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Les dogmes, ça s’impose.

Les dogmes, ce sont des croyances durcies ou sacralisées ; le processus continue et nous devenons d’obtus prosélytes. Comment éviter cela ?

Nous nous construisons tous une belle histoire personnelle,  belle parce qu’exempte de contradictions, et qui s’emboîte à merveille dans l’histoire du monde que nous nous sommes également fabriquée. Les deux histoires sont à base de simples et clairs enchaînements cause/effet …cet aspect mécanique a sans doute joué dans le succès, à l’époque des Lumières, des théories du Grand Horloger.

Nos belles histoires reposent sur nos croyances, elles-mêmes forgées à partir d’échantillons statistiques solides, ou juste notre envie d’y croire. La vérité est un concept qui n’a pas place dans cette partie de notre monde intérieur, et d’ailleurs les neurosciences ont montré que la fonction de mémorisation du cerveau inclut un automatisme de simplification (  un genre de logiciel de compression d’image ), qui comporte une routine d’élimination des dissonances cognitives et autres incohérences.

L’homme :  un animal qui fait des dogmes, disait Gilbert Keith Chesterton.

Les dogmes, ce sont des croyances durcies ou sacralisées, par exemple parce qu’on pense que l’angoisse serait insupportable si elle se révélaient fausses. La peur de mourir et de ce qui se passe ensuite est un grand pourvoyeur de dogmes.

Si le dogme permet de vivre, pourquoi pas, mais pourquoi voit on si souvent des personnes qui inlassablement cherchent à imposer leurs dogmes aux autres ?

Si on croit en un dieu capable de punir, pourquoi vouloir faire le boulot à sa place ?

La première explication qui vient est l’égo et son désir de pouvoir. Peut-être ne sommes nous que des reptiles évolués, mais gardant chevillée au corps la pulsion de soumettre et dominer le monde y compris nos semblables ?

Nos combats pour la survie, lorsque nous étions chasseurs-cueilleurs, ont peut-être laissé dans nos gènes et nos hormones une agressivité atavique, nous portant à l’esprit de contradiction lors de débats.

Mais une raison complémentaire pourrait être celle-ci : nos histoires intérieures citées ci-avant se retrouvent en opposition avec celles des autres, et comme nous tenons à nos histoires et à leurs dogmes intouchables, notre besoin de cohérence nous pousse à chercher à imposer nos points de vue aux autres, par tous les moyens.

Alors, que pouvons nous faire pour respecter la liberté de penser d’autrui ?

Le premier remède, comme souvent, c’est la connaissance. Informons nous et diffusons les savoirs concernant les biais systématiques qui affectent notre jugement, concernant les dernières avancées des sciences humaines, entraînons nous à accepter la complexité et les contradictions du monde et des idées . Tant pis pour le  rasoir d’Ockham : c’est un principe et non un dogme !

En passant, notons que ce n’est qu’à ce prix que nous comprendrons et respecterons correctement notre environnement.

En résumé :

  • Notre évolution darwinienne nous porte probablement à soumettre et dominer, et à arborer un esprit de contradiction lorsque nous débattons
  • Mais le fonctionnement de notre cerveau nous amène vraisemblablement aussi à vouloir imposer nos idées aux autres
    • Par recherche de simplisme et de manichéisme ( une seule vérité : la mienne )
    • Et par besoin fort de cohérence des histoires qu’on se raconte ( ou des « films qu’on se fait » )

Conclusion : faisons l’effort d’accepter la complexité et l’inhomogénéité du monde, et la coexistence de points de vue opposés.

« La bouse de vache est plus utile que les dogmes. On peut en faire de l’engrais. »

( Mao Zedong )

Bienvenue en Dystopie

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La littérature dystopique, souvent vue comme un genre populaire est surtout une proposition de futur basée sur l’interprétation du présent. Loin d’être un genre purement léger, elle nous invite à nous interroger sur l’avenir que nous voulons bâtir.

Il y a un genre que j’affectionne particulièrement en littérature : la dystopie. Les romans clés du genre sont bien connus : 1984 d’Orwell, le Meilleur des Mondes d’Huxley, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (adapté au cinéma par François Truffaut) ou encore, le roman fondateur du genre, Nous, de Ievgeny Zamiatine. Le roman dystopique reprend les codes et schémas du roman utopique, mais en les inversant. Très généralement, le monde dystopique naît d’une rupture dans la trame de l’Histoire. Ce peut être la victoire du parti royaliste en 1871, qui permet la restauration de la monarchie en France (Pierre Bordage, Ceux qui…), une catastrophe écologique ou politique (Pierre Bordage, Chronique des Ombres), l’élection d’un tyran aux faux airs de sauveur (Michel Houellebecq, Soumission). Il faut toutefois noter que la dystopie ne doit pas être confondue avec la littérature post-apocalyptique, autre genre que j’affectionne. Le schéma en est un peu différent : la civilisation a été anéantie après une ou plusieurs catastrophes (guerre nucléaire, phénomène climatique, chute de météore ou réunion de Sexion d’Assaut).

La bande dessinée regorge d’univers dystopiques : SOS Bonheur de Griffo et Jean Van Hamme, Block 109 de Ronan Toulhoat, V for Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd, Zetman de Katsura etc. La télévision et le cinéma ont également leurs séries dystopiques : la Servante Ecarlate, Black Mirror, Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nicol, Minority Report de Steven Spielberg et Blade Runner de Ridley Scott. Ces deux derniers films sont adaptés des œuvres de Philip K. Dick, mais poussent plus loin l’aspect dystopique. On peut noter aussi que la littérature jeunesse regorge d’oeuvres dystopiques : Hunger Games de Suzanne Collins, Labyrinthe de Kate Mosse, Divergente de Veronica Roth, Thomas Drimm de Didier van Cauwelaert etc. A croire que les éditeurs veulent préparer leurs lecteurs au pire…

Dans ce type de récit, le lecteur est amené à découvrir une civilisation à peine plus avancée que la civilisation contemporaine. Il épouse généralement le regard d’un ou plusieurs protagonistes, qui bien souvent devient un paria dans son monde et s’interroge sur le bien fondé des règles de son monde. Ainsi, le pompier Montag de Fahrenheit 451 se demande pourquoi brûler les livres, le narrateur de Soumission interroge sa propre lâcheté face à la catastrophe en cours, et le jeune Jean décide d’apprendre à lire malgré l’interdiction faite au peuple dans Ceux qui.

Le récit dystopique présente des similarités, quel que soit le contexte. Le récit est souvent urbain, dans des villes devenues mégalopoles, et dont le secteur et le type d’habitation déterminent la classe sociale. Généralement, plus on est proche du sol, plus on est bas dans la société. L’État ou l’autorité instaure un contrôle social permanent : surveillance généralisée, fichage de la population, contrôle de l’information, omniprésence et omnipotence de la police ou plus généralement de l’exécutif. Le contrôle sanitaire et social est souvent institué à la suite d’événements qui ont amené les politiques à instaurer un état d’urgence ou un état d’exception, dont ils ne sont jamais sortis tels que des attentats, des catastrophes climatiques, ou des pandémies. Le tout au nom du bien et des libertés publiques. Ca reste fort heureusement de la fiction, un état d’exception permanent établi au nom du bien public ne s’étant jamais vu dans notre beau pays…

Par ailleurs, le régime autoritaire refrène toute velléité de contestation politique ou de remise en question du régime. Bien évidemment, les libertés individuelles ne sont plus qu’un souvenir. On ne peut plus aller et venir comme on le souhaite, ni physiquement ni socialement. En effet, la classe sociale d’origine détermine l’accès aux études et donc le reste de la vie, les bonnes écoles n’étant accessibles qu’aux élites et classes dirigeantes. La plèbe doit rester à sa place.

