ven 19 août 2022 - 01:08

Pourquoi élever des temples à la Vertu ?

Le mot vertu ne signifie pas seulement une qualité morale mais, aussi, le principe ou la cause des choses. Une vertu est une disposition arrêtée à agir d’une certaine manière.

Comme l’écrit Michel Serres « dans la chaleur du métabolisme – ou le jaillissement de l’élan vital -, au battement élémentaire du cœur… voilà d’où se lance le courage, oubli total et chaleureux de soi vers le monde, les autres, le prochain et les objets ». Une façon de reprendre la définition stoïcienne de la vertu de Cicéron : une disposition d’esprit en harmonie avec la raison et l’ordre du monde.

Tempérance, courage, sagesse et justice sont les vertus qui, pour Platon, unissent dans un ensemble accordé [musicalement] les trois parties de l’âme.

Chez les Romains, les Vertus formaient une classe particulière de divinités ; ce n’était que des hypostases de dieux plus anciens, c’est-à-dire un attribut divin qu’on avait détaché pour le personnaliser. Ainsi, Fides se rattachait à Jupiter, Concordia à Vénus, Pudicitia à Junon, …

« La vertu n’est qu’une bravoure héroïque, pour faire ce que l’on croit être vrai, malgré tous les ennemis de la chair ou de l’esprit, malgré toutes les tentations et toutes les menaces » (Albert Pike, Morales et Dogme du Rite Écossais Ancien et Accepté de la Franc-maçonnerie, 1871 [texte éminemment politique]).

L’enseignement de Zoroastre définit les Sept Amesha Spentas comme vertus essentielles, elles sont : Vohou rnano : bon esprit, bonne volonté, bon sens. Asha vahista : vérité, justice, pureté. Kshatra vaïrya : ordre, harmonie, règne divin. Spenta armaïti : humilité, douceur, docilité. Haourvatat : santé, vigueur, incolumité. Ameretat : longue vie, immortalité, vie éternelle. Sraosha : obéissance, observation de la Loi, piété.

Dante affirme qu’à cet âge [de compagnon] la tâche fondamentale qu’il faut accomplir consiste à rechercher sa propre perfection, et il considère à ce propos qu’il est nécessaire de développer cinq vertus : la tempérance, la force, la fraternité, la courtoisie et la loyauté. Tempérance et force pour être en mesure de gouverner ses appétits désordonnés ; fraternité en tant qu’il convient que celui qui se trouve au mezzogiorno de la vie regarde en arrière et en avant et aime ses aînés de qui il a reçu la doctrine, mais aussi ses cadets, auxquels il est tenu de donner ses exhortations bénéfiques ; courtoisie, qu’il convient de développer au maximum dans la période actuelle car, s’il en était autrement, son manque représenterait un obstacle insurmontable à l’obtention de la perfection qui caractérise justement le troisième âge [de maître] ;  loyauté, qui signifie suivre et mettre en œuvre ce que dictent les lois, car, s’il est vrai qu’à l’âge précédent [apprenti] les fautes sont l’objet d’une certaine indulgence, à l’âge suivant il ne s’agit désormais pas tant de suivre les règles que d’être juste. Ce sont là, pour Dante, les conditions nécessaires pour accéder effectivement à cette autre perfection : celle qui est attribuée à la maturité et par laquelle on devient capable d’illuminer les autres.

Les compagnons opératifs honorent les vertus en recevant, lors de leur initiation, un nouveau nom, une vertu suivie du nom de leur origine géographique

En 1686, dans son ouvrage Iconologie, ou Explication nouvelle de plusieurs images, emblèmes et autres figures hiéroglyphiques des vertus, des vices, des arts, des sciences, des causes naturelles, des humeurs différents et des passions humaines, César Ripa mêle petites et grandes vertus avec les savoirs dans ses 174 «sujets»  que l’on peut parcourir dès sa table des matières.

Benjamin Franklin a élaboré un système moral exigeant et rigoureux tout entier tourné vers son développement personnel articulé autour de 13 vertus : sobriété, silence, ordre, résolution, économie, application, sincérité, justice, modération, propreté, tranquillité, chasteté, humilité 

Dans son Discours prononcé à la réception des Free-Masons de 1737, le Chevalier de Ramsay développe  les « qualités requises » pour être franc-maçon. Il s’agit de la philanthropie, ou l’amour de l’humanité en général ; de la saine morale ; du secret et du goût des sciences utiles et des Arts Libéraux.

