Accueil Blog Page 699

Gros plan sur l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal (Podcast de la Loge)

De notre confrère LA LOGE MAÇONNIQUE.fr

Durée : 35 min 22 secondes

Dans ce nouveau podcast nous voyageons à la découverte d’une obédience créée en 1974, l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal plus communément nommé OITAR !

Grace à Nicolas ANTELMI, initié en 1986, passé Grand Maître et Grand Souverain Commandeur de l’Ordre nous reviendrons sur les origines et aspirations de cette organisation maçonnique qui aujourd’hui compte presque 1500 frères et sœurs répartis dans 85 loges !

Présentation de l’OITAR (Site officiel)

L’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal (OITAR) est une obédience récente de la franc-maçonnerie française, entrant dans la mouvance dite « libérale », ou « adogmatique ». L’OITAR utilise comme rite unique dans ses loges le Rite opératif de Salomon.

L’OITAR apparaît officiellement dans le paysage maçonnique en janvier 1974, à l’issue d’une longue période de gestation. Il procède d’une initiative de Jacques de La Personne, ancien grand orateur adjoint du conseil de l’ordre (en 1970-1971), et président de la commission des rituels du Grand Orient de France, avec l’assistance de huit autres frères tous membres du GODF. Il résulte d’une réflexion sur la pratique maçonnique inspirée entre autres par la démarche traditionnelle des anciennes fraternités de métiers comme le sont encore les compagnonnages en France.

Jacques de La Personne perçoit fortement lorsqu’il devient « vénérable » de sa loge « Les Inséparables du progrès », au GODF, la pratique du Rite Français dans une version très expurgée dite à l’époque des « cahiers bleus ».

C’est en cherchant à retrouver une expression symbolique enrichie qu’il conduit une recherche sur les documents historiques détenus aux archives du Grand Orient de France à Paris. Il s’instruit à cette occasion des formes anciennes du Rite français directement issues du rite des « modernes » pratiqué par la Grande Loge de Londres à l’époque de la constitution en obédience de la franc-maçonnerie spéculative (1717, 1723). Constatant cette tendance à la perte de substance symbolique du rituel, il prend l’initiative de l’écriture d’un rite en puisant aux sources traditionnelles du Rite Français, du Rite Émulation, du Rite d’York et du Rite écossais rectifié pour ne citer que les principaux. Ce travail aboutit finalement à une première formulation d’un rite composite qui prend le nom de Rite opératif de Salomon.

C’est pour faire vivre ce nouveau rite maçonnique qu’il obtient du Conseil de l’Ordre en 1971, la création d’un nouvel atelier : la loge « Les Hommes ». Ce nouvel atelier apparaît comme très attractif à l’époque; on va y retrouver des membres des « Ateliers Planètes » ou des auteurs de la maçonnerie comme Daniel Béresniak.

Bientôt, le cadre du Grand Orient apparait comme trop contraignant et un petit groupe de frères rassemblés autour de Jacques de La Personne décide de s’en affranchir. Ils créent la loge « Les Fondateurs » en 1973, loge no 1 de l’OITAR. Le succès de cette loge franche donnera bientôt naissance à cinq autres ateliers qui s’associent en fédération de loges au sein de l’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal en 1974.

Faisant, en 2016, partie intégrante du paysage maçonnique, il défend une approche traditionnelle et initiatique de la franc-maçonnerie issue des « vieux devoirs » et des « anciennes charges ». Ses travaux sont essentiellement symboliques et visent au développement moral et spirituel d’hommes et de femmes « libres, de mœurs strictes et de bon renom » comme écrit dans les Constitutions d’Anderson.

En juin 2016, il annonce fédérer 70 loges, regroupant plus d’un millier de membres. Ces loges sont généralement mixtes. Depuis quelques années, il a signé des traités d’amitié avec la plupart des obédiences françaises, autorisant des visites réciproques.

L’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal est présent en France (Nord de la France, Île-de-France, Sud, la Martinique, Sud-Ouest, Lyon, Rennes, Guadeloupe,…). Les loges isolées sont regroupées au sein d’une structure particulière : le Territoire du sextant. Elle regroupe notamment les loges de Madagascar, La Réunion, du Canada, ainsi que les loges de France métropolitaine isolées. Une implantation en Belgique a été réalisée en novembre 2013.

D’un point de vue administratif, les loges se soumettent aux lois inhérentes à chaque pays. En France la totalité des loges est constituée en association loi de 1901 indépendantes et autonomes.

L’OITAR fait partie d’une franc-maçonnerie à tendance spiritualiste travaillant « Á la Gloire du Grand Architecte de l’Univers ». Ce dernier étant présenté comme un symbole et aucune croyance en Dieu n’est demandée pour devenir franc-maçon à l’OITAR.

Créé entre autres dans la mouvance de 1968, l’OITAR se différencie des autres groupes maçonniques en annonçant clairement le côté libertaire, terme auquel certains aujourd’hui préfèrent celui de « libératif » du Rite Opératif de Salomon qui se traduit par :

le fait que l’OITAR est une fédération de loges et non pas une obédience ;
la souveraineté de la loge, sous réserve de la « stricte observance du rite » ;
la reconnaissance des maçons par leur état de maçon (validité de l’initiation, régularité par rapport à leur loge) et non par leur appartenance à une obédience ou un ordre ;
l’unanimité des votes au degré de maître impliquant la recherche constante d’un consensus ;
la pratique du Rite Opératif de Salomon, rite unique et spécifique à l’OITAR dans sa version en neuf degrés.
Ce rite, composé de trois degrés et de six degrés dits « d’ampliation ou de perfectionnement », axe principalement son travail sur :

la pratique du symbolisme ;
le perfectionnement de soi-même, l’amélioration collective ;
la pratique de la fraternité entre ses membres.
Une dernière particularité de l’OITAR et du Rite Opératif de Salomon est sa pratique de l’expression orale. Elle permet de mieux aborder le langage symbolique et la pensée analogique, développés par la franc-maçonnerie. L’expression orale qui est demandée à tous et toutes en loge ne concerne pas le rituel (qui est lu) mais les travaux symboliques pour lesquelles aucun support papier n’est utilisé.

Saint Jean Baptiste l’Ésotérique

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La nuit du solstice d’été, la plus courte de l’année, marque un passage important : c’est le moment où le Soleil entre en contact avec la constellation du Cancer dominée par la Lune.

C’est le plus grand triomphe de la lumière, mais aussi son contraire, le lent déclin jusqu’à son point le plus bas en décembre.

Le Baptiste, placé au solstice d’été, représente l’apogée de la splendeur du soleil, tandis que l’Evangéliste, au solstice d’hiver, indique presque la mort de l’astre.

Nous savons bien que ce qui atteint le maximum doit ensuite décroître, tandis que ce qui a atteint le minimum doit commencer à croître, comme en témoigne l’Evangile :

Il doit grandir et je dois diminuer.
Jeudi III, 30

Le symbolisme du Baptiste est étroitement lié à celui de l’Évangéliste. Ils sont comme la vie et la mort, le passé et le futur, le soleil et la lune.

Les Saint Jean ont toujours été choisis comme patrons par presque toutes les anciennes sectes chrétiennes ésotériques et par les sociétés initiatiques, telle la Franc-Maçonnerie, dans les Statuts de laquelle, publiés en 1721, cette invocation est exprimée :

Les Frères de toutes les Loges de Londres, de Westminster et des environs se rejoindront au lieu convenu le jour de la Saint-Jean-Baptiste ou de la Saint-Jean l’Évangéliste…

Ils sont comme les deux solstices, les deux luminaires, les deux colonnes, l’un ne va pas sans l’autre.

Le Baptiste clôt l’Ancienne Loi, l’Ancien Testament, baptise avec l’eau du Jourdain, dans le désert de Judée. Il fait donc référence à la ligne horizontale, le Niveau, le passif, la lune.

Au contraire, l’Évangéliste se tient sur les montagnes et se réfère à la ligne verticale, au fil conducteur, aux actifs, au soleil.

Le nom de Giovanni a été comparé à celui de Janus, protecteur de la « collegia fabrorum » , un dieu à deux faces : l’une tournée vers le passé, l’autre tournée vers l’avenir.

L’allégorie du double visage et du double front est diversement interprétée : d’une manière générale, Janus était le gardien des portes et exerçait son influence sur chaque passage et sur chaque principe. Le premier mois de l’année, le début de chaque mois, chaque jour et chaque activité lui étaient consacrés. La racine du nom lui-même indique le concept de passage.

En tant que divinité solaire, il contrôlait les portes du ciel que le soleil ouvre au lever du soleil et ferme au coucher du soleil, ainsi qu’au début et à la fin de l’année solaire.

Il ouvre et ferme les Portes du Solstice, à travers lesquelles le Soleil commence les deux moitiés du chemin annuel ascendant et descendant.

Le visage mûr et barbu, symbole du passé, et le visage jeune et joyeux, de l’avenir, regardant en arrière en même temps, montrent la puissance de Dieu dans le temps. Parfois, il a un visage viril, vieux et hirsute et un visage féminin, jeune et beau en rapport avec la signification primitive du symbole du Soleil et de la Lune.

La même expression populaire de San Giovanni riant et San Giovanni pleurant se réfère précisément aux deux visages de Janus, aux sens opposés attribués aux deux Portes solsticiales et aux deux moitiés de l’année, la première bienfaisante et favorable, la seconde triste et mal. .

Dans de nombreuses cultures, les Temples, bien qu’ils soient contenus dans les limites architecturales, tracent le schéma du Cosmos, s’étendant d’Est en Ouest et de la Terre au Ciel, et les rites s’ouvrent symboliquement à midi pour se fermer symboliquement à minuit.

En observant que la renaissance suit à chaque mort du Soleil, de la lumière et de la végétation, l’homme en déduit qu’il a le même sort pour la valeur universelle des lois cosmiques. En ce sens, les Solstices acquièrent des significations en référence au destin de l’âme ainsi qu’à la perpétuation naturelle de la vie sur Terre.

« Celui qui vient après moi m’a dépassé, car il était avant moi » « J’ai besoin de diminuer pour qu’il grandisse ». Le Soleil qui diminue après le solstice d’été serait représenté par Jean, celui qui grandit au semestre suivant le solstice d’hiver, par le Christ.

Selon la Légende dorée, le Baptiste était appelé en relation avec des privilèges : Prophète pour la connaissance, Ami de l’Époux pour l’amour, Lumière ardente pour la sainteté, Ange pour la virginité, Voix pour l’humilité, Élie pour la ferveur, Baptiste pour le merveilleux honneur, Héraut pour la prédication, Précurseur pour la préparation du Chemin.