L’accès à la culture n’est pas toujours évident non plus, la connaissance du passé étant une potentielle source de remise en cause des mesures du présent. Le peuple est donc maintenu volontairement dans un état de bêtise et d’ignorance, voire d’abrutissement (cf. la récompense dans le Meilleur des Mondes ou la télévision personnalisée dans Globalia de Jean-Christophe Rufin).

Il en résulte que le monde dystopique est un monde profondément inégalitaire : l’élite (peu norelu bf mbreuse) a accès à tout, y compris au soleil et à l’air pur, le reste du monde n’a accès à quasiment rien, même pas à un air pur ou une nourriture saine. Aucun rapport avec la réalité, bien sûr.

Evidemment, les libertés d’aller et venir n’existant plus, la population est soumise à un certain nombre de contrôles de l’autorité : contrôles aux faciès, examen des passeports (incluant les données médicales et de vaccination, le secret médical n’ayant plus cours en dystopie), examen du parcours, interrogatoire poussé si le personnage veut sortir de sa zone. Le droit à l’anonymat est oublié depuis longtemps.

La classe dirigeante assoit son pouvoir par l’abrutissement des peuples, la maîtrise de l’exécutif, du capital mais aussi, et surtout par la maîtrise de la technologie. Les technocrates de la dystopie sont les clercs de ces mondes, de véritables maîtres secrets manipulant les politiques pour établir leur pouvoir et faire régner leur idéologie : solutionnisme, utilisation sans garde-fou de leur technologie (cf. l’oeil de Batman, ce système d’espionnage généralisé), néolibéralisme ou toute autre forme de darwinisme social dévoyé. Je ne puis m’empêcher de lier la dystopie à des systèmes de « démocraties illibérales », dans lesquelles, au nom de l’efficacité expéditive de l’exécutif, les garants du droit sont tout bonnement supprimés… Je précise que la dystopie reste de la fiction et que personne n’aurait à l’idée de supprimer les Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Défenseur des Droits, et tous les autres garants du droit. Du moins, je l’espère.

Dans ce type de monde, les institutions comme la Franc-maçonnerie n’ont bien évidemment pas leur place. La démarche maçonnique impliquant un large questionnement et faisant appel au passé, un Franc-maçon est en mesure d’avoir, si tout se passe bien, une vision critique du monde, incluant le pouvoir en place. Toutefois, je regrette qu’on ne propose pas forcément aux Apprentis et Compagnons (ni aux Maîtres, d’ailleurs) de lire de la dystopie. Je suppose que le snobisme aristotélicien (qui se résume ainsi : la tragédie et les classiques, c’est bien ; la comédie et le reste, c’est pas bien) y est pour quelque chose. Du fait de mettre tout le monde au même niveau, de traiter tout le monde en égal et d’inviter chacun à se questionner, la Loge ne constituera jamais une dystopie.

Imagine-t-on un monde dans lequel l’accès aux droits les plus élémentaires serait conditionné par la possession d’un terminal personnalisé ? Imagine-t-on un monde dans lequel l’orientation des enfants se ferait sur la base de critères d’origines sociales et serait décidée par un automate programmable ? Imagine-t-on un monde dans lequel les plus pauvres n’auraient plus le droit d’aller et venir ? Ou encore un monde dans lequel l’accès au moindre service, au moindre lieu serait conditionné par la détention d’un passeport donnant non seulement l’identité, la date de naissance mais aussi la situation médicale de son détenteur ?

Heureusement que la dystopie reste de la fiction, sinon, le monde serait un enfer !

Je vous embrasse.

Initiation et robot ménager

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La franc-maçonnerie et l’image entretiennent des rapports étroits, et ce depuis l’origine. Qu’est-ce donc que le tableau de loge si ce n’est un enseignement visuel et graphique, une transmission par l’image ?
À travers cette modeste rubrique j’envisage d’explorer avec vous les liens tissés entre l’image et surtout l’image animée, et la maçonnerie, liens parfois sérieux, parfois cocasses, souvent inattendus.

Commençons cette rubrique par « du lourd » : rien moins qu’un spot publicitaire destiné à attirer les impétrants vers la franc-maçonnerie. Voilà bien une problématique qui unit toutes les loges du monde : comment expliquer à des « profanes » ce que par définition on ne peut pas trop leur montrer ? Comment traduire le « mystère de la chose », sans la dévoiler ?
Utiliser un spot pour parler à des profanes serait un peu suspect au pays de Molière, mais beaucoup moins dans les contrées proches d’Hollywood. Le fait est que ce spot est d’une superbe facture sur le plan technique ; j’entends par là le soin apporté à chaque plan, à la lumière, au montage et quelques petites trouvailles visuelles comme l’insistance sur les pas, sur la dynamique de la marche. Premier plan : des pieds nus sur le carrelage d’une piscine ; et quelques plans plus loin d’autres pas qui gravissent un escalier, passant de la Beauté à la Force puis la Sagesse ; ce sera le seul plan du film nous dévoilant partiellement une cérémonie : celle du second degré « à l’anglaise ».
Ce plan est également l’axe central du film ; avant, des hommes cherchent à donner du sens à leur vie, après ils en trouvent : c’est l’entrée dans une fraternité chaleureuse qui conjugue de vigoureux shake-hands avec un univers de club anglais, comme le montrent les quatre plans autour d’un billard. Dans cette fraternité d’hommes, les différentes ethnies du melting pot américain sont bien présentes, regroupées autour d’une notion si difficile à traduire dans notre langue française : brotherly love. Amour fraternel, plus fort que l’amitié, entre l’agapé grec et le caritas latin, lequel se traduit également par « charité » ; amour fraternel, charité fraternelle… derrière ces notions apparaît le point fort de la maçonnerie américaine, centré autour de la bienfaisance et d’une certaine éthique du don et du partage.

On peut bien entendu critiquer cette vision marketée de la franc-maçonnerie. Déjà le fait que tous ces maçons semblent être des mannequins Classe 1 de chez Élite, évoluant dans des intérieurs coquets munis de robots ménagers dernier cri… On notera aussi la grande absente : pas de place pour les femmes ou les sœurs dans cet univers très typé « mec ». Mais j’avoue ressentir une émotion certaine à la vision de ce film, comme si le commanditaire (qui est un des systèmes de hauts grades du nord des USA : la Northen Masonic Juridiction) avait réussi à faire passer un petit quelque chose de la chose maçonnique en démystifiant sans pour autant démythifier.
Le symbolisme est d’ailleurs loin d’être absent de cette réalisation. Le plongeon qui ouvre le film n’est-il pas, entre autres choses, une superbe métaphore de l’initiation ? C’est en tout cas ce que je me plais à y voir.

La Traduction à la volée du texte du film (et un grand merci à notre S. Judith Bullerwell, qui a bien voulu vérifier ma traduction et m’apporter ses idées !) est la suivante :


« Comment un homme bien peut-il devenir encore meilleur ? Par l’entraînement ? Ou en gravissant les échelons de son entreprise ? En changeant son régime, ou en changeant son look ? En parcourant le monde ou en restant parfaitement immobile ?