Les vertus du maître sont la pureté du cœur, la vérité de la parole, la prudence dans les actions, le calme dans l’adversité et un zèle constant dans l’accomplissement du bien, constituant une éthique pour la vie profane ;  à l’exemple de Socrate qui s’était dévoué à enseigner la vertu à ses concitoyens considérant que c’est par la réforme des individus qu’il voulait procurer le bonheur de la cité.

RER. Les vices sont à fuir et sont combattus par les sept vertus du franc-maçon : la foi, l’espérance, la charité, qui sont les principales, la justice, la tempérance et la prudence. «Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’un airain résonnant ou une cymbale qui retentit.»La force, septième vertu, n’est révélée qu’au grade suivant, elle ne peut être acquise que par la pratique exacte des six premières vertus. On en trouve l’expression dans l’ouvrage l’échelle des grades du régime écossais rectifié de 1782 complété par Willermoz en 1802.

Une vertu est-elle une qualité innée, ou une qualité nécessaire que l’on acquière par le travail ? Déjà Platon en faisait poser la question par Ménon à Socrate: « Me dirais-tu bien, Socrate, si la vertu peut s’enseigner, ou si elle ne le peut pas et ne s’acquiert que par la pratique ; ou enfin si elle ne dépend ni de la pratique ni de l’enseignement, et si elle se trouve dans les hommes naturellement, ou de quelque autre manière? ». Sa réponse : « la vertu vient par un don de Dieu à ceux qui la possèdent ». Réponse contraire de Comte Sponville pour qui la vertu se définit en tant qu’élément que l’on peut acquérir car elle s’expérimente à travers l’action.

On ne saurait écarter le rapprochement que l’on peut faire avec la notion de bonnes mœurs. Pierre-Joseph Proudhon a exploré des définitions du mot «mœurs» dans son ouvrage De la justice dans la révolution et dans l’église,... : « le mot « mœurs » vient du latin mos, génitif moris, lequel signifie coutume, usage, habitude, institution et aux pluriel mours. La racine de ce mot est la même que celle de modestia, qualité de l’âme qui consiste à garder en tout la mesure et les convenances, vir modestus est l’homme de bonnes manières d’un ton distingué, mesuré dans ses paroles et ses sentiments… »

Le droit français ne maintient plus l’interdiction de déroger aux bonnes mœurs, toutefois encore évoquée dans l’article 6 du code civil créé par la loi n° 1803-03-05 du 15 mars 1803 (On ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs) ainsi que dans le code de la propriété intellectuelle et dans le code de commerce. Cette notion apparaît en effet désuète au regard de l’évolution de la société ; la jurisprudence l’a progressivement abandonnée au profit de la notion d’ordre public dont elle n’a eu cesse de développer le contenu.

«De bonnes mœurs» est la traduction, ou plutôt l’adaptation française, de l’expression «of good report» présente dans les rituels anglo-saxons originels et contemporains. Elle ne signifiait pas à cette époque «de bonnes mœurs» mais «de bonne réputation», ce qui n’est pas la même chose. Dans les sociétés influencées par le protestantisme et le puritanisme, les deux notions sont très liées. Le Convent de Lausanne en  septembre 1875 (qui réunit les Suprêmes Conseils de onze pays) proclame : «depuis la préparation au premier grade jusqu’à l’obtention du grade le plus élevé de la Maçonnerie écossaise, la première condition sans laquelle rien n’est accordé à l’aspirant, c’est une réputation d’honneur et de probité incontestée».

Les Vertus cardinales

Les sages de la Grèce donnaient à quatre vertus le nom de cardinales pour en montrer l’importance de premier plan parmi toutes les autres, à savoir: la justice, la prudence, la tempérance et la force d’âme c’est-à-dire le courage moral, l’énergie personnelle (en anglais fortitude).

Ce groupe de quatre vertus, en tant que théorie morale qui essaie de rendre compte ce qui est d’une importance fondamentale d’une activité humaine, fut pensé par Socrate puis mis en évidence par Platon (correspondantes au contrôle de la partie rationnelle de l’âme sur les passions), suivi par Aristote et les philosophes stoïciens dont Cicéron. Cependant, pour Saint Thomas d’Aquin, les vertus théologales se rapportant à la fin, tandis que les vertus morales se rapportent aux moyens, les vertus morales ne doivent pas recevoir le nom de vertus principales ou cardinales, mais cette expression convient plutôt aux vertus théologales (Somme Théologique, question 61, p. 739.

