Les Grands Maîtres se rendent à l’Assemblée législative pour protester contre le veto du gouverneur Mauro Mendes.
Les loges maçonniques régulières basées à Cuiabá (Grande Oriente do Estado de Mato Grosso, Grande Loge maçonnique de l’État du Mato Grosso et Grande Oriente do Brasil – Mato Grosso) ont pris position contre le veto du gouverneur Mauro Mendes (UB) du projet de loi 957 / 2019.
La proposition, rédigée par le député d’État Wilson Santos (PSD), interdit la construction de centrales hydroélectriques et de barrages sur toute la longueur de la rivière Cuiabá. Au secrétariat d’Etat à l’Environnement, environ 130 dossiers sont en cours d’instruction pour la construction de ces centrales. Six d’entre eux ont déjà été approuvés.
Soutenus par des avis d’experts sur l’écosystème régional, les Grands Maîtres sont arrivés à la conclusion que la mise en place de telles centrales hydroélectriques « en plus d’être inutile, causera des dommages irréparables et irréversibles au biome entourant le fleuve, ainsi qu’au Pantanal ».
« Le Mato Grosso ne consomme que 20% de l’énergie fournie dans l’Etat », précise un texte publié sur le site de la Grande Oriente. […] Les Grands Maîtres seront unis et déterminés à transmettre au gouverneur et aux parlementaires de l’État la position ferme des francs-maçons du Mato Grosso dans la défense du maintien du projet de loi 957/2019, interdisant strictement la construction de centrales hydroélectriques sur le Cuiabá Fleuve », dit la franc-maçonnerie.
Une pétition organisée par l’auteur de l’article cherche des signatures à des points stratégiques de Cuiabá et par des moyens virtuels pour tenter de déplacer au moins 13 députés pour annuler le veto. Le vote est prévu le 24 août. Si cela se produit, la loi sera promulguée par le président de la Chambre des lois, le député Eduardo Botelho (UB).
À l’heure où les obédiences s’apprêteront probablement à fêter dans quelques mois les 300 ans des Constitutions d’Anderson* qui précisent sans ambiguïté que : « Les Personnes admises comme membres d’une Loge doivent être des Hommes bons et loyaux, nés libres, ayant l’Âge de la maturité d’esprit et de la Prudence, ni Serfs ni femmes ni Hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation. », nous fêtons cette semaine les 4 ans de l’annonce de la Grande Loge Unie d’Angleterre à Londres qui permettait aux Frères de changer de sexe.
En effet, la GLUA, héritière directe de la Grande Loge de Londres et de Westminster de 1717, et traditionnellement réservée aux hommes, avait publié à la fin du premier semestre 2018, une nouvelle politique concernant les changements de sexe au sein de ses Loges, qui stipulait :
« Un franc-maçon qui, après son initiation, cesse d’être un homme ne cesse pas d’être un franc-maçon. »
Cette affaire, issue d’une évolution naturelle de la société n’était pas nouvelle. En effet, le Grand Orient de France avait été confronté au même cas en 2009.
Le cas Olivia Chaumont :
Autoportrait d’Olivia Chaumont
Membre de la loge Université maçonnique du Grand Orient de France (GODF) depuis 1992, Olivia Chaumont demande en 2009 que son changement d’identité soit pris en compte. Demande difficilement acceptable pour une obédience exclusivement masculine et qui arrive à un moment où le débat sur la mixité enflamme les passions. Plusieurs vœux qui demandent que les femmes puissent être initiées au sein du GODF, sont repoussés dans les différents convents précédents.
Après une année de discussion, le Conseil de l’ordre du GODF finit néanmoins par entériner le changement de sexe d’Olivia Chaumont. Il diffuse cette décision par un communiqué de presse le 22 janvier 2010. Olivia Chaumont devient ainsi la première femme trans institutionnellement reconnue comme membre du Grand Orient de France. Soulagée que les principes humanistes de l’obédience n’aient pas été malmenés par une possible exclusion, elle réagit cependant publiquement à ce communiqué qu’elle trouve choquant dans sa formulation.
La reconnaissance du nouvel état civil d’Olivia Chaumont a sans aucun doute été un argument de poids dans la transformation, au Grand Orient de France en une obédience qui acceptent que ses Loges deviennent mixtes après vote des membres.
« Il suffit d’une sœur… » titre l’hebdomadaire L’Express en reprenant son expression personnelle. Même si ce ne fut pas de façon spontanée, le GODF est de nouveau, pour elle, en phase avec l’évolution de la société française. Cette nouvelle se répand rapidement au-delà des frontières de l’Hexagone. Particulièrement en Espagne, Turquie et Amérique Latine où la presse s’en fait largement l’écho.
Le convent de 2010, qui se tient à Vichy cette année-là, va proposer la mixité du GODF par le vote d’un vœu qui autorise l’admission des femmes. Élue déléguée de sa loge, Olivia Chaumont est présente à ce convent. C’est la première fois qu’une femme déléguée prend part au convent et y prend la parole. Dans le portrait que le journal Libération fait d’elle on vit ce moment historique où, seule parmi 1 200 délégués hommes, elle prend la parole. En septembre de la même année, devant plus d’une centaine de frères et de sœurs de toutes obédiences, elle est installée vénérable de sa loge. C’est à nouveau une première dans l’histoire contemporaine du Grand Orient. Elle dirige les travaux de la loge pendant trois années, jusqu’en 2013.
Quid à la GLDF ?
5 ans plus tard, c’est au tour de la Grande Loge de France de faire face à des cas de changement de genre. L’Express avec le journaliste François Koch rapportait plusieurs cas en cours à la Grande Loge dont :
Un frère du Nord de la France qui avait réalisé une transformation physique via un traitement hormonal mais à l’époque sans changement d’état civil. Ce frère sil souhaitait, se ferait appeler «ma sœur» s’habillerait en femme, y compris en tenue maçonnique, en respectant la traditionnelle tenue noir et blanc.
Un autre frère, de Paris, était en cours de transition physique par traitement hormonal depuis un an et demi. Il bénéficiait du soutien fraternel des membres de sa loge pendant cette période psychologiquement très sensible.
Le journaliste avait contacté le Grand Maître de l’époque Philippe Charuel pour faire un état des lieux. Ce dernier avait répondu :
« Ces deux frères n’ayant pas changé d’état civil, ce sont toujours des hommes. Nos loges ont souvent un règlement intérieur qui impose, pour nos tenues rituelles, une chemise blanche, un costume sombre et une cravate ou un nœud papillon. Être efféminé, porter un anneau à l’oreille, ne peut pas être interdit; en revanche, revêtir une robe ou une jupe poserait des difficultés; et un couvreur ne laisserait pas entrer le frère, de la même façon que l’on accepte pas les tenues de plage, les tongs, les shorts ou les survêtements. Naturellement, si un de ces frères changeait d’état civil, il serait invité à rejoindre une obédience mixte ou féminine. La GLDF est une obédience masculine et le restera.»
Pour revenir à aujourd’hui, on trouve sur Facebook un groupe de maçons LGBT de presque 1000 membres.
Fondée en 1999, « Les Enfants de Cambacérès » est la première fraternelle inter-obédientielle maçonnique homosexuelle au monde. Elle a été créée afin d’offrir un espace de liberté et d’échanges pour les Frères et les Sœurs gays et lesbiennes en France. Liés par un profond sentiment humaniste au cœur de leur engagement maçonnique, ces derniers se sont fixés pour objectif de promouvoir des idées de progrès et de tolérance pour lutter contre toutes les formes d’homophobie présentes dans notre société.
La fraternelle se revendique de la figure tutélaire de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, l’un des principaux rédacteurs du Code Napoléon, devenu notre Code Civil, qui dépénalisa l’homosexualité en France. Lui-même était franc-maçon et ouvertement homosexuel.
Elle s’est dotée d’un bureau de dix membres et d’une charte qui répond aux exigences éthiques voulues par toutes les Obédiences en matière de fonctionnement de ce type de structure interobédientielle.
LGBT, ou LGBTQIA+
Ils sont des sigles utilisés pour qualifier les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et asexuelles, c’est-à-dire pour désigner des personnes non hétérosexuelles, non cisgenres ou non dyadiques.
Le sigle « LGBT » est ainsi complété avec d’autres lettres ou avec un « + » pour inclure d’autres variantes d’identité de genre, de caractéristiques sexuelles, ou d’orientation sexuelle, comme l’asexualité, la pansexualité ou la bispiritualité. Ces sigles peuvent également être utilisés dans des expressions qui se rattachent à ces personnes (mouvement LGBT et droits LGBT sont des exemples).
Le terme « gay » est parfois utilisé par métonymie pour désigner l’ensemble des personnes dites « LGBT ». D’autres termes et sigles, se voulant plus inclusifs, sont aussi usités : « altersexuel » ou « MOGAI » pour « Marginalized Orientations, Gender identities, And Intersex ».
Description
Drapeau arc-en-ciel.
L’orientation sexuelle définit l’attirance sexuelle ou émotionnelle pour des personnes en fonction de leur sexe : – homosexualité : se dit d’une attirance exclusive envers les personnes de son propre genre (couramment désignées comme « lesbiennes » pour les femmes et « gays » ou « gais » pour les hommes) ; – bisexualité : se dit d’une attirance pour plus d’un genre, pas nécessairement de la même manière, fréquence ou degré ; – pansexualité : se dit d’une attirance potentielle sans distinction de genre ; – asexualité : se dit d’une personne qui ne développe pas ou peu d’attirance sexuelle pour une autre personne. L’identité de genre est la perception intime et personnelle de genre vécue par une personne, qu’elle corresponde ou non au genre assigné à la naissance :
transidentité : se dit d’une personne dont l’identité de genre n’est pas en accord avec le sexe biologique assigné à la naissance.
non-binarité : se dit d’une personne « qui ne se reconnaît pas dans le genre qui lui a été assigné à la naissance, mais pas entièrement dans le genre opposé ; qui se situe en dehors des normes du féminin et du masculin » ;
bispiritualité : terme générique se référant aux Amérindiens s’identifiant comme ayant à la fois un esprit masculin et un esprit féminin.
intersexe : se dit d’une personne née avec des caractéristiques sexuelles (organes génitaux, gonades, taux d’hormones et/ou chromosomes) qui ne correspondent pas aux définitions typiques de « mâle » et « femelle » (Non lié au genre mais au sexe biologique donc.)
Variantes
Le drapeau de la fierté bisexuelle créé par Michael Page en 1998.
