Accueil Blog Page 845

Lettre à l’apprenti, mon frère

0

Tu m’écris pour me dire que ton entrée en maçonnerie coïncide avec ta découverte de la philosophie. Et tu me poses la question : Qu’est-ce que la philosophie ?

Sache que malgré mon ancienneté, chaque tenue est pour moi la première et que je demeure aussi un apprenti, qui a pris à la fois de l’âge (je le déplore) et continue de prendre des leçons à chacune d’elles (j’en suis ravi) ! En cela la maçonnerie est bien une école. Il est vrai que la philosophie, entre autres « sciences de la vie » y tient une grande place. Elle a même pu faire croire aux francs-maçons qu’ils étaient des philosophes, alors que leur mission acceptée est d’être avant tout, nuance, des « penseurs ». Et des « passeurs ». C’est à dire des êtres conscients de l’inachevé, condition même d’un monde à réfléchir, et du travail permanent à poursuivre. Donc une fraternité d’hommes et de femmes qui, notamment, à partir des grandes idées philosophiques, se réunit pour générer sans cesse des idées profitables à elle-même et à la cité. De la sorte, oui, tu as raison, en remontant à la source, il est intéressant de se poser la question : Qu’est-ce que la philosophie ?

Epicure te répond pour sa part : « La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse ». Au delà du mot qui, tu le sais, signifie « l’amour de la sagesse », j’ai pu vérifier chemin faisant en maçonnerie, que la philosophie est en soi une suite de questions et au final d’auto-questionnements : qu’est-ce que je fais là ? qui suis-je ? d’où viens-je ? où vais-je ? Eternelles interrogations existentielles ! Elles initient la recherche même du sens. D’où les grands thèmes traités depuis les philosophes antiques et qui sont pour beaucoup, repris par la franc-maçonnerie : la vie, le vivant, l’Etre, Dieu, le bien, le mal, le beau, le vrai, l’amour, le bonheur, la liberté, la responsabilité, la mémoire, la nature, le progrès, la vérité, la raison, la science, la mort, etc.

Statue de Socrate en penseur Grec

Les grands philosophes et ceux qui font métier de « philosopher » sont dits aujourd’hui « créateurs de concepts ». Cette notion de « concept » est devenue essentielle pour ceux que l’on a appelé, après Sartre, les « nouveaux philosophes » (par exemple, André Glucksman, Bernard Henri Lévy, Alain Finkelkraut). Pour les « cherchants » et « réfléchissants » que sont les francs-maçons, le « concept » est certainement moins important que « l’apprendre à penser », qui doit privilégier le doute (notion essentielle contenant l’art de la critique, contraire même de la « pensée consensuelle et lisse »).

De la sorte, la philosophie qui met en avant un « concept naturel », celui tout simple du « oui et non », indique au franc-maçon que ces deux critères, affirmatifs et négatifs, doivent toujours prendre place dans chaque raisonnement se voulant « intellectuel ».

De mon point de vue, l’approche de la philosophie implique de se faire dans l’ordre (en soi un concept !) par l’enseignement ou la lecture (l’un et l’autre sont aussi initiatiques!) qui apportent la compréhension de la pensée des philosophes antiques jusqu’aux modernes. Ce qui me fait citer ici une suite chronologique mais non exhaustive d’hommes importants : Socrate, Platon, Aristote, Sénéque, Epicure, et, précisément, leurs concepts (le platonicisme, le stoïcisme, l’épicurisme, la métaphysique, entre autres). N’oublions pas, sans hiérarchie aucune, Confucius, Jésus, Avicenne, Maïmonide, etc. Ils ont introduit leur spiritualité individuelle, par la tradition orale ou l’écrit.

Ensuite viennent les célébrités de la philosophie des temps modernes : Spinoza, Pascal, Descartes, Kant, Hegel, Schoppenauer, Heidegger, Nietzsche, Diderot, Rousseau, Marx, Freud, Alain, Foucault, Châtelet, Jankelevitch (cette énumération désordonnée est évidemment incomplète et injuste, car je fais l’impasse sur de nombreux philosophes occidentaux et orientaux, inconnus en France, Kwame Appiah, Toni Negri, Stanley Cavell, Martha Nussbaum, entre autres).

Aujourd’hui, les « grands noms » sont, en France, Jean-Pierre Vernet, Marcel Conche, André Comte-Sponville, Luc Ferry, René Girard, Michel Onfray, pour en citer quelques-uns. On les appellerait plutôt des « penseurs contemporains » : fidèles, ils s’appuient souvent sur l’antiquité (laïque ou religieuse) pour développer leurs idées, mais ce sont des hommes de leur temps, vigies du monde, croyants, agnostiques ou athées.

Ce n’est pas faire montre d’une prétentieuse érudition que de citer tous ces noms, mais d’une simple volonté d’information. Ta question va être évidemment : Alors, quelles lectures ? Par quoi commencer ? Je me garderai bien de t’imposer une liste de livres. Je te laisse le plaisir de la découverte en librairie et du choix, selon tes coups de cœur, des auteurs grecs anciens aux européens modernes !

Ainsi, à mon sens, l’activité maçonnique en loge, individuelle et groupale, en s’appuyant sur la lecture parallèle de livres-outils, d’Aristote à Michel Onfray, peut se résumer en un verbe : PENSER !

Statut de Platon en marbre blanc

Mais « penser » ne veut pas dire systématiquement « reproduire » au fil des planches, « la pensée lue » dans les livres. Penser veut dire aussi « produire de la pensée nouvelle » à un moment où, au début du troisième millénaire, la pensée traditionnelle gagne sans aucun doute à être enrichie. Il s’agit, toujours en s’appuyant sur les concepts philosophiques, anciens et actuels, de dépasser le « déjà-dit » et sa forme de dictature, pour proposer le « dire de demain » et son ouverture. De la sorte, le franc-maçon contemporain, en bon « socianalyste » qu’il doit être, pourra passer du stade de l’intellectuel de salon, tel qu’il est vu parfois, à celui, totalement élargi, de visiteur du monde.