Dans les œuvres littéraires et les œuvres d’art du Moyen Âge et de la Renaissance, les vertus cardinales sont généralement représentées sous les traits de femmes, avec des attributs symboliques, qui varient selon les artistes et les auteurs. Néanmoins certains attributs donnent lieu à de nombreux réemplois, par exemple : pour la prudence : miroir, corne d’abondance, serpent ; pour la tempérance : deux récipients avec l’eau passant de l’un à l’autre, balancier d’horloge ; pour la force : animal terrassé, massue ;  pour la justice : glaive, sceptre, balance.

François Demoulins de Rochefort, dans son Traité des vertus cardinales expose et illustre par de très belles gravures la prestance et l’excellence des vertus cardinales confrontées à leurs contraires.

Les vertus cardinales sont introduites à la fin du XVIIIe siècle en Franc-maçonnerie. Dans le cours du premier degré, on apprend qu’il y a quatre «points d’entrée parfaits», à savoir le guttural (gorge), le pectoral (sein), le manuel (mains) et le pédale (pieds). Il est en outre expliqué que ces quatre points sont illustrés par signes et ils sont représentatifs des quatre vertus cardinales : la tempérance, la force, la prudence et la justice.

La Tempérance découle de la Prudence. C’est la maîtrise de soi, de ses passions. La Tempérance implique modération, mesure et équilibre en toute chose. Les préceptes grecs de Sophrosyne (la déesse de la modération qui apporte la maîtrise de soi, la force et qui conduit à la sagesse) se trouvent dans le «et rien de trop» associé au «connais-toi toi-même» du Temple de Delphes. On ignore généralement que, sur le marbre de ce même fronton, s’offrait aux yeux du pèlerin l’inscription é Mèden agan, «et rien de trop» comme le rapporte Sénèque dans Consolation à Marcia. C’est ainsi qu’Aristote, en particulier pour ce qui concerne le contenu de la vertu éthique, le définit comme le juste milieu (mêsotès) entre deux extrêmes condamnables nommés ellipse et hyperbole. C’est une exigence morale qui s’accompagne de 147 commandements qui auraient été écrits par sept sages. «La vertu fait viser le milieu. Ainsi, quiconque se connaît fuit alors l’excès et le défaut. Il cherche au contraire le milieu et c’est lui qu’il prend pour objectif. Et ce milieu n’est pas celui de la chose, mais celui qui se détermine relativement à nous». C’est bien la tempérance maçonnique.

 La FORCE. Dans l’ancienne Égypte, les hiéroglyphes exprimaient les concepts de la force à travers plusieurs de ses aspects : force jaillissement de la force vitale (ouadj), servant également à désigner une colonne ou pilier du temple ; force équilibre et bonne santé (oudja), régulateur des feux servant à transmuter la matière dans le creuset alchimique ; force créatrice par la vision des choses (oudjat, l’œil du delta) ; force magique découlant de l’énergie lumineuse (heka), permettant de modifier le cours du destin ; force qui nourrit (ka), activant le potentiel de chaque chose.

Dans la Grèce antique, Ganos est la Force, addition de l’efficacité divine, de la clarté scintillante et de l’humanité vivifiante.

Gabriel, גַּבְרִיאֵל, dont le nom hébreu signifie la Force de Dieu, est un archange cité dans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran. Maître Eckhart, parlant de l’ange annonciateur du kérigme écrit : «Dans cette naissance [annoncée de jésus] Dieu se manifestait et se manifeste encore comme force.»

Dans la tradition chrétienne, l’archange Gabriel (ou Michel) terrassant le dragon est une incarnation de la force de la foi chrétienne triomphant des puissances néfastes ou des anciennes divinités de la Nature. Le lion de St Marc en est aussi un symbole.

En loge, la force est plus que l’addition de celle des francs-maçons présents ; c’est la fraternité nourrissant ceux qui participent aux travaux. Le franc-maçon se doit d’être, comme le dit Rainer Maria Rilke dans ses Sonnets à Orphée, «dans cette nuit de démesure la force magique au carrefour des hommes et le sens de leur rencontre singulière.» La force n’a de valeur que si elle est sûre d’elle afin de s’exprimer d’une façon tranquille. Vient alors le temps de la douceur, qui n’est autre que la force tranquille qui convainc et s’assure une victoire définitive si elle est exercée dans le respect de l’autre.

