mar 26 octobre 2021 - 05:10

Qui va là ? Des profanes handicapés qui demandent l’entrée du temple.

Parcours très initiatique de profanes en situation de handicap

« Celui qui diffère de moi, loin de me léser m’enrichit ». Cette phrase vous la connaissez par cœur, tant elle a été entendue des milliers de fois. N’a t-elle pas été trop utilisée sans être véritablement appliquée ? Est-elle applicable, « pour de vrai », dans les temples de nos obédiences  pour les profanes, sœurs et frères, en situation de handicap ?

Remontons  le temps de quelques mois :

Luc, Sarah et Sofiane font parvenir leurs lettres de motivations au Vénérable Maître d’une Loge  proche de leur domicile et correspondant à leurs attentes intellectuelles.

Après avoir reçus, lus les courriers et fait voter la première attache, il déclenche la procédure habituelle. Il va donc rencontrer chacun d’eux.

Ces premiers rendez-vous sont une surprise. Luc est en fauteuil roulant électrique,  Sarah est non voyante, elle a un chien d’assistance et Sofiane est sourd. Les entretiens sont très positifs, les impétrants très motivés et de très bons éléments en perspectives pour le groupe ;mais comment annoncer cela aux membres de l’atelier ? Rien n’est prévu pour les initiations, le temple est mal accessible.

Lors de la tenue suivante, le Vénérable Maître, donne aux membres de la loge ses impressions sur les profanes et  délègue les 3 enquêtes. Se faisant, il prévient les soeurs et frères, qu’il va certainement y avoir quelques problèmes à surmonter ensemble, si l’on veut faire entrer dans la chaîne d’union ces 3 profanes de grande qualité. S’instaure donc immédiatement un long, très long débat sur la faisabilité  et l’accessibilité à la fois pour le passage sous le bandeau, mais aussi et surtout pour l’initiation.

Pour Sarah, il faudra prévoir un casque audio pour compenser la vision.  Pour Luc, il faudra trouver des frères ou sœurs bien musclés pour porter le fauteuil ou  trouver un deuxième fauteuil plus léger pour le temple, pour Sofiane, un membre de l’atelier propose de trouver une solution avec un masque ou lunette de réalité virtuel faisant défiler du texte. Dans tous les cas,  il faudra adapter le rituel d’initiation.

Voilà,  ce que l’on pourrait  proposer aujourd’hui pour accueillir de futurs frères et sœurs en situation de handicap, mais toutes les loges n’ont pas ces possibilités.

Les questions suivantes se posent : comment chaque atelier peut-il adapter son rituel et ses usages pour accueillir la pierre brute qui est porteur d’un handicap ? Faut-il que les obédiences se saisissent de la question au risque de trop contraindre à travers un cadre pré-défini ou bien considérer que chaque loge saura faire le nécessaire au cas par cas ?

Si nous avons la capacité de nous adapter, être solidaire et fraternel, il n’en est pas moins vrai que les obédiences devraient pouvoir être un guide et, quand la situation le nécessite,  accorder une aide financière à l’achat de matériel.

Que proposent les obédiences aujourd’hui ? : frapper au hasard au risque d’être éconduit, (ce qui ajoute au traumatisme du handicap), ? Avoir la chance de connaître un franc-maçon qui saura orienter le profane. ?

Comment, sans être discriminatoire, intégrer cette notion de handicap quand le premier contact se fait « au hasard », afin de mieux orienter vers la Loge se réunissant dans un temple de proximité et accessible ? Une personne en situation de handicap peut elle se présenter en loge sans avoir prévenu, si une tenue l’intéresse ? (hors covid).

Autant de questions qui mériteraient que des commissions spécifiques voient le jour dans les obédiences et avancent concrètement sur ces questions, avec une mise à l’ordre du jour des congrès et convent sous la responsabilité des grands hospitaliers.

Avançons dans le temps. Le jour des initiations de Luc, Sarah et Sofiane est arrivé. Les sœurs et frères de l’atelier se sont tous mobilisés afin d accueillir dignement ces trois nouveaux maillons de qualité. Ils ont activé toutes les forces vives et fraternelles opératives, pour que les 3 voyages soient suffisamment symboliques et sécurisés. Les futurs frères et sœur font maintenant partie intégrante de l’atelier, les différences sont  invisibles et  leur entrée en franc-maçonnerie sera un  bon souvenir.

Le Vénérable Maître : qui va là ?

Le grand expert :  des  profanes  qui demandent l’entrée du temple.

Juliette Deboezen.

Juliette Deboezen
Membre fondateur de la loge la lanterne de Diogène du GODF, Juliette a été initiée dans une loge DH en 1985 où elle a évoluée aux 3 grades de loge bleue. Elle a ensuite intégrée la GLMU où, dans sa loge, et dans l'obédience, elle a pu exercer tous les offices y compris celui de Présidente du congrès nord et de Gr hospitalier ; membre de la commission information et rédactrice dans le bulletin obédientiel. Elle a également œuvré au sein de Mathusalem Paris comme membre du bureau durant plusieurs années. Sur le plan professionnel, Juliette est retraitée d'un centre hospitalier de banlieue parisienne où elle a exercée comme secrétaire médicale de chefs de service.

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2 Commentaires

  1. Pourquoi toujours s’en remettre aux obédiences comme si elles avaient plus de compétences que les frères de la loge ? La loge est souveraine et le VM peut (et doit) décider (après consultations, ça vaut mieux!) de ce qu’il a à faire en l’occurence. Ce réflexe commun montre bien combien les obédiences infantilisent leurs membres.

  2. Sur le handicap, l’une des meilleures synthèses à ce jour, du moins nous semble-t-il, est l’ouvrage “Engagements d’Humanisme – Horizons maçonniques – Synthèses 2015-2016 – Cycle de conférences
    publiques, publié par Conform édition, en son Chapitre VI, traitant de “La fraternité face au polyhandicap”. Sous la présidence de Daniel KELLER, Grand Maître du Grand Orient de France

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