Mon frère, je t’entends me rétorquer : « il faut une certaine audace pour quitter la voie tracée ! ». Attention, je ne prétends pas qu’il faut s’écarter de la tradition reçue, celle-ci est notre phare, mais je pense qu’il convient de lui donner une nouvelle dimension, d’élargir son faisceau lumineux, avant de la transmettre à notre tour. C’est notre mission même de « passeurs de valeurs éclairantes ». Aujourd’hui les cathédrales sont montées et les tours, comme celle de Babel, ont malheureusement montré leurs limites ascensionnelles. C’est avec cette audace, ce courage même, consistant en la pratique d’une maçonnerie horizontale, que les pratiquants de l’Art Royal ouvriront demain les autoroutes et les viaducs à double circulation de la pensée.

La philosophie, promotrice de l’effort, ne nous dit pas autre chose depuis l’antiquité : « Monte chaque matin sur tes propres épaules, pour découvrir l’horizon ! ». Si tu as une « vision constructiviste de l’universel », celle-ci ne peut que te donner devant toi, l’image de ponts entre les hommes. Pas de murs !

Le philosophe interprète le monde, le franc-maçon s’applique à le transformer !

Bonnes lectures, bonne route, Apprenti, mon Frère !

ABC illustré d’occultisme

Premiers éléments d’études des grandes traditions initiatiques

Papus

Éditions Alliance Magique, Coll. Les Incontournables de l’ésotérisme, 2021, 472 pages, 22 €

La quatrième de couverture :

Réédition de l’ouvrage posthume du début du XXe siècle, ce livre est une véritable synthèse des très nombreux travaux réalisés par Papus tout au long de sa vie.

Il remonte le cours de l’histoire pour retracer l’évolution des traditions occultes, de l’Antiquité égyptienne à nos jours, en explorant les mystères, les origines de la Tradition, l’évolution des sciences occultes, les disciplines majeures (cosmogonie, astrologie, etc.), le symbolisme, les arts divinatoires, la magie… et leur place au sein des différents courants initiatiques qui se sont succédé à travers les âges.

Un ouvrage d’importance pour tous ceux qui aspirent à comprendre le passé et leurs disciplines pour mieux avancer sur leur propre chemin initiatique.

Un ouvrage de la collection « Les Incontournables de l’ésotérisme ».

La biographie de l’auteur :

Gérard Anaclet Vincent Encausse (1865-1916), dit Papus, est un médecin et occultiste français, cofondateur de l’Ordre Martiniste avec Augustin Chaboseau. Il a été une des figures pittoresques et hautes en couleur de la Belle Époque. Il s’est défendu d’être un thaumaturge ou un inspiré et s’est présenté comme un savant, un expérimentateur.

Avant même de terminer ses études, dès 1886 environ, il se donne pour tâche de lutter contre le scientisme de l’époque en diffusant une doctrine synthétisant divers aspects de l’ésotérisme occidental d’alors, représenté par le chimiste Louis Lucas, le mathématicien Wronski, l’alchimiste Cyliani, le pythagoricien Lacuria, le magnétiseur Hector Durville, Antoine Fabre d’Olivet, Alexandre Saint-Yves d’Alveydre. Encausse se fait appeler Papus d’après le nom d’un esprit du Nuctaméron, attribué à Apollonius de Tyane. La pensée de Louis-Claude de Saint-Martin a laissé sur lui une trace profonde à partir de 1889 environ, peu après sa rupture (1890) avec la Société Théosophique de Mme Blavatsky.

Papus fut même surnommé le « Balzac de l’occultisme » – cf. Philippe Encausse, Docteur en médecine et fils de Gérard Encausse dans son livre « Papus » (Paris, Belfond, 1979). 

[NDLR : Une bien belle collection que celle des « Incontournables de l’ésotérisme » dont nous avons déjà à de nombreuses reprises rendu compte.

« Juste et parfait », c’est le qualificatif qui convient à cette collection qui présente des ouvrages que nous ne pouvons ignorer. Ouvrages qui deviendront des indispensables à notre culture maçonnique… pour les SS & FF qui souhaitent se cultiver !

« Premiers éléments d’études des grandes traditions initiatiques » est le sous-titre. Premiers éléments, certes oui car un ABC n’est-il pas de donner des principes et des connaissances de base, des rudiments, un b.a.-ba. Et combien d’entre-nous avons abordé l’occultisme grâce à Papus, « le médecin de la première heure », pseudonyme trouvé dans le Nucteméron d’Apollonius de Thyane ?

C’est ainsi que les grandes traditions initiatiques doivent faire naître en nous le désir de vivre l’initiation. Elles doivent ensuite nous nourrir et parfaire ainsi nos connaissances. Et nous faire découvrir la tradition primordiale…

Le préfacier Charles de Brhay, par ailleurs auteur de L’Équilibre Vital ou le Secret de la Santé d’après la Science des Mages (‎Paris, Librairie des sciences psychiques, Paul Leymarie, Éditeur, 42 rue Saint-Jacques, 1925), nous retrace « La vie d’un mage », décrivant les différentes étapes matérialiste, occultiste et mystique. De ce qu’il appelle « les bonnes feuilles de l’ABC d’occultisme », dont la parution est réalisée six ans après la mort de Papus, passé à l’Orient Éternel le 25 octobre 1916, Charles de Brhay en décline les principales qualités. Celles d’un un ouvrage complet, fouillé, facile à lire et d’une « lumineuse synthèse des laborieuses recherches en matière d’occultisme ».

L’ouvrage, mainte fois réédité – en 1975, nous comptions déjà une 8e édition parue chez Dangles et préfacée par le docteur Philippe Encausse – connaît un succès légitime.

