12/05/26 : Orléans inaugure une Salle Dreyfus

Quand la justice grave la mémoire dans ses murs

Palais de Justice d’Orléans

Le mardi 12 mai 2026, à 18 h, le palais de justice d’Orléans inaugurera une Salle Dreyfus, en partenariat avec la Licra Loiret. Cent vingt ans après l’arrêt de réhabilitation rendu par la Cour de cassation, cette cérémonie prendra une portée singulière dans une ville où Alfred Dreyfus acheva son parcours militaire. Mémoire, justice, preuve, impartialité et vigilance républicaine seront au cœur de cette rencontre ouverte au public et accessible également en visioconférence.

Il est des noms que l’on inscrit sur une porte pour ne pas les laisser s’éloigner de la conscience des hommes

Alfred Dreyfus est de ceux-là. Le mardi 12 mai 2026, à 18 h, au palais de justice d’Orléans, l’inauguration de la Salle Dreyfus ne sera pas une simple cérémonie mémorielle. Elle sera un acte de justice intérieure, une manière de rappeler que les murs mêmes où l’on juge doivent porter la mémoire des erreurs judiciaires, des emballements collectifs, des haines travesties en certitudes, mais aussi du courage de celles et ceux qui, un jour, ont refusé que l’innocence soit sacrifiée à la raison d’État.

L’événement est organisé en partenariat avec la Licra Loiret sous l’impulsion de Joëlle Gellert, sa présidente, et de Julien Simon-Delcros, président du tribunal judiciaire d’Orléans et du conseil de l’accès au droit du Loiret, membre élu du Conseil supérieur de la magistrature.

Le choix d’Orléans n’est pas anodin

Alfred Dreyfus y fut affecté en 1919, au commandement du parc d’artillerie de la 5e région militaire, dans le quartier Dunois. Depuis décembre 2025, une place d’armes porte déjà son nom. Voici désormais qu’une salle du palais de justice le fera entrer dans l’espace même où se dit le droit.

Cent vingt ans après l’arrêt historique de la Cour de cassation, qui réhabilita définitivement Alfred Dreyfus en 1906, cette inauguration prend une résonance particulière.

Condamné en 1894 pour haute trahison sur la base de fausses accusations, dégradé, envoyé au bagne sur l’île du Diable, Dreyfus demeure l’une des grandes figures tragiques de la République blessée par l’antisémitisme, le mensonge d’institution et le renoncement à la preuve. Mais il est aussi, plus profondément encore, l’un des noms par lesquels la République a appris que la justice ne vaut que si elle sait se juger elle-même.

La loi du 17 novembre 2025 a élevé Alfred Dreyfus, à titre posthume, au grade de général de brigade

Ce geste de réparation nationale vient prolonger un long chemin de reconnaissance. Mais la réparation symbolique ne suffit jamais à elle seule. Elle doit devenir transmission. Elle doit devenir vigilance. Elle doit devenir exigence civique. C’est précisément le sens de cette Salle Dreyfus, appelée à rappeler que juger impose impartialité, indépendance, humanité et courage.

La présence annoncée de sept membres de la famille Dreyfus donnera à cette cérémonie une force particulière

Charles Dreyfus, petit-fils d’Alfred Dreyfus, et Michel Dreyfus, son arrière-petit-fils, incarneront cette mémoire familiale directe, non comme un souvenir clos, mais comme une fidélité vivante. Michel Dreyfus interviendra notamment autour de textes d’Alfred Dreyfus, afin de montrer combien celui-ci fut un acteur engagé dans son propre combat, loin de l’image trop longtemps entretenue d’un homme seulement emporté par l’Affaire qui porte son nom.

Deux conférences donneront à cette soirée sa profondeur intellectuelle et civique

Tina Théallet, juriste et directrice de la Licra nationale, et Grégory Meyer, avocat et avocat de la Licra Loiret, proposeront une réflexion sur le thème « Préjugé, preuve et impartialité ». Leur intervention montrera combien l’Affaire Dreyfus continue d’éclairer le traitement pénal du racisme et de l’antisémitisme. Comment établir la preuve d’une intention discriminatoire. Comment garantir une réponse judiciaire à la hauteur de la gravité des actes et des paroles. Comment préserver, dans le droit comme dans la pratique, les principes d’égalité et de neutralité. Autant de questions brûlantes, à l’heure où la haine se diffuse parfois sous les habits de l’opinion, de la rumeur ou du soupçon.

Christian Vigouroux, président de section honoraire au Conseil d’État, juriste et haut fonctionnaire dont le parcours est marqué par la défense de l’État de droit, interviendra quant à lui sur « Les Justes et la Justice dans l’Affaire Dreyfus ».

Ce thème est essentiel

Car l’Affaire Dreyfus n’est pas seulement l’histoire d’une injustice. Elle est aussi l’histoire de celles et ceux qui se levèrent quand tout semblait conduire au silence. Bernard Lazare, Émile Zola, Georges Clemenceau, Émile Duclaux, le colonel Picquart, la famille Dreyfus elle-même, et ces magistrats qui décidèrent de qualifier un innocent d’innocent, rappellent que la justice n’existe que lorsque des consciences acceptent d’en porter le poids.

Pour le lecteur franc-maçon, un tel événement parle avec une évidence particulière

Non parce qu’il faudrait annexer l’Affaire Dreyfus à une mémoire maçonnique exclusive, mais parce qu’elle touche au cœur même de ce que toute démarche initiatique digne de ce nom devrait défendre. La recherche de la vérité contre les préjugés. La primauté de la lumière sur la rumeur. Le refus de l’aveuglement collectif. La dignité humaine contre les assignations d’origine, de nom, de religion ou de croyance. Le Temple intérieur, ici, rejoint le palais de justice. Il rappelle que l’équité n’est pas seulement une vertu abstraite, mais une discipline du regard.

À Orléans, nommer une Salle Dreyfus, c’est donc rappeler que la justice ne se contente pas de trancher

Elle doit aussi veiller. Elle doit se protéger elle-même de la peur, de la pression, de l’esprit de corps, de l’opinion qui gronde, de la haine qui simplifie tout pour mieux désigner un coupable. Alfred Dreyfus demeure cette sentinelle. Il rappelle que la République ne se mesure pas à ses proclamations, mais à sa capacité de défendre un seul innocent lorsque tout semble conspirer contre lui.

En donnant le nom d’Alfred Dreyfus à l’une de ses salles, le palais de justice d’Orléans ne regarde pas seulement vers le passé

Il allume une veilleuse pour aujourd’hui. Dans un temps où les haines anciennes savent prendre des formes nouvelles, où le soupçon circule plus vite que la preuve, où l’antisémitisme et le racisme cherchent encore à fracturer la communauté humaine, cette Salle Dreyfus rappellera une chose simple et immense. La justice n’est jamais acquise. Elle se travaille, se protège et se transmet. Comme une lumière fragile confiée à la garde des consciences.

Alfred Dreyfus, à jamais dans nos mémoires, pour toujours dans nos cœurs et dans la conscience vigilante de la République.

Infos pratiques

Inauguration de la Salle Dreyfus
Mardi 12 mai 2026 à 18 h
Palais de justice d’Orléans – 44 rue de la Bretonnerie, 45000 Orléans
Entrée libre dans la mesure des places disponibles – Bienvenue au service de visioconférence du ministère de la Justice
Participation possible en visioconférence


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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti a été directeur de la rédaction de 450.fm, de sa création jusqu’en septembre 2024. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.

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