Si le sigle LGBT (parfois GLBT8) se veut représentatif des personnes non hétérosexuelles et cisgenres et est le plus utilisé, il est parfois complété pour être plus inclusif :
Q pour « queer » ou « en questionnement (soit sur son orientation sexuelle, soit sur son identité de genre, soit les deux) » : LGBTQ ou LGBTQQ ; I pour « intersexe » : LGBTI, LGBTQI. Dans les principes de Yogyakarta, « LGBTI » est utilisé ; A pour « asexuel » « agenre » ou « aromantique » et P pour « pansexuel » ; 2S pour « two spirit » ou bispiritualité, en particulier au Canada Pour éviter ce sigle à géométrie variable, le terme parapluie « altersexuel » est parfois utilisé. « Allosexuel » a également été utilisé comme traduction commode de queer dans les années 2000, notamment au Québec, mais il s’est trouvé déprécié dans cet usage sous l’influence de l’anglais, où allosexual est plutôt utilisé par opposition à asexual. D’autres locuteurs utilisent le terme « LGBTQ+ » ou créent des sigles, comme QUILTBAG. En Belgique, le mot « holebi », emprunté au flamand (de « homoseksueel, lesbisch en biseksueel »), est également employé. Le terme MOGAI (de l’anglais « Marginalized Orientations, Gender identities, And Intersex »), visant à être plus inclusif, est également parfois utilisé.
Le terme « gay », qui signifie stricto sensus un homme homosexuel, est parfois utilisé par métonymie pour désigner l’ensemble des personnes LGBT.
* (initialement baptisées : Constitution, Histoire, Lois, Obligations, Ordonnances, Règlements et Usages de la Très Respectable Confrérie des Francs-maçons acceptés)
Dans son journal en ligne michelonfray.com le philosophe, qui est à notre connaissance profane, s’exprime sans filtre sur la Franc-maçonnerie. Nous vous livrons les premières images de son interview (le reste étant réservé aux abonnés). Comme à l’habitude, ses propos sont directs et empreints de pragmatisme.
Michel Onfray, né le 1er janvier 1959 à Argentan de Gaston Onfray, ouvrier agricole, et d’Hélène, femme de ménage abandonnée bébé puis placée à l’Assistance publique. Il a un frère cadet, Alain, et vit avec sa famille à Chambois, dans le département de l’Orne en Normandie. C’est un philosophe, essayiste et polémiste français. Il est l’auteur de plus de cent quinze ouvrages dont certains ont connu un grand succès, y compris dans les pays non francophones où il est traduit en vingt-huit langues.
À la suite de l’accession de Jean-Marie Le Pen (Front national) au second tour de l’élection présidentielle française de 2002, il quitte sa carrière d’enseignant pour créer l’université populaire de Caen où il délivre pendant seize ans le cours « contre-histoire de la philosophie » qui est retransmis sur la station de radio France Culture.
Il intervient régulièrement à la radio et à la télévision sur des sujets politiques et sociaux. Ses prises de position suscitent de nombreuses controverses.
Université populaire de Caen
Michel Onfray à Fronteiras do Pensamento Santa Catarina 2012
En 2002, Michel Onfray a déjà écrit une vingtaine d’ouvrages traduits dans douze langues. « Ses droits d’auteur conséquents et la mensualité que lui verse Grasset suffisant à ses besoins », il démissionne de l’Éducation nationale pour créer une université populaire. Il en écrit le manifeste, publié par son éditeur en 2004 sous le titre La Communauté philosophique : Manifeste pour l’Université populaire et l’implante à Caen, dans sa région d’origine, où il organise chaque année le séminaire de philosophie hédoniste, qui constitue le corps de son projet de contre-histoire de la philosophie.
Il présente son initiative en se référant aux universités populaires du xixe siècle, où des intellectuels proposaient des cours gratuits aux prolétaires. Il précise vouloir actualiser l’objectif ainsi : « démocratiser la culture au travers d’un accès gratuit au savoir, mais une culture vécue comme un auxiliaire de la construction de soi et non pas comme un énième signe de reconnaissance sociale. »
Michel Onfray est également motivé par l’accession au second tour des élections présidentielles françaises de 2002 de Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national (Rassemblement national depuis juin 2018) dont il combat les idées. Il cite Auguste Blanqui qui, selon lui, s’inquiétait en son temps de la pertinence du principe du suffrage universel pour un peuple illettré. Il fait le parallèle avec la situation présente d’une population qu’il juge entretenue « dans l’obscurantisme par le système économique libéral présenté comme l’horizon indépassable par la droite et la gauche de gouvernement ».
À l’origine, l’université compte un « noyau dur » de cinq fondateurs : Michel Onfray, Séverine Auffret, philosophe et féministe, Gilles Geneviève, ancien instituteur, Gérard Poulouin, agrégé de lettres modernes et enseignant et Raphaël Enthoven, philosophe. Ce dernier quitte l’équipe après quelques années.
L’accès à l’université est libre ; les professeurs sont bénévoles ; il n’y a pas d’examens, pas de présence obligatoire, pas de diplômes. Elle est organisée par l’association loi de 1901 Diogène & Co, qui n’a aucun adhérent. Son bureau est constitué de Micheline Hervieu, ancienne libraire d’Argentan, et de François Doubin, ancien ministre radical de gauche de François Mitterrand et ancien maire d’Argentan. Son budget est d’environ 80 000 euros par an, provenant uniquement de subventions publiques jusqu’au début des années 2010. Le Conseil régional de Basse-Normandie ayant demandé à l’association de disposer de ressources propres, celle-ci a développé les ventes de produits dérivés. Dans un article de la Revue du crieur publié en 2015, le journaliste Nicolas Chevassus-Au-Louis indique que cette instance « ne joue aucun rôle dans le fonctionnement de l’association. De fait, seul Michel Onfray et ce qu’il appelle « sa garde rapprochée » formée de vieux amis normands, dirigent l’université populaire de Caen (en particulier dans le choix, par cooptation, des nouveaux enseignants), hors de toute procédure formalisée. »
Dès la première année, elle accueille 10 000 personnes. Selon Nicolas Chevassus-au-Louis, grâce au succès de son université populaire, Michel Onfray acquiert une « aura de philosophe du peuple ». Il augmente aussi sensiblement ses passages dans les émissions de radio et télévision, passant d’une vingtaine d’apparitions par an au mieux avant 2002, à une apparition minimum par semaine ensuite.
Michel Onfray lance également, en 2006, l’université populaire du goût à Argentan, avec pour objectif initial de proposer une éducation à la gastronomie. Après 2012 et un conflit entre celui-ci et certains de ses collaborateurs, Nicolas Chevassus-au-Louis estime qu’« elle se transforme en une succession d’événements-spectacles, bien éloignés de l’esprit originel ». Elle est délocalisée, en 2013, à Chambois, village natal du philosophe.
En septembre 2018, après avoir appris que France Culture, sous la direction de Sandrine Treiner, cessait la diffusion de ses conférences, Michel Onfray annonce la fin de sa participation à l’université populaire de Caen. Il dénonce, sur sa web TV, des pressions politiques du pouvoir en place et une atteinte à liberté de conscience, de pensée et d’expression. En retour, la direction de la station explique que sa décision est uniquement motivée par le respect des standards de la chaîne et le pluralisme des intervenants et que France Culture est libre de tout pouvoir
Pour la première fois, une exposition d’envergure se consacre à l’art des massues du Pacifique et interroge, sous le commissariat de Steven Hooper, les multiples facettes d’objets ethnographiques d’exception, méconnus et souvent mésestimés.
« Massues », « casse-têtes », « armes traditionnelles »… derrière ces appellations réductrices se niche une catégorie d’objets longtemps enfermés dans des lieux communs et préjugés.
Sous l’impulsion du commissaire de l’exposition, Steven Hooper, Pouvoir et Prestige souhaite leur rendre justice et mettre en lumière la complexité, la beauté et l’importance culturelle de ces œuvres d’art qui offrent un point d’entrée inédit vers les cultures du Pacifique dans son entier, de l’Australie à l’île de Pâques. Une première pour une exposition d’une telle envergure, qui rassemble près de 140 pièces exceptionnelles conservées dans des collections européennes, publiques ou privées.
Sans nier la dimension guerrière et la part de violence, réelle ou symbolique, auxquelles renvoient les massues, l’exposition s’attachera particulièrement à mettre en valeur le raffinement de leur sculpture, l’élaboration de leur ornementation et l’ensemble des caractéristiques, matérielles, spirituelles, qui en font bien plus que de simples outils. Ainsi, les massues se révèleront sculptures, œuvres d’art, objets de représentation, symboles d’autorité et de prestige, images et réceptacles du divin, objets d’échange et instruments cérémoniels. L’exposition n’omettra pas, non plus, la valeur historique de pièces désignées tour à tour comme des souvenirs, des trophées, des documents ethnographiques et bien plus encore.
Palazzo Cavalli-Franchetti à Venise
L’exposition Pouvoir et Prestige – Art des massues du Pacifique a été présentée au Palazzo Cavalli-Franchetti à Venise du 16 octobre 2021 au 13 mars 2022.
L’exposition est organisée par la Fondazione Giancarlo Ligabue à Venise et le musée du quai Branly –Jacques Chirac à Paris.
Collectif – Conform édition, N° 101, juillet 2022, 96 pages, 13 €
La Chaîne d’Union est la revue trimestrielle d’études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Une revue entièrement vouée à la réflexion maçonnique.
Créée en 1864 à Londres par des francs-maçons français exilés, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III. Au sommaire du dossier de ce numéro de juillet 2022, nous avons « Matières à débat », le « Dossier », « Études et recherches, ainsi que les « Notes de lecture ».
Le dossier de ce numéro est consacré à « Du féminin en loge ». Le sommaire du 101 est le suivant : ÉDITORIAL par Jacques Garat
MATIÈRE À DÉBATS : – Sur les deux hémisphères par Yonnel Ghernaouti – « Cancel culture » ou le triomphe de la « culture du vide » par Naudot Taskin – Histoire, constats et perspectives de la laïcité par Naudot Taskin – La tradition alchimique en Maçonnerie par Laurent Segalini – Une sagesse pour l’action par Jacques Garat
CHRONIQUE INACTUELLE « La guerre est dans ma tête » par Daniel Beaune
DOSSIER : DU FÉMININ EN LOGE – La part féminine de la franc-maçonnerie anglo-saxonne par Roger Dachez – Du féminin à l’œuvre par M.-D. Massoni – Fraternité, sororité, adelphité par Joëlle Marchal – Réflexions sur un chemin par Nathalie Zenou – Femme, Soeur, Conseillère de l’Ordre par Audrey Desplanques
ÉTUDES ET RECHERCHES – Le Symbolisme, histoire d’une revue par Philippe Langlet
NOTES DE LECTURE par Jacques Garat par Yonnel Ghernaouti par Naudot Taskin
De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
Dans ces longues et chaudes journées d’été, tout coule lentement, les pensées errent librement sans salamecs ni fioritures. Les ateliers sont fermés. Maillets, Ciseaux, Compas, Équerres, Règles, tout a été nettoyé et rangé avec soin par les mains expertes d’ouvriers scrupuleux. Le tablier est soigneusement plié. Les gants mis de côté, le joyau de la loge poli et conservé. Le silence est tombé dans l’atelier, l’autel est obscur.
Les Frères et Sœurs ont dit au revoir au solstice d’été, avec la promesse de reprendre le travail bientôt « avec force et vigueur ».