À la suite de la préface, nous notons un très intéressant chapitre intitulé « Essai de bibliographie -classée chronologiquement des œuvres imprimées sous forme de volumes et de brochures du Dr Papus » allant de 1884 à 1923.

Un excellent moyen, même encore de nos jours car l’ouvrage garde toujours un aussi grand intérêt, d’entrer en occultisme, dans les arcanes de cette croyance, dans cette science et ses pratiques secrètes qui en découlent.

Le sommaire :

Préface

Essai de bibliographie

Avant-propos

Définition générale de l’occultisme

Première partie : L’Égypte

Deuxième partie : La tradition

Troisième partie : Science actuelle et science antique

Quatrième partie : La doctrine

Cinquième partie : La science occulte revoilée ou révélée

Conclusion

Papus

Nombreux décrivent en Papus plusieurs qualités : une très grande bonté, un désir constant de servir autrui, un amour ardent pour Jésus-Christ et, enfin, une grande humilité. Un bel exemple à suivre.

  • Le groupe éditorial Alliance Magique

Dignes descendantes de la boutique ésotérique du même nom qui œuvra entre 2004 et 2011, les éditions Alliance Magiques sont reconnues pour leur sérieux, leur éthique et leur volonté de faire bouger les choses dans un milieu ésotérique trop souvent gangréné par la paresse intellectuelle, l’avidité et le charlatanisme.

Soucieux d’éviter le double écueil des propos hermétiques et des livres de simple vulgarisation, nous avons depuis nos débuts la volonté avouée d’accorder toute son importance à la qualité des ouvrages publiés. Nous privilégions autant la qualité de l’écrit que la qualité du contenu. Les textes doivent être clairs, intelligibles par tous, sans pour autant tomber dans une vulgarisation à but purement commercial qui n’a, de notre point de vue, pas de sens dans notre milieu.

De même que Sénèque disait que « la parole reflète l’âme », l’écrit est bien souvent le reflet de l’auteur et de sa manière de concevoir le monde ; c’est pourquoi nous sélectionnons de façon drastique les nouveaux auteurs, en fonction de la pertinence de leurs points de vue, de leur volonté de contribution à l’amélioration de l’ésotérisme francophone et bien entendu de la valeur intellectuelle de leurs écrits.

Publier des ouvrages de qualité pour un public qui cherche à se plonger sainement dans les mystères que recèlent notre monde tout en prenant plaisir à le faire, voilà notre marque de fabrique.

Mieux connaître leur politique éditoriale https://bit.ly/3b93xaf]

Signature chez DETRAD : Franck Fouqueray ce 16 décembre à partir de 14h

Manuel de Sauvetage pour Compagnon Maçon… sans instructeur – Ouvrage interactif pour instruire les Compagnons… et leur éviter de devenir de mauvais Maîtres, tel est l’ouvrage en dédicace aujourd’hui chez DETRAD.

Un rendez-vous à ne pas manquer !

Les auteurs :

Franck Fouqueray, né en 1961 au Mans (Sarthe), est le fondateur du premier système d’échange local français et de la Caisse de Transactions Inter-Commerciale. Il est un auteur, entre autres, de Enquêtes maçonniques : comment les réussir ? (Dervy, 2021), de Manuel de sauvetage pour Apprenti maçon… sans instructeur (Éditions l’OL, 2016) ou encore de Manuel de secours pour Vénérable Maître… très seul en Loge (Éditions l’OL, 2018).

Il est à l’origine d’un système d’échange baptisé Troc Temps. Ce système est à l’origine des premiers SEL français qui voient ensuite le jour en 1994, en Ariège. Il met au point en 1990 avec la participation du Docteur Abdou Elimam un concept de banque alternative de manière empirique : « Caisse de Transactions Inter-commerciale » composée de 500 entreprises adhérentes.

Sur le plan maçonnique il est membre de la GLMF, président de la Fraternelle des écrivains, fondateur et directeur de publication de 450.fm.

Solange Sudarskis est maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le « Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique », prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ». Très récemment, elle a publié La gestuelle maçonnique – Par la gestuelle la lumière de l’initié a voilé l’ombre, chez Ubik éditions, dans la collection « petite bibliothèque intégrale ».

Manuel de sauvetage pour Compagnon maçon…

DETRAD vous propose aussi son service de « DÉDICACE EN LIGNE » et recevez votre ouvrage dédicacé par l’auteur. Rendez-vous sur www.detrad.com

Infos pratiques : DETRAD – 18, rue Cadet 75009 PARIS

(VIDEO) Manuel de sauvetage Pour compagnon maçon… sans instructeur

L’OUVRAGE

Le degré de compagnon est trop souvent mal aimé, mal compris

Si les Apprentis étaient instruits du symbolisme de leur degré… Si les compagnons étaient nourris de l’opérativité propre à leur programme, il y a fort à parier que bon nombre des milliers de Maitres démissionnaires seraient toujours dans leur atelier, heureux de maçonner encore  en fraternité. C’est sans doute le manque d’instruction qui est la cause de leur défaillance.

Avec ce manuel, les Compagnons vont pouvoir compléter leur programme, et ce, quel que soit leur Rite ou leur Obédience. Un ouvrage destiné à accompagner le compagnon durant tout son voyage jusqu’au troisième degré

LES AUTEURS

Solange Sudarskis : Maître de conférences honoraire à l’Université Lyon 1 – Claude Bernard. Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques. Lauréate de L’Institut Maçonnique de France

Franck Fouqueray : Membre de la Grande Loge Mixte de France – Trois fois Vénérable Maître. Conférencier. Il est fondateur du réseau maçonnique OnVaRentrer.fr avec ses 5 000 membres et fondateur du journal 450.fm le n°1 world wide des spiritualités. Il œuvre pour que la Franc-Maçonnerie conserve son caractère initiatique et fustige les affairistes et opportunistes de l’Art Royal… lorsqu’il le peut.

