizontaux produisant une « ouverture ».  Cela correspond également à un autre principe confucéen essentiel : Rectitude (Zheng) (Ricci 319) et Bienveillance (Jen) (Ricci 2427). Ce dernier représente la vertu d’humanité, la disposition de bienveillance envers autrui. Mais il faut tout de suite affirmer que Wang Yang Ming (1472 1529) souhaitait que l’on élargisse cette bienveillance à la multitude des êtres et même des choses et que l’on ne se limite plus à ses seuls semblables. C’est l’un des « Quatre Successeurs » à avoir sa statue dans le Temple de Confucius. Wang Yang Ming souhaitait également que « San Jiao He Yi » « Que les Trois Enseignements, Taoïsme, Confucianisme, Bouddhisme s’harmonisent (s’unissent) en Un ». Ce qui lui valut pas mal de problèmes de la part des intégristes. 

On retrouve, malheureusement, cette notion de « verticale et d’horizontale » dans un film relatant les aventures très romancées de Yip Man, l’un des Maîtres de Bruce Lee. « Verticale tu es vivant, horizontal tu es mort ! ». Ce qui est pour le moins réducteur mais qui démontre le niveau intellectuel ambiant. Mais revenons au cœur de notre sujet. Un individu prônant la droiture, la loyauté, la sincérité, l’honnêteté, la bienveillance comme fondement de la politique d’Etat est nécessairement suspect, du moins indésirable. Et Confucius ne se contente pas d’allusions ou de ce principe de critique par comparaison qui est si mal compris. Il lui arrive parfois de mettre les pieds dans le plat.
Dans « Daxue » « La Grande Etude » qui lui est en grande partie attribuée il explique « Cela signifie que l’Etat doit faire preuve de plus d’intérêt pour cultiver les devoirs que pour rechercher les profits. Quand celui qui dirige une nation ne s’applique qu’à amasser des biens matériels, cela vient obligatoirement des hommes médiocres dont il fait grand cas. L’utilisation d’hommes de peu provoque l’arrivée simultanée de fléaux et de malheurs dans la nation en question. Aussi même si il se trouve là d’excellents hommes, ils n’y peuvent déjà plus rien. » (Philosophes confucianistes – La Pléiade NRF Gallimard – La Grande Etude   6B pages 565 et 566).

 
Ce qui est pour le moins explicite. Concernant les Taoïstes, il faudrait maintenant dire, d’ailleurs (de Chine !) les daoïstes et enlever les trémas : daoistes, Yangzi dit en substance, ce qui est très direct « Si il fallait que je sacrifie une rognure de mon ongle pour sauver ce monde, j’hésiterai ».
Quant aux Bouddhistes tant qu’ils ne remettaient pas en cause le pouvoir central comme ce fut le cas lors du changement dynastique entre les Ming et les Qing, ils bénéficiaient généralement d’un statut-quo favorable. Lors des événements de la Place Tian An Men les premiers à manifester furent les étudiants en philosophie et les premières pancartes brandies comportaient ce slogan « Non à la boutique de Confucius ! » Les commentateurs virent une critique du Maître kong sans savoir que ces étudiants exhumaient le fameux Wang Yangming. Les « boutiquiers de Confucius » au pouvoir utilisaient celui-ci comme des épiciers : deux cents grammes de Confucius par-ci, trois tranches de Confucius par la, une pincée de Confucius, un extrait de Confucius… afin de pouvoir l’instrumentaliser. Puis les étudiants reprirent les aphorismes de ce « néo-confucianiste » (le terme « néo-quelque chose » est toujours suspect) : « Chercher à comprendre c’est déjà contester » ; « Dans certaines circonstances ne rien faire c’est déjà agir » ; « Agir est facile » ; « il y a une seule raison d’agir et dix mille pour ne rien faire »… Et ils s’assirent par terre. Le pouvoir eut peur et fit donner les chars. J’ai finalement un conseil à donner : il suffit de lire Confucius et de ne pas se contenter de ceux qui ont vu l’homme qui a vu l’ours et qui n’a pas eu peur. Il est accessible et nous disposons en France de pas mal de traductions qui ont le mérite d’exister. L’édition que j’ai citée précédemment, La Pléiade, concernant ces textes ainsi que ceux des taoïstes (Tome 1 et Tome 2) est une bonne référence.