Quelques jours se sont écoulés depuis ces salutations et ces embrassades fraternelles, mais la nostalgie persiste déjà en moi. Il n’y a pas de cliquetis des outils qui travaillent dans l’atelier, il n’y a pas de bruit de fond des Frères et Sœurs dans le temple, il n’y a pas d’odeur de l’encens qui brûle, il n’y a pas de lumière émanant des bougies de l’autel, il n’y a pas la chaleur et l’énergie des poignées de main gantées.
Lentement s’éteint la flamme qui brûle dans le cœur de chaque franc-maçon, qui est constamment alimentée par la fréquentation de la Loge, par le travail constant sur soi, mais elle ne s’éteint pas.
C’est à propos de ce feu que je veux écrire, celui qui brûle dans le cœur de chaque franc-maçon.
Il représente la force profonde qui permet l’union des contraires et l’ascension vers la sublimation ; c’est le moteur de la régénération périodique de la Nature et conduit l’esprit à l’acte et à l’action psychique.
Il forme l’individualité et le développement de la personnalité, le spermatozoïde, le principe des situations, le commencement des choses, la réaction et la cause.
Énergie, puissance, passion, action, mais aussi méditation, liberté : tels sont ses principaux attributs. Il faut aussi souligner qu’elle est l’agent relationnel naturel entre le microcosme et le macrocosme.
En alchimie, sa qualité vivifiante est accentuée, en ce sens qu’elle intervient dans une réaction, aboutissant à une modification de la matière.
Élément dynamique et agent purifiant maximal, il élève tout à un plus haut degré de perfection et, pour cette raison, se caractérise par la pureté et l’excellence.
Elle symbolise essentiellement la chaleur, la sécheresse, le mouvement rapide et l’extrême légèreté et raréfaction.
C’est l’élément de transformation, car la chaleur qu’elle dégage se dilate, modifie les formes et est surtout ambivalente : un facteur de salut qui purifie, régénère et anime le soi-disant « feu intérieur » mais, si elle est hors de contrôle, elle est totalement destructrice et dévorante, comme les passions ou la violence.
On laisse s’éteindre la flamme en ces longues journées d’été, mais on entretient les braises. Bientôt, dans les ateliers nous reprendrons le travail et nous aurons besoin du Feu dans toute sa puissance.
Comment la gardez-vous en vie ?
Nous respirons profondément et déplaçons notre conscience vers le cœur. A l’intérieur on visualise une petite flamme rouge qui brûle.
Nous disons mentalement les mots suivants :
Je suis franc-maçon.
Concentrons-nous sur leur signification. Alimentons doucement cette flamme. Regardons-là s’étendre dans toutes les directions. Imaginons que le processus de transmutation alchimique du plomb en or a commencé en nous et nous restons concentrés sur ce processus.
Portrait officiel de Philippe Pétain (c. 1941) (photographie de propagande, imprimerie Draeger)
Chef de l’État français, Philippe Pétain — à peine colonel, à la veille de la Première Guerre mondiale, et maréchal quatre ans plus tard — doit une partie de la lenteur de sa carrière à sa fiche qui dénonce ses idées nationalistes et cléricales.
Arthur Groussier (1863-1957) ne pouvait l’ignorer – compte tenu de ses divers mandats à l’Assemblée nationale ou à la Chambre des députés – député de la Seine de 1893 à 1902 et de 1906 à 1924 –et/ou fonctions au sein de l’ordre – en 1907, il est élu au conseil de l’ordre qu’il ne quitta pour ainsi dire pas jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ! Il reconnaît la nouvelle autorité de Philippe Pétain. Mais le 13 août 1940, son mandat est interrompu par la promulgationpar le régime de Vichy de la loi interdisant les sociétés secrètes.
Le 28 octobre 1904, le scandale de I’« affaire des fiches » éclate à la Chambre des députés, révélant un pacte secret conclu par le ministre de la Guerre avec les loges maçonniques du Grand Orient de France pour épurer et républicaniser l’armée. En effet, depuis 1901, un système de délation des opinions politiques et religieuses des officiers, pour décider de leur avancement ou non, a existé au niveau national, aboutissant à la rédaction de près de 20 000 fiches.
Sur cette affaire, nous lirons utilement de François Vindé L’Affaire des fiches (1900-1904) : chronique d’un scandale (Éd. universitaires, coll. « Documents », 1989) ou encore d’Emmanuel Thiébot Scandale au Grand Orient (Larousse, 2008) qui combine passages romancés et documents d’archives du GODF ;
plus récemment, nous lui devons Le scandale oublié de la Troisième République (Dunod, Coll. EKHO, 2021).
Selon la formule maçonnique « Afin que nul ne l’ignore », nous portons cette lettre à votre connaissance.
La lettre du Grand Maître Groussier à Pétain :
« Monsieur le Maréchal,
Devant les malheurs de la Patrie, tous les Français doivent consentir les plus grands sacrifices : mais en est-il un plus douloureux que celui de détruire l’œuvre à laquelle on a donné le meilleur de sa pensée et de son cœur ? Si pénible que cela nous soit, nous croyons accomplir notre devoir présent en nous soumettant à la décision du Gouvernement français concernant la Franc-Maçonnerie du Grand Orient de France, tout en vous présentant, en raison des mensonges répandus sur cet ordre philosophique, une déclaration aussi solennelle que respectueuse.
Dans l’impossibilité absolue de réunir l’Assemblée ou le Conseil qui détiennent les pouvoirs statutaires de décider en cette matière, mais nous appuyant sur la confiance qui nous a été maintes fois accordée et prenant l’entière responsabilité de notre charge, nous déclarons que le Grand Orient de France cesse son fonctionnement et que toutes les Loges qui en relèvent doivent immédiatement renoncer à poursuivre leurs travaux si elles ne l’ont déjà fait.
Sans doute, comme dans toutes les institutions humaines, la Franc-Maçonnerie du Grand Orient de France a eu ses faiblesses, mais durant ses deux siècles d’existence elle compte à son actif de belles pages d’histoire, depuis les Encyclopédistes jusqu’au maréchal Joffre, vainqueur de la Marne. Elle a brillé par sa grandeur morale et elle ne peut rougir ni de son idéal ni de ses Principes. Elle succombe victime d’erreurs à son endroit et de mensonges car, dans son essence, elle a le respect de la pensée libre, des convictions et des croyances sincères. Elle a toujours honoré le travail. Son but suprême est l’amélioration morale et matérielle des hommes, dont elle voudrait poursuivre l’Union par la Fraternité. Elle a conscience, dans les évènements que la France vient de traverser, de n’avoir failli ni à sa tradition ni au devoir national. À de nombreuses reprises, elle a fait appel aux bons offices du Président Roosevelt dans le but de maintenir la paix entre les peuples, et c’est le coeur saignant qu’elle a vu se déchaîner l’effroyable conflit.
Combien d’hommes politiques et autres a-t-on prétendu être Francs-Maçons qui ne l’ont jamais été ? Et comme l’on se trompe en affirmant que le Grand Orient de France, dans ces vingt dernières années, a été le maître du pouvoir ou son serviteur.
Il n’a non plus jamais subi une direction étrangère, notamment celle de la Grande Loge d’Angleterre, avec laquelle il n’a aucun rapport ni officiel, ni officieux, depuis 1877. En sens contraire, il n’a jamais cherché à influencer aucune puissance maçonnique d’autres pays qui, toutes, ont toujours eu le haut souci de leur indépendance nationale.
Si, actuellement, nous ne pouvons administrer personnellement la preuve de nos affirmations – puisque nos archives ont été saisies au siège et à nos domiciles par les autorités d’occupation –, il doit rester encore, en France non occupée, une documentation qui peut, sans contestes, en démontrer la véracité.
On insinue aussi que nous sommes aux ordres de la Finance internationale. Les signataires de cette lettre, qui figurent parmi les plus hauts dignitaires de l’ordre maçonnique, sont restés de situation modeste : la simplicité et la dignité de leur vie, facile à contrôler, leur permettent de dédaigner une si déshonorante imputation. La Banque de France est le seul établissement bancaire, avec les Chèques Postaux, où le Grand Orient de France possède un compte courant. Ses titres, au reste bien modestes, sont des titres français : rentes sur l’État ou Bons de la Défense Nationale.
Enfin, le principal grief qui nous est fait, c’est d’être une société secrète, ce qui est encore inexact au sens légal du mot. Le 3 janvier 1913, le Grand Orient de France devenait une association déclarée, ayant personnalité civile, en déposant ses statuts et en renouvelant, tous les ans, à la Préfecture, le dépôt des noms de ses 33 Administrateurs. Au reste, il suffit de consulter l’Annuaire Universel Didot-Bottin, Tome Paris, pour trouver aux Professions, à la rubrique « Franc-Maçonnerie », toutes indications sur le Grand Orient de France avec les noms et professions des membres du Bureau.
Le Grand Orient de France comptait parmi les forces spirituelles qui composaient notre nation. Sa fermeture suffira-t-elle à apaiser certaines haines ? Puisse-t-elle, au moins, aider au rapprochement de tous les Français qui, avec des tempéraments différents, ont l’intention de travailler loyalement au redressement moral et à la prospérité de la France.
Nous vous prions, Monsieur le Maréchal, de bien vouloir agréer l’assurance de notre profond respect.
Pour le Grand Orient de France . . .
Le Président,
Arthur Groussier
Le Secrétaire,
Louis Villard »
Deux textes relatent et analysent cet événement.
Celui de Charles Goldstein intitulé «Le cas Arthur Groussier : Arthur Groussier mérite-t-il son temple ? » (Chroniques d’histoire maçonnique, 2013/1, N° 71, p. 84 à 92) et celui d’André Combes, professeur agrégé d’histoire et auteur de nombreux ouvrages sur la franc-maçonnerie, « La lettre à Pétain pèse sur sa mémoire» (La Chaîne d’Union, 2006/1, N° 38, p. 34 à 45).
Les écrits de Charles Goldstein « … Et, le 7 août, il écrit sa controversée adresse au
Maréchal Pétain […] sensée protéger les francs-maçons… »
André Combes nous apprend que le Comité d’Action Maçonnique (C.A.M.) « coordonne, jusqu’à la Libération, l’activité maçonnique et organise la réouverture clandestine des ateliers du Grand Orient ou l’ouverture de loges fondées conjointement par des Frères du Grand Orient et de la Grande Loge ».
Une fois le Grand Orient de France rétabli dans la légalité en 1944, « le 6 septembre 1944, le Conseil de l’Ordre, réuni dans l’immeuble de la rue Cadet juste libéré, restitue ses pouvoirs à Groussier. Les 13 et 14 janvier 1945, en son absence, le Conseil annexe la lettre à son p.v., et celui-ci est approuvé à l’unanimité ».
Arthur Groussier en 1914
Pour en savoir plus sur Arthur Groussier, nous vous recommandons la lecture du Arthur Groussier, Le franc-maçon réformiste (Conform édition, Coll. Pollen maçonnique, 2016) de Denis Lefebvre.
Relevons aussi que l’œuvre en qualité de Maçon d’Arthur Groussier a été considérable. C’est lui qui dans l’Entre-deux-guerres plaidera pour un retour aux sources symboliques du Rite Français. Le texte établi sous la direction d’Arthur Groussier et adopté en 1938, puis 1955 marque un début de retour du symbolisme dans le rituel de référence du Grand Orient sous le nom de « Rite Français dit Groussier ».