BRESIL : Junior de Paris Dakar est élu nouveau Grand Maître de la Franc-Maçonnerie à Acre

De notre confrère brésilien ac24horas.com

La Grande Loge de l’Etat d’Acre a élu l’homme d’affaires Junior Damasceno, plus connu sous le nom de Júnior da Paris Dakar. 

L’élection et le dépouillement ont eu lieu ce dimanche 12 et avaient deux listes contestant l’élection. Le poste équivaut au plus haut représentant de la franc-maçonnerie de l’Etat d’Acre. L’investiture des nouveaux administrateurs devra avoir lieu en mars 2022.

Damasceno a reçu 186 voix, tandis que son adversaire Hígino Maia a obtenu 160 voix. Selon les statuts de l’organisation, le droit de vote est exercé par les maîtres qui composent le collège électoral de l’Ordre.

Damasceno rejoint maintenant des noms bien connus à Acre tels que Luiz Saraiva Correa, Vanderlei Valente, Pedro Longo et Fernando Zamora, entre autres, qui l’ont précédé à la tête de l’institution.

Une fois l’enquête terminée, menée par le président du tribunal électoral maçonnique, le juge Luiz Camolez, les deux candidats ont salué et scellé leur engagement à laisser les différences passées en faveur de l’institution qui fournit des services philanthropiques pertinents à la société d’Acre.

RUSSIE : Les francs-maçons en loge et dans la cité – Comment le premier « franc-maçon » est apparu en URSS

De notre confrère Russe snob.ru

Les maçons ont été interdits en Russie à plusieurs reprises. Une nouvelle fois, ils réapparaissent sous Mikhaïl Gorbatchev, commencent à s’enrichir sous Boris Eltsine, et avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, ils se divisent en plusieurs loges qui ne peuvent toujours pas s’unir. Pour découvrir pourquoi la position des maçons russes est instable, comme le taux de change du rouble, l’envoyé spécial de Snoba Alexei Sinyakov a tenté de percer leurs principaux mystères. Dans la première partie de l’enquête, il raconte comment le premier « franc-maçon » est apparu en Union soviétique et ce que les francs-maçons ont fait dans l’institution mentale.0

Pourquoi tout le monde ne peut pas devenir franc-maçon?

« Vous ne pouvez pas devenir un franc-maçon si vous êtes gay », a déclaré le rappeur Ptakha, membre de la Grande Loge de Russie. Cependant, tous les francs-maçons n’adhèrent pas à cette vision conservatrice. La majorité des loges russes, comme l’a découvert Snob, incluent des personnes d’orientations sexuelles non traditionnelles – lorsqu’elles sont initiées dans une loge, personne ne leur pose de questions sur le côté intime de la vie.

Chaque mois, les maçons russes mènent plus d’une centaine d’entretiens – ils reçoivent environ 150 à 200 demandes d’admission à la loge, mais seules quelques-unes de ces personnes parviennent à l’initiation. La plupart des candidats ne correspondent pas à des critères stricts : les loges éliminent immédiatement les personnes qui disent qu’elles vont chez les maçons pour des relations d’affaires et pour des raisons politiques, les partisans d’idéologies extrêmes comme le nazisme, les mauvais payeurs et les personnes qui se cachent pour ne pas payer une pension alimentaire. Ce n’est pas la liste exhaustive des restrictions, mais l’une des choses les plus terribles pour un franc-maçon est la consommation excessive d’alcool.

« Si un maçon cesse d’assister aux réunions dans la loge, il peut être radié de son statut maçonnique », a déclaré anonymement un franc-maçon russe à Snoba. La question de l’exclusion de la loge, selon lui, peut se poser même si l’initié se rend à ses réunions en état d’ivresse. De plus, une personne inscrite dans un centre de lutte contre la toxicomanie ne sera jamais admise dans la Loge.

Selon l’historien de la franc-maçonnerie Yevgeny Kuzmishin, le problème de l’ivresse dans les loges a toujours été un problème et les gens soupçonnaient les premiers maçons de créer des sociétés secrètes dans un but précis – y boire tranquillement en bonne compagnie.Illustration : Daria Orlova

Reptiliens, hors et en Russie

L’une des rares traditions que les francs-maçons ont apportée à notre époque est la capacité de garder des secrets. Au XVIIIe siècle, l’écossaise Elizabeth Saint-Léger, qui espionnait une réunion de francs-maçons, dut choisir : mourir – ou devenir membre de la loge et garder les secrets des francs-maçons toute sa vie. Elle choisit cette dernière et fut l’une des premières femmes à être initiée aux secrets maçonniques.

Certains tentent de percer les secrets des « francs-maçons » depuis environ le XVIIIe siècle, lorsque le concept de « conspiration maçonnique » a commencé à se répandre dans toute l’Europe, concept qui existe encore aujourd’hui. La première loge maçonnique fut fondée en 1717 à Londres, et lorsqu’elle commença à ouvrir des « branches » dans d’autres pays, les maçons commencèrent à être suspectés non seulement d’une passion pour l’ivresse, mais aussi d’espionnage pour l’Angleterre, organisant des révolutions (celle de France), adorant Satan et influençant les gouvernements. Les partisans de la « conspiration maçonnique » croient que les loges influencent le monde politique en coulisses, boivent le sang des vierges dans leurs rituels, stockent des crânes humains dans les loges, et les opposants les plus radicaux des francs-maçons les associent à des extraterrestres reptiliens qui se sont dirigés vers la Terre depuis la planète Nibiru pour régner sur les terriens et spolier des tonnes d’or, y compris en Russie. Dans le cadre de ce concept, les Reptiliens eux-mêmes peuvent être des Francs-Maçons ou les contrôler . Il est difficile de croire à cette fantasmagorie, mais il est presque impossible de prouver le contraire : les « profanes » – comme les francs-maçons appellent ceux qui ne sont pas initiés à leurs secrets – ne peuvent assister à leurs rituels.