En reproduisant le Soleil en phase descendante, il se connecte à la fonction mercurielle de guider les âmes à travers les ténèbres occidentales et vers la renaissance de la Lumière.

Mais qui était vraiment saint Jean-Baptiste ?

On dit qu’il vivait dans le désert, là où l’on retrouve ses traces. Les Mandéens et les Esséniens, qui vivaient à la même époque et dans les mêmes lieux que lui, le considéraient apparemment comme bien plus qu’un prophète : un « initié », quelqu’un qui connaissait et gardait les secrets du Roi de la Lumière.

Pourquoi est-il devenu l’une des pierres angulaires de certaines doctrines ésotériques ? Dans la vaste littérature disponible sur le sujet, on note la symétrie qu’il a avec l’autre Saint Jean : l’Évangéliste.

L’un né au solstice d’été et l’autre au solstice d’hiver. L’un annonce le début, l’avènement, l’autre la fin, l’apocalypse.

Les notions de début et de fin peuvent résumer la dynamique des références symboliques qui caractérisent les deux Saint Jean, à partir desquelles on arrive au symbole du divin et de l’éternel : la croix avec le Christ qui marque l’écart de l’existence humaine personnifiée par Baptiste , définit, en fait, « le plus grand des hommes ».

La spiritualité maçonnique (Episode 2/3) : Les règles morales

Le « besoin de spiritualité » ne se limite pas à la croyance céleste. Il s’exprime aussi en termes de réflexion. Précisément, le franc-maçon, la franc-maçonne, trouvent leurs supports de réflexions, d’abord dans le contenu des rites : rituels, mythes, allégories, symboles, légendes. Ce sont des outils, des boussoles pour nous orienter sur le territoire. Mais ils ne sont pas le territoire. Ils nous donnent le sens et du sens, mais pas la réalité ! Encore moins le réel, ni la vérité ! Il s’agit donc de faire entrer en résonance leurs logiques et leurs morales – si elles sont adaptables – avec la société des Hommes et des Femmes, en pleine mutation.

Le parcours d’une vie enseigne qu’il y a autant de logiques et de morales que de sociétés et d’époques, c’est à dire de philosophies et de points de vue. A l’école de notre enfance, entre quatre murs protecteurs et devant le tableau noir, ces mots étaient inoffensifs. Nous faisions de l’analyse logique après la dictée.

La citation d’un écrivain (Ex : Soyez meilleurs, vous serez plus heureux, dixit François Gaston de Lévis) nous servait chaque jour de leçon de morale. Et la preuve par neuf nous démontrait la justesse de notre raisonnement arithmétique. Voire que la vérité était dans les chiffres ! Et le bonheur pendant la joyeuse turbulence des récréations !

C’est plus tard que tout se modifie, en entrant dans un autre jeu, celui de la vie ! Adultes devenus, nous constatons que le « camarade de classe » est maintenant « l’Autre » dans sa grande diversité signifiante et agissante (Ethnies, coutumes, religions, individualismes, pouvoirs et leurs abus, etc) et qu’il faut – malgré ces différences et contraintes – effectivement cohabiter dans ce grand village agité qu’est la planète.

De mon vécu des inquiétantes années 1930-1940, je retiens qu’une partie importante d’un grand pays comme l’Allemagne, éduqué et cultivé s’il en est, est alors hypnotisé par les vociférations d’un fou furieux. Celui-ci, le sinistre Hitler, considère comme logique tous les paramètres normatifs à sa convenance (revanche de la guerre précédente, difficultés économiques, pureté de la race aryenne à protéger, etc.) pour en tirer une épouvantable « rationalisation » : l’extermination des Juifs !

Impensable mais vrai, l’un des plus grands philosophes du XXème siècle, Martin Heidegger, que l’on peut supposer intelligent, adhère à cet antisémitisme ! Sa compagne de route, Anna Arendt, philosophe talentueuse elle-même, ouvre les yeux à temps et bifurque pour décrire ce que, effarée, elle découvre : la banalité du mal. Dit autrement, il est tout à fait logique de tuer son semblable quand on en reçoit l’ordre d’un supérieur et que l’on est obéissant et scrupuleux. C’est normal, banal, on ne fait que son devoir (encore un mot dont il faut se méfier, n’en déplaise à Kant !) La logique et la morale détruisent ici tout discernement!

Les sinistres exécutants de l’holocauste avaient aussi une logique : « Mon honneur est ma fidélité ». De leur côté, les militaires, de vert-de-gris vêtus, portaient un ceinturon – à hauteur de mes yeux de gamin – dont la boucle arborait leur morale : Gott mit uns (Dieu avec nous). Bilan en 1945 de ces logique et morale funestes : 6 millions de morts.

D’un tableau noir, un autre tableau, affreusement noir. Il est aisé de comprendre que l’on puisse se méfier aujourd’hui de ces deux mots qui n’auraient jamais dû quitter la salle de classe !

Penser que les doctrines, l’instruction et le progrès peuvent seuls parfaire l’Homme est la grande illusion des Lumières… et des francs-maçons ! Parce que l’Homme est autant capable de haine et d’égoïsme, que de bonté et d’amour, il nous reste, pour éliminer (en tout cas réduire) notre part d’ombre, encore et toujours, à apprendre et mettre en pratique notre trilogie républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité.

Alors que des mouvements politico-religieux sont en train de prendre le relais du nazisme, alors que, contre toute attente, divers gouvernements étrangers songent au XXIème siècle à interdire la franc-maçonnerie, quelques grandes organisations maçonniques françaises, ont aussi leur logique et leur morale. Contre toute attente, elles s‘enferment sur elles-mêmes en prohibant la communication inter-obédientielle, lorsqu’elles devraient être précisément et totalement axées sur les dangers qui menacent les francs-maçons. Plus que jamais invités à être unis, toutes instances confondues et les coudes serrés !

En termes de règles morales, la jeune génération d’initiés (es) qui n’a pas connu le fascisme doit réagir et refuser net cette conduite fautive. Encore convient-il qu’elle soit informée du passé ! Aux Maîtres de loges, aux Surveillants de dispenser cette information si nécessaire, aussi importante que les rituels ! De toute urgence ! Ce n’est pas faire de la politique en loge que de s’intéresser et comprendre les mouvements du monde. Pour mieux y évoluer !

Les mots sont des caresses ou des balles. Nous venons de voir que, en termes de valeurs – profanes et maçonniques, il faut s’entendre – comme toujours – sur le sens de ces mots…à même de devenir des maux ! Les valeurs morales concernent avec le respect en premier lieu, le vrai, le bien et le beau, le souci de l’autre, donc, la générosité, la bonté. Mais elles peuvent constituer aussi le détestable, le mauvais, le mal, contre l’autre, bref, la méchanceté. Question de points de vue, d’intentions. Et d’actions !

Pourquoi élever des temples à la Vertu ?

Le mot vertu ne signifie pas seulement une qualité morale mais, aussi, le principe ou la cause des choses. Une vertu est une disposition arrêtée à agir d’une certaine manière.

Comme l’écrit Michel Serres « dans la chaleur du métabolisme – ou le jaillissement de l’élan vital -, au battement élémentaire du cœur… voilà d’où se lance le courage, oubli total et chaleureux de soi vers le monde, les autres, le prochain et les objets ». Une façon de reprendre la définition stoïcienne de la vertu de Cicéron : une disposition d’esprit en harmonie avec la raison et l’ordre du monde.

Tempérance, courage, sagesse et justice sont les vertus qui, pour Platon, unissent dans un ensemble accordé [musicalement] les trois parties de l’âme.

Chez les Romains, les Vertus formaient une classe particulière de divinités ; ce n’était que des hypostases de dieux plus anciens, c’est-à-dire un attribut divin qu’on avait détaché pour le personnaliser. Ainsi, Fides se rattachait à Jupiter, Concordia à Vénus, Pudicitia à Junon, …

« La vertu n’est qu’une bravoure héroïque, pour faire ce que l’on croit être vrai, malgré tous les ennemis de la chair ou de l’esprit, malgré toutes les tentations et toutes les menaces » (Albert Pike, Morales et Dogme du Rite Écossais Ancien et Accepté de la Franc-maçonnerie, 1871 [texte éminemment politique]).

L’enseignement de Zoroastre définit les Sept Amesha Spentas comme vertus essentielles, elles sont : Vohou rnano : bon esprit, bonne volonté, bon sens. Asha vahista : vérité, justice, pureté. Kshatra vaïrya : ordre, harmonie, règne divin. Spenta armaïti : humilité, douceur, docilité. Haourvatat : santé, vigueur, incolumité. Ameretat : longue vie, immortalité, vie éternelle. Sraosha : obéissance, observation de la Loi, piété.

Dante affirme qu’à cet âge [de compagnon] la tâche fondamentale qu’il faut accomplir consiste à rechercher sa propre perfection, et il considère à ce propos qu’il est nécessaire de développer cinq vertus : la tempérance, la force, la fraternité, la courtoisie et la loyauté. Tempérance et force pour être en mesure de gouverner ses appétits désordonnés ; fraternité en tant qu’il convient que celui qui se trouve au mezzogiorno de la vie regarde en arrière et en avant et aime ses aînés de qui il a reçu la doctrine, mais aussi ses cadets, auxquels il est tenu de donner ses exhortations bénéfiques ; courtoisie, qu’il convient de développer au maximum dans la période actuelle car, s’il en était autrement, son manque représenterait un obstacle insurmontable à l’obtention de la perfection qui caractérise justement le troisième âge [de maître] ;  loyauté, qui signifie suivre et mettre en œuvre ce que dictent les lois, car, s’il est vrai qu’à l’âge précédent [apprenti] les fautes sont l’objet d’une certaine indulgence, à l’âge suivant il ne s’agit désormais pas tant de suivre les règles que d’être juste. Ce sont là, pour Dante, les conditions nécessaires pour accéder effectivement à cette autre perfection : celle qui est attribuée à la maturité et par laquelle on devient capable d’illuminer les autres.

Les compagnons opératifs honorent les vertus en recevant, lors de leur initiation, un nouveau nom, une vertu suivie du nom de leur origine géographique

En 1686, dans son ouvrage Iconologie, ou Explication nouvelle de plusieurs images, emblèmes et autres figures hiéroglyphiques des vertus, des vices, des arts, des sciences, des causes naturelles, des humeurs différents et des passions humaines, César Ripa mêle petites et grandes vertus avec les savoirs dans ses 174 «sujets»  que l’on peut parcourir dès sa table des matières.