Depuis 300 ans nous aidons les hommes bien à devenir encore meilleurs, dans le cadre d’un groupe spécifique, où ils jurent de mener une vie d’intégrité, de service, d’amour fraternelle. Un engagement envers leurs frères, envers leurs familles, envers notre noble cause.
En fin de compte nous ne faisons pas que rendre les hommes meilleurs, nous en faisons des Maçons… »

Chacun sait reconnaitre les bons et les mauvais chasseurs, mais pour les maçons… ?

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Depuis 1991, le Bouchonnois et ses chasseurs de galinettes cendrées n’ont plus aucun secret. Ce sketch des Inconnus nous à enseigné à identifier les bons et les mauvais chasseurs (voir la vidéo ci-dessous).

La question toute légitime que nous pouvons nous poser est :

« qu’est-ce qui différencie un bon d’un mauvais maçon ?« 

La réponse du moment sera très certainement qu’un bon maçon se vaccine et possède un pass sanitaire. Le mauvais maçon lui… je vous laisse imaginer la suite.

Si vous naviguez sur les réseaux sociaux maçonniques, vous devez assister à ces échanges musclés entre les pro et les anti vax.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement entre nos Frères et Soeurs soudainement devenus épidémiologistes pour les uns ou législateurs pour les autres et nos chasseurs du Bouchonnois.

Une idée m’est alors venue :

« Quelle différence existe t’il entre les groupes de maçons qui s’écharpent à propos de la vaccination et un groupe de chasseurs profanes ? « 

Je n’ose partager ma réponse, vous la connaissez déjà !

Depuis des années je martèle que la maçonnerie est une voie initiatique destinée à travailler sur soi. Une fois de plus, nous constatons que le virus de la profanie attaque nos Loges et aucun vaccin efficace ne les protège.

Certains seront tentés de me questionner pour savoir comment reconnaitre le bon maçon du mauvais maçon dans cette affaire de pass vaccinal.

La réponse est plus simple et plus claire que celle des Inconnus :

« Le bon maçon prend du recul pour rester serein, il s’approprie les meilleurs arguments des deux clans et echange dans le calme. »

Comme l’écrivait François de La Rochefoucauld :

« Si les torts n’étaient pas partagés, les querelles dureraient moins longtemps ».

Partant du principe que personne ne possède la vérité ultime et permanente, il serait utile dans cette affaire de nous montrer sages et humbles. Rappelons que depuis 18 mois nous avons entendu tous les spécialistes du monde nous affirmer tout et son contraire à propos de la bonne conduite à tenir. Qui peut aujourd’hui prétendre posséder la vérité et l’imposer aux autres ?

Le problème ici n’est pas de savoir qui à raison ou tort. Le but est simplement de ne pas s’enfermer dans la dualité du jugement clivant, au risque de ressembler aux houligans des matchs de football. Notre fil à plomb nous invite dans un premier temps à nous ancrer solidement dans le bon sens et à soupeser les arguments en présence. Cela nous ramène au Cabinet de réflexion et à cette solitude qui nous conduit à l’introspection. C’est le stade d’Apprenti.

Ensuite, nous pouvons passer au deuxième degré et envisager les sciences, les connaissances et surtout l’autre, les autres. C’est le stade de Compagnon.

C’est ainsi que nous pouvons ensuite nous élever grâce à un jugement à 360° du cercle qui s’ajoute aux 90° de notre perpendiculaire. Notre vision est alors totalement maçonnique. Nous ne sommes plus dans les passions et le conflit.

Quel dommage que tous ces excités de la dualité passe autant de temps sur les réseaux plutôt que de retourner travailler à maitriser leur rituel. C’est ainsi, que nous voyons à tous les étages de notre Ordre des pratiquants ou des décideurs s’emballer, animés par la peur, la précipitation ou la colère et devenir ainsi de simples quidams sans tablier.

Revenons à nos fondamentaux et notre parole de maçon pourra alors s’élever au dessus de la mêlée.

Paix à vous mes Sœurs et mes Frères… et surtout bonne santé.

 

Le huitième jour

C’était le temps du commencement

Rien n’était de ce qui serait.

Tout était en idée

et l’idée n’avait pas de chair

et la chair n’était pas.

« Or la terre était vide et vague,

les ténèbres couvraient l’abîme,

un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. »

La lumière n’était pas encore séparée de la nuit

et il n’y avait de couleur que le gris.

Comme rien n’était, il n’y avait de sens à rien ;

tout était pareil à l’inconnu puisque le Verbe ne l’avait pas nommé.

Pourtant l’Esprit de bienfaisance flottait dans l’innommé.

Et Dieu en ressentit la présence en soi,

comme un dessein qui lui demandait à parler.

Il dit : « Que la Lumière soit partagée ! »

Et il en fut ainsi.

Alors Dieu créa le ciel et la terre,

Il créa tout ce qui est dans le ciel,

depuis les oiseaux jusqu’au firmament,

avec le soleil qui éclaire le jour

et la lune qui préside à la nuit,

avec les étoiles et les planètes qui servent de signes,

tant pour les fêtes que pour les jours et les années.

Il créa tout ce qu’il y a sur la terre,

Les végétaux et les animaux,

Les fruits et les sources,

l’océan et les poissons,

le bruissement de l’air et les couleurs de l’arc-en-ciel,

l’amour dans la vie.

Et Dieu vit que cela était bon.

Soudain, Il éprouva le désir d’en faire don

parce que là se trouve la plénitude.

C’est pourquoi il créa l’homme à Son image,

la femme aussi comme chair de sa chair.

Et Il leur donna le pouvoir de gouverner

tous les animaux qui sont sur la terre

et les herbes portant semence

et les arbres qui ont des fruits portant semence ;

Il leur accorda aussi l’intelligence de la nature

pour qu’ils puissent la soumettre et dominer sur elle ;

Il les dota enfin de mémoire

pour acquérir l’expérience et transmettre la tradition ;

(on dit aussi qu’Il leur donna un roseau pour inventer la musique) ;

mais ce qu’Il leur confia surtout ce fut la Parole de la création

pour qu’ils puissent créer à leur tour, comme Lui-même avait créé.

Et,

par six fois,

il y eut un soir et il y eut un matin,

car l’ouvrage était long et l’attention extrême.

Et le septième jour,

ayant vu que Son œuvre était bonne,

ayant considéré que tout ce qu’Il avait fait était très bon,

Il se reposa,

car il a chômé le septième jour après tout Son ouvrage de création.

Au lever du huitième jour,

après avoir contemplé Son travail à nouveau

Il s’interrogea :

Il avait donné à l’Homme de quoi se nourrir,

mais comment pourrait-il dominer la nature ?

Il aurait besoin d’outils, il ne pouvait pas se passer d’outils

pour affronter ce que Lui-même avait créé afin que s’accomplisse le cycle des saisons,

le vent et la pluie, le chaud et le froid.

Et Il vit que si l’Homme aurait bien les moissons et la vigne,

le pain et le vin,

pour célébrer Son nom,

il aurait d’abord besoin d’une maison.

Alors,

Son œuvre étant presque achevée,

Il offrit à l’Homme Ses propres outils :

la Règle et le Compas,

l’Équerre et le Levier,

la Perpendiculaire,

le Ciseau et le Maillet,

ainsi qu’un bâton de voyageur qu’Il avait taillé de Ses mains.

Puis, l’ayant accompagné jusqu’à la porte du Ciel

il lui donna la Liberté

et lui dit : « Va ! Franc-maçon ! »

*          *          *

Dix raisons qui me font aimer la franc-maçonnerie !