Dans différentes parties du monde, la conspiration du « gouvernement mondial » est considérée plus ou moins réelle. Aux États-Unis, environ un tiers de la population y croit. Mais en Russie, le nombre de partisans de l’existence d’un gouvernement mondial secret est nettement plus important, et ce nombre a augmenté après l’annexion de la Crimée : si en 2014, 45% des Russes croyaient au complot, en 2018, 67% y croient, écrit VTsIOM. Cependant, il est peu probable que la plupart d’entre eux sachent que la Russie a une expérience positive de la lutte contre les francs-maçons, ce qui peut réfuter le mythe persistant de leur influence mondiale.

Selon l’historien de la franc-maçonnerie Yevgeny Kuzmishin, les premiers francs-maçons ont commencé à apparaître en Russie à l’époque élisabéthaine, lorsque le pays était »Dans le courant dominant de la politique, de l’économie et de la culture européennes. » Et les premières loges, qui comprenaient des sujets russes, sont apparues vers la fin des années 1730. De plus, l’histoire des francs-maçons en Russie a été interrompue à plusieurs reprises : ils ont été interdits après la Grande Révolution française, puis rouverts sous Alexandre Ier et à nouveau interdits trois ans avant le soulèvement décembriste. En 1905, lorsque Nicolas II publia le Manifeste sur les libertés civiles, les francs-maçons réapparurent en Russie. Mais avec l’arrivée au pouvoir des bolcheviks ils ont complètement disparu,  de cette époque jusqu’à la perestroïka, il n’y avait plus de maçons en Russie, dit Kouzmishin : pour subir le rituel d’initiation, il était nécessaire d’entrer en contact avec les loges qui se trouvaient à l’étranger, ce qui a été empêché par le « rideau de fer ». .* « Je suis franc-maçon » (fr.) Illustration : Daria Orlova

L’étranger nous aidera

Au début des années 1990, les trottoirs des villes soviétiques furent encombrés – ils par les longues files d’attente de personnes ne pouvant rentre pas dans les couloirs des grands magasins vendant des produits rares. Au total, les citoyens soviétiques passaient 80 milliards d’heures par an dans les files d’attente – le phénomène est devenu si profondément ancré dans la vie soviétique qu’il y avait même un jeu de file d’attente « à son tour » parmi les enfants des années 1980. 

Les besoins de la population n’était pas seulement des saucisses et de l’alcool, mais aussi la culture. Ainsi, les autorités soviétiques, résolvant le « problème du logement » de la nomenklatura militaire, ont transféré certains domaines près de Moscou en sanatorium pour le ministère de la Défense, ce qui a rendu beaucoup plus difficile leur visite. L’un de ces domaines – Arkhangelskoye – est fermé pour restauration depuis 1985 et a également été transféré au ministère de la Défense. Un jour de 1990, il a été ouvert au public et, comme prévu, progressivement il fut envahi par une queue de personnes souhaitant voir l’ensemble architectural et les collections d’art.

Dans la file d’attente du domaine avec sa femme, Vladimir (le nom a été changé) était un enseignant de l’une des universités de Moscou, diplômé en art. « Derrière Vladimir, il y avait un Français qui disait être maçon », raconte Viktor Belyavsky, un historien familier de Vladimir. « Dans quel but le Français a fait cela, on ne le sait pas, mais Vladimir a répondu que son grand-père était également franc-maçon. » (Selon l’auteur de 336 articles sur les francs-maçons dans Wikipédia en russe, qui s’est présenté à Snob sous le nom de Mikhaïl, ce Français pourrait être un employé de l’ambassade de France à Moscou.)

« C’est ainsi que Vladimir a fait la connaissance d’un franc-maçon français, et le Français lui a proposé de se faire initier dans une loge », poursuit Belyavsky. « En décembre 1990, ils sont allés en France – bien sûr, avec l’argent de la fête par le partie invitante, car tous les universitaires en Russie étaient des pauvres à cette époque. »

Une fois en France, Vladimir et son épouse sont initiés à l’Oeuvre Fraternelle . Après la cérémonie, Vladimir a fait venir plusieurs autres personnes de d’URSS. Belyavsky, Kuzmishin et le créateur d’articles wikipedia Mikhail en ont immédiatement parlé à Snob – ils affirment tous qu’ils connaissent personnellement Vladimir.

Francs-maçons, FSB et pauvreté

« Que cacher », admet l’un des maçons russophones avec une légère tristesse dans la voix dans une conversation avec « Snob », « beaucoup d’officiers du renseignement et maçons sont présents aux réunions maçonniques internationales. Ils veulent établir des contacts et trouver des plateformes de négociations [entre pays]. Ils se tournent vers nous [les maçons russes], mais nous ne savons même pas vers qui [des fonctionnaires] en Russie nous adresser. Nous avons l’air frivoles aux yeux des agents de renseignement étrangers. » En effet, le nombre de francs-maçons en Russie est extrêmement faible par rapport à certains pays européens – les personnes qui se disent francs-maçons dans le pays sont environ un millier et demi.  Alors qu’en Europe, par exemple en France, il existe des loges avec 100 mille membres. Une de ces organisations est la Grande Loge de France* « Elle est si influente [en France] que [Emmanuel] Macron s’est exprimé devant la loge pendant la campagne électorale [2017] », a déclaré à Snob, Evgueni (nom d’emprunt), porte-parole de l’une des loges russophones.