Benjamin Franklin a élaboré un système moral exigeant et rigoureux tout entier tourné vers son développement personnel articulé autour de 13 vertus : sobriété, silence, ordre, résolution, économie, application, sincérité, justice, modération, propreté, tranquillité, chasteté, humilité 

Dans son Discours prononcé à la réception des Free-Masons de 1737, le Chevalier de Ramsay développe  les « qualités requises » pour être franc-maçon. Il s’agit de la philanthropie, ou l’amour de l’humanité en général ; de la saine morale ; du secret et du goût des sciences utiles et des Arts Libéraux.

Les vertus du maître sont la pureté du cœur, la vérité de la parole, la prudence dans les actions, le calme dans l’adversité et un zèle constant dans l’accomplissement du bien, constituant une éthique pour la vie profane ;  à l’exemple de Socrate qui s’était dévoué à enseigner la vertu à ses concitoyens considérant que c’est par la réforme des individus qu’il voulait procurer le bonheur de la cité.

RER. Les vices sont à fuir et sont combattus par les sept vertus du franc-maçon : la foi, l’espérance, la charité, qui sont les principales, la justice, la tempérance et la prudence. «Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’un airain résonnant ou une cymbale qui retentit.»La force, septième vertu, n’est révélée qu’au grade suivant, elle ne peut être acquise que par la pratique exacte des six premières vertus. On en trouve l’expression dans l’ouvrage l’échelle des grades du régime écossais rectifié de 1782 complété par Willermoz en 1802.

Une vertu est-elle une qualité innée, ou une qualité nécessaire que l’on acquière par le travail ? Déjà Platon en faisait poser la question par Ménon à Socrate: « Me dirais-tu bien, Socrate, si la vertu peut s’enseigner, ou si elle ne le peut pas et ne s’acquiert que par la pratique ; ou enfin si elle ne dépend ni de la pratique ni de l’enseignement, et si elle se trouve dans les hommes naturellement, ou de quelque autre manière? ». Sa réponse : « la vertu vient par un don de Dieu à ceux qui la possèdent ». Réponse contraire de Comte Sponville pour qui la vertu se définit en tant qu’élément que l’on peut acquérir car elle s’expérimente à travers l’action.

On ne saurait écarter le rapprochement que l’on peut faire avec la notion de bonnes mœurs. Pierre-Joseph Proudhon a exploré des définitions du mot «mœurs» dans son ouvrage De la justice dans la révolution et dans l’église,... : « le mot « mœurs » vient du latin mos, génitif moris, lequel signifie coutume, usage, habitude, institution et aux pluriel mours. La racine de ce mot est la même que celle de modestia, qualité de l’âme qui consiste à garder en tout la mesure et les convenances, vir modestus est l’homme de bonnes manières d’un ton distingué, mesuré dans ses paroles et ses sentiments… »

Le droit français ne maintient plus l’interdiction de déroger aux bonnes mœurs, toutefois encore évoquée dans l’article 6 du code civil créé par la loi n° 1803-03-05 du 15 mars 1803 (On ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs) ainsi que dans le code de la propriété intellectuelle et dans le code de commerce. Cette notion apparaît en effet désuète au regard de l’évolution de la société ; la jurisprudence l’a progressivement abandonnée au profit de la notion d’ordre public dont elle n’a eu cesse de développer le contenu.

«De bonnes mœurs» est la traduction, ou plutôt l’adaptation française, de l’expression «of good report» présente dans les rituels anglo-saxons originels et contemporains. Elle ne signifiait pas à cette époque «de bonnes mœurs» mais «de bonne réputation», ce qui n’est pas la même chose. Dans les sociétés influencées par le protestantisme et le puritanisme, les deux notions sont très liées. Le Convent de Lausanne en  septembre 1875 (qui réunit les Suprêmes Conseils de onze pays) proclame : «depuis la préparation au premier grade jusqu’à l’obtention du grade le plus élevé de la Maçonnerie écossaise, la première condition sans laquelle rien n’est accordé à l’aspirant, c’est une réputation d’honneur et de probité incontestée».

Les Vertus cardinales

Les sages de la Grèce donnaient à quatre vertus le nom de cardinales pour en montrer l’importance de premier plan parmi toutes les autres, à savoir: la justice, la prudence, la tempérance et la force d’âme c’est-à-dire le courage moral, l’énergie personnelle (en anglais fortitude).

Ce groupe de quatre vertus, en tant que théorie morale qui essaie de rendre compte ce qui est d’une importance fondamentale d’une activité humaine, fut pensé par Socrate puis mis en évidence par Platon (correspondantes au contrôle de la partie rationnelle de l’âme sur les passions), suivi par Aristote et les philosophes stoïciens dont Cicéron. Cependant, pour Saint Thomas d’Aquin, les vertus théologales se rapportant à la fin, tandis que les vertus morales se rapportent aux moyens, les vertus morales ne doivent pas recevoir le nom de vertus principales ou cardinales, mais cette expression convient plutôt aux vertus théologales (Somme Théologique, question 61, p. 739.

Dans les œuvres littéraires et les œuvres d’art du Moyen Âge et de la Renaissance, les vertus cardinales sont généralement représentées sous les traits de femmes, avec des attributs symboliques, qui varient selon les artistes et les auteurs. Néanmoins certains attributs donnent lieu à de nombreux réemplois, par exemple : pour la prudence : miroir, corne d’abondance, serpent ; pour la tempérance : deux récipients avec l’eau passant de l’un à l’autre, balancier d’horloge ; pour la force : animal terrassé, massue ;  pour la justice : glaive, sceptre, balance.

François Demoulins de Rochefort, dans son Traité des vertus cardinales expose et illustre par de très belles gravures la prestance et l’excellence des vertus cardinales confrontées à leurs contraires.

Les vertus cardinales sont introduites à la fin du XVIIIe siècle en Franc-maçonnerie. Dans le cours du premier degré, on apprend qu’il y a quatre «points d’entrée parfaits», à savoir le guttural (gorge), le pectoral (sein), le manuel (mains) et le pédale (pieds). Il est en outre expliqué que ces quatre points sont illustrés par signes et ils sont représentatifs des quatre vertus cardinales : la tempérance, la force, la prudence et la justice.

La Tempérance découle de la Prudence. C’est la maîtrise de soi, de ses passions. La Tempérance implique modération, mesure et équilibre en toute chose. Les préceptes grecs de Sophrosyne (la déesse de la modération qui apporte la maîtrise de soi, la force et qui conduit à la sagesse) se trouvent dans le «et rien de trop» associé au «connais-toi toi-même» du Temple de Delphes. On ignore généralement que, sur le marbre de ce même fronton, s’offrait aux yeux du pèlerin l’inscription é Mèden agan, «et rien de trop» comme le rapporte Sénèque dans Consolation à Marcia. C’est ainsi qu’Aristote, en particulier pour ce qui concerne le contenu de la vertu éthique, le définit comme le juste milieu (mêsotès) entre deux extrêmes condamnables nommés ellipse et hyperbole. C’est une exigence morale qui s’accompagne de 147 commandements qui auraient été écrits par sept sages. «La vertu fait viser le milieu. Ainsi, quiconque se connaît fuit alors l’excès et le défaut. Il cherche au contraire le milieu et c’est lui qu’il prend pour objectif. Et ce milieu n’est pas celui de la chose, mais celui qui se détermine relativement à nous». C’est bien la tempérance maçonnique.

 La FORCE. Dans l’ancienne Égypte, les hiéroglyphes exprimaient les concepts de la force à travers plusieurs de ses aspects : force jaillissement de la force vitale (ouadj), servant également à désigner une colonne ou pilier du temple ; force équilibre et bonne santé (oudja), régulateur des feux servant à transmuter la matière dans le creuset alchimique ; force créatrice par la vision des choses (oudjat, l’œil du delta) ; force magique découlant de l’énergie lumineuse (heka), permettant de modifier le cours du destin ; force qui nourrit (ka), activant le potentiel de chaque chose.

Dans la Grèce antique, Ganos est la Force, addition de l’efficacité divine, de la clarté scintillante et de l’humanité vivifiante.

Gabriel, גַּבְרִיאֵל, dont le nom hébreu signifie la Force de Dieu, est un archange cité dans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran. Maître Eckhart, parlant de l’ange annonciateur du kérigme écrit : «Dans cette naissance [annoncée de jésus] Dieu se manifestait et se manifeste encore comme force.»

Dans la tradition chrétienne, l’archange Gabriel (ou Michel) terrassant le dragon est une incarnation de la force de la foi chrétienne triomphant des puissances néfastes ou des anciennes divinités de la Nature. Le lion de St Marc en est aussi un symbole.

En loge, la force est plus que l’addition de celle des francs-maçons présents ; c’est la fraternité nourrissant ceux qui participent aux travaux. Le franc-maçon se doit d’être, comme le dit Rainer Maria Rilke dans ses Sonnets à Orphée, «dans cette nuit de démesure la force magique au carrefour des hommes et le sens de leur rencontre singulière.» La force n’a de valeur que si elle est sûre d’elle afin de s’exprimer d’une façon tranquille. Vient alors le temps de la douceur, qui n’est autre que la force tranquille qui convainc et s’assure une victoire définitive si elle est exercée dans le respect de l’autre.

L’association entre les piliers, le mot force et le diplôme d’apprenti remonte au XVIIe s. The Edinburgh Register House (1696), le premier catéchisme maçonnique connu, laisse entendre que les noms de Boaz et Jachin étaient liés aux rituels des apprentis et des camarades, tandis qu’un premier exposé, The Grand Mystery of Free-Masons Discover’d (1724) expliquait que « Jakin et Boaz » représentent «Une force et une stabilité de l’Église à tous les âges». Un autre exposé, The Whole Institutions of Masonry (1724), a fait remarquer: «L’explication de nos secrets est comme suit : Jakin signifie Force et Boaz Beauté. Lorsque les rituels maçonniques ont été traduits en français, le mot « strength » a été rendu par force, comme on le voit dans le premier manuscrit rituel maçonnique français connu, le Rituel Laquet (vers 1745). Il déclare que la signification du mot Jakin est «La force est en Dieu »(La force est dans Dieu). En l’espace d’une vingtaine d’années, les deux mots significatifs ont été inversés, mais les significations ne l’ont pas été. Ainsi, dans les Rituels du Marquis de Gages (1763), nous trouvons: «Frère Senior [Warden]*, que signifie Boaz?» La réponse est «Très Vénérable, ma force est en Dieu» (Albert Pike : On Freemasonry & Force.