Avec plus de quarante années « d’ancienneté » maçonnique, j’éprouve toujours autant d’intérêt au travail maçonnique sous ses différentes formes ! Je pourrais même dire que cet intérêt a crû ! Pour l’expliquer, je vous propose dix raisons ! 

10, c’est, bien sûr, le symbole d’une globalité parfaite ! Loin de moi de prétendre que tout est parfait en franc-maçonnerie, mais ces dix réalités éveillent mon esprit et stimulent mon intérêt.

En loge, qui est d’abord un atelier, …

  • 1 – On passe de bons moments.
    • Devenir franc-maçon-ne, c’est d’abord intégrer une loge maçonnique (voir ci-dessous comment s’y prendre pour cela) ; une loge, c’est un petit groupe d’hommes et/ou de femmes (en général entre 20 et 50 personnes). En loge, structure de base de la vie maçonnique, les relations humaines sont la plupart du temps très conviviales ; si les francs-maçon-ne-s sont pour la plupart des personnes sérieuses, cela ne les empêche pas d’être aussi de bonne humeur et d’avoir le sens de l’humour. La plupart des réunions maçonniques se terminent autour d’une table et c’est un temps d’échanges très agréable.
    • Pour faire en sorte qu’il y ait le moins possible de mauvais moments, je conseillerais aux nouveaux entrants de toujours être prudents et de toujours prendre le temps de connaître « la règle du jeu » ! Une démarche maçonnique, c’est une œuvre de longue haleine et l’enthousiasme des premiers mois doit être tempéré !  Ecouter, observer, se taire le plus souvent, reste une bonne règle pour les trois premières années ! Le principe taoïste du « Non-Désir » devrait être aussi une maxime maçonnique !
  • 2 – On fait des rencontres.
    • Rejoindre une loge s’accompagne toujours de la découverte de nouveaux visages ; parmi ceux-ci, il y en aura immanquablement certains avec lesquels vous aurez des affinités et qui deviendront de vrai-e-s ami-e-s.
    • Le tutoiement et les accolades donnent parfois la (fausse) impression que les relations fraternelles voisinent avec l’intimité ! L’amitié, pour qu’elle soit durable et authentique, doit se construire par le partage, non pas des sentiments, mais celui du « chantier et des épreuves » !  Cela suppose des circonstances particulières ; il faut laisser au temps de les faire apparaître !
  • 3 – On intègre une belle communauté mondiale de femmes et d’hommes de toutes origines et de multiples nationalités partageant de belles valeurs humanistes.
    • La franc-maçonnerie constitue une communauté mondiale de femmes et d’hommes ayant en commun une même manière de se réunir, d’utiliser les mêmes symboles et de pratiquer une même fraternité universelle. Cette communauté transcende les frontières.
    • N’oubliez jamais que cette communauté a des règles et des codes qu’il faut apprendre au risque de se fourvoyer ! Il faut toujours les respecter, même si on doit parfois prendre du recul quant à leur pertinence ! Cet universalisme de la franc-maçonnerie explique le rejet du nationalisme et du repli sur soi qui inspire la démarche maçonnique.
  • 4 – On acquiert et développe des connaissances dans les sciences humaines.
    • Le travail maçonnique impose la connaissance de données issues des sciences humaines et en particulier la philosophie, la psychologie et le symbolisme ; il incite à la recherche sur tout ce qui constitue l’activité humaine. Cela suppose un travail personnel long et parfois fastidieux mais qui est indispensable si on veut sortir des sentiers battus qui mènent à des approximations.
    • Aujourd’hui, il s’agit avant tout de connaissances livresques bien que de nombreuses planches peuvent y contribuer, mais c’est indispensable pour participer à des échanges et pour comprendre le corpus maçonnique ; c’est aussi important pour pouvoir exposer des idées en faisant référence à d’autres cultures.
  • 5 – On apprend à mieux se connaître !
    • Ce principe socratique a été adopté par la dynamique maçonnique ; il permet de prendre du recul sur tout ce qui est passionnel ! L’affection fraternelle ne doit pas être confondue avec l’affectivité qui, elle, est un leurre qu’il faut savoir éviter !
    • Mieux se connaître suppose aussi beaucoup d’humilité et de persévérance. Ce n’est pas facile, car cela entraine inévitablement la perception de ses propres erreurs.
  • 6 – On se perfectionne sur le plan de la moralité !
    • Conscient de mon imperfection, les préoccupations éthiques, qui sont au premier plan des réflexions maçonniques, m’ont obligé à me remettre en question ; cela concerne aussi bien l’être humain que mes rapports avec la nature.
    • La recherche fait partie de l’ADN de la franc-maçonnerie. C’est ce qui permet de dépasser les savoirs traditionnels pour permettre aux humains d’avancer dans la voie de la connaissance. La démarche maçonnique doit savoir s’approprier les connaissances contemporaines qui remettent en cause des croyances traditionnelles.
  • 7 – On y prépare sa propre mort.
    • Le rituel maçonnique est aussi un rituel de la mort initiatique qui débouche sur le questionnement de la mort physique. La loge maçonnique est un des rares lieux où des êtres humains peuvent en parler. Ce partage, lorsqu’il est réalisé dans le secret des travaux maçonniques, est la « perle sur le gateau » de l’authenticité que l’on peut vivre en loge.
    • Le rituel maçonnique est par essence un rituel funéraire qui propose une sorte de métempsychose. On n’est pas obligé d’y adhérer ; personnellement, cette imprégnation maçonnique a conforté l’approche scientifique de la relation entre la pensée (l’esprit ou l’âme) et l’activité biologique.  
  • 8 – On y cultive le goût de la lecture.
    • Si nous fonctionnons selon les principes d’une tradition orale, les écrits ont une place de choix dans l’approfondissement de nos connaissances. Le travail maçonnique suppose de se documenter et aussi de réaliser des « planches », c’est-à-dire des écrits personnels sur tous les sujets qui nous interpellent.
    • La loge est aussi une sorte d’université populaire qui permet à des personnes non cultivées d’acquérir un savoir ; cela suppose une volonté et une méthode de travail personnelle. Le goût de la lecture, c’est en moyenne au moins deux livres par mois et pour chaque livre une fiche de lecture. On apprend à faire le tri dans une littérature maçonnique qui frôle parfois le dogmatisme réducteur ; les écrits d’un Jules Boucher et d’un Oswald Wirth, qui ont, pour certaines générations, été les oeuvres de chevet d’apprentis et de compagnons en sont des exemples !
  • 9 – On participe à des actions caritatives de solidarité !
    • Qu’il s’agisse de solidarité intra-maçonnique ou de solidarité envers tous les souffrants, les francs-maçon-ne-s sont au premier plan dans des actions concrètes pour aider les autres.
    • Même si l’action humanitaire personnelle est insuffisante à réparer les aléas des catastrophes et des multiples souffrances qui ne manquent pas de survenir dans une vie, la contribution que tout être humain peut apporter participe du besoin de fraternité.
  • 10 – On peut donner un sens original à sa vie !
    • La question existentielle préoccupe tout un chacun ! Plusieurs réponses sont possibles et la franc-maçonnerie n’en impose aucune. Chaque franc-maçonne, chaque franc-maçon, en fonction de son vécu, peut trouver dans la démarche maçonnique les éléments de réponse qui lui permettront de trouver un sens à sa propre vie.
    • Les francs-maçons, dans cette recherche personnelle, apprennent à connaître l’importance du doute et de la remise en question permanente.
Menuisier ou ébéniste au travail
Menuisier ou ébéniste au travail avec son bois sur son établis. Equerre, rabot ! Nos racines opératives ne doivent jamais être oubliées ! Elles nous incitent à la recherche de la perfection et de la Beauté !

