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Les agapes en questions

On peut concevoir la franc-maçonnerie comme la recherche de l’excellence !

L’excellence, on la retrouve dans les trois valeurs platoniciennes : le Bon, le Beau et le Juste ! Dans ce post, il sera question des agapes qui se déroulent après les tenues maçonniques ! Telles qu’elles se déroulent généralement, sont-elles porteuses de ces trois « piliers » ?

Normalement une réunion maçonnique comprend deux temps :

  • Il y a le temps de la tenue maçonnique où la réflexion et la méditation dominent
  • et le temps de la joie partagée dans la convivialité qui normalement se déroule à l’occasion de ce que l’on appelle les agapes !

Les agapes appartiennent à la catégorie des repas rituéliques partagés !

Dans cette catégorie on trouve une multitude de modalités selon les pays, les cultures, les groupes sociaux et les prétextes ! Repas de communion, repas de chasse, tenue de table, etc. etc. Les francs-maçons pratiquent plusieurs sortes de repas (ou de partage de nourriture) rituel. Et en particulier ces fameuses agapes.

Les agapes maçonniques ont un certain nombre de caractéristiques :

  • c’est un repas partagé par les membres de la loge et leurs visiteurs, fondamentalement en respect de la tradition chrétienne du rituel eucharistique d’où le nom d’agape,
  • le repas se déroule le plus souvent dans les locaux maçonniques,
  • il devrait être préparé par les membres de la loge et servis par les apprenti-e-s  (ce qui se voit de moins en moins) ;
  • Les visiteuses et les visiteurs sont, normalement, des invités et donc exonérés d’une participation financière ; cette coutume se perd aussi ! (« un sou c’est un sou, n’est-ce pas ? »)
  • La participation financière aux agapes doit être modeste, ce qui là aussi disparaît !
  • L’essentiel des agapes est le partage d’une nourriture rituelle et la joie qui en découle !
  • Si la loge de table a pour fonction essentielle de participer à la socialisation de la loge, les agapes devraient nous inciter à une relation spirituelle intense.
  • Dans les grandes villes, dans les immeubles maçonniques possédant de nombreux temples, on voit même des services de restauration collective prendre en charge des agapes !

Force est de constater que ce temps de la joie partagée (et de quelle joie parle-t-on ?) est bien souvent absent même si on peut y vivre une cordialité sympathique !

Il y a bien un repas mais qu’y trouve-t-on ?

  • les sœurs et les frères forment des petits groupes de trois ou quatre en fonction de leurs places à table,
  • La nourriture est le plus souvent du niveau d’une cantine,
  • On y boit des boissons alcoolisées, ce qui ravit celles et ceux qui en abusent !
  • C’est souvent l’occasion de lâcher les amarres pour se laisser aller aux « approximations » du café du commerce,
  • On finit à point d’heure, le ventre plein avec des aigreurs garanties !
  • Dans certaines situations le laisser-aller va jusqu’à « la dictature » des tabagiques qui imposent leur addiction !
  • Ces banquets se terminent bien souvent par des départs étalés parfois sans se dire au revoir.
  • On a bien mangé ; on a bien bu et on est repu, la peau du ventre bien tendue ….
  • Tout n’est naturellement pas négatif mais on a bien souvent l’impression d’être passé à côté d’une belle occasion de célébrer quelque chose d’important !

Arrêtons les banquets, retrouvons les agapes !

Tout cela n’est pas sain : on a parfois l’impression que la raison d’être symbolique de ces agapes n’est plus d’actualité ; il reste une nourriture trop riche à une heure tardive, des échanges bien souvent au ras des pâquerettes, sans oublier une contribution financière parfois « inappropriée ».

Au total force est de constater que le terme « d’agapes » est à cent lieues de ces banquets « décalés » !

Si le terme d’agape se réfère au « repas du soir pris en commun par les premiers chrétiens et au cours duquel était célébré le rite eucharistique. » (Source CNRTL), en franc-maçonnerie, l’ambition de ces agapes ésotériques n’est-il pas de nous rassembler pour vivre la joie d’être ensemble en utilisant une nourriture et une boisson en partage !

Pour que ce temps d’échange et de partage se vive, plusieurs conditions sont nécessaires :

  • Dans cette configuration, un rituel d’agapes s’impose avec une introduction, une intervention et une clôture ! En dehors ce ces trois temps, la parole est libre !
  • Qui dit rituel dit animation ; logiquement ce serait au maître des banquets de veiller au bon déroulement de ce rituel, de prendre la parole et de la donner à d’autres intervenants avant de conclure !
  • Est-il judicieux de s’asseoir autour d’une table ? Être en cercle debout autour d’une table sur laquelle seraient posés un plat à partager et de l’eau comme boisson permettrait une plus grande attention !
  • Une mini-planche, sans commentaires, sur ce symbolisme des agapes permettrait de donner une certaine « consistance » ;
  • En dehors des prises de paroles une certaine liberté permettrait les échanges informels ;
  • La durée de ces agapes ne devrait pas dépasser une vingtaine de minutes !
  • Un repas rituel ce n’est pas que la nourriture ; il y a aussi le décor, les assiettes, verres et couverts sans oublier la serviette ! Ne pas penser à ces accessoires, oublier le raffinement, au minimum c’est … vraiment dommage !

De quels avantages pourrait on bénéficier avec ce mode de fonctionnement des agapes ?

  • Essentiellement le retour du sens de ce que l’on fait : le partage de la nourriture et de la boisson qui nous donne la joie et l’énergie nécessaire pour répandre dans le monde profane les valeurs qui nous caractérisent !
  • Une bonne hygiène alimentaire !
  • Un coût moindre : un seul plat servi froid ou tiède, une eau minérale !
  • Une organisation facile à mettre en place !
  • Une rigueur non dévoyée !

Et d’autres développements possibles :

  • Chacun sait bien combien la nourriture peut être pathogène et pourtant sous prétexte de convivialité on se laisse aller ! Eduquer à la qualité et à la sobriété pourrait faire partie de notre programme de formation !
  • Sachant la triste perspective qui s’annonce pour les générations futures, il est clair que la question de la nutrition des êtres humains va devenir une préoccupation majeure !
  • La nourriture varie selon les continents et les cultures ; en faire un élément de partage pourrait participer à cet élan vers l’universalisme !

Appel aux loges

Les loges doivent se préoccuper de la dérive profane qui les menace dans ce fonctionnement des agapes ! A elles de susciter une réflexion collective pour préserver le symbolisme des agapes auxquelles tous les membres de l’atelier devraient participer !

Les propositions énoncées ne sont qu’un élément de réflexion ; chaque loge est libre de s’organiser en conséquence pour introduire le Bon, le Beau et le Juste dans ce temps si particulier et si indispensable de la réunion maçonnique !


Pour aller plus loin  

Le Franc-maçon Gilbert du Motier… alias le marquis de Lafayette

De notre confrère américain freemason.com

Il y a un débat sur ce qui a poussé Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, à prendre la cause des révolutionnaires américains. Était-ce parce que le jeune homme était disposé à haïr les Britanniques pour avoir tué son père ? Ou était-ce parce que, à l’aube de la Révolution américaine, le marquis était récemment devenu franc-maçon ? Le biographe Harlow Unger a écrit dans sa biographie de Lafayette que lorsqu’il a entendu parler pour la première fois de la rébellion, cela « a enflammé son imagination chevaleresque – et maintenant maçonnique – avec des descriptions des Américains comme des » personnes luttant pour la liberté « . »

Quelle que soit sa motivation, son voyage en Amérique a catalysé une vie longue et active qui a fait de lui une légende dans les deux pays. Pour son rôle dans la poursuite du changement pour la France et les États-Unis d’Amérique, il est devenu connu comme « Le héros des deux mondes ».