Néanmoins, au début des années 1990, après Vladimir, un autre citoyen d’URSS est entré dans une loge maçonnique, qui pourrait avoir accès à des documents secrets et à des hauts fonctionnaires, avec lesquels les maçons du renseignement recherchent des contacts. C’était un ancien professeur de l’Académie militaire et politique. Lénine, Viktor Kuznetsov (le nom du maçon a été révélé à « Snob » par Viktor Belyavsky). Au milieu des années 90, sur la base de cette académie, l’Université militaire du ministère de la Défense de la Fédération de Russie a été créée, qui forme du personnel pour travailler dans les départements diplomatiques et au FSB.Illustration : Daria Orlova

Comment les francs-maçons ont secrètement visité un hôpital psychiatrique

«Les francs-maçons sont divisés en réguliers, traditionnels et libéraux», explique l’historien Kuzmishin. – Les premiers, réguliers, observent toutes les lois et règles anciennes, par exemple, n’acceptent pas les femmes dans la loge ; ils sont reconnus par la Grande Loge Unie d’Angleterre, la plus ancienne du monde, et environ 2,5 millions de personnes sont considérées comme des frères des loges régulières. La deuxième direction la plus importante est la franc-maçonnerie traditionnelle. Ils observent également des lois et règlements anciens, mais pour diverses raisons, notamment des conflits interpersonnels, ils ne sont pas reconnus par les Britanniques, mais ils sont reconnus par la Grande Loge de France. Il existe également un petit nombre de petites loges libérales dans lesquelles les femmes peuvent être. Ces loges libérales établissent des relations entre elles. Ils sont reconnus notamment par le Grand Orient de France. Toutes ces directions sont également représentées en Russie ».

Le premier franc-maçon de l’URSS s’est avéré être initié à la loge libérale, mais, selon la source de « Snob », en l’espace d’un an des représentants de la Grande Loge Nationale de France (Franc-Maçonnerie régulière) l’ont approché et l’ont persuadé de les rejoindre. Selon Mikhail, le 14 janvier 1992 à Paris, Vladimir est passé dans une loge régulière.

Pour créer une loge , il doit y avoir au moins sept francs-maçons dans le pays. Quand suffisamment de personnes furent maîtres en Russie, la première loge régulière russe « Harmony » a été créée. «En 1993», dit Belyavsky, «trois autres loges ont été allumées:« Lotus »à Moscou,«Astréa» à Saint-Pétersbourg et «Gamayun» à Voronej».

La pauvreté était l’une des principales caractéristiques de ces organisations. « Il y avait 40 maçons dans toute la Russie », dit Belyavsky. – Certes, la plupart d’entre nous [les francs-maçons] représentions la soi-disant classe moyenne basse : professeurs d’université, enseignants, médecins et ouvriers qualifiés. Pendant un certain temps, nous nous sommes même réunis dans une maternelle – directement sur des chaises pour enfants. Et même au dispensaire psychiatrique de Kuzminki, car l’un des frères – un employé du ministère de l’Intérieur – connaissait bien son médecin-chef. Nous avons apporté des bougies, des épées et d’autres accessoires maçonniques [nécessaires aux réunions] et nous les avons ensuite remportés. Sur des morceaux de papier – juste après les réunions – ils coupaient des saucisses, remplissaient des verres, puis se dispersaient chez eux », se souvient Belyavsky.Illustration : Maria Anosova

Célébration sur Tverskaya

Salle du 24 juin 1995 La maison centrale de l’artiste sur Kuznetsky Most était remplie d’hommes imposants vêtus de vestes noires, qui se promenaient dans la salle en prévision d’un événement important. Comme lors des Jeux olympiques de 1980, ces hommes en Noirs ont défilé devant le personnel de la Maison centrale des Arts, et des dialogues en français, anglais et russe ont retenti de différentes parties de la salle. Cette salle, selon Belyavsky, a été louée par les francs-maçons pour proclamer la création de la Grande Loge de Russie. « Nous avons à peine perdu de l’argent [pour cette pièce] », dit-il. Cependant, il admet plus tard que toute la société a célébré la proclamation de la loge dans le restaurant de l’hôtel Tsentralnaya à Tverskaya. Un an plus tard, les premiers parvenus sont venus en loge. Selon Yevgeny Kuzmishin, parmi eux se trouvaient ceux qu’on appelait « frères » dans les années 1990. Avec leur arrivée, le trésor a commencé à s’enrichir, mais les francs-maçons commencèrent à soupçonner leurs officiers de dilapider l’argent commun. En conséquence, une scission s’est produite dans la boîte.

Dans l’épisode suivant – que font réellement les francs-maçons, sont-ils au Kremlin, pourquoi l’associé de Boris Eltsine et les anciens membres de l’organisation Komsomol ont-ils rejoint la Grande Loge de Russie, comment leur conflit a conduit à une scission et pourquoi les francs-maçons sont peur de devenir des agents étrangers.

-*en fait il s’agissait du Grand Orient de France (ndlr)

La légende de la tolérance

On parle tant de tolérance qu’on en vient à douter de ses opinions. À chaque fois que j’ai envie de m’en faire une, d’opinion, je m’interroge. Est-ce que penser en tolérant c’est donner raison à ceux qui affirment avoir raison ? Est-ce que lire en tolérant c’est n’acheter que ce qui est recommandé ? Est-ce qu’écouter en tolérant c’est approuver ? Est-ce que parler en tolérant c’est se taire ? Est-ce que jouer en tolérant c’est laisser l’autre gagner ? Il y a de quoi être perplexe, non ? Hélas ! autant de fois hélas ! désormais, vivre n’est que questions, tant les opinions sont devenues gênantes. Et puis, on peut ne rien dire, mais il m’est très difficile de ne pas m’en dire un mot à moi-même. Or les mots constituent un terrible danger pour les opinions. Ils les peignent en blanc et rouge, couleur de cible.