Ce témoignage est bien sûr personnel, d’autres sœurs ou frères pourront avoir des raisons différentes d’être satisfait de leur vie maçonnique. S’il devait y avoir un point commun entre les différentes appropriations de l’expérience maçonnique, il me semble que ce serait en premier lieu, le respect mutuel que l’on apprend à acquérir. Respecter l’autre suppose qu’on doit s’interdire de vouloir le convaincre ou de vouloir le juger !

Pour celles et ceux qui voudraient faire une demande d’entrée en loge, un rappel de la procédure à suivre en cliquant sur ce lien !

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CORPS

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L’origine du mot est obscure, même s’il désigne l’élément vital par excellence. Mais chaque langue a son propre mot en ce domaine. En grec, par exemple, *sôma.

Du latin *corpus sont issus corps, incorporer, corpulence. Le corps féminin se revêt de corsages, se torture avec des corsets. Le corpus est l’ensemble d’une œuvre. Et l’anglais restreint l’acception au corpse, le cadavre.

Dès l’initiation, le corps est stigmatisé par le signe d’ordre, qui matérialise une coupure entre ce qui relève de l’esprit, du mental, de l’âme, et le reste charnel pourrait-on dire.

Cependant, le parcours maçonnique lui confère une présence tangible, marches déconcertantes, rituels où le tactile est omniprésent, les perceptions sensorielles constamment sollicitées.

Une fraternité d’abord tactile, embrassades et accolades au sens propre, bras et mains enlacés. Proximité des corps sur les Colonnes.

Symboliquement, les éléments du rituel placent le corps au centre des images mentales et de la réflexion subséquente. Vie, mort, danger physique, menaces jouées.

Les symboles y sont d’abord matérialisés, parce qu’ils figurent le passage obligé pour appréhender le monde. La méthode initiatique contribue, non à gommer pulsions et violences, mais à les formuler, les canaliser, à maîtriser les émotions de ce corps, qu’on taille métaphoriquement comme une pierre à insérer dans le corps collectif. On y découvre l’étrangeté familière du visage renvoyé par le miroir. On y apprend la juste distance, pacifique et fraternelle.

On ressent l’inconfort des crampes que suscitent la position assise ou les signes d’ordre, mais aussi on habite un corps à la verticale des pieds en équerre. On respire au rythme du rituel et de la Colonne d’Harmonie qui le sous-tend.

On ne saurait oublier que le mot grec, *eleutheros, qui désigne l’homme libre, signifie « celui qui se tient debout ».

Dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, la tête dans les étoiles, le regard tourné vers les astres, la parole prête à fuser, nous vivons en réalité un constant corps-à-corps avec l’autre et son ailleurs, avec nous-mêmes surtout.

Une Maçonnerie, qui ferait l’impasse sur cette sensorialité, ne serait que rationalité hypertrophiée ou ésotérisme fumeux.

Annick DROGOU

Comment donner corps à ce petit texte ? Lui donner de la consistance et de la tenue. Lui faire prendre corps ? C’est-à-dire lui assurer une réalité solide. Car dans ce mot “corps“, il y a de l’épaisseur, de la pesanteur. Les pieds sur terre. Et si mon corps est ma réalité physique, l’espace de mes sens, mon corps est pleinement moi, tant que la vie anime ce corps.

Je suis, nous sommes des corps qui s’expriment, pas seulement par les mots de notre bouche mais par le geste. Le corps est le premier outil de l’homme ; la main et le toucher en portent l’expression sublime ; l’œil et l’oreille, la vue et l’ouïe donnent créance à mon frère.

Par signes et attouchements.

Le plus pur attouchement sera toujours la main silencieuse et fraternelle qui se pose sur l’épaule de celui qui est dans la peine. Épaisseur charnelle de nos vies, commune humanité qui nous appelle à faire corps. Ensemble. Mais le corps ne peut rien sans le cœur, le sixième sens, qui nous délivre de tous nos enfermements et du risque de l’étroitesse de l’esprit de corps.

Tout est rencontre. Je me tiens en face de toi. Face à face, corps à corps dont la seule issue est de regarder ensemble dans la même direction, et de marcher conjointement, corps toujours en mouvement, en pérégrination. À corps perdu pour mieux se retrouver.

Jean DUMONTEIL

HONGRIE : Qui étaient les Rosicruciens ?

De notre confrère hongrois index.hu par PETER HAHNER

Le mouvement rosicrucien était basé sur trois livres du XVIIe siècle qui ont été largement lus et débattus au moment de leur publication, puis oubliés pendant quatre-vingt-dix ans. Le titre du premier livre était extrêmement long et compliqué selon les goûts de l’époque :

La réforme générale et complète du monde entier, telle que décrite par la Fraternité Fama de la Vénérable Confrérie des ROSICRUCIENS à tous les savants et princes d’Europe, et une brève réponse de M. Haselmeyer, qui a été emprisonné par les Jésuites pour cette raison .

Les « oeuvres de base »

Cérémonie rosicrucienneCérémonie rosicruciennePhoto : Leemage / Getty Images Hongrie

Ce volume a été publié en 1614, dans la ville allemande de Kassel, et son titre long a été abrégé en  Fama Fraternatis Roseae Crucis  (Nouvelles de la confrérie rosicrucienne). Il décrit le parcours d’un certain Christian Rosencreutz, né en 1378 et mort à l’âge de 106 ans. Au cours de ses pèlerinages au Moyen-Orient, il a été initié aux secrets des sages arabes et chrétiens antiques. Vers 1407 (c’est-à-dire deux cents ans avant la publication du livre !), il fonda la confrérie rosicrucienne. Ses membres guérissaient les patients, gardaient des secrets, se réunissaient une fois par an et élisaient de nouveaux membres dans leurs rangs. Après la mort de Rosencreutz, les membres de la troisième génération de la fraternité ont retrouvé la tombe du fondateur. 

LE CORPS DU MAÎTRE ÉTAIT PARFAITEMENT INTACT,

et dans sa chambre funéraire se trouvaient les livres secrets et tous les outils dont ils pourraient avoir besoin au cours de l’activité scientifique. Les membres de la fraternité décidèrent alors d’exposer au monde les enseignements de leur maître.