Édition Plon – non daté
Arthur Groussier, père du Code du Travail, un nom passé à la postérité
Le plus grand des temples du Grand Orient de France installés au siège de l’obédience, rue Cadet, à Paris porte son nom. Il sert en particulier aux conférences publiques et aux tenues exceptionnelles.
Temple Arthur Groussier
Une rue du 10e arrondissement de Paris, à proximité de l’hôpital Saint-Louis, porte son nom. Une rue ouverte avant 1878, sous le nom de « passage Parmentier », prenant ensuite le nom de « rue Parmentier » avant de prendre sa dénomination actuelle le 18 mars 1965, nommée en l’honneur d’Arthur Groussier, député socialiste, syndicaliste et Grand Maître du Grand Orient de France.
Ainsi qu’une autre rue à proximité de l’hôpital Jean-Verdier à Bondy. Par ailleurs, la salle de réunion du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris porte aussi son nom.
Sources : Wikipédia, Le Maitron, cairn.info, Assemblée nationale
Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle ou pèlerinage de Compostelle est un pèlerinage catholique dont le but est d’atteindre le tombeau attribué à l’apôtre Saint Jacques le Majeur, situé dans la crypte de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice (Espagne). C’est un « Chemin semé de nombreuses démonstrations de ferveur, de pénitence, d’hospitalité, d’art et de culture, qui nous parle de manière éloquente des racines spirituelles du Vieux Continent ».
Créé et instauré après la découverte des reliques de Jacques de Zébédée au début du ixe siècle, le pèlerinage de Compostelle devient à partir du xie siècle un grand pèlerinage de la chrétienté médiévale mais c’est seulement après la prise de Grenade en 1492, sous le règne de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle la Catholique, que le pape Alexandre VI déclare officiellement Saint-Jacques-de-Compostelle lieu d’un des « trois grands pèlerinages de la Chrétienté », avec ceux de Jérusalem et de Rome.
Depuis la fin du xxe siècle, l’interprétation du sanctuaire catholique subit une évolution doctrinale : le mot tombeau est disparu des discours des derniers papes depuis Jean-Paul II : Jean-Paul II parlant du mémorial de Saint Jacques sans utiliser le mot reliques et Benoît XVI disant simplement que la cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle « est liée à la mémoire de Saint Jacques ».
Les chemins de Compostelle, qui correspondent à plusieurs itinéraires en Espagne et en France, ont été déclarés en 1987 « premier itinéraire culturel » par le Conseil de l’Europe. Depuis 2013, les chemins de Compostelle attirent plus de 200 000 pèlerins chaque année, chiffre qui connait un taux de croissance de plus de 10 % par an.
Aussi dénommés Jacquets, les pèlerins viennent essentiellement à pied et souvent de villes proches demandant peu de jours de marche pour atteindre Santiago. Le Camino francés rassemble les 2/3 des marcheurs mais les autres chemins mineurs connaissent une croissance de leur fréquentation supérieure au chemin traditionnel. Les mois d’été sont les plus fréquentés par les pèlerins et les pèlerins espagnols y sont majoritaires (les pèlerins d’origine étrangère dominent le reste de l’année).
Saint Jacques et l’Espagne
D’après une tradition, l’apôtre Jacques aurait quitté le Proche-Orient au ier siècle avec pour mission de prêcher la parole du Christ en Occident jusque dans la péninsule Ibérique. De retour en Palestine, il aurait été décapité sur ordre du roi Hérode Agrippa et sa dépouille, recueillie par ses compagnons, portée dans une embarcation. « Guidé par un ange », l’esquif franchit le détroit de Gibraltar avant de s’échouer sur les côtes de Galice. L’emplacement du tombeau aurait été perdu jusqu’au ixe siècle.
Les premiers écrits mentionnant la prédication de Jacques en Espagne remontent au ve siècle (par saint Jérôme (345-420)). En 419, saint Augustin soutient lui aussi la thèse de l’évangélisation de l’Espagne par Saint Jacques. Mais à la fin du ve siècle, un ouvrage apocryphe (Histoire du combat apostolique) conteste cette hypothèse indiquant que Jacques aurait évangélisé la Palestine (et non l’Espagne). L’ouvrage, s’il est condamné par le pape Gélase Ier (492-496), reste néanmoins en circulation, et « toléré ». Vers la fin du vie siècle, le texte est traduit en latin et rediffusé en Occident. D’autres documents diffusés en Orient donnent les lieux d’évangélisation des différents apôtres, sans jamais mentionner l’Espagne pour Saint Jacques. De même, son lieu de sépulture indiqué serait en Orient, fluctuant entre la Judée, Césarée de Palestine, l’Égypte ou la Libye. Ces textes sont repris au xiie siècle et incorporés au Codex Calixtinus. En 650, les catalogues apostoliques (publiés en Orient) sont traduits en Occident mais avec des variantes pour certains apôtres ; par exemple, l’Espagne qui est attribuée à Saint Jacques (au lieu de la Palestine) mais sa tombe est toujours située en Orient. Appuyé par cet écrit, la thèse de l’apostolat de Saint Jacques en Espagne s’accrédite définitivement de plus en plus en Occident au début du viiie siècle. Après la conquête de l’Espagne par les musulmans, et avant la découverte du tombeau, le culte de Saint Jacques se développe dans les zones restées sous contrôle des royaumes chrétiens. Ainsi, avant la fin du xiiie siècle, une fête de Saint Jacques est inscrite au calendrier liturgique espagnol le 25 juillet (elle n’existait pas auparavant).
La supposée translation des reliques de Jacques en Espagne est rapportée par le Codex Calixtinus qui reprend un document du ixe siècle, la Lettre apocryphe du pape Léon : après sa mort « par l’épée » en Palestine sur ordre du « roi Hérode », ses disciples auraient récupéré son corps et l’auraient embarqué sur un navire qui, en sept jours, les aurait transportées en Espagne. Ce récit de translation, caractéristique de la littérature hagiographique, est repris dans les compilations ultérieures et s’enrichit au xiie siècle : après avoir accosté dans le port romain d’Iria Flavia, le corps de Jacques aurait été inhumé dans le temple païen (ou le palais) que la reine Lupa, nouvellement convertie, leur avait cédé.
Ces traditions, d’après Mgr Duchesne, directeur de l’École française de Rome, ne sont fondées sur aucune réalité historique : « de tout ce que l’on raconte sur la prédication de Saint Jacques en Espagne, la translation de ses restes et la découverte de son tombeau, un seul fait subsiste : celui du culte galicien. Il remonte jusqu’au premier tiers du ixe siècle et s’adresse à un tombeau des temps romains que l’on crut alors être celui de Saint Jacques ».
D’après la tradition, la redécouverte « miraculeuse » d’un tombeau en Galice est l’œuvre de l’ermite Pelagos (ou Pelagius), ermite vivant dans les bois près de la future ville de Compostelle, vers 813. Celui-ci aurait eu une révélation, durant son sommeil, de l’emplacement du tombeau. Il aurait été guidé par une « pluie d’étoiles » vers le lieu et y aurait découvert un tumulus, lieu nommé depuis campus stellarum (« champ des étoiles »), la légende voulant que ce soit l’origine du nom « Compostelle ».
L’ermite en avertit Théodomir, évêque d’Iria Flavia (aujourd’hui une paroisse rurale près de Padrón), qui y découvre en 838 le tumulus, « édicule sépulcral » dans un cimetière d’époque romaine. À la suite de cette révélation mystérieuse et après concertation, l’Église locale déclare qu’il s’agit « du tombeau de l’apôtre Jacques, frère de Jean l’Évangéliste et premier apôtre martyr de la chrétienté ». Aussitôt avisé, le roi Alphonse II y fait édifier une église dédiée à Saint Jacques (bâtie à l’emplacement de cette découverte) et abritant ses reliques. D’autres églises seront construites plus tard : une église dédiée à Jean le Baptiste et le monastère de San Pelayo de Antealtares. Le roi encourage également le pèlerinage sur le lieu. Il est à noter que les premiers écrits (829, 844 et 854) citant la découverte des reliques ne fournissent aucun détail sur le déroulement de la découverte. Il faut attendre 1077 pour trouver un texte en relatant les conditions.
Cette découverte des reliques survient à un moment crucial de l’histoire espagnole : celle de la Reconquista des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique par les souverains chrétiens.
L’invention du tombeau de Saint Jacques, datée du ixe siècle, est rapportée pour la première fois par l’Historia compostelana, gesta écrite au xiie siècle par deux chanoines de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, proches de l’archevêque Diego Gelmírez. Cette eulogie de l’archevêque assure définitivement le culte local de Saint Jacques, jusque-là contesté, en se faisant l’écho d’une tradition relatée dans le Concordia de Antealtares, accord signé en 1077 entre l’évêque de Compostelle, Diego Pelaez, et l’abbé du monastère, selon le récit empreint du merveilleux propre au Moyen Âge.
Une autre tradition jacobéenne évoque l’invention du tombeau sans la tête (de l’apôtre). La récupération (ultérieure) de la tête de Jacques s’inscrit dans la tradition typique du vol de reliques : vers 1100, lors d’un pèlerinage à Jérusalem, Maurice Bourdin, moine bénédictin d’Uzerche devenu archevêque de Braga, aurait subtilisé la tête de l’apôtre Jacques dans une église de la ville sainte. Celle-ci aurait été rapidement récupérée par l’évêque de Compostelle.
Certains historiens comme Philippe Martin considèrent que le corps retrouvé au ixe siècle et identifié comme celui de Saint Jacques-de-Compostelle est en fait celui de l’hérétique Priscillien.
Pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle avec sa besace, son bourdon et sa coquille Saint-Jacques fixée au chapeau, gravure de 1568.
Au cours des xe et xie siècles, le culte de Saint Jacques est étroitement lié, en Espagne, à la reconquista.
À l’époque, les musulmans n’occupent que les régions situées au sud de la cordillère centrale ou Sierra de Guadarrama. Les premiers pèlerins arrivent par voie maritime ou empruntent l’ancienne voie romaine au sud de la Cordillère Cantabrique. Les pèlerins sont soumis à différentes menaces comme les attaques des Normands au Nord, les rezzous des seigneurs musulmans (comme l’attaque de Almanzor en 997 qui rase la ville de Santiago), sans parler des loups ou autres brigands. Par exemple, vers 960, Raymond II, comte de Rouergue est tué par les Sarrasins lors de son pèlerinage. Avec la reconquête et l’extension au sud des royaumes espagnols, une nouvelle route « officielle » se met en place à partir de la fin du XIe siècle : le Camino francés. Après la prise de Jérusalem par les Turcs au xie siècle et la difficulté (voire l’impossibilité) pour les pèlerins chrétiens de se rendre à Jérusalem, il ne reste plus à la chrétienté européenne que deux grands pèlerinages : Rome et Saint-Jacques, ce qui développe d’autant cette voie de pèlerinage.