Tenez, pas plus tard qu’hier je me suis rendu compte que j’avais une souris dans l’appartement. C’est très joli, les souris… mais au cinéma ! Chez soi ça fait perdre un temps fou à chercher le trou. Je finis par aller dans une pharmacie. Une jeune femme, accorte m’y accueille. À l’exposé de mon problème, elle semble tout à la fois gênée et offusquée.

  • « Mais enfin, Monsieur, me dit-elle d’une voix étouffée, vous êtes étranger ? »

Je la regarde éberlué.

  • « Vous ignorez donc, ajoute-t-elle en baissant la voix, que certains mots sont interdits par la loi ? Par exemple le mot race (il ne lui restait plus qu’un filet de voix), ou le mot nègre, même s’il a caractérisé un art cher à André Breton ou à Brancusi. Eh bien, le terme de souris vient d’être mis à l’index. On dit que ce serait à cause d’un Chargé de mission qui aurait lu Steinbeck, vous savez le roman Des souris et des hommes. Mais c’est tellement improbable ! Toujours est-il que si on vous entend parler de souris, vous serez condamné pour machisme. »

Je m’éloigne donc à pas pressés craignant d’être suivi. Au passage, je m’enfourne dans une quincaillerie. Je demande poliment au vendeur, un beau jeune homme avec un catogan, des boucles d’oreille, des bras tatoués et une chemise arc-en-ciel :

  • « Je voudrais une tapette. »

Aussitôt il me lance un œil furibond et me répond, avec la bouche en cul-de-poule :

  • « Nous n’avons pas cet article ! »

Je sortais, déçu, lorsque je l’ai entendu expliquer à une vendeuse aux cheveux violets, hérissés à l’iroquoise :

  • « Encore un homophobe ! »

J’étais vraiment très embêté. Et si jamais il portait plainte, hein ? Aujourd’hui, la peine est moins lourde si on fait un hold-up…

Le découragement me gagnait. Je décide de rentrer chez moi et de vivre avec ma souris. En passant je vois une droguerie. J’y entre. Comme il n’y avait personne dans le magasin, je pouvais parler librement.

  • « J’ai une souris chez moi. Je voudrais de la mort-aux-rats. »
  • « Il s’agit bien de souris, n’est-ce pas, et non pas de rats ? »

C’était probablement le propriétaire ; il portait une blouse blanche, peut-être pour faire sérieux, et il l’était. On décelait dans sa question une certaine inquiétude.

  • « Oui, lui répondis-je. Pourquoi ? Le produit est différent pour les souris et les rats ? »

Il ne répondit pas directement à la question.

  • « De quelle couleur est-elle, votre souris ? »
  • « Grise, je crois. »
  • « Oh, dans ce cas, il faut faire une déclaration à la Préfecture et attendre l’autorisation. »
  • « Ah bon ? »
  • « Oui, si elle avait été blanche, il n’y aurait pas eu de problème. On peut se débarrasser de toutes les blanches qu’on veut. Mais les grises sont protégées par la loi antiraciste votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale. »

Je me rendis compte soudain que ma vie, avec ses souvenirs et ses repères, tout s’inscrivait non seulement dans la trame du temps, mais dans le drame du temps. Trame, drame, il se tramait donc quelque chose, c’était clair. Il me fallait savoir quoi ? Qu’était devenue la tolérance ?

J’entrai chez les francs-maçons et ils me montrèrent un grand damier en m’expliquant que la vérité n’était ni dans les cases blanches ni dans les cases noires, et certainement pas dans leur affrontement, mais plutôt dans la diagonale. « Sans doute celle du fou » – me dis-je in petto et sans en rien laisser paraître, ce qui est la définition même du petto.

  • « Et à quoi servent les trois colonnettes autour ? », demandai-je.
  • « Elles symbolisent la Sagesse, la Force et la Beauté, la première intervient dans la conception de l’œuvre, la seconde dans sa réalisation, la troisième dans son ornementation. »
  • « Et la tolérance ? »
  • « Elle est dans le pilier manquant. »

J’avais tout compris.

Destination Utopia !

C’est sous la plume de l’écrivain anglais Thomas More, au début du XVIe siècle, qu’est née l’utopie. Utopia est une île entre le ciel et l’eau. L’endroit se veut merveilleux. Une autorité absolue mais éclairée a été établie : discipline et soumission y sont de règle. Mais est-ce bien là la voie du bonheur ?

Sur ce territoire de « nulle part », un pouvoir de nature royale gère tous les rapports sociaux : politiques, juridiques, économiques ou moraux, en application d’une raison solide. Dans cette société idéale, une hiérarchie et une organisation confortent le bien commun et nul comportement déviant n’est admissible. Il s’agit en effet d’établir résolument, un lieu du bonheur, celui qui incarnerait le retour à un Éden perdu, un lieu idyllique pour tous !

À Utopia, la surveillance est totale, de tous les instants, de tous les moments, de la naissance à la fin de vie. Grâce à la discipline et l’obéissance, les rapports entre les hommes et les femmes doivent se reconstruire. Cependant le tableau de ces rapports, précisés et détaillés par Thomas More, reste troublant pour le lecteur actuel de ce livre paru en 1516… Prenez bien connaissance des conduites à respecter, avant de faire votre valise pour Utopia !

L’autorité, dans ce territoire paradisiaque, est celle des hommes sur les femmes, des vieux sur les jeunes : « Le plus ancien membre d’une famille en est le chef… Les femmes servent leurs maris, les enfants leurs pères et mères, les plus jeunes servent les anciens… les esclaves sont chargés des travaux de cuisine, ou bien “les maris châtient leurs femmes, les pères et les mères leurs enfants, à moins que la gravité n’exige une réparation publique”. Ou encore : “les jours de Finifête (la fin de chaque mois), avant d’aller au temple, les femmes se jettent aux pieds de leurs maris, les enfants aux pieds de leurs parents ; ainsi prosternés, ils avouent leurs péchés d’action ou ceux de négligence dans l’accomplissement de leurs devoirs, puis ils demandent le pardon de leurs erreurs.”