Un an plus tard , est également publié à Kassel un autre livre Confession oder Bekenntnis der Societät und Bruderschaft Rosenkreuz (Confession ou croyance de la fraternité rosicrucienne) puis a vu le jour à Strasbourg en 1616 le troisième « ouvrage de référence » du mouvement est: Chymische Hochzeit Christiani Rosencreutz anno 1459 (Noces chimiques de Christian Rosencreutz en 1459). Ces volumes exposaient la philosophie de la fraternité d’une manière anti-catholique et millénariste, promettant non seulement de révéler les secrets de la nature mais aussi de réformer l’Église chrétienne.Christian RosencreutzChristian RosencreutzPhoto : Wikipédia

A la surprise générale, le théologien allemand Johann Valentin Andreae (1586-1654) a ensuite avoué qu’il avait écrit le troisième livre, et 

CONÇU COMME UNE SORTE DE PARODIE,

dans laquelle il voulait prouver que l’alchimie et l’astrologie n’étaient pas des sciences sérieuses. Lui-même était très étonné que ses explications aient été reprises par un très grand nombre de personnes. Certains lui attribuent également la paternité des deux autres volumes. Comme le dit Umberto Eco dans son roman Le Pendule de Foucault :

Andreae a depuis juré devant le ciel et la terre pour le reste de sa vie que les manifestes n’ont pas été écrits par lui et que tout cela n’est qu’une… blague d’étudiant de toute façon; la bonne nouvelle de l’académicien continue, il entre, déclarant que les rosicruciens étaient TOUS des voyous, s’ils existaient. Mais en vain, Les gens ADHERENT A CES ELUCUBRATIONS comme s’ils ne s’attendaient à rien d’autre. Les PERSONNES CULTIVEES à travers l’Europe écrivent aux rosicruciens, et parce qu’ils ne savent pas où les chercher, ils leur adressent des lettres ouvertes, des brochures, des livres imprimés.

Et les rosicruciens sont muets comme des tombes.

Je pense que c’est leur SILENCE qui M excitE. S’ils ne répondent pas, JE SUIS SûR qu’ils existent bel et bien.

L’interprétation

Selon les experts d’aujourd’hui, les « œuvres de base » du mouvement étaient des dissertations allégoriques. Diarmaid MacCulloch, professeur d’histoire de l’église à l’Université d’Oxford, a écrit à ce sujet dans son livre The History of the Reformation, également publié en Hongrie :

La littérature rosicrucienne est elle-même, un symptôme de l’atmosphère fébrile qui a conduit à la guerre de Trente Ans, et les documents en question regorgent de références indirectes au rôle futur de Frédéric V ELECTEUR PALATIN . Les ouvrages écrits par le savant pasteur luthérien et ses collègues promettaient une nouvelle culture éclairée, un monde harmonieux dans lequel l’HUMANISME pourrait s’accomplir.

EN BREF

enthousiasme magiCO-mystique AVEC DES TOUCHES hermétiques et paracelSienNES.

 LORSQUE Frédéric EMERGE enfin, une nouvelle ère de l’histoire humaine peut commencer et les rosicruciens peuvent passer de la fiction à la réalité.

Pendant quelques années, des centaines de livres et de brochures ont traité des enseignements des rosicruciens. Dans une thèse, Adam Haselmayer a appelé les rosicruciens, disciples de Paracelse et a prédit la venue du Saint-Esprit et la fin du monde. La collection Bibliotheca Hermetica Philosophica à Amsterdam contient environ quatre cents documents de discussion sur les rosicruciens, qui ont été publiés dix ans après l’édition des volumes.

Cependant, après que Frederick Pfalzi, élu roi par les insurgés de Bohême, ait été vaincu à la bataille de la Montagne Blanche en 1620, 

LA LITTÉRATURE ROSICRUCIENNE CESSA D’EXISTER.

À l’été 1623, deux autres affiches apparurent dans les rues de Paris proclamant la sagesse de la fraternité, mais ce n’était, selon les contemporains, qu’une sorte de farce étudiante. Les scientifiques du 17ème siècle n’ont pas pris la légende au sérieux. Selon le philosophe anglais Francis Bacon, les documents rosicruciens ne font que prouver la « folie d’un respect excessif des auteurs anciens et des secrets mystiques » . Et Leibniz a déclaré dans une lettre que « tout ce qui a été écrit sur les frères de la croix et de la rose est une fiction de certaines personnes imaginatives ».Église des RosicruciensÉglise des RosicruciensPhoto : Wikipédia

Le nouveau mouvement

Cent ans plus tard, les nobles et les citoyens européens instruits, riches et amateurs de loisirs aimaient passer leur temps dans les clubs, les cafés, les théâtres, les expositions, les concerts et les salons. Cependant, le plus grand prestige était acquis par les sociétés secrètes. Pourtant, seuls quelques-uns sont entrés dans les loges maçonniques de plus en plus nobles, et donc les exclus ont commencé à établir leurs propres organisations secrètes. Et pour ceux qui rêvaient de découvrir d’anciens secrets, la solution la plus simple pour eux était de faire revivre les anciennes traditions alchimiques et ésotériques et de réextraire les documents de discussion publiés pendant la Réforme et la Contre-Réforme.

En 1710, la thèse d’un alchimiste sur la véritable et parfaite préparation de la pierre philosophale par la Société du Rosicrucien d’or est publiée à Boroszló, en Silésie . Son auteur était le prédicateur Samuel Richter, qui a utilisé le pseudonyme Sincerus Renatus. Puis, en Europe orientale et centrale, d’innombrables petits groupes prétendaient être les détenteurs du savoir secret des rosicruciens. Ils ont déclaré que leur mouvement était beaucoup plus ancien que l’organisation des francs-maçons, en fait ils ont fondé les loges des francs-maçons, connaissaient le secret de l’élixir de vie, étaient capables de communiquer avec les esprits, et même eux, connaissaient le vrai sens du Symboles maçonniques.

Comme de nombreux rosicruciens étaient également francs-maçons, certaines loges ont reconnu le lien et, vers 1760, le rang de «chevalier des rosicruciens» a été établi. Les symboles des rosicruciens.

LES FRANCS-MAÇONS INTERPRÉTÉS SELON LEURS PROPRES ENSEIGNEMENTS,

Mais, une franc-maçonnerie rosicrucienne distincte fut bientôt formée sous le nom d’« Ordre d’Or et des Rosicruciens ». Ses membres étaient regroupés en « cercles » de neuf personnes, distribuant neuf grades dont le « mage » était le plus élevé. Parmi eux, se trouvait Franz Anton Mesmer de Baden, devenu médecin à la mode à Munich et à Paris, exprimant la théorie du « magnétisme animal ». En 1777, un officier prussien, Johann Rudolf von Bischoffswerde et le pasteur Johann Christophe Wöllner, fondèrent à Berlin « l’Ordre des rosecroix d’ancien système. ». Aux XIV-XVième siècles le mythe de Christian Rosencreutz,ne suffisait plus, ils ont affirmé que l’enseignement qui a atteint les croisés à travers les patriarches bibliques, les sectes secrètes, les pythagoriciens, les druides celtiques et les prêtres alexandrins venait d’Adam lui-même,

Et au XIXe siècle, des groupes français, britanniques, allemands, autrichiens et américains se proclament les héritiers des rosicruciens, proférant une grande variété d’enseignements magiques, ésotériques et mystiques. Sur l’un des domaines de Sintra, au Portugal, à Quinta da Regaleira, même un « puits d’initiation » a été construit au début du 20ème siècle, auquel on peut accéder par des escaliers en colimaçon, et en dessous une « rose des vents » placée sur la rose-croix attend les touristes. WIKIPEDIA liste aujourd’hui plus d’une cinquantaine d’organisations se revendiquant des rosecroix.

Et l’imagination des artistes a été captée par la légende des rosicruciens. Parmi les poètes Goethe et Fernando Pessoa ont évoqué les rosicruciens, ainsique es écrivains Edward Bulwer-Lytton, Jorge Louis Borges, Sunao Yoshida et Dan Brown. De la manière la plus mémorable, cependant, Umberto Eco a écrit à leur sujet dans  les romans Le Pendule de Foucault et Antal Szerb La Légende du Pendragon . Leurs démarches ont été très succinctement énoncées par l’écrivain hongrois :

Les rosicruciens différaient des francs-maçons en ce qu’ils se réunissaient dans un secret encore plus grand, et il était encore moins possible de savoir ce qu’ils faisaient.