Les pèlerins avaient pour coutume de rapporter comme témoignage de leur voyage des coquilles de pectens, qu’ils fixaient à leur manteau ou à leur chapeau, d’où le nom de coquilles Saint-Jacques donné par la suite à ces mollusques. La coquille Saint-Jacques était, à l’issue du voyage, le signe qu’un homme nouveau rentrait au pays. Elle deviendra l’un des attributs reconnaissables du pèlerin, avec le bourdon, la besace et le chapeau à larges bords. La coquille fut parfois gravée dans la pierre sur les frontons ou les chapiteaux des églises.
Sur les chemins de Compostelle qui canalisent les pèlerins, les infrastructures se développent. Si de nombreux éléments (routes, ponts, hôtels) sont créés spécifiquement pour répondre aux besoins des pèlerins, ce n’est pas systématiquement le cas, ces axes étant également utilisés pour le commerce et la circulation des personnes. Des abbayes, hôpitaux et refuges sont ouverts sur les voies de circulation des pèlerins pour leur accueil matériel et spirituel, tant par des ordres monastiques que par des rois ou même des particuliers.
Le pèlerinage contemporain
S’il est parcouru depuis le ixe siècle par des chrétiens faisant étape dans des monastères, le pèlerinage de Saint-Jacques est également devenu une randonnée pédestre célèbre, où les marcheurs croisent les amateurs d’art roman.
Un chemin de Compostelle est bien identifié en Espagne : le Camino francés qui a été la voie de communication du nord de l’Espagne très fréquentée après la Reconquista pour favoriser le repeuplement des royaumes du Nord. Cette voie conduisait à Compostelle mais tous ceux qui l’ont empruntée ne sont sans doute pas allés jusqu’en Galice.
En France, des itinéraires qualifiés de chemins de Saint-Jacques ont été tracés par la Fédération française de randonnée pédestre à partir du début des années 1970. Le premier exemplaire ronéoté du topo-guide du GR 65 pour le tronçon Le Puy-Aubrac date de 1972. Ce chemin de Saint-Jacques est devenu le sentier de grande randonnée GR 65.
Certains pèlerins réalisent parfois le chemin inverse, après avoir atteint la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, tandis que d’autres vont à Padrón voir l’amarrage de la barque du saint, au cap Finisterre considéré au Moyen Âge comme le bout du monde, voire à Fátima au Portugal.
Les mots les plus fréquemment échangés par les pèlerins sont hola (« bonjour »), buen camino (« bon chemin »), ultreïa (expression latine qui apparaît notamment dans un poème du Codex Calixtinus : « Herru Sanctiagu, Gott Sanctiagu, E Ultreia, e suseia, Deus aia nos » qui peut se traduire par : « Monseigneur Saint Jacques, Bon Daint Jacques, allons plus loin, plus haut, Dieu nous aide », ultreïa étant un cri d’encouragement à aller plus loin).
Les évêques français et espagnols, responsables des diocèses traversés au cours du pèlerinage, se retrouvent régulièrement pour réfléchir au sens à donner au Chemin pour tous les pèlerins du xxie siècle. La première rencontre fut ainsi organisée en 2009 à l’initiative de Mgr Julián Barrio Barrio, évêque de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis 1996. La dernière rencontre entre les évêques français et espagnols s’est déroulée en juillet 2015 à Bayonne. Elle s’est conclue par la publication d’une lettre pastorale qui allait dans le sens d’un renouveau du sens spirituel du pèlerinage.
Statistiques de fréquentation du pèlerinage
Données générales
Jacques le Majeur comme un pèlerin par Gil de Siloé Metropolitan Museum of Art.
La ville de Saint-Jacques-de-Compostelle reçoit chaque année plus de trois millions de visiteurs. Depuis les années 1990, le pèlerinage de Saint Jacques connaît une forte croissance de fréquentation, de près de 11 % par an, avec des pics marqués lors des années jacquaires (en moyenne, 100 000 pèlerins en plus que l’année précédente). À peine 10 000 en 1992, les pèlerins sont 50 000 en l’an 2000, et plus de 200 000 en 2013. Le Bureau d’accueil des pèlerins (Oficina de Acogida de pereginos) fournit une mise à jour mensuelle des statistiques d’arrivée des pèlerins.
Les pèlerins se rendent à Santiago à pied ou à vélo, parfois à cheval ou même en fauteuil roulant. Des statistiques détaillées sont tenues à jour par ce même Bureau des pèlerins.
Ainsi, en 2017, 301 036 randonneurs-pèlerins y ont été enregistrés, dont 43 % environ dans un but (déclaré) religieux, 47 % pour raison spirituelles, et 9 % pour raisons sportives ou autre. Le ratio hommes/femmes est d’environ 55 % d’hommes et 45 % de femmes. Le mode de déplacement est majoritairement « à pied » (entre 80 et 90 %), et à vélo (10 à 20 %). On note également la présence de quelques pèlerins à cheval (moins de 0,5 % des effectifs), ainsi que quelques pèlerins en fauteuil roulant (de quelques dizaines à une centaine par an).
Origine des pèlerins
La fréquentation de tous les chemins augmente d’année en année, mais celle du camino francés augmente moins vite que les autres, et son importance relative diminue (84 % en 2005, mais 60 % en 2017). La plus grosse progression se fait sur le camino portugués (6 % en 2005 à 20 % en 2017), avec un nombre de pèlerins multiplié par 8 en 10 ans (de 5 500 en 2005 à 43 000 en 2015). Le camino del Norte voit son trafic multiplié par 4 sur la même période (3 800 en 2005 à 15 800 en 2015).
Les villes de départ les plus fréquentes sont surtout des villes proches de Saint-Jacques-de-Compostelle, permettant ainsi de réaliser le pèlerinage en quelques jours. Les principales villes de départ sont donc situées à une centaine de kilomères de Santiago, sur les différents chemins (Sarria, Ponferrada, Cebreiro et Astorga sur le Camino francés ; Ferrol sur le Camino engles).
Autre point de départ privilégié : les villes frontières situées sur les chemins de pèlerinage, comme Saint-Jean-Pied-de-Port (premier point de départ hors Espagne) ou Roncevaux sur le Camino Francés, ou bien Valença do Minho et Tui situés de part et d’autre de la frontière Portugal-Espagne (sur le Camino Portugués). Enfin, nous trouvons de grandes villes régionales (comme Léon ou Oviedo).
Les grands pôles de départ situés en France ne rassemblent que peu de pèlerinsN 25 :
Arles via Toulouse (Via Tolosana) : 200 pèlerins ;
Paris via Tours (Via Turonensis) : 117 pèlerins ;
Vézelay via Limoges (Via Lemovicensis) : 216 pèlerins ;
Bayonne via le col de Belate (Voie du Baztan et Voie de Soulac) : 739 pèlerins ;
à l’exception du Puy-en-Velay via Cahors (Via Podiensis) qui comptabilise tout de même 3 134 pèlerins (soit 1 %).
Le recensement des arrivants révèle également des pèlerins partis au-delà de la France, en amont : 2 de Russie, 1 de Finlande, 42 de Pologne, 578 de Hollande ou 2 de Jérusalem.
L’Espagne fournit le contingent de pèlerins le plus important (46 % en 2015), les pays voisins européens fournissent le gros des effectifs (Italie : 8,4 % ; Allemagne 7,1 % ; Portugal 4,7 %, France 3,8 %), avec quelques contingents significatifs de pays éloignés (États-Unis 5,2 % ; Canada 1,6 % : Corée du Sud 1,5 % ; Brésil 1,5 %). Les statistiques 2015 recensent 180 pays différents, y compris des pays du Maghreb et de la péninsule arabique.
Période de pèlerinage
Cumul mensuel de pèlerins (en 2015)
Les pèlerins arrivent majoritairement en été à Santiago et les mois d’hiver sont les plus creux. Il n’y a cependant pas de trêve hivernale, avec tout de même plusieurs dizaines de pèlerins par jour même en janvier (à comparer aux près de 2 000 pèlerins quotidiens du mois d’août). À noter que les pèlerins espagnols sont majoritaires en juillet et août (60 %), alors que le reste de l’année, ce sont les pèlerins d’origine étrangère qui dominent (de 59 à 70 % en mai-juin et septembre-octobre).
Les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle se sont vu attribuer plusieurs noms selon les époques. Le plus connu est « Jacquet» (étymologiquement « celui qui va à Saint-Jacques »).
Le mot « Romieu » désigne le pèlerin se rendant à Rome, autre grand pèlerinage. Le terme a également été utilisé pour d’autres pèlerinages et, suivant les époques, fut également donné aux pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Présentation
Pèlerins sur la voie limousine près de Bougue dans les Landes.
Des toponymes portent la trace de ce passé, tel que « Pont Romieu » à Conques parmi d’autres ponts le long des chemins. Au fil du temps, et l’imaginaire aidant, ces ponts deviennent « romains ». On trouve également une abbaye de La Romieu, lieu d’accueil des pèlerins, et des fontaines, telles que Font Romieu à Saint-Côme-d’Olt. En Espagne, Romieu se transforma en « Romero », que l’on retrouve aujourd’hui dans différents noms de lieux.
Les pèlerins ont de tout temps emprunté les voies de communication des autres voyageurs (marchands, artisans, clercs, gens d’armes…). Les conditions de leur voyage étaient les mêmes que celles de ces autres voyageurs. Ils étaient soumis aux mêmes aléas. Selon leurs possibilités financières ils utilisaient les moyens de transport existants (en particulier les fleuves) et les hébergements communs à tous ceux qui se déplaçaient. Les maisons Dieu accueillaient les pauvres, passants et pèlerins et ceux qui le pouvaient logeaient à l’auberge. L’édition en 1882 du dernier Livre du Codex Calixtinus, manuscrit compilé au xiie siècle, apporta des informations sur les routes qui vont à Compostelle. Ce Livre fut considéré comme un guide du pèlerin. Sa traduction en 1938 publiée sous ce titre amplifia la confusion. « Aucun manuscrit médiéval comportant exclusivement le dernier livre du livre de saint Jacques ne nous est parvenu et ne permet donc de penser que ce texte a pu être utilisé séparément. Rien ne permet de penser qu’il ait jamais servi de guide à un marcheur et le titre de Guide du pèlerin est abusif ». « Ce titre de Guide du pèlerin, donné en 1938, pour être à la mode de son temps, n’en a pas moins induit en erreur des générations de chercheurs ou de commentateurs. C’est lui qui a conduit le Conseil de l’Europe à déclarer, le 23 octobre 1987, le chemin de Saint-Jacques premier itinéraire culturel européen ».
Le carnet du pèlerin
Définition
Le carnet de pèlerin est un document qui s’apparente à un passeport et comporte un relevé d’itinéraire. Il a deux fonctions :
permettre à son porteur de justifier de sa qualité de pèlerin donc de bénéficier des avantages accordés à ceux-ci, en particulier l’accès à certains gîtes. Si hors d’Espagne, les gîtes jacquaires acceptent de recevoir des pèlerins sans ce carnet, en Espagne, aucun Albergue de los Peregrinos (Auberge des pèlerins) n’accepte de pèlerins non munis du précieux sésame ;
récolter à chaque étape un tampon (sello) et l’indication de la date de passage permettant à son porteur de justifier l’itinéraire parcouru. Cette justification lui permet d’obtenir la Compostela à son arrivée à Compostelle. La condition est d’avoir parcouru au moins les 100 derniers kilomètres à pied (ou 200 km à vélo) et de les avoir fait valider sur leur carnet du pèlerin.