La PRUDENCE est la connaissance de ce qui est bon, de ce qui est mauvais et de ce qui n’est ni bon ni mauvais. Être prudent, c’est aussi prendre le temps, c’est laisser la raison faire son œuvre. Pour Platon, c’est la vertu première. Pour Cicéron, ses parties sont la mémoire, l’intelligence, la prévoyance (memoria, intelligentia, providentia). La mémoire est la faculté par laquelle l’esprit rappelle ce qui s’est passé. L’intelligence est la faculté par laquelle il garantit ce qui est. La prévoyance est la faculté par laquelle on voit que quelque chose va arriver avant que cela n’arrive.

Dans la Tradition, la Prudence est représentée par un miroir entouré d’un serpent. Inspiré par le texte des Évangiles Mathieu 10-16, Philibert De l’Orme (architecte lyonnais de la Renaissance) écrivait: «un compas entortillé d’un serpent [que l’on voit sur le frontispice de ses Livres d’architecture, 1585] signifie que l’architecte doit mesurer et compasser toutes ses affaires et tous ses œuvres et ouvrages avec prudence [le serpent est un emblème chrétien classique], et mûre délibération» et de rajouter «soyez prudents ainsi que les serpents et les simples comme les colombes».

La JUSTICE. Sous le nom de tsédaka, l’idée de charité devient œuvre de justice. Tsédek : la justice ; Tsédaka : la charité. La tsédaka équivaut à tous les commandements de la Thora ; à elle seule, elle les contient tous.  Elle consiste à être touché devant n’importe quelle douleur éprouvée par quelqu’un ; à lui offrir quelque chose de son avoir, et quelque chose de soi, à être aux côtés de celui qui a besoin d’un appui, d’une manière inconditionnelle, non en vertu d’une loi, de principes ou d’un avantage que l’on pourrait retirer de cette bonté. Les sages enseignent que sauver un homme équivaut à sauver l’humanité entière.

La Justice Maçonnique ne se substitue jamais à la Justice  profane. Elle ne prend en compte que les conflits entre maçons, entre un maçon et sa loge ou son Obédience, entre deux loges, deux obédiences. Elle s’appuie sur les Règlements Généraux et les Règlements Intérieurs des Loges. Elle a surtout un rôle de conciliation.

Au RER, les paliers de l’escalier à 3, 5, 7 marches sont la représentation des dons spirituels, seuls les trois premiers sont connus du maître. Le premier désigne le don d’intelligence que l’apprenti peut obtenir en observant la justice. Le second palier figure le don de sagesse, fruit de la tempérance recommandée au compagnon. Le troisième palier désigne le don de discernement, que la prudence seule procure au maître.

Écouter Comte Sponville parler de sa spiritualité à partir des vertus.

L’humilité n’est pas retenue parmi ces vertus.

Les vertus théologales

À ces vertus, le Christianisme ajoute la foi, l’espérance et la charité (dans le langage des théologiens, la charité désigne à la fois l’amour de Dieu pour lui-même et du prochain comme créature de Dieu) qualifiées de vertus théologales. Elles sont exprimées dans le chapitre 2, versets 8 à 10 du livre Sagesse de Jésus fils de Sirach (appelé aussi Siracide ou Ecclésiastique, livre apocryphe) : 8-. Vous qui craignez le Seigneur, croyez en lui, et vous ne perdrez point votre récompense. 9- Vous qui craignez le Seigneur, espérez en lui, et la miséricorde qu’il vous fera vous comblera de joie. 10- Vous qui craignez le Seigneur, aimez-le, et vos cœurs seront remplis de lumière.

Les symboles utilisés pour les représenter ont varié au fil du temps. Avant la suppression des références chrétiennes du rituel, elles étaient souvent illustrées par une croix, une ancre et un calice. Il est maintenant plus courant de les représenter par trois femmes ou anges.

La FOI est souvent représentée avec une croix ou un livre ; l’Espérance tient fréquemment une ancre ; la Charité est généralement figurée sous l’aspect d’une femme les bras ouverts ou avec des enfants.

La foi n’a pas toujours été l’acceptation aveugle de formules dogmatiques imposées à la raison. La foi, fides, c’est la confiance dans quelque chose qu’on ne voit pas, ou qui n’est pas démontrée, et que l’on tient quand même pour certain. Cette certitude d’une réalité ou d’une vérité, prise psychologiquement, ne se limite donc pas au Credo ou au catéchisme : c’est une démarche de la conscience qui, dans bien des cas, s’impose à tous les hommes, croyants ou libres penseurs, sous peine de tomber dans le scepticisme et dans l’inaction.

L’ESPÉRANCE, dans la mythologie grecque, est  une divinité, sœur de Sommeil, qui suspend les peines de la mort qui les finit. Mais cette parenté, plutôt pessimiste, n’enlevait pas à la déesse son heureuse influence pour la consolation des humains et l’entretien de leur force d’âme ! On la représentait sous les traits d’une jeune nymphe au visage serein et souriant, couronnée de fleurs naissantes et tenant un bouquet à la main. Pandore, par curiosité coupable, ouvre la boîte d’où la vieillesse, la maladie, la guerre, la famine, la misère, la folie, le vice, la tromperie, la passion sortent pour se répandre sur le monde, seule l’espérance, plus lente à réagir, y resta enfermée!  C’est une damnation de n’avoir plus d’espérance : «Toi qui entre ici, laisse toute espérance», signale Dante sur le frontispice de la Porte des Enfers. Cette disposition de la conscience, qui la fait compter sur la réalisation de ce qu’elle souhaite, est d’une telle puissance morale que la sagesse des nations a pu dire que l’espoir fait vivre ! La projection vers un futur meilleur, l’espoir, est une procrastination, masquant la nécessité d’œuvrer dans le présent.

Foi, Violence et Espérance

La CHARITÉ, c’est amour du genre humain, levain sublime, qui rend la loi souriante et génératrice de dévouements consentis pour le bien de tous ! Pour St Paul (1ère lettre aux Corinthiens, chapitre 13, versets 1 à 6) : «J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.»

En arabe, la charité obligatoire du musulman croyant est connue sous le nom de zakat, qui signifie littéralement «purification», car elle purifie le cœur d’une personne de toute avarice. La loi islamique stipule que les principaux bénéficiaires de la zakat sont les pauvres, les orphelins, les veuves, ceux qui sont endettés. Elle stipule également qu’elle peut servir à libérer des esclaves ou à aider des gens faisant partie d’autres catégories, telles que mentionnées dans le Coran. Établie il y a quatorze siècles, elle est une forme de sécurité sociale dans les sociétés musulmanes.

La représentation symbolique des 4 vertus cardinales et des 3 vertus théologales serait le carré surmonté d’un triangle ; un tablier de franc-maçon ?

«Ces vertus devraient être votre pratique constante, car on vous apprend ainsi à éviter les excès et à contracter toute habitude licencieuse ou vicieuse, dont l’indulgence pourrait vous amener à dévoiler les secrets que vous avez promis de dissimuler et de ne jamais révéler, dont la trahison vous soumettrait au mépris et à la détestation de tous les bons maçons, sinon à la peine de votre obligation.»

Cependant gardons-nous de nous considérer comme plus vertueux qu’un autre : «Quel homme, s’il sacrifie l’orgueil de se dire plus vertueux que les autres à l’orgueil d’être plus vrai, et s’il sonde avec une attention scrupuleuse tous les replis de son âme, ne s’apercevra pas que c’est uniquement à la manière différente dont l’intérêt personnel se modifie que l’on doit ses vices et ses vertus?» (Helvétius, De l’Esprit, II)

Illustration, frontispice du Traité des vertus cardinales de François Demoulin de Rochefort (1894)

Généalogie et Franc-maçonnerie

1

Des pistes pour retrouver un ancêtre Franc-maçon

La période de confinement COVID a vu une recrudescence des recherches généalogiques sur les moteurs de recherches dédiés.

Se posent les questions de comment retrouver des ancêtres francs-maçons ?

Plusieurs cas se présentent :

1/ On connait l’appartenance de l’ancêtre à la franc-maçonnerie, (l’obédience, la loge) : rien de plus simple, vous vous adressez directement à celle-ci pour avoir confirmation (pensez à joindre des justificatifs de parenté et argumenter votre recherche).

2/ On suppose, ou l’ instinct fait penser que l’ancêtre a été franc-maçon, mais aucun élément ne le confirme. Dans ce cas les recherches sont beaucoup plus complexes.

Voici des réponses apportées par le forum du site : https://www.geneanet.org :

« Vous pouvez demander la consultation des archives maçonniques à la Bibliothèque Nationale de France »

« L’historien Bossu a recueilli les noms des membres des loges maçonniques à partir de la presse maçonnique et des livres d’histoire. Il n’a pas eu accès aux archives des loges. Ce fichier est entré par legs en 1987. Il est composé de 130 000 fiches biographiques rédigées par l’historien, c’est un fichier nominatif des maçons français réputé exhaustif, en l’état des sources existantes, jusqu’en 1850. » 

«  Il est possible de consulter les listes de divulgations publiées par le pamphlétaire Léo Taxil (bien qu’antimaçon, sa « France maçonnique » est considérée comme fiable pour trouver des francs-maçons du XIXè siècle) »

« Le programme des réunions maçonniques n’avait rien de secret de 1880 à 1920. On pouvait le lire dans les quotidiens dont La Lanterne »

J’ai posé la question sur ce sujet à 4 grandes obédiences via le formulaire contact de leur site (GODF, GLFF, GLDF, DH) voici leurs réponses :

Réponse du GODF (bibliothèque – archives) :

« Toute personne ayant un sujet de recherche en lien avec la franc-maçonnerie peut accéder à la bibliothèque. L’accès est libre et sans inscription préalable. Nous conservons des ressources qui nous permettent d’orienter les demandes généalogiques. Si vous me communiquez le nom, prénom et la date de naissance de votre ancêtre, je pourrai mieux vous orienter pour votre recherche. Cordialement »

Sur la page d’accueil du site de la bibliothèque du Grand Orient de France, vous trouverez un lien vers les derniers archivages à la BNF, ainsi que vers le fichier BOSSU (dans les liens utiles, en bas à gauche) vous permettant de faire vos recherches par nom ou date.

Réponse de la GLDF :

Pour le moment, je n’ai pas reçu de réponse au message de la fiche contact.