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Ce contenu éditorial a été créé avec l’aide de Rubicon Historical Magazine.

Et pourquoi pas des ouvriers, des épiciers, des sans-papiers?

Qualifier les Frères, les Sœurs des obédiences, selon leur métier, est chose aisée et peu difficile. Ici, les fonctionnaires sont nombreux ; a fortiori les enseignants ; là, ce sont les professions libérales qui donnent le la ; là encore, on rencontre beaucoup de cadres d’entreprise. En proportions plus élevées, à chaque fois, que dans la population française. Avec quelques autres, je le regrette et je m’évertue à faire tomber les obstacles qui barrent les entrées des loges à de nombreux profanes qui pourtant, y auraient leur place et pourraient jouer un rôle salvateur dans l’évolution de l’Ordre. Nous sommes, pour l’écrasante majorité, des gens respectables, qui pensons respectablement et agissons en fonction de ce credo. Il  y a un os ? Aujourd’hui, en France, ne considérons-nous pas, qu’après tout, toute personne est initiable,  du moment qu’elle ne porte pas atteinte à la dignité de l’Homme.?

La première leçon remonte à James, pasteur protestant qui avec son collègue Théophile martela dans les Constitutions de 1723, la finalité de la Franc-maçonnerie. Relisons-le une nouvelle fois pour prendre toute la mesure de notre égarement pincé actuel. « La religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord…consiste à être bons, sincères, modestes, par quelque dénomination ou croyance particulière qu’on puisse être distingué : d’où il s’ensuit que la Maçonnerie est le Centre de l’Union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi des personnes qui n’auraient jamais pu, sans cela, se rendre familière entre elles ». Mais le ver de l’exclusion était déjà dans le fruit. D’une double façon. D’abord dans le texte des Constitutions. Refus d’initier les serfs et les femmes ; pas plus que les athées stupides et les libertins sans religion. Ensuite, par la qualité sociale même des premiers Frères : Les savants et les philosophes de la Royal Society ne faisaient–ils pas le gros des troupes, comparativement aux autres catégories socio-professionnelles ? En traversant la Manche, la jeune Maçonnerie resta, pour l’essentiel, un mouvement de gens riches et de maints aristocrates comme l’avoua Marie-Antoinette. Sur ces lancées, l’éventail des professions resta resserré au XIXème siècle autour de la bourgeoisie plutôt aisée.

Comment s’étonner dès lors que les commerçants, les artisans, les employés modestes, les ouvriers ne peuvent rencontrer l’initiation ? D’où cela peut-il venir ? De l’histoire de l’Ordre, en France comme dans les pays anglo-saxons. Comment accorder du crédit à un mouvement de pensée qui se veut universel et, en même temps, refuse subrepticement – l’aveu n’est pas tonitruant !- ceux et celles qui ne montrent pas la patte blanche de l’aisance financière ou/et de la distinction intellectuelle ? C’est scandaleusement incohérent, mais comment attendre de nous, qui faisons de la Maçonnerie un lieu réservé, le courage de dénoncer cet ostracisme sournois ? Car bien entendu, nous ne sommes pas en peine pour nous récrier. Et de clamer que tous, sont les bienvenus dans nos loges quand nous laissons faire l’histoire et nos désirs inavoués de rester parmi nous ? S’il en était autrement, nous ne cesserions d’en parler dans nos loges et, avec une audacieuse lucidité, nous irions à la rencontre des oubliés de l’initiation. Les mots ne trompent pas. Faire venir un profane dans nos rangs, c’est une sorte de « recrutement ». Le mot fait parfois horreur, mais pas assez pour le remplacer par le seul qui vaille : la cooptation qui d’emblée, avec son préfixe,  met sur un pied d’égalité le Frère et le profane.

Assez de jérémiades ; analysons les raisons pour lesquelles l’Ordre, en France, opère une sélection qui ne dit pas son nom. J’en vois quatre qui se liguent pour filtrer, malgré nos dénégations bien pensantes, les artisans, les petits commerçants, les ouvriers…D’abord relisons la manière dont les obédiences communiquent sur le forum. Allez sur les sites. Que voyez et lisez-vous ? De grandes et belles déclarations éthiques, des finalités abstraites, les coordonnées de l’obédience ; rarement sur le vécu concret des loges, sur le déroulement des tenues, sur les questions traitées. Et plus banalement sur la joie de la fraternité et les bénéfices sensibles que nous trouvons dans la vie de nos loges. Un forban dirait que nous ne savons pas « vendre » (quel mot !) la Franc-maçonnerie. D’ailleurs, j’entends déjà plusieurs d’entre nous qui s’indignent : nous n’avons rien à vendre, comme je viens de l’écrire. Et pourtant si, l’époque de consommation effrénée le veut ainsi. Même si je le regrette beaucoup ! Nos Grands Maîtres ne descendent pas dans la boutique et l’usine. Ils s’efforcent de communiquer dans un style de très bon ton, souvent avec succès et intelligemment. Comme détachés des contingences matérielles et quotidiennes. Ils/elles ressemblent en cela, bien souvent, à nos politiques. Un des mes enfants, Julien, employé à la FNAC,  m’affirme que ces discours sont lointains et ne lui parlent pas. Notre doctrine, fort susceptible de lui plaire au demeurant , reste empaquetée dans l’abstrait. Cueillons les fruits que nous faisons mûrir par ces pratiques. Pour la seconde fois, le même attire le même. Et c’est bien humain : la différence est la servante fâchée de la ressemblance ! Avant de nous pencher sur les entretiens de cooptation, rappelons-nous comment les profanes viennent à nous. Soit par demande spontanée et là, le tri s’opère à cause de ce type de communication que je viens de décrire. Soit par approche individuelle. Ici gît la deuxième raison de notre sélection qui ne dit pas son nom.

Nous observons les membres de notre famille, les ami(e)s, les collègues de niveau comparable au nôtre ; fort rarement la boulangère, l’ajusteur ou la secrétaire. En bref, l’attirance du même pour le même joue à fond. Je n’ai pas évoqué la question de l’âge, que je réserve pour un autre article. Je me borne ici à remarquer que notre cercle de connaissances éligibles à l’initiation ont toujours des points communs avec ce que nous disons, faisons et sommes, au fond. C’est ainsi que nous apportons « de bonnes pierres », avec comme sous-entendu, des pierres de même grain que la nôtre. L’approche est faite ; il s’agit à présent que, fort de la demande écrite du profane, d’aller plus loin : trois rencontres, dans la plupart des cas, par trois maîtres de l’atelier.