Ce document est connu sous différentes dénominations. L’appellation espagnole est credencial, francisée en crédenciale (mais on trouve d’autres orthographes47). En 1998, l’Église de France a défini un carnet de pèlerin spécifique dénommé créanciale qu’elle souhaite remettre en mains propres aux futurs pèlerins.
Depuis novembre 2019, l’Église et la Fédération Française des Associations des Chemins de Saint Jacques de Compostelle (FFACC) laïque ont signé un accord pour proposer une « credential » (selon le terme espagnol) commune, il ne sera plus question désormais de créantial et de crédentiales et le pèlerin pourra les trouver aussi bien à son diocèse qu’auprès de l’association la plus proche de chez lui (source FFACC).
Obtenir un carnet de pèlerin
Credential d’un pèlerin dont le pèlerinage à vélo commence à Compiègne.
Le carnet de pèlerin, ou credential en espagnol, n’est pas obligatoire pour obtenir la Compostela. Il suffit d’une justification de l’itinéraire parcouru qui peut être apportée par exemple sur le carnet de route du pèlerin. Cependant, du fait de l’encombrement des gîtes, il est néanmoins prudent que le pèlerin qui souhaite en bénéficier se procure un carnet.
Il est possible d’obtenir un carnet en faisant appel au Service des Pèlerinages de son diocèse ou à une association locale d’anciens pèlerins. Elles sont nombreuses et une recherche sur internet permet de les trouver. La Fédération française des Associations des Chemins de Saint Jacques de Compostelle fédère la plupart des associations jacquaires de France, soit une cinquantaine représentant 7 000 adhérents en 2020. Le site de la fédération : www.compostelle-france.fr donne toutes les informations concernant les chemins, les associations, leurs coordonnées et l’actualité de ces associations (source FFACC). La plupart des associations les délivrent en échange d’une adhésion, pratique intéressante à la fois pour le pèlerin qui y trouve le plus souvent un espace amical pour sa préparation et pour l’association. Les modèles de carnets des associations reflètent la grande diversité de celles-ci. L’Église donne la creancial mais vend un mode d’emploi. Certains prestataires vendent des carnets de pèlerin
Au tout début de la creancial, l’identité du pèlerin est précisée. Puis une recommandation aux différentes autorités, civiles et religieuses, est faite avant le départ. Cette recommandation est fournie par l’association, le service ayant procuré la créantiale ou par la paroisse de laquelle relève le pèlerin.
Les témoignages de pèlerins
Le nombre grandissant de pèlerins et les facilités d’éditions multiplient les publications de mémoires, souvenirs ou autres carnets de routes. Parmi ces écrits, certains thèmes sont récurrents.
Motifs de départ
Même si « tous les gens qui marchent sur le chemin viennent forcément y chercher quelque chose », ce motif du départ est souvent difficile à exprimer pour le pèlerin :
François Desgrandchamps déclare « on ne sait pas pourquoi on part, mais un jour, cela s’impose, c’est une évidence » ;
Antoine Bertrandy : « avant de décider de partir vers Compostelle, je pouvais donner cent raisons de me lancer […] une fois la décision prise, je n’étais plus capable d’en formuler aucune ». « La question du pourquoi est en effet mouvante et le paradoxe du pèlerinage de Compostelle est que, plus on avance, plus la réponse à la question se précise. […] ce n’est qu’en arrivant à son chevet que celui-ci révèle son mystère et, de la sorte, la raison véritable de notre voyage [se révèle]. » ;
Jean-Christophe Rufin : « en partant vers Saint-Jacques, je ne cherchais rien et je l’ai trouvé » ;
Yves Duteil : « j’ignore ce que je suis venu chercher, mais je l’ai trouvé » ;
Jean-Marc Potdevin : « je fais ce chemin pour comprendre pourquoi je fais ce chemin ».
Conséquences physiques et psychologiques
Jacques Clouteau indique être revenu avec « une forme physique éblouissante, le cœur solide et les muscles durs ». Si Antoine Bertrandy fait également le constat qu’il est rentré en meilleur santé et forme physique qu’il n’est parti, il note néanmoins que la présence de plusieurs tombes le long du chemin témoignent du fait que certains pèlerins « n’arrivent pas à destination ».
D’après Luc Andrian et Gilles Donada, le chemin de Compostelle pourrait avoir le même but qu’une psychothérapie, ils l’appellent la « caminothérapie ». A. Bertrandy abonde en leur sens : « si j’en crois mon expérience personnelle, partagée j’en suis certain par beaucoup, la dimension thérapeutique de ce long voyage est indéniable ». Il ajoute : « ça ne fait plus aucun doute désormais, une paire de solides chaussures et un peu de courage sont bien plus efficaces que des centaines d’heures passées étendue sur un sofa, aussi moelleux soit-il. ». Pour J. Clouteau, ce pèlerinage a changé pour lui « sa vision du monde » : « dans la tête, beaucoup de choses sont remises à leur vraie place » ; il précise : beaucoup d’artifices de notre vie quotidienne dite civilisée paraissent désormais superflus.
Antoine Bertrandy déclare : « Désormais, plus rien ne sera tout à fait comme avant » « je peux revenir chez moi. Ni neuf, ni nouveau, mais plus fort. Sublimé et rayonnant de confiance et de joie ». « Atteindre Compostelle c’est l’apothéose du pèlerin. […] C’est aussi la mort du pèlerin comme métaphore […] comme une étape vers une autre aventure de soi. Le prolongement de son chemin personnel avec plus de force, de joie et de confiance. C’est peut-être ça le message de l’apôtre à nos âmes : Ne te mens pas ! Deviens toi-même ! Sois joyeux ! ». « C’est une expérience qui porte bien au-delà de Santiago. Qui enveloppe de bienveillance. De bienveillance envers autrui et surtout, envers soi-même ».
Conversion spirituelle
Plusieurs pèlerins déclarent avoir fait une rencontre spirituelle (plus ou moins forte). Ainsi, si Antoine Bertrandy déclare modestement « Sur la route, la Présence emplit tout. […] Nous n’étions plus rien sur le chemin […] pourtant tout nous a été donné. », il relate également dans son récit, sa rencontre avec Samuel, un pèlerin qui a fait « une découverte de la foi » sur le chemin. Il décrit Samuel, habité lors de ses retours (il fait le pèlerinage par tronçon chaque année), d’un « calme mystique » qui l’aide à être plus ouvert à sa femme et à ses enfants, ce qui étonne les siens (profondément athées)61.
Pour sa part, Jean-Marc Potdevin n’hésite pas, dans son ouvrage, à témoigner d’une conversion fulgurante, d’une expérience mystique (alors qu’il était agnostique) qu’il compare à une plongée dans la 6e demeure du Château intérieur de Thérèse d’Avila.
Le besoin de temps et de solitude
Cette transformation physique et psychologique demande du temps, ainsi comme de nombreux autres pèlerins, Jean-Christophe Rufin déclare qu’« il faut du temps au pèlerin pour être transformé, cela ne peut se faire en huit jours ». Antoine Bertrandy pour sa part estime qu’il y a une différence énorme entre le pèlerin qui ne fait que quelques jours de marche (ou une semaine) et celui qui part pour un mois. De même, il estime que celui qui part pour deux ou trois mille kilomètres vivra une expérience beaucoup plus profonde et transformante. Gérard Trèves qui après avoir fait un premier pèlerinage, repart quelque temps plus tard pour refaire le pèlerinage sur neuf mois, aller et retour. Ce second pèlerinage le transforme complètement.
En plus du temps, le silence est un élément important de la transformation : « les bienfaits de la marche ne se révèlent vraiment que lorsque l’on est seul ».
Les accros du chemin
Un point qui surprend certains pèlerins sur le camino, est la présence de marcheurs qui réalisent pour la énième fois le même pèlerinage. Cette envie de refaire le chemin est raconté par Patrick Krochmalnik, qui, une fois rentré chez lui, déclare qu’il ne repartira pas (comme le font d’autres pèlerins) et qu’il « range ses chaussures définitivement » mais quelques années plus tard, il note en post-face de son livre « il faut que je refasse le chemin […] je partirai pour autre chose, mais quoi ? ». Jacques Clouteau, qui a réalisé de multiples randonnées, affirme : « le virus du voyage ne se guérit pas, le malade finit toujours par repartir ».
Jean-Christophe Rufin conclut son récit ainsi : « c’est une erreur ou une commodité de penser qu’un tel voyage n’est qu’un voyage et que l’on peut l’oublier, le ranger dans une case. Je ne saurais pas expliquer en quoi le chemin agit et ce qu’il représente vraiment. Je sais seulement qu’il est vivant […] c’est bien pour cela que, d’ici peu, je vais reprendre la route. Et vous aussi ».
Les pèlerins célèbres
Quelques pèlerins célèbres ayant fait le pèlerinage :
Godescalc, évêque du Puy-en-Velay, en 951, premier pèlerin non espagnol connu pour avoir fait le pèlerinage. À son retour il encourage ses fidèles à faire eux aussi le pèlerinage de saint Jacques ;
Aimery Picaud, moine poitevin de Parthenay-le-Vieux, en 1140, auteur du premier Guide du Pèlerin : le Codex Calixtinus ;
François d’Assise en 1213-1215, sur le Monte Gozo une grande sculpture de bronze célèbre son passage ;
le pape Jean-Paul II, en août 1989, organise les IVe JMJ à Saint Jacques et relance le pèlerinage jacquaire. Sur le Monte Gozo une grande sculpture de bronze célèbre son passage.
Les itinéraires
Ce monument au Monte do Gozo indique aux pèlerins qu’ils sont bientôt arrivés à destination. Il rappelle également le passage de deux pèlerins célèbres : François d’Assise et Jean-Paul II. (Crédit photo Antoine Cadotte)
Sculpture d’une coquille marquant le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle à la chapelle Sainte-Croix de Forbach.
Les chemins de Compostelle
Articles détaillés : Chemins de Compostelle et Chemins de Compostelle en France.
Il existe un sentier de Saint-Jacques en Sardaigne, inspiré du culte de ce saint dans l’île, qui a concerné de nombreuses communes et qui est devenu un lieu réputé de la randonnée dans les îles de Méditerranée.
Villes et monuments traversés
Suivant leurs vœux et leurs possibilités, les pèlerins adaptaient leur itinéraire pour aller prier des corps saints, sans toujours suivre les itinéraires les plus directs. En 1998, la France a demandé à l’UNESCO l’inscription sur la liste du Patrimoine mondial de 71 monuments jugés représentatifs des chemins de Compostelle. Ces monuments et 7 tronçons de chemins de grande randonnée ont été retenus par l’UNESCO et inscrits comme « Un bien unique » dénommé « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France ».