Enfin, ceux qui découvrirent Confucius au Siècle des Lumières furent impressionnés par le fait qu’il s’agissait d’un Homme, d’un Etre Humain, s’adressant aux autres Êtres Humains et non d’une parole révélée attribuée à une divinité. Ce qui valut à Voltaire cette terrible parole « Faut-il croire la Chine ou Moïse ? ».

Le puits des forges

Dans le rituel forestier, j’ai appelé tous les membres de notre vente à voter les 4 rendez-vous supplémentaires recommandés par notre rite, qui mêlent, quoiqu’on en dise, les fêtes celtes et druidiques.

Dans notre rituel forestier, nous sacralisons le lieu en appelant les 4 cabanes du calendriers et fêtes celtes et en décalant d’un quart de tour les 4 cabanes.

A savoir : zénith – nadir  ( sud – nord, solstice d’été – solstice d’hiver )

orient – occident ( est – ouest, équinoxe de printemps – équinoxe d’automne ).

Ces 4 cabanes symbolisent les 4 éléments fondateurs :

  • L’ermite : l’eau,
  • Le vigneron : le feu,
  • La mère catault : la terre,
  • L’ours : l’air.

On commence par lugnasad, l’ours ( « par le feu du sang de la terre … » ),

Puis, par la mère catault, beltaine (« par la terre, notre mère … »),

Puis, par l’ours, imbolc (« l’ours souffle, l’air …. »),

Et par l’ermite, samain (« par l’eau du ciel … »).

En ce déplaçant d’un quart de tour, nous nous positionnons dans le calendrier druidique des équinoxes et des solstices.

Voilà pourquoi j’ai appelé tous les membres de notre vente à voter les 4 rendez-vous supplémentaires recommandés par notre  rite, qui mêlent, quoiqu’on en dise, les fêtes celtes et druidiques.

J’ai trouvé que ces fêtes étaient complémentaires et non en opposition.

Thierry B.

LA BIBLE, LA LETTRE ET LE NOMBRE

LA BIBLE, LA LETTRE ET LE NOMBRE

Le code secret enfin déchiffré

Benoit Gandillot

Les éditions du Cerf, 2021, 448 pages, 24 €

Les Kabbalistes le pensaient, Benoît Gandillot le démontre dans cette étude révolutionnaire. Il existe bien un système numérologique derrière le texte biblique. Une merveilleuse manière exégétique de réviser les mirages de l’ésotérisme, tout en découvrant un véritable univers inconnu. L’auteur, directeur d’université d’entreprise, nous livre un décryptage étonnant de ce que certains nomment le Volume de la Loi Sacrée…

Transmettre pour devenir

La transmission est un acte fondamental pour assurer la survie de nos sociétés et tisser les liens entre les êtres humains. Ceux-ci sont façonnés par l’héritage qu’ils reçoivent. Devenus adultes ils deviennent conscients de la nécessité de se faire « passeurs »

La transmission est au cœur de la démarche maçonnique car la méthode initiatique permet de s’approprier une tradition propre à libérer autant la pensée constructive que l’imaginaire créateur.

Ce livre interroge toutes les facettes de la transmission  sans oublier que transmettre est un art qui amène plus de questions que de réponses et donc qu’il s’agit d’une voie permanente de perfectionnement.

Ginette Kawka-Aubart  a été Maître de Stage puis Chargée d’Enseignement théorique à la Faculté de médecine de Créteil-Paris XII- Membre du Conseil Scientifique Régional de la Formation Professionnelle Conventionnelle d’Ile de France – Cadre référent en protection de l’enfance et consultante salariée en médecine générale. Elle est actuellement retraitée.Elle déjà a publié aux éditions CONFORM avec le collectif de la GLFF : Valeurs en partage, de l’intime à l’universel, collection « Voix d’Initiées » – Paris 2017