Sur le site (en bas de page, rubrique culture et patrimoine) vous trouverez les informations suivantes :

Le fonds d’archives de la GLDF, c’est plus de 800 mètres linéaires de documents et archives administratives du XIX au XXème siècle accessibles à tous les frères de la Grande Loge de France, des autres obédiences maçonniques, ainsi qu’aux historiens, universitaires ou simples profanes sur demande justifiée. Ces documents sont consultables sur place à la bibliothèque de la Grande Loge de France. Il n’est pas fait mention de l’accessibilité aux sœurs, il faut tout de même supposer que cela soit possible.

Le fichier Vichy : Parmi les nombreux registres et documents administratifs saisis par les Allemands et restitués plus récemment par le gouvernement Russe, se trouve le « fichier Vichy » qui regroupe tous les biens des différentes obédiences françaises et de leurs loges. Il est consultable sur place.

Réponse de la GLFF :

« S’agissant de la Grande Loge féminine de France, elle a une « Commission d’Histoire et de Recherche » qui pourrait, le cas échéant, vous orienter dans vos recherches. Ces archives n’étant pas du domaine public, les règles de communication sont propres à chaque propriétaire (donc à chaque obédience) » Il n’y a pas d’autres informations mentionnées sur le mail de réponse.

Réponse du DH :

« Je viens de prendre connaissance de votre message et de vos questions relatives à vos recherches généalogiques. Disposez-vous d’indices qui vous ont guidé en vous adressant à l’Ordre maçonnique du Droit humain ? Si tel est le cas, nous pouvons vous répondre à condition de disposer de quelques éléments d’identité de la personne (nom, prénom, dates de naissance et de décès, lieu de résidence). Au Droit Humain, et avant la Seconde Guerre mondiale, les archives des loges sont conservées aux Archives nationales auprès desquelles une demande d’autorisation de consultation est à adresser. A partir des années 50, nous pouvons vous répondre directement sur la base des renseignements fournis, car nous n’avons pas de centre de documentation pour recevoir le public en recherche d’informations. Par conséquent, je suis votre interlocutrice dans vos démarches et ferai tout ce qu’il est en mon pouvoir de faire pour vous satisfaire votre demande, dès que vous m’aurez transmis des indices (passeport, textes, décors, insignes maçonniques, etc.). Dans tous les cas, je peux vous orienter dans vos démarches de recherches, si vous le souhaitez. »

On peut également retrouver des informations sur ce sujet dans le livre : « Retrouver un ancêtre Franc-maçon » d’Irène Mainguy.

La généalogie amateur est passionnante et chronophage, alors soyez patients…

Bon courage à toutes et à tous pour vos investigations.

Les liens utiles :

Fichier BOSSU : http://blog.bnf.fr/gallica/index.php/2015/06/02/b-comme-bossu-fichier/

Leo TAXIL (pamphlétaire) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k82834m.r=france%20ma%C3%A7onnique%20taxil http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75042j.r=france%20ma%C3%A7onnique%20taxil

La Lanterne (quotidien) http://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&startRecord=0&maximumRecords=15&page=1&collapsing=disabled&query=arkPress%20all%20%22cb328051026_date%22%20and%20%28gallica%20all%20%22bulletin%20maconnique%22%29″

GODF : bibliotheque.godf@aidel.com http://bibliotheque-archives.godf.org/ estelle.prouhet@godf.org

GLDF : www.gldf.org

GLFF : www.glff.org

DH : www.droithumain-france.org

De quelle tradition sommes-nous les héritiers ? D’aucune !!!

Voici la question qu’une loge m’a demandé de traiter. Dès le début j’ai pu prendre mon souffle : il n’y avait pas de « T » majuscule à la Guénon. Ce « T » qui fait pâlir d’aise tant de Francs-maçons et qui prétendent, l’air grave, que leur rite, quel qu’il soit, s’inspire de cette fa-fu-meuse tradition. Et qui, de la meilleure foi du monde, vissent cette croyance, à mes yeux trompeuse et confortable, au fond de leur âme.

C’est James, en 1723, avec Jean Théophile, qui consacre plusieurs pages d’une fantaisie incroyable à l’histoire de la Maçonnerie. Et c’est parti. Ramsay, en 1735, nous affuble de la légende de notre descendance chevaleresque des croisés. Depuis cette époque, les historiens de l’Ordre font des recherches sourcilleuses, parfois délirantes, parfois très pro, comme on le voit aujourd’hui, en France, entre autres. C’est vrai, nous avons de brillants Frères et Sœurs historiens qui forcent le respect. Mais c’est là où je m’interroge : pourquoi cette recherche des origines de la grandiose Tradition ?

            Par métier, je m’appuie sur les sciences humaines pour trouver une explication à cette fascination pour notre histoire. Je connais la réponse banale « il faut bien savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes ! » ; eh bien, non ! L’histoire des mouvements initiatiques est un prétexte pour asseoir notre conviction que nous descendons de très anciens qui nous ont transmis ce Graal. Attention, avant d’aller plus loin, je dis clairement que je traite de l’histoire supposée de la Maçonnerie. Je ne remets nullement en cause l’intérêt de l’histoire des peuples ; de celle des êtres vivants, de la Terre…
            L’Homme est hanté, tu le sais bien, par, au moins, trois grandes questions universelles : « D’où je viens ? Qui suis-je ? Où vais-je ? » Parce qu’il est un animal faible et conscient qui a peur de lui, des autres, de la nature. Des réponses quelles qu’elles soient, rassurent et calment le hurlement des inconscients personnel et collectif. Depuis sans doute 300 000 mille ans. « Nous ne sommes pas d’aujourd’hui ni d’hier ; nous sommes d’un âge immense » affirme C.G. Jung.

            Faute de moyens scientifiques, l’humanimal (beau néologisme de Daniel Béresniak) utilise les boules de cristal, différentes selon les époques. Mais le montage est le même. L’Homme se raconte, pour se rassurer : « Ce que je suis et fais remonte à la nuit des temps et je n’en suis que l’héritier ; tous mes ancêtres me donnent raison (et de ce fait, je suis apaisé car dédouané. » Alors fourmillent les planches, les livres, les conférences sur les origines de notre tradition (je n’emploierai plus le « T » majuscule). Et on n’en finit pas ! Bien avant William Shaw où les origines écossaises de James. On remonte le fil du temps jusqu’à plus soif. On déniche des archéo-maçons chez les opératifs, (là oui, en partie, mais je vais y arriver) les Romains, les Égyptiens bien sûr qui nous fascinent. Mais James va encore plus loin que tout ce que l’on pourrait imaginer : la Franc-maçonnerie naît avec… Adam ! Eh bien, là, stupeur ! je crois qu’il a tout deviné, le vieil Anderson. Avec un fond d’anthropologie qui restera discret., voici pourquoi.

            Disciple modeste d’une grande lignée d’ethnologue, je me suis mis à comparer 27 rites de passage. Attention, pas d’autres types de rites comme les rites propitiatoires, les rites d’union… En outre je laisse les religions, surtout monothéistes, de côté. Bien entendu dans ces 27 rites j’inclus le rite maçonnique qui est un rite de passage. Quels que soient les détails vestimentaires qui distingueraient les rites maçonniques entre eux.

Alors j’ai dépouillé les métaux, comme nous disons, c’est-à-dire tous les vêtements culturels. Chaque époque habille en effet les éléments rituels naturels (les archétypes de Jung ou, assez proches, les matrices dit Lévi-Strauss) en fonction de la culture de son époque. C’est une nécessité absolu car sans ces habillages, le fond inconscient collectif de l’Homo sapiens ne peut se dire. Alors que le besoin s’en fait sentir, pour chasser les peurs de la nature et du destin qui peuplent notre inconscient collectif, reformulés par l’inconscient personnel. On parle alors de sacré, de mystère, d’indicible…

            Après ce déshabillage des parures culturelles, il est resté, sur mon écran, 46 archétypes, mythèmes ou matrices que l’on retrouve, en quantités diverses, dans tous les lieux, à toutes les époques. Des exemples : la séparation, les épreuves, la solitude, les voyages, le silence absolu, le serment, la naissance, la mort, les éléments, la lumière… et, pour finir tout rite de passage, l’agrégation au groupe…

J’ai retenu, sur table de fréquence 12 éléments qui permettraient de fixer les matrices, universelles les plus répandues. J’ai laissé les autres de côté. Mais ils sont toujours là et peut-être que l’avenir de la Maçonnerie s’en enrichira.

            Puis évidemment j’ai comparé la Voie maçonnique aux 11 autres rites de passage passés à travers le filtre. Conclusion : notre Voie maçonnique est le plus timide et la plus complète. La plus timide : nous n’arrachons pas de dents, nous ne mettons pas à nu le candidat, nous ne l’enfermons pas dans une fosse…mais la plus complète aussi. La loge bleue additionne les 12 éléments de base. Selon mon analyse, le seul rite de passage à le faire. Voilà pourquoi, notre Voie est un produit génial de l’inconscient collectif naturel de l’humanimal. Mais rappelle-toi bien : après le dépouillement des vêtements culturels, ces différences entre les rites qui nous font tant jaser et qui ne sont que boutons de culotte ! Voici des exemples de vêtements culturels qui sont dépassés : il y en a de rituels comme le pavé mosaïque qui fait tant de mal en instituant le dualisme au lieu de la dualité, les cartouches du Compagnon qui n’ont rien de symbolique ; le serment qui se prête sur un autel et un livre qui en outre est connoté : livre dit saint, règlement de l’obédience… D’autres vieilleries sont de l’ordre éthique : notre représentation de l’homme qui fait fi de tout ce que l’on a découvert depuis 130 ans environ. Elle date des Lumières avec la croyance en la puissance de la raison ; du siècle suivant avec la valeur travail…

            J’ai continué ma réflexion, en me centrant sur notre Voie et en me demandant quels sont les éléments si forts dans notre rite de passage maçonnique. Voici mes convictions car je quitte la méthode analytique : J’en ai trouvé trois mais toi, tu en sentiras peut-être d’autres. : d’abord une grande matrice pour signifier un ordonnateur et de construction collective ; chez nous, c’est la construction du temple de Salomon, qui est, c’est vrai, d’ordre culturel et non naturel mais sans lequel notre Maçonnerie serait autre chose. Mais ce pourrait être, dans une sensibilité naturelle plus féminine, le mythe du brocart tissé de fils d’or par Arachnéa, si prisé dans l’antiquité grecque. Puis un puissant sentiment de fraternité vécue. Et là, nous sommes très forts, avec une fraternité qui est vêtue différemment selon les époques mais qui est, à mon sens, le pilier sur lequel pourrait bien s’appuyer notre Voie dans les décennies qui approchent. Enfin la récapitulation du début de la vie, du fœtus à l’âge dit, pas par hasard, de raison : 7ans. Et là, nouveau coup de génie de nos ancêtres : n’égrenons-nous pas, après le cabinet et selon les degrés, les âges de 3, 5 et 7 ans ? Ils correspondent aux données scientifiques. Quelle intuition admirable ! J’en reste bouche bée. ? Antoine de Saint-Exupéry dit : « Tous les adultes ont été des enfants mais peu s’en souviennent. » Les Maçons, si même s’ils ne s’en rendent pas toujours compte, le vivent ; c’est l’essentiel. Nous sommes des bagagistes et des costumiers. Et nous avons à changer de vêtements quand l’époque le réclame.
            Et qui, le premier, dans notre Voie, a chanté « le centre de l’union », ferment de cette fraternité, notre force qui, je crois, franchira les décennies. C’est James Anderson en 1723. La tradition, il n’y a que ça !!!