Les pèlerins empruntant le Camino francés depuis les Pyrénées, passent entre autres par Pampelune entourée de
Site d’information complémentaire avant de partir (Cliquez ici)
On l’appelait Le Lion et il fut un des premiers à donner ses lettres de noblesse à un instrument né huit ans après lui, le vibraphone.
Lionel Hampton est né à Louisville dans le Kentucky le 20 avril 1908. Sa mère qui l’éleva seule, déménagea pour Birmingham en Alabama (Ville qui sera le théâtre d’un horrible attentat du Ku-Klux-Klan, dans une église provoquant la mort de 4 fillettes en 1964). Plus tard il passa son enfance à Kenosha dans le Wisconsin avant que la famille ne déménage pour Chicago en 1916. C’est durant cette période de sa jeunesse, qu’il prit ses premiers cours de xylophone avec Jimmy Bertrand et commença à jouer de la batterie.
Il commença justement sa carrière en tant que batteur dans un groupe local. Entre 1927 et 1928, il partit ensuite en Californie pour jouer du Dixieland avec les Blues Blowers. C’est durant ses années à Chicago qu’il assista à un concert de Louis Armstrong dont les solos enflammèrent le public jusqu’à la démence. Il enregistra son premier album dans le groupe les Quality Serenaders dirigé par Paul Howard, partit ensuite pour Culver City où il tint la batterie dans l’orchestre de Les Hite au Sebastian’s Cotton Club. C’est à ce moment là qu’il se fit remarquer en jouant de la batterie avec plusieurs baguettes, jonglant avec, les faisant virevolter en l’air, les faisant tourner dans ses mains, tout en conservant un tempo infaillible. Parallèlement il se mit à étudier et pratiquer le vibraphone, instrument inventé depuis une petite dizaine d’année seulement. Il jouait également du piano comme sur un vibraphone avec deux doigts en guise de mailloches (la disposition des notes étant similaire sur les deux instruments)
Le trompettiste et chanteur de jazz Louis Armstrong.
En 1930, Louis Armstrong vint en Californie et collabora avec l’orchestre de Les Hite pour jouer en public et enregistrer. Louis fut très impressionné par le travail d’Hampton, qui lui joua par cœur un de ses chorus (solo), et lui demanda de jouer derrière lui pendant qu’il chantait. C’est ainsi qu’il débuta sa carrière en tant que vibraphoniste et popularisa cet instrument par la même occasion.
Pendant son engagement avec Les Hite, il joua également avec Nat Shilkret. Pendant l’année 1930, il étudia la musique à l’université de Southern California. En 1934 il forma son propre orchestre et fit une apparition dans le film du chanteur/acteur Bing Crosby, « Pennies From Heaven » avec Louis Armstrong également.
Benjamin David « Bonhomme » le Roi du Swing*
Benny Goodman -Photo by Jammes J. Kriegsmann, New York
En novembre 1935, *Benny Goodman vint jouer avec son orchestre au Palomar Ballroom de Los Angeles. Le producteur et découvreur de talents John Hammond, l’emmena écouter Lionel et Benny l’invita immédiatement à jouer dans son trio qui devint rapidement un quartet, avec le magnifique pianiste Teddy Wilson, et le non moins impressionnant batteur Gene Krupa.
Cette rencontre est particulièrement importante, car ce fut le premier groupe interracial (terminologie de l’époque, on dira mixte de nos jours) ce qui ne fut pas sans problèmes pour Benny, qui allait en rencontrer encore bien d’autres par la suite.
Durant ces quatre années de collaboration avec Goodman, Hampton devint une vedette dans cette époque de la « Swing Era », mettant le feu dans le sextet de Benny, avec des concerts mémorables, tel celui du Carnegie Hall en 1938, et enregistrant de magnifiques sessions de « All Stars » sur le label Victor. C’est également pendant cette période que Benny engagea un pionnier de la guitare électrique en la personne du génial Charlie Christian.
1940… 1950… 1960… 1970
Après ces années fructueuses, il rompit amicalement sa collaboration avec Goodman pour former son propre grand orchestre. Le succès va arriver très rapidement, avec notamment une composition qui fera sa marque de fabrique durant toute sa carrière musicale, le fameux « Flying Home ». Il jouera ce thème dans différents formats, en trio, quartet, l’enregistrera de nombreuses fois, mais c’est la version en grand orchestre qui aura la primeur enregistrée le 26 mai 1942 chez Decca.
Charles Mingus – Photo by: David Redfern
Durant cette période, il jouera avec les plus grands noms du jazz, comme Louis Armstrong, mais avec des novateurs dès les années 50 tels que Charlie Mingus, Johnny Griffin, Wes Montgomery, Dizzy Gillespie, Kenny Dorham. Il embauchera une pléiade de musiciens prestigieux dont la liste ressemble à un bottin, mais j’en citerai quelques uns afin de situer le niveau d’excellence : Illinois Jacquet (qui jouera longtemps avec le TCF :. C. Basie), Arnett Cobb, Slim Gaillard, la chanteuse Dinah Washington, James Moody, Clifford Brown, Gigi Gryce, Art Farmer, Quincy Jones, Annie Ross, Oscar Peterson, Buddy De Franco, Stan Getz, Art Tatum, Charlie Parker, Chick Corea (oui vous avez bien lu !) … On pourrait presque citer ceux avec lesquels il n’a pas joué pour aller plus vite.
Suite et fin
Les années 80 marquent le déclin d’Hampton et ses groupes. Malgré les succès de ses concerts, il ne retrouvera jamais la notoriété et la popularité des décennies précédentes.
Mais il continuera d’enregistrer, dont certains disques seront des surprises intéressantes, comme celui consacré à la musique de Charlie Mingus, avec Mingus lui-même à la contrebasse, déjà bien malade, et d’autres encore plus étonnants comme celui enregistré en public en 1988 avec le gratin du jazz moderne dont voici la liste incroyable : Chick Corea piano, Jack DeJohnette batterie, Woody Shaw Trompette, Hubert Laws flûte, Dave Holland contrebasse. Non seulement le casting est époustouflant, mais la thématique l’est tout autant avec des thèmes comme « Passion Dance » du pianiste Mc Coy Tyner (le pianiste du quartet de John Coltrane), mais Hampton dont le style était déjà fixé dans les années 30, ne renonce pas à s’approprier un langage nouveau et rivaliser avec la jeune garde de l’époque.
Statue de Lionel Hampton dans les arènes de Cimiez à Nice, là où se déroule le festival de jazz depuis 1948.
Il fonda son propre label en 1977/78 « Who’s Who In Jazz » et à partir de 1984 joua régulièrement à l’Université d’Idaho, qui devint le « Lionel Hampton Jazz Festival » annuel.
Ceci ne l’empêcha pas d’embaucher de nombreux prestigieux musiciens, comme Frankie Dunlop (qui collabora longtemps avec TH. S. Monk), Arvell Shaw, ou George Duvivier, jusqu’à ce qu’il subisse un AVC sur scène à Paris en 1991. Cet accident combiné à de longues années d’arthrose l’obligea à se retirer des tournées, ce qui ne l’empêcha pas de jouer au Smithsonian National Museum of American History en 2001 peu avant sa mort.
Il succomba d’une crise cardiaque au Mount Sinaï Hospital de New York le 31 août 2002. Lors de ses funérailles, le trompettiste Wynton Marsalis joua en compagnie du David Ostwald’s Gully Low Jazz Band à la River Church de Manhattan et le cortège démarra du Cotton Club de Harlem.
Encore quelques informations
Dans les mémoires de Quincy Jones, quelques musiciens racontaient à quel point la femme d’Hampton, Gladys (Riddle), était dure en affaire et qu’il ne fallait pas rigoler avec elle. Mais si les musiciens voulaient jouer avec Lionel, il fallait passer par ce cerbère. En somme Lionel s’occupait de la musique et Gladys des affaires.
Autre anecdote curieuse, Lionel offrit des vibraphones à un petit musicien âgé de cinq ans qui s’appelait Roy Ayers. Quand on sait la carrière dont il fit l’objet, et surtout du pillage qu’il subit de la part des rappers, et autres bidouilleurs sonores du genre, la symbolique est assez savoureuse.
Il s’intéressa dans les années 50 au judaïsme et donna beaucoup pour Israël. Il composa d’ailleurs en 1953 la suite du « Roi Salomon » (King Solomon Suite) qu’il joua en Israël avec le Boston Pops Orchestra. En 1997 il échappa sans une égratignure à l’incendie de son appartement où l’ensemble de ses biens furent totalement détruits.
Lionel Hampton s’impliqua également dans la construction d’immeubles à loyer modéré, principalement à Harlem dans les années 70 et 80.
Il fut un soutien pendant de longues années du parti républicain (celui de Lincoln, ceci mériterait une longue analyse, car le parti républicain était très moderniste à ses débuts, et il y eut une inversion au milieu du 20e siècle où ce fut le parti démocrate qui incarna mieux les valeurs de progrès). Mais finalement il changea pour les démocrates, ne se reconnaissant plus « en tant que modéré » (selon ses propres mots) dans les valeurs des républicains.
Il fut membre de la franc-maçonnerie Prince Hall, membre des hauts-grades du rite écossais (33è degré) au Consistoire du Roi David n° 3 (King David Consistory) de la Vallée de New York City et membre d’une loge de recherche de New York. Sa date d’initiation est inconnue.
Sa discographie est également impressionnante. Elle démarre en 1937 et court jusqu’à 2001 sans interruption, malgré une santé précaire à partir des années 90 et compte environ 305 disques officiels.
Ses récompenses se comptent au nombre de 29, dont une à titre posthume décernée en 2021, il s’agit du « Grammy Lifetime Achievement Award », et celle de 1987 la « Roy Wilkins Memorial Award from the NAACP ».
Il apparaît également dans 11 films et documentaires dont, « Pennies From Heaven » de Norman Z. Mc Leod en 1937, « A Song Is Born » la comédie d’Edward Hawks en 1948.
Il fut une pierre majeure à l’édification du jazz, faisant le pont entre les anciens et les modernes pendant de nombreuses années.
De nombreux jazzmen modernes, dont évidemment Gary Burton, Bobby Hutcherson ou Roy Ayers (cité plus haut), se revendiquent de son influence.
Je vous ai sélectionné une infime partie de ce que l’on peut trouver sur la toile, mais elle permet de comprendre l’évolution et la longévité d’un musicien exceptionnel et bien oublié aujourd’hui.
Lionel Hampton, Antibes Jazz Festival, Juan-les-Pins, France: Martin Banks, Benny Bailey tp; Bobby Plater as, fl; Ed Pazant ts, cl; Pepper Adams (que l’on surnommait « The Knife » – Le Couteau), Cecil Payne bs; Billy Mackel g; Lionel Hampton vib, voc; Lawrence Burgan b; Floyd Williams dm.