L’association entre les piliers, le mot force et le diplôme d’apprenti remonte au XVIIe s. The Edinburgh Register House (1696), le premier catéchisme maçonnique connu, laisse entendre que les noms de Boaz et Jachin étaient liés aux rituels des apprentis et des camarades, tandis qu’un premier exposé, The Grand Mystery of Free-Masons Discover’d (1724) expliquait que « Jakin et Boaz » représentent «Une force et une stabilité de l’Église à tous les âges». Un autre exposé, The Whole Institutions of Masonry (1724), a fait remarquer: «L’explication de nos secrets est comme suit : Jakin signifie Force et Boaz Beauté. Lorsque les rituels maçonniques ont été traduits en français, le mot « strength » a été rendu par force, comme on le voit dans le premier manuscrit rituel maçonnique français connu, le Rituel Laquet (vers 1745). Il déclare que la signification du mot Jakin est «La force est en Dieu »(La force est dans Dieu). En l’espace d’une vingtaine d’années, les deux mots significatifs ont été inversés, mais les significations ne l’ont pas été. Ainsi, dans les Rituels du Marquis de Gages (1763), nous trouvons: «Frère Senior [Warden]*, que signifie Boaz?» La réponse est «Très Vénérable, ma force est en Dieu» (Albert Pike : On Freemasonry & Force.

La PRUDENCE est la connaissance de ce qui est bon, de ce qui est mauvais et de ce qui n’est ni bon ni mauvais. Être prudent, c’est aussi prendre le temps, c’est laisser la raison faire son œuvre. Pour Platon, c’est la vertu première. Pour Cicéron, ses parties sont la mémoire, l’intelligence, la prévoyance (memoria, intelligentia, providentia). La mémoire est la faculté par laquelle l’esprit rappelle ce qui s’est passé. L’intelligence est la faculté par laquelle il garantit ce qui est. La prévoyance est la faculté par laquelle on voit que quelque chose va arriver avant que cela n’arrive.

Dans la Tradition, la Prudence est représentée par un miroir entouré d’un serpent. Inspiré par le texte des Évangiles Mathieu 10-16, Philibert De l’Orme (architecte lyonnais de la Renaissance) écrivait: «un compas entortillé d’un serpent [que l’on voit sur le frontispice de ses Livres d’architecture, 1585] signifie que l’architecte doit mesurer et compasser toutes ses affaires et tous ses œuvres et ouvrages avec prudence [le serpent est un emblème chrétien classique], et mûre délibération» et de rajouter «soyez prudents ainsi que les serpents et les simples comme les colombes».

La JUSTICE. Sous le nom de tsédaka, l’idée de charité devient œuvre de justice. Tsédek : la justice ; Tsédaka : la charité. La tsédaka équivaut à tous les commandements de la Thora ; à elle seule, elle les contient tous.  Elle consiste à être touché devant n’importe quelle douleur éprouvée par quelqu’un ; à lui offrir quelque chose de son avoir, et quelque chose de soi, à être aux côtés de celui qui a besoin d’un appui, d’une manière inconditionnelle, non en vertu d’une loi, de principes ou d’un avantage que l’on pourrait retirer de cette bonté. Les sages enseignent que sauver un homme équivaut à sauver l’humanité entière.

La Justice Maçonnique ne se substitue jamais à la Justice  profane. Elle ne prend en compte que les conflits entre maçons, entre un maçon et sa loge ou son Obédience, entre deux loges, deux obédiences. Elle s’appuie sur les Règlements Généraux et les Règlements Intérieurs des Loges. Elle a surtout un rôle de conciliation.

Au RER, les paliers de l’escalier à 3, 5, 7 marches sont la représentation des dons spirituels, seuls les trois premiers sont connus du maître. Le premier désigne le don d’intelligence que l’apprenti peut obtenir en observant la justice. Le second palier figure le don de sagesse, fruit de la tempérance recommandée au compagnon. Le troisième palier désigne le don de discernement, que la prudence seule procure au maître.

Écouter Comte Sponville parler de sa spiritualité à partir des vertus.

L’humilité n’est pas retenue parmi ces vertus.

Les vertus théologales

À ces vertus, le Christianisme ajoute la foi, l’espérance et la charité (dans le langage des théologiens, la charité désigne à la fois l’amour de Dieu pour lui-même et du prochain comme créature de Dieu) qualifiées de vertus théologales. Elles sont exprimées dans le chapitre 2, versets 8 à 10 du livre Sagesse de Jésus fils de Sirach (appelé aussi Siracide ou Ecclésiastique, livre apocryphe) : 8-. Vous qui craignez le Seigneur, croyez en lui, et vous ne perdrez point votre récompense. 9- Vous qui craignez le Seigneur, espérez en lui, et la miséricorde qu’il vous fera vous comblera de joie. 10- Vous qui craignez le Seigneur, aimez-le, et vos cœurs seront remplis de lumière.