Contexte et début de la vie

Le nom complet de ce célèbre franc-maçon était Marie-Joseph-Paul-Yves-Roch-Gilbert du Motier, marquis de Lafayette. Il est né le 6 septembre 1757 dans l’une des plus anciennes familles de France en Auvergne. Ses ancêtres ont servi dans les croisades et aux côtés de Jeanne d’Arc. C’était une famille de nobles ; sa mère était Marie Louise Jolie de La Rivière, et son père, Michel Louis Christophe Roch Gilbert Paulette du Motier, marquis de La Fayette, était colonel de grenadiers.

Michel est mort quand Gilbert avait deux ans, combattant une coalition dirigée par les Britanniques à la bataille de Minden en Westphalie pendant la guerre de Sept Ans. Lafayette devient marquis et seigneur de Chavaniac, où il est élevé par sa grand-mère paternelle, Mme de Chavaniac. Le garçon s’installe à Paris en 1768 et est envoyé à l’école du Collège du Plessis, qui fait partie de l’Université de Paris, où il est inscrit à un programme pour devenir mousquetaire.

Après la mort de la mère de Lafayette le 3 avril 1770, il hérite de l’une des plus énormes fortunes de son pays. L’année suivante, Lafayette est nommé officier des Mousquetaires, avec le grade de sous-lieutenant. Alors que ses fonctions étaient en grande partie cérémonielles, le jeune homme aspirait à la gloire militaire et obtint une commission de capitaine dans l’armée française, où il fut nommé aux Mousquetaires noirs en 1773. En 1774, le marquis tomba amoureux et épousa Adrienne de Noialles, une femme dont la famille était encore plus importante que les Lafayette. Ils eurent quatre enfants et furent mariés jusqu’à sa mort en 1807.

Après avoir perdu sa commission en 1775 à cause des coupes dans le financement de l’armée, Lafayette se retrouva dans la ville de Metz, assistant à un dîner avec le duc de Gloucester, le frère cadet du roi britannique George III. Le cœur de Lafayette a brûlé ce soir en entendant le duc s’inquiéter des colons américains prenant les armes contre la domination britannique. Alors que l’aristocrate se moquait des révolutionnaires et de l’armée continentale, Lafayette voyait son sort se dérouler devant lui en disant : « Mon cœur était enrôlé, et je ne pensais qu’à joindre mes couleurs à celles des révolutionnaires.

Quant à son appartenance maçonnique, Lafayette a déclaré qu’il avait été élevé en France avant de venir en Amérique. Il a été nommé maçon soit à la Loge La Candeur à Paris, soit à la Loge Contrat Social de Paris. Après son arrivée en Amérique, il a également été dit qu’il avait été élevé dans une loge militaire à Morristown, NJ, ou à Valley Forge en 1777.

Il devint également Royal Arch Mason, rejoignant le Jerusalem Chapter No. 8 à New York le 12 septembre 1824. Il rejoignit ensuite les Knights Templar dans la Morton Commandery No. 4 et dans la Columbian Commandery No. 1, toutes deux de New York. Dans le rite écossais, il a reçu les diplômes du Conseil suprême Cerneau de New York et a été nommé maçon au 33e degré et grand commandeur honoraire de ce corps.

Général de division marquis de Lafayette

En 1776, Louis XVI négocie avec des agents américains, pensant que fournir aux Américains des armes et des officiers pourrait rétablir l’influence française en Amérique du Nord. Après avoir appris que des officiers français étaient envoyés en Amérique, Lafayette a cherché à les rejoindre et a été enrôlé comme général de division alors qu’il n’avait que 19 ans. Lorsque les Britanniques ont eu vent des négociations, ils ont menacé de guerre contre la France.

La nation suspendit son soutien aux révolutionnaires, mais le jeune marquis resta déterminé à partir. Son beau-père, de Noailles, s’oppose catégoriquement à son désir de se battre pour les révolutionnaires, mais Lafayette souhaite tout de même y aller. Il a acheté un navire, Victoire, pour 112 000 livres, mais a failli renoncer à son plan après avoir subi la pression de sa femme et de sa famille. Après quelques hésitations, le marquis charge Victoire de 5000 fusils et munitions et entame son voyage de deux mois vers l’Amérique le 26 avril 1777. 

Il débarqua sur l’île du Nord près de Georgetown, en Caroline du Sud, le 13 juin et s’aventura bientôt à Philadelphie. Alors que le deuxième congrès continental était inondé d’officiers français qui ne parlaient pas anglais et manquaient d’expérience militaire, Lafayette a utilisé son statut de franc-maçon pour nouer des relations avec des personnalités clés. Notamment, le frère Benjamin Franklin, le nouvel envoyé américain en France, a écrit une lettre au Congrès les exhortant à accueillir le marquis.

Comme il parlait couramment l’anglais, Lafayette proposa de servir dans l’armée continentale sans solde et fut nommé par le Congrès en tant que général de division le 31 juillet 1777. En quelques jours, le marquis rencontra le général George Washington, commandant en chef de l’armée continentale. , et les deux ont formé un lien instantané, très probablement nourri par leur lien commun en tant que francs-maçons.

Monument à Lafayette et Washington, Paris XVI e arr., création : 1892 ; inauguration : 1895 – Sculpteur : Frédéric-Auguste Bartholdi

La révolution américaine

Le général commandant fit du marquis un membre de son état-major auquel il servit pendant six semaines. Il goûta pour la première fois au combat lors de la bataille de Brandywine, près de Philadelphie, le 11 septembre 1777. Lafayette reçut une balle dans la jambe mais rassembla les troupes américaines pour un retrait plus ordonné avant de se faire soigner pour sa blessure. Washington l’a reconnu et cité pour sa bravoure, choisissant de donner au marquis le commandement de sa propre division. 

Son rôle dans la révolution n’a fait que grandir à partir de ce moment. Il a passé l’hiver légendaire à Valley Forge campé avec Washington, en venant à respecter davantage son leadership tandis que les deux se rapprochaient. Lafayette a joué un rôle essentiel dans les batailles de Barren Hill, Monmouth et Rhode Island. Lafayette retourna en France en juin 1778 pour négocier plus de soutien pour les États-Unis. Travaillant aux côtés de Benjamin Franklin et John Adams, les trois persuadèrent Louis XVI de fournir des troupes et des fournitures supplémentaires pour aider les colons. Lafayette retourna en Amérique en avril 1780, après avoir sécurisé 6 000 fantassins français sous le commandement du comte de Rochambeau et six navires de ligne.

L’une de ses réalisations les plus importantes de la guerre est survenue à l’été 1781 lorsque Washington l’a envoyé pour arrêter les raids britanniques le long de la rivière James en Virginie. Il a reçu le commandement d’une armée et a commencé des opérations de délit de fuite contre les forces sous Benedict Arnold. La force de Lafayette a chassé le commandant britannique Lord Charles Cornwallis à travers la Virginie, le forçant dans un coin à Yorktown. Les forces françaises et américaines ont assiégé Yorktown, forçant la reddition des Britanniques et assurant à Lafayette le statut de « héros des deux mondes ». Pour sa part dans la révolution, le marquis est devenu citoyen d’honneur de plusieurs États lors d’une visite aux États-Unis. 

Retour en France et Révolution

Lafayette rentra chez lui au début de 1782 et fut accueilli en héros au château de Versailles. Il est promu maréchal de camp, fait chevalier de l’Ordre de Saint-Louis et participe à la négociation du traité de Paris entre la Grande-Bretagne et les États-Unis en 1783. 

Travaillant avec Thomas Jefferson, il a établi des accords commerciaux entre les États-Unis et la France pour réduire la dette de l’Amérique envers son allié. Le marquis a publiquement préconisé la fin de la traite des esclaves et l’égalité des droits pour les Noirs libres et a exhorté l’émancipation des esclaves dans une lettre de 1783 à Washington, qui était un esclavagiste. Lors d’une visite en Virginie en 1784, il s’adressa à la Chambre des délégués de Virginie et appela à la «liberté de toute l’humanité» tout en appelant à la fin de l’esclavage.

La position aristocratique de Lafayette s’est compliquée au fur et à mesure que la Révolution française se déroulait. Il entretient des liens étroits avec Louis XVI et soutient l’idée d’une monarchie constitutionnelle. À la fin des années 1780, il collabore avec Jefferson à la rédaction d’un projet de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qu’il présente à l’Assemblée nationale révolutionnaire. Alors que la révolution fait rage, Lafayette est toujours au service de Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette, qu’il sauve de la foule qui envahit Versailles le 6 octobre.

En décembre 1791, le marquis passa un bref moment en tant que commandant avant que la monarchie ne soit renversée en 1792 au milieu d’une insurrection populaire. Lafayette a fait défection en Autriche pour éviter d’être jugé pour trahison, mais a été capturé et envoyé à la prison d’Olmütz jusqu’en 1799, lorsque le général Napoléon Bonaparte a négocié sa libération.

Bien qu’il ait échappé au règne de la terreur, Adrienne a été arrêtée et de nombreux membres de sa famille ont été exécutés. À son retour en France, Napoléon a proposé à Lafayette de devenir membre de la nouvelle Légion d’Honneur, mais il a plutôt choisi de se retirer de la vie publique et est devenu agriculteur, évitant même les offres du président Thomas Jefferson de devenir gouverneur de la Louisiane nouvellement acquise. 

Épée maçonnique du marquis de Lafayette (musée de la franc-maçonnerie).

Le Grand Tour

En 1824, Lafayette retourna aux États-Unis à l’invitation de son vieil ami, le président James Monroe. Ce fut un voyage émouvant pour Lafayette alors qu’il visitait la tombe de George Washington et était hébergé à Monticello par Jefferson, âgé de 81 ans. Des foules l’ont accueilli par milliers dans chaque ville qu’il a traversée. Le 10 décembre 1824, le marquis est devenu le premier citoyen étranger à s’adresser à la Chambre des représentants des États-Unis. Ce qui devait être une tournée de quatre mois à travers les 13 États d’origine s’est transformé en une visite de 16 mois à 24, et comprenait une visite de deux jours à Cincinnati en mai 1825.

Sa popularité n’avait pas faibli lorsqu’il est revenu en France malgré des années éloignées de la politique. La courte révolution de juillet 1830 a donné à Lafayette une chance de prendre le contrôle du gouvernement, mais il a refusé. Au cours des dernières années de sa vie, il a servi sa nation en proposant des politiques libérales face à la diminution des libertés civiles impulsée par le roi Louis-Philippe. Le marquis de Lafayette attrapa une pneumonie et mourut à 76 ans le 20 mai 1834. Il fut enterré à côté de son Adrienne au cimetière de Picpus, selon sa volonté, sous le sol de Bunker Hill. 

À sa mort, les deux chambres du Congrès ont été drapées de banderoles noires pendant 30 jours à la demande du président Jackson. L’ancien président John Quincy Adams a fait un éloge funèbre de trois heures de Lafayette. Aujourd’hui, des villes et des villages à travers les États-Unis portent son nom pour ses contributions à notre nation.

La prospective stratégique – Une nouvelle approche pour améliorer la prise de décision

Présentation de l’éditeur

La prospective stratégique est une discipline qui consiste à explorer les différents avenirs possibles afin de mieux anticiper les changements, à se prémunir des éventuelles difficultés et se préserver contre des erreurs. Sa finalité est d’aider à agir au présent, en tenant compte des conséquences et de l’impact de nos actions. En bref, son objectif est de contribuer à construire le futur que nous voulons – ce qui pose un redoutable défi cognitif.

Comment anticiper le changement climatique ? Comment construire des politiques de recherches pour améliorer nos connaissances de l’espace extra-atmosphérique ? Comment anticiper d’éventuelles ruptures technologiques ? Comment prévoir les futures disruptions de modèles économiques ?

Nécessaire à la réalisation de tout projet d’envergure pour les organisations publiques ou privées, la prospective stratégique est d’une certaine façon la science qui vise à améliorer concrètement nos processus de délibération et nos prises de décision avant d’agir. C’est pourquoi elle est de plus en plus enseignée dans les écoles de sciences politiques, d’ingénierie, d’architecture, d’urbanisme, d’aménagement du territoire, de gestion ou de management. Le présent livre se veut à la fois un manuel, qui en présente toutes les méthodes et tous les aspects aux étudiants, et un essai qui questionne la rationalité de nos choix à destination d’un lectorat plus large.

Biographie de l’auteur : Jérôme CLECH enseigne la prospective stratégique à Sciences Po Paris. Docteur en mécanique de l’École polytechnique, ingénieur de l’École de l’air et de l’espace, diplômé de Sciences Po Paris, de l’École de Guerre et de l’Académie du renseignement, il est pilote, lieutenant-colonel de l’armée de l’Air et de l’Espace. Il est l’auteur de nombreuses publications et a participé aux travaux du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (2013) ainsi qu’au renforcement de l’autonomie stratégique européenne au cabinet du ministre des Armées (2016-2020). Sa vision prospective est reconnue comme novatrice.

[NDLR : Revenons, nous aussi, sur l’histoire et les événements de la vie de Jérôme Clech. Mais surtout sur son parcours maçonnique exemplaire.

Jérôme Clech a été initié en l’an 2000, à l’âge de 23 ans, à l’Orient de Paris, au sein de la Responsable Loge « L’Union de Belleville » du Grand Orient de France (GODF), puissance symbolique régulière souveraine, plus ancienne obédience maçonnique française et la plus importante d’Europe continentale.

Pour mémoire, cette très belle Loge donna la lumière à Edmond Gloton (1895 – 1962) le 5 novembre 1914, qui est aussi la Loge de son père, Virgile Athanase Gloton. Edmond Gloton fut l’un des Francs-Maçons les plus importants de son époque. Sa trilogie « Instruction maçonnique aux Apprentis, aux Compagnons, aux Maîtres » marque une étape dans l’étude des rituels et des symboles maçonniques !

Équerre VM – Source Nos Colonnes

Jérôme Clech est élu Vénérable Maître de son Atelier en 2008, office qu’il tient jusqu’en 2011. C’est durant son mandat qu’il organise une conférence publique remarquée sur les enjeux du changement climatique, intitulée « Nouveau climat sur la Terre », en présence du Très Illustre Frère et Grand Maître, Guy Arcizet. Souhaitant approfondir sa démarche initiatique, il est élevé au 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté en 2013 dans l’Atelier de perfection la Lumière Francis Viaud, à l’Orient de Neuilly-sur-Seine. Désireux d’élargir tant son expérience qu’une approche symbolique tournée vers l’action,

Tablier Chevalier Kadosh. CKH/CKS – 30° degré REAA – Source Nos Colonnes

il est ensuite élevé Chevalier Rose-Croix en 2018 au Chapitre « Les Zélés Philanthropes » et fait Chevalier Kadosh, 30e degré dans l’échelle des grades dudit rite, depuis 2022. Ses travaux de symbolisme sur la philosophie de l’esprit, l’espace et le temps, intégrant les dernières années avancées technoscientifiques, ont largement irrigué cet ouvrage qu’il nous propose, pour une vision renouvelée de la prospective stratégique, « indiscipline » dont la vocation originelle demeure la fabrique d’une décision mieux éclairée.

Ainsi, vous aurez une vision complète de l’homme, du Maçon. Une belle façon aussi de comprendre les motivations qui ont conduits l’auteur à nous offrir ce bel ouvrage pas seulement destiné aux spécialistes tels que juristes, économistes, fiscalistes ou autres. Un livre bénéfique pour tous car la prospective stratégique ne consiste pas à prédire l’avenir. Cette discipline, que nous explique bien volontiers, dans son introduction Jérôme Clech, explore différents avenirs possibles, de même que les possibilités et difficultés qu’ils pourraient susciter. Sa finalité est de nous aider à agir au moment présent, en vue de façonner l’avenir que nous voulons.

Comment ne pas avoir en mémoire les Constitutions du GODF – que toute Loge doit remettre à chaque initié un exemplaire accompagné du Règlement Général – qui, dans ses « Principes Généraux de l’Ordre Maçonnique – Article premier énonce : « La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité… »

En vérité, le travail maçonnique consiste à se libérer. Pour tout être humain reçu au sein d’un Ordre initiatique, le travail est une réelle conquête, celle de l’affranchissement, du dépassement. Il se présente comme une école de libération de la personne humaine soumise dans la vie courante à des influences extérieures

C’est une nouvelle approche pour améliorer la prise de décision (sous-titre de l’ouvrage) dont l’auteur précise, en avertissement, que ces propos, idées, thèses, et opinions contenus dans son ouvrage n’engage que lui.

Passée l’introduction, nous notons une ossature d’ouvrage des plus harmonieuse. Deux parties, chacune composée de trois chapitres, offre au lecteur un équilibre juste et parfait et une vision claire de cette thématique qui, de prime abord, peut sembler ardue.

« Fondement épistémologique : Revisiter l’émergence » nous amène, tout d’abord, aux limites de l’espace-temps, où nous nous interrogeons sur notre épistémè, cet ensemble des connaissances réglées (conception du monde, sciences, philosophies…) propres à un groupe social, à une époque.

L’auteur analysant avancées théoriques et méthodologiques. Dans sa seconde partie, il nous propose « Une méthode renouvelée : cas de  »l’Europe puissance » », où Jérôme Clech prend le temps de décrire tous les enjeux de la prospective fondamentale ou appliquée…

Paul Valéry photographié par Henri Manuel, vers 1925.

Un livre non exempt de références littéraires, telles celles faites au poète et philosophe Paul Valéry (1871-1945) avec La Crise de L’Esprit, publié en 1919 mais dont la modernité des propos et la pertinence de sa pensée font que ses écrits restent toujours d’actualité, ou encore au philosophe Gaston Berger (1896-1960), connu principalement pour ses études sur le philosophe et logicien Edmund Husserl (1859-1938), fondateur de la phénoménologie.

Edmund Husserl.

Mais aussi des références à Emmanuel Kant (1724-1804), George Orwell (1903-1950). Il dresse différents schémas de grandes familles de scénarios issues d’une analyse de prospectives internationales relatives à de nombreux domaines. Nous avons l’impression de nous trouver au cœur du réacteur car l’auteur aborde les relations internationales, notamment sur le plan de la défense mêlant Russie, Chine, États-Unis, Europe, OTAN… traçant les plans de réflexions stratégiques. Des travaux – rassurants ? – de prospectives récentes, pertinentes aux échelles spatiales du monde ou des grandes régions du monde (avec un focus sur l’Europe). En tout état de cause, fort passionnant !

Panneau liberté égalité fraternité de la République Française
Panneau liberté égalité fraternité de la République Française

Ce qui peut sembler étonnant, c’est d’y voir traiter des notions de liberté, d’égalité et de fraternité.

Un triptyque inscrit sur le fronton des édifices publics depuis le 14 juillet 1880 et figurant dans les constitutions de 1946 et 1958 mais aussi repris par plusieurs Obédiences – le GODF, mais aussi la GLDF dans le chapitre II de sa Constitution ou encore la GLFF qui permet l’émancipation, le perfectionnement et l’autonomie des femmes qui se rassemblent autour des valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité.

Jérôme Clech se pose la question de savoir de quelle liberté il s’agit. Est-elle celle de nos gestes ? Quant à l’égalité, fait-elle penser aux inégalités et la fraternité découlerait-elle de la réalisation des deux premières ?

Jérôme Clech chez BFMTV, sur Calvi 3D, lundi 12 juin 2023.

Nous aimons tout particulièrement les différentes figures ou illustrations – des aides pédagogiques fort utiles – représentant soit des arbres de scénario dynamique, soit des diagrammes relatifs à la convergence spatiale digitale, diagramme acteur-facteur, entre autres, ou encore calque du scénario Maya – chacun devant pour atteindre son propre scénario Maya , continuellement activer son ternaire « corps, âme, esprit » – qui viennent ici ou là émailler l’ouvrage. À la fin, les lecteurs trouveront une intéressante bibliographie.

Jérôme Clech chez BFMTV, sur Calvi 3D, lundi 12 juin 2023.

Ce livre qui emploie un vocabulaire bien connu des Maçons (point triple, étoile qui nous guide, libre arbitre, repenser la conscience, penser l’émergence d’un homme nouveau, etc.) permet de pouvoir oser penser, d’ouvrir nos esprits et surtout d’échanger et finalement de partager.

Vous avez parfois aussi la possibilité de suivre Jérôme Clech chez BFMTV, sur Calvi 3D – direct, décryptage, débats – un grand rendez-vous d’information avec des invités de référence, des reportages long-format, de l’analyse et un journal politique…

Il est d’usage que, lorsque nous chroniquons pour la première un ouvrage d’une édition, en l’occurrence , ici et maintenant, les éditions Hermann depuis 1876 ! -, dont la devise est « Servir l’intelligence de l’écrit ». Nous vous les présentons :

Loge de séditions Hermann

Les éditions Hermann publient des ouvrages de qualité, écrits par des universitaires ou des intellectuels de renom à destination d’un lectorat aussi large que possible. Soucieuse d’éviter le double écueil de l’érudition trop savante et de la vulgarisation à outrance, la maison accorde toute son importance au traditionnel travail de suivi éditorial : les textes, devant être clairs, didactiques, intelligibles et bien écrits, sont en grande partie retouchés par les éditeurs, que le président de la maison, Arthur Cohen, qualifie de « serviteurs de l’intelligence de l’écrit ». (Source https://www.editions-hermann.fr/).

La prospective stratégique-Une nouvelle approche pour améliorer la prise de décision

Jérôme ClechHermann, 2023, 216 pages, 22 €]

Le Grand Maître Adjoint de la Grande Loge du Canada visite Elliot Lake Masons

De notre confrère canadien nugget.ca – Par Kevin McSheffrey

Le 2 mai dernier, l’Elliot Lake Masonic Lodge 698 a accueilli quelques membres de haut rang de l’organisation fraternelle.

Jamie Ireland, le Grand Maître Adjoint de la Grande Loge du Canada dans la Province de l’Ontario, et David Cameron, le Grand Maître Passé immédiat se sont arrêtés à la Loge des Maçons locale pour une rencontre et un accueil accompagnés d’un déjeuner.

Douglas Elliott, sous-directeur de la loge d’Elliot Lake, a déclaré que c’était la première fois que le deuxième plus haut officier de la franc-maçonnerie de l’Ontario visitait la loge locale. Il a également exprimé l’appréciation de la loge pour s’être arrêtée à Elliot Lake.

Le directeur des cérémonies d’Elliot Lake Masons pour l’événement était Ken Pierce.

Pour marquer leur visite, Reg Simon, directeur principal des maçons d’Elliot Lake, a offert à l’Irlande un stylo des maçons d’Elliot Lake.

Ireland et Cameron, ainsi que leurs conjoints et Jamie Broomhead, du Chapleau Lodge, étaient en tournée dans le nord-est de l’Ontario avec des arrêts à Sudbury, Elliot Lake, Blind River, Thessalon, Sault Ste. Marie, Timmins, Wawa, Chapleau, Englehart , visite finissant à Powassan le 6 mai.

Le séminaire annuel de la G.L.C.S. : un séminaire initiatique !

Tous les ans, en juin, le Suprême Conseil des Cultures et de la Spiritualité et la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité organisent un Séminaire qui permet à tous les Frères et Sœurs bénéficiant d’une promotion, de se retrouver et de partager un moment aussi solennel que convivial.

Depuis quelques années ce Séminaire de deux jours se tient au Château de Condé Sainte-Libiaire. Ce lieu prestigieux, situé à quelque 8 kilomètres d’Eurodisney, est transformé en Temples, majestueux, et en cabinets de réflexion sombres à souhait. Dais, tentures, décors de toute espèce font leur apparition éphémère en l’honneur des nouveaux promus.

Le seul Rite pratiqué est, en ce lieu, le Rite Écossais Ancien et Accepté, même si le Suprême Conseil dispose des patentes du Rite de Memphis-Misraïm, du Rite Écossais Rectifié et du Rite Français. Mais le R.E.A.A. est le rite le plus répandu en France. Ce rite comporte 33 degrés.

L’ouverture du Séminaire s’effectue au 33e degré et ce fut cette année le vendredi 9 juin à 14 heures. Puis on descend pour recevoir les bénéficiaires selon le degré auquel ils ont été nommés par le Suprême Conseil. Cette année, c’étaient le 30e, Chevalier Kadosch, le 28e, Chevalier du Soleil, le 25e, Chevalier du Serpent d’airain, etc. Chaque cérémonie est précédée d’une préparation qui consiste à rappeler aux récipiendaires le sens des degrés qu’ils ont déjà obtenus et en leur montrant l’architecture logique qui relie les différents degrés du Rite. Elle permet aussi aux Frères et aux Sœurs qui ont des doutes de poser leurs questions en toute simplicité.

Car, lors du Séminaire, chacun porte les décors de son degré, c’est-à-dire les tabliers et les sautoirs ou les baudriers qui le caractérisent. Ainsi, pas de cachotteries, ni de hiérarchie. Les dignitaires présents témoignent : « Nous sommes tous, quel que soit notre degré, des Maçons qui doivent à la fois apprendre et transmettre. Et nous savons que toute progression passe par l’échange, « Le plus court chemin de soi à soi, passe par autrui. » – écrit judicieusement le philosophe Paul Ricoeur dans son essai intitulé Soi-même comme un autre. »

Mais, à la G.L.C.S., lors de la cérémonie d’élévation à la Maîtrise qui a concerné plus d’une vingtaine de Compagnons, le samedi 10 en fin d’après-midi, le relèvement des Maîtres récipiendaires a été effectué par les membres du Suprême Conseil et les Chevaliers Kadosch en signe de transmission initiatique et de fraternelle égalité.

Le mot que chacun a gardé de ce Séminaire a été celui de bienveillance, terme qui caractérise la Grande Loge et le Suprême Conseil des Cultures et de la Spiritualité. C’est un bien précieux que les Sœurs et les Frères s’emploient à préserver car il est la source de l’harmonie universelle à laquelle tout Maçon doit contribuer.

Tout le monde s’est quitté samedi soir avec le sentiment du travail accompli et heureux de pouvoir se retrouver l’an prochain.

Sans son bâton de marche, on se sent infirme

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent les 1er et 15 de chaque mois.)

Je me demande, parfois, si mon idéal est bien différent de celui de ma mère, par exemple, qui ne fut jamais maçonne, malgré les propositions qui lui en avaient été faites, et – même – si les valeurs sur lesquelles je me suis quotidiennement efforcé de régler ma conduite s’écartent un tant soit peu des « principes » (elle tenait beaucoup à ce mot) qui ont constamment inspiré son comportement.

Quoique d’une opinion politique différente de la sienne, j’ai toujours nourri pour la République un immense attachement et les notions de Justice et d’équité ont été tout aussi ancrées en moi qu’elles se sont incarnées en elle. Nous distinguaient également son sens du Service public dans lequel elle s’était engagée et ma foi en la liberté d’entreprendre qui m’a souvent rendu sceptique face aux errements voire aux errances de l’Administration. Ne commençant pas devant vous une psychanalyse, j’arrêterai ici cette évocation… Je souhaitais seulement relever, pour l’avoir constaté de près depuis l’enfance puis à de multiples reprises chez de nombreuses personnes, que la franc-maçonnerie ne détient aucune supériorité dans la défense et l’illustration des vertus dont elle se donne pour ambition d’élever la pratique, chez ses adeptes. Qui pis est, il arrive que les vanités, les indélicatesses et les lâchetés de certains de ses membres rendent des points à l’État, quand la superbe de celui-ci n’a d’égal que son insuffisance.

Mes proches connaissant mes opinions m’ont souvent demandé, non point pourquoi je suis demeuré franc-maçon, quasiment quatre décennies durant (il y a beau temps qu’ils savent que j’y trouve « le meilleur rendement humain à l’hectare »), mais en quoi je pouvais bien en avoir besoin. Au-delà d’un petit péché de gourmandise que je confesse volontiers, ma réponse est modeste : pour me sentir moins idiot face aux questions existentielles, pour progresser grâce au frottement respectueux des différences, pour affronter avec courage, à ma petite échelle, les vicissitudes de la vie voire plus largement celles du monde.  J’ajouterai encore que l’initiation m’a permis de tisser des fils sous-jacents de compréhension auxquels je n’aurais sans doute prêté ni la même attention ni la même importance, au gré des êtres et des circonstances. Enfin, j’y ai acquis une ouverture et une discipline spirituelles, en toute indépendance, espérant avoir pu manifester, dans des situations délicates, une intuition bienvenue, c’est-à-dire, selon la fulgurante expression d’Henry Bernstein, cet « excès de vitesse de l’intelligence », entendue ici comme la double affaire de la raison et du cœur.

Finalement, pour aller un peu plus haut, un peu plus loin et, l’entraînement aidant, un peu plus vite aussi, la maçonnerie nous aide à intégrer une certaine lenteur. C’est un de ses paradoxes : sans son bâton de marche, on se sent infirme.

Conférence intégrale de Roger DACHEZ : « La franc-maçonnerie chrétienne au XXIe siècle »

Du site saint-georges-du-temple.org

Le vendredi 5 mai 2023, Saint-Georges du Temple a organisé une conférence publique au Centre Universitaire Méditerranéen de Nice (C.U.M.) – 65 promenade des Anglais

Les francs-maçons sont généralement considérés comme des athées dans le monde séculier et ce, pour la raison que nombre d’entre eux se sont, de longue date, appliqués à rejeter l’aspect chrétien de leur tradition, au profit d’une philosophie plus sociale. Toutefois, le régime écossais rectifié a gardé cet ancrage : l’un de ses fondateurs fut le célèbre Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz qui portait en lui les racines du christianisme des Lumières. C’est l’une des ingéniosités du Régime Ecossais Rectifié, ainsi que sa force.

Aujourd’hui, notre siècle doit réfléchir à son destin trop individualiste et matérialiste. Cette franc-maçonnerie symbolique et spiritualiste transcende son histoire et ses traditions pour s’ouvrir à notre monde moderne.

Il existe de nombreuses valeurs communes entre l’athéisme rationnel et le spiritisme socialement adapté, comme l’espéraient les ancêtres de cette noble institution à la fin du XVIIIe siècle à la lumière du redressement du régime écossais.

Le Régime Écossais Rectifié est codifié lors du convent général de Wilhelmsbad en 1782 sous la présidence du duc Ferdinand de Brunswick-Lunebourg qui devient Grand Maître de l’Ordre à l’issue de ce convent. Trente-six francs-maçons dûment mandatés venant de toute l’Europe y travaillent du 16 juillet au 1er septembre. Les travaux se tenant en français et en allemand, deux secrétaires sont désignés pour acter tous les documents et décisions. Le secrétaire francophone désigné est Jean-Baptiste Willermoz. Ce convent général est précédé de douze convents nationaux ou régionaux préparatoires tels que le convent de Kolho de 1772 en Lusace, le convent de Brunswick de 1775 ou encore le convent des Gaules à Lyon de 1778.

Roger Dachez est Président l’Institut Maçonnique de France et historien de la franc-maçonnerie. Il Roger Dachez a été initié à la Grande Loge de France en 1980. Il est depuis 1985 membre de la Loge nationale française (LNF) dont il fut président du conseil national de 1992 à 1997. Il est également président de l’Institut Maçonnique de France, fondé en 2002. Depuis le 21 avril 2018, il est le Grand Maître des Loges Nationales Françaises Unies. Roger Dachez est aussi membre du comité scientifique du Musée de la franc-maçonnerie à Paris. Parallèlement, il dirige la revue d’études maçonniques Renaissance Traditionnelle.

Knight Kadosch et le devoir pour le devoir

De notre confrère italien nuovogiornalenazionale.com – Par Silvano Danési

Malgré la narration insistante que les rituels de la franc-maçonnerie sont secrets, ils sont publiés et peuvent être trouvés en abondance dans la vaste littérature sur le sujet et, maintenant, également sur Internet. Il est intéressant pour quiconque le souhaite et, en particulier, pour les savants, d’aborder la ritualistique maçonnique afin de comprendre comment la franc-maçonnerie, bien comprise, traite de la recherche et, en particulier, de la recherche spirituelle. Ce dernier aspect est très important en ces temps de matérialisme marchand rampant.

Dans le rituel d’initiation en tant que Chevalier Kadosch (30e degré du Riro écossais) nous lisons : « Vous devez faire votre devoir car c’est votre devoir : c’est le dernier mot de la franc-maçonnerie ».

La seule certitude que nous livre cette affirmation ultime est qu’elle est le dernier mot de la franc-maçonnerie mais, comme il sied bien à tout mot ultime, tout en clôturant une phase de la connaissance, elle en ouvre une autre, ramenant celui qui a de l’intellect à comprendre, au doute, à la question, au point d’interrogation, levures de toute prise de conscience.

Que signifie donc le devoir ?

Le devoir, du latin de habere, est de posséder quelque chose après l’avoir reçu d’autrui et introduit le concept de restitution et la question qui en découle : reçu de qui ?

Reçu de soi-même, de son daimon, de ce dieu personnel que les Sumériens indiquaient comme le créateur de la personnalité humaine.

Dans le mazdéisme, nous pourrions nous référer au Fravashi « le principe le plus élevé et éternel inhérent à un être humain ».

La réponse est : reçue de soi-même.

Ce n’est pas un hasard si l’énoncé suit la citation de l’impératif catégorique, qui est « absolu ou il ne l’est pas ».

Absolu, comme libre, indépendant, libéré des contraintes et des limitations. Des caractéristiques, celles-là, typiques de la Libre Pensée et de la Pensée Pure, ou plutôt de l’Arché.

Ce n’est pas un hasard si l’affirmation est également suivie de celle que le plus grand bien est le libre arbitre, c’est-à-dire agir par soi-même selon son propre jugement.

Des questions fondamentales se posent.

Kant, à propos de l’impératif catégorique écrit : « Agis de telle manière que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps qu’un principe de législation universelle ».

Le principe de législation universelle est la Règle qui, renfermée dans l’Arché, s’explicite par l’action du Lógos dans la législation universelle, c’est-à-dire dans les règles qui président à la détermination du Logos comme zoé : vie naturelle universelle.

Nous sommes revenus à l’apprentissage, à la première référence sapientielle, non attribuable à une seule religion, qui nous est offerte par le rituel du premier degré avec l’équerre et le compas superposés au Prologue de Jean.

Nous sommes appelés, avec ce geste et ce texte, à être co-créateurs d’une manifestation de l’Arché qui a lieu et devient à travers le travail du Lógos, qui matérialise (gravitation, cristallisation, vie) la Pensée Pure, étant Arché Tek- ton, artificier ou, mieux : Grand Artificier.

Ici une autre question fondamentale se pose concernant les appellations Pantokrator et Kosmocrator. L’Arché Tek-ton est-il créateur ou dirigeant ?

Nous devons effectuer le rappel selon la conscience, c’est-à-dire selon cette connaissance intérieure qui découle du savoir cum, c’est-à-dire avec. Avec qui? Avec le Lógos qui est « la lumière des hommes » et dont on apprend (on saisit en saisissant) l’impératif catégorique qui se présente comme un éclair éclairant, Ziza, tel qu’il est indiqué depuis les premiers pas dans la voie de l’écossais Rite?

Des concepts tels que le devoir, l’impératif catégorique, le libre arbitre, l’inspiration, la connaissance ont occupé le travail et la réflexion de générations entières et ne sont, par conséquent, que des marqueurs de nouvelles expériences intellectuelles et spirituelles que chacun devra faire pour devenir Chevalier Saint (Kadosch). et devra le faire plus tard dans sa vie initiatique.

Un chevalier sacré n’est pas un chevalier héritier de tel ou tel ordre chevaleresque, encore moins l’héritier de bandes armées de chevaliers médiévaux. La prolifération de manteaux de chevaliers autoproclamés est tout simplement ridicule. Ce point essentiel mérite qu’on s’y attarde.

Chevaliers de la violence ou chevaliers de la sagesse ?

La chevalerie est inhérente au féodalisme du XIe siècle, et se caractérise par l’orgueil et la violence, à tel point que l’Église a dû imposer la « Trêve de Dieu », demandant aux chevaliers de prononcer une promesse solennelle : « Pour sauvegarder ce qui protège cela, je n’attaquerai en aucune manière une église, ni les entrepôts compris dans son enceinte. Je n’attaquerai pas le clerc ou le moine sans armes séculaires, ni l’homme qui les escorte s’il est sans lance ni bouclier. Je ne volerai ni le bœuf ni la vache, ni le cochon, ni le mouton, ni l’agneau, ni la chèvre, ni l’âne ou son fardeau, ni la jument, ni l’ânon non sevré. Je ne ferai pas prisonniers le fermier, ni la paysanne, ni les sergents ou marchands ; Je ne vais pas les voler ou les extorquer. Je ne les ruinerai pas en extorquant leurs biens sous prétexte que leur maître est en guerre.[le]

« Le premier résultat de cette législation – commente Duby – a été d’isoler dans la société un groupe bien défini, que les dirigeants de l’Église croyaient en état d’agression perpétuelle et responsable du désordre du monde entier ; un corps dont il fallait se défendre, et dont la puissance destructrice devait être contenue en lui infligeant la crainte de la colère divine. Cette catégorie d’hommes, considérés comme des ennemis et qui du point de vue du dualisme élémentaire véhiculé par les croyances chrétiennes semblaient constituer l’armée du mal, n’était autre que la cavalerie ». [ii]

La culture féodale de la chevalerie est donc une culture violente, ignorante, uniquement sensible aux gestes. Une société masculine vouée à la guerre.

« Seuls le corps et le courage comptent, pas l’esprit. Le futur chevalier – écrit Duby – ne sait pas lire, car l’étude corromprait son âme ; la chevalerie est ignorante par son choix, et voit dans la guerre, réelle ou imaginaire, l’acte fondamental qui donne un sens à l’existence, un jeu où l’on risque tout, l’honneur et la vie, et dont les meilleurs reviennent riches, triomphants, couverts dans une gloire digne de leurs ancêtres et qui se transmettra de génération en génération. La culture du XIe siècle, si profondément marquée par l’éthique chevaleresque, était presque entièrement fondée sur le plaisir de la capture, sur l’enlèvement et l’agression ». [iii]

Cette éthique basée sur la capture et l’enlèvement est la même que celle des héros grecs dits homériques, dont Eva Cantarella parle avec une compétence ponctuelle dans son « Ithaque » (Feltrinelli). Ménélas, à la fin de la guerre de Troie, ne revient pas directement à Sparte, mais erre dans de nombreuses régions  » rassemblant beaucoup de richesses « . Ulysse n’est pas différent. Arrivé au pays des Cicones, il incendie et détruit, enlève femmes et richesses.

L’esprit chevaleresque qui triomphe au XIVe siècle est une parodie de la chevalerie féodale.

« Au moment même où l’évolution économique ruinait les familles de l’ancienne noblesse – écrit Duby à ce sujet – les entraînant plus bas que certains requins qui s’étaient enrichis de la guerre, de la haute finance ou de la cour, et détruisait les anciennes hiérarchies, des images symboliques et vaines ont été créées, qui maintenaient pourtant efficacement les valeurs du jeu : comme, par exemple, les ordres de chevalerie fondés par la suite, au XIVe siècle, par les rois de Castille, par l’empereur, par le dauphin du Viennois, par les rois de France et par ceux d’Angleterre, et bientôt par bien des princes moins puissants, dans le but de s’entourer, comme le roi Arthur, de nouveaux chevaliers de la Table Ronde ». [iv]

Le chevalier des ordres chevaleresques est un guerrier pour le plaisir. Les combats singuliers et les tournois sont ce qu’on appelle aujourd’hui les jeux de rôle. Les ordres chevaleresques sont des parodies où les manteaux et les panaches ont remplacé le bouclier et l’épée et où l’orgueil a été remplacé par une arrogance et une arrogance ridicules.

Le chevalier authentique, et non le violent ou les futiles jeux de cour, est appelé, dans la tradition initiatique, à un tout autre duel : celui avec l’éternel féminin et avec la Sagesse.

Au passage, une question me vient à l’esprit : « Qui est la femme que le Dieu de Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine embrasse en tendant son doigt inaccessible vers l’Anthropos ? ».

Je tire de mon : « Les racines écossaises de la franc-maçonnerie » quelques considérations.

Le héros littéraire de l’une des œuvres les plus connues de Chrétien de Troyes est Yvain, le Chevalier du Lion, d’après le vieux poème gallois Iarlles y Ffynnawn, qui apparaît, dans le Mabinogion, dans le conte « Owein, ou la Dame de la Fontaine « . et aussi dans Historia Regum Britanniae de Geoffrey de Monmouth.

Dans la « Dame de la fontaine », Owein, après avoir entendu le récit d’une prodigieuse aventure à la cour d’Arthur, part la vivre en personne. Arrivé, sur les instructions d’un géant qui vit dans un bois et commande les animaux, à une fontaine où se dresse un arbre très vert, symbole de vie (l’Arbre de Vie), il renverse de l’eau sur la pierre entourant la fontaine et déchaîne une grêle dont il est difficilement sauvé. Un vol d’oiseaux chanteurs doux suit et un chevalier noir apparaît, qu’Owein affronte et bat, pour prendre sa place dans la défense de la fontaine et de la ville, après avoir épousé sa veuve, qui est la comtesse qui gouverne les terres où elles se trouvent. l’arbre et la fontaine. Dans ses exploits, Owein est rejoint par un lion tout noir, qu’il a sauvé d’un serpent et qui devient son fidèle compagnon, une sorte d’alter ego.

Yvain de Chrétien de Troyes précède Owein dans la « Dame de la fontaine » de Mabinogion, qui n’en est pas la traduction. Les deux récits s’appuient tous deux sur une source plus ancienne.

Lorsque Chrétien commence à écrire, s’instaure dans le Nord de la France le genre épique de la chanson de geste qui exalte les exploits de Charlemagne et des paladins, c’est-à-dire les vertus du chevalier guerrier, tandis que dans les régions de langue d’oc (Provence , Aquitaine , Limousin et Poitou) était né le mouvement des troubadours, avec son idéologie de l’amour, selon laquelle tout héros « doit » aimer et dédier son intention et ses oeuvres à une dame.

La Dame des troubadours est la même que la Philosophie de la Consolatio de Severino Boezio, de Socrate dans le Criton, de l’image dépeinte par Marciano Capella, et c’est l’Intelligence divine, la Sagesse divine que l’on retrouve dans les œuvres d’Hermès Trismégiste et aussi dans le mysticisme des Fidèles d’Amour, une secte qui comptait parmi ses fondateurs le Normand Frédéric II de Souabe, le fils de Federico Manfredi, le chancelier de Federico Pier Delle Vigne, le notaire de Federico Jacopo da Lentini et par la suite : Guido Guinizelli, Guido Cavalcanti (célèbre pour être un hérétique patarin), Dante Alighieri, Cino da Pistoia, Francesco da Barberino, Cecco d’Ascoli.

Pour les Fedeli d’Amore, la femme bien-aimée (Rose) est l’Intelligence divine ou Sagesse (Fleur), qui est attachée à Dieu et guide l’homme selon sa volonté. L’Amour est l’union de l’intellect avec la Sagesse (avoir l’intellect de l’Amour). L’amant (dans le Roman de la Rose) embrasse la Fleur, la Rose, les bras croisés.

Le thème de la rose est présent chez Apulée, qui dans les Métamorphoses mentionne la déesse celtique Épone « qui était soigneusement parée de guirlandes de roses » et Vénus, à qui la rose est associée, qui dit d’elle-même : « Ici, moi l’antique parent de l’univers, moi, cause première des éléments, moi, Vénus, auteur du monde entier… ».

Lucio, le protagoniste des Métamorphoses, après être devenu un âne (âne, c’est-à-dire seulement soma) grâce à la magie, est ramené à l’état humain par la suggestion d’Isis de manger des roses, ou, en d’autres termes, de se nourrir d’aliments divins. Sagesse.

Dans les Métamorphoses d’Apulée, Isis dit : « Me voici à toi, Lucius, puisque tes prières m’ont émue. Je suis le parent de l’univers, le souverain de tous les éléments, l’origine avant les âges, la reine des ombres, la première des célestes ; Je résume sur mon visage l’apparition de toutes les divinités mâles et femelles : c’est moi qui gouverne d’un hochement de tête les cimes lumineuses de la voûte céleste, les vents salutaires de la mer, les silences désolés d’Averno. Indivisible est mon essence divine, mais dans le monde je suis vénéré partout sous de nombreuses formes, avec des rites différents, sous des noms différents. ….. et les Égyptiens à qui l’antique savoir confère le pouvoir, honorez-moi de rites qui n’appartiennent qu’à moi, et appelez-moi, de mon vrai nom, Isis Reine ».

Après avoir mangé les roses, Lucius (Apulée) sera initié aux rites isiaques.

Pour les Fedeli d’Amore, la Sainte Sagesse (voici une référence ponctuelle pour Owen et Yvain) est assise à la fontaine de l’enseignement et la fleur qui portera ses fruits est sur l’arbre au-dessus de la fontaine de l’enseignement.

Au XIIe siècle, la traduction de l’Historia regum Britannie par Goffredo di Monmouth, c’est-à-dire le Roman de Brut par le Normand Wace (1155), apparaît également en France. En France arrive la « matière de Bretagne », qui va alimenter le cycle du Graal.

« La rencontre de la tradition héroïque du Nord de la France avec la tradition lyrique de la Provence du bel amour avec la matière de la Bretagne et avec les contes celtiques que bardes, ménestrels et bouffons – écrivent Gabriella Agrati et Maria Letizia Mogini – narraient entre les deux rives de Channel, a été réalisé dans l’entourage d’Aliénor d’Aquitaine, petite-fille de ce Guillaume IX qui avait été le premier troubadour, épouse de Louis VII de France puis d’Henri II Plantaganet et mère de Marie et d’Alice, mariée à deux des plus grands seigneurs de France, les comtes de Champagne et de Blois ». [v]

Il ne faut pas sous-estimer que la narration courtoise qui contrastait avec le cycle carolingien satisfaisait les « aspirations à une épopée nationale des Normands qui avaient conquis le trône d’Angleterre ». [vi] Normands comme Frederick II et ses initiales Fedeli d’Amore.

Ivano-Owein représente le point de transition du cycle carolingien au cycle breton ; du chevalier guerrier masculin qui se bat avec d’autres chevaliers guerriers masculins, au chevalier masculin qui affronte l’éternel féminin; des batailles extérieures aux batailles intérieures.

L’histoire d’Yvain commence à la cour d’Arthur à la Pentecôte, le jour où le Saint-Esprit descend dans la tradition chrétienne. Une journée donc d’inspiration : l’Awen celtique. Et Chrétien, comme pour indiquer son appartenance à la lignée initiatique des Fedeli d’Amore, écrit que, tandis que les uns racontaient des histoires « les autres parlaient de l’Amour, des tourments, des souffrances et des grandes joies que les disciples de son règne. A cette époque, elle était douce et bienveillante, alors que maintenant elle a très peu d’adeptes : presque tout le monde l’a abandonnée de sorte que l’Amour est grandement dégradé par elle ».

Dans son dicton selon lequel « un mort courtois vaut bien mieux qu’un paysan vivant », nous voyons chez Chrétien un parallèle avec la distinction entre adeptes et « grands » des Fedeli d’Amore.

Ivano est accueilli dans le château d’un gentilhomme père de bonne qui l’amène « à s’asseoir dans le plus beau pré du monde, clos d’un muret tout autour » : c’est l’hortus clausus, la roseraie et c’est aussi le lieu de sa première rencontre avec le féminin.

Ivano se rend ensuite dans une forêt (comme le fera Dante), où il rencontre un géant seigneur des animaux, c’est-à-dire la nature dans sa version matérielle (le Kernunnos, l’homme sauvage, le masculin paléolithique) qui le dirige vers une fontaine.

La fontaine bouillonne comme si elle était en ébullition. C’est une source thermale symbole du ventre chaud de la terre. A côté de la fontaine se trouve le plus bel arbre que la nature ait pu créer, dont le feuillage résiste à chaque saison. La pierre est une émeraude soutenue par quatre rubis et le bassin suspendu à l’arbre est en or, c’est-à-dire en lumière, et contient de l’eau.

Un Saint Chevalier est celui qui est « ordonné en premier ».

Un saint est une personne prescrite par la loi, c’est-à-dire un être humain prae-scriptum, premier ordonné, premier mis en conformité avec la loi.

Un saint est donc tout être humain en tant que prae-scriptum de la loi universelle.

Le Saint Chevalier est celui qui s’est cherché lui-même, son propre Graal (Soi, noyau pensant spirituel) en surmontant les épreuves de la Quête et a pris conscience de qui il est et de son ordre, c’est-à-dire de sa place dans la hiérarchie de l’univers.

Le Saint Chevalier peut dès lors s’atteler aux armes de la parole et de la plume pour raconter sa propre histoire, pour écrire son chemin initiatique vers la liberté sur un livre blanc, le long du chemin évolutif de la fabrication du monde ; être témoin.

Le Saint Chevalier, s’il l’est vraiment, peut exercer le devoir pour le devoir, car il a compris d’où vient l’impératif et que cet impératif a besoin d’un retour et a compris que l’impératif, c’est-à-dire l’ordre est un « allez ! vers de nouveaux buts, dépassez-vous, utilisez le cor actum, rendez, remettez-vous à l’état primitif, c’est-à-dire restez comme vous étiez : Spiritus.

© Silvano Danesi

[i] Citation in George Duby, Art et société médiévale, Laterza

[ii] George Duby, Art et société médiévale, Laterza

[iii] George Duby, Art et société médiévale, Laterza

[iv] George Duby, Art et société médiévale, Laterza

[v] Gabriella Agrati et Maria Letizia Mogini, Introduction à Ivano par Chrétien de Troyes, Mondadori

[vi] Gabriella Agrati et Maria Letizia Mogini, Introduction à Ivano par Chrétien de Troyes, Mondadori

Le Dessin de… Jissey « Les secrets maçonniques »

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Au congrès des ingénieurs du Mexique la Franc-Maçonnerie reste un mystère. C’est ainsi que notre charitable dessinateur JISSEY a décidé de leur indiquer une piste de découverte

Grands Maîtres du passé : Gisèle Faivre

Gisèle Faivre, née Rose Marie Angèle Stefani le 27 septembre 1902 à Macinaggio (commune de Rogliano) en Corse et morte le 24 août 1997 à Paris, est une féministe et franc-maçonne française, fondatrice et plusieurs fois élue grande maîtresse de la Grande Loge féminine de France. Son action est remarquée pour l’essor qu’elle donne à la première obédience féminine créée en 1945.

Reproduction diplôme avectimbre commémoratif.

Jeunesse et premières recherches

Née dans le Cap Corse, Rose Marie Angèle Stefani épouse Faivre, choisit librement le prénom de Gisèle. Elle fait sa carrière professionnelle au ministère des Postes. Passionnée de recherche sur l’esprit sous toutes ses formes, elle étudie le symbolisme, le soufisme, l’hermétisme. Elle participe à un groupe de recherche conduit par Georges Gurdjieff qui attire de nombreux intellectuels de l’époque. Elle côtoie pendant un temps Philippe Encausse, fils de Papus et s’instruit sur le martinisme. Très jeune, elle revendique l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, elle milite également dans le syndicalisme.

Franc-maçonnerie

Après sa rencontre avec Anne-Marie Gentily, celle-ci l’initie en franc-maçonnerie le 25 janvier 1934 au sein de la loge maçonnique d’adoption « Minerve » dont elle est vénérable maitresse. Elle participe aux premiers projets d’indépendance des loges d’adoption de la Grande Loge de France. La Seconde Guerre mondiale mettant un terme à toutes activités maçonniques en France, elle s’applique à maintenir le contact avec les sœurs restées sur Paris.

GLFF, timbre commémoratif des 50 ans

À la fin de la guerre, elle reprend ses engagements et ses responsabilités au sein des loges et participe à la fondation de la première obédience féminine, l’« Union Maçonnique féminine de France » (UMFF). En 1947, elle est élue grande oratrice de l’obédience et travaille à l’élaboration des premières constitutions de l’ordre qui prennent le nom de : « Des loges d’adoption aux loges féminines indépendantes ».

Affiche commémoratives des 70 ans.

Elle est élue pour son premier mandat à la tête de l’obédience (UMFF) entre 1948 et 1950, grande oratrice en 1952, et c’est sur ses conclusions que le convent vote le changement de nom de l’obédience en Grande Loge féminine de France (GLFF). En 1953, elle est élue pour un second mandat et premier sous le nouveau nom obédientiel. En juin 1953, elle participe à la fondation de la 8e loge de l’obédience, la loge « Cybèle ». Elle crée en 1954, la loge « Isis » no 9 dont elle devient la vénérable maitresse et dont le temple dans le XVIIe arrondissement de Paris devient le siège de l’obédience jusqu’en 1977.

Blason actuel de la GLFF.

Réélu de 1959 à 1961 de 1963 à 1965 et de 1967 à 1969 comme grande maitresse, elle impulse plusieurs créations de loges. En tant que membre de la commission des rituels, elle plaide pour l’adoption du Rite écossais ancien et accepté (REAA) en 1959. La loge « Isis » dont elle est toujours membre, adopte la robe noire et la médaille de loge comme signe distinctif de l’appartenance à l’ordre. Ces dispositions sont reprises par l’obédience.

Dès 1962, elle travaille à la complétude du rite écossais au sein de l’obédience par la création d’un Suprême Conseil. Avec l’aide d’une obédience mixte anglaise et de sa souveraine grande commandeur Marjory Cecily Debenham. Elle travaille pendant près de dix années avec des sœurs venant régulièrement de France pour recevoir les initiations des hauts grades successifs. Marjory Cecily Debenham fonde 10 avril 1970 le « Suprême Conseil féminin de France » à Londres et à l’issue de cette période, le 12 janvier 1972, le Suprême Conseil féminin de France consacre le REAA du 1er au 33e et dernier degré au sein de la Grande Loge féminine de France. Elle en devient le premier Souverain grand commandeur et le reste jusqu’à l’âge de 90 ans

Enveloppe premier jour d’émission.

Fin de vie et postérité

Gièsle Faivre s’éteint le 24 août 1997 dans le 12e arrondissement de Paris après plus de 63 ans d’appartenance à la franc-maçonnerie. Elle laisse une image de femme déterminée, mais généreuse et sociable, d’une européenne convaincue et d’une féministe intransigeante qui ne cesse durant sa vie, d’affirmer sa croyance dans une maçonnerie féminine émancipatrice. La loge Gisèle Faivre no 443 est créée le 10 avril 2011, à Bastia.