L’incroyable version de Passion Dance (Composée par le pianiste Mc Coy Tyner), avec Chick Corea au piano, Jack DeJohnette à la batterie, Dave Holland à la contrebasse (ces trois là firent partie de la section rythmique du quintet de Miles Davis dans les années 70), Woody Shaw trompette et Hubert Laws à la flûte, qui représentaient le gratin du jazz moderne.
Extrait du film « A Song Is Born » avec Dany Kayes, (traduit en français par « Si bémol & Fa dièse »), dans lequel Benny Goodman joue le rôle d’un musicien classique un peu coincé ; on peut voir une belle brochette de jazzmen comme Louis Armstrong, le fantastique pianiste juvénile Mel Powell, Tommy Dorsey, Charlie Barnet, le Golden Gate Quartet, Page Canavaugh Trio, etc
De la sorte, lorsque notre Vénérable Maître me demande : En quoi le silence nous aide-t-il dans notre construction ? Je ne puis évidemment répondre qu’en mon nom, que pour moi et pas pour les autres en général, avec mon ressenti et mes émotions, et les miennes seules ! Bref, avec mon « possible communicable ». Et vous dire ainsi ce que le silence m’a apporté et m’apporte, en tant que nutriment de mon psychisme.
Très tôt intéressé par la psychologie des êtres humains, par conséquent le fonctionnement de leur esprit et du mien, je me suis vite trouvé devant des termes techniques que je trouvais barbares, tels que psychologie des profondeurs, introspection, descente en soi, spéléologie de la conscience. Comme si, en vérité, mon cerveau se trouvait dans un gouffre au plus profond de mes entrailles ! J’ai progressivement saisi que ces termes étaient des métaphores m’invitant à observer et comprendre tout un tas de réactions en moi, à type de ressentis et de pensées diverses, mêlant joie de vivre et tristesse, colère et peur, cafard et nostalgie, bonne humeur et méfiance, sérénité et énervement, confiance et rancoeur…bref tout un peuple silencieux d’émotions et de sentiments, instinctifs ou élaborés, que l’on nomme aujourd’hui les états d’âme. Et j’ai compris aussi qu’il ne s’agit pas de les chasser, voire les détruire – car, selon les moments, ils sont d’évidence utiles à « la machine de vie » que je suis. Il convient de les accorder, tel un instrument de musique. Pour tenter de vivre en harmonie, avec moi et les autres.
J’ai finalement retiré de cette étude théorique de jeunesse que la rencontre de soi ne suffisait pas. Car l’introspection, ce regard intérieur subjectif, pouvait carrément me conduire, en boursoufflant mon ego, à me noyer dans le spectacle de mon image, comme Narcisse. Et j’ai heureusement conclu que c’est bel et bien la rencontre permanente de l’autre et son indispensable regard, qui étaient et sont encore nécessaires à ma construction ! Mon choix de métiers dans les relations humaines comme mon entrée en maçonnerie, ne sont certainement pas étrangers à ce constat.
C’est bien ce peuple silencieux précité, à type d’états d’âme, qui m’a guidé professionnellement et je peux volontiers en relater le vécu spécifique. Précisément, dans le cadre même du silence autour de la parole. D’abord en milieu industriel, et pendant quelques années en hôpital et à domicile, en tant que psychosociologue puis analyste. Il n’est pas inintéressant de se pencher sur l’écoute analytique, ce qui permet de la comparer à l’écoute maçonnique. C’est par le langage que l’on entre dans la vie de l’autre, c’est par le silence donc l’écoute, que l’on s’installe dans son cœur. Sans attention particulière, on entend autrui. Avec le désir de comprendre et de participer à son quotidien, de s’identifier à lui, donc avec empathie, sans a-priori, on écoute l’autre. Ce qui est bien différent. Il s’agit d’obtenir la mise en mots de ses émotions, de façon à faire émerger son désir en instance, dans l’espace commun de liberté créé et entretenu ensemble. Alors, dans le meilleur des cas, sont évacués progressivement par la verbalisation, douleurs, peines et malaises de l’analysant. Alors, deviennent solubles dans l’effervescence de la parole, et l’écoute silencieuse, bienveillante et impartiale de l’analyste, ce qui est de l’ordre de l’ hostilité, l’agressivité et des rancoeurs. Parce qu’il n’y a pas de méchants, il n’y a que des souffrants.
Toute parole demande une écoute, donc un silence. Elle existe pour être écoutée, par soi et autrui. L’écoute silencieuse, donc qui n’interrompt pas, comme trop souvent aujourd’hui, cette écoute est d’abord une attitude. Pour être réceptif, pour recevoir la parole prononcée, il faut s’ouvrir, montrer sa disponibilité, afin d’écouter sans jugement, c’est à dire faire entrer en jeu volonté, patience, curiosité, tolérance, neutralité, esprit déductif. En cela, interviennent à la fois, la libération des états d’âme du « parlant » et l’élargissement bénéfique de la pensée de « l’écoutant ».
Entendre est difficile : ce n’est pas pour rien que l’oreille est équipée d’un labyrinthe qui filtre les sons. Il retient le trop-plein et laisse passer les double-sens, les contre-sens, les lapsus, si riches de sens, précisément. Ecouter est encore plus difficile, car l’écoutant doit « neutraliser » ses propres parasites internes (à type de soucis personnels, préjugés, stress, etc) et maîtriser le milieu dans lequel s’exerce l’écoute (ambiance calme comme en loge). De fait, à la différence de l’acte simple d’entendre, l’écoute volontaire n’est pas naturelle, puisqu’elle exige l’attention de l’écoutant, et le met sur la défensive, alors qu’il doit en même temps s’ouvrir. D’où l’effort de concentration nécessaire. Lorsque Freud parle « d’écoute flottante » en psychanalyse, il n’évoque évidemment pas une attitude désinvolte, mais une présence détendue, une attention sans crispation.
Comment comprendre la parole de l’analysé ? Il convient de se centrer sur ce que l’écouté vit, plutôt que sur ce qu’il dit. De s’intéresser à la personne davantage qu’au problème, respecter ses silences et ne pas en avoir peur, en jauger le contenu, faire le miroir et non le buvard. L’écoute est un art : il s’agit d’apprendre à s’écouter soi-même en premier lieu, puis à poser des questions, ouvertes ou fermées, à reformuler éventuellement. L’écoute demande que l’écoutant installe la confiance, montre son engagement respectueux. L’écoutant analytique est présent uniquement pour l’écouté qui devient le centre de l’échange. Mieux qu’un corps à corps verbal, « la parole-écoute » est un « accord-à-cœur ».
Les mots sont des fenêtres. Il faut les ouvrir. Pour en comprendre le sens donné. La parole est une musique : l’analyste doit entrer en résonance avec la mélodie qui se joue à son oreille. La bonne parole soulage, la bonne oreille guérit. Le silence analytique est une pause égalitaire. Une respiration commune.
Les silences en loge
On ne répètera jamais assez que la loge n’est pas un lieu de thérapie. Certes, la normalité n’existant pas, il n’est guère d’individus sans névroses et elles constituent pour beaucoup leur colonne vertébrale ! Il serait donc dangereux de vouloir en bricoler les vertèbres, avec les outils maçonniques qui ont une tout autre destination ! Celle, notamment d’entretenir les valeurs humaines, facteurs d’épanouissement de l’être. En ce sens, je n’entends toujours pas la descente silencieuse en soi, dont on parle si souvent dans nos rangs, comme un ramonage de la cheminée de l’inconscient. Ou encore le nettoyage d’une cave symbolique ! Encore moins comme l’impossible modification du programme génétique individuel. Cette descente consiste avant tout, à mes yeux et par la méthode maçonnique, en une acquisition comportementale visant à la maîtrise oui, mais à la maîtrise de soi, donc à la juste estimation de nos limites, recommandées par Socrate, qui a dit exactement « Connais-toi toi-même. Sache que tu n’es pas un dieu et conduis-toi en conséquence ». Cette hypothétique descente serait au vrai bien davantage pour moi une montée ! Celle qui implique l’effort de précisément de monter chaque matin sur ses propres épaules, à la fois pour mieux voir le présent et découvrir le futur, à l’horizon. Mais, ainsi rehaussé, il s’agit aussi de s’offrir une vision du monde nette, c’est-à-dire débarrassée des lunettes fumées par les illusions et les préjugés en vogue.
Pour exprimer cet effort en termes du bâtiment, nous disposons de la belle expression tailler sa pierre. Elle ne signifie toutefois pas pour moi, sculpter un ersatz humain dans un bloc, mais dégager l’être existant. Avec ses états d’âme précités, toujours porteur de ses qualités initiales fâcheusement pétrifiées dans sa gangue socioculturelle ! A chacun ses métaphores !
Le silence, ou plutôt les suites de silences que nous vivons en loge, libèrent un à un, ici et maintenant, nos sens et nos émotions, ces palpeurs de l’environnement. Ainsi au fil de la tenue, s’évaporent les fureurs de la cité. En l’occurrence, ma colère contre un automobiliste et la peur rétroactive d’un accident. Ainsi, avant la planche à l’ordre du jour, me traverse, dans le recueillement, la tristesse du départ d’un frère, puis surgit la joie à l’annonce du retour d’un autre. Et à la fin des travaux, vient l’invitation à la chaîne d’union. C’est pour moi un moment très fort, lorsque chaque frère déganté se dirige vers le centre de la loge, pour s’unir aux autres. Alors et seulement, la marche est rendue au corps, jusque-là maintenu immobile, à sa place sur les colonnes. J’apprécie cette phase solennelle où se forme dans la chaîne courte, cet enclos humain, fait de nos corps joints par nos mains croisées, qui entoure le pavé mosaïque et protège en même temps l’espace sacré.
Dans un silence profond, propice à la méditation, s’élève la voix de notre Vénérable Maître qui nous rappelle le vaste domaine de la pensée et de l’action, invite notre idéal à éclairer notre chemin, puis se tait, soudain. A cet instant unique, la tête baissée, je vois d’un seul regard, si je puis dire, toutes les jambes « pantalonnées » de la loge, serrées les unes contre les autres, et prolongées de chaussures diverses, à l’équerre, les miennes comprises. Elles vont partir dans la cité, rejoindre le monde en marche, chacune vers leurs missions, chacune vers leur destin. Le silence se prolonge encore un peu, je sens un cœur battre dans mes deux mains, tenues par deux autres. Sans ce temps arrêté, je ne percevrai pas l’énergie du groupe circuler, au rythme d’une même respiration. Je ne sentirai pas dans la pénombre, la cire brûlée qui coule sur les bougeoirs. Et ce parfum d’Orient évocateur d’autres rives. Sans ce silence de qualité, je ne me sentirai pas, une longue seconde, Un devenu le Tout.
La chaîne rompue, un sentiment fugace de solitude me zèbre, je regagne ma colonne, comme à regret. De nouveau, plus un bruit dans la loge, comme dit l’expression populaire, on entendrait une mouche voler. Je découvre l’élégance, l’esthétisme de l’absence de son. Je glisse mes doigts dans leurs étuis de coton. Chacun de nous est debout, à l’ordre, figé, aligné, muet, la main sous la gorge. Le silence est le gant blanc de la parole.