Les symboles utilisés pour les représenter ont varié au fil du temps. Avant la suppression des références chrétiennes du rituel, elles étaient souvent illustrées par une croix, une ancre et un calice. Il est maintenant plus courant de les représenter par trois femmes ou anges.

La FOI est souvent représentée avec une croix ou un livre ; l’Espérance tient fréquemment une ancre ; la Charité est généralement figurée sous l’aspect d’une femme les bras ouverts ou avec des enfants.

La foi n’a pas toujours été l’acceptation aveugle de formules dogmatiques imposées à la raison. La foi, fides, c’est la confiance dans quelque chose qu’on ne voit pas, ou qui n’est pas démontrée, et que l’on tient quand même pour certain. Cette certitude d’une réalité ou d’une vérité, prise psychologiquement, ne se limite donc pas au Credo ou au catéchisme : c’est une démarche de la conscience qui, dans bien des cas, s’impose à tous les hommes, croyants ou libres penseurs, sous peine de tomber dans le scepticisme et dans l’inaction.

L’ESPÉRANCE, dans la mythologie grecque, est  une divinité, sœur de Sommeil, qui suspend les peines de la mort qui les finit. Mais cette parenté, plutôt pessimiste, n’enlevait pas à la déesse son heureuse influence pour la consolation des humains et l’entretien de leur force d’âme ! On la représentait sous les traits d’une jeune nymphe au visage serein et souriant, couronnée de fleurs naissantes et tenant un bouquet à la main. Pandore, par curiosité coupable, ouvre la boîte d’où la vieillesse, la maladie, la guerre, la famine, la misère, la folie, le vice, la tromperie, la passion sortent pour se répandre sur le monde, seule l’espérance, plus lente à réagir, y resta enfermée!  C’est une damnation de n’avoir plus d’espérance : «Toi qui entre ici, laisse toute espérance», signale Dante sur le frontispice de la Porte des Enfers. Cette disposition de la conscience, qui la fait compter sur la réalisation de ce qu’elle souhaite, est d’une telle puissance morale que la sagesse des nations a pu dire que l’espoir fait vivre ! La projection vers un futur meilleur, l’espoir, est une procrastination, masquant la nécessité d’œuvrer dans le présent.

Foi, Violence et Espérance

La CHARITÉ, c’est amour du genre humain, levain sublime, qui rend la loi souriante et génératrice de dévouements consentis pour le bien de tous ! Pour St Paul (1ère lettre aux Corinthiens, chapitre 13, versets 1 à 6) : «J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.»

En arabe, la charité obligatoire du musulman croyant est connue sous le nom de zakat, qui signifie littéralement «purification», car elle purifie le cœur d’une personne de toute avarice. La loi islamique stipule que les principaux bénéficiaires de la zakat sont les pauvres, les orphelins, les veuves, ceux qui sont endettés. Elle stipule également qu’elle peut servir à libérer des esclaves ou à aider des gens faisant partie d’autres catégories, telles que mentionnées dans le Coran. Établie il y a quatorze siècles, elle est une forme de sécurité sociale dans les sociétés musulmanes.

La représentation symbolique des 4 vertus cardinales et des 3 vertus théologales serait le carré surmonté d’un triangle ; un tablier de franc-maçon ?

«Ces vertus devraient être votre pratique constante, car on vous apprend ainsi à éviter les excès et à contracter toute habitude licencieuse ou vicieuse, dont l’indulgence pourrait vous amener à dévoiler les secrets que vous avez promis de dissimuler et de ne jamais révéler, dont la trahison vous soumettrait au mépris et à la détestation de tous les bons maçons, sinon à la peine de votre obligation.»

Cependant gardons-nous de nous considérer comme plus vertueux qu’un autre : «Quel homme, s’il sacrifie l’orgueil de se dire plus vertueux que les autres à l’orgueil d’être plus vrai, et s’il sonde avec une attention scrupuleuse tous les replis de son âme, ne s’apercevra pas que c’est uniquement à la manière différente dont l’intérêt personnel se modifie que l’on doit ses vices et ses vertus?» (Helvétius, De l’Esprit, II)

Illustration, frontispice du Traité des vertus cardinales de François Demoulin de Rochefort (1894)

Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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