Propos insolents de Jacques Fontaine

Un nouveau droit à conquérir en France : Le droit de choisir sa mort !

En France, un débat qui n’en finit pas et des responsables politiques qui ne veulent pas s’engager :

Malgré que les différents sondages d’opinion donnent d’écrasantes valeurs aux partisans de l’euthanasie, malgré que les deux derniers présidents de la République semblaient plutôt favorables à une loi instituant le droit de mourir dans la dignité, malgré qu’une majorité de députés de toutes opinions se soit prononcée lors de la dernière mandature en faveur d’une nouvelle loi, rien n’avance et nous sommes toujours dans un stand by avec une loi hypocrite qui laisse les personnes incurables et souffrantes mourir dans la douleur ! Toutes celles et tous ceux qui ont assisté à l’agonie de sœurs et de frères en fin de vie ( et c’est mon cas) ont pu se rendre compte de l’incapacité des médecins à contrevenir à la loi actuelle sous peine d’un risque juridique et de l’impuissance des familles qui n’ont pas pu respecter les dernières volontés de leurs proches !

Tout cela parce que les religions majoritaires (catholicisme, judaïsme et islam) s’opposent à cette réforme de la loi !  

Les tenants et aboutissants d’un débat

  • L’interdit religieux de se donner la mort
  • La souffrance : Souffrir pour quoi ?
  • La déchéance : est-elle taboue ?
  • Le choix du suicide
  • L’incapacité à réaliser sa volonté
  • La nécessité de l’assistance d’un tiers

D’un point de vue juridique, aujourd’hui le droit de mourir n’est reconnu, par défaut, qu’aux sujets valides qui peuvent d’eux-mêmes mettre fin à leur propre vie !

Dès qu’une aide est nécessaire parce que le sujet est dans l’impossibilité de procéder de lui-même à son euthanasie, la loi condamne l’intervention.

« Le 25 juin 1999, le Conseil de l’Europe dans sa Recommandation n° 1418 Protection des droits de l’homme et de la dignité des malades incurables et des mourants prend position très clairement :«(C) Interdiction absolue de mettre intentionnellement fin à la vie ». Un médecin – ou toute autre personne – ne peut, en aucun cas, répondre à la demande d’un patient qui demanderait qu’on l’aide à se tuer (suicide assisté) ou qui demanderait qu’on le tue (euthanasie). »

Si « le 25 juin 1990 la Cour Suprême nord-américaine a reconnu le droit à l’autodétermination en matière médicale – Patient Self-Determination Act, promulgué en décembre 1991 – qui autorise les directives prévisionnelles et la représentation par un mandataire choisi, contre tout acharnement thérapeutique. » … « la Cour Suprême des U.S.A., par deux décisions du 26 juillet 1997 (Vacco v. Quill et Washington v. Glücksberg), à l’unanimité des neuf juges, a refusé de reconnaître un droit constitutionnel à l’aide au suicide par un médecin » ( sources : Le droit de mourir par Suzanne Rameix dans Gérontologie et société 2004)

Recommandation 779 (1976) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qui rappelle que « le médecin doit s’efforcer d’apaiser les souffrances et qu’il n’a pas le droit, même dans les cas qui lui semblent désespérés, de hâter intentionnellement le processus naturel de la mort »

En France la loi Claeys-Leonetti, adoptée en 2016, n’autorise pas non plus le suicide assisté ; seule la sédation profonde est autorisée en cas de mort imminente :

« Art. L. 1110-5-2.-A la demande du patient d’éviter toute souffrance et de ne pas subir d’obstination déraisonnable, une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu’au décès, associée à une analgésie et à l’arrêt de l’ensemble des traitements de maintien en vie, est mise en œuvre dans les cas suivants :

« 1° Lorsque le patient atteint d’une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court terme présente une souffrance réfractaire aux traitements ;

« 2° Lorsque la décision du patient atteint d’une affection grave et incurable d’arrêter un traitement engage son pronostic vital à court terme et est susceptible d’entraîner une souffrance insupportable.

« Lorsque le patient ne peut pas exprimer sa volonté et, au titre du refus de l’obstination déraisonnable mentionnée à l’article L. 1110-5-1, dans le cas où le médecin arrête un traitement de maintien en vie, celui-ci applique une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu’au décès, associée à une analgésie.

« La sédation profonde et continue associée à une analgésie prévue au présent article est mise en œuvre selon la procédure collégiale définie par voie réglementaire qui permet à l’équipe soignante de vérifier préalablement que les conditions d’application prévues aux alinéas précédents sont remplies.

« A la demande du patient, la sédation profonde et continue peut être mise en œuvre à son domicile, dans un établissement de santé ou un établissement mentionné au 6° du I de l’article L. 312-1 du code de l’action sociale et des familles.

« L’ensemble de la procédure suivie est inscrite au dossier médical du patient. »

De fait, aujourd’hui en France, il y a une différence des droits selon que vous puissiez disposer de votre autonomie ou non !

Reconnaître à chaque individu, bien portant ou non, le droit de décider de mettre fin à ses jours et l’accompagner dans son désir, en cas de perte d’autonomie, ne mériterait il pas d’être pris en considération et bénéficier d’une approche législative ?

Mais pourquoi réclamer le droit de mourir ?

Plusieurs situations peuvent expliquer cette envie de mourir :

  • Les symptômes d’une maladie incurable entraînant une déchéance et ou des douleurs intolérables,
  • Un état dépressif chronique,
  • La perte d’autonomie,
  • L’incapacité à profiter des activités de la vie,
  • La survenue d’une perte de conscience et d’un état végétatif,
  • La crainte de souffrances futures.

Les différentes manières de provoquer la mort désirée

  • Par soi-même (suicide):
    • Pendaison
    • Blessure mortelle par une arme
    • Défenestration
    • Intoxication mortelle par une substance toxique
  • Avec une assistance (suicide assisté) : généralement l’aide est apportée par un membre du corps médical : délivrance soit par os soit par voie parentérale (perfusion, injection)
  • Par une tierce personne (euthanasie) (définition de l’euthanasie : « L’acte d’un tiers qui met délibérément fin à la vie d’une personne dans l’intention de mettre un terme à une situation jugée insupportable ». Comité Consultatif National d’éthique, CCNE, Avis n°63 Janvier 2000).
  • Euthanasie passive : ( source : La fin de vie en France – Bull. Acad. Natle Méd., 2013, 197, nos 4-5, 925-934, séance du 21 mai 2013)
    • L’administration d’analgésiques à doses élevées et croissantes qui peuvent accélérer le décès ;
    • La limitation ou l’abstention des traitements actifs ou de réanimation ;
    • L’arrêt des dispositifs de survie artificielle : par exemple le débranchement d’un respirateur ;

La France, pays des libertés, est en retard par rapport à d’autres pays d’Europe sur la question du droit de mourir comme on l’entend !

La Suisse depuis 1995 (dans les faits plus que dans les textes), les Pays-Bas depuis 2001, la Belgique depuis 2002, le Luxembourg depuis 2009, ont accordé cette liberté à leurs concitoyens ; la Belgique depuis 2014 a étendu ce droit aux mineurs en phase terminale.

L’affaire Vincent Lambert a montré à quel point la situation du droit de disposer de son corps est devenue, d’un point de vue juridique, absurde ! Les avocats s’en donnent « à cœur joie » de déclencher des procédures abracadabrantesques.

Pour des raisons probablement « politiciennes » le président Macron ne s’engage pas vraiment et le risque est grand qu’une réforme de loi passe aux oubliettes comme lors de la dernière mandature.

La seule voie qui semble possible est la voie référendaire !  Il s’agit du Referendum d’Initiative Partagée qui peut être déclenché par une proposition signée par un cinquième au moins des membres du parlement (députés et sénateurs) ; si un dixième des électeurs inscrits soutiennent cette proposition, elle sera soumise au peuple pour validation ou non par voie référendaire.

Aujourd’hui, bien que ce sujet ne soit pas facile à aborder tant il rappelle des souffrances que l’on voudrait oublier, il semble que l’opinion publique soit prête à clarifier la législation.

L’euthanasie implique le droit pour les professionnels de santé de provoquer la mort dans certaines situations précises. Naturellement, cela est en opposition avec le serment du conseil de l’ordre des médecins qui stipule en particulier « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. »

Il y a deux situations particulières qui peuvent justifier le recours à l’euthanasie :

  • A tous les âges, une maladie inguérissable provoquant des souffrances physiques et mentales incontrôlables ;
  • A un âge avancé, un état de dépendance provoquant des souffrances physiques et mentales incontrôlables.

Dans ces deux situations, l’objectif est de reconnaître au sujet, la liberté de décider, soit directement soit par délégation, de mettre, ou non, fin à son existence dans des conditions de sécurité.

Les obédiences désireuses de s’impliquer pour augmenter le champ des libertés pourraient favoriser la mise en œuvre du processus, informer l’opinion publique et mobiliser les soutiens.

Documents :

FACE A UNE DEMANDE D’EUTHANASIE – Rapport du Groupe de Travail sur l’Euthanasie Pôle Ethique et Recherche Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs Octobre 2004 :

Parlons fin de vie :  site géré par Le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, créé le 5 janvier 2016 auprès du ministre chargé de la santé ; il participe à identifier, analyser la multiplicité des situations de fin de vie et à réfléchir à la manière de faire évoluer les pratiques d’accompagnement de la fin de vie. Le décret n° 2022-87 du 28 janvier 2022, publié au journal officiel du 30 janvier 2022 proroge le CNSPFV pour une durée de 5 ans et élargit ainsi ses missions.

LOI n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie  –  https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000031970253/

Trois associations engagées pour le droit de choisir sa mort

Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD : Président : Jonathan Denis ) créée en 1980

Association Ultime Liberté :   Association pour la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie volontaire. – Maîtriser sa vie jusqu’à la fin – créée en 2009 (La co-présidente, Josyane ABTROUN – le co-président Patrice BERNARDO)

Association Le Choix-Citoyens pour une mort choisie – créée en 2018 – Les coprésidents : Dr Denis Labayle et Nathalie Andrews.

Glossaire des soins palliatifs :  (sources : https://www.unasp.org/glossaire-soins-palliatifs/)

  • Acharnement thérapeutique
  • Aidant
  • Aide à mourir
  • Arrêt de l’hydratation
  • Arrêt de la nutrition
  • Assistance au suicide
  • Dépendance
  • Dignité
  • Directives anticipées
  • Donner la mort
  • Double effet
  • Douleur réfractaire
  • Douleur réfractaire
  • Equipe à domicile
  • Equipes Mobiles de Soins Palliatifs (EMSP)
  • Eugénisme
  • Exception d’euthanasie
  • Euthanasie
  • Faire mourir
  • Hospitalisation à domicile
  • Laisser mourir
  • Liberté
  • Mesures d’hygiène diététique
  • Nutrition artificielle
  • Obstination déraisonnable
  • Palliativisme
  • Période critique
  • Personne de confiance
  • Personne hors d’état d’exprimer sa volonté
  • Proche
  • Réseaux de soins palliatifs
  • Sédation
  • Sédation palliative
  • Sédation profonde et continue
  • Sédation « en phase terminale »
  • Sédation « terminale »
  • Soins curatifs
  • Soins de bouche
  • Soins de confort
  • Soins de support
  • Soins palliatifs
  • Thérapeutique palliative
  • Unités de soins palliatifs (USP)

La position des obédiences maçonniques

Le Droit Humain : La fin de vie en questions – 1/09/2014

« Nous proposons à la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain de :

  • Poursuivre la diffusion et la mise en œuvre de la loi Léonetti ;
  • Participer à une réappropriation sociétale de la mort par la société civile ;
  • Prendre en compte les cas exceptionnels : ceux de patients en fin de vie que l’on ne parvient pas à soulager, comme ceux de patients atteints d’un mal incurable qui présentent une demande, fruit d’une décision partagée et réfléchie. Au total, maintenir l’interdit mais reconnaître une exception d’euthanasie.
  • S’assurer :
  • qu’en matière de fin de vie, la loi française garantisse l’accès de chacun à un choix aussi libre que possible ;
  • que le système de soin – par son organisation et sa dotation financière – offre à tous une prise en charge palliative, afin que les soignants et plus généralement tous ceux qui accompagnent la personne en fin de vie puissent participer au lien fraternel, affectif et social qui la lie à la société, respectant en cela sa pleine dignité humaine.
  • Soutenir une interrogation de tous (ainsi que dans nos Loges) – car ce questionnement éthique mérite d’être citoyen tout autant que médical – non seulement sur la fin de vie mais aussi sur les problématiques émergentes telles l’attitude vis-à-vis des patients « classe III de Maastricht »12, la fin de vie et le don d’organes, ou encore les progrès de l’épigénétique (modulation de l’expression des gènes par le comportement et notamment la nutrition) et le génie tissulaire, en écho à l’amortalité et à certains courants idéologiques comme le transhumanisme… »

Débat sur la fin de vie – Expression du Grand Orient de France – 28/01/2013 : « Le Grand Orient de France attend par conséquent du législateur la définition et l’adoption d’un cadre légal précis dont il définira le calendrier, afin de pouvoir respecter la volonté de ceux qui décideront de mourir dignement. Il se prononce donc pour la légalisation du droit à choisir sa propre mort. »

Le communiqué du GODF montre la voie alors que le DH reste dans un flou « artistique » !

Quelques données sur les suicides en France (source : L’analyse du nombre de décès par suicide (selon les certificats de décès) sur la période de l’étude sur 2009-2018 et celle du nombre de tentatives de suicide (consultations, hospitalisations, urgences pour tentative) sur 2009-2015 en France métropolitaine a été menée à partir de la base de données de Santé Publique France.)

Les tentatives de suicide (913 938 sur la période 2009-2015) :

  • Concernent majoritairement les femmes (74,8%) et surtout les 15-19 ans et les 40-49 ans.
  • Se font surtout par l’absorption d’une dose importante de médicaments (82,02% des cas)

Les décès par suicides (68.316 pour la période concernée (2009-2018):

  • Concernent surtout les hommes (74,8%) et principalement entre 45 et 54 ans,
  • secondaires à une pendaison (54,25%), à l’usage d’armes à feu (13,72%) ou à l’ingestion de produits toxiques (11,5%).

Quelles raisons de vivre ?

Des auteurs américains ont listé 48 raisons de vivre : (sources : Reasons for staying alive when you are thinking of killing yourself: The Reasons for Living Inventory, Journal of Consulting and Clinical Psychology)

  • 1.  J’ai une responsabilité et un engagement envers ma famille.
  • 2. Je crois que je peux apprendre à m’ajuster et à me débrouiller avec mes problèmes.
  • 3. Je crois que j’ai le contrôle sur ma vie et ma destinée.
  • 4. J’ai le désir de vivre.
  • 5. Je crois que Dieu seul a le droit de mettre fin à une vie.
  • 6. J’ai peur de la mort.
  • 7. Ma famille pourrait croire que je ne les aimais pas.
  • 8. Je ne crois pas que les choses deviennent assez misérables ou désespérantes pour que je préfère mourir.
  • 9. Ma famille dépend de moi et elle a besoin de moi.
  • 10. Je ne veux pas mourir.
  • 11. Je veux voir mes enfants grandir.
  • 12. La vie est tout ce que nous avons et c’est mieux que rien.
  • 13. J’ai des plans d’avenir que j’ai hâte d’accomplir.
  • 14. Peu importe jusqu’à quel point je me sens mal, je sais que cela ne durera pas.
  • 15. J’ai peur de l’inconnu.
  • 16. J’aime trop ma famille et elle me procure trop de plaisir; je ne pourrais pas la quitter…
  • 17. Je veux essayer tout ce que la vie a à offrir et il y a trop d’expériences que je n’ai pas eu et que je veux avoir.
  • 18. J’ai peur que ma méthode de suicide échoue et que je demeure handicapé ou souffrant.
  • 19. Je m’aime assez pour vivre.
  • 20. La vie est trop belle et trop précieuse pour y mettre fin.
  • 21. Cela ne serait pas juste de laisser quelqu’un d’autre s’occuper des enfants.
  • 22. Je crois que je peux trouver d’autres solutions à mes problèmes.
  • 23. J’ai peur d’aller en enfer.
  • 24. J’aime la vie.
  • 25. Je suis trop équilibré pour me tuer.
  • 26. Mes croyances religieuses le défendent.
  • 27 Cela pourrait avoir un effet néfaste sur mes enfants.
  • 28.  Je ne veux pas servir de modèle négatif et suggérer aux autres qu’il faut se suicider.
  • 29. Je suis curieux en ce qui concerne ce qui arrivera dans l’avenir.
  • 30. Cela blesserait trop ma famille et je ne veux pas qu’ils souffrent.
  • 31. Je suis préoccupé par ce que les autres penseraient de moi.
  • 32. Je crois que pour tout problème, il y a une façon de le régler pour le mieux.
  • 33. Je considère cela comme immoral.
  • 34. J’ai encore plusieurs choses qu’il me reste à faire.
  • 35. J’ai le courage de faire face à la vie.
  • 36. J’ai peur du geste lui-même du suicide (la douleur, le sang, la violence).
  • 37. Je crois que le fait de me tuer n’accomplirait ou ne règlerait vraiment rien.
  • 38. J’ai l’espoir que les choses s’améliorent et que le futur sera plus satisfaisant.
  • 39. Les gens penseraient que je suis faible et égoïste.
  • 40. J’ai une force intérieure qui me pousse à survivre.
  • 41. Je ne voudrais pas que les gens pensent que je n’ai pas le contrôle sur ma vie.
  • 42. Je crois que je peux trouver un but dans la vie, une raison de vivre.
  • 43. Je ne vois pas de raison de se presser vers la mort.
  • 44. Je ne voudrais pas que ma famille se sente coupable après coup.
  • 45.  Je ne voudrais pas que ma famille pense que j’étais égoïste ou peureux.
  • 46. J’ai d’autres moyens pour exprimer ma souffrance, ma colère,  mon besoin d’amour, ma révolte, mon sentiment d’impuissance.
  • 47. Je reconnais qu’il y a de bonnes choses en moi et que je mérite de vivre.
  • 48.  Le suicide est une solution définitive à des problèmes qui risquent d’être temporaires.  Je veux être là pour voir la suite.

On voit bien que la plupart de ces raisons de vivre (sauf celles qui font référence à Dieu et à un au-delà) correspondent à des personnes non dépendantes et non souffrantes !

Pour aller plus loin :

Les Cahiers Villard, le N° 123 est arrivé !

Le deuxième numéro de l’abonnement 2022 des Cahiers Villard de Honnecourt est disponible. Il a pour thème « Le secret le caché et le discret ».

Thierry Zarcone

À lire, l’éditorial de Thierry Zarcone, historien et anthropologue, directeur de recherche au CNRS et Vénérable Maître de la Loge Nationale de Recherche, « Le secret, le caché, le voilé » mais aussi des textes, entre autres, d’Antoine Faivre (OE), Professeur émérite des Universités, de Jacques-Noël Pérès, théologien luthérien professeur émérite de théologie patristique et d’histoire de l’Église ancienne (Faculté de théologie protestante de Paris), d’Olivier Badot, Professeur des Universités associé à l’Université de Caen, membre de la Royal Society of Arts (Londres) et Orateur de la Loge Nationale de Recherche, ou encore d’Yves Hivert-Messeca, Professeur honoraire, historien, sociologue et essayiste.

La structure même du Cahiermétaphysique dans son principe et historique dans ses développements et dans son approche de la spiritualité du XXIe siècle – , nous fera comprendre ce qu’il faut entendre par secret, partageant la caractéristique de combiner exotérisme et ésotérisme, pris ici dans le sens de mystère et d’expérience incommunicable, du caché tout aussi inexplicable et enfin du discret dans la mesure où l’Art Royal ne cherche pas à dissimuler son existence et possède un statut tout à fait légal…

Nous vous invitons à prendre connaissance du sommaire  https://bit.ly/3OXc95w, ainsi que de la présentation du numéro : https://bit.ly/3ueRIJq

Dans le socle de la transmission maçonnique, l’étude de notre culture et de notre histoire est incontournable. C’est précisément le but des « Cahiers Villard » qui, depuis leur création, il y a près de 60 ans, constituent un outil d’accompagnement majeur au service de tous ceux qui, dans leur quête de spiritualité, cherchent à alimenter leur réflexion et appuyer leurs recherches et leurs travaux sur des bases solides.

N’hésitez pas à vous abonner. Pour une distribution en France métropolitaine https://bit.ly/3E6FkPJ et pour les DROM-COM et/ou l’étranger https://bit.ly/3I7VdHr

La spiritualité maçonnique (Épisode 1/3)

Le 21 novembre 1717 – exactement six mois, jour pour jour, après la naissance de la Grande Loge de Londres – le peintre Jean-Baptiste Santerre fait scandale à Paris en exposant son ultime tableau « Adam et Eve au milieu du paradis terrestre ». L’émotion n’est pas motivée par le fait que la toile représente nus le duc d’Orléans et sa maîtresse, Marie-Madeleine de la Vieuville, la marquise de Parabère.

Non, l’opinion est choquée parce que les deux personnages sont montrés sans nombril ! C’est à dire sans trace d’un cordon ombilical, preuve d’un ventre maternel. Cette absence signe la croyance du peintre en la création divine de l’Homme. Il adhère au dogme religieux médiéval de « l’anomphalie » (ou anomphalisme) qui postule que le couple initial non issu de mères humaines, autrement dit n’ayant pas été relié par un cordon ombilical, n’en a pas la cicatrice.

Au moment même où naît le mouvement philosophique des Lumières qui prônent la supériorité de la raison sur l’influence théologique, le peintre préfère « éteindre » la polémique. Et, d’un coup de pinceau, il ajoute un nombril à nos premiers parents !

Alors qu’au milieu de ce XVIIIème siècle turbulent, la chrétienté elle-même a opté pour le nombril et s’est finalement prononcée pour l’omphalisme, la polémique refait surface aujourd’hui ! Les Créationnistes s’approprient le dogme et le relance sur la base de l’Evangile de Barnabé (Chapitre 35). D’après ce texte, Jésus dit que le nombril d’Adam est la marque du crachat de Satan sur la glaise utilisée par Dieu pour sculpter le premier homme !

Le souffle de l’esprit

Ainsi se manifeste la croyance chez l’Homme : son besoin de transcendance peut se déployer en diverses convictions, civiles ou religieuses. Croire, puis parfois « décroire », pour croire à nouveau, en l’occurrence à l’invisible ! Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas les choses qu’elles n’existent pas, lui dit son cerveau, producteur de la pensée. En manque d’origine – voire contraint à des dogmes de remplacement – taraudé par un « pourquoi » (le monde) et un « comment » (la matière) lancinants, son intelligence – consciente que l’homo sapiens n’a pas construit l’homo sapiens – a donc inventé un substitut compensateur, le récit (dont la Bible est un célèbre exemple). Et du même coup, avec la fiction, s’est imposée en lui la réflexion – ce retour de la pensée sur elle-même – illustrée par les représentations permanentes de son imagination. Sans elle, sans cette disposition à créer, à agrémenter, à illustrer, bref à magnifier le réel… c’est à dire, soyons clairs, à mentir et à se mentir, nous le répétons, il est fort probable que l’espèce humaine aurait disparu depuis longtemps !

Elaboré au fil des millénaires par ladite imagination, progressivement accompagnée de l’intuition puis de la raison, cet appareil psychique posé au sommet de notre corps, si je puis dire, n’en fait qu’à sa tête ! Avec une grande part d’inconscient et une petite de conscience, notre esprit (pneuma) mène sa vie. C’est précisément cette « vie de l’esprit » (tel que la définit le philosophe Hegel) que le langage a nommé « spiritualité ». Bref, comme il a besoin d’aliments corporels, l’homme a besoin de nutriments psychiques, donc de cette spiritualité.

 Multiples sont les définitions de ce mot. Tant dans le monde profane qu’en franc-maçonnerie ! Pour beaucoup de gens, la spiritualité est synonyme de religiosité, donc attachée à la foi déiste et à ses rituels. Pour d’autres, la spiritualité correspond à des traditions, véhicules de coutumes sociales, porteuses elles-mêmes de savoir-faire ancestraux, voire de dons, de mystères et de secrets. Cette transmission est souvent sous-tendue par l’idée d’une volonté, d’une intention supérieure qui nous échapperait. Partant, d’une transcendance évoquant « un au-dessus de soi » de l’ordre du divin, « inspirant » une quête de sens.

Ce postulat d’une « pensée extérieure » d’êtres immatériels apparaît, non seulement dans les religions avec Dieu et le Diable ou leurs équivalents mais aussi dans les mythologies (grecques, romaines, asiatiques, notamment) et tous leurs êtres imaginaires (Zeus, Jupiter, Brahma, Vichnou, Shiva, entre autres). Sans oublier le spiritisme avec ses fantômes et ses revenants, ses spectres, et autres esprits frappeurs !

Cette notion d’esprit se retrouve également chez les personnes spirituelles, qui ont de l’à-propos, amusent et sont brillants. Et l’esprit est encore dans les spiritueux, ces boissons alcoolisées qui émoustillent et mettent en joie (produit de distillation : l’esprit-de-vin). De fait, c’est dans l’étymologie même du mot « spiritualité » que sa véritable définition apparaît. Issu du vieux français « espéritualité » (1283 – les biens de l’église) puis du latin ecclésiastique « spiritualitas » (soupirer), il appartient – nous l’avons dit – à la famille spir (le souffle, l’air).

Elle indique toutes les modalités des échanges respiratoires : aspiration, respiration, inspiration, expiration, transpiration. C’est à dire la vie. Cette forme de « confiscation » initiale du mot « spiritualité » par l’Eglise, a pu faire oublier que la vie de l’esprit, ce n’est pas seulement l’acceptation et la vénération – pour qui y croit – d’un « absolu » hors de soi, de l’espace et du temps. C’est l’exercice même de l’esprit, la réflexion, qui conduit, les pieds sur terre, à l’application au quotidien de règles morales mais aussi au ressenti et au traitement des réalités existentielles. Celles dont les joies aident à supporter les peines !

Sur le plan maçonnique, ce « souffle de l’esprit » génère aux 18ème et 19ème siècle, un « art spéculatif » qui se divise successivement en trois spiritualités. La première, théiste, est soufflée par la foi révélée. La seconde, déiste, aspire à la sagesse, à la force et à la beauté. La troisième, laïque, est inspirée par la liberté, l’égalité, la fraternité.

Au vrai, les limites philosophiques sont ténues entre les diverses obédiences et juridictions. Elles partagent aujourd’hui des valeurs spirituelles qui, au final, se rejoignent. Le maçon, la maçonne, tout en construisant leur temple intérieur, participent à la construction du même temple de l’humanité. Quels que soient les rites et les rituels pratiqués.

En marge de leurs courants de pensée respectifs, les institutions maçonniques se retrouvent sur des thématiques originales formant une spiritualité qui peut « fonctionner » avec ou sans le Grand Architecte de l’Univers.

En soi, celle-ci correspond à un système de réflexions et d’échanges areligieux en loges, tout respect gardé pour les cultes. Qu’il s’agisse de l’histoire de l’Ordre (son syncrétisme à partir de ses emprunts aux traditions méditerranéennes) ; de sa sociabilité particulière marquée aujourd’hui par le passage du secret au discret. De son système de recrutement avec son épreuve du bandeau. De la dramatisation mise en œuvre lors du processus initiatique et la période de silence imposée à l’apprenti (e) ainsi invité (e) à l’introspection. Des prises de parole « triangulaires » des membres (relayées par le surveillant et autorisées par le Vénérable Maître). De la communication extérieure enfin, qui – en plus des prestations radiophoniques et télévisuelles, des expositions et des conférences publiques – utilise le media Internet pour véhiculer les valeurs spirituelles de la maçonnerie. Le tout répond bien à cette fonction de la spiritualité : la quête de sens précitée.

Question : l’articulation de cette « construction spirituelle » dégage-t-elles pour autant une « culture maçonnique » ? Conservateurs et Progressistes en débattent. Et le débat n’est pas clos ! A l’évidence, il reste aux diverses organisations maçonniques « enfermantes » à se rapprocher, par le biais des inter-visites de ses membres et de la mixité, pas encore vraiment opérationnelle, en termes de Liberté, Egalité et Fraternité. Qu’elle soit théiste, déiste ou laïque, la spiritualité a besoin de ciel bleu, pas de barreaux !

Épisode 1 : https://450.fm/2022/07/04/la-spiritualite-maconnique-episode-1-3/
Épisode 2 : https://450.fm/2022/07/05/la-spiritualite-maconnique-episode-2-3-les-regles-morales/
Épisode 3 : https://450.fm/2022/07/06/la-spiritualite-maconnique-episode-3-3-les-realites-existentielles/

Il en est de même à l’Orient

0

Etre sérieux sans se prendre au sérieux pourrait être la devise de ce sixième  opus qui succède à : Les colonnes sont muettes,  et Les secrets de la méthode maçonnique (Dervy)  ouvrage réalisé avec Jacques Carletto et préfacé par deux Grands Maîtres : Pierre Marie-Adam ( GLDF) et Jean René Dalle. (GLAMF) – Il vient de réaliser, après la pandémie, 3 Cahiers de vacances  (Apprenti – Compagnon – Maître) – Dervy.

Le trait est incisif pour souligner les quelques défauts des Francs-maçons, le comique d’une situation, voire les décalages complets auxquels  l’humour britannique n’a rien à envier.

Avec Il en est de même à l’Orient, le dessinateur s’est aussi fait écrivain en publiant 6 « nouvelles »  concernant : Les conseils au profaneLa Cérémonie d’initiation en distanciel – L’Instruction des Apprentis chez Roger Lafrite – Une visite chez les Franche-Souillardes et une installation de Vénérable Maître à Plonque le Château , pour terminer  sur les Hauts grades maçonniques avec : Chevalier d’Orient et de Kraustersgerstheim … un rituel Alsacien des plus croquignolets.

François Morel est ingénieur spécialiste des  « chambres blanches » technique de pointe  pour l’industrie pharmaceutique et informatique. Musicien, il est aussi dessinateur à talent. Un franc-maçon polychrone.