Rappelons-nous donc ensuite la manière dont nous menons les entretiens de cooptation éventuelle. Je suis souvent abattu, quand j’entends la lecture des enquêtes. En particulier quand l’enquêteur rapporte soigneusement les questions qu’elle/il a posées. Tout animateur professionnel le voit clairement : les questions sont formulées de telle sorte qu’elles contiennent une partie de la réponse, la bonne réponse attendue. Et nous sommes alors ravis de rencontrer notre alter ego, quand bien même il posséderait quelques différences. L’essentiel est sauvé : il (elle) est comme moi sur tant de points! Créditons les enquêteurs de leur bonne foi inaltérable, mais, je le pense, la plupart ne savent pas encore mener un entretien que les professionnels qualifient de « semi-directif ». Cela ne s’invente pas. A  tel point qu’une de mes loges, dans le passé, avait consacré une tenue longue et entière à apprendre à déjouer les pièges des questions directives, sur la forme et, ce qui est pis, sur le fond,  la nature des travaux. Avec une autre tenue pour se familiariser avec la formulation de questions ouvertes. Chaque Frère et chaque Sœur partirent avec un petit mémo de trois pages. De fait, dans cette loge, nous cooptâmes des manuels. J’eus alors l’impression que nous leur disions, en paraphrasant Saint Exupéry, que leur différence, loin de nous léser, nous enrichirait. Nous sortîmes ainsi du cercle vicieux du même qui coopte le même et qui en est satisfait(e). Car, à n’en pas douter, avant de se régaler éventuellement de la différence, nous communions dans les ressemblances tacites ou/et ouvertes. C’est sûr, « on sent mieux » celui qui porte le même parfum que nous. J’évoquais, quelques lignes plus haut ces manuels, trois si ma mémoire est bonne. Que croyez-vous qu’il arriva ? Ils partirent les uns après les autres. J’entends encore, de manière lancinante,  le motif désarmant que nous recueillîmes alors : « Je ne suis pas au niveau ; ce n’est pas fait pour des gens comme moi, qui n’ont pas étudié longtemps ! ».

Je fus désolé à cause de cette piteuse expérience qu’en tant que Vénérable, je m’étais efforcé de conduire à bon terme. J’ai examiné les motifs de l’échec : oui, à n’en point douter, l’artisane et l’ouvrier en question n’avaient pas été au niveau. Ils avaient bien senti la chose. Mais alors qui incriminer : eux d’être si peu instruits ou nous, à notre grand dam ! Il ne s’agissait pas du rituel qui ne les avaient pas gênés du tout ; ni des valeurs humanistes : c’étaient les leurs autant que les nôtres. Pour le verdict, pas d’hésitation :ces départs avaient été fomentés, en toute inconscience dans notre bonne foi inébranlable, par nous même. Je n’en doute plus un seul instant.

Notre manière de nous exprimer en tenue en est responsable : elle est un faire-valoir pour les plus diserts et un repoussoir pour les moins nantis. Elle mérite un examen plus approfondi. Ce sera l’objet d’un autre article car le phénomène ne se laisse pas approcher sans  des outils d’observation affinés. Déjà les trois motifs listés seraient suffisants pour qu’effectivement, nous répondions à mi-mots imperceptibles et sonores tout à la fois : « Nous ne sommes pas faits pour toi » Et c’est dommage car j’apprends certainement plus de mon menuisier, de la serveuse, de l’épicier arabe que de mon alter ego. Dût mon attirance être renouvelée à leur égard. Pour le grand bien de la loge, du puzzle qu’elle est censée représenter. Pour que vivent les ressemblances dans les différences assumées.

À propos de l’Amour universel

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

La notion d’Amour universel, si chère aux Rosicruciens, correspond à deux concepts différents mais complémentaires. En premier lieu, elle se rapporte à l’Amour que toutes les religions et toutes les traditions ésotériques attribuent à Dieu, quelle que soit la conception que l’on en ait. En second lieu, elle désigne l’idéal vers lequel tout individu devrait tendre, à savoir aimer tous les êtres humains (sans aucune distinction de race, de nationalité, de culture, de classe sociale et de religion pour ceux qui en suivent une), mais également les animaux et la nature en général.

Si la première approche a une connotation religieuse ou spirituelle, la seconde correspond à un objectif que tout humaniste peut se donner, même s’il n’est pas spiritualiste. Il lui “suffit” pour cela de considérer que l’humanité entière ne forme qu’une seule et même famille.

Dieu est-il amour ? 

Aucun croyant ne peut prouver que « Dieu est Amour ». C’est là un acte de foi, une conviction intérieure. En réponse à cette conviction, un athée dira que si c’était vraiment le cas, il n’y aurait ni guerre, ni maladie, ni souffrance, ni injustice, ni mal en ce monde. Ce à quoi on pourrait rétorquer que ce n’est pas Dieu qui crée les guerres, fait preuve de malveillance, se comporte de façon injuste, viole les lois naturelles…, mais l’homme lui-même en raison d’une application négative de son libre arbitre. On pourrait ajouter que l’amour existe dans la nature. Pour s’en convaincre, il suffit de songer à cet instinct qui conduit la plupart des animaux à prendre grand soin de leur progéniture, au point d’aller jusqu’à se sacrifier pour la protéger des prédateurs. Songez également à la manière dont un animal de compagnie se comporte à l’égard de son maître ! Quiconque a un chien, un chat… ne peut douter de l’affection que celui-ci lui porte.

S’il est un fait que les religions considèrent que Dieu est Amour, elles enseignent que si l’homme vit sur Terre et connaît tant d’épreuves et de souffrances, c’est en raison du « péché originel » commis à l’aube des temps par Adam et Ève. Alors qu’Il leur avait interdit de manger le « fruit de l’arbre » (une pomme dans la Bible), ils bravèrent cette interdiction, ce qui leur valut d’être châtiés du paradis et de perdre à jamais l’état de bonheur et de félicité qui était le leur. Et si l’on en croit la Genèse, l’humanité actuelle est toujours sous le joug de ce Châtiment, ce qui expliquerait les malheurs et les vicissitudes qu’elle connaît depuis ses origines. Est-ce là une preuve d’amour et de miséricorde ? Une telle contradiction interpelle même les croyants. En effet, comment comprendre et admettre qu’un Dieu aimant et miséricordieux puisse Se montrer à ce point injuste et rancunier envers Ses créatures ?

L’Amour universel

Au regard de l’Ontologie rosicrucienne, l’humanité n’est pas et n’a jamais été sous le joug d’un « péché d’originel ». Par ailleurs, Dieu n’a rien d’un Être anthropomorphique susceptible de Se montrer injuste et rancunier. Il s’agit plutôt d’une Intelligence impersonnelle et absolue, d’une Énergie universelle et intemporelle. À un “moment” que l’on ne peut situer dans le temps (puisque celui-ci n’existait pas), cette Intelligence éprouva le désir et le besoin de partager la Sagesse qui Lui est propre avec des créatures. C’est ainsi qu’Elle matérialisa l’univers à travers le Big Bang (le « Fiat Lux » dans la Bible) et insuffla en lui une Âme dite universelle, et à travers elle l’essence même de la Vie. Commença alors ce que les mystiques en général et les Rosicruciens en particulier appellent l’« Évolution cosmique ». Sur Terre, ce processus à la fois cosmogonique et cosmologique opère à travers les règnes minéral, végétal, animal et humain. D’un point de vue rosicrucien, l’émergence de la Création, et par extension l’apparition de la vie sur Terre et de l’humanité elle-même, ne furent en aucun cas la conséquence d’un Châtiment divin, mais au contraire d’un acte d’Amour que l’on peut qualifier à juste titre d’« universel », car concernant toute la Création. Dans l’absolu, l’être humain est donc le fruit de cet Amour ; mieux encore, l’âme qui l’anime en est imprégnée, ce qui explique pourquoi tout individu a besoin d’aimer et d’être aimé pour s’épanouir et être heureux. C’est aussi pour cette raison que nous sommes virtuellement capables de ressentir l’Amour universel et de l’exprimer à travers nos jugements et notre comportement. Cela suppose de donner à notre vie une orientation, sinon spiritualiste, du moins humaniste.

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix