L’année 2023 sera l’occasion de célébrer les 130 ans de la création le 4 avril 1893 par le DROIT HUMAIN de la toute première loge mixte de l’histoire de la franc-maçonnerie universelle en pleine égalité de droits et de devoirs entre femmes et hommes.
A cette occasion et à l’initiative de loges parisiennes, Amande PICHEGRU, Grand Maître National de la Fédération française, ira à la rencontre du grand public profane et des membres du DROIT HUMAIN lors de nombreuses conférences publiques pour s’exprimer et échanger lors d’un débat sur « La franc-maçonnerie du DROIT HUMAIN – 130 ans de voyages initiatiques en mixités ».
A Paris, le rendez-vous est donné le samedi 4 février 2023 à 15h dans la Maison Maria Deraismes au 9 rue Pinel – 75013. L’entrée est libre et un verre de l’amitié sera servi à l’issue de cet évènement.
Les dates des conférences-débats en région sont à suivre via ce lien et les divers réseaux sociaux du DROIT HUMAIN (Facebook, Twitter, Instagram).
Il fut il fut un temps où, autour des années 2010, Frédéric Lenoir était souvent invité par les Obédiences afin de nous entretenir de philosophie ou de spiritualité.
Était-ce dû au succès de son ouvrage coécrit avec le grand reporter au Nouvel Observateur – L’Obs désormais – Marie-France Etchegoin, reconnue pour la qualité de ses enquêtes sur les faits divers et les sujets de société marquants.
La saga des francs-maçons-L’enquête définitive (Robert Laffont, 2009 ; Points, Poche, 2010) où ils remontèrent aux sources de la société secrète – pourquoi et comment est-elle née ; quels sont ses rites et ses enseignements, ses liens avec la religion, la nébuleuse ésotérique ou la politique, etc. ?
Jean-Michel Dardour
Toujours est-il que Frédéric Lenoir revient sur le devant de la scène, maçonnique s’entend, dès 2020, grâce, notamment, au Campus maçonnique et ses visioconférence sur des thématiques aussi diverses que « La liberté intérieure qui mène à l’amour » (25 mai 2021 à 19h30), Comment vivre dans un monde incertain ? avec Jean-Michel Dardour, ancien 1er Grand Maître Adjoint de la GLDF, cofondateur et 1er président du groupe de réflexion (en anglais, think-tank) maçonnique « Franc-Maçonnerie et Société » (10 septembre 2020)
ou encore « L’acceptation : Oui à la vie » (9 février 2021). Sans oublier que nous lui devons, en 2013, la direction du Monde des religions Hors-série N° 20 sur Les sociétés secrètes.
Frédéric Lenoir
Frédéric Lenoir, philosophe et sociologue, docteur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) s’intéresse, après nous avoir livré en 2021 un magnifique et imposant volume (918 pages) intitulé Sages, mystiques et maîtres spirituels (Bayard) codirigé avec Ysé Tardan-Masquelier, s’intéresse, après le bonheur en 2013, maintenant à cette sensation d’attraction et d’attente à l’égard d’une personne, d’un objet, d’une situation ou d’un futur particulier que nous appelons le désir… Serait-il une philosophie ?
Louis-Claude de Saint-Martin
Le désir, pour le Maçon résonnent peut-être encore plus pour celles et ceux qui pratiquent le Rite Écossais Rectifié, se déclarant « homme de désir ». En vérité, l’expression est celle d’un ouvrage clé du « philosophe inconnu » Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), un recueil composé de 301 méditations publié en 1790.
L’homme de désir
Extrait : « Homme de désir, efforce-toi d’arriver sur la montagne de bénédiction, fais renaître en toi la parole vraie… » Car animé du désir de Dieu, le cherchant peut, par l’intelligence du cœur plutôt que par une raison raisonnante, opérer une conversion lui permettant de retrouver l’unité, en son centre. Un retour à la source primordiale.
Frédéric Lenoir met en exergue la phrase « Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! » de Jean-Jacques Rousseau, tirée du roman Julie ou La Nouvelle Héloïse (Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, 1761). C’est profondément vrai. C’est dans le plaisir de désirer plus encore que dans le plaisir de posséder que se trouve le bonheur de l’homme.
Et de citer immédiatement ensuite, dans son introduction, Baruch Spinoza déclarant « Le désir est l’essence de l’homme ». Moteur aussi de notre existence ici-bas.
L’auteur, par ailleurs cofondateur de SEVE, Savoir Être et Vivre Ensemble (sous l’égide de la Fondation de France) structure son ouvrage en trois parties principales : « Une soif insatiable », « La régulation du désir », « Vivre aux éclats ».
Il commence surtout par définir la différence entre désir et besoin – l’envie faisant, par la suite, l’objet d’un chapitre à lui tout seul ! Les non scientifiques pourraient être troublés par son approche du striatum – petite structure nerveuse qui se situe au niveau du cerveau, juste sous le cortex cérébral – et qui donne l’impulsion de nos désirs fondamentaux de nourriture, de sexe – avec son échelle ascendante du désir et de l’amour –, de reconnaissance sociale par exemple. Justement cette dernière, fort bien et si justement analysée dans son paragraphe « Réseaux sociaux et reconnaissance sociale ». Il nous explique comment l’être humain, plutôt adolescent, exprime son désir d’être admiré, aimé et reconnu socialement par le biais desdits réseaux. Ces mêmes réseaux engendrant une addiction à la dopamine via le désir de reconnaissance sociale. Vite, un psy ! Car derrière l’addiction, il y a bien évidemment tout un business, lié à toutes ces « nouvelles maladies du Web », servitude volontaire pour reprendre l’expression de La Boétie. Il passe en revue aussi bien « La libido selon Freud » que René Girard et son « désir mimétique ».
Aristote, copie romaine d’un bronze perdu de Lysippe, musée du Louvre
Bien sûr, qu’en philosophe qu’il est, l’auteur traite du polymathe grec Aristote (384-322 av. J.-C.) et d’Épicure (c. 342 av. J.-C.-270 av. J.-C), fondateur de l’une des plus importantes écoles philosophiques de l’Antiquité. En récapitulant pour chacun d’entre eux leur riche parcours de vie, il associe le premier à « la vie heureuse » et le second à la « puissance de la modération ».
Épicure. Copie romaine d’un original hellénistique.
Mêlant tant à la fois recherche du plaisir (hêdonê) et recherche du bonheur(eudaimonia), notre raison permet cependant de discerner et de modérer nos désirs. Cette conception des deux principaux courants de sagesse d’Orient et d’Occident est évoqué à travers le stoïcisme – le bonheur est dans la vertu – et le bouddhisme fondé sur ce triple socle appelé « les trois joyaux » que sont le Bouddha, le fondateur, le Dharma, sa doctrine, et le Sangha, la communauté des croyants. Pour lui, le stoïcisme supprime le désir, alors que le bouddhisme, lui, va éteindre la soif. S’attaquant ensuite à la loi religieuse, Frédéric Lenoir nous entretient de la Torah, la loi religieuse juive révélée par Moïse, du christianisme, déclarant que Jésus prendra de la distance avec la loi mosaïque en mettant l’amour au-dessus de la loi. Puis, c’est de l’utilité et des limites de cette loi religieuse qu’il décortique ! Nous conduisant par les tentatives contemporaines de maîtrise du corps et de l’esprit, il nous invite à une « sobriété heureuse ». Le chapitre de la « mystique du désir » balaie un large spectre : Jésus et sa sagesse, l’amour, la mystique juive, le désir, le soufisme musulman et du désir d’union avec le divin, etc. Enfin, la dévotion amoureuse et le tantrisme en Inde retiendra notre meilleur attention. Il faut « Oser, désirer et réorienter sa vie ». Titre du sixième et dernier chapitre de la troisième partie.
Carl Gustav Jung (1875-1961), médecin psychiatre suisse
Vaste programme : oser suivre la voie de ses désirs. Puis avec Jung, dont il rappelle le parcours avec Freud, il faut oser et désirer. Enfin, réorienter sa vie, marquant un processus d’individuation, l’auteur propose – pourquoi pas ? – un voyage et un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Comme une quête de soi.
Je conclurai volontiers en citant 1 Thessaloniciens 2:17 : « Pour nous, frères, après avoir été quelque temps séparés de vous, de corps mais non de coeur, nous avons eu d’autant plus ardemment le vif désir de vous voir. »
Dans sa nature profonde, le désir est bon, car il tend à nous faire aimer des biens supérieurs, des belles personnes, des remarquables rencontres…
Je vous souhaite une bonne lecture et un très joyeux
Noël !
Frédéric Lenoir – Flammarion, 2022, 240 pages, 20 €. Notons que le bandeau rouge, non reproduit ici sur la première de couverture, porte la mention «Vivre aux éclats ».
Plus sérieusement, notre confrère le magazine Aleteia posait la question :
« Mais pourquoi donc Messi se signe-t-il après chaque but ? »
Certains considèrent que c’est de la superstition, ni plus ni moins que des amulettes. Cependant, dans l’histoire récente de l’équipe nationale argentine, cette chapelle peut aider à clarifier la question.
Dans une interview au quotidien argentin La Nación, le prêtre désigné comme conseiller spirituel de l’équipe argentine a rappelé l’histoire de cette chapelle Saint-François-d’Assise, située dans le bâtiment que l’AFA (Association argentine de football) à Ezeiza, où les joueurs s’entraînent. Le prêtre a suivi l’équipe depuis 1997 lorsque, sur indication de l’archevêque de Buenos Aires, la chapelle a été mise à disposition de l’AFA, dans le cadre du football pastoral inauguré par le cardinal Quarracino. Ses rapports avec les juniors ont toujours été encouragés par l’entraîneur d’alors, José Pekerman.
La médaille miraculeuse, aussi connue comme médaille de Notre-Dame des Grâces
En 2001, l’équipe junior d’Argentine, que Maxi Rodriguez avait intégrée, a demandé la construction d’une chapelle. On pourrait penser qu’on y plaça d’abord l’image de Notre-Dame de Luján, patronne de l’Argentine,mais non. Lors du Championnat d’Amérique du Sud 2007, au Paraguay, l’équipe junior, n’ayant pas obtenu la statue en temps voulu, en a fait venir une autre, celle de la Vierge de laMédaille Miraculeuse(rue du Bac, à Paris).
En quelques mot, il s’agit de L’ancêtre du réveillon du premier de l’an.
La fête des Fous, de l’âne, des sous-diacres, des Cornards….ou fête des Innocents, était une mascarade, organisée en principe les 26, 27 et 28 décembre, à laquelle les ecclésiastiques participaient activement.
A cette occasion on élisait un Prince d’Amour, un abbé des fous, ou un évêque des fous et même un pape des fous…
Cette fête est bien attestée en Provence dès le XIIIe siècle et le concile d’Avignon en 1209 « Condamne la transformation des églises en lieux de plaisirs, et interdit qu’on y fasse des danses, des représentations théâtrales, des jeux et qu’on y chante des chansons érotiques »
Par la suite l’église institua le carnaval pour essayer de canaliser et contrôler les débordements des fêtes païennes célébrant notamment le solstice d’hiver et le retour de la lumière solaire. La fête des Fous perdurera jusqu’au XVIIIe siècle.
Dérivées des Saturnales romaines, ces fêtes paillardes sont reliées aux traditions populaires rurales par les folkloristes à la fin du XIXe siècle, et les historiens voient dans ces parodies liturgiques une des origines médiévales du théâtre.
Source : Philippe Subrini – Le Troubadour du Livre – La Bastide Basse
132 Chemin de la Viguière – 04280 CERESTE – FRANCE – Tel : 06 87 399 725
Suite de notre série sur le mythe judéo-maçonnique qui nous est offert par Conspiracy Watch l’Observatoire du conspirationnisime. Si vous avez manqué le premier volet, retrouvez-le à cette adresse.
La formation, le développement et les usages du mythe du « complot judéo-maçonnique » ne peuvent être étudiés et compris sans accorder à l’Église catholique un rôle majeur. Celle-ci, en effet, a entrepris dès 1738, vingt-et-un après l’installation de la Grande Loge de Londres, de construire un modèle répulsif de la franc-maçonnerie, qui deviendra à la fois un mythe littéraire dans le Joseph Balsamo (1849) d’Alexandre Dumas et un mythe politico-religieux dont l’importance ne cessera de croître au cours des années 1860-1900. L’antimaçonnisme, en tant que configuration idéologico-politique, doit sa naissance et sa large diffusion au XIXe siècle au Saint-Siège et à son cercle d’écrivains propagandistes. Rappelons les principales bulles pontificales et encycliques contre la maçonnerie, constituant autant d’étapes dans le processus de diabolisation qui la vise : In Eminenti (Clément XII, 1738) – qui condamne et excommunie les francs-maçons -, Providas Romanorum (Benoit XIV, 1751), Ecclesiam (Pie VII, 1821), Quo Graviora (Léon XII, 1825), Traditi (Pie VIII, 1829), Qui pluribus (Pie IX, 1846), Multiplices inter (Pie IX, 1865), Apostolicae Sedis (Pie IX, 1869), Humanum Genus (Léon XIII, 1884), Praeclara (Léon XIII, 1894), Annum ingressi (Léon XIII, 1902). L’Église s’engage publiquement dans un grand combat politique et intellectuel contre la franc-maçonnerie dans les années 1870 et 1880. En témoignent la lettre apostolique Etsi multa (1873) du pape Pie IX (influencé par les thèses de Gougenot), qui qualifie les loges maçonniques de « synagogues de Satan », et l’encyclique de Léon XIII, Humanum Genus (1884), qui dénonce la franc-maçonnerie comme le suppôt d’une conspiration internationale contre l’Église (Schreiber, 2010).
L’affaire est d’importance : « Démasquer la franc-maçonnerie, c’est la vaincre », affirmait Léon XIII, convaincu que le diable, sous divers visages (dont le maçonnique), assiégeait réellement le Vatican. Il s’agit plus profondément d’expliquer globalement à la fois « le malheur des temps et les reculs de l’Église », en y voyant les résultats d’une « conspiration ourdie par une secte entourée de ténèbres (ou plutôt par un chef d’orchestre invisible) » (Angenot, 2010, p. 30), comme l’affirme Léon XIII dans Humanum Genus : « Son action seule peut expliquer la marche de la Révolution et les événements contemporains. » Il s’agit donc non seulement de reconnaître « cet ennemi capital du moment », mais aussi de le connaître le mieux possible. La figure de l’ennemi occulte est construite sur le modèle de celle du diable, antagoniste et rival de Dieu : « Nous avons affaire à un ennemi rusé et fécond en artifices. » C’est pourquoi la redoutable « secte » fait « revivre parmi nous l’esprit de révolte, l’incorrigible perfidie et la ruse du démon ». À la théorie de la « main invisible » (des conspirateurs) s’ajoute la thèse de l’enchaînement fatal : dans la doctrine synthétique de Léon XIII, « la théorie de la conspiration, dans ses ressorts rhétoriques comme dans l’argumentaire théologique déployé », est présente tout entière (Schreiber, 2010, p. 171-172). En 1885, une Ligue antimaçonnique est lancée, avec sa bénédiction (Mola, 1993, p. 41-42). Elle publie un Manuel l’année suivante. Le pamphlet de Mgr de Ségur (1820-1881), Les Francs-Maçons, ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils veulent, paru en 1867, est un best-seller : il en est à sa 62e édition en 1884. Reprenant la distinction barruélienne entre les loges (visibles) et les arrières-loges (invisibles), Ségur y dénonce la « Franc-Maçonnerie occulte », postulant que « la Maçonnerie publique cache la Maçonnerie secrète ». Dans le noyau de la « société secrète », parmi les plus actifs agents de la conspiration, il désigne « un Juif qui avait pris pour nom de guerre le nom de Petit-Tigre » : ce Piccolo-Tigre est en réalité un personnage fictif inventé par les services du Vatican, et rendu célèbre par Jacques Crétineau-Joly (1803-1875) en 1859, dans son livre L’Église romaine en face de la Révolution (Pierrard, 1997, p. 27-28 ; Taguieff, 2005, p. 165-166). La franc-maçonnerie est dénoncée par une véritable armée européenne de polémistes catholiques comme une « contre-Église » de nature satanique, ou comme la « Synagogue de Satan », formule donnant son titre au livre de Mgr Meurin (1893), qui conclut sur cette prédiction : « La franc-maçonnerie, cette nouvelle Synagogue de Satan, sera, comme l’antique Synagogue, vaincue par la Croix. » Mais, concernant les jumelages entre antimaçonnisme et « antisémitisme » (le terme, rappelons-le, est créé en 1879 par Wilhelm Marr et commence à entrer dans le vocabulaire français dans les années 1880), l’Église recourt au principe de subsidiarité : elle laisse faire les polémistes qui se déchaînent contre les agents du « complot judéo-maçonnique », quitte à les rappeler à l’ordre de temps à autre. La propagande antijuive intervient comme vecteur de la propagande antimaçonnique, en particulier dans les années 1880 et 1890, lorsque l’antisémitisme, grâce à Drumont, devient un instrument de mobilisation populaire. Du 26 au 30 septembre 1896, l’Union antimaçonnique universelle antimaçonnique, créée à Rome en septembre 1893, organise avec la bénédiction du Saint-Siège le Congrès antimaçonnique international de Trente qui affirme le dogme antimaçonnique à travers la question rhétorique suivante : « Y a-t-il une organisation internationale des francs-maçons sous un chef suprême, dont le pouvoir a une influence sur toute l’action politique sur le globe ? » En 1901, dans Un Siècle de l’Église de France 1800-1900, Mgr Louis Baunard (1828-1919), recteur des Facultés catholiques de Lille (de 1888 à 1908), admirateur de La France juive de Drumont, exprime l’opinion commune des clercs catholiques en affirmant que « l’anticléricalisme a trois têtes bien connues qui sont le maçonnisme, le protestantisme et le judaïsme ». En ce qu’il engage la doctrine antimoderne de l’Église fixée par Léon XIII, selon laquelle les « malfaisantes erreurs » des Modernes entraînent fatalement un « bouleversement universel » et la « ruine de toutes les institutions », l’antimaçonnisme n’est pas une simple affaire de propagande. Le « relativisme philosophique et moral » de la franc-maçonnerie, condamné par Humanum Genus, est la grande tentation du monde moderne. Comme l’a noté Marc Angenot, « l’idéologie antimaçonnique forme (…) une historiosophie, une “explication” de l’histoire en cours qui répond point par point aux historiosophies progressistes et socialistes. Les maçons sont les descendants de ce groupe de criminels qui ont préparé et perpétré la Révolution française et qui, depuis 1789, poursuivent obstinément leur tâche de perdition » (Angenot, 2010, p. 30). Le conspirationnisme catholique, à travers sa rhétorique démonologique, se veut une théorie explicative de la subversion moderne, ou plutôt de la modernité comme subversion.
Milieux d’extrême droite et « complot judéo-maçonnique »
À la fin du XIXe siècle, en France, l’affaire Dreyfus a pour effet de fixer à l’extrême droite la dénonciation du « complot judéo-maçonnique ». Ce qu’il est convenu d’appeler « l’extrême droite » recouvre alors les traditionalistes catholiques héritiers de la pensée contre-révolutionnaire (comprenant les « légitimistes ») et les nouveaux nationalistes antisémites et antirépublicains qui vont bientôt se reconnaître, pour la plupart d’entre eux, dans le royalisme de l’Action française. Dans la presse d’extrême droite, on dénonce la « République Juive », les « grandes escroqueries judaïco-financières », les « mœurs judéo-maçonniques », etc. À gauche, les amalgames polémiques varient sur le thème du capitalisme comme « produit immédiat du sémitisme » (Albert Regnard, 1887), visent le « youtre » comme « l’exploiteur par excellence », ou recyclent la jésuitophobie des athées, libres-penseurs et anticléricaux : on dénonce « l’alliance jésuitico-judaïque » ou « la juiverie des jésuites ». Le couplage entre le « péril juif » et le « péril maçonnique » devient un lieu commun. En 1895, Georges Romain (alias Georges Kestler) publie Le Péril franc-maçon et le péril juif, où il affirme que la guerre contre ces deux figures sataniques complices est « une guerre économique et patriotique contre des envahisseurs qui prétendent dominer chez nous, et accaparer les fonctions, les places et l’or de la France ».
Les polémistes catholiques du journal La Croix, très actifs dans l’antidreyfusisme, dénoncent avec virulence ce qu’ils appellent le « Trio de la haine » : Juifs, francs-maçons, protestants (Sorlin, 1967, p. 131-183 ; Wilson, 1982, p. 409-423). S’y ajoutent les socialistes, puisque « les Israélites ont été presque partout les initiateurs ou les propagateurs du socialisme », comme l’assure Le Réveil du Nord daté du 17 juillet 1898. Par ailleurs, pour ceux qui, comme Drumont dans La France juive, voient dans la Réforme l’œuvre des Juifs et dans le protestantisme un « pont » par lequel ces derniers ont pu « entrer (…) dans l’humanité », il va de soi que « tout protestant ( …) est à moitié Juif ». Le 30 janvier 1898, dans La Croix du Nord, un journaliste dénonce l’action du « syndicat judéo-protestant-maçonnique ». L’affaire Dreyfus est réduite à un complot organisé par ledit « syndicat ». La Croix du Nord laisse entendre que « le Juif Dreyfus » appartient à la franc-maçonnerie, ce qui explique avec une clarté maximale pourquoi « la bande judéo-radico-maçonnique » est dreyfusarde. Une conviction générale : tous les « valets de la juiverie » sont payés par « l’or juif » pour ruiner la « fille aînée de l’Église ». En 1897, l’abbé Jean Anselme Tilloy (1824-1903) publie à la « Librairie antisémite » Le Péril judéo-maçonnique. Le mal – Le remède, qui expose ainsi « la question » : « L’influence prépondérante que la secte judéo-maçonnique exerce sur le mouvement de l’économie financière, politique et morale de l’Europe, et principalement de la France, a pris dans ces derniers temps un développement si considérable, je dirai même si alarmant, qu’elle constitue aujourd’hui un péril national d’une gravité exceptionnelle. »
Deux ans plus tard, André de Boisandré (1859-1910), compagnon de lutte de Drumont, fait paraître à la « Librairie antisémite » son Petit catéchisme antijuif, suivi, en 1903, d’un pamphlet intitulé Socialistes et Juifs. La nouvelle Internationale, où il affirme que la judéo-maçonnerie contrôle les « deux Internationales », celle des riches, des « agioteurs cosmopolites » ou de la « Haute Banque juive », et celle des pauvres ou de la révolution socialiste, « incarnée dans une union mondiale des travailleurs de tous les pays » : « Au fond, les deux Internationales, la plupart du temps, se confondent, elles obéissent aux mêmes chefs occultes, elles exécutent les mêmes consignes mystérieuses. » Dans La Gangrène maçonnique (1899), le spécialiste des « sociétés secrètes » qu’est Louis Dasté (André Baron, dit, 1860-1932) commence par dénoncer « les complots de la Franc-Maçonnerie et les dangers qu’elle fait courir au Pays », avant de préciser qu’il va monter les francs-maçons « coupables du plus grand crime qui soit, du crime de Lèse-Patrie, dans cette ignoble Affaire Dreyfus, où ils ont été les agents si férocement dévoués de la meute syndicataire d’espions et d’escarpes étrangers, recrutée et nourrie par les Synagogues ». En 1900, Dasté lance, avec Paul Copin-Albancelli (1851-1939), le journal antimaçonnique À bas les Tyrans !, qui, outre les « tyrans maçonniques », dénonce en particulier les « crimes maçonniques », équivalents des « meurtres rituels » dont les Juifs sont mensongèrement accusés depuis le milieu du XIIe siècle (Taguieff, 2008, p. 262-300). En 1906, Dasté (sous son véritable patronyme, André Baron) élargit son propos, tout en privilégiant la dimension criminelle qu’il prête aux « sociétés secrètes », dans un gros livre intitulé Les Sociétés secrètes. Leurs crimes depuis les Initiés d’Isis jusqu’aux Francs-Maçons modernes, où il prétend avoir établi que « la Franc-Maçonnerie actuelle se trouve être un mélange extrêmement complexe de paganisme oriental et de kabbale juive », et « prouvé que, trop souvent, la Franc-Maçonnerie a obéi à de véritables assassinats ». Quatre ans plus tard, Dasté publie, dans une collection intitulée « Bibliothèque d’Études des Sociétés secrètes », un long pamphlet dédié à la mémoire de Clément XII et des « pères de l’Antimaçonnisme » : Marie-Antoinette et le complot maçonnique (1910), dont Céline, dans une note de L’École des cadavres (1938), se montre un admirateur inconditionnel : « Je ne saurais trop recommander la lecture du libre admirable de Dasté : Marie-Antoinette et la complot maçonnique. » Dans ce livre, Dasté affirme par exemple : « Dans l’Affaire Dreyfus, nous avons vu la Franc-Maçonnerie internationale combiner partout ses efforts avec ceux de la Juiverie universelle. » En 1912, Dasté publie un nouveau libelle sur le même thème, Les Sociétés secrètes et les Juifs.
Dans sa théorie des « Quatre États confédérés » (1904-1906), constitutifs de ce qu’il appelle « l’anti-France », Charles Maurras va élargir encore le champ du complot : aux Juifs, aux francs-maçons et aux protestants, il va ajouter les « métèques » (Taguieff, 2004a, p. 101-109). Théoricien du « nationalisme intégral », Maurras privilégie cependant ce que Maurice Barrès avait appelé, dans son article-programme paru le 22 février 1890 dans Le Figaro, « la formule antijuive » : « Tout paraît impossible, ou affreusement difficile, sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle tout s’arrange, s’aplanit et se simplifie » (L’Action française, 28 mars 1911). C’était là reconnaître le caractère instrumental de l’antisémitisme dans la perspective de l’élaboration d’une identité française substantielle, émondée de ses ennemis de l’intérieur (Juifs, francs-macons, protestants et « métèques »). En 1900, paraît à la « Librairie antisémite » un opuscule signé Vanki (alias Trioullaire), L’Antichrist ou Origines de la Franc-Maçonnerie et son But expliqué par ses symboles, où l’on apprend que « la franc-maçonnerie est une institution d’origine juive » et que « le Juif est l’âme de la franc-maçonnerie », car « aucun être humain n’égala jamais le Juif dans la parodie obscène et sacrilège ». Dans sa lettre-préface, Drumont s’émerveille d’avoir découvert le fil conducteur lui permettant de comprendre la marche obscure des événements : « Des choses, qui, au premier abord, ont l’air invraisemblables ou monstrueuses, paraissent, en effet, presque toutes simples et toutes naturelles, dès qu’on réfléchit que le Juif est l’âme de la maçonnerie. » L’action souterraine de la « judéo-maçonnerie » devient ainsi la clef de l’histoire en train de se faire, voire le grand instrument de décryptage de l’histoire moderne.
L’ancien maçon Paul Copin-Albancelli entre dans la polémique en publiant d’abord Le Pouvoir occulte contre la France (1907 ; 29e éd., 1910), longue dénonciation de la franc-maçonnerie et exposition de la « science antimaçonnique » dont les Pères fondateurs sont Barruel, Eckert, Deschamps et Janet. On y trouve une explication conspirationniste inédite de la « révolution russe » de 1905 fondée sur la thèse d’une possible instrumentalisation des Juifs par les francs-maçons (interdits en Russie) ou par une organisation judéo-maçonnique internationale : « Ce sont les Juifs qui furent les organisateurs visibles des troubles en Russie. Et ces Juifs russes qui marchaient à la tête des grévistes, qui donc les faisaient marcher eux-mêmes ? – Certains comités juifs qui n’étaient pas russes, mais internationaux, comme la race juive l’est elle-même. » La comparaison avec la Révolution française montre qu’une autre stratégie a été suivie : « La puissance juive ne se laisse guère voir dans notre Révolution. On ne l’y surprend pas agissant ouvertement et violemment comme elle fit récemment en Russie. (…) Si donc les Juifs n’agissent pas ouvertement pendant notre Révolution, ils ont des amis qui agissent pour eux, et ces amis sont les francs-maçons. » Mais la « règle de l’ennemi unique » (Angenot, 1984, p. 126 sq., et 2010, p. 41), appliquée systématiquement par les idéologues conspirationnistes, permet de réduire à la même puissance occulte Juifs et maçons : « En France, Maçonnerie et Révolution, cela ne fait qu’un. En Russie, Judaïsme et Révolution, cela ne fait qu’un. Deux quantités égales à une troisième étant égales entre elles, il s’en suit que Maçonnerie et Judaïsme ne font qu’un également. » Mais Copin-Albancelli se rallie à la thèse de la direction juive ultra-secrète de la maçonnerie, schéma auquel il suggère de recourir pour expliquer la Révolution française, formulant l’hypothèse « que le Judaïsme fait mouvoir la Maçonnerie, qu’il est le Pouvoir occulte par lequel celle-ci a été créée, et aux suggestions duquel elle obéit ! ». Copin-Albancelli publie ensuite La Conjuration juive contre le monde chrétien (1909), qui ne fait guère que développer certaines analyses de son pamphlet précédent, ou clarifier sa thèse centrale, à savoir que « le Juif » est « le vrai Pouvoir occulte ». Ladite « conjuration juive » est cependant de facture « judéo-maçonnique », puisque « l’origine juive de la Franc-Maçonnerie » est à ses yeux établie, et qu’il existe un « plan juif » de domination du monde impliquant nécessairement l’action maçonnique. Ce « plan » est celui du « gouvernement de la race de Judas », gouvernement secret ou « Pouvoir occulte juif » qui « aspire à la royauté du monde ».
En 1910, Mgr Henri Delassus (1836-1921) publie son principal ouvrage, La Conjuration antichrétienne. Le temple maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Église, où il postule que, « depuis deux mille ans, les Juifs ambitionnent la conquête du monde tout entier ». La stratégie perverse suivie par les conquérants juifs est ainsi décrite par le protonotaire apostolique : « Pour dominer les nations, il faut détruire les institutions qui constituent l’ordre social, particulièrement l’ordre social chrétien. De là les principes de 89, de là les Droits de l’Homme, de là le Libéralisme dont la Franc-Maçonnerie insinue le virus dans toutes les sociétés. Avec ces poisons, on désagrège toutes les institutions, on les tue : Religion, Famille, Patrie, Propriété, Armée, rien n’y résiste. » Le résultat de toutes ces destructions, ce sera, prophétise-t-il, « l’institution du collectivisme d’État », aux mains des Juifs, les seuls véritables profiteurs du complot destructeur.
Le B’nai B’rith et surtout l’Alliance israélite universelle (créée en 1860 et présidée de 1863 à 1880 par Adolphe Crémieux, avocat franc-maçon et par là cible privilégiée) sont inlassablement dénoncés comme des organisations judéo-maçonniques ou comme les instruments du complot judéo-maçonnique. L’Alliance israélite universelle est dénoncée comme une puissance occulte redoutable par Jacob Brafman (1824-1879), Juif russe converti à la religion orthodoxe puis recruté en tant qu’indicateur et propagandiste par la police tsariste, comme un instrument mondial de corruption travesti en association philanthropique (Le Livre du Kahal, Vilna, 1869 ; traduit en français à Odessa en 1873) (Cohn, 1967, p. 58-59 ; De Michelis, 2001, p. 20-21, 205 ; Taguieff, 2004b, p. 711-712). Elle est désignée comme le centre de direction du judaïsme mondial par l’aventurier signant « Osman Bey » (pseudonyme de Frederick Millingen, 1836-1901 ?)), dans son pamphlet La Conquête du monde par les Juifs (1873) (Cohn, 1967, pp. 61-63), où il prétend que la « Société israélite universelle » (sic), à laquelle seraient « affiliées les sommités juives de tous les pays », aurait « à sa disposition un état-major considérable, composé de journalistes, agents secrets, mouchards, courriers, etc., tous des hommes d’une haute capacité ». Il en conclut qu’« aucun gouvernement ne saurait être mieux renseigné et plus fidèlement servi que l’est cette Société universelle » située à Paris. Paris devient ainsi la capitale du « complot judéo-maçonnique » mondial (Cohn, 1967, p. 70 ; De Michelis, 2001, p. 80 ; Taguieff, 2004b, p. 716-717). Cette thèse conspirationniste sera reprise en Russie par Hippolyte Lutostansky dans son livre Le Talmud et les Juifs (1879-1880, 3 vol.), puis par nombre d’éditeurs ou de commentateurs des Protocoles des Sages de Sion (publiés pour la première fois à la fin de l’été 1903). Le chanoine August Rohling, dans son pamphlet antitalmudique paru en 1871, Der Talmujude (« Le Juif du Talmud »), dénonce l’« accord de la Loge et de Juda », dont Crémieux, Juif et franc-maçon, serait l’incarnation, la preuve et le symbole. Il réaffirme l’accusation principale : « Les loges ne travaillent qu’à pousser les peuples à la révolution dans l’intérêt des Juifs ! ».
Durant l’affaire Dreyfus, la presse catholique dénonce avec virulence le couple imaginaire formé par l’Alliance israélite universelle et le Kahal. L’amalgame polémique fonctionne comme un lieu commun : en 1898 et 1899, La Croix du Nord assure que la tête de la « vaste alliance anticatholique dans le monde » n’est autre que l’Alliance israélite universelle, dont les ramifications conduisent au Kahal, « directoire suprême » dont le siège se trouve au « 44, rue de la Victoire », c’est-à-dire au « Consistoire israélite central de Paris », qui dispose d’une « police aveuglément dévouée » et d’un « budget énorme » (cité par Delmaire, 1991, p. 102). En 1905, dans La Franc-Maçonnerie, secte juive, l’abbé Isidore Bertrand, s’inspirant de Gougenot, réitère l’opération de réduction à l’ennemi unique : « L’Alliance israélite universelle et la Société non moins universelle de la Maçonnerie ne forment qu’une seule et même société. (…). La Kabbale est au fond de tous les rites maçonniques, forme moderne de l’occultisme dont le Juif est le grand maître. L’Alliance israélite universelle est l’œuvre par excellence du Judaïsme et de la Maçonnerie. C’est en groupant sous sa bannière tous les adeptes de la libre pensée, quel que soit leur culte d’origine, qu’Israël verra se réaliser ses plus chères espérances. »
En 1872 est traduit en russe, et publié à Saint-Pétersbourg sous la forme d’un document révélateur, un chapitre extrait du roman de Hermann Goedsche (sous le pseudonyme de sir John Retcliffe), Biarritz (Berlin, 1868), chapitre intitulé : « Dans le cimetière juif de Prague » (Cohn, 1967, p. 38-44 ; Taguieff, 2005, p. 161-164 ; Laqueur, 2010, p. 126-127). Publié séparément comme s’il s’agissait de la narration d’une réunion tenue effectivement, ce texte, « Le cimetière juif de Prague et l’assemblée des douze tribus d’Israël », décrit une assemblée nocturne ressemblant fort à une cérémonie occulte, durant laquelle les représentants des douze tribus d’Israël exposent les divers aspects d’un plan de conquête du monde, ainsi que le confirme le Grand Rabbin. À bien des égards, cette scène s’inspire de la réunion maçonnique imaginée par Alexandre Dumas dans son roman Joseph Balsamo (1849), où est relatée la rencontre, le 6 mai 1770, entre Cagliostro, chef des « Supérieurs Inconnus », et d’autres Illuminés. Le complot des Illuminés vise à placer la France des Lumières et de la Révolution future à la tête de l’humanité, grâce aux efforts conjugués de trois cents frères représentant chacun dix mille associés, soit trois millions d’affiliés ayant juré « obéissance et service ». Par une série de transformations, le complot de Cagliostro et des Illuminés deviendra le complot juif mondial. On trouve dans l’extrait du roman de Goedsche la plupart des thèmes des Protocoles des Sages de Sion, qui paraissent n’en constituer qu’une version développée :
« Nos pères ont légué aux élus d’Israël le devoir de se réunir, au moins une fois chaque siècle, autour de la tombe du grand maître Caleb, saint rabbin Syméon-ben-Ihuda, dont la science livre, aux élus de chaque génération, le pouvoir sur toute la terre et l’autorité sur tous les descendants d’Israël. Voilà déjà dix-huit siècles que dure la guerre du peuple d’Israël avec cette puissance qui avait été promise à Abraham, mais qui lui avait été ravie par la Croix. Foulé aux pieds, humilié par ses ennemis, sans cesse sous la menace de la mort, de la persécution, de rapts et de viols de toute espèce, le peuple d’Israël pourtant n’a point succombé ; et, s’il s’est dispersé sur toute la surface de la terre, c’est que toute la terre doit lui appartenir. (…) Lors donc que nous nous serons rendus les uniques possesseurs de tout l’or de la terre, la vraie puissance passera entre nos mains, et alors s’accompliront les promesses qui ont été faites à Abraham. (…) Si l’Or est la première puissance de ce monde, la seconde est sans contredit la Presse. (…) Il faut, autant que possible, entretenir le prolétariat, le soumettre à ceux qui ont le maniement de l’argent. Par ce moyen, nous soulèverons les masses, quand nous le voudrons ; nous les pousserons aux bouleversements, aux révolutions, et chacune de ces catastrophes avance d’un grand pas nos intérêts intimes et nous rapproche rapidement de notre unique but : celui de régner sur la terre, comme cela a été promis à notre père Abraham. »
L’extrait du Biarritz de Goedsche sera publié ensuite à Moscou, à Odessa et à Prague, pour devenir le célèbre « Discours du Rabbin » (appelé parfois « Reichhorn », ou « Eichborn ») tel qu’il aurait été rapporté par un auteur britannique, sir John Readcliff (ou Readclif, Retcliffe, etc.). Dans La Russie juive, compilation antisémite signée Kalixt de Wolski (1816-1885) – noble polonais fouriériste réfugié en France (Coleman, 2010) – et publiée en 1887 dans la « Bibliothèque antisémitique » des éditions Savine (proches de Drumont), le « Discours du Rabbin » est reproduit intégralement dès le premier chapitre, avec ce bref propos introductif : « D’abord, pour avoir une idée du but que les Juifs poursuivent et de leurs aspirations les plus intimes, nous commençons par le discours d’un grand rabbin, prononcé à une réunion secrète. Ce discours, extrait d’un ouvrage anglais publié par sir John Readclif [sic], sous le titre de Compte-Rendu des événements politico-historiques survenus dans les dix dernières années, dévoile la persistance avec laquelle le peuple juif poursuit, de temps immémorial et par tous les moyens possibles, l’idée de “régner sur la terre”. »
Le « Discours du Rabbin » avait été précédemment publié par Kalixt de Wolski dans Le Contemporain, en juillet 1881. Mais, en reproduisant également dans La Russie juive l’essentiel du Livre du Kahal de Jacob Brafman, le propagandiste russe fournissait à ses homologues français de quoi alimenter leur imaginaire conspirationniste. Le mystérieux « Kahal », prétendu gouvernement juif secret, est ainsi venu s’ajouter à la liste des organisations juives secrètes. La rumeur « autorisée » par le « témoin » Brafman, donnant le mystérieux « Kahal » pour le centre directeur et organisateur de la très paradoxale nation juive, nation internationale dont tous les membres sont supposés solidaires, s’intègre alors dans le mythe du complot juif mondial tel qu’il était esquissé dans le « Discours du Rabbin », faux précurseur des Protocolesdes Sages de Sion, à la fois modèle formel et matériau textuel utilisé par les rédacteurs du célèbre « document » pseudo-juif (Cohn, 1967, p. 38-40, 269-273 ; Taguieff, 2004a, p. 421-426).
Les principaux idéologues du « complot judéo-maçonnique » sont des auteurs antimodernes et contre-révolutionnaires, pour qui le seul combat qui vaille est celui qu’implique la défense de l’ordre chrétien. Conformément à l’une des règles du discours polémique, ils pratiquent la réduction de tous les ennemis désignés à l’ennemi unique, à savoir « le Juif ». En 1882, dans Les Juifs, nos maîtres !, Chabauty affirme ainsi :
« À l’heure présente, la Révolution, dans toute sa réalité, c’est la nation juive, agissant dans le monde entier, par les ordres de ses chefs, en plusieurs corps d’armée et sous plusieurs enseignes, au dedans, au dehors et à l’encontre de la société catholique et chrétienne. Dans les deux hémisphères, République, Franc-Maçonnerie, Juiverie, sont une seule et même chose. La République, c’est ordinairement le drapeau, l’étiquette, la montre ; la Maçonnerie, c’est partout l’instrument, le soldat, l’armée ; la Juiverie, c’est toujours l’âme, la direction, le commandement. Notre ennemi, c’est le Juif ! »
Dans un libelle préfacé par Drumont, La Juiverie (1888), l’abbé Georges de Pascal (1840-1917) caractérise ainsi la situation de la France :
« Depuis 1870 particulièrement, elle est, politiquement comme financièrement, aux mains de la Juiverie ; des Juifs comme Raynal, comme Lockroy, se sont assis autour de la table du conseil des ministres ; cela s’était déjà vu. Ce qui est caractéristique, ce qui est le signe éclatant de la conquête de notre pays par la Juiverie, c’est la dictature de Léon Gambetta, le petit-fils d’un Juif wurtembergeois, Léon Gimberlé [pure légende, colportée par des milieux antijuifs qui, à l’instar de Drumont dans La France juive, dénonçaient « le Sémite Gambetta », ou « Gamberlé », comme un « Juif allemand d’origine »] ; c’est le règne occulte, plus actif, plus efficace peut-être, du Juif Crémieux, par l’Alliance israélite universelle. »
Trente ans après, dans un article d’une extrême confusion publié dans La Vieille France (n° 173, 20-27 mai 1920), Jean Drault (Alfred Gendrot, dit, 1866-1951), ancien proche collaborateur de Drumont, laisse entendre que « Gamberlé », « le Juif rebelle », aurait été éliminé par l’Alliance israélite universelle : « La vraie lutte était entre l’Alliance israélite universelle, créatrice maîtresse de l’Empire juif occulte, et son délégué Gamberlé, Empereur juif occulte qui avait fini par pêcher contre la discipline du Consistoire. Oui ! Gamberlé tendait à la dictature personnelle. » La circularité des accusations et des preuves est flagrante : Juif, Gambetta est naturellement franc-maçon ; Gambetta étant franc-maçon (à vrai dire, très peu actif), il est donc bien juif.
En 1890, l’abbé Henri Desportes (né en 1865), auteur d’un pamphlet antijuif sur les meurtres rituels préfacé par Drumont : Le Mystère du sang chez les Juifs de tous les temps (1889), publie Le Juif franc-maçon. Roman contemporain, roman à thèse où il s’efforce de montrer que les Juifs, mus par un désir frénétique de domination, se servent du levier maçonnique pour devenir les maîtres de la société française. Le thème est développé dans le livre d’un antimaçon attiré par l’ésotérisme, Abel Clarin de La Rive (1885-1914), Le Juif dans la Franc-Maçonnerie, paru en 1895 à la « Librairie antimaçonnique ». Il faut également tenir compte des fantasmes portant sur la sombre alliance judéo-maçonnico-occultiste, dénoncée par Jules Doinel (sous le pseudonyme de Jean Kostka, 1842-1902) dans Lucifer démasqué (1895) : le fondateur, en 1890, de l’Église gnostique universelle était convaincu que la maçonnerie entretenait des liens avec le satanisme. Si Gougenot des Mousseaux avait, sur ce front de la polémique antijuive, ouvert la voie, c’est Ernest Jouin (1844-1932), curé de Saint-Augustin (1899), fondateur de la Ligue franc-catholique en 1913, qui développera, jusqu’à sa mort, le thème de la triple menace incarnée par les Juifs, les francs-maçons et les occultistes.
En 1912, Mgr Ernest Jouin lance la Revue internationale des sociétés secrètes, dont le principal objet est de combattre la « judéo-maçonnerie », sans oublier l’autre front, celui de la lutte contre « l’occultisme » (James, 2008a, p. 156-158 ; Jarrige, 2010, p. 197-206). Dans le premier numéro de sa revue, Mgr Jouin énonce le principe directeur de sa vision du monde : « De nos jours, la société secrète est la maîtresse du monde. (…) Il en va de même aujourd’hui qu’au temps de l’Illuminisme et de la Haute-Vente, et la franc-maçonnerie n’en est que plus indissolublement la concentration des sociétés secrètes ; aussi, prise de la sorte dans un sens élargi, on peut la nommer la maîtresse du monde. » Mais la franc-maçonnerie est « elle-même subordonnée à des groupes supérieurs », précise aussitôt Mgr Jouin, qui ne tarde pas à les désigner : « De nos jours, l’histoire des sociétés secrètes est la page magistrale de l’histoire juive. (…) D’où vient cette alliance ? Si la Franc-Maçonnerie est mondiale, elle est naturellement en contact avec la race juive, race cosmopolite par tempérament et par expiation. » Or, les Juifs se caractérisent par une « triple aspiration » : « La domination universelle, la révolution sociale et la ruine du catholicisme. » Mgr Jouin ne faisait là que répéter Gougenot des Mousseaux.
« Sages de Sion » et francs-maçons : la leçon des Protocoles
Mais c’est avec la publication, de 1920 à 1924, dans la plupart des langues européennes, des Protocoles des Sages de Sion, que la propagande anti-judéo-maçonnique va s’intensifier et prendre une ampleur inédite (Cohn, 1967 ; Taguieff, 2004a, 2004b, p. 617-817, et 2006, p. 109-142). Elle s’élargit en incluant la lutte contre le judéo-bolchevisme, à laquelle s’adjoint la lutte contre le judéo-capitalisme, comme dans les premiers discours de Hitler (1920-1923) ou dans la revue d’Urbain Gohier (Urbain Degoulet, dit, 1862-1951), La Vieille France (qui disparaît en 1924). Dans le célèbre faux antijuif, où les « Sages de Sion » constituent une « force invisible », on trouve un écho de la thèse de la manipulation juive de la maçonnerie « visible » : « La franc-maçonnerie extérieure ne sert qu’à couvrir nos desseins ; le plan d’action de cette force, le lieu de son séjour même resteront toujours inconnus au peuple. » Entre les « Sages de Sion » (les chefs secrets du peuple juif) et les hauts dirigeants de la franc-maçonnerie, les premiers diffuseurs russes du faux supposaient l’existence d’une alliance ou d’une complicité. Les Protocoles véhiculent certes le thème typiquement conspirationniste du « Programme de la conquête du monde par les Juifs », pour reprendre le titre de la première publication en Russie dans le journal d’extrême droite Znamia (« Le Drapeau »), fin août/début septembre 1903, du faux, par le pogromiste Pavolachi A. Krouchevan (1860-1909). Mais l’on ne doit pas négliger le fait que le « document » était présenté par son « traducteur » comme les « Protocoles des séances de l’union mondiale des francs-maçons et des Sages de Sion ». Cette attribution des Protocoles aux « judéo-maçons » a été aussitôt concurrencée par l’attribution du « document » supposé « révélateur » aux « sionistes » – ce qui soulève des problèmes d’interprétation (Hagemeister, 2008). Les premiers usages des Protocoles ont ainsi été orientés par l’antimaçonnisme et l’« antisionisme ».
Cette oscillation s’est confirmée en 1905-1906. En décembre 1905, les Protocoles font l’objet de deux publications distinctes. Ils sont d’abord publiés dans un libelle anonyme qui paraît à Saint-Pétersbourg le 13 décembre 1905, La Source de nos maux, sous le titre « Extraits des Protocoles anciens et modernes des Sages de Sion de la société mondiale des francs-maçons » (27 séances). Ils sont ensuite, quelques jours plus tard, publiés à Tsarskoïe Selo en appendice à la 2e édition du livre de l’écrivain mystique Serge A. Nilus (1862-1929), Le Grand dans le Petit, et l’Antéchrist en tant que possibilité politique imminente, où ils sont présentés, dans un style apocalyptique (Hagemeister, 2012), comme un document dérobé aux « archives secrètes de la Chancellerie secrète de Sion qui se trouve maintenant sur le territoire français » (24 séances) (Hagemeister, 1995 ; Taguieff, 2004a, p. 40 sq., et 2004b, p. 646 sq.). En janvier 1906, à Saint-Pétersbourg, paraît une nouvelle édition des Protocoles (comprenant 27 séances), inclus dans la 3e édition du pamphlet de Georges V. Boutmi (1856-1927 ?), Discours accablants. Les Ennemis du genre humain, où le document est intitulé « Protocoles extraits des archives secrètes de la Chancellerie principale de Sion », puis « Fragments des Protocoles anciens et modernes de l’union mondiale des francs-maçons ». Les premiers éditeurs du faux, à l’exception de Nilus, l’inscrivent ainsi explicitement dans la catégorie des prétendues preuves du « complot judéo-maçonnique » – qui prend déjà la forme d’un « complot sionisto-maçonnique », représentation originelle et vraisemblablement originaire de celle du « mégacomplot » qui s’est banalisée à la fin du XXe siècle. Les premiers usages des Protocoles ont ainsi été orientés par l’antimaçonnisme et l’« antisionisme ». Dès les premières publications du faux en Russie, entre 1903 et 1906, le « sionisme » était fictionné comme un projet secret de domination du monde, dévoilé notamment par les Protocoles, présentés comme les minutes de séances tenues secrètement au cours du premier Congrès sioniste (Bâle, 29-31 août 1897). Les commentateurs antisémites des Protocoles ont par la suite oscillé entre les deux principales attributions chimériques : à une union judéo-maçonnique incarnée souvent par l’Alliance israélite universelle, ou bien au « sionisme mondial », dont l’organe visible serait l’Organisation sioniste (fondée au Congrès de Bâle).
Mais le mystérieux Kahal n’est pas oublié. Dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, le juriste et député à la Douma Alexeï S. Chmakov (1852-1916) a la réputation d’être l’un des publicistes antisémites russes les plus virulents. Ce dirigeant de l’Union du Peuple russe et des Centuries noires – qui diffusaient les Protocoles (Laqueur, 1996) – est l’auteur de plusieurs textes antijuifs, tels que La Liberté et les Juifs (1906) ou Les Juifs dans l’histoire (1907), et d’un pamphlet anti-judéo-maçonnique intitulé Le Gouvernement internationalsecret (1912) (De Michelis, 2001, p. 14, 39, 41, 215). Chmakov devait sa relative célébrité à ce qu’il avait publié en 1906 un faux antijuif, présenté comme un document rédigé par Adolphe Crémieux en 1860, à l’époque de la fondation de l’Alliance israélite universelle : un prétendu manifeste appelant tous les Juifs à coopérer à l’établissement de la domination juive mondiale (Cohn, 1967, p. 164). Au début de 1911, avant de revenir sur le devant de la scène en tant qu’avocat de l’accusation dans le procès Beïliss, Chmakov intervient au Congrès de la noblesse, à Moscou, pour dénoncer les activités criminelles du Kahal, qu’il présente comme « une organisation juive secrète », avant de déclarer : « Les Juifs continuent leur œuvre révolutionnaire dans le pays (…). Ils se sont emparés de toute la presse. Les Rothschild gouvernent le monde. (…) Il faut donc employer tous les moyens pour empêcher les Juifs et les francs-maçons de mettre la main sur la Russie » (cité dans La Revue antimaçonnique, 1 (8), juin 1911, p. 87-88). La légende du Kahal ressuscitera après la Première Guerre mondiale lorsque l’hebdomadaire de Henry Ford (1863-1947), The Dearborn Independent, lancé le 22 mai 1920, se spécialisera dans la dénonciation des complots fomentés par « le Juif international » et son « gouvernement mondial » occulte, appelé « État panjuif » (Cohn, 1967, p. 156-161 ; Taguieff, 2008, p. 157-161). L’équipe éditoriale de Ford postule que « l’État panjuif est le seul État à exercer un gouvernement mondial » et que les moyens de sa puissance sont « le capital et le journalisme, ou l’argent et la propagande ». Dans le recueil des éditoriaux de l’hebdomadaire, publié sous le titre The International Jew (1920-1922, 4 vol.), le « Kehillah » (ou « Kahal », en yiddish) de New York est présenté comme le centre du « gouvernement occulte » exercé par les Juifs aux États-Unis. Il est « le centre du monde juif (…) transféré dans cette ville » : « New York est pour les juifs ce que Rome est pour les catholiques et La Mecque pour les musulmans. » Désormais siège du gouvernement de « l’État panjuif », New York a succédé à Londres, qui avait elle-même succédé à Paris. Il y a là un bon exemple de création d’une chimère : le « Kehillah », érigé en gouvernement juif secret, n’était rien d’autre que l’auto-désignation d’une petite communauté de Juifs de stricte observance qui avait rompu avec la grande synagogue « Temple Emmanuel » (Cohn, 1967, pp. 160-161).
En mars 1919, Friedrich Wichtl (1872-1922), théoricien autrichien de la conspiration maçonnique mondiale, publie à Munich, chez l’éditeur « völkisch » Julius Friedrich Lehmann, un pamphlet anti-judéo-maçon et antibolchevique qui sera très lu dans les milieux nationalistes en Allemagne : Weltfreimaurerei, Weltrevolution, Weltrepublik (« Franc-maçonnerie mondiale, révolution mondiale, république mondiale »), dont le sous-titre est explicite : « Enquête sur l’origine et les buts derniers de la guerre mondiale ». Sa cible principale était le judéo-maçonnisme international, dont les activités secrètes et malignes suffisaient selon lui à expliquer à la fois la défaite de l’Allemagne et la révolution bolchevique (Katz, 1995, p. 289-291 ; Rogalla von Bieberstein, 2002, p. 25-26, et 2008, p. 219 ; Pfahl-Traughber, 2003, p. 206-207). Au motif de la « trahison des Juifs » pendant la guerre mondiale s’ajoutait donc celui du rôle décisif des Juifs dans la révolution bolchevique. Dans son journal intime, le jeune Heinrich Himmler, âgé de dix-neuf ans, note au milieu de 1919, admiratif : « Un livre qui explique tout et nous dit contre qui nous devons combattre. »
Sous le pseudonyme de Gottfried zur Beek, Ludwig Müller (1851-1926), dit Müller von Hausen – un disciple de Theodor Fritsch (1852-1933), le « vieux maître de l’antisémitisme allemand » (comme l’appellera affectueusement Hitler) –, fait paraître en janvier 1920 sa traduction allemande des Protocoles, Die Geheimnisse der Weisen von Zion (« Les Secrets des Sages de Sion »), qui sera par la suite reprise par les éditions du NSDAP. C’est cette traduction qui sera lue par Hitler en 1920. Dans Mein Kampf (I, chap. XI), il reprend à son compte la thèse de la manipulation juive de la franc-maçonnerie :
« Pour affermir sa situation dans l’État, il [le Juif] cherche à abattre toutes les barrières par lesquelles la race et l’état civil avaient d’abord gêné sa marche. Pour cela il combat avec toute la ténacité qui lui est propre en faveur de la tolérance religieuse et il a dans la franc-maçonnerie, qui est complètement tombée entre ses mains, un excellent instrument pour mener une lutte qui lui permette de parvenir astucieusement à ses fins. Les classes dirigeantes et les hautes sphères politiques et économiques de la bourgeoisie, prise dans le réseau maçonnique, deviennent sa proie, sans qu’elles puissent s’en douter. »
Dans un contexte convulsif marqué par la Première Guerre mondiale, la révolution bolchevique et la création d’un « foyer national juif » en Palestine, le mythe du complot judéo-maçonnique, tel qu’il avait été fabriqué par Gougenot des Mousseaux et ses disciples, redevient central dans la propagande antijuive. On en trouve une attestation dans le chapitre 12, intitulé « Les Juifs et la franc-maçonnerie », du pamphlet publié en 1920 par Alfred Rosenberg (1893-1946) : Die Spur des Juden im Wandel der Zeiten (« La trace du Juif à travers les âges »). En 1921, un an avant de s’imposer comme le « philosophe » du parti national-socialiste, Rosenberg, grand admirateur du livre de Gougenot, en édite un volume d’extraits traduits en allemand et commentés par ses soins. En affirmant, dans son pamphlet anti-judéo-maçonnique et antijésuite, Das Verbrechen der Freimaurerei. Judentum, Jesuitismus, Deutsches Christentum (1921), que « les Juifs et les francs-maçons sont à la tête du monde actuel et œuvrent en coulisses », Rosenberg se montrait un fidèle disciple du théoricien français du « complot judéo-maçonnique », sauf bien sûr en matière de défense du catholicisme. Car, à la suite de Houston Stewart Chamberlain, Rosenberg dénonçait l’universalisme de l’Église catholique, expression du « chaos ethnique », auquel il opposait la « foi nouvelle : le mythe du sang », plus exactement le mythe du « sang nordique ». Ce sera là le thème central du Mythe du XXe siècle, son livre majeur publié en 1930. Dès lors, le « complot judéo-maçonnique » visait moins la civilisation chrétienne que la « race aryenne » ou la civilisation « nordico-germanique ».
En France, Mgr Jouin publie une édition commentée des Protocoles en octobre 1920, fondée sur la version Nilus, suivie en 1922 d’une traduction de la version Boutmi du faux (Taguieff, 2004a). Ces traductions forment respectivement le premier et le quatrième volumes d’une série intitulée Le Péril judéo-maçonnique (12 vol.). La thèse de Mgr Jouin est que « le plan judéo-maçonnique des “Protocols” comprend un but : l’hégémonie mondiale ; un moyen : l’or ; un résultat : le supergouvernement juif. But, moyen et résultat se retrouvent dans les livres talmudiques. » Il résume d’une phrase sa vision du grand complot : « Israël est le roi, le Maçon est son chambellan et le Bolcheviste son bourreau. » Dans l’introduction de son édition des Protocoles, Mgr Jouin, qui reprend explicitement l’héritage « spirituel » de Gougenot des Mousseaux, insiste sur le fait que le contenu essentiel du document avait été dévoilé par plusieurs auteurs français : « Les Protocols sont (…) la prédiction d’un plan en voie de réalisation (…). Ce que nous tenons à faire remarquer, c’est que, sous une forme ou sous une autre, ce plan a été depuis longtemps mis à jour et qu’on n’a pas voulu y prendre garde, non plus qu’à la Franc-Maçonnerie. Les Livres de Gougenot des Mousseaux, de Toussenel, de Drumont, de l’abbé Lémann, et d’autres, en font la preuve. » (Jouin, 1920, p. 18). Urbain Gohier publie sa propre traduction des Protocoles en décembre 1920, avec des commentaires qui inscrivent la paranoïa dans une vision apocalyptique de l’Histoire, accusant les Juifs d’être la cause cachée de tous les bouleversements de l’âge moderne : « Partout, invariablement, la catastrophe est préparée de longue main, puis déchaînée par les Juifs, au moyen de la Franc-Maçonnerie enjuivée. »
En Grande-Bretagne, dans une série d’ouvrages où l’érudition se marie au style pamphlétaire, l’historienne conspirationniste Nesta H. Webster (1876-1960) s’inspire autant de la culture barruélienne que de la nouvelle littérature apocalyptique alimentée par la publication des Protocoles et les interprétations conspirationnistes de la Révolution bolchevique. Dans son livre publié en 1921, World Revolution: The Plot Against Civilization, Webster cite ce passage du programme illuministe d’après Barruel : « Il nous faut établir un régime de domination universelle, une forme de gouvernement qui s’étende sur le monde entier. » C’est la dénonciation de ce projet d’empire mondial, attribué d’abord aux francs-maçons, puis aux « judéo-maçons » ou aux Juifs, enfin aux « judéo-bolcheviques », qui était devenu un lieu commun du discours antijuif. En 1924, Webster publiera un nouveau livre prétendant décrypter « l’histoire invisible » et fournir la bonne explication de la Révolution bolchevique : Secret Societies andSubversives Movements.
La même année, le préfacier, signant « E.R. », d’une brochure du Dr Ansonneau, Les Puissances occultes contre la France. La dictature judéo-maçonnique. Juifs, Francs-Maçons et Libres-Penseurs, écrit : « Les prévisions de Drumont, de Mgr Delassus et de Copin-Albancelli se réalisent, et la Franc-Maçonnerie arrive à étendre sur l’Univers entier le joug judéo-maçonnique. En Orient, la Secte juive est souveraine maîtresse avec la dictature sanguinaire des Bolchevistes. » En Occident, la politique est dirigée par la « haute banque juive internationale ». C’est pourquoi, face à la « secte judéo-maçonnique », il appartient « aux Catholiques et aux patriotes de faire une propagande incessante pour dévoiler son but et ses projets de destruction ».
En 1931, une collaboratrice américaine de Mgr Jouin, Leslie Fry – pseudonyme de Louise A. Chandor, devenue après son mariage Pacquita Louise de Chichmareff (1882-1970) –, qui avait fait partie du groupe d’antisémites professionnels stipendiés par Henry Ford pour prouver l’authenticité des Protocoles (Hagemeister, 2009), rend un hommage indirect à la « lucidité » de Jacob Brafman dans son livre Le Retour des flots vers l’Orient.Le Juif, notre maître : « L’Organisation sioniste mondiale ou Agence juive ou Alliance israélite universelle – quel que soit le nom qu’elle porte – n’est autre chose au fond que le Kahal avec ses dix-huit siècles d’expérience accumulée. Ses buts et ses principes, qu’ils soient enveloppés dans le mysticisme du Talmud ou brutalement exposés dans les Protocols, sont les mêmes aujourd’hui que sous l’Empire romain. » Leslie Fry participe à la préparation d’un ouvrage de référence de la littérature conspirationniste de langue anglaise, Occult Theocrasy (1933, 2 vol.), signé par son amie Lady Queenborough (alias Edith Starr Miller), dénonçant un vaste complot polymorphe, où prennent place jésuites, Juifs, maçons, gnostiques et Illuminati. Il convient cependant de noter que, dans les gloses qui accompagnent les éditions des Protocoles, le B’nai B’rith est aussi mentionné, même s’il l’est moins souvent que le 1er Congrès sioniste (Bâle, été 1897), les dirigeants sionistes Theodor Herzl ou Ascher Ginzberg (sous son pseudonyme Achad Ha-am) étant nommément mis en cause dans la tenue des séances secrètes dont les Protocoles auraient été les minutes. La thèse soutenue par L. Fry, dans La Vieille France de Gohier comme dans la Revue internationale des sociétés secrètes, était que Ginzberg était le véritable auteur du document. La thèse de l’origine sioniste a été également soutenue par Alfred Rosenberg, mettant directement en cause Herzl lui-même. En 1927, Rosenberg publie aux éditions Franz Eher à Munich un opuscule intitulé Le Congrès de la conspiration mondiale de Bâle, sous-titré « De l’authenticité des Protocoles sionistes », où il désigne Herzl. Mais la piste du B’nai B’rith gardera ses partisans.
La référence au B’nai B’rith, dans la littérature conspirationniste, fonctionne comme une dénonciation du « complot judéo-maçonnique ». Trois interprétations doivent cependant être distinguées : d’abord, celle qui revient à voir dans l’organisation juive internationale une « franc-maçonnerie juive » ; ensuite, celle qui consiste à décrypter ladite organisation comme le centre juif caché de la franc-maçonnerie, à la dénoncer comme la direction secrète de cette dernière ; enfin, celle qui donne le B’nai B’rith pour une organisation judéo-maçonnique parmi d’autres. Dans sa revue Le Réveil du Peuple, en 1936, le propagandiste antijuif Jean Boissel (1891-1951) publie un article dénonçant le B’nai B’rith en tant qu’incarnation de la « Maçonnerie judaïque » érigée en centre de direction judéo-maçonnique international de toutes les « sociétés secrètes » : « Les B’naï B’rith forment une élite juive de toutes les Maçonneries “nationales” et internationales : ils en sont le centre réalisateur qui, après avoir élaboré les détails du programme juif mondial, donne ses directives à tous les autres Ordres maçonniques, qui en sont les ailes marchantes. » L’antisémite russe Nikolaï E. Markov (1866-1945), dit « Markov II » (Der Kampf der dunklen Mächte/« Le Combat des puissances obscures », 1944), membre fondateur des Centuries noires avant de se rallier au nazisme pour devenir un collaborateur du Welt-Dienst (centre de propagande antijuive créé par les nazis à la fin de 1933), affirmait qu’une alliance avait été contractée entre les francs-maçons et le B’nai B’rith peu après la création de cette organisation (1843).
Usages politiques du mythe dans les années trente
À la fin des années 1920 et dans les années 1930, le vicomte Léon de Poncins (1897-1975) et le comte Emmanuel Malynski (1875-1938) relancent le mythe du complot judéo-maçonnique en vue de démasquer la SDN, bête noire des contre-révolutionnaires catholiques. En 1928, Léon de Poncins publie son livre le plus emblématique : Les Forces secrètes de la Révolution. Franc-maçonnerie et Judaïsme, qui conclut sur les mesures à prendre pour « lutter contre le danger révolutionnaire », afin d’éliminer définitivement « le microbe judéo-maçonnique » : « Il faut en premier lieu abandonner les mortels principes de 89 que nous ont inculqués les Juifs et les Maçons, il faut abandonner le parlementarisme, le suffrage universel, le libéralisme, la démagogie, l’athéisme considéré comme religion d’État. » Le même auteur catholique traditionaliste publie en 1932 deux nouveaux pamphlets : Les Juifs maîtres du monde et La Franc-maçonnerie puissance occulte. Suit, en 1934, la publication de La Franc-Maçonnerie d’après ses documents secrets. La même année, le journaliste et essayiste Lucien Pemjean (1861-1945), l’un des continuateurs de Drumont, lance le mensuel Le Grand Occident et publie aux éditions Baudinière un pamphlet au titre sans équivoque : La Maffia judéo-maçonnique. Dans son introduction, après avoir dénoncé « l’œuvre souterraine et néfaste de la Judéo-Maçonnerie », à propos de « l’effroyable scandale Stavisky », Pemjean expose son modèle interprétatif, fondé sur une vision manichéenne opposant « l’Anti-France » et ses « mercenaires » à la vraie France : « Comme au temps du Boulangisme, du Panamisme et du Dreyfusisme, voici donc de nouveau dressés face à face, d’une part un Parlementarisme de décadence, soutenu par toutes les forces occultes des Loges, des Ghettos et des Partis de Plouto-Démagogie, et, d’autre part, un Nationalisme de redressement et de rénovation, en révolte contre l’impuissance et la corruption du régime… de ce régime abject qui, sous les quolibets de l’étranger, ruine, désarme et empoisonne notre pays. » Le pamphlet se termine par un appel à chasser « la vermine judéo-maçonnique » qui « infeste » et « infecte » la France.
En 1936, Poncins publie un nouveau pamphlet : S. D. N. Super-État maçonnique, ainsi que son ouvrage de synthèse : La Mystérieuse internationale juive, où il dénonce « l’alliance de la finance et de la révolution » en même temps que « la judaïsation du monde », à travers la presse, cette « grande puissance ». Il s’indigne aussi de la « conspiration du silence » sur les ouvrages démasquant les Juifs et les francs-maçons : « Une immense œuvre de destruction se trame ainsi dans l’ombre et bien peu de gens la connaissent car la presse n’en parle jamais. Tous ceux qui, de près ou de loin, se sont occupés de Franc-Maçonnerie ou de Judaïsme, savent par expérience, que dès les premiers pas, on se heurte à une puissante conspiration du silence. » C’est là un topos de la littérature conspirationniste, qui joue le rôle d’une nouvelle preuve de l’existence du complot, selon le raisonnement suivant : si le complot est dévoilé publiquement, il est voué à l’échec ; donc les comploteurs ont intérêt à organiser le silence autour des textes qui dévoilent le complot ; or, la « conspiration du silence » est observable ; donc le complot existe. La même année, Poncins et son maître Emmanuel Malynski, aristocrate polonais théoricien de la contre-révolution, publient une sorte de traité portant sur les stratégies, les tactiques et les manipulations de l’ennemi diabolique aux multiples visages : La Guerre occulte, dont le sous-titre explicite d’emblée le contenu : « Juifs et francs-maçons à la conquête du monde ».
L’ouvrage, largement inspiré par les Protocoles, fascine le philosophe traditionaliste italien Julius Evola (1898-1974), qui en fait un compte rendu enthousiaste en décembre 1936 :
« Il s’agit donc là d’un exposé historique ou, pour mieux dire, d’une interprétation de l’histoire visant à saisir l’intelligence secrète qui se dissimule derrière les événements les plus significatifs du siècle dernier, leur logique, qui, inaccessible à l’observateur superficiel, s’avère au contraire précise et inexorable d’un point de vue rigoureusement traditionnel, catholique et aristocratique. La période étudiée va de la Sainte Alliance à la révolution bolchevique ; donc, un siècle d’histoire, rempli de guerres, de révolutions, d’affrontements sans exemple entre forces économiques et sociales, de dévastations de tout genre, dont il est faux de penser, comme on le fait très souvent, qu’ils sont “spontanés” ou qu’ils peuvent s’expliquer par les seuls facteurs historiques apparents, alors que, pour de Malynski et de Poncins, ils peuvent se ramener à un véritable “plan” et se comprendre comme des épisodes d’une lutte à mort contre l’ancienne Europe hiérarchique. À qui doit-on l’initiative et l’organisation d’un tel plan ? Pour les auteurs du livre en question, la réponse ne fait pas de doute : au judaïsme et à la franc-maçonnerie, dont l’action s’est exercée d’abord sur deux fronts apparemment opposés, mais, en réalité, complémentaires, à en juger par leurs buts ultimes : le front de l’Internationale révolutionnaire (libérale, social-démocrate, marxiste, communiste) et le front de l’Internationale financière ou capitaliste ; ensuite, par des moyens encore plus occultes, sur les chefs d’État et de gouvernement, qui ne se sont presque jamais rendus compte des véritables buts que leurs actions et leurs décisions devaient servir. »
Evola traduira l’ouvrage en italien trois ans plus tard, et en signera l’introduction. En Espagne, dès 1935, la Phalange déclenche une campagne contre la franc-maçonnerie, qui va se radicaliser et s’élargir l’année suivante, comme en témoigne cette proclamation d’août 1936 : « Camarade ! Ton devoir est de pourchasser les Juifs, la Maçonnerie, le marxisme et le séparatisme. Détruis et brûle leurs journaux, leurs livres, leurs revues, leurs propagandes. »
En 1938, au début d’un article sur « les instruments de la guerre occulte », le philosophe contre-révolutionnaire italien souligne la dimension « souterraine » de la guerre menée par les forces occultes : « La guerre occulte est la guerre que les forces de la subversion mondiale mènent dans les coulisses par des moyens qui échappent presque toujours aux méthodes ordinaires d’investigation. » Pour Evola, l’identité de ceux qui mènent la guerre occulte ne fait guère de doute, et il rejoint sur ce point la vision conspirationniste des grands polémistes catholiques ou orthodoxes, sans pour autant exclure que la « judéo-maçonnerie » soit elle-même dirigée à son insu par des puissances plus secrètes. Dans un article intitulé « Sur les rapports entre le judaïsme et la maçonnerie » publié en juin 1937 dans La Vita Italiana – revue dirigée par le plus raciste des idéologues fascistes, Giovanni Preziosi (1881-1945) –, Evola cite, en l’approuvant, la formule de l’un des plus délirants spécialistes russes du « complot judéo-maçonnico-bolchevique », Gregor Schwartz-Bostunitsch (1883- ?), rallié au nazisme : « Le secret de la Maçonnerie, c’est le Juif », avant de conclure : « Politiquement et socialement, Maçonnerie et judaïsme appartiennent au même front. Et s’opposer à celui-ci est nécessaire. » La raison en est qu’il faut « paralyser l’un des principaux instruments au service de la volonté de puissance occulte d’une race qui n’est pas la nôtre, et dont le triomphe, visible ou invisible, n’aurait d’autre signification que le déclin du plus précieux héritage de la meilleure culture indo-européenne ».
Peu après sa création en 1936, le Congrès juif mondial va s’ajouter à la liste des cibles de la littérature anti-judéo-maçonnique, dans un contexte où les Juifs sont accusés de « vouloir la guerre » et de pousser les démocraties à entrer en guerre contre l’Allemagne nazie. En Italie, Evola, compagnon de route du fascisme et admirateur de la dimension ésotérique du nazisme, écrit en 1938, dans son introduction à la réédition de l’édition des Protocoles due à l’idéologue fasciste et conspirationniste Preziosi : « Des regroupements de forces décisifs se préparent. Ce sont exactement les phases pré-finales du plan des Protocoles. En fait, prendre comme base les idées-mères de cet écrit “apocryphe”, c’est aussi posséder un sûr fil conducteur pour découvrir le sens unitaire le plus profond de tous les plus importants bouleversements de ces derniers temps. »
Dans la France des années trente, Henry (Henri, dit) Coston (1910-2001) semblait avoir pris la relève de Drumont en relançant en 1930 La Libre Parole, présentée comme une « revue mensuelle anti-maçonnique » en 1934, dans un ouvrage anonyme, mi compilation mi pamphlet, intitulé Les Mystères de la franc-maçonnerie, publié par Les Nouvelles Éditions nationales, dirigée par Coston. Ce dernier, auteur de la compilation antimaçonnique, levait le voile sur les « dirigeants occultes communs » des « Grande Loges maçonniques » en citant les Protocoles (version Nilus, Protoc. 15): « En attendant notre avènement, nous créerons et multiplierons (…) les loges maçonniques dans tous les pays du monde ; nous y attirerons tous ceux qui sont ou qui peuvent être des agents éminents. Ces loges formeront notre principal bureau de renseignement et le moyen le plus influent (de notre activité). Nous centraliserons toutes ces loges en une administration connue de nous seuls, composée de nos Sages. » Ce passage des Protocoles était cité par Rosenberg dans son essai, paru en 1923, intitulé Les Protocoles des Sages de Sion et la politique juive mondiale, où il précisait, dans le chapitre 15, que la direction centrale de la conspiration judéo-maçonnique n’était autre que « l’Ordre des B’nai B’rith ». La revue de Coston sera rebaptisée La Libre Parole anti-judéo-maçonnique, qui titrait 1er novembre 1935 : « Ferons-nous la guerre pour le compte de la maçonnerie ? ». Question ainsi précisée par Coston le 1er janvier 1936 : « Leur guerre. La Franc-Maçonnerie, esclave de la Juiverie et de l’Intelligence Service, nous pousse à la guerre. » Le 15 mai 1936, à l’occasion du cinquantenaire de La France juive, Coston dénonçait à la une : « Face aux Juifs et aux Maçons, inspirateurs et aux commanditaires du Front populaire. » Le 15 juin, il dressait sa liste noire : « Le ministère Blum et la Judéo-Maçonnerie. Liste des ministres juifs et maçons. » Les citoyens français d’origine juive sont particulièrement visés s’ils sont en même temps francs-maçons, sur le modèle d’Adolphe Crémieux, cible privilégiée de Drumont dans La France juive (t. II, livre IV : « Crémieux et l’Alliance israélite universelle »).
Jean Boissel surgit sur la scène antijuive française en publiant à Aurillac, en 1935, sa conférence prononcée à la salle des Centraux le 4 janvier de la même année : Le Juif, poison mortel, brochure qui sera diffusée par le Centre de Documentation et de Propagande dirigé par Henry Coston. Il y affirme notamment que Hitler, pour avoir « donné congé à la peste juive », est « le seul homme vraiment grand que le monde d’après-guerre ait vu à l’œuvre ». Membre du Welt-Dienst (« Service mondial »), centre de propagande antijuive dirigé par un conseiller « technique » de Julius Streicher (1885-1946), Ulrich Fleischhauer (1876-1960), Boissel participe le 9 mai 1935, à Nuremberg, au premier congrès de la Ligue mondiale antijuive (Antijüdische Weltliga), dirigée par un proche collaborateur de Streicher, Paul Wurm, responsable du service « étranger » du Stürmer. Aux côtés de Streicher, Boissel prononce un discours intitulé « La paix des anciens combattants » où il célèbre Hitler en tant que « titan » et appelle, pour faire la paix, à la lutte contre les « judéo-bolcheviques » ainsi qu’à l’union franco-allemande. Dans ce discours, publié en français quelques mois plus tard (« Mon discours de Nuremberg »), il dénonce à la fois « le Juif » et ses deux rejetons, la franc-maçonnerie et le bolchevisme :
« C’est contre cet ennemi mondial numéro 1 [le Juif] qu’il faut, camarades allemands, mener notre combat. Et contre le bolchevisme aussi, cet enfant de Juif, ennemi acharné lui aussi de tout le genre humain. Mein Kampf doit devenir, pour cette lutte qui doit être une croisade : Unser Kampf. Il faut absolument, pour que le monde puisse vivre et respirer, abattre cette hydre aux têtes sans cesse renaissantes. Et avec cela, dans les pays où elle subsiste, la concubine du Juif et du communisme : la franc-maçonnerie. »
Le 10 mai 1935, Der Angriff, le journal fondé par Joseph Goebbels, titre à la une : « Gegen den Weltfeind ! Julius Streicher und Jean Boissel in Nürnberg ». « L’ennemi mondial » (der Weltfeind), tel était le titre d’un article publié par Goebbels, le 19 mars 1928, dans Der Angriff, qui commençait par la citation d’une phrase célèbre de Walther Rathenau – extraite d’un article paru le 25 décembre 1909 (Cohn, 1967, p. 148 ; Taguieff, 2004b, p. 637-639) – qu’on trouvait dans la plupart des textes d’accompagnement des Protocoles des Sages de Sion : « Trois cents hommes, qui se connaissent tous entre eux, guident les destinées économiques de l’Europe et choisissent leurs successeurs dans leur entourage. » Les « trois cents hommes » se transformeront, dans les textes de propagande antijuive, en « trois cents maîtres du monde », Juifs ou « judéo-maçons », soit les chefs de « l’ennemi mondial ».
Patronné par son ami Streicher, Boissel est reçu par Hitler en 1936. Stipendié par les nazis, Boissel crée en septembre 1936 le « Front franc », groupuscule antijuif arborant la devise « Racisme International Fascisme », dont Le Réveil du peuple est l’organe. Le Front franc se veut « antimaçonnique, antiparlementaire et antijudéométèque ». Boissel fonde également, en juillet 1937, la Ligue antijuive universelle, placée sous le patronage de la veuve Drumont, sa « présidente d’honneur ». Il participe en septembre 1937 au congrès du Welt-Dienst à Erfurt. En février 1938, le Front franc publie sa « charte anti-judéo-maçonnique » dont le but est ainsi précisé : « Mettre fin et par tous les moyens aux méfaits du Peuple juif uniquement destructeur, et coupable, entre autres, de vols, de crimes et de guerres. » On sait que, pour Streicher, « le Juif » était le diable sous une apparence humaine (Bytwerk, 2001, p. 167-168). En février 1937, dans Der Stürmer (n° 9), la thèse était ainsi formulée : « Le Juif n’est ni un humain, ni un animal. Il est le diable. Il ne peut être puni, ni amélioré. Il peut seulement être rendu inoffensif. »
La grande preuve du complot judéo-maçonnique reste le célèbre faux, les Protocoles, même reconnus comme tel. En 1940, dans son pamphlet intitulé L’Étreinte mortelle de la judéo-maçonnerie, recueil d’articles publiés en 1938-1939, et préfacé par Jean Drault, Paul Ganem résumait l’opinion commune sur les Protocoles : « Si les Protocoles sont apocryphes, ils expriment, par contre, d’une manière indiscutable, l’œuvre poursuivie inlassablement par la judéo-maçonnerie. (…) Qui oserait, avec bonne foi, soutenir que l’œuvre de dévastation de la morale et de l’économie en France n’est pas celle de la judéo-maçonnerie ? Cette œuvre néfaste (…) s’identifie absolument avec les concepts et les préceptes mêmes des Protocoles. » Seraient-ils un faux selon la lettre, les Protocoles sont authentiques selon l’esprit, car ils reflètent l’esprit « judéo-maçonnique ». Tel est l’argument le plus souvent avancé par les adeptes de la gnose du grand complot.
Festivités de Noël, fin d’année. La joie est au programme, spontanée ou obligée. Même si les circonstances ne se prêtent pas toujours, et en tout cas pas pour tous, à cette manifestation ostentatoire, souvent factice.
Le grec comme le latin se réfèrent à un sémantisme commun *ga-, *gêthô en grec, *gaudium en latin. La signification est la même pour les deux langues, se réjouir. Manifester sa joie.
Pur spectacle non contingent à ce qui l’entoure, elle explose tout bonnement. Inscrite dans le réel immédiat, elle ne se projette pas dans un futur quel qu’il soit, elle est désintéressée et porte sur le monde son éclat immanent, pourrait-on dire, en transcendant tout ce qui serait de l’ordre du pessimisme ou de l’optimisme latent. Jouissance intime, réjouissance partagée, elle autorise la gaudriole par laquelle un groupe se gausse dans un bon jeu de mots, un clin d’oeil échangé, qui suppose une complicité du regard, d’un moment revécu, le temps d’une réminiscence.
Joie aussi spontanée que les larmes qui l’inondent parfois. Joie, pleurs de joie !
Joie de l’inattendu, telle cette « marée en Carême » que suscitait naguère une arrivée de poissons frais en plein Carême, une pêche miraculeuse. Ovation rituelle, dans les cris de joie qui scandaient les fêtes de Bacchus.
L’expression était nettement moins flatteuse lorsqu’elle s’appliquait aux filles de joie. Au XIXe siècle, lors de l’urbanisation haussmannienne, le quartier parisien de Notre-Dame-de-Lorette fut d’abord boudé par les bourgeois. Et les créatures, vilipendées mais bien utiles, de la prostitution servirent aux promoteurs immobiliers. Il s’agissait de séduire les acheteurs potentiels. Filles de joie, elles louaient à bas prix les logements aux plâtres encore humides, dont elles devaient garnir les fenêtres de rideaux, tout en offrant leurs joyeux services… D’où l’appellation de ces prostituées de peu de valeur, filles de plâtre…
Toutes les filles ne pratiquaient pas le charme tarifé. Cependant, à la même époque, l’opprobre était jeté contre l’engeance femelle qui se piquait de fréquenter les bancs de l’université, à tel point que l’évêque de Montpellier, Mgr Le Courtier, en 1869, n’hésitait pas à traiter de « filles de joie » les étudiantes de la Sorbonne. Le dictionnaire Larousse, d’ailleurs, ne reconnut à ces amoureuses de savoirs une existence qu’en 1890 !
La joie, décidément, n’est jamais en odeur de sainteté, comme si son explosion risquait de faire chavirer le sérieux et la componction de l’honorabilité. Les Grecs ne s’y trompaient pas, puisqu’ils associaient les cris aigus de joie que poussaient les femmes, dans les cérémonies de magie, aux hululements de la chouette ou du chat-huant.
Les Latins, quant à eux, parlaient de jubilation pour définir les hurlements joyeux lors de certaines circonstances ecclésiastiques.
Singulière méfiance à l’encontre d’une manifestation si spontanée et imprévisible.
Quelles qu’en soient les nuances respectives, on ne saurait évidemment dissocier la joie de son alter ego, le rire, qui contribue à déplier, à décrisper les membres d’un groupe, à en dénouer les tensions. Si la joie est sans méchanceté, le rire en revanche s’entache de perfidie, homérique lorsque les dieux de l’Olympe s’esclaffent devant les mésaventures amoureuses d’Héphaïstos, le boiteux jaloux.
En nos périodes si chahutées, ne gâchons pas les occasions de ces plaisirs, si menus et fugaces soient-ils, ne les monnayons pas surtout.
Alors, joyeuse fin d’année et joyeux début de l’autre à venir !
Annick DROGOU
La joie comme le feu. Quand la tristesse abat, la joie irradie. Quand la tristesse isole et enferme, la joie se partage. Oui, il n’est de joie que partagée. La joie est toujours reçue, un don si on veut bien la reconnaître pour telle. Quelle réception fais-je à cette joie ? À la joie débordante, ardente comme un feu qui embrase tout ? À la joie sereine, ronronnant comme l’âtre familier ? Cette joie vécue comme un don, il ne tient qu’à nous de l’entretenir, de la développer. Feu de joie à tenir vivant. Viens, amie, soufflons sur la joie toujours à ranimer. Joie dans les cœurs, si bien cachée au cœur de l’intime. Centrale d’énergie, cœur d’un réacteur qui a pour nom amour.
La joie comme l’eau. Puis-je être joyeux tout seul ? Oui, mais c’est toujours en me reliant aux autres, une joie qu’on voudrait répandre comme une eau bienfaisante. Comme l’eau, la joie ne se retient pas, elle coule. À nous de la répandre comme une libation à la plénitude de vie. Débordons de joie ! Abreuvons-nous à l’étape des oasis de joie et faisons reculer l’aridité de tous les déserts sans joie.
La joie comme l’air. Quel est le contraire de la joie, la tristesse ou la peine ? Peut-être la souffrance. Connaître la joie n’est pas méconnaître la tristesse. Joie et tristesse constituent une unique respiration, le même air de vie. Dans un texte magnifique, le sage Hermann Hesse parle de la « tristesse sans désespoir », il évoque aussi une longue amitié, « nous ne recherchions pas le bonheur ». Oui, l’amour nous fait accueillir la joie, cette joie qui n’a pas plus à voir avec le plaisir que la poésie avec la prose, le sacré avec le profane.
Car là est le secret de la joie : elle est sacrée parce qu’elle est simple. La joie ne connaît pas la complexité et encore moins la duplicité. Joie éphémère, forte et fragile dans sa simplicité, nostalgie de la beauté entrevue. Joie, ce mot qui se chante et se répète, si léger et si nécessaire, avant-goût de la plénitude oubliée. Souviens-toi des jours de joie et aime.
Lifesitenews consacre un article aux infiltrations maçonniques dans l’Eglise. L’article date d’octobre et évoque le plan maçonnique d’infiltration de la hiérarchie de l’Égliseavec notamment une tentative de prise de contrôle des séminaires italiens dès les années 1960. La liste de Pecorelli de 1978 identifie 120 fonctionnaires du Vatican membres de la franc-maçonnerie, avec leurs dates d’entrée, leurs numéros de code et leurs pseudonymes.
À la fin du XIXe siècle, un document demandait aux maçons d’entreprendre un effort d’un siècle pour miner l’Église catholique de l’intérieur. Le document stipule :
Le pape, quel qu’il soit, ne viendra jamais dans les sociétés secrètes. C’est aux sociétés secrètes de venir à l’Église… L’œuvre que nous avons entreprise n’est pas l’œuvre d’un jour, ni d’un mois, ni d’une année. Elle peut durer de nombreuses années, un siècle peut-être, mais dans nos rangs le soldat meurt et le combat continue…
Une fois votre réputation établie dans les collèges… et dans les séminaires – une fois que vous aurez gagné la confiance des professeurs et des étudiants, agissez de telle sorte que ceux qui sont engagés dans l’état ecclésiastique aiment à rechercher votre conversation… Alors peu à peu vous amènerez vos disciples au degré de cuisson désiré. Lorsque sur tous les points de l’état ecclésiastique à la fois, ce travail quotidien aura répandu nos idées comme la lumière, alors vous apprécierez la sagesse du conseil dont nous prenons l’initiative….
Cette réputation ouvrira la voie pour que nos doctrines passent dans le sein du jeune clergé, et aillent jusqu’au fond des couvents. Dans quelques années, le jeune clergé aura, par la force des choses, envahi toutes les fonctions. Ils gouverneront, administreront, jugeront. Ils formeront le conseil du souverain. Ils seront appelés à choisir le Pontife qui régnera ; et ce Pontife, comme la plupart de ses contemporains, sera nécessairement imprégné des… principes humanitaires que nous allons mettre en circulation…
Que le clergé marche sous votre bannière en croyant toujours qu’il marche sous la bannière des Clés Apostoliques. Vous voulez faire disparaître le dernier vestige de la tyrannie et de l’oppression ? Posez vos filets comme Simon Bar Jona. Posez-les au fond des sacristies, des séminaires et des couvents, plutôt qu’au fond de la mer… Vous vous réunirez en amis autour de la Chaire Apostolique.
En 1877, la loge Propaganda Massonica, également connue sous le nom de Propaganda Due (P2), a été créée à Rome pour les personnalités politiques dont l’appartenance était tenue totalement secrète en raison des condamnations papales de la maçonnerie. Mais en 1917, à l’occasion de leur 200e anniversaire, les maçons défilèrent sur la place Saint-Pierre avec une bannière sur laquelle on pouvait lire : “Satan régnera au Vatican, le pape sera son esclave”.
En 1961, le président de la Commission pontificale pour le patrimoine culturel de l’Église, Monseigneur Francesco Marchisano, qui portait le nom de code maçonnique FRAMA, a écrit trois lettres au grand maître du Grand Orient d’Italie (G.O.I.) concernant un projet de prise de contrôle des séminaires dans les régions du Piémont et de la Lombardie. Les séminaires de Trente, Turin et Udine ont été identifiés comme des lieux idéaux pour la tentative, où l’on savait qu’un bon nombre de compagnons francs-maçons s’étaient déjà infiltrés. Les lettres ont été obtenues et publiées en septembre 2002, par le père Luigi Villa, dans un dossier intitulé “Un scandale de nomination”, puis en septembre 2019, dans la revue fondée par le père Villa, Chiesa Viva. La publication de 2002 est intervenue en réponse à la nomination de Marchisano au poste de vicaire général pour la Cité du Vatican et de président des Œuvres de Saint-Pierre.
Le 17 mars 1981, la police italienne, dans le cadre d’une enquête sur l’enlèvement présumé du banquier sicilien Michele Sindona, ont découvert des listes de 962 membres franc-maçons. Parmi les noms figurent 43 membres du Parlement, 3 membres du cabinet, 43 généraux, 8 amiraux, les chefs de toutes les forces armées italiennes, les chefs des services de sécurité, des diplomates, les chefs de la police des quatre plus grandes villes d’Italie et des fonctionnaires du Vatican. On a également découvert que ses membres avaient pris le contrôle de la banque du Vatican, ce qui a conduit le Saint-Siège au bord de la faillite lors d’un scandale financier qui a éclaté au milieu des années 80.
Par ailleurs, les conclusions d’un audit de trois ans de tous les bureaux du Saint-Siège, mené par l’archevêque Edouard Gagnon, concernant les allégations selon lesquelles certains prélats et clercs de la Curie romaine étaient secrètement membres de la franc-maçonnerie, ont été présentées en personne au pape Jean-Paul Ier. Selon les mémoires du secrétaire de Mgr Gagnon, le père Charles Murr, “Mgr Gagnon a constitué un dossier exhaustif qui ne lui laissait aucun doute sur la véracité de ces allégations choquantes”. L’enquête avait été commandée par Paul VI en réponse à l’accusation particulière selon laquelle deux prélats de haut rang étaient francs-maçons : Annibale Bugnini et Sebastian Baggio. Bugnini était responsable de la Commission pour la réforme de la liturgie latine après le Concile Vatican II, qui a produit le Novus Ordo. Baggio était préfet de la Congrégation pour les évêques, responsable de la nomination et du choix des évêques dans l’ensemble du monde catholique. C’est pendant son mandat que l’âge de la retraite de 75 ans a été fixé pour les évêques. De nombreux sièges épiscopaux devinrent vacants lorsque les évêques de plus de 75 ans remirent leur lettre de démission. Cette situation a permis à Baggio d’avoir les coudées franches pour remplacer en très peu de temps l’épiscopat.
Un autre nom important est celui du cardinal Agostino Casaroli, ministre des affaires étrangères sous Paul VI et secrétaire d’État sous Jean-Paul II. Casaroli est entré en maçonnerie le 28 septembre 1957, avec le numéro de code 41/076, sous l’acronyme CASA. C’est à Casaroli que l’on doit l’attitude ouverte du Vatican à l’égard des communistes sous le pontificat de Paul VI, une politique appelée Ostpolitik, qui a conduit le pape à destituer le cardinal József Mindszenty de son poste de primat de Hongrie, entraînant l’établissement d’une église d’État sous le contrôle des dirigeants communistes hongrois. Cette politique a été rejetée plus tard par Jean-Paul II, qui venait de derrière le rideau de fer, mais le mal était déjà fait pour l’Église d’Europe de l’Est.
Ce vendredi 23 décembre est le 357e jour de l’année du calendrier grégorien, le 358e en cas d’année bissextile. Il ne reste que huit jours avant la fin de l’année… C’est une date possible mais rare pour le solstice, d’hiver ou d’été selon l’hémisphère terrestre nord ou sud, entre le 20 et ce 23 décembre. C’était généralement le 3e jour du mois de nivôse dans le calendrier républicain/révolutionnaire français, officiellement dénommé jour du bitume.
Sainte-Chapelle, Île de la Cité, Paris.
Il est vrai qu’en matière d’arts, culture et religion nous aurions pu évoquer, ce jour, en 562 la consécration de la nouvelle basilique Sainte-Sophie de Constantinople – qui fera cependant l’objet prochainement d’une de nos rubriques, mais nous avons souhaité partager à la veille du réveillon de Noël, qui fait souvent l’objet d’un repas généralement familial, parfois accompagné d’autres célébrations telles que la messe de minuit.
Réveillon de Noël. Tableau de Carl Larsson (1904 -1905).
Cette coutume, rappelons-le, correspond aux pays ou cultures, au départ chrétiennes, pour qui la signification de Noël a une signification religieuse (la Nativité de Jésus de Nazareth). Et plus communément de notre culture occidentale, fruit de notre héritage judéo-chrétien commun.
C’est pourquoi nous avons choisi de vous présenter les saintes chapelles en France.
Nombre d’entre nous ne connaissons que la Sainte-Chapelle – consacrée le 26 avril 1248 –, dite aussi Sainte-Chapelle du Palais, chapelle palatine édifiée sur l’île de la Cité, à Paris. À la demande de Louis IX (1214-1270), dit « le Prudhomme » et plus communément appelé Saint Louis, roi de France capétien – il régna pendant plus de 43 ans – , qui fut considéré comme un saint de son vivant.
Le sacre de Louis IX, miniature du manuscrit de l’Ordo du sacre de 1250, BNF, Lat.1246, fo 17.
Il est canonisé par la sainte Église catholique, apostolique et romaine en 1297. La Sainte-Chapelle – que le roi fait construire en 1242 – est édifiée afin d’abriter la Sainte Couronne d’épines, un morceau de la Vraie Croix, ainsi que diverses autres reliques de la Passion qu’il avait acquises à partir de 1239. Pour mémoire, très pieux, saint Louis fait d’autre part bâtir plusieurs églises, abbayes et hospices, vient en aide aux plus faibles, travaille à la conversion des princes mongols, soutient la fondation du collège de Sorbonne. Dans la droite ligne de l’humanité et bienfaisance royale !
Les saintes chapelles royales et princières comprennent, outre celle de Paris, dix chapelles construites en France sur son modèle entre le XIIIe et le milieu du XVIe siècle. Elles ont été fondées soit par un roi, soit par des princes de sang royal qui souhaitaient s’inscrire dans la lignée de saint Louis et rehausser le prestige de leur résidence.
Sainte chapelle de Vic-le-Comte
Sept de ces saintes chapelles subsistent, outre à Paris, à Aigueperse, Champigny-sur-Veude, Châteaudun, Riom, Vic-le-Comte et Vincennes. Celles de Bourbon-l’Archambault, de Bourges, du Gué de Maulny et du Vivier-en-Brie ont disparu ou sont en ruine. Les saintes chapelles de Dijon (aujourd’hui détruite), Saint-Germer-de-Fly et de Chambéry ne relèvent pas de la même définition mais partagent l’appellation.
Sainte-Chapelle, Château du Vivier (1352)
Quels sont les critères de définition d’une sainte chapelle ?
Selon la médiéviste Claudine Billot (1998), une sainte chapelle, qu’elle soit royale ou princière, se reconnaît à cinq critères :
elle est chapelle d’un palais ou d’un château royal ou princier ;
elle a été fondée par saint Louis ou l’un de ses descendants ;
elle abrite au moins, dans un reliquaire, une relique détachée de la Vraie Croix ou de la sainte couronne d’épines déposée à la Sainte-Chapelle de Paris ;
elle suit un plan architectural semblable au modèle parisien, à un ou deux étages, mais à nef unique, de hautes verrières et contreforts, un toit d’ardoises à forte pente et surmonté d’une flèche ;
elle est le lieu d’offices célébrés « à l’usage de Paris » par des chanoines toutes les trois heures.
Sainte chapelle, château de Vincennes
Les Saintes chapelles en France
Les saintes chapelles royales : quatre saintes chapelles ont été fondées par un roi :
en 1248, la sainte chapelle du palais de la Cité à Paris, par saint Louis ;
en 1329, la sainte chapelle du gué de Maulny (en ruine) près du Mans, par Philippe VI ;
en 1352, la sainte chapelle du château royal du Vivier (en ruine) à Fontenay-Trésigny, par Charles V ;
en 1379, la sainte chapelle du château de Vincennes, également par Charles V.
Sainte chapelle de Bourbon-l’Archambault (1483)
Les saintes chapelles princières : sept saintes chapelles sont de fondation princière :
en 1315, la première sainte chapelle du château de Bourbon-l’Archambault, dans l’Allier (en ruine), par Louis Ier de Bourbon ;
en 1395, la sainte chapelle du palais ducal de Riom, et en 1405, la sainte chapelle du palais ducal de Bourges (disparue), toutes deux par Jean Ier de Berry ;
en 1451, la sainte chapelle du château de Châteaudun, par Jean de Dunois, bâtard d’Orléans ;
en 1475, la sainte chapelle d’Aigueperse, par les Bourbon-Montpensier ;
en 1483, la seconde sainte chapelle de Bourbon-l’Archambault (également en ruine), par Jean II de Bourbon ;
en 1498, la sainte chapelle du château de Champigny-sur-Veude, par les Bourbon-Vendôme ;
vers 1505, la sainte chapelle de Vic-le-Comte, par Jean Stuart et sa femme Anne d’Auvergne.
Pour les lecteurs de 7 à 77 ans et + si affinités, à découvrir la bande dessinée L’Architecte du palais: Le Mystère de la Sainte-Chapelle avec la contribution du journaliste Pierre-Roland Saint-Dizier et les dessins d’Andrea Mutti, titulaire d’un diplôme de géomètre italien qui signe également sous le nom de Red, chez Glénat BD, en 2017.
Vrai ou faux, en tout cas dans la BD, l’architecte de la Sainte-Chapelle est assassiné ! Cela nous vous rappelle-t-il rien ? En effet, la présentation de l’ouvrage de 56 pages nous le dit : « le26 avril 1248. La consécration de la Sainte-Chapelle, qui abrite les plus précieuses reliques de la chrétienté, est célébrée avec faste au cœur du Palais de la Cité à Paris. Le départ imminent du roi Louis IX pour la croisade et l’effervescence qui règne ce jour-là au sein de la cour en font presque oublier le meurtre de l’architecte à qui l’on doit cet ouvrage.
Pierre-Roland Saint-Dizier
Rademir, le maître-verrier qui a supervisé la réalisation des verrières, connaît la vérité mais s’est juré de se taire. Que cache son silence ? Pourquoi se sent-il menacé et surtout qui était cet architecte dont l’histoire n’a pas retenu le nom ? À travers ce passionnant thriller historique, plongez dans les secrets de l’un des édifices les plus visités de Paris et découvrez l’œuvre des différents corps de métiers (maçons, architectes, maîtres-verriers…) qui ont participé à sa monumentale construction.
Nous savons tous que le maçon est un être tolérant, charitable et fraternel. Mais la question est de savoir à qui s’applique cette tolérance, cette charité et cette fraternité.
Soulignons d’abord que la tolérance maçonnique n’est qu’une tolérance à l’égard des idées et à l’égard de l’expression des opinions. La tolérance c’est accepter que les autres ne pensent pas comme vous. Elle ne consiste pas toujours à admettre que les autres n’agissent pas comme vous. Elle n’est en aucune façon une tolérance à des actes qui seraient répréhensibles, que ce soit d’un point de vue légal, éthique ou simplement lié aux convenances.
La tolérance maçonnique doit d’abord s’appliquer en loge. Notre tolérance s’exerce dans un espace protégé, avec des règles strictes, normalement à l’abri des excès…
Hubert Greven, Passé Souverain Grand Commandeur du SCDF nous dit « Mais si le Franc-maçon a le sens, inné ou acquis, de la tolérance, il a également le devoir d’intolérance, au même titre que les Etats ont le devoir d’ingérence dans le domaine humanitaire. Et cette intolérance doit d’abord s’appliquer à soi-même. Le Maçon Écossais possède, par l’utilisation des outils symboliques, les armes de la connaissance, de la liberté de conscience et de la tolérance pour combattre en lui-même les trois mauvais Compagnons que sont l’ignorance, le fanatisme et l’ambition personnelle… »
C’est donc à notre discernement, riche de la connaissance et de l’amour acquis dans nos loges, et à notre conscience que nous devons nous fier pour la pratique de la tolérance. Mais justement, à quel moment doit-on cesser de tolérer des écarts, des « pas de côté » dans le non-respect des règles ? Car n’oublions pas que les règles que nous nous imposons en loge résultent de nos serments. Nous les avons librement consentis et nous avons juré de les appliquer.
Dans le monde profane, le philosophe politique américain John Rawls pose la question « Doit-on tolérer les intolérants ? » Il y répond positivement, indiquant que de ne pas les tolérer serait intolérant et serait donc une injustice. En revanche il établit qu’une société tolérante a le droit et le devoir de se protéger et que ceci impose une limite à la tolérance. C’est donc la loi qui définit ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas. Mais au-delà de cette vision légale, il y a tout ce qui fait civilisation : les mœurs, la civilité, les pratiques diverses, les us-et-coutumes, la culture, les interdit et les tabous. Aucune loi n’interdit de mettre les pieds sur la table au restaurant. Doit-on le tolérer d’un convive indélicat ?
On voit bien que cette tolérance est limitée, que ce soit d’un point de vue légal, éthique ou simplement par les convenances. D’où la relativité ontologique de l’idée de tolérance. Elle est totalement liée au contexte du moment, dans le temps et dans l’espace.
« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » écrivait Pascal. Cela s’applique aussi au Bien et au Mal qui sont des notions éminemment relatives, même s’il y a des grands principes et des valeurs que nous espérons universelles.
Finalement, la tolérance est facile à définir : « vous ne pensez pas comme moi et je l’accepte » !
Si vous ne l’acceptez pas et si vous faites savoir que vous êtes le représentant de l’Empire du Bien et que l’autre est renvoyé dans les ténèbres du Mal, alors, vous êtes intolérant.
Une fois ces principes posés, on comprend que la vie réelle, celle qui n’est pas la vie spirituelle ou celle des idées éthérées, nous donne de nombreuses raisons d’être intolérant.
On peut être intolérant car l’autre tient des propos déshonorants qui risquent de se traduire en actes dangereux. Quand des milliers d’islamistes ou de compagnons de routes de l’islamisme insultent et incitent au meurtre de la jeune Mila qui à simplement exprimé son avis sur l’islam, il faut être intolérant avec ces adeptes d’une idéologie barbare. Il ne faut pas s’abriter derrière une tolérance naïve qui n’est souvent que le cache sexe d’une lâcheté habillée en soucis de ne pas mettre de l’huile sur le feu, de dégrader le vivre-ensemble ou de favoriser je ne sais quel courant politique qualifié « d’extrême droite ». La simple gêne que doivent ressentir certains en lisant ces lignes en dit long sur la soumission au terrorisme intellectuel qui s’empare de notre société de liberté. Mais vouloir interdire les propos de Mila en les qualifiant de l’étiquette discriminante et diabolisante « d’incitation à la haine » est simplement une entrave à la liberté d’opinion et d’expression qui doit être un principe fondamental en franc-maçonnerie. « Aucune limite à la recherche de la vérité » proclament certains rituels. Il faut être intolérant avec ceux qui veulent abolir votre propre liberté de pensée et d’opinion.
On peut être intolérant parce que l’autre ne se comporte pas comme il convient. On peut tout à fait tolérer que certains pensent que la terre est plate ou que l’homme a été créé il y a 6000 ans. Cela ne nuit à personne. Mais nous interdire de proclamer que c’est faux n’est pas acceptable, même si cela doit blesser la sensibilité des adeptes de la terre plate ou les adversaires de la théorie de l’évolution. Quand un écologiste vous dit que le train émet moins de CO₂ que la voiture individuelle ou l’avion, ce qui est souvent vrai mais pas toujours, c’est une opinion et elle doit être tolérée. Mais quand ce même écologiste vous dit qu’il faut interdire l’avion sur des distances de moins de 400 km pour imposer le train, il est légitime de ne pas tolérer ce totalitarisme vert.
Enfin, un degré du REAA nous enjoint à « combattre toute autorité usurpée, abusive ou irrégulière, qu’elle soit politique, militaire ou religieuse ». Dans une démocratie, ce principe s’applique aussi à la dictature des minorités. La démocratie ne se limite pas au processus électoral. Elle inclut tout un corpus de pratiques. La véritable démocratie a le respect des minorités. Mais elle ne les érige pas en norme majoritaire. Dans tous les domaines, elle cherche une conciliation des contraires afin d’aboutir à une cohabitation harmonieuse et paisible de la majorité et de la minorité. La norme qu’elle soit sociale, éthique ou politique ne doit pas privilégier les minorités au détriment des majorités.
Il faut être intolérant avec ces dictats importés des USA sous le terme de « woke ». Déplorer les discriminations fondées sur la race, le genre ou les pratiques sexuelles dont sont victimes certaines minorités est un combat légitime. Toujours ces phrases d’un rituel issu d’une conception éthique de la Chevalerie « … le maçon doit combattre tous les privilèges, qu’ils s’inspirent d’intérêts particuliers ou collectifs ».
Mais ce mouvement « woke » porte en lui une dérive totalitaire. À partir du constat de certains privilèges de majorités, il veut lui substituer des privilèges de minorités. Et contre cela, il faut être intolérant car on ne combat pas une injustice en établissant une autre injustice.
En conclusion, toute tolérance n’est pas légitime et toute intolérance n’est pas illégitime. Seule notre conscience et notre discernement nous permettrons d’adopter une attitude juste et une forme d’équité au-delà de la notion de justice.
« Itinéraires du Rite Ecossais Ancien et Accepté, histoires et perspectives », tel est le thème de cette belle rencontre qui se tiendra dans les Antilles françaises, en ce début d’année.
L’enchanteresse ville du Gosier, en créole guadeloupéen Gozyé, accueillera cet événement.
La Grande Loge de France nous invite samedi 14 janvier 2023 à un colloque ayant pour finalité de
faire connaître l’histoire maçonnique de l’espace Antillo-Guyanais et, par là-même, de réfléchir sur un certain nombre de questions éthiques et philosophiques qui, aujourd’hui encore, y perdurent, tout en tentant d’appréhender l’action de la franc-maçonnerie en général, et celui de la Grande Loge de France en particulier.
Chacun sait que, dans la seconde moitié du XVIII° siècle, le Rite du Royal Secret en vingt-cinq degrés, est passé de la France hexagonale à la Caraïbe, avant d’être exporté dans les futurs États-Unis d’Amérique puis, de là, en France à nouveau, en 1804, mais cette fois sous la forme du Rite Ecossais Ancien et Accepté en trente-trois degrés.
L’espace Antillo-Guyanais a donc constitué une étape fondamentale dans l’évolution de ce qui demeure, au XXI° siècle, le rite maçonnique le plus pratiqué dans le monde.
Mais traiter de ce seul sujet serait naturellement incomplet, voire insuffisant. Ce colloque comporte donc une autre dimension : tenter de comprendre comment cet espace a englobé et continue d’englober, à travers des valeurs communes, des territoires et des populations différents ayant contribué à forger son identité et, par là-même, celle de la franc-maçonnerie écossaise, qui s’y est développée depuis plus de trois siècles.
Il s’agit, de ce fait, d’un véritable voyage dans le temps et dans l’espace, qui est proposé aux sœurs et aux frères de toutes les Obédiences, à l’instar du départ et du retour du Rite Ecossais Ancien et Accepté lui-même, montrant les échanges entre l’hexagone et ses anciennes colonies devenues DOM-TOM, et racontant une longue histoire articulée entre deux mondes, l’ancien et le nouveau. Une histoire parfois difficile, dès lors que plane inévitablement au-dessus d’elle le spectre de l’esclavage, mais s’inscrivant aussi dans une dynamique de communication passée, présente et à venir.
Partant du principe que ces territoires représentent, historiquement, un relai entre des cultures diverses mais complémentaires, et que le débat doit impérativement porter sur l’articulation la plus juste entre la vision des populations locales et celle de l’Hexagone, Histoires et Perspectives – il va sans dire au pluriel – interpellent sur la notion même d’Histoire racontée, et racontée par qui. Derrière le Rite Ecossais Ancien Et Accepté, il y a, en effet, des femmes et des hommes dans leur pleine et entière humanité et c’est celle-ci que ce colloque entend mettre en évidence. C’est pourquoi celui-ci ne se veut pas seulement une rencontre historique, mais bien un outil de réflexion intégrant le passé dans le contexte présent pour penser l’avenir. Celui de la société, mais aussi et surtout celui de la franc-maçonnerie, dont le but demeure la libération de l’être individuel et l’amélioration progressive et pacifique de l’humanité.
Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF
Le programme
9h00-9h30 : Introduction par le Grand Maître de la Grande Loge de France : Thierry ZAVERONI et/ou le Grand Commandeur du Suprême Conseil de France Jacques ROZEN
Claude Collin
09h30-10h30 : L’itinéraire du Rite du Royal Secret de la France à Saint-Domingue, puis de la Caraïbe aux Treize colonies d’Amérique et celui du Rite Ecossais Ancien Et Accepté, des États-Unis à la France. Conférencier du SCDF : le TIF Claude COLLIN, Grand Commandeur Émérite du SCDF
Jean-Pierre Thomas
10h30 11h30 : Franc-Maçonnerie et esclavagisme au XVIII° et au XIX° siècles, la perception de l’anomalie par les francs-maçons français. Conférencier de la GLDF : Jean-Pierre THOMAS, délégué du Grand Maitre à la Culture.
Éric Saunier
11h30-12h30 : Conférencier : Éric SAUNIER (Docteur en Histoire, Directeur de l’Institut d’Etudes et de Recherches Maçonniques) « Le Triangle et les chaînes de l’esclavage : du paradoxe à la métamorphose des sociétés maçonniques » (1770-1848) »
Pause Déjeuner
Élisabeth Landi
14h30-15h30 :Le portrait d’un maçon blanc créole, Moreau de St Merry, ou les ambivalences de la maçonnerie au XVIIIe siècle. Conférencière de la GLFF: Élisabeth LANDI (Professeur d’Histoire, Universitaire)
Rodolphe Alexandre
15h30-16h30 : L’Histoire inachevée des loges de Guyane : Reflet de la société coloniale à la crise de la départementalisation (1776-1980). Conférencier : Rodolphe ALEXANDRE, docteur en Histoire (GODF Guyane)
Charles Saint-Cyr
16h30-17h30 : La Grande Loge de France dans les Orients Caraïbes- Amériques : Une sociologie des Loges comme miroir des mentalités sur un territoire cosmopolite. Conférenciers de la GLDF, Région Caraïbes-Amériques :
Jaques Forier
Les FF Jacques FORIER (Guadeloupe) et Charles SAINT-CYR (Martinique)
Jacques Rozen
17h 30 -18h30 : Conclusions du Colloque par le Grand-Maître de la GLDF Thierry ZAVERONI et/ou le Grand-Commandeur du SCDF Jacques ROZEN
Le dimanche, « Cérémonie ouverte aux membres de la Juridiction et de l’Obédience »
09h30 : Accueil des frères/10h00 : Cérémonie/12h00 : Déjeuner.
« Les Frères se décoreront à leur degré le plus élevé. Smoking ou costume sombre, chemise blanche et nœud papillon noir obligatoires. Ils sont priés de se présenter impérativement à 9h30 précises à l’entrée, Ils seront ensuite placés à l’intérieur du Temple suivant le rituel habituel. Les Travaux seront ouverts à 10 heures précises.»
Infos pratiques :
Hôtel Salako
Hôtel SALAKO, Pointe de la Verdure – Le Gosier
Pour participer au colloque, l’inscription est obligatoire et il faut s’acquitter des droits d’inscription
https://www.gldf2023.com/inscription
Afin de vous réserver le meilleur accueil, merci de vous inscrire au plus tôt. La clôture des inscriptions est fixée au 31 décembre 2022. Renseignement : colloque@gldf2023.com