Des mariages bien préparés évitent quelques déboires ! “Une dame honnête et grave fait voir au futur sa fiancée, fille ou veuve, à l’état de nudité complète et réciproquement un homme d’une probité éprouvée montre à la jeune fille son fiancé nu”. Une nudité nullement exposée par vice, mais se justifiant comme l’examen pratiqué lors d’un achat de marchandise : “Lorsque vous achetez un bidet, affaire de quelques écus, vous prenez des précautions infinies : l’animal est presque nu, cependant vous lui ôtez la selle et le harnais de peur que ces faibles enveloppes ne cachent quelques ulcères. » Ne jamais perdre de vue, que, comme pour l’achat d’un bidet, il faut en avoir pour son argent !

Un bien-être contrôlé et des consignes hygiéniques sont des principes de vie fondamentaux ! Sur Utopia : aucune relation sexuelle hors mariage ! ‘L’adultère est puni du plus dur esclavage… la récidive est punie de mort’. Le plaisir n’est pas bon en soi : il ‘n’est pas dans toute espèce de volupté ; il est seulement dans les plaisirs bons et honnêtes’. Une concession cependant : outre la félicité de l’âme, existent quelques jouissances du corps, divisées en deux espèces, la santé et ‘toutes les voluptés… dont la cause est le rétablissement des organes épuisés par la chaleur interne… telles sont les sécrétions intestinales, le coït et l’apaisement d’une démangeaison quelconque en frottant ou en grattant’. Précisément, les Utopiens et Utopiennes célibataires allant à la selle y trouveront allégresse ‘en frottant et en grattant’.

Moralité ? Attention aux portes à glissières entre des cachots construits pour les vices et des temples pour les vertus : elles peuvent sur l’endroit tromper le genre humain dans sa quête du bonheur !

Source : L’Utopie, Thomas More, Librio-2 euros, Essai poches.

Point de vue : À propos de la transcendance

Par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Appliquée à l’être humain, la transcendance est l’aptitude à se dépasser pour surmonter un obstacle, une difficulté ou une épreuve. Cela suppose alors de puiser dans notre volonté, notre courage et nos ressources physiques, mentales ou psychologiques, la force de nous transcender et, par là même, de transcender cet obstacle, cette difficulté ou cette épreuve. Que nous en ayons conscience ou non, les circonstances et les vicissitudes de la vie font que nous sommes souvent dans l’obligation de faire acte de transcendance. Pour nombre de personnes, le seul fait de se rendre chaque jour au travail les oblige à se transcender, en particulier lorsque ce travail leur déplaît.

La Transcendance

Il est un domaine où la transcendance est une nécessité : le sport, notamment celui que l’on dit « individuel ». À titre d’exemple, un coureur de fond doit puiser au plus profond de lui-même l’énergie voulue pour courir et ne pas céder au désir, à la tentation, d’arrêter sa course. De même, un navigateur en solitaire est dans l’obligation de se transcender pour mener à bien sa traversée de l’océan, ne serait-ce que pour se maintenir éveillé quasiment toute la journée. Que dire également de l’alpiniste qui fait seul l’escalade d’une montagne ? Cela implique de grandes aptitudes physiques, mais également une grande force mentale. Dans ces cas-là, la transcendance a pour but de réaliser une performance sportive, et pourquoi pas un record ?

Dans les exemples précités, se transcender  n’est pas un but ; c’est plutôt un moyen, voire une nécessité, pour atteindre un objectif déterminé. Mais dans certains cas, la transcendance peut être une fin en soi ; elle s’apparente alors à une quête spirituelle. C’est le cas, entre autres, pour les Rosicruciens. En application de leur enseignement et de leur philosophie, ils s’évertuent en effet à exprimer le meilleur d’eux-mêmes dans leur comportement, non seulement dans leur intérêt personnel, mais également dans celui d’autrui. Là encore, cela implique un grand effort de volonté, car il est plus simple et plus facile de se complaire dans ses défauts et ses faiblesses, que de s’employer à devenir meilleur sur le plan humain.

L’Immanence

Mais il existe un niveau transcendantal de transcendance : LA Transcendance. Elle s’apparente alors à ce que les religions appellent « Dieu », conçu par elles comme un Être à caractère anthropomorphique qui, depuis les confins de la Création, transcende le monde, gouverne la nature et décide de la destinée des êtres humains, tant sur le plan individuel que collectif. Il faut noter également que les agnostiques admettent l’existence d’une Transcendance, mais ils ne Lui donnent aucune définition, aucune représentation, ni aucune intention au regard de l’univers, de la nature et de l’homme. Autrement dit, ils admettent Son existence, mais ne cherchent pas à comprendre ce qu’Elle est.

On oppose souvent « Transcendance » et « Immanence » à propos de la nature du Divin, les uns considérant que Dieu est un « Principe supérieur distinct et séparé de la Création », les autres qu’Il est une « Essence omniprésente dans la Création ». D’un point de vue rosicrucien, Il est à la fois transcendant et immanent, en ce sens qu’Il s’apparente à la fois à une Intelligence absolue qui est inaccessible à l’entendement humain, et à une Énergie universelle qui imprègne les plans visible et invisible de la Création, avec tout ce qu’ils contiennent. À titre d’analogie, on peut dire que le Soleil est à la Transcendance ce que son rayonnement est à la l’Immanence : bien qu’il soit distinct de la Terre, elle baigne dans sa lumière et reçoit sa chaleur, ce qui profite à tous les êtres qui la peuplent.

Histoires et lieux sacrés – Pierre-Alexandre Nicolas

D’après une idée originale de Daniel Robin,
Réalisation/montage : Georges Laurent.
Production : Nagib Kary
Vertical Project Media
https://